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Général - Page 22

  •  Les guerres des USA en dehors du territoire nord-américain - SNCB: la rentabilité d'abord, le service public ensuite - La gauche et le peuple - Menaces sur la civilisation du vin - Une petite blague

    Les guerres des USA en dehors du territoire nord-américain :

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    -1823 : Promulgation de la doctrine de Monroe s’opposant à l’immixtion des Européens dans les affaires américaines.
    -1847 : Fondation de l’Etat du Libéria pour accueillir les esclaves désirant rentrer en Afrique. Cet état est en fait devenu la quasi propriété de Firestone (caoutchouc naturel) en 1925.
    -1853 : Une petite escadre commandé par Perry se présente devant Tokyo et oblige le Japon à faire comme la Chine avec les Anglais (et 4 ans avant les Français), c'est-à-dire signer les « traité inégaux » et ouvrir ses ports au commerce occidental. Cette attaque marquera le réveil du Japon et le début d’une politique d’expansion qui culminera en 1941.
    -1867 : Annexion des îles Midway.
    -1895 : Des colons américains aident la rébellion contre l’Espagne à Cuba.
    -1898 : Annexion des îles Hawaï, pourtant formellement indépendantes et alors que les colons japonais sont bien plus nombreux que les colons américains. Pearl Harbor devient une importante base navale américaine.
    -1898 : Guerre avec l’Espagne suite à l’explosion d’un cuirassé US à la Havane. Torpillage disent les yankees ; sabotage et provocation disent les Espagnols ; accident conclura, après la guerre, une commission internationale d’enquête.
    Les USA occupent les Philippines (où l’escadre US manquera de peu de se fritter avec un croiseur allemand), Guam, Wake, Porto Rico et Cuba (cette dernière devient soi-disant indépendante). Les Allemands en profitent pour rafler ce qui reste des possessions espagnoles acquises par Magellan, soit Carolines, Mariannes, Yap, Palaos en sus des Marshall, de la Nouvelle-Guinée du Nord-Est et des Salomons qu’ils possédaient depuis 1883-90. Ces colonies allemandes, les premières que le Reich acquit, fit de l’Allemagne le plus grand empire colonial du Pacifique.
    Anecdote sur cette guerre : l’engagement de Pierre Loti dans l’armée espagnole, ce qui fit de l’écrivain l’un des très rare français à avoir combattu militairement la puissance américaine.
    -1899 : Les Samoa sont les dernières îles indépendantes qui subsistent dans le Pacifique.
    2 croiseurs allemands, 1 anglais et 1 américains sont présent pour « garantir l’indépendance de l’archipel ». En fait, chacune des 3 puissances veulent mettre la main dessus pour soi-même. La tension est au maximum, on est à 2 doigts d’ouvrir le feu, lorsque soudain... un cyclone qui passait par là mit tout le monde d’accord et seul resta à flots le bateau le mieux construit, soit l’anglais, et tous les survivants des 3 pays dessus.
    On se partagea donc les îles. Les plus grandes devinrent allemandes ; Pago-Pago, américaine ; et les Anglais reçurent des Allemands les Salomons (sauf celles du nord)

    puissances sont toutes alliées, toutes présentes, mais alors que Japon et Russie ne cachent pas vouloir annexer Mandchourie et Corée, les USA exigent le respect de la Politique de la « Porte Ouverte », c'est-à-dire aucune annexion et liberté du commerce pour tous, partout.
    -1901 : Les USA reprennent le projet français de construction d’un canal à travers l’isthme de Panama.
    -1902 : Intervention à Cuba.
    -1903 : Pour ce faire, les USA provoque l’ « indépendance » du Panama qui était une province de la Colombie et signe avec le « nouvel état » un traité concédant aux USA la « canal zone ».
    -1905 : Traité de Portsmouth où après la victoire japonaise sur la Russie, les USA modère les exigences nippones. Il est intéressant de noter que la marine russe était constituée de navires construits en France, en Angleterre, en Allemagne et bien sûr, en Russie. La marine japonaise possédait peu de navires construits au Japon. Ses navires étaient construits en Angleterre, France, Allemagne et Italie. On ne trouve aucun bâtiment américain dans la marine nippone.
    -1907 : L’immigration asiatique est limitée... mais pas l’européenne.
    -1907-08 : Tour du monde de la flotte cuirassée américaine.
    -1910 : Fondation de l’Union panaméricaine sous la très paternelle présidence des USA
    -1911 : Intervention au Nicaragua.
    -1915 : Intervention à Haïti.
    -1917 : Achat des îles Vierges danoises.
    -1917 : Intervention dans la guerre civile mexicaine (une fois que celle-ci est quasiment terminée).
    -1917-18 :1ère guerre mondiale, les USA dictent les conditions d’armistice et de paix : les 14 points de Wilson.
    Un des aspects essentiels de ces points est la disparition de l’Empire austro-hongrois démantelé en nations trop petites pour restées indépendantes et qui tomberont tour à tour dans l’escarcelle d’Hitler, puis de Staline, de Milosevic et enfin de W. Bush. 
    -1919 : Envoi de troupes à Vladivostok ; officiellement pour soutenir les « blancs », officieusement pour contrer les Japs.
    -1921-22 : Conférence navale de Washington. Cette arnaque est l’une des plus incroyable de l’Histoire.
    a) On s’accorde la 1ère place à égalité avec l’Angleterre. (alors que l’Angleterre avait refusé à l’Allemagne une flotte représentant 3/5 de la sienne en 1912, une des cause de la 1ère Guerre Mondiale)
    b) On autorise les Japonais à avoir 2 porte-avions de 27.000 t. contre 2 de 33.000 T. pour les USA. Ceux des USA feront en fait + de 37.000 T, ce qui n’empêchera pas d’accuser les Japs de construire des croiseurs plus lourds que la limite de 10.000 T. (ce qui s’avèrera faux). En d’autres termes, on viole les textes que l’on a soi-même écrits et imposés aux autres… et on accuse les autres de les violer. Après tout, ce qui fut fait aux Japonais fut exactement la même chose que ce qui a été fait aux Indiens même pas 50 ans plus tôt. Dans ces conditions, seule une attaque surprise pouvait rétablir l’équilibre.
    c) On met la flotte française au niveau de l’italienne alors que la France a 2 façades maritimes.
    d) S’appuyant sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, on obtient l’annulation de l’alliance anglo-japonaise de 1902.
    e) S’appuyant sur la fin de cette alliance, on obtient l’évacuation par les Anglais de Wei-Hai-Wei et de Kiao-Tchéou (anciennement allemand) par les Japonais. Le commerce américain peut ainsi réapparaître en Chine du Nord.
    f) On ne ratifie ainsi pas le traité de Versailles (parce qu’il avait octroyé Kiao-Tchéou au Japon) que l’on n’a ainsi pas à garantir, notamment les réparations allemandes à verser aux Français et aux Belges, ce qui permet au commerce (et aux profits) USA à l’Allemagne de redémarrer. Par contre on ne transige pas sur les dettes de guerre contractées par les alliés que ceux-ci doivent impérativement payer. Ce ne sera qu’en 1930 (plan Young) que l’on fera le lien entre dettes et réparations. (du fait de la crise de 1929)
    g) On n’a pas non plus à siéger à la SDN (Société Des Nations) étant donné le triomphe des accords bipartites.
    Quelques années plus tard, Hitler suivra cet excellent exemple.
    -1924 : L’immigration asiatique n’est plus limitée : elle est interdite.
    -1926 : Entrée des USA dans le Capital de l’Irak Petroleum Co. (reprise des actions de l’Allemagne, la France reprend les actions russes mais ne s’en sert pas pour dédommager les actionnaires des fameux « emprunts russes ») et entrée des USA dans la politique au Moyen-Orient.
    -1929 : Crise économique.
    -1930 : Intervention en république Dominicaine et installation de Trujillo
    -1930 : Intervention au Guatemala et installation d’Ubico.
    -1930 : Une commission d’enquête de la SDN confirme l’existence du travail forcé (autrement dit de l’esclavage) au Libéria.
    -1932 : Intervention au San Salvador et installation de Martinez.
    -1932 : Intervention au Honduras et installation d’Andino.
    -1933 : Intervention à Cuba et installation de Batista.
    -1935 : Les USA ravitaillent l’Italie en pétrole malgré l’embargo décrété par la SDN à la suite de l’invasion de l’Éthiopie.
    -1937 : loi « cash & carry » qui permet de vendre des armes à des belligérants (en violation du Droit International) à condition qu’ils payent cash et embarquent eux-mêmes le matériel.
    -1936 : Intervention au Nicaragua et installation de Somoza.
    -1940 : Malgré les agressions continuelles du Japon sur la Chine (1932, 1933, 1937) en violation de la politique de la « porte ouverte », ce n’est que lorsque le préjudice de la perte du marché chinois deviendra plus important par rapport au fait que le Japon est un excellent client des USA, que ces derniers proclament l’embargo sur le Japon.
    -1941 : loi « Lend-Lease ». Mieux encore ! On prête du pognon aux belligérants pour qu’ils puissent acheter des armes... et il y a belle lurette que les cargos US participent à leurs transports. Pour ce faire, contre 50 vieux destroyers, la Grande-Bretagne cède des bases dans les Bermudes et aux Bahamas. Les 2 puissances s’installent d’office en Islande et au Groenland. 
    -1941-45 : 2ème guerre mondiale : 

    Destruction des villes européennes et japonaises par des bombardements classiques et atomiques qui n’ont pas écourté la guerre d’une heure, mais ont enrichi les industriels (un raid = 1.000 bombardiers = 4.000 moteurs + 200 chasseurs d’escorte, 5.000 t. de bombes, 13.200 mitrailleuses de 12,7, etc...)

    Faire la guerre avec le sang des autres, on leur fournit du matériel pour cela (convois maritimes de l’Arctique pour les Russes, pont aérien himalayen pour les Chinois, parachutage (avec les Anglais) pour les mouvements de résistance).
    Seul le front pacifique central ne comprendra que des troupes exclusivement américaines (et encore, en 1945 une escadre anglaise le renforcera).
    A titre informatif : les campagnes d’Afrique du Nord et d’Italie (avec Anglais et Français), de Sicile (avec Anglais), de Normandie (avec Anglais, Canadiens, puis Français), de Provence (avec Français), d’Arnhem (avec Anglais et Polonais), d’Allemagne (avec Anglais, Canadiens et Français), d’Insulinde (avec Hollandais, Anglais et Australiens), de Nouvelle-Guinée (avec Australiens), Birmanie (avec Anglais et Chinois), Corée (avec Russes).

    A l’issue de cette guerre, les USA occupent de gigantesques territoires : Bavière, Hesse et Württemberg, Basse-Autriche et Salzbourg, secteurs de Vienne et Berlin, Japon, toutes les îles du Pacifique ex-allemandes qui étaient devenues japonaises en 1919 (qui seront utilisées pour les tests nucléaires [Bikini] ). L’Arabie Saoudite devient une chasse gardée, des garnisons sont installées en France, Italie, Corée du Sud, Thaïlande. L’Europe occidentale, Grande-Bretagne incluse, passe sous tutelle économique américaine (plan Marshall).

    -1947 : Intervention aux côtés des Britanniques en Grèce.
    -1949 : Défaite de l’allié Tchang Kaï-Chek qui se réfugie à Formose évacué par les Japonais.
    -1950-53 : Guerre de Corée : à la suite des agressions, infiltrations, sabotages continuels des sudistes dirigés par le dictateur Syngman Rhee, attaque brusquée du Nord communiste qui faillit de peu l’emporter. Contre-offensive de MacArthur, proconsul américain pour l’ensemble de l’Asie qui occupe tout le nord et menace la Chine de Mao, intervention de ce dernier qui descend à nouveau très au sud. Ce n’est qu’avec un immense effort dans une guerre de tranchées digne de la guerre 14-18 que les USA et leurs alliés parviennent péniblement à revenir, presque, mais pas tout à fait, à la frontière de 1950. Supériorité matérielle occidentale et supériorité numérique chinoise s’annulent. Seul l’emploi massif du « tapis de bombes » par l’aviation US et le massacre des populations civiles, réfugiés inclus sous le prétexte qu’il y avait parmi eux des « infiltrés » (soit tuer 100.000 innocents pour éliminer les 30 coupables qui sont parmi eux et que l’on ne peut reconnaître), permit d’éviter la formation d’une guérilla sur ses arrières comme cela sera le cas au Viêt-Nam ou actuellement en Irak. La terrible guerre de Corée dont on ne commence que depuis peu de temps à savoir toute la vérité, faillit bien devenir la 2ème défaite de l’Histoire des USA et dégénérer en 3ème Guerre mondiale.
    -1951 : les USA et l’OTAN s’installent définitivement en Islande.
    -1951 : Installation de bases en Portugal salazariste.
    -1951 : Installation de bases au Maroc et en Tunisie. Elles serviront pour des actions clandestines destinées à provoquer l’effondrement de la France en Afrique du Nord.
    -1953 : Installation de bases en Espagne franquiste.
    -1954 : Défaite de l’allié français en Indochine.
    -1954 : Intervention au Guatemala, éviction d’Arbenz qui vient de nationaliser l’United Fruit C° et installation d’Armas.
    -1954 : Installation du Chah en Iran et éviction de Mossadegh.
    -1955 : Les Américains soutiennent Diem au Sud Vietnam.
    -1957 : Les menées de Diem amènent la formation du Viêt-Cong et l’arrivée de « conseillers » US.
    -1958 : Intervention au Liban.
    -1958 : Intervention diplomatique sur la guerre d’Algérie.
    -1960 : Pour mettre fin aux violations continuelles de l’espace aérien soviétique et chinois par les avions de reconnaissance US et vu l’infériorité de la chasse soviétique (près de 1.000 avions abattus depuis 1945 d’après une récente enquête), Khrouchtchev utilise les missiles sol-air et met fin à ces reconnaissances. (En pure perte, car elles sont immédiatement remplacées par des satellites espions) 
    -1961 : Échec de l’intervention à Cuba face à l’éviction de Batista par Fidel Castro et Che Guevara en 1959. La contre intervention de l’URSS en 1962 faillit dégénérer en guerre nucléaire.
    -1961 : Kennedy, évoquant la conquête de l’Ouest américain et son extension jusqu’aux rivages de la Chine, maintenant bloqué par Mao ; offre aux Américains la nouvelle frontière, l’espace et la conquête de la lune avant les Soviétiques.
    -1963 : Avec l’ONU, pour la 1ère fois, intervention de troupes US en Afrique, au Katanga.
    -1963 : Les USA éliminent Diem et installent Thieu et Ky à la place.
    -1964 : Début du bombardement du Nord.
    -1965 : Intervention directe des Marines puis de l’Army au Sud avec rétablissement de la conscription.
    -1965 : Les Marines débarquent aussi à Saint-Domingue.
    -1967 : La France abandonne son allié israélien à propos du Liban. Les USA prennent progressivement la place laissée libre.
    -1967 : Putsch des colonels en Grèce soutenu par la CIA.
    -1970 : Extension de l’intervention au Cambodge alors que le nombre des troupes engagées est en diminution.
    -1973 : Élimination d’Allende et installation de Pinochet au Chili soutenu par la CIA.
    -1973 : Guerre du Kippour : L’énormité de l’aide américaine permet à Israël d’obtenir un match nul dans une guerre où il s’est laissé surprendre.
    -1975 : Évacuation en catastrophe de Pnom-Penh et de Saïgon, seconde défaite de l’Histoire des USA, la conscription est supprimée (leurs stratèges considèrent que c’est la cause de la défaite de voir des soldats que l’on renvoie chez eux juste au moment où ils commencent à acquérir une certaine expérience, face aux combattants viets dont certains avaient déjà vaincu les Français), les USA s’engagent sur la voie d’une armée de métier.
    -1980 : échec d’un raid en Iran destiné à délivrer les otages de l’ambassade US à Téhéran.
    Soutien à Saddam Hussein qui entraîne l’Irak dans ce que l’on appellera la première guerre du Golfe contre l’Iran qui durera 10 ans sans aucun autre résultat qu’un immense massacre, la supériorité matérielle iraquienne étant annulée par la supériorité numérique iranienne.
    -1983 : Les Marines débarquent à la Grenade.
    -1984 : Échec de l’intervention au Liban.
    -1986 : Attaque aérienne sur la Libye.

    -1987 : La CIA finance les « contras » au Nicaragua pour renverser les Sandinistes.
    -1988 : Intervention au Honduras.
    -1990-91 : seconde guerre du Golfe : Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, coalition dirigée par les USA qui écrase l’armée de Saddam Hussein et permet une occupation militaire de l’Arabie Saoudite. Conséquence : création d’un mouvement intégriste islamique destiné à combattre l’occupation par des infidèles de la terre sainte, Al-Quaïda, dirigé par Oussama Ben Laden.

    En outre, en Irak, Chiites et Kurdes se révoltent et sont massacrés par l’armée de Saddam sans que les USA n’interviennent. Seul deux zones d’exclusion aérienne sont instituées au nord et au sud du pays.
    -1992 : Échec de l’intervention en Somalie.
    -1994 : Intervention en Haïti.
    -1994 : Intervention en Bosnie.
    -1999 : Intervention au Kosovo et écrasement de la Serbie.
    -2001 : Twin Towers.
    -2002 : Invasion de l’Afghanistan. Installation de bases en Géorgie et au Tadjikistan..

     

     

    SNCB : La rentabilité d’abord, le service public ensuite !

    Carte-sncb

    Il y a de cela quelques semaines, au détour d’une discussion, un ami me disait “Veinard, tu vas avoir une ligne directe depuis Bressoux avec les nouveaux trains de la SNCB”. Du côté des médias, c’est le même enthousiasme et l’on parle depuis plusieurs jours des « nouvelles offres de la SNCB ». La réalité c’est que la diversité de l’offre à partir de ma petite gare locale diminue et qu’il n’y a rien de nouveau sous la pluie mais seulement la poursuite de la logique « grandes lignes » de la SNCB.

    Afin d’étayer ma critique, j’aimerais prendre un exemple intéressant que je connais bien, le mien. J’habite Jupille (à proximité de la gare de Bressoux) et je travaille à Louvain (Leuven). Il y a de cela plus de 2 ans, j’ai décidé de revendre ma voiture pour passer au vélo [1] et au train.

    Avant ce 10 décembre, il existait un train partant de la gare de Bressoux [2] à 7:55 et arrivant à 9 :00 à Louvain via l’ancienne ligne Liège-Bruxelles. Il a été supprimé au départ de Visé et Bressoux. La gare de Bressoux était également desservie par un train local en direction de Liège-Guillemins toutes les heures 34 assurant une bonne correspondance avec le train rapide de l’heure 58 pour Louvain et Bruxelles (un quart d’heure de battement souvent réduit à 5-10 minutes en raison du retard assez chronique du train local). Ce train a été supprimé et remplacé par une des fameuses « nouvelles offres » à savoir un train IC assurant la liaison Maastricht-Bruxelles via la voie rapide et s’arrêtant à Visé- Bressoux et Liège. Minuscule inconvénient, celui-ci ne s’arrête pas à Louvain me laissant juste le choix d’un très risqué saut du train en marche en gare de Louvain [3]. Vu l’affluence du train local Maastricht-Visé-Liège, UN train local a été maintenu à 7:43 (au lieu de 7:34). La correspondance est maintenant excellente avec le train de 7:58, tellement bonne d’ailleurs que sur les deux premiers jours, nous sommes arrivés deux fois après 7:58 et que seul le retard du train de Bruxelles nous a permis d’avoir le train. Ce jour, le train de 7:58 était soit dit y en passant bondé car le nouveau train Maastricht-Bruxelles après avoir eu un quart d’heure de retard lors de son jour d’inauguration était tout simplement en panne aujourd’hui. Si l’on a un bon plan marketing du côté de la SNCB et que l’on prend soin d’annoncer aux médias bien à l’avance les « nouvelles offres », on a par contre oublié de tester les locomotives plus d’une semaine à l’avance or, celles-ci supportent mal la tension différente (1500V) sur le réseau hollandais.

    Ce petit exemple [4] illustre bien la philosophie actuelle de la SNCB qui est le « tout aux grandes lignes ». Il est louable d’augmenter l’offre vers la capitale afin de désengorger celle-ci mais la mission de service public de la SNCB n’est pas seulement de répondre à cette demande massive (et rentable) vers la capitale mais aussi d’offrir à chacun la possibilité de choisir le train plutôt que la voiture où qu’il habite et travaille. En concentrant son énergie sur les grandes lignes, et particulièrement sur Bruxelles, la SNCB abandonne sa mission de service public qui ne peut être régulée uniquement par la loi de l’offre et de la demande mais aussi et surtout par l’obligation d’offrir des alternatives pour toutes et tous en fonction de l’intérêt collectif.

    Il s’agit de proposer des solutions afin de faire naître des alternatives (fussent-elles peu rentables à court terme suivant les seuls critères marchands), d’impulser d’autres habitudes plus écologiquement responsables qui ne soient pas pénalisantes dans la vie quotidienne (temps de transport excessifs). Bien évidemment, au sein l’UE actuelle où la libre concurrence est élevée au rang de valeur et où tout est marchandise (même les choix en matière de transport), la SNCB est placée aujourd’hui dans un carcan financier qui l’oblige à faire ces choix aux dépens de ses usagers mais aussi de l’intérêt collectif. En effet, en appauvrissant encore l’offre à partir des petites gares périphériques, la SNCB incite à l’usage de la voiture. Au mieux, les combinaisons voiture-train ou bus-train demeurent envisageables mais l’alternative la plus verte, celle qui combine le vélo et le train, est rendue plus difficile car les moyennes distances sont négligées au profit des grandes lignes. En imposant de fait à la SNCB ce choix stratégique, les autorités renoncent à remplacer progressivement la voiture par d’autres modes de transport moins polluants comme le train mais choisissent plutôt d’occuper avec celui-ci un « segment » du marché. Il n’est plus question comme le clamait une campagne de pub de la SNCB, de nous faire « oublier la route ».

    On ôte des lignes locales et les remplace par des RAVELs. On ferme les petites gares. On y diminue l’offre. Faire rouler un train coûte cher mais le prix que nous devrons payer collectivement pour la gabegie actuelle et ses conséquences écologiques sera sans commune mesure.

    Notes

    [1] Forcément « pliable » puisque la SNCB (pas plus que le TEC) ne prévoit pas de solution pour les vélos. Enfin, il existe bien un exorbitant billet spécial vélo mais cette « solution » requiert en outre une excellente condition physique afin de courir jusqu’au contrôleur avec le vélo, puis avec celui-ci jusqu’au wagon dans lequel un espace est prévu en tête ou queue de train (et ce au départ comme à l’arrivée). La poussée d’adrénaline est garantie, j’ai essayé !

    [2] En fait, il s’agit uniquement d’un « arrêt » le gare ayant été fermée et les voyageurs peuvent soit attendre le train dehors (il n’y a même pas de d’abri contre les intempéries) soit dans le passage sous les voies où règnent alternativement des effluves de vomis et de déjections humaines (ce lieu étant devenu un refuge notoire pour toxicomanes)

    [3] Surtout avec mon vélo pliable en main

    [4] J’en ai déjà collecté quelques autres comme par exemple le fait que le train rapide vers Liège passant Louvain à 18:06 et qui faisait omnibus vers Gouvy à partir de Liège desservant entre autre les gares d’Angleur, Tilff, Mery, Hony et Esneux ne s’arrêtera plus non plus à Louvain.

    Pierre EYBEN

     


    La gauche et le peuple

    PCF-non

     

    "La gauche a un problème avec le peuple", écrivait Claude Demelenne dans le Journal du Mardi de la semaine passée. Et d'expliquer que l'insécurité sociale et physique en est la principale raison. Et de nous présenter Ségolène Royale comme  la solution qui va résoudre les problèmes de l'insécurité physique. Quant à l'insécurité sociale, la "pragmatique" Mme Royal serait "susceptible d'évoluer"...

    Ceux qui ont lu les 98 chroniques qui précèdent celle-ci savent qu'on ne peut m'accuser de complaisance à l'égard de la social-démocratie et qu'en aucune façon je ne me résigne à l'abandon d'un constat : la lutte des classes, même si la lutte et les classes se sont modifiées, demeure aussi âpre, aussi cruelle que par le passé. Et je ne me résoudrai jamais à signer à la fin de ma vie un livre égrenant la longue liste des déceptions successives provoquées par un PS que j'aurais suivi jusqu'à l'aveuglement. Je ne me résigne pas à confier l'espérance aux professionnels de l'accommodement. On trouvera donc tout à fait cohérent que non seulement j'acte bien volontiers que la gauche a un problème avec le peuple, mais que j'ajoute qu'elle en est la première responsable. Et qu'inverser l'ordre des explications me semble relever d'une dérive dangereuse vers  un primat donné aux questions sécuritaires.

    A qui donc sert le discours sécuritaire ? A ceux qui savent que les dérégulations, les flexibilités, le démantèlement systématique des avancées sociales conquises au prix de souffrances innombrables engendrent une société à ce point disloquée et précarisée qu'elle exige un renforcement de l'appareil sécuritaire. Ce n'est pas par hasard que le thème de l'ordre se retrouve avec la même force chez Sarkozy comme chez Royal. Mme Royal parle avec audace de sécurité physique et avec parcimonie de l'insécurité sociale parce qu'elle n'entend pas remettre en cause les raisons de cette insécurité sociale. Et invoquer, comme le fait notre rédacteur en chef pour illustrer sa capacité à traiter du social,  la pugnacité de la compagne de François Hollande dans le combat contre le CPE , c'est oublier un peu vite que tout le PS, y compris Rocard et Strauss Khan, a rejoint, après quelques hésitations, la gauche antilibérale dans ce combat derrière les lycéens, les étudiants et leurs parents.

    Si la gauche a un problème avec le peuple, c'est parce que chaque fois qu'elle a créé l'espérance par un discours où elle faisait croire qu'elle était proche des préoccupations du peuple, elle a déçu : en 1956, en 1981, en 1988, en 1997. Autant d'espérances, autant de déceptions.

    On peut rédiger, dans les salles de rédaction, à Bruxelles comme à Paris, de beaux papiers et se mettre au diapason de la droite sécuritaire qui pense plus à réprimer les effets qu'à supprimer les causes. Mais quand on va, comme je le fais chaque semaine dans cette France où je vis, là où le néolibéralisme détruit les emplois et crée de la misère, là où, dans le désespoir, des femmes et des hommes occupent leur entreprise que les règles de l'OMC et de l'Union européenne permettent de délocaliser lorsque les dividendes n'atteignent pas des pourcentages à deux chiffres, dans le Nord, à Dunkerque, Lille, Tourcoing, ou Valenciennes ou dans

     

    le Sud autour de Marseille, de Sète, de Toulon, et même d'Albi, d'Agen ou de Toulouse, c'est d'une autre violence qu'il s'agit. La violence d'un capitalisme que Mme Royal ne remet jamais en question.

    Dans ces endroits qui se multiplient et où on se croirait revenu au début du XXe siècle, c'est autre chose que Mme Royal qu'on attend : l'unité de la gauche qui refuse le néolibéralisme.

    Certes, l'insécurité physique est un problème réel que la bourgeoisie socialiste a dédaigné et a offert à la droite. Mais encore une fois, pourquoi ? Parce que supprimer l'insécurité physique de manière durable, la réduire aux questions séculaires du banditisme, oblige à s'attaquer aux causes de l'insécurité sociale. Et que cela, la social-démocratie y a renoncé. Pire : elle  a contribué à la créer.

    Cette social-démocratie française a négocié, avec le patronat et la droite,  les règles de la mondialisation néolibérale qu'applique aujourd'hui un des siens à la tête de l'OMC ; elle a, sous l'impulsion d'un autre des siens, négocié avec le patronat et la droite, les traités  - Acte unique, Traité de Maastricht - qui ont transformé le beau projet de construction d'une Europe unie en machine à mettre en concurrence les  Européennes et les Européens, les habitants d'Europe et ceux du reste du monde. Et elle nous présente les résultats de ses propres choix comme des fatalités qu'il nous reste à subir. Tout en proposant comme un progrès quelques mesurettes destinées à en atténuer les effets les plus douloureux.
    Le problème de la gauche avec le peuple, c'est que le peuple est resté à gauche et que la gauche social-démocrate n'est plus à gauche. La France ne mérite-t-elle pas mieux que ce choix qui n'en est pas un entre l'ordre hard de Sarkozy et l'ordre soft de Royal qui tous deux, soyons en certains, provoqueront un immense désordre tant la souffrance sociale devient insupportable ?

     

    Raoul Marc Jennar

    Extrait  du Journal du Mardi

     


     

    MENACES SUR LA CIVILISATION DU VIN.

    Par Raoul Marc Jennar

     

    vin

    Le vin ! Ce n’est pas seulement un produit agricole. Ce n’est pas une boisson comme une autre. C’est le fruit de la terre transformé en breuvage, c’est la marque d’une contrée, c’est le signe d’un art de vivre.

    Avec l’olivier, la « vitis vinifera » appartient aux paysages qui bordent le bassin méditerranéen, berceau de la civilisation européenne. Le vin n’est pas seulement un élément clé de la gastronomie, mais c’est aussi un fait de culture.

    Domestiquée par les Sumériens, les Babyloniens, les Assyriens, les Égyptiens, les Hébreux et les Phéniciens, la culture de la vigne s'épanouit pleinement sur les rives de la mer Méditerranée, matrice de la civilisation du vin. Les Grecs, initiateurs de la viticulture en Europe méditerranéenne, sont relayés dans leur œuvre civilisatrice par les Romains : la Sicile et l'Italie du Sud d'abord, les régions méditerranéennes de la France et de l'Espagne ensuite, jusqu'aux rivages de l'Atlantique et l'intérieur du continent enfin. Les Romains, grands législateurs, sont les premiers à codifier les règles de fabrication et à rechercher la qualité. Les Gaulois inventent le tonneau qui supplantera l’amphore.

    Que n’a-t-on célébré le vin dans la poésie et la chanson ! Associé aux plaisirs, il fut aussi célébré comme objet de culte par les adorateurs d’Osiris, de Dionysos, de Bacchus. Pour les Grecs et pour les Romains, le dieu du vin est le dieu de l'extase, de la métamorphose et de la régénération, de tout ce qui vit.  Le mot vigne est cité 176 fois dans la Bible. Pour  certains croyants, le vin est même consacré comme « sainte espèce ». 

    Le vin est le sang de la terre. Et la vigne exprime, comme l’écrit Michel Onfray, « sa participation au monde terrestre et son aspiration à l'univers céleste. Sa double appartenance » (La raison gourmande, Paris, Grasset, 1995).  

    Mais la vigne, c’est aussi un élément primordial de la vie socio-économique de nombreuses régions en Allemagne, en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, au Portugal. Cultiver la vigne fait vivre des centaines de milliers de personnes. C’est une des activités agricoles les plus fortement utilisatrices de main d’œuvre. C’est une activité agricole dominante dans 22 régions d’Europe. Le vignoble européen occupe 45% de superficies viticoles de la planète et assure 60% de la production mondiale de vin. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin » équivaut aujourd’hui à la vente de 100 airbus chaque année. L’Europe est premier exportateur mondial de vin. Pour la période 2000-2003, la différence entre le vin exporté d’Europe et le vin importé a rapporté un solde commercial excédentaire de 2 milliards d’euros.

    C’est tout cela que les technocrates apatrides et
    irresponsables de la Commission européenne veulent détruire au nom d’une conception dogmatique et mondialisée du libre échange. Comme vient de le déclarer en commission du Parlement européen, un représentant de la Commission européenne : « notre volonté est de déréguler complètement le marché du vin. » Une fois de plus au service prioritaire des grands intérêts agro-industriels, la Commission européenne veut mettre la viticulture européenne entre les mains des firmes multinationales des alcools et des vins et abandonner ce qui fait la diversité et la richesse culturelle des terroirs européens.

    La Commission européenne, au motif que, dans une période récente, les importations de vin venant d’Argentine, d’Australie, du Chili, des Etats-Unis ont augmenté plus vite que les exportations de vins européens veut arracher quatre cent mille hectares de vignobles, mettre fin à des critères de qualité (comme l’AOC), autoriser le mélange de vins non européens avec des vins européens. Le résultat sera que l’Europe deviendra importatrice net de vin et que la civilisation européenne du vin aura disparu. Mais il est bien entendu plus important de satisfaire l’idéologie néolibérale que de protéger le patrimoine culturel et viticole de l’Europe. Comme l’ont fait remarquer des députés de la Gauche Unitaire Européenne, « le premier devoir des institutions européennes est de soutenir et de protéger la production de vin, pas de la démanteler. » J’y reviendrai.

     

    Extrait du Journal du Mardi

     


     

    Une petite blague

    Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans à Chicago. Il aimerait bien planter des pommes de terre dans son jardin mais il est tout seul, vieux et trop faible. Il envoie alors un e-mail à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème.

    -"Cher Ahmed, je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi tu aurais pu m'aider à retourner la terre. Je t'aime, ton Père"

    Le lendemain, le vieil homme reçoit un e-mail :

    -"Cher Père, s'il te plaît, ne touche surtout pas au jardin ! J'y ai caché la "chose". Moi aussi je t'aime. Ahmed"

    A 4 heures du matin arrivent chez le vieillard l'US Army, les Marines, le FBI,la CIA et même une unité d'élite des Rangers. Ils fouillent tout le jardin, millimètre par millimètre et repartent déçus car ils n'ont rien trouvé. Le lendemain, le vieil homme reçoit un nouvel e-mail de la part de son fils :

    - "Cher Père, je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais retournée et que tu peux planter tes pommes de terre. Je ne pouvais pas faire mieux. Je t'aime, Ahmed"

  •  Nous continuons la publication du reportage paru dans le JDM sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l'Eglise catholique.

    SOCIETE

     

    Nous continuons la publication du reportage paru dans le Journal du Mardi sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l’Eglise catholique

     

    Pologne : Le bréviaire de la haine

    par Krzysztof Zakrzewski

     

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    Les ennemis sont clairement définis : ce sont le Juif, l’homosexuel, le maçon, l’étranger, le communiste, l’Européen, le libéral . Sans oublier le militant pro-IVG. Ils n’ont qu’un but : détruire la frêle Pologne et l’Eglise catholique.

    Qui porte ces accusations venimeuses, racistes et xénophobes ? Radio Maryja, une station intégriste écoutée par près de 6 millions de Polonais. Créée il y a 14 ans par le père rédemptoriste Tadeusz Rydzyk, le prédicateur à la parole ardente, la « voix catholique dans ta maison » distille la haine à longueur d’ondes.

    Exemple : « Depuis que l’histoire de l’Holocauste est inscrite au programme scolaire, tout le monde croit qu'Auschwitz était un camp d'extermination, et non un camp de travail normal ». Le pire, c'est que la grande majorité des auditeurs, originaires des zones rurales (60 ans de moyenne d'âge), prennent pour parole d'Evangile ce réquisitoire antisémite. Ils ne sont pas les seuls … Les partis politiques de droite et de la droite extrême ne jurent que par Radio Maryja où leurs dirigeants sont souvent invités. C'est en partie grâce à son soutien que le parti conservateur et ultra catholique Droit et Justice (PIS) des frères jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski a remporté les trois consultations électorales – législatives, sénatoriales et présidentielle – devançant, à chaque fois la Plate-forme citoyenne (PO), formation libérale, de droite également . Immédiatement après ce triple succès, les vainqueurs sont allés en pèlerinage au siège de Radio Maryja, à Torun (nord de la Pologne), pour remercier le père Rydzyk, lequel leur a rendu la politesse en les retrouvant au Parlement. Il en a profité pour bénir les députés, et s’assurer du soutien politique à son entreprise. Grâce à d’énormes collectes de fonds qui échappent totalement à l’Eglise polonaise, le prêtre, toujours muni de deux portables enfouis dans les poches de sa soutane, est parvenu à construire une véritable PME, dont le chiffre d’affaires ne cesse de croître. En plus de quelque 47 stations locales, il contrôle en effet, le journal Nasz Dziennik, qui tire à 250.000 exemplaires, trois fondations, ainsi que l’Ecole supérieure de Culture sociale de Torun. Ses détracteurs prétendent qu’en 2002, il aurait touché 3,4 millions d’euros de revenus. Voilà pour les deniers du culte.

    Contre le progrès

     

    « Personne dans l’Eglise polonaise, ni dans la vie publique, n’a mieux réussi à remplir le vide laissé par la disparition de Jean-Paul II, que le père Rydzyk … C’est lui qui a pris le rôle de faiseur de roi au cours de ces derniers mois », reconnaît l’hebdomadaire Wptost . Pas moins. « Même si le père Rydzyk ne souffle pas au Premier ministre les noms des personnalités qu’il verrait bien entrer au gouvernement, il fait savoir aux élites ce que pensent ses auditeurs », explique, navré, Slawmir Sierakowski, le rédacteur en chef de la revue Krytyka poliyczna. Et ses discrets rapports sont tout aussi efficaces que s’il attribuait lui-même les portefeuilles. Tout récemment, ces mêmes auditeurs ont fortement protesté contre la nomination de Joanna Kluzik-Rostkowska au secrétariat à la Famille et aux Femmes. Son crime ? Malgré sa profession de foi, elle a osé se prononcer en faveur de l’aide de l’Etat à la fécondation in vitro. Intolérable !

    L’autre jour, Lech Walesa, ancien chef de l’Etat, est sorti de ses gonds au cours d’une émission de la chaîne de télévision publique. Ulcéré par les programmes de Radio Maryja, « qui ment à ses auditeurs » et, choqué  d’avoir été accusé sur cette antenne, de figurer parmi les agents des services secrets dans la Pologne communiste, le Prix Nobel de la paix a rétorqué que la radio du père Rydzyk constituait une menace pour la jeune démocratie polonaise. Mais le fulminant prédicateur n’a cure du lamento de Walesa. Il sait bien que l’épiscopat polonais lui est favorable, tout comme l’actuel gouvernement. « Ce n’est pas répréhensible d’être contre le progrès, contre ceux qui veulent renverser l’ordre établi par Dieu », explique Anna, une fidèle auditrice de 65 ans. Début décembre, elle s’est rendue, avec 10.000 fidèles, à Torun pour fêter le 14ème anniversaire de sa station préférée. « Le père Rydzyk, confesse-t-elle, nous a donné la foi, le sentiment que l’on vaut quelque chose ». Anna a promis au père Rydzyk de l’aider à rechristianiser l’Europe entière.

     

    Extrait  du Journal du Mardi

     

    Afrique : Un continent se meurt,

    mais Benoît XVI persiste …

    par Patrick Girard

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    Mgr Arinze

    Au lendemain du décès de Jean-Paul II, plusieurs « papabiles » africains avaient été évoqués : Mgr Arinze, originaire du Nigéria, connu pour sa rigidité doctrinale, tout comme le Béninois Mgr Gantin, autrefois préfet de la Congrégation des évêques . Fort de 126 millions d’âmes, le catholicisme africain n’a guère succombé aux sirènes de la « théologie de la libération », c’est-à-dire l’adaptation des rites catholiques aux traditions africaines. En revanche, les conférences épiscopales africaines ont accepté sans ciller le virage à droite imposé sous le pontificat de Jean-Paul II, notamment concernant la morale sexuelle. Un sujet explosif sur un continent laminé par le sida, et où les interdits papaux ont des conséquences ravageuses. La défense acharnée du célibat des prêtres y décourage, comme ailleurs les vocations, mais, surtout, comment évaluer l'exorbitant coût humain de l'interdiction du préservatif ?

    Confronté à la féroce concurrence des Eglises protestantes, en particulier des missions évangélistes financées par les Etats-Unis, le catholicisme africain paraît condamné à une sorte de surenchère conservatrice . Sans parler des effets déplorables de son évidente collusion, au lendemain des indépendances, avec les pouvoirs en place …

    Ainsi, au Rwanda, l’archevêque de Kigali était membre de droit du comité central du parti unique, le MRND, et le clergé local ne fut pas le dernier à participer, directement ou non, au génocide de 1994, livrant de gré ou de force, les fidèles tutsis aux militaires hutus . A l’inverse, au Burundi, l’Eglise soutint longtemps le régime minoritaire tutsi. Ce qui explique que ces deux réservoirs humains du catholicisme ont vu bon nombre de leurs fidèles, écoeurés par ces compromissions, se tourner vers les évangélistes protestants. Idem en Côte-d’Ivoire, où le catholicisme fervent de feu Félix Houphouè-Boigny a conduit quelques-uns  de ses opposants, dont Laurent Gbagbo et son épouse, à opter pour la religion réformée. Reste que dans bon nombre de dictatures africaines, l’Eglise catholique fut longtemps le seule force d’opposition, même si les partis d’inspiration démocrate-chrétienne n’ont jamais réussi la moindre percée politique, ne serait-ce qu’à cause de leur allégeance trop visible à certaines ethnies . Le continent noir, lui, continue de souffrir, mais Benoît, visiblement, persiste …

    JDM N° 248 – 27/12/2005

     

    Belgique : Darwin : « persona non grata »

    par Grégoire Pinson

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    Il n’y a pas qu’en Caroline du Sud que Darwin fait figure de corrupteur de la jeunesse. En Belgique, Probio, une association de professeurs de biologie, s’inquiète de l’offensive des catholiques ultras, secondés par les sectes protestantes, pour imposer le credo créationniste à leurs élèves. « Deux de mes étudiants ont cessé, sur injonction de leurs parents, témoins de Jéhovah, d’assister à mes cours. Une autre élève, très catholique … m’a expliqué qu’elle refusait catégoriquement d’admettre que le monde n’avait pas été créé en sept jours », raconte Jean-Pierre Oeyen, professeur de biologie au collège Charles-Janssens, à Bruxelles. Ce sont moins, cette fois, les intégristes flamands que leurs homologues wallons, qui sont décidés à chasser les « insanités évolutionnistes » des programmes. Bastions francophones, Namur, Liège et Bruxelles comptent, en effet, nombre d’adeptes de la messe en latin qui suivent les mots d'ordre de l’évêque Léonard, cousin namurois de Mgr Lefebvre.

    Créé en 1989, l’association Belgique et Chrétienté se veut à la pointe de la lutte contre le « racisme anti-chrétien et anti-belge ». Elle appelle au boycott des entreprises « qui manquent de respect à la catholicité », et avertit qu’elle rendra coup pour coup. Alain Escada, son fondateur, fustigeait, jadis, dans une feuille d’extrême droite, « la haute finance vagabonde et anonyme », termes codés de la littérature antisémite. Des propos qui n’ont pas empêché le cardinal Joas, ami de Jean-Paul II, de figurer au programme des causeries très orientées de l’aimable confrérie néo-fasciste .

     

    Extrait du Journal du Mardi

     

    Autriche : La valse des prélats

    Par Tanguy Debbaz

     

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    Hans Hermann Groer

    La scène se passe le 4 novembre dernier, au Vatican. Dans la salle réservée aux visites des prélats, Benoît XVI reçoit une délégation de la conférence des évêques d'Autriche. Le chef de l'Eglise est d'humeur chagrine. Rapidement, le ton monte. Le Pape s’insurge contre « un phénomène significatif et préoccupant de sécularisation » dans la petite république alpine, « fille préférée » de l’Eglise de Rome. Que leur reproche-t-il avec autant de véhémence ? Leur manque d’enthousiasme et de détermination pour enrayer l’exode de leurs ouailles. Les derniers chiffres sont éloquents :

     

    50.000 fidèles de moins chaque année, depuis 10 ans. Rude, pour un pays de 8 millions d’habitants, catholiques à 85 % ! Face aux évêques autrichiens abasourdis, le Saint-Père sonne l’heure de la contre-offensive. Deux types de mesures sont préconisées : une « soumission plus claire, plus courageuse et spirituelle à la parole du Christ », et un retour à des actions « missionnaristes », notamment grâce à un catéchisme plus « agressif ».

     

    Reluisants secrets

     

    Cette explication de texte n’est pas la première adressée à l’Eglise autrichienne. Dans les années 80, Jean-Paul II est, en effet, troublé par la désaffection croissante de la messe dominicale qui résulterait, selon lui, des mesures de Vatican II, et de la  « dilution du message du Pape ». Plus prosaïquement, il s’inquiète de la proximité de vues entre les sociaux-démocrates au pouvoir, et le très populaire archevêque de Vienne, Franz Köning, surnommé « le cardinal rouge ».

    Le Saint-Père de Rome exige du changement. En 1986, Köning est remplacé par un obscur moine bénédictin de Basse-Autriche, Hans Hermann Groer. L’année suivante, un certain Kurt Krenn est nommé à la tête du diocèse de Sankt Pötten, fief d’un catholicisme de combat. La reprise en main échouera, car ces deux papistes de choc cachent de peu reluisants secrets. En 1995, Groer est accusé d’avoir abusé de jeunes adolescents d’un pensionnat catholique. En 2004, Krenn, à son tour, est contraint de raccrocher sa crosse pour une sordide affaire de pédophilie. Krenn, plus encore que Groer, incarne le dévoiement d’un clergé autrichien, soutenu par Rome jusque dans ses dérives extrémistes. Célèbre pour ses coups de sang et son penchant pour l’alcool, l’évêque s’est affiché à maintes reprises avec le dirigeant d’extrême droite, Jörg Heider, fustigeant, pêle-mêle, Noirs, Juifs, Arabes et homosexuels .

     

    Modérés, vraiment ?

     

    Pris de court, le Saint-Père bat le rappel pour se défendre des prétendus «modérés ». Par exemple, le cardinal Christoph Schönborn, grand chouchou des médias, promu « homme de dialogue », même s’il a signé une tribune dans le New York Times fustigeant le darwinisme . Un progressiste, on vous dit …

     

    Extrait du Journal du Mardi

  •  Nouvelles n° 109: "Tutti cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité - Une vie de mineur: interview de Richard Henne - Le Parti communiste en deuil - Ecologie: Vers la libération...verte? -

    "Tutti Cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité…

     

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    Tutti cadaveri est un livre, une œuvre, fruit d'innombrables heures de recherches et de travail. Trois personnes sont à la base du projet. Marie-louise de Roeck qui est professeur, Julie Urbain, licencié en histoire et Paul Lootens, secrétaire fédéral à la Centrale Générale de la FGTB.

    L'histoire de la conception du livre à commencé il y a 10 ans (lors du cinquantième anniversaire commémoratif de la catastrophe du Bois du Cazier). Marie-Louise de Roeck avait décidé de créer une pièce de théâtre ayant pour thème la catastrophe minière. Pour perfectionner ses connaissances elle demanda de plus amples informations sur la catastrophe. A sa grande surprise, on lui fournit 20.000 pages de papiers pelures d'époque relatant du Bois du Cazier. L'aventure commence. Les pages regorgent d'informations dont beaucoup en ignoraient l'existence. Afin d'être aidée dans sa tâche, elle fait appel à Julie Urbain étudiante en histoire. Ensemble, elles commencent à décortiquer et à classer les informations. Plus elles avancent dans leurs recherches plus elle se rendent compte que la plupart des textes sont ceux du procès du Bois du Cazier, un aspect de la catastrophe très peu développé.

    Malgré tout, les textes sont très nombreux et traitent de faits techniques. C'est alors que l'aide de Mr Lootens est sollicitée vu ses responsabilités et ses fonctions. Qui mieux que lui aurait pu le faire? Maintenant ils sont trois à mettre leurs sciences en commun et à travailler sur la question du procès et tout ce qui s'y rapporte de près comme de loin.

    Au fur et à mesure que les recherches avancent, plusieurs constats sont effectués : la sécurité catastrophique du site minier qui est due à la recherche de profit maximum par les patrons,  le fait que ce soit la police du charbonnage qui fasse l'enquête sur la catastrophe et que les juges en charge de l'affaire ne se basent que sur le rapport fait "maison", que d'année en année les tonnes de charbon extraites augmentent de façon quasi exponentielles au détriment de la réalisation de nouvelles installations moins dangereuses.

    Ce sont donc toutes les anomalies du procès qui poussent nos trois auteurs à concevoir un livre sur le côté obscur de l'après 8 août 1956.

    Durant l'apéritif rencontre organisé le 26 novembre dernier, une petite vingtaine de personne étaient présentes dans le local courcellois de l'Asbl Progrès et Culture. De très jeunes ou moins jeunes. Mr Paul Lootens retraça le parcours de la création du livre à l'aide d'anecdotes et d'expériences personnelles. Il relata également les conditions de vie des mineurs, les causes de l'accident ainsi que ses conséquences. L'ambiance était en général à l'écoute, par moment à l'indignation mais aussi par moments, à la révolte car toutes les personnes présentes dans la salle avaient perdues un proche ou un ami lors de la tragédie du Bois du Cazier.

    Beth Thomas

     


     

    Une vie de mineur : interview de Richard Henne

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    Né le 31 octobre 1927, Richard Henne est fils de mineur. Il a deux frères et une sœur et toute la famille vit dans un coron. Alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, son père vient à décéder après 27 ans de travail minier. Pour subvenir au manque d'argent causé par le décès, Richard et ses deux frères, partent travailler à la mine eux aussi.Sa carrière débute ainsi le 29 juillet 1942, aux Houyères-Unies situées à Anderlues au puits n° 2 de la société. Il  y travaille jusqu' au 15 avril 1949. Il rencontre alors et marie une fille de Souvret, notre amie Alfréda Her. Pour la circonstance, il arrêtera le travail quatre jours pour le reprendre aux Charbonnages de la Société de Monceau-Fontaine de Souvret. Là, on l'affecte au puits 6 Perrier. Il y travaille jusqu'au du 23 septembre 1950. Il décide alors de quitter l'exploitation de son plein gré, vu les conditions intolérables de travail qui y étaient appliquées.

    Après cela, il se dirige vers la mine de Nay-à-Bois, située à Roux, là où se trouve actuellement la centrale électrique. Il y travaille du 15 novembre 1950 au 9 février 1953. Il fut licencié à cette date comme il n'avait pas  rendu en temps et en heure un justificatif d'arrêt de maladie. Les patrons de l'exploitation, sachant qu'il était syndiqué et militant communiste, sautèrent sur l'occasion pour le mettre à la porte.

     

    Richard est alors revenu au siège n°3 du puits de Monceau-Fontaine du 10 mars 1953 au 7 mars 1954. Malheureusement, les puits ferment au fur et à mesure et notre mineur est transféré à Goutroux, au puits n° 14 du 9 août 1954 jusque fin octobre de la même année.

    1953 est une année d'élections syndicales. Richard Henne fait partie du syndicat unique des mineurs. Il fait sa "petite propagande", comme il l'appelle, afin de faire adhérer les autres mineurs au Syndicat Unique.

    Il organise ainsi un meeting dans les douches de la mine. Huit jours plus tard, il se voit convoqué par le directeur qui lui donne son préavis et le licencie sur le champ sans lui donner le moindre motif car, en effet, à cette époque il n'en fallait pas. Pour couronner le tout, le Syndicat Unique ne put se présenter aux élections.

     

    Ne se laissant nullement abattre par son licenciement et l'échec syndical, Richard Henne reprend du service fin novembre 1954 au Sacré-Français à Dampremy (une société du Mambourg installée à Charleroi) jusqu'au 22 janvier 1955. Cette fois-ci, il quitte la société minière pour  cause d'insalubrité des douches.

    Il se dirige alors vers le puits n°5 de la Société de Mariemont Bascourt du 24 janvier 1955 au 17 janvier 1956. Durant cette période Richard Henne apprend la fermeture prochaine des charbonnages et décide de partir travailler à Liège au St Arthur du 19 janvier 1956 au 5 mars 1960.

    En décembre 1960, commence la grande grève. Durant cette période, et avec le caractère de l'home engagé qui lui est le sien, Richard s'allie aux militants FGTB et CSC devant les grilles du St Arthur pour expliquer à ses compagnons de travail qu'une solidarité entre tous les mineurs est indispensable afin de lutter contre la Loi Unique.

    Là, encore une fois, il est remarqué parmi la centaine de manifestants présents et la direction lui "met un billet à sa médaille" signe qu'il venait encore d'être licencié sans motif.

    Il continue le mouvement de grève malgré tout, se rendant quotidiennement à la Maison du Peuple de Roux où se rassemblaient d'autres mineurs.

    Quant la grève fut finie, il décida de se rendre aux bureaux de chômage de Charleroi en expliquant qu'il ne savait plus où aller travailler. Au guichet, l'employé l'oriente alors vers le Vieux-Campinaire. Il y travaille du 8 mars 1961 jusqu'au 31 août 1963 et comme le métier est harassant et comme son état de santé se dégrade à cause de la silicose, Mr Henne introduit une demande de pension d'invalide. Comme il remplissait toutes les conditions, notre mineur l'obtient et met fin à sa carrière en 1963.

     

    Souvenirs de guerre.

    Pendant la guerre, les rationnements de nourriture pour la population étaient de 7 kilos de pain par mois soit 225 grammes par jour et par personne, ce qui fait qu'au bout de 15 jours, il fallait trouver quelque chose à manger pour les deux semaines restantes. Comme échappatoire, les mineurs du coron se cotisent pour acheter un bon paquet de tabac. Avec ce paquet, Richard et son frère allaient dans un champ de pommes de terre surveillé par un garde. Une fois le paquet de tabac dans les mains du garde, une envie pressante d'aller faire un tour d'environ un quart d'heure s'emparait de celui-ci. Un quart d'heure juste,  au retour du garde, plus personne ne pouvait se trouver sur le champ. De leur côté Richard et son frère se débrouillaient pour prendre l'équivalent d'une centaine de kilos de pommes de terre. Cela permettait de continuer à vivre jusqu'à la fin du mois en accommodant les pommes de terre en frites margarine. On travaillait aussi le dimanche, et en prime les mineurs avaient droit à un bon de charbon qu'ils revendaient pour se faire un peu d'argent. On allait sur les talus des fours à coke également, ramasser les "scrabies". Ce sont des morceaux de charbon pas tout à fait consumés que l'on revendait ou que l'on réutilisait pour son usage propre.

    Mais la guerre c'est aussi l'entraide et la solidarité. Les Russes capturés par les Allemands étaient forcés de travailler à la mine. Si déjà en temps de guerre, les mineurs belges avaient un niveau de vie frisant la précarité, les Russes captifs, eux, étaient parqués dans des baraques insalubres (Remarque: c'est dans ces mêmes baraques que seront logés les Italiens qui débarqueront en Belgique quelques années plus tard). Ils n'avaient rien ou presque pour vivre et quand les mineurs cassaient la croûte, ils en donnaient une partie à leurs

    camarades russes. La joie qu'on pouvait lire dans leurs yeux était intense. En guise de remerciement et de reconnaissance, quelques jours plus tard, les prisonniers offraient aux autres mineurs comme cadeau une superbe figurine très détaillée d'aigle ou d'ours taillée dans le bois. Une petite chose, mais qui faisait à la fois plaisir aux uns et aux autres.

    Je n'ai pas simplement fait l'interview d'un mineur, j'ai eu droit à un bout d'histoire sur ma région, quelque chose qu'on m' a expliqué en face, une histoire sortant tout droit de la bouche d'un homme qui a vécu certaines périodes importantes de l'histoire, et qui me permet d’en laisser une trace au travers de mes écrits.

    Lors de ses récits, je voyais dans les yeux de mon interlocuteur qu'il revivait ses moments de vie. Il les revoyait défiler tour à tour  en souriant ou sur un ton  grave.

    Beth Thomas

     

    Le Parti communiste en deuil.

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    Le camarade Albert De Coninck, ancien secrétaire national du PCB-KPB, vient de décéder dans sa 92 ème année. Les funérailles ont eu lieu à Wilrijk, le samedi 16 décembre dernier.

     

    Albert De Coninck est né en 1915, à Manchester (GB). En 1932, il adhère, à Mechelen,  à la Jeunesse Communiste, mouvement qu’il représente au Congrès mondial de 1934. Secrétaire régional de la JC en 1935, il devient volontaire dans les Brigades internationales parties au secours de la République Espagnole (1937). Après cinq mois, de retour en Belgique, il participe à la coordination de l’aide à l’Espagne républicaine, tout en passant au Parti Communiste, où il assume les fonctions de secrétaire politique à Mechelen. Mobilisé en 1939, il fait la campagne des 18 jours, à l’issue de laquelle il rentre chez lui et reprend contact avec la direction clandestine du Parti Communiste Flamand (VKP). Il contribue à la réorganisation du parti et plonge dans l’illégalité à l’été 1941. Envoyé en Flandre occidentale, il y assume successivement diverses fonctions et organise notamment une importante grève paysanne en 1942 dans la région de Diksmuide. Fin 1942, il devient Responsable National Paysan et passe, en 1944, aux Partisans Armés. Au moment de la Libération, il est Commandant de secteur P.A. pour les provinces flamandes. Pour son rôle dans la Résistance à l’occupation nazie, Albert De Coninck sera fait chevalier des Ordres de Léopold II et de la Couronne et titulaires de plusieurs décorations civiles et militaires. Il sera également cité à l’Ordre de la Reine par le Premier Ministre britannique W. Churchill en 1953.

    Albert De Coninck aura été permanent du parti à partir de 1944, membre du secrétariat national d’organisation, puis successivement secrétaire politique des fédérations de Kortrijk et d’Antwerpen. En 1951, il fut élu membre du Comité Central du parti et entra aussitôt au Bureau Politique. Il y siégea jusqu’en 1982, tout comme au Secrétariat National dont il était devenu membre en 1957, s’occupant plus particulièrement des Relations internationales. Le Congrès national de 1986 l’avait nommé membre honoraire du Comité Central.

    Milou RIKIR

     

     

    ECOLOGIE

     

    Vive la libéralisation…verte?

     

    vacances2006

    Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Ecolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

    La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Ecolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

    Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Ecolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

    Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Evacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés, ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

    Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.


    (1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
    (2) Le Soir, 20/8/99
    (3) Le Matin, 23/10/99
    (4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
    (5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

    Léon Taniau

    Extrait du Journal du Mardi

     

  • Nouvelles n° 108: "Société": Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire - La solidarité est la tendresse des peuples -

    DOSSIER "SOCIETE "

    Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire …

    intcatho

    Le pape vient d’accomplir un voyage en Turquie, risqué semblait-il. Tout s’est relativement bien déroulé après ses déclarations anti-islamiques faites à Ratisbonne en Bavière (Regensburg).          Le « Saint » Père aurait-il été visité par l’Esprit saint  et touché par la grâce ? Reste à voir : avortement, homosexualité, sida … la messe est dite !

    Dans tous les domaines, Benoît XVI renforce le virage à droite de son prédécesseur, et lance des clins d’œil aux intégristes.

    Vatican II est décidément bien loin.

    Faisons le tour de quelques églises catholiques au travers du monde.

     

    ESPAGNE

     

    « Saint Franco, priez pour nous ! »

    par Diane Cambon

     

    Prédicateur furibond de la Cope, la deuxième station de radio espagnole, Federico Jimenez Losantos se considère en guerre contre le gouvernement socialiste. « Le cabinet Zapatero, éructe-t-il, s’est allié  aux Chavez, Castro et Mohammed ». Ce n’est pas tout … Discrètement approuvé par le Parti populaire, la « radio des évêques » dénonce, en vrac, les autonomismes catalans, les mères célibataires, les adeptes de la « fureur laïque », mais aussi la légalisation du mariage homosexuel, l’abolition du catéchisme obligatoire à l’école et, surtout, les menaces contre les énormes privilèges fiscaux dont bénéficie l’Eglise catholique. Une véritable contre-offensive aux accents néo-franquistes, orchestrée par le Vatican, où les évêques espagnols occupent des postes clés.

     

    Sans compromis

     

    « L’Espagne est pour Rome le problème numéro un parmi les pays occidentaux », explique la revue catholique Ecclesia. En janvier dernier, le défunt Jean-Paul II avait fustigé José Zapatero pour ses mesures « contre la liberté religieuse ». Et son successeur, Benoît XVI, dénonçait récemment « la destruction en Espagne, d’un système de droit ».

    Quant au Parti populaire, trop content de caresser les 10 millions de catholiques pratiquants dans le sens du poil, il encourage l’Eglise espagnole à rejeter tout compromis. Quitte à réveiller les fantômes de la guerre civile, déjà agités lors de l’adoption par les socialistes des lois sur le divorce et l’avortement, à la fin des années 80. En juin, ils étaient 1,5 million à descendre dans les rues de Madrid pour s'opposer à la loi sur le mariage homosexuel. Sur les 78 évêques espagnols, une vingtaine avait fait le déplacement pour dénoncer cette « atteinte aux fondements de la famille ». Le clergé avait alors appelé les fonctionnaires catholiques à boycotter le texte impie, et à refuser de prononcer l'union civique des couples gays. La réaction du gouvernement fut cinglante : «Je ne suis pas disposé à accepter la doctrine selon laquelle ( … ) le royaume des cieux n’appartient pas aux homosexuels ». « Comment oublier que l’Eglise les a traînés devant l’inquisition et envoyés au bûcher ? », a riposté le ministre de la Défense, José Bono, seul catholique déclaré de l’équipe au pouvoir. Dopée par le succès de sa manifestation, l’Eglise a redoublé de hargne. Nonnes, curés en soutanes et évêques ont de nouveau battu le pavé pour dénoncer, cette fois, le projet socialiste d’abroger les dispositions du texte voté par le Parti populaire, qui faisait du catéchisme une matière obligatoire dans les écoles et lycées publics . Quant au refus de ces éminences, de faire le deuil  de leurs avantages fiscaux, héritage du franquisme … Les institutions catholiques continuent en effet de jouir d’une exemption fiscale sur leur patrimoine, et d’une aide annuelle de l’Etat de 3 milliards d’euros. Sans ce traitement de faveur, l’Eglise estime qu’elle n’aurait pas les moyens de joindre les deux bouts. S’appuyant sur l’article 16 de la Constitution de 1978, qui proclame la « non-confessionalité » de l’Etat espagnol, le gouvernement envisage de renégocier ce traitement de faveur. « L’Eglise n’a pas atteint son objectif d’autofinancement, et nous sommes parvenus à un point où l’apport (de l’Etat) est très important, mais ne peut augmenter, et va devoir diminuer », avertissait récemment Maria Teresa Fernandez de la Vega, vice-présidente du gouvernement.

    Mauvaise image

     

    Pour autant, le clergé espagnol est loin d’être menacé par la banqueroute : investissements en bourse, patrimoine immobilier (280 musées, 103 cathédrales, 107 centres hospitaliers, 7 universités … ), sans parler des subventions européennes. Des privilèges d’autant plus exorbitants que le nombre de pratiquants est passé, en vingt ans, de 55 % à 33 %. Depuis 2001, le pourcentage des jeunes qui fréquentent les églises a chuté de 28 % à 14 %. Pis encore, une enquête d’octobre 2004 du Centre de recherche sociologique indique que, de toutes les institutions, l’Eglise est la plus mal vue des Espagnols, loin devant l’armée, la police ou le gouvernement. Et ce ne sont pas ses prises de positions réactionnaires qui risquent de redresser son image de marque.

     

    Extrait du Journal du Mardi

     

    CHILI

     

    Enfante, et tais-toi

    par Maria Poblete

     

    « Avec la capote, je m’amuse ! », sourit une jeune lycéenne. Les affiches de la campagne de prévention contre le sida s’étalent sur les murs du métro de Santiago du Chili et les écrans de toutes les télés. Enfin, presque, car deux chaînes font de la résistance, deux chaînes dont le propriétaire n’est autre que … l’Eglise catholique. Leur direction a purement et simplement refusé de diffuser ces spots, jugés « vulgaires et de mauvais goût » ; ces éminences se sont même étranglées à l’idée de « promouvoir le libertinage ». A la place, des clips « faits maison » ont été duffusés, proposant un message plus en phase avec la morale vaticanesque : pour lutter contre le sida, rien de tel que … l’amour ! De quoi creuser le grand écart entre la hiérarchie catholique et les Chiliens, dont 80 % approuvent la campagne gouvernementale. Mais l’Eglise n’est pas à ça près. Elle se targue de vouloir reprendre en main la formation spirituelle de la nation, qui a pourtant eu son compte d’ordre moral. Il aura fallu ainsi plus de dix ans de joutes parlementaires pour que la loi sur le divorce soit votée, il y a seulement … un an ! La pression conservatrice est telle, que la probable future présidente du pays, Michelle Bachelet, en lice pour le second tour sous les couleurs de la gauche, n’a même pas osé s’aventurer sur le thème de l’avortement durant la campagne . Même thérapeutique, l’IVG demeure aujourd’hui illégale dans un pays qui continue à avoir, dans ce domaine, l’appareil le plus répressif du continent latino-américain. Et ce n’est pas fini, car, en cas de victoire de la gauche à la présidentielle, on sait déjà que les principaux chefs de l’opposition appartiendront tous à … l’Opus Dei.

     

    Extrait du Journal du Mardi (à suivre)

     


     

    ECONOMIE

     

    La solidarité est la tendresse des peuples

     

    ecofin

    Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des entreprises faisant appel à l’épargne publique à travers l’adoption d’une législation interdisant à toute société multinationale faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des.  (Déposée par M. Pierre Galand et consorts).

     

    DÉVELOPPEMENTS

     

    L’année écoulée a une nouvelle fois démontré que le recours à ce qu’il est convenu d’appeler les paradis fiscaux constitue  une pratique courante des sociétés multinationales ou non  faisant appel à l’épargne publique. Or le recours à ces paradis fiscaux, notamment en raison de l’opacité qu’ils  offrent à leurs utilisateurs, est au cœur de nombreux scandales financiers récents qui ont touché de grands groupes internationaux et semblent ne devoir plus s’arrêter . Les chutes vertigineuses de cours et les faillites de sociétés ayant fait appel à l’épargne publique ont fait perdre beaucoup d’argent cette année aux petits épargnants qui, en toute confiance, ont placé leur argent auprès d’elles. Des économies souvent accumulées pendant une vie entière. Que ces  gigantesques scandales mettent en lumière des éléments strictement frauduleux ou simplement une gestion et un contrôle défaillants, on constate que les entreprises concernées utilisaient le recours à un système de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux pour brouiller le  contrôle et l’information des petits épargnants.

     

    Lancé il y a quelques années par sept magistrats européens –dont le belge, Benoît Dejemeppe – l’appel de Genève dénonce l’impunité dont jouissent les trafiquants internationaux et  l’impuissance de la justice face à la criminalité organisée. Il dénonce également l’économie souterraine qui prend sa source dans la mondialisation des échanges et dévoile le jeu  des mécanismes financiers complexes bénéficiant de la complaisance des paradis fiscaux. La portée de cet appel ne se limite donc pas à des difficultés spécifiquement judiciaires et vise à s’attaquer à l’ensemble des problèmes soulevés par la mondialisation des échanges financiers dans le cadre des pratiques commerciales et financières internationales actuelles. L’objectif de l’appel de Genève consistait à tirer la sonnette d’alarme et pour le dire avec Renaud Van Ruymbeke « au-delà, se situe le champ d’action de l’homme politique, pas celui du magistrat. La balle est dans le camp des  législateurs qui ont le pouvoir de changer les choses ». Si cet appel n’avait pas suffi, au grand regret de ses signataires, l’actualité récente démontre aujourd’hui à suffisance qu’il est désormais indispensable et urgent de s’engager sur le plan du droit dans le sens d’une régulation étatique des pratiques financières internationales, de la sauvegarde de la sécurité des petits épargnants et de la transparence des entreprises faisant appel à l’épargne   publique.

     

    L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement  Économiques) ne s’est que très récemment mêlée au débat relatif aux paradis fiscaux. En juin 2000, elle a dressé une liste des paradis fiscaux. Ce rapport a du reste encore légèrement été adapté à la mi-novembre 2001. Il s’agit en fait de 2 listes (régimes fiscaux avantageux appliqués dans plusieurs pays & répertoire des paradis fiscaux) dont la  publication a pour principal objectif de demander aux pays visés de mettre un terme aux régimes en vigueur. Dans ce contexte, l’OCDE encourage ses membres à réagir, de quelque manière que ce soit, face à de tels régimes spéciaux. L’adoption par la Belgique, membre de l’OCDE, d’une loi  interdisant à toute société faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal répondrait en partie mais très utilement à cette invitation de l’OCDE.

     

    La proposition de loi sur le recours aux paradis fiscaux peut également s’inscrire dans le cadre des travaux menés par le G7 et le GAFI (Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux) qui ont entrepris une véritable croisade visant à accroître la transparence des flux de capitaux et à mieux contrôler les places financières des paradis fiscaux. Regroupant actuellement 29 pays, la Commission européenne et le Conseil de coopération des pays du Golfe, le GAFI opte désormais pour des mesures coercitives tel le refus d’ouverture d’un compte en provenance des pays non coopératifs ou simplement géré par un intermédiaire domicilié dans ces pays, pour combattre la fraude fiscale et le crime financier.

     

     L’Union européenne a dressé une liste de pays contenue dans le rapport Primarolo de novembre 1999. La Commission y a répertorié les mesures « dommageables » des pays membres de l’Union et des territoires dépendants. Il ne s’agit que d’une liste des régimes fiscaux avantageux.

     

      L’administration fiscale belge dispose d’une série d’articles de loi pour barrer la route à l’évasion fiscale par le biais des paradis fiscaux. Tout comme l’Union européenne et l’ OCDE, l’administration fiscale belge a par ailleurs dressé une liste  des régimes fiscaux complaisants à l’égard de pratiques condamnables, liste officiellement publiée au MB du 24 août 1991. L’interdiction faite aux multinationales faisant appel à l’épargne publique complèterait utilement cet arsenal juridique encore très imparfait en raison notamment de l’inventivité et la rapidité des techniques employées pour échapper à tout contrôle.

     

    Comme le souligne simplement Jean-Marie Messier, « il faut bien comprendre qu’aujourd’hui le nerf de la guerre pour une  entreprise, c’est sa capitalisation boursière […] Plus un  titre vaut cher, plus on a d’argent dans son portefeuille pour  faire son marché. S’il baisse, non seulement on ne peut plus rien acheter, mais on peut vous reprendre pour pas cher ! […]

    C’est le carnet de chèque. Les vrais banquiers, aujourd’hui, ce sont les actionnaires ». Cette conception de plus en plus répandue de l’entreprise consiste à la considérer comme un objet financier dont il s’agit d’accroître la valeur boursière  par tous les moyens : rachats d’actions, fusions-acquisitions, ventes des unités les moins rentables, montages financiers.

    Ainsi, l’apogée puis la faillite d’Enron n’ont rien à voir avec son activité industrielle – le négoce du gaz et l’électricité – mais proviennent uniquement de ses activités financières. De même, Vivendi-Universal est devenu un holding financier, constitué d’un empilement d’actifs financiers sans cohérence industrielle, et destiné à créer de la valeur pour les actionnaires. Pour que les cours de l’action, qui  commandent la valeur de leurs options, continuent à progresser, les dirigeants d’entreprises sont tentés de manipuler les résultats pour les faire apparaître plus beaux qu’ils ne le sont en réalité. Dans le système actuel, le recours aux filiales et sous filiales dans les paradis fiscaux permet d’y arriver et de truquer plus ou moins facilement les comptes pour afficher à tout prix les résultats attendus. Au  détriment de millions de petits épargnants n’ayant aucun moyen d’opérer des choix éclairés par la situation réelle de l’entreprise à laquelle ils ont en toute confiance confié leurs économies. Les désastres en chaîne auxquels nous assistons aujourd’hui révèlent ainsi des dysfonctionnements graves, pour ne pas dire la faillite du capitalisme boursier, porté aux nues il y a peu par la plupart des professionnels des médias. Professionnels parfois eux-mêmes complices des manipulations comptables et financières malhonnêtes qu’ils sont sensés dénoncer (cabinets d’audit et autorités de contrôle mis en cause dans de nombreuses affaires), où plus simplement et à l’instar des épargnants, grugés par les discours officiels d’entreprises masquant une réalité parfois catastrophique.

    Notamment dans le cadre de l’application du concept de  responsabilité sociale de l’entreprise, un mouvement se développe soit chez les actionnaires, soit dans les entreprises elles-mêmes qui tend à ce que ces dernières respectent une certaine éthique. Dans ce cadre, deux voies s’offrent aux actionnaires:

     

    1) la sélection en fonction de critères sociaux et   environnementaux des titres entrant dans la composition de leur portefeuille.

     

     2) exercer le droit de vote aux assemblées générales en fonction de ces mêmes critères.

     

    Il reste que la règle du profit maximum est, dans sa brutalité, fort claire et « les méfaits associés au nouveau visage du capitalisme ne doivent rien à une soudaine poussée d’immoralité. Ils résultent avant tout de l’explosion des opportunités de profits rapides, légaux ou illégaux, engendrés par la libéralisation des marchés financiers et une gouvernance d’entreprise obsédée par la montée des cours boursiers ». Certes intéressantes et méritant d’être soutenues, les pratiques issues du concept de responsabilité sociale des entreprises ne peuvent à elles seules répondre à tous les problèmes posés dans la mesure où l’éthique n’est  efficace que lorsqu’elle s’adresse aux individus de bonne volonté soucieux de respecter les impératifs de la morale.

    L’éthique ne sauvera donc malheureusement pas seule le monde et il serait illusoire de ne s’en remettre qu’à sa seule force  de conviction. Elle constitue un instrument parmi d’autres dans les solutions à apporter aux dérives de la finance déréglementée.

     

     Les pouvoirs publics nationaux et supranationaux doivent être  les régulateurs de la volonté de puissance des firmes privées. Les règles qui gouvernent les échanges et les investissements mondiaux doivent être modifiées et mises au service de l’intérêt public. En effet, le système financier international sur lequel reposent les pratiques révélées par ces derniers  scandales d’ampleur inédite, permet d’autant plus difficilement de dégager des responsabilités individuelles qu’il jouit d’une prétendue capacité à

     

    L’autorégulation.

     

    L’État doit prendre ses responsabilités en assurant la sécurité des épargnants et en jouant son rôle de régulateur du système financier. Actuellement, le système mise sur une autorégulation du marché qui ne parvient cependant pas à assurer cette sécurité. L’intérêt général est gravement mis en cause par l’absence d’intervention régulatrice de l’État en la matière. Le rôle de l’État est de sauvegarder l’intérêt de tous et en particulier les plus faibles (épargnants peu ou mal informés) et l’intérêt général. Réguler, c’est s’attaquer à « la machine », au système. Mettre des mécanismes en place, arbitrer, fonder un projet de société qui rétablit le droit et la loi au service de l’intérêt général.

    L’utilisation de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux a trop souvent clairement pour objectifs :

      - de brouiller les pistes de l’information dans le but d’optimiser des profits au dépend de l’intérêt des petits épargnants

     - et d’assurer une absence de transparence favorisant la fraude fiscale (réduction du taux de fiscalité moyen du groupe, transmission d’un patrimoine à des héritiers, détournements de fonds à des fins sans rapport avec l’objet social de la société, financement de tentatives de corruption…), ce qui nuit à l’intérêt collectif c'est-à-dire  l’ensemble des personnes physiques et morales concernées qui doivent compenser le manque fiscal.

     

    En l’absence de volonté politique internationale suffisamment forte de mettre au pas les paradis fiscaux et ayant parfois eux-mêmes recours à eux, les États se sont jusqu’ici limités à proférer des déclarations d’intention laissées sans suite, en dépit par ailleurs du manque à gagner pour la collectivité du fait du recours à ces pratiques. Cette question nécessitant d’être réglée à un niveau européen pour être pleinement et efficacement appréhendée, il serait pertinent que la Belgique initie le mouvement en se dotant d’une législation exemplaire susceptible d’entraîner un large mouvement de soutien au niveau européen.

    L’action politique qui a été légitimée par le vote du citoyen peut encore et doit s’exercer pour changer la logique nuisible d’une mondialisation des échanges dérégulée, pour promouvoir  le bien commun. Les scandales à répétition auxquels nous assistons aujourd’hui sont une expression caractéristique des mauvais côtés de la mondialisation qui mettent en lumière les  nouvelles responsabilités que chaque État doit assumer vis-à-vis de la collectivité internationale, et l’enjeu que représente l’élaboration de règles mondialement reconnues et appliquées.

     

    Les paradis fiscaux sont devenus des intermédiaires financiers majeurs mais n’assument pas les responsabilités liées à ce nouveau statut. L’endettement démesuré de certaines  entreprises a été caché via le recours à leurs filiales dans ces paradis fiscaux. La mondialisation nous oblige à repenser la réglementation des activités financières, non plus sur une base nationale ou régionale mais européenne et mondiale. Il est indispensable d’imaginer de nouveaux mécanismes incitatifs, voire coercitifs, pour le respect des règles internationales.

     

    Un consensus apparaît sur la nécessité d’élaborer de nouvelles normes internationales, de transparence des personnes morales, de réglementation financière, de contrôle et de coopération, afin d’éliminer autant que possible les effets néfastes de la mondialisation financière.

     

    Conjuguées au flot ininterrompu d’affaires mettant en cause des paradis fiscaux et des sociétés écrans, les pressions politiques ont ôté son aura de respectabilité et de « chic » à la finance offshore. Il est temps aujourd’hui de faire un pas de plus sur la voie de la mise en place d’un système qui débouche sur une véritable transparence du système financier international.

    PROPOSITION DE LOI

     

    CHAPITRE I.

     

    Disposition générale. Article 1-La présente proposition de loi règle une matière visée à l'article 78 de la Constitution.

     

    CHAPITRE II - Articles

     

    1) Toute société faisant appel à l’épargne publique ne pourra détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal.

     

    2) Le Roi est chargé :

     

    - D’établir la liste des paradis fiscaux ;

    - D’établir les règles déterminant les critères relatifs au lien de participation directe ou indirecte ;

     -De définir la notion et d’établir les règles de l’appel à l’épargne publique.

     

    3) La présente loi entre en vigueur le jour de sa publication au Moniteur belge.

     

    Pierre Galand, Sénateur PS

     

     



  • Nouvelles n° 108: Agressions extérieures des USA - Israël: un ultra à un poste-clef - Ecologie: Vive la libéralisation...verte? - Histoire: l'autre 11 septembre - Portrait: un maître-espion disparaît

    Liste (non exhaustive) des agressions extérieures des USA.

    1°) Sur le territoire nord-américain

    usa

    -1783 : Annexion de tout le territoire jusqu’à la rive gauche du Mississippi, et ce, dès la fin de la guerre d’indépendance, soit un territoire d’une superficie quasi égale aux 13 états initiaux. Les USA doublent ainsi de superficie dès leur naissance.
    -1803 : Annexion de la Louisiane achetée à la France, immense territoire sur la rive droite.
    -1812 : Annexion du dernier état boucanier du pirate Laffitte dans les bayous près de La Nouvelle-Orléans. Les sociétés flibustières (du XVIème-XVIIème siècle), puis boucanières (XVIIIème siècle) furent les seules sociétés modernes d’hommes libres (avec les états boers). Elles accueillaient toute la lie de l’humanité, droits communs, esclaves noirs en fuite, français, anglais, irlandais, écossais, espagnols, portugais, hollandais, protestants, catholiques, hommes, femmes, etc... dans une société totalement égalitaire. Il est curieux que les marxistes aient totalement passé sous silence ces sociétés, alors qu’ils se souviennent d’épisodes plus anciens et qui ont échoué, faute de projet politique, tel Spartacus. Seul inconvénient des « pirates » : la violence. Ces sociétés rappellent un peu nos cités de « non droit » ou les communautés roms.
    -1812-14 : 2ème (et dernière) guerre avec l’Angleterre. Échec de l’annexion du Canada, les Anglais rasent Washington.
    -1818 : Paix « éternelle » avec l’Angleterre : partage moitié-moitié des grands lacs sauf le lac Michigan qui revient en totalité aux USA et frontière du 49 ème parallèle vers l’ouest 
    -1819 : Annexion de la Floride achetée à l’Espagne et garantie des frontières avec la Nouvelle Espagne (Mexique à partir de 1821).
    -1836 : Les colons américains installés au Texas proclament l’indépendance de cet état.
    -1842 : Annexion du Maine sur le Québec (avec l’accord des Anglais).
    -1845 : Annexion du Texas en violation de l’accord de 1819.

    -1846 : Avenant au traité de 1818 avec l’Angleterre et poursuite de la frontière du 49 ème parallèle jusqu’au Pacifique (sauf Vancouver), ce qui permet aux USA de prolonger le territoire acheté aux Français jusqu’au Pacifique (futurs Oregon et Washington) et de s’installer entre les Anglais (an nord) et les espagnols (au sud) et de virer les Russes descendant de l’Alaska qui avaient profiter de l’occupation de l’Espagne par Napoléon pour installer un comptoir à San Francisco avec l’aide de gouverneurs corrompus (épisode de Zorro). 
    -1848 : Guerre avec le Mexique et annexion de la Californie, du Nevada, de l’Arizona, de l’Utah et du Colorado.
    -1853 : Achat du Nouveau-Mexique au Mexique.
    -1862 : « Homestead Act », permet aux colons de s’emparer des terres des indiens en toute légalité et impunité... en violation des traités signés avec eux.
    -1861-65 : Guerre de Sécession où les Français en profitent pour annexer le Mexique. La guerre terminée, la menace d’une intervention suffira à les faire partir.
    -1867 : Achat de l’Alaska à la Russie, au moment même ou se crée le Dominion du Canada.
    -1871 : La Colombie britannique se rattache au Dominion pour échapper à de nouvelles visées expansionnistes américaines.
    -1891 : Fin du « Homestead Act » par l’annexion du dernier territoire indien qui devient l’Oklahoma. C’est le dernier acte des 109 traités signés avec les indiens dont strictement aucun n’a été respecté.
    -1903 : fixation de la frontière entre l’Alaska et le

     

    Canada. Conséquence du dernier « gold rush », les citoyens américains se trouvaient majoritaire dans la vallée du Yukon qui fut ainsi presque entièrement annexée à l’Alaska sans jamais avoir été russe. C’est ainsi que ce qui n’était à l’origine qu’une bande côtière liée aux chapelets d’îles Aléoutiennes et Kodiak, devint le 49ème et plus vaste état de l’Union.
    -1994 : Création de l’ALENA et intégration économique du Mexique et du Canada.

     

    A suivre…

     


    Un ultra à un poste-clé.

    lieberman

     

    Le chef du parti nationaliste Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a fait son entrée officielle lundi dans la coalition d'Ehud Olmert.

    Après le vote favorable du cabinet, lundi matin, la Knesset devait officiellement investir Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, ministre des Affaires stratégiques, en charge de la «menace nucléaire iranienne». Son mouvement, fort de onze députés, vient renforcer la coalition du Premier ministre, Ehud Olmert, malmené dans les sondages, impliqué dans plusieurs affaires de corruption et fragilisé par la guerre au Liban. L’arrivée de ce dirigeant controversé marque un tournant à droite du gouvernement formé en mai dernier, même si son programme reste officiellement inchangé. Avigdor Lieberman devrait en profiter pour peaufiner une image d’homme politique responsable, en vue des prochaines élections.

    C’est une personnalité aux positions extrémistes et aux déclarations fracassantes qui fait son entrée au gouvernement israélien. Le 21 janvier 2001, Avigdor Lieberman menaçait, en cas d’attaque palestinienne, de « bombarder Beit Jala (un faubourg de Bethléem – Cisjordanie), Téhéran, Le Caire et le barrage d’Assouan ». Dans son livre Ma vérité, le chef du parti Israël Beitenou (Israël est notre maison) se fait le champion de la colonisation et préconise, notamment, « de placer la plupart des Arabes sous autorité palestinienne en excluant les villages arabes des territoires sous souveraineté israélienne », de façon à créer « deux États ethniquement homogènes ».

    Cet homme de 48 ans, originaire de Moldavie et dont l’électorat vient principalement de l’ancienne Union soviétique, n’est pas avare de solutions radicales et musclées, ce qui lui vaut l’hostilité farouche des partis de gauche et des Arabes israéliens (1,3 millions de personnes). Ahmed Tibi, président du parti Raam-Taal, voit ainsi en Avigdor Lieberman l’expression du « fascisme et du racisme ». Dans un entretien au quotidien Haaretz (gauche), le député arabe israélien a déclaré que Lieberman était « l’équivalent israélien de Jean-Marie Le Pen et Joerg Haider », deux extrémistes de droite français et autrichien.

    Ce n’est pas la première fois qu’Avigdor Lieberman obtient un portefeuille ministériel. Ancien haut dirigeant du Likoud (droite), il fut, notamment, en 2001, ministre des Infrastructures nationales dans le cabinet d’union dirigé par Ariel Sharon. Il démissionnera dès 2002, estimant que les mesures prises ne sont pas assez fermes à l’égard des Palestiniens. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer le nouveau gouvernement Sharon en février 2003, en tant que ministre des Transports. Puis de s’en faire exclure en juillet 2004, après avoir critiqué le plan Sharon de retrait unilatéral de la bande de Gaza.

     

    « Je suis heureux de ce ralliement »

     

    Aujourd’hui, c’est au moment où la popularité de sa formation monte fortement qu’il rejoint la coalition menée par le Premier ministre Ehud Olmert (parti Kadima, centre) et soutenue par le parti travailliste (gauche) du ministre de la Défense Amir Peretz. Une récente enquête d’opinion indique que le parti russophone obtiendrait pas moins de vingt députés, contre onze actuellement. Lundi, lors du vote du cabinet, vingt-deux ministres sauf un – le travailliste Ophir Pines-Paz, qui a ensuite démissionné – ont voté pour le ralliement d’Avigdor Lieberman, qui devient ministre des Affaires stratégiques, poste créé à son intention où il sera en charge du dossier nucléaire iranien.

    « Je suis heureux de ce ralliement, s'est félicité Ehud Olmert. Et j'apprécie l'attitude des travaillistes (...) Ces développements vont renforcer notre coopération et donner une large assise au gouvernement ». Son cabinet peut en effet, désormais, compter sur 78 députés sur 120 à la Chambre, majorité confortable qui devrait lui permettre d’achever son mandat. Réuni dimanche soir dans un grand hôtel de Tel Aviv, le Comité central du parti travailliste avait voté, à une forte majorité, la motion défendue par Amir Peretz, partisan de rester dans le gouvernement malgré l’arrivée de l’extrême droite. Du reste, le parti de gauche avait déjà participé au gouvernement Sharon en 2001, aux côtés d’Israël Beteinou.

    Si les pragmatiques travaillistes l’ont emporté sur les partisans d’un retrait, c’est que leur parti est actuellement en chute libre dans l’opinion. En se retirant, le parti de gauche se serait mis dans l’obligation de voter contre le budget 2007, ce qui aurait entraîné la chute du gouvernement, donc de nouvelles élections et une déroute quasi assurée. Amir Peretz, très critiqué, en tant que ministre de la Défense, pour les ratés de la guerre au Liban, a tenté de faire diversion : « Il faut faire preuve de responsabilité vis-à-vis de l’État d’Israël. En restant au gouvernement, nous empêcherons les vues extrémistes de Lieberman de devenir réalité ».

     

    Un projet pour stabiliser la vie politique israélienne

     

    Ehud Olmert n’est guère en meilleure posture. Malmené, lui aussi, dans les sondages, il se voit devancé, dans les intentions de vote, par le chef de l'opposition de droite, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu. Olmert est jugé responsable, lui aussi, de l’infructueux conflit contre le Hezbollah, cet été. Il est, en outre, impliqué, dans plusieurs affaires de corruption. Dimanche encore, la justice a ordonné l’ouverture d’une « enquête préliminaire » sur son éventuelle implication dans les délits liés à la privatisation d’une banque.

    Politiquement fragilisé par un allié travailliste en proie à des divisions, le Premier ministre cherche donc à sécuriser son assise et à élargir sa coalition. En échange du ralliement des onze députés d’Avigdor Lieberman, Ehud Olmert lui a accordé, outre le poste ministériel, l’adoption d’un projet de réforme institutionnel défendu par le chef d’extrême droite et visant à stabiliser la vie politique israélienne. Le texte, qui prévoit notamment que le Premier ministre soit élu au suffrage universel afin d’empêcher son renversement par la Knesset, devra être soumis prochainement aux députés.

    Selon le Jérusalem Post, Ehud Olmert cherche, à présent, à rallier également les six députés du Judaïsme unifié de la Torah (religieux orthodoxe). Le Premier ministre « envisage de tout mettre en œuvre dans les prochaines semaines (…) et estime avoir toutes ses chances de parvenir à un accord », écrit le quotidien.

    En attendant, Avigdor Lieberman trouve l’occasion de polir son discours et de s’afficher en homme politique responsable, soucieux de l’avenir de son pays. Il dit vouloir travailler « pour le bien d’Israël ». Avec ses onze députés, il aurait pu exiger davantage d’Ehud Olmert. Mais il trouve là l’occasion de mettre en place sa stratégie en vue des prochaines élections et de disputer à Benjamin Netanyahu, dont il a été chef de cabinet, la première place à la droite de l’échiquier politique.

    par Philippe Quillerier

     


     

    Ecologie: Vive la libéralisation … verte?

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    Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Écolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

    La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Écolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

    Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Écolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

    Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Évacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

    Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.

     

    Par  Léon Taniau, Extrait du Journal du Mardi.

     

    (1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
    (2) Le Soir, 20/8/99
    (3) Le Matin, 23/10/99
    (4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
    (5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

     



    HISTOIRE

     

    L'autre 11 septembre

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    Le 11 septembre 1973, le président Allende était renversé par un coup d’État dirigé par le général Pinochet, épaulé par la CIA américaine. Dix-sept années de dictature sanglante se sont abattues sur le peuple chilien. Dix-sept années dont l’héritage pèse très lourd sur un pays parcourant depuis 1990 le difficile chemin d’une démocratie verrouillée par l’ancien dictateur.

    La victoire de l’Unité Populaire et le coup d’État militaire qui a mis fin à cette expérience ont suscité un grand intérêt dans le monde entier : « L’expérience Allende »   fut une période marquée par de profondes réformes de structures. Pendant trois ans. Le président Allende, « combattant social, marxiste, socialiste et franc-maçon », comme il aimait à se définir, a mené un combat pour la construction d’un socialisme dans la légalité et la démocratie, bien avant toute perestroïka.
    Le programme d’Allende reposait sur trois piliers : la force et la clarté de ses idées, la beauté d’un programme en faveur des secteurs les plus défavorisés du pays et la sagesse de la démarche sous le principe que le socialisme ne s’impose pas par un décret car il est l’affaire de tout un peuple.
    La dictature militaire est devenue elle aussi un modèle du genre. L’ère Pinochet ouvre ainsi, sur le plan économique, un laboratoire aux économistes de l’école de Chicago de Milton Friedman. Ceux-ci et leur bras armé, le gouvernement militaire, s’en donnent à cœur joie dans un pays où les partis politiques et les syndicats (fortement implantés au Chili) sont pratiquement interdits, où toute défense de législation sociale apparaît comme « subversive » et mise sur le compte du communisme international. La lutte contre la dictature de Pinochet devient alors un symbole du combat international pour la démocratie et les droits de l’homme.

    Une pensée tournée vers l’action.

    Homme d’action avant tout, Allende s’est toujours défendu d’être un théoricien. S’il ne refusait pas le débat idéologique, il préférait de loin l’engagement direct et ses idées se forgeaient et se développaient dans la pratique quotidienne. Cela étant, l’un des traits fondamentaux de sa pensée demeure l’anti-impérialisme. Sous l’influence des événements internationaux et dans sa lutte quotidienne, il s’est convaincu que l’impérialisme était le principal ennemi et qu’il fallait par conséquent donner la priorité à la libération nationale.

    Marxiste, Allende l’était sans doute, mais il était le contraire d’un sectaire. Jamais il ne s’est laissé emprisonner par la théorie ou les schématisations simplistes. Son sens de l’honnêteté intellectuelle lui permettait de rester ferme dans ses principes tout en demeurant souple dans leur application.
    Pour Allende, le marxisme était plus une méthode d’interprétation de l’histoire qu’une méthode de gouvernement. Ce n’était pas un dogme, c’était une manière de voir les choses, une manière de concevoir le monde. Et jamais il ne s’est départi d’un humanisme, dans le sens noble du terme, qu’il prétendait indissociable du socialisme. Jusqu’au bout, il s’est battu pour une vie meilleure et plus juste, passant par un épanouissement véritable de l’être humain

    « Affronter le monde tel qu’il est »
      
    Passer en revue la pensée d’Allende à travers ses discours, est une tâche de longue haleine. Pour faire court, posons la question comme suit : que reste-il en vigueur de la pensée d’Allende ? Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons ses principales lignes et domaines d’analyse.

    Lors d’une intervention à la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, en avril 1972, il affirmait : «  Il faut affronter le monde tel qu’il est, en nous défendant des illusions et des mystifications, tout en ouvrant l’imagination et la créativité à de nouvelles solutions pour nos vieux problèmes ».

    « Les investissements directs de capitaux étrangers, fréquemment présentés comme un mécanisme de progrès, se sont toujours révélés négatifs. Ainsi, selon l’OEA, entre 1950 et 1967, l’Amérique latine a reçu 3900 millions de dollars et en a rapporté 12800 millions. Nous payons 4 dollars par dollar reçu ».

    1. « La première de mes préoccupations, disait-il, est de voir s’effectuer la restructuration des systèmes monétaires et commerciaux internationaux de nouveau sans la participation pleine et effective des pays du Tiers Monde. »
     
    2. « Ma deuxième préoccupation a trait à la dette extérieure. Les pays en voie de développement doivent déjà plus de 70000 millions de dollars, bien qu’ils aient contribué à la prospérité des pays riches depuis toujours et surtout au cours de dernières décennies. (Pour le Chili à l’époque, la valeur de exportations était de 1200 millions de dollars par an). Le pays paye 408 millions pour la dette par an. « Il n’est pas possible qu’un pays doive consacrer 34 dollars sur 100 qui entrent dans ses caisses pour payer ses dettes extérieures. »

    3. « Ma troisième préoccupation concerne les pressions réelles et potentielles visant à restreindre le droit souverain de peuples à disposer de leurs ressources naturelles dans leur propre intérêt… J’attire également l’attention de l’assemblée sur l’urgence pour le tiers monde d’avoir accès à la science et à la technologie modernes. Les obstacles que nous avons rencontrés jusqu’ici constituent des facteurs déterminants de notre retard ».

    4. « L’industrialisation, en tant que partie fondamentale du processus global de développement, est étroitement liée à la capacité nationale de création scientifique et technologique. Il faut qu’elle soit adaptée aux caractéristiques réelles de chaque région, quel que soit son niveau actuel d’évolution… Seul le tiers monde, avec ses immenses nécessités, peut constituer une nouvelle frontière économique pour les pays développés. Seule cette nouvelle frontière économique est capable, mieux encore que l’économie de guerre, de répondre à la capacité productive des grandes entreprises et d’offrir des possibilités à toute la main-d’œuvre. »

    « Ce n’est pas là une utopie. Dans ce monde, obligé aujourd’hui de collaborer ou de se détruire, de nouvelles idées inspirées non seulement par la justice, mais aussi par la raison, peuvent déboucher sur des solutions valables pour toute l’humanité. »

    Peut-on contester l’actualité dramatique de cette pensée ? N’est-ce pas là le discours que devrait tenir aujourd’hui tout progressiste ?

    Sa pensée économique :

     

    « Nous ne voyons pas la voie de la révolution (chilienne) dans la destruction violente de l’appareil d’État. Ce que notre peuple a bâti durant plusieurs générations de lutte lui permet d’utiliser les conditions créées  par notre histoire pour remplacer le fondement capitaliste du régime institutionnel en vigueur. En clair, démolir les piliers de base qui soutiennent le régime capitaliste. Construire les fondements d’un autre régime. Nous en  finirons avec les monopoles, qui assurent à quelques douzaines de familles le contrôle de l’économie. Nous en finirons avec un système fiscal au service du profit et qui a toujours imposé davantage les pauvres que les riches ; qui concentre l’épargne nationale aux mains de banquiers.

    Nous nationaliserons le crédit pour le mettre au service de la prospérité nationale et populaire.
    Nous mettrons un terme à la grande propriété foncière, qui condamne des milliers de paysans à la soumission et à la misère, empêchant les pays de tirer profit de ses terres tous les aliments dont nous avons besoin.

    Nous mettrons fin au processus de dénationalisation croissante de nos industries et de nos sources de travail, qui nous assujettit à l’exploitation étrangère.

    Nous allons récupérer pour le Chili ses richesses fondamentales. Ce n’est pas par esprit de revanche que nous allons nationaliser le cuivre maintenant, le fer demain, les richesses fondamentales ensuite. Nous le faisons en raison d’une nécessité essentielle et vitale pour le Chili. Pour son destin. Les Américains doivent comprendre que les petits peuples, comme le nôtre, comme Cuba et autres, ont déjà leur propre conscience, et c’est un changement que l’on ne peut ignorer. Il suffit de voir l’exemple du Viêt-nam-

    Du point de vue économique, notre programme prévoit trois secteurs bien distincts : le domaine d’État ou social ; le domaine mixte et le domaine privé. Il ne s’agit nullement de socialiser l’économie dans son ensemble ».

    L’Amérique latine et l’intégration.

    L’Amérique latine souffre d’un état d’assujettissement que ses pays n’ont pas pu modifier par les formes traditionnelles et inopérantes. Les processus d’intégration étaient, pour Allende, une voie vers l’esprit bolivarien. A l’époque, il attache une grande importance au Pacte Andin dont le Chili faisait partie. « Ce Pacte est un exemple vivant des énormes possibilités de collaboration existant entre pays sous-développés quand il existe une solide volonté politique d’agir. Le Pacte andin, authentiquement latino-américain, est important non seulement en raison du pragmatisme technique, mais aussi parce que nous sommes en train de réaliser une expérience autochtone d’intégration, fondée sur le respect absolu du pluralisme idéologique, du droit légitime de chaque pays à adopter les structures internes qu’il estime les plus convenables pour lui. »
    « En tant que latino-américain, je tiens à vous dire que nous sommes au bout d’une étape. Nous ne pouvons reculer, mais il est difficile d’aller de l’avant sans conquérir notre indépendance économique, qui est la garantie de notre pleine souveraineté. Comment faire pour que l’Amérique latine trouve une dimension différente, afin qu’elle soit elle-même l’Amérique latine ? Nous ne pouvons accepter de continuer d’être toujours des pays de seconde catégorie. Nous devons nous élever par notre propre effort ».

    Allende : son long chemin a été marqué du sceau d’une constance exemplaire. Il rejoint par d’autres voies l’utopie de Che Guevara, de Martin Luther King, de Mandela, alors que nous vivons à l’heure actuelle sous l’emprise de la pensée unique, de la fin de l’histoire et des utopies. Son nom demeure attaché à un combat, à une passion, comme une flamme d’espoir car il avait confiance dans les peuples et leur destin.

     

    Par Marcelo Ossandon, Extrait du Journal du Mardi

     


     

    PORTRAIT

     

    Misha Wolf, un maître espion disparaît

    markyswolf

     

    La mort de Marcus Wolf, l’ex dirigeant des services de renseignement est-allemands a provoqué dans la presse occidentale une foule de commentaires marqués par les représentations de la Guerre froide. En Russie, celui qu’on appelait amicalement « Misha » Wolf a bien sûr une toute autre image. Par soucis de présenter les différents points de vue, le Réseau Voltaire reproduit l’hommage de Boris Kaïmakov, analyste à RIA Novsti, à celui qu’il présente comme un grand résistant antifasciste.

     

    Son père aurait pu être rabbin dans une petite ville provinciale allemande. Mais le destin a voulu qu’il devienne dramaturge, dramaturge antinazi. Le Docteur Mamlock est l’œuvre maîtresse de Friedrich Wolf, elle a été montée sur de nombreuses scènes européennes et portée à l’écran en Union soviétique.

    Le fils cadet de Friedrich, Misha, qui avait grandi en immigration en Union soviétique, ne pouvait devenir que ce qu’il est devenu : le patron de l’un des services de renseignement les plus performants au monde, celui de la République démocratique allemande, un pays qui aujourd’hui n’existe plus.

    Misha Wolf est décédé dans la nuit du 9 novembre à l’âge de 83 ans. C’est avec beaucoup de respect que la presse allemande a annoncé la disparition de cet homme hors du commun. Les professionnels, on les vénère toujours, même ceux qui toute leur vie durant se sont trouvés de l’autre côté de la barricade. Et encore, est-ce bien le cas ici ? C’est que Misha Wolf n’était pas un ennemi du peuple allemand, non. Son adversaire, c’était le fascisme allemand, l’esprit revanchard allemand. Telle avait été l’histoire européenne qui avait scindé l’Allemagne en deux, chacune d’elle ayant ses idéaux et ses objectifs. Et puis il faisait aussi partie de ces amis dévoués de la Russie, le pays qui avait sauvé la vie de toute la famille Wolf et qui au prix du sacrifice de millions de ses ressortissants avait aussi sauvé l’Europe.

     

    Au XXe siècle l’élite intellectuelle de l’Allemagne n’a pas été épargnée par les coups du sort. Le prix Nobel de littérature, Günter Grass, a été un SS fervent. La cinéaste Leni Riefenstahl a tellement mis du sien pour encenser le nazisme qu’aujourd’hui ses films sont perçus comme des chefs-d’œuvre du septième art. Friedrich Wolf et son fils Misha sont passés dans le camp opposé, celui des antifascistes. Alors, à qui l’histoire européenne accorde le plus de valeur ? Peut-être mieux vaut cesser de lancer les pierres quand le temps est venu de les ramasser...

     

    La génération allemande d’après-guerre avait réprouvé ses pères. Dans ses œuvres, c’est Günter Grass qui a contribué le plus à la prise de conscience de la nouvelle identité allemande. Seulement les affres de l’homme de lettres allemand, Misha ne les a pas connues parce qu’il avait emprunté une autre voie. Les chemins qu’ils avaient suivis étaient différents, mais ils avaient fini par se croiser. L’histoire européenne a tourné un chapitre et ce n’étaient plus uniquement les Allemands, mais tous les peuples de l’Ancien Monde qui devaient se refaire une identité, une communauté et de nouvelles valeurs. L’exploit civique du chef du renseignement de la RDA consiste en ce qu’il a été l’un des premiers au sein du parti communiste et de la nomenklatura du socialisme aux couleurs de la RDA à avoir compris que l’impasse était inévitable. Et à la différence des dirigeants orthodoxes de son pays, il avait cherché une issue. Il y en avait une et Misha Wolf l’a trouvée. Le général Wolf avait quitté de son plein gré le poste de chef du renseignement d’État, un cas sans précédent nous semble-t-il. Et le pays tout entier avait compris que la crise revêtait un caractère systémique, qu’il ne s’agissait pas de désaccords avec le chef de l’État, Erich Honecker, ou le patron de la Stasi (police politique), Erich Mielke. En tant que militaire authentique, Misha Wolf ne pouvait s’abaisser à des griefs personnels, mais il avait clairement fait comprendre que les réformes entreprises par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique devaient impulser une refonte en RDA. Et après la parution de son livre Die Troïka, qui l’a révélé comme un brillant analyste et un critique déterminé du régime, Misha Wolf s’est retrouvé parmi ceux qui en RDA ont été considérés comme des ennemis. La liberté d’esprit est un luxe qui se paye parfois très cher, surtout si c’est un « ex » qui se le permet...

     

    Ensuite il y a eu la réunification de l’Allemagne et Misha Wolf, comme tous les autres agents de la Stasi, a fait l’objet de mandats d’amener comme un vulgaire traître. Alors la Russie est redevenue un havre pour lui. Mais le seul fait de savoir qu’il était recherché en cette qualité était insupportable pour l’ancien général. Et il était rentré en Allemagne pour y défendre son honneur et sa dignité. Un acte hors du commun lui aussi. Le légendaire espion Misha Wolf a été jugé en tant qu’ennemi et assez durement condamné à six années d’emprisonnement. Le verdict aurait peut-être pu être différent, mais Misha Wolf n’avait pas défendu sa seule personne, il avait aussi défendu la dignité de tous ceux qu’il avait eu sous ses ordres. Ses propos selon lesquels

    on ne saurait appliquer la formule « haute trahison » à l’égard d’anciens ressortissants de la RDA ayant servi leur pays, ont probablement joué un rôle. La Cour constitutionnelle de l’Allemagne l’a suivi sur ce point et a estimé la formule « haute trahison » juridiquement incorrecte. Lui et des centaines de ses camarades ont ainsi évité la prison.

     

    L’un des derniers ouvrages de Misha Wolf a pour titre : « Les amis ne meurent pas ». C’est bien vrai.

     

    Boris Kaimakov

     


  • Nouvelles n° 108: Quel avenir pour les services publics? - Le terrorisme à la sauce belge - Vraiment, vous ne voyez pas? - La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales - Pas de solution au problème israélo-libanais sans une solution..

    Quel avenir pour les services publics ?
    servicepublic

     

     

     

    Les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) sont suspendues sine die depuis juillet 2006. Et il en va de même pour les négociations relatives à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS). Ce qui pourrait donc passer pour une bonne nouvelle aux yeux de ceux qui jugent particulièrement dangereuse l'ouverture au marché pour quantité de services, ne les rassure, au contraire,  pas du tout. Car la libéralisation des services continue à avoir le vent en poupe, même si l'expérience nous montre qu'elle conduit immanquablement une frange de plus en plus importante de la population à ne plus y accéder.

    Le bon sens populaire a bien compris que quand les personnes deviennent des clients d'une institution chargée de leur assurer les services essentiels à leur devenir, c'est le portefeuille qui règle la nature du contrat, et non plus leur qualité de citoyen.

    De plus en plus de démocraties prennent conscience que la crise que traverse l'OMC ne remet aucunement en question la philosophie qui sous-entend les objectifs qu'elle poursuit.

    L'arrêt des négociations nous offre une opportunité à saisir, celle d'ouvrir un large débat public sur les conséquences déjà tangibles des politiques menées jusqu'ici par l'OMC.

    En région wallonne, ce débat a commencé.

    Une soixantaine de villes et de communes se sont déjà prononcées "Villes hors AGCS». En octobre 2005, la ville de Liège a été le théâtre d'une importante Convention internationale pour la promotion des services publics. Convention qui a élaboré la " Résolution de Liège " qui reprenait à la fois une analyse et des alternatives à promouvoir. Un des grands intérêts de cette Convention a été de mettre fortement en avant l'importance d'un travail de défense et de promotion des services publics, réalisé ensemble avec des élus locaux, les organisations syndicales et des associations citoyennes.

    Ce travail en commun initié à Liège, s'est concrétisé ensuite par d'autres initiatives intéressantes, comme un débat très ouvert en février 2006 à Charleroi. En mai de cette année, c'est l'Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) qui a mis au point une motion au sujet de l'AGCS, motion particulièrement bien motivée et porteuse de demandes claires adressées aux gouvernements fédéral et wallon.

    Sur la base de cette motion, et en appui, les villes de Liège et de Charleroi, avec la collaboration de l'UVCW, ont invité l'ensemble des élus des villes et des communes de Wallonie, les responsables wallons de la FGTB, de la CSC, et les Forums sociaux en vue, d’interpeller le gouvernement wallon. Le président de l'Association des Provinces Wallonnes a tenu à apporter son soutien à cette initiative. Celle-ci a pu manifester la richesse du débat quand différents niveaux de pouvoir se mettent ensemble pour analyser des choix politiques aussi essentiels que ceux qui sont pris dans une instance comme celle de l'OMC, ainsi que l'intérêt d'y associer étroitement les forces démocratiques actives dans le mouvement alter mondialiste.

    L'arrêt des négociations à l'OMC devrait être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance.

    Cette rencontre a eu lieu le 12 septembre à l'hôtel de ville de Liège. Elle a permis de faire un pas important. Les ministres Courard et Marcourt se sont engagés à soutenir deux avancées proposées par l'ensemble des participants, à savoir : l'organisation d'un débat public au sein du parlement wallon, ainsi qu'une prise  de position du gouvernement wallon de déclarer la Région wallonne zone non AGCS. Ce serait une première en Europe, en sachant qu'aux Etats-Unis, les Etats du Maine et de l'Oregon ont officiellement déjà fait une démarche dans ce sens. Étant donné le pouvoir d'intervention du gouvernement wallon dans ce dossier, ce serait bien plus qu'un geste symbolique. Ce serait la manifestation d'un engagement politique fort aux côtés de nombreux démocrates qui assument leur condition de citoyens à d'autres niveaux de responsabilité, en espérant que la Région wallonne assurera le relais.

    En prononçant la Région wallonne " zone hors AGCS ", le gouvernement ne mettrait pas en cause le nécessité d'une organisation mondiale du commerce, mais s'engagerait à soutenir et à appuyer une orientation toute différente pour l'avenir des services , qui ne devraient plus être considérés comme des marchandises livrées aux règles de la concurrence, mais comme des biens correspondant à des droits inaliénables et inséparables, permettant à chacun de nous de vivre et de se développer en conformité avec la dignité humaine.

    Les villes et les communes, qui sont en première ligne pour assumer cette mission, ont bien compris que l'orientation prise actuellement par l'AGCS ne leur permettait pas d'y répondre. L'arrêt des négociations à l'OMC devrait donc être mis à profit pour reconsidérer la philosophie qui anime cette instance. En Wallonie, le débat est ouvert.

     

    Willy Taminiaux – Président de l'Union des Villes et des Communes, Bourgmestre de La Louvière.

    Willy Demeyer – Bourgmestre de Liège.

    Claude Emonts – Président du CPAS de Liège, membre du bureau de l'UVCW.

    Jacques Van Gompel – Bourgmestre de Charleroi.

    Benoît Bennils – secrétaire communal adjoint de la Ville de Charleroi.

    Anne Demelenne – Présidente de la FGTB wallonne.

    Jean-Claude Vandermeeren – Secrétaire général de la FGTB wallonne.

    Claude Raulin – Secrétaire général de la CSC.

    Marc Becker – Secrétaire national de la CSC.

    Francis De Walque – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

    Jos Ovenbuch – Groupe AGCS du Forum social de Belgique.

     

    Extrait du journal Le Soir

     


     

    Le terrorisme à la sauce belge.

     

    Ecofin-2006-04-002

    Petite histoire : En 2001, la Belgique préside aux destinées européennes et organise donc comme il se doit une série de sommets européens sur son territoire. Reynders, déjà ministre des finances, en profite pour situer en terre liégeoise un "ECOFIN" (sommets des ministres de l'économie et des finances), au palais des congrès de Liège. Cela se passera les samedi 22 et dimanche 23 septembre 2001...

    Depuis Seattle, les grands sommets sont accompagnés de contre-mobilisations sociales, syndicales et associatives. Pour se "prémunir" contre cela, et d’autres choses, le ministre de la justice de l'époque, Marc Verwilgen, a fait promulguer une nouvelle loi, dite de lutte contre les organisations maffieuses et le crime organisé, qui permet aux forces de l' ordre de mener des enquêtes "pro-actives".

    Deux événements marqueront cet été 2001 : en juillet le G8 à Gènes et les féroces répressions orchestrées par le gouvernement Berlusconi qui ont conduit, notamment, à l'assassinat de Carlo Guilliani par la police ; et le fameux" 11 septembre à New-York...

    Contre cette "ECOFIN", suite à ces événements, les organisations syndicales et les ONG n'osent pas organiser une mobilisation durant le sommet lui-même, elles manifesteront donc la veille, le 21 septembre.

    Une série de militants liégeois, politiques et associatifs, n'accepteront ni la pression des autorités pour éviter toute manifestation simultanée au sommet, ni l'instauration d'un zone rouge extrêmement large autour du lieu où il se passera. Ils créent donc un collectif, "S22 vers D14", qui aura pour objet l'organisation d'une manifestation "régionale" le samedi 22 septembre, comme pré-mobilisation en vue de la manif internationale à Bruxelles le 14 décembre.

    Ce collectif se dote de trois portes-parole : Raoul Hedebouw, Arnaud Leblanc et moi-même. Le collectif rédige donc des communiqués de presse, des tracts,  des affiches, des courriers au Bourgmestre, etc. signés de nos trois noms. Le samedi 22, la manifestation a lieu, avec l'autorisation préalable du Bourgmestre, elle réunit 3000 participants, elle se déroule dans le calme et sans le moindre incident....

    Début 2002, nous recevons tous les trois (plus une 4ème personne que seul Arnaud connaît à peine et qui avait animé une soirée "dance" en promotion de la manif du 22) une convocation devant la Chambre du conseil sous le chef d’inculpation d'association de malfaiteurs et de constitution d'organisation criminelle... Nous découvrons dans le dossier que cette "dénomination", collée à nos activités politiques publiques et respectueuses des lois, permis aux forces de l'ordre d'instaurer filatures, écoutes téléphoniques, introductions de demandes pour accéder à nos messages e-mails...

    Heureusement pour nous, la Chambre du conseil a rendu un jugement de non-lieu en notre faveur le 8 septembre 2003.

    Dont acte, je crois donc l'affaire classée...

    Voici quelques jours, je reçois un avis de recommandé... Il concerne à nouveau cette affaire. La Chambre des mises en accusation de la cours d’appel de Liège examinera le 6 novembre 2006 un appel de l'ordonnance de non-lieu rendue par la chambre du conseil du tribunal correctionnel le 8 septembre 2003...

    Ce matin, j'ai téléphoné au greffe...

    Et le seul élément que j'ai appris, c'est que c'est le parquet qui avait interjeté appel de la décision première. Je vais essayer d'en apprendre plus dans les prochains jours...

    Le message se terminait par l'appel suivant!

    "Le carrousel a redémarré, on est repartit pour un tour..."

    "Bref, si vous ne savez quoi faire le 6 novembre et que vous n'avez jamais eut l'occasion de visiter l'architecture néogothique du palais de justice de Liège, peut-être trouverez-vous là une occasion de venir me dire bonjour, ainsi qu'à mes trois co-accusés (N.B. il ne sera pas encore utile cette fois-là de déjà m'apporter des oranges)".

    Didier Brissa

     


     

    Coup de gueule : Vraiment, vous ne voyez pas?

     

    sharonbush

    Amira Hass publié le samedi 2 septembre 2006." En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété."Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de " Tu nous as élu (parmi toutes les nations) " Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants. Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août). Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens, citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ? Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication " Nous ne savions pas ", nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau. Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers, que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de

    Médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4 millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner en file des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heure après heure, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35 ans ou moins : Yalla! retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem, il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement. Le site de  Machsom Watch est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris. En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.

     

    Amira Hass dans Haaretz

     

     

    Bolivie, La carotte et le bâton de Morales font céder les transnationales.

    Morales1

     

    Les dix transnationales qui exploitent les hydrocarbures boliviens ont accepté de nouveaux contrats beaucoup  plus favorables à l’État. La Paz prend le contrôle de la  commercialisation et voit ses revenus exploser. Il y a peu, à peine quelques heures après l’échéance fixée par le gouvernement, la dixième transnationale pétrolière active en Bolivie posait à son tour son paraphe. La “nationalisation soft” des hydrocarbures annoncée par Evo Morales le 1er mai dernier devenait réalité. Dès la ratification parlementaire, la société d’État YPFB reprendra à son compte leur commercialisation et cogérera l’exploitation des 54 gisements boliviens avec les transnationales devenues “prestataires de service” pour le compte de la puissance publique. Financièrement, la Bolivie annonce une multiplication par huit de ses revenus d’ici 2011. Pour le président bolivien, qui a besoin de ces pétrodollars pour financer son projet socio-économique, c’est un succès incontestable. Au point d’être célébré jusque dans les rangs de l’opposition ! Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de se souvenir qu’il y a quatre ans exactement, le gouvernement néolibéral de Gonzalo Sanchez de Lozada faisait donner la troupe contre les mouvements sociaux mobilisés en faveur de la nationalisation des hydrocarbures. La fameuse “Guerre du gaz” allait coûter la vie à une septantaine de manifestants et pousser “Goni” à l’exil. Elle marquait aussi un tournant historique pour ce pays comptant deux tiers de pauvres, malgré les deuxièmes réserves continentales de gaz naturel. Confiée aux transnationales cinq ans plus tôt, la principale richesse bolivienne rapportait alors à peine 300 millions de francs par an aux caisses de l’Etat.

     

    Cogestion Etat-privé.

     

    Lorsqu’il prend le pouvoir en janvier 2006, Evo Morales est bien conscient de ce risque, d’autant que les principaux investisseurs étrangers proviennent de l’incontournable voisin brésilien. Le nouveau chef de l’Etat sait également que la petite société publique YPFB serait incapable d’exploiter seule, du jour au lendemain, les cinquante-quatre puits du pays. Sous l’influence de son vice-président Alvaro García Linera, M.Morales opte alors pour une stratégie de cogestion qu’il présente le 1er mai : l’Etat nationalise le commerce et le raffinage de l’or noir et augmente sa part des recettes, tout en garantissant à ses « partenaires » privés un retour sur investissement suffisant pour éviter leur départ du pays. Une nationalisation partielle –“sans expropriation”- qui doit prévenir la multiplication de contentieux entre la Bolivie et ses concessionnaires devant les tribunaux. Décidé à mettre les transnationales sous pression, M. Morales leur donne 180 jours pour se conformer aux nouvelles règles du jeu ou abandonner leurs puits.

     

    Autorité et souplesse.

     

    Cet audacieux pari -que nombre d’analystes jugèrent alors comme téméraire-, la Bolivie est en passe de le remporter (la question des raffineries n’est pas encore réglée). Non seulement les revenus fiscaux de La Paz vont prendre l’ascenseur -1,25 milliard de francs annoncés en 2007 ou 23% du PIB – mais les dix compagnies transnationales ont promis quelque 2,5 milliards de francs d’investissements durant les prochaines années ! Un miracle? Bien plus le fruit d’une analyse lucide de la situation et d’une méthode éprouvée de longue date : la carotte et le bâton. Par son décret de “nationalisation” prononcé -militaires à l’appui- depuis un champ gazier, M.Morales a su marquer l’autorité nouvelle de l’Etat bolivien. A des compagnies soudainement conscientes qu’elles pouvaient tout perdre, il a fait ensuite miroiter trois marchés captifs -le bolivien, l’argentin et le brésilien-, des contrats de dix à  trente ans et une rentabilité assurée (le chiffre de 15% est avancé contre 40% environ aujourd’hui).

     

    Encourager l’investissement.

     

    En outre, La Paz a proposé un système d’encouragement à l’investissement qui garantit des gains exponentiels selon la manne dévolue par la transnationale au développement de “ses” installations. A contrario, un forage déjà rentabilisé sera surtaxé. Voire, cette fois, réellement nationalisé. Outre ce système dit de “contrat d’exploration et d’exploitation avec risques”, les derniers doutes ont été levés grâce à un barème d’impôt adapté à la taille de l’exploitation et à la perte globale subie par l’entreprise lors de la “nationalisation”. Selon des chiffres non officiels, les prélèvements s’étaleraient entre 50% (pour les plus petits gisements) et 82% (taux le plus fréquemment appliqué).

     

    Questions en suspens.

     

    Bien sûr, le triomphalisme d’Evo Morales -qui célèbre sa “nationalisation sans indemnisation”- doit être observé avec circonspection. Il faudra d’abord connaître le détail des contrats et jauger de la bonne foi des signataires pour savoir si le gouvernement d’Evo Morales a réellement trouvé la bonne formule. L’inexpérimentée YPFB saura-t-elle contrôler réellement les opérations de ses partenaires sans se faire gruger? Combien coûtera à l’Etat la nationalisation manquante des raffineries et du système de transport des hydrocarbures? Celle-ci permettra-t-elle d’industrialiser davantage le gaz en Bolivie, afin d’apporter emplois et valeur ajoutée? Brasilia acceptera-t-elle de revoir à la hausse son prix d’achat du gaz bolivien? On le voit, les 5 milliards de francs de recettes annuelles annoncées par Evo Morales pour 2010 demeurent encore théoriques.

     

    Où sont les réalistes?

     

    Mais au-delà des interrogations qui subsistent, quelques leçons peuvent déjà être tirées. En premier lieu, la confirmation est donnée que les gouvernements néolibéraux des années 1990 -qui ont soldé les ressources naturelles boliviennes au nom du “réalisme économique”- étaient composés de fieffés escrocs. Sinon comment expliquer que les multinationales qui ont vu leurs impôts passer de 18% à 82% annoncent unanimement leur intention de poursuivre leurs investissements en Bolivie? En second lieu, on constate avec plaisir qu’un gouvernement sachant allier fermeté et souplesse peut faire plier les multinationales les plus puissantes de la planète. Même lorsqu’on est à la tête du pays le plus démuni d’Amérique du sud.

    Benito Perez, Le Courrier

     


     

    Pas de solution au conflit israélo-libanais sans une résolution du conflit israélo-palestinien.

     

    guerre liban

    Le débat sur la situation au Moyen Orient était très attendu hier au Parlement européen de Strasbourg, où les députés européens s'étaient réunis pour écouter le Conseil et la Commission européenne sur l'attitude à adopter par l'Europe dans cette région du Monde. Je vous propose de trouver ci dessous l'intervention de Véronique De Keyser, Députée européenne belge et coordinatrice PSE des affaires étrangères.

     

    "Nous avons assisté cet été à un scénario incroyable, qui s'est terminé dans un bain de sang : plus de 1OOO Libanais tués, pour la plupart des civils, un pays totalement détruit, des infrastructures en ruine, une mer polluée, une agriculture empoisonnée, et des armes prohibées qui continuent à tuer aujourd'hui.  Un désastre pour le Liban et bien des blessures pour Israël où les dégâts heureusement ont été moindres.  Et durant cette tragédie: un scandale: l'ONU, paralysée par les États-Unis, incapable d'obtenir un cessez le feu immédiat, car il fallait laisser à Israël le temps de "terminer le travail sur le terrain".  Les mots ont été travestis: un massacre de civils s'appelle désormais- une riposte disproportionnée et indiscriminée.  Envahir un pays c'est repousser une milice.  Nettoyer un mouvement de résistance, c'est- rechercher un soldat kidnappé. Mais personne n'est dupe.  La guerre était planifiée, elle impliquait de multiples acteurs comme la Syrie et l'Iran, mais aussi à travers Israël, les États-Unis qui  expérimentent encore leur concept désastreux de "déséquilibre constructif pour redessiner le Moyen Orient".  Il a une fois de plus montré ses limites.  Car le conflit a des racines profondes.  Elles sont en Palestine, toujours sous occupation, toujours en attente d'un État, dont la moitié du gouvernement et du Conseil législatif élus démocratiquement sont en prison. Il faut, là aussi un cessez le feu et une force d'interposition.  Tandis que les Libanais mouraient presque sous les caméras, 25O Palestiniens perdaient la vie discrètement sous l'occupation.  On ne résoudra rien au Moyen Orient si on ne solutionne pas ce conflit avec le soutien de toute la communauté internationale, y compris les pays arabes, y compris les Palestiniens, Israël et les États-Unis.  Merci à la France et à l'Italie de l'avoir rappelé, merci à la présidence finlandaise d'avoir repris ce chantier et d'ouvrir les négociations avec tous les acteurs y compris la Syrie et l'Iran.  Nous appelons à une Conférence Internationale sur la Paix.  C'est la réponse européenne au concept de déséquilibre constructif américain.  C'est d'ailleurs la seule réponse possible.

     

    Nous sommes soulagés aujourd'hui mais on ne peut dire- la page est tournée. L'Europe va certes, aider à la reconstruction du Liban mais jusque à quand allons nous passer au tiroir caisse, sans demander des comptes à ceux qui détruisent? On estime la reconstruction du Liban à près de 15 milliards d'euros! Je propose d'introduire le concept de destructeur payeur- sur le modèle du pollueur payeur. Qui casse paie, c'est le minimum.  Pour les morts hélas, la page est définitivement tournée. "

     

    Véronique De Keyser, députée européenne belge (PS)

     

  •  Nouvelles n° 107: Liberté d'expression - Le prix à payer - Libres propos (Freddy Guide et Benoît Flandre)

    L'autocensure décidée sous la pression n'est pas réservée au débat européen touchant à l'islam, en témoigne l'affaire qui agite depuis quelques jours les intellectuels américains.

     

    Liberté d'expression.

    bio_20060626_Tony_Judt

     

    L'historien Tony Judt, éminent professeur à l'université de New York, devait donner au consulat polonais une conférence sur le lobby pro israélien aux Etats-Unis. Quelques heures avant le début de la conférence, le consul général, Krzysztof Kasprzyk, décide d'annuler la

    conférence. Après avoir parlé au président de l'Anti-Defamation League (ADL) association de lutte contre l'antisémitisme, il a pris peur d'une campagne contre son pays. Scandalisé, Judt considère que l'affaire pose la question de la liberté d'expression aux Etats-Unis : «Il y a des similarités avec les récents problèmes que vous avez eus en Europe. Nous avons ici des imams juifs, mais non religieux», nous déclarait-il hier.

    L'affaire émeut le monde universitaire, au-delà des frontières américaines. Une pétition circule. Car Tony Judt, Britannique de 58 ans, juif, n'a pas vraiment le profil d'un antisémite. Militant sioniste dans sa jeunesse, il est depuis devenu très critique de l'occupation des Territoires palestiniens

    Très indépendant d'esprit, c'est aussi un ancien élève de l'Ecole normale supérieure, ami de nombreux intellectuels français.

    Le directeur de l'ADL, Abe Foxman, dément avoir exercé une quelconque «pression», et le Consul affirme qu'il a pris sa décision «de lui-même» après avoir entendu les «préoccupations» de l'ADL. Selon Judt, pourtant, l’ADL l'aurait menacé d'une campagne de presse.

    L'affaire vient s'ajouter à d'autres récents incidents similaires. Plusieurs universitaires sont dans le collimateur des lobbies pro israéliens. Le professeur Juan Cole (université du Michigan) s'est vu fermer la porte de Yale, et son collègue Joseph Massad (Columbia), à la suite de protestations, a fait l'objet d'une enquête pour antisémitisme (qui l'a blanchi). A New York, une pièce de théâtre consacrée à la militante américaine pro palestinienne Rachel Corrie, écrasée par un bulldozer israélien, a été déprogrammée sous la pression, et un architecte réputé, Richard Rogers, a été menacé de perdre des chantiers s'il ne coupait pas les liens avec un groupe appelant au boycott d'Israël.

     

    Pas d'éditeur.

    Enfin, deux auteurs, John Mearsheimer, de l'université de Chicago, et Steven Walt, doyen de la prestigieuse Harvard Kennedy School of Government, n'ont pas réussi à trouver d'éditeur américain pour leur étude consacrée au lobby pro israélien. Leur travail a finalement été publié par The London Review of Books.

     

     Extrait de  Libération

     

     

    Vraiment, vous ne voyez pas ?

     

    KULAmira_ny463

    En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété."Laissons de côté les Israéliens qui soutiennent idéologiquement la dépossession du peuple palestinien, sous-produit de " Tu nous as élu [parmi toutes les nations] " Laissons de côté les juges qui blanchissent n'importe quelle politique militaire de mort et de destruction. Laissons de côté les chefs militaires qui emprisonnent sciemment un peuple entier dans des enclos ceints de murailles, de miradors fortifiés, de mitrailleuses, de fil de fer barbelé, de projecteurs aveuglants. Laissons de côté les ministres. Tous ceux-là ne sont pas comptés parmi les collaborateurs. Eux, ce sont les architectes, les promoteurs, les concepteurs, les exécutants. Mais il en est d'autres. Des historiens et des mathématiciens, de grands éditeurs, des stars des médias, des psychologues et des médecins de famille, des juristes qui ne sont pas sympathisants de Goush Emounim ni de Kadima, des enseignants et des éducateurs, des amateurs de randonnées et de chansons entonnées en choeur, des virtuoses de la haute technologie. Où êtes-vous ? Et qu'en est-il de vous, chercheurs spécialisés dans le nazisme et le génocide, l'antisémitisme et les goulags soviétiques ? Se peut-il vraiment que tous vous souteniez des lois méthodiquement discriminatoires ? Des lois qui feront que les Arabes de Galilée ne recevront même pas d'indemnités pour les

    Dommages de la guerre, à hauteur des montants auxquels auront droit leurs voisins juifs (Aryeh Dayan, Haaretz, 21 août).Se peut-il que tous vous souteniez une loi de citoyenneté raciste qui interdit à un Israélien arabe de vivre chez lui avec sa famille ? Que vous vous rangiez du côté de l'expropriation de nouvelles terres encore et de la dévastation d'autres vergers encore, pour offrir encore un quartier aux colons, encore une route pour les Juifs seulement ? Se peut-il que vous appuyiez les tirs d'obus et de missiles qui tuent des vieillards et des enfants dans la Bande de Gaza ? Se peut-il que tous vous soyez d'accord qu'un tiers du territoire de la Cisjordanie (la Vallée du Jourdain) soit fermé aux Palestiniens ? Que tous vous appuyiez la politique israélienne qui empêche à des milliers de Palestiniens citoyens de pays étrangers de rejoindre leur famille dans les Territoires ? Avez-vous le cerveau à ce point lavé par l'excuse sécuritaire, en vertu de laquelle on interdit à des étudiants de

    Gaza d'aller étudier l'ergothérapie à Bethlehem et la médecine à Abou Dis, ou à des malades de Rafah de recevoir des soins à Ramallah ? Aurez-vous tôt fait, vous aussi, de vous abriter derrière l'explication " Nous ne savions pas " ? Nous ne savions pas que la discrimination pratiquée dans la distribution de l'eau (une distribution sous contrôle israélien) laissait sans eau des milliers de maisons palestiniennes durant tous les mois d'été, nous ne savions pas que lorsque l'armée israélienne bloquait l'entrée de villages, elle empêchait également leur accès aux puits et aux citernes d'eau. Mais il n'est pas possible que vous ne voyiez pas les portes métalliques tout au long de la route 443 en Cisjordanie, ces portes qui en barrent l'accès à partir des villages palestiniens qui la bordent. Il n'est pas possible que vous souteniez le fait qu'on empêche des milliers d'agriculteurs palestiniens d'accéder à leurs terres et à leurs vergers,que vous souteniez le blocus de Gaza qui empêche l'entrée de

    Médicaments pour les hôpitaux, que vous souteniez la coupure de la fourniture d'électricité et les coups portés à la distribution d'eau pour 1,4millions de personnes, ou encore la fermeture pendant des mois de la seule issue qu'ils ont sur le monde. Se peut-il que vous ne sachiez pas ce qui se passe à un quart d'heure de vos chaires d'université ou de vos bureaux ? Vous viendra-t-il à l'esprit que vous soutenez un système dans lequel des soldats hébreux, à des barrages installés au coeur de la Cisjordanie, font s'aligner enfile des dizaines de milliers de personnes, chaque jour, sous un soleil de plomb, heures après heures, et font le tri : les habitants de Tulkarem et de Naplouse ne sont pas autorisés à passer ; ceux qui ont 35ans ou moins : yalla, retour à Jénine ; pour les habitants du village de Salem,il est totalement interdit d'être ici ; une femme malade qui dépasse la file doit apprendre les bonnes manières et elle sera retenue pendant des heures, volontairement. Le site de " Machsom Watch " est ouvert à tous. On peut y trouver d'innombrables témoignages semblables ou plus durs : activité de tous les jours. Non, il n'est pas possible que celui qui pousse de hauts cris pour chaque croix gammée tracée sur une tombe juive en France et pour tout titre antisémite apparaissant dans un journal local espagnol, ne sache pas comment avoir accès à cette information, ne soit pas choqué et ne pousse pas de hauts cris. En tant que Juifs, nous bénéficions tous des privilèges que l'Etat d'Israël nous octroie. Nous sommes dès lors tous des collaborateurs. La question est de savoir ce que chacun d'entre nous fait, de manière véritablement active, directe et quotidienne, pour limiter la collaboration avec un régime de dépossession et d'oppression qui ne connaît pas la satiété. Signer une pétition qui se présente et faire un petit bruit de langue désapprobateur, cela ne suffit pas. Israël est une démocratie pour ses Juifs. Notre vie n'est pas mise en danger si nous protestons, nous ne serons pas envoyés dans des camps de prisonniers, nos revenus ne seront pas affectés, et il n'arrivera rien à nos moments de détente au coeur de la nature ou à nos escapades à l'étranger. Mais alors, le poids de la collaboration et de la responsabilité directe n'en est que plus incommensurablement lourd.

     

    Amira Hass (Extrait de Haaretz "

     


     

    LIBRES PROPOS

     

    Comment Israël compte-t-il dessiner ?

     

    Quand Monsieur Olmert propose d’évacuer les juifs des implantations, il s’agit d’enlever les petites implantations pour les renforcer les gros blocs de colonies. Que dire de Jérusalem-Est ? Israël a littéralement isolé ses habitants de la Cisjordanie en dépit de toute référence aux lois internationales et a ordonné la démolition de 88 maisons qui abritent les1.000 habitants de Swilan, quartier palestinien de Jérusalem-Est.

    Je vous conseille vivement de consulter la carte  de la Cisjordanie actuelle visible sur le site de l’Association Belgo-Palestinienne. Et Enfin, je pourrais énumérer les incohérences successives de l’Etat d’Israël qui tient un discours de paix pour promouvoir une bonne image au sein de la Communauté internationale mais qui pratique une politique brutale et unilatérale à l’égard de ce qu’il reste de la Palestine. Cette lettre serait interminable.

    Chacun connaît le discours de l’état d’Israël prônant la paix. Combien de fois n’a-t-on pas entendu ces mots dans la bouche de responsables politiques israéliens ? Combien de fois n'avons-nous pas déchantés car tout ça « c’était du cinéma » comme on dit chez nous, en vue de donner bonne conscience à la Communauté internationale ? A votre avis qui a encouragé l’implantation du Hamas en Palestine à l ‘époque où l’on essayait d’évincer Yasser Arafat à tout prix ? Qui a demandé à M. Mamoud Abbas que le Hamas puisse prendre part aux élections ? Qui ? Si ce n’est M. WW Bush Im self ?

    Savez-vous, Madame, que la résistance des populations occupées sont reconnues par la Convention de Genève comme étant un droit et que « terrorisme» ne figure nulle part dans le droit international ?

    De telles lacunes sont impardonnables pour un journal qui s’adresse prioritairement aux jeunes. . Cela s’apparente furieusement à de la propagande…Je pense que je ne renouvellerai pas mon abonnement au journal « Le Soir » qui contribue à la désinformation ambiante des médias.

     

    Freddy Guidé

     

     

    L'Europe fait le jeu des extrémistes

     

    La suspension des aides financières de l'Europe n'atteindra pas du tout son objectif (contrer le Hamas au profit des partis laïcs tel FATH).  Son point de vue rejoint celui d'autres qui connaissent bien le terrain et notamment celui défendu par Leïla Chahid lors de la conférence tenue dernièrement au Musée de la Photographie.

    La situation catastrophique qui s'annonce fera le jeu des mouvements islamistes intégristes ... pires que la Hamas encore. 

    A croire que nos dirigeants européens sont aveugles ou n'ont aucune notion de stratégie ... à moins que la stratégie ne soit de suivre les positions prises par le "grand frère" d'Outre-atlantique même quand la vie d'une population déjà trop délaissée voire ignorée en dépend.

    L'Europe aurait-elle perdu le courage de prendre des positions qui vont à l'encontre de celles dictées par George W. Bush ?

    Benoît Flandre

     

     

    Organisations terroristes d’hier et d’aujourd’hui

     

    Actuellement, le débat fait rage en France à propos d’un visa accordé par l’état suédois à M. Alef Edwane, Ministre palestinien des réfugiés du Hamas. Ce ministre d’un parti démocratiquement élu ce 25 janvier 2006, se rendait en Suède où il était invité à un colloque sur le droit au retour.

    L’Europe a suspendu toute aide au gouvernement palestinien et par la même occasion affame une population déjà fragilisée sous prétexte qu’elle a mal voté. L’’état d’Israël fait mieux, il ne restitue pas la perception des taxes d’importations, un pactole mensuel de 50 millions de dollars qui revient de droit à l’Autorité palestinienne. Sous d’autres latitudes cela s’appelle du vol (en Belgique on emprisonne les voleurs pour des butins autrement moins importants !). L’Europe joue avec une matière explosive qui risque de lui sauter à la figure.

    Si mes souvenirs sont exacts, l’Europe a été moins scrupuleuse lorsqu’il s’agissait d’absoudre des milices terroristes juives telles que la Hagana, Stern ou Igroun dirigées par M. Ben Gourion. Si ma mémoire est fidèle, ces milices étaient armées par l’Union Soviétique !

    Ces mouvements terroristes n’avaient rien à envier à leurs contemporains. L’Europe a bien vite fermé les yeux devant les exécutions de soldats britanniques, l’explosion de l’Hôtel David à Jérusalem, le massacre de Dier Yassine… Les terroristes d’hier sont devenus maîtres d’un état hautement respectable mais peu regardant quand il s’agit d’appliquer les résolutions de l’ONU. Nous vivons une bien curieuse époque ou l’agresseur devient victime et la victime un agresseur. Il faudra bien un jour que l’on m’explique à quoi rime ces attitudes incohérentes !

    Freddy Guide