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Général - Page 21

  • Nouvelles n° 129-2

     

    La pub au secours des banques

    cover_cerveau_pub0La conjonction d’une forte pression à la baisse sur les salaires (baisse en moyenne d’environ 10% de la part des salaires dans la richesse produite ces 30 dernières années) et d’une économie productiviste dopée à la consommation des ménages, ont conduit à une explosion du crédit. Sans argent et poussés à consommer, nous devons emprunter, et toujours d’avantage pour de simples biens de consommation.

    Heureuses de trouver une nouvelle source de profit dans ce business juteux, les banques ont joyeusement plongé dans le système. Oui mais, à trop tirer sur la corde, elle a fini par casser. On connait le cas symptomatique de l’immobilier américain mais le mal est bien plus profond, plus structurel. C’est bien la logique capitaliste archéo-libérale (pour ne pas dire « néo » quand il s’agit de nous ramener à une véritable logique de servage) qui d’une part écrase les salaires et d’autre part pousse à la surconsommation, le tout pour maximiser le profit, Saint Graal de ce système économique primaire.

    Alors qu’en Europe et aux Etats-Unis, les Etats viennent de déverser des centaines de milliards d’euros et de dollars pour renflouer les caisses des banques, on peut constater que rien ne change dans la logique de celles-ci. Et pour cause, elles sont pour l’essentiel demeurées privées et gardent le même cap idéologique. (Force est de constater par ailleurs, que même un propriétaire public ne semble plus aujourd’hui systématiquement synonyme d’opposition à la logique de maximisation du profit.)

    La même logique est toujours en place. Et pour nous rassurer et nous inciter à retourner comme des moutons nous endetter joyeusement, les banques sortent la grosse artillerie, le bras armé de la logique capitaliste, la pub. Les panneaux lénifiants se multiplient, les uns faisant appel à des « experts » économistes (on aurait aimé les entendre il y a un an), les autres vantant leurs placements de « bons pères de famille » avec une hypocrisie sans borne.

    La banque ING a notamment décidé de tenter de s’appuyer au maximum sur la déroute de ses concurrents directs (DEXIA, FORTIS et dans une moindre mesure ETHIAS) afin de leur « piquer » des clients. Eponge fluo en bandoulière, ING nous invite à « effacer nos doutes », squattant notamment les gares belges, lieu privé désormais grand ouvert aux marchands du temple et résolument fermé aux militants politiques.

    Pierre Eyben


    La caisse qui ne s’ouvre pas

    Arnaque

    carrefour_logoMadame G., fidèle cliente de la marque Carrefour, se présentait ce vendredi-là au magasin des Grands Prés de Mons. Lors de son passage en caisse, elle découvre une longue file de caddies devant elle mais fort heureusement, elle aperçoit plusieurs panneaux dans l’hypermarché annonçant qu’en cas de présence de 3 caddies devant celui du consommateur, celui doit s’adresser à l’hôtesse de caisse pour faire ouvrir une nouvelle caisse. Sans hésiter, elle s’adresse à une première caissière, qui la renvoie vers une seconde et celle-ci vers une troisième pour finalement aboutir, au bout de quelques minutes, devant une personne chargée de la gestion des caisses. Demandant que Carrefour réponde à sa promesse d’ouverture d’une nouvelle caisse, Madame G. s’entend répondre qu’il faut qu’il y ait 3 caddies DEVANT CHAQUE CAISSE avant d’ouvrir une nouvelle caisse. Madame G. s’interroge: 3 caddies ou 3 clients? Devant chaque caisse ouverte ou devant chaque caisse? Pourquoi le consomma! teur doit-il remplacer le personnel de magasin dans son service au client? Sans doute s’agissait-il d’un self-service?

    Décodage

    Madame G. n’est pas la seule à se plaindre des promesses non tenues de la marque CARREFOUR. Un rapide comptage lui a montré qu’il y avait en moyenne 5 clients devant chaque caisse. Mais qu’à une caisse il n’y avait que deux clients (!). Sans doute l’enseigne a-t-elle annoncé un peu rapidement une opération de séduction sans disposer des moyens adéquats (personnel formé et attentif, outil de comptage, volonté de service et de réponse au client). Après les fausses pénuries (produits annoncés en promotion et non disponibles), les erreurs régulières de prix sur les folders publicitaires, les fausses promesses de gain de temps semblent apparaître chez CARREFOUR.

    Conseil

    Madame G. a choisi une autre enseigne où il n’est pas nécessaire de demander d’ouvrir une caisse supplémentaire. Dans celle-ci, c’est automatique car l’enseigne ne demande pas au consommateur de se plaindre. Elle anticipe ses attentes.

    CRIOC

     


     

    Lettre adressée au Président israélien

    Monsieur le Président de l'Etat d'Israël,

    Pendant que les bombes tombaient sur Gaza, c'est ici que sonnait la caisse
    Vredeactie MIR-IRG, branche belge du Mouvement International de Réconciliation

    shimon-peresJe vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale. Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

    Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

    Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

    Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

    Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

    Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

    Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens.

    Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.

    Jean-Moïse Braitberg, écrivain.
    Extrait du site du Monde

     


     

    terminal-bierset

    Karel De Gucht, le ministre des Affaires étrangères, s’opposait  fortement à l’attaque israélienne sur Gaza et demandait un armistice. Signal plutôt positif. Néanmoins, il semble que la politique belge excelle dans ses déclarations, mais pas dans ses actes.

    En 2008, l’aéroport de Bierset est devenu la plaque tournante du trafic d’armes en provenance et à destination d’Israël. Le transport de fret de la compagnie aérienne El Al est une ligne de vie pour l’armée israélienne et se charge deux à trois fois par jour du transport en provenance ou à destination des Etats-Unis, en s’arrêtant à Bierset. Aussi, l’exportation d’armes belges vers l’Israël a fortement augmenté depuis 2004. Tout comme durant la guerre de 2003 en Irak, il semble que les principes s’arrêtent là où les intérêts financiers commencent.

    Il y a peu, El Al passait par Schiphol aux Pays-Bas. En 2005 et 2006, 160 millions d’amorces, 17 millions de munitions et des dizaines de milliers de fumigènes ont notamment été livrés depuis les Etats-Unis à l’armée israélienne via cet aéroport. En ce qui concerne les permis de transit, le gouvernement régional wallon n’est pas aussi transparent que le gouvernement des Pays-Bas et les fournit assez rapidement. Pendant que les bombes tombent sur Gaza, de nouvelles munitions sont livrées à l’armée israélienne, via Bierset.

    CAL, une autre compagnie israélienne, fait le même itinéraire avec deux vols par jour. Elle transporte des produits agricoles israéliens, provenant entre autres des implantations israéliennes situées dans les territoires occupés. Il est rare que le chemin du retour ne se fasse sans chargement d’armes. De 20 à parfois 50 % des vols sur Bierset atterrissent pour le compte de ces sociétés. Il semble vraisemblable qu’il ne faut pas déranger les clients les plus importants avec des législations sur les exportations d’armes.

    Il est frappant de voir que les exportations d’armes belges vers Israël ont fortement augmenté depuis 2004. La guerre contre le Liban n’a pas non plus été un obstacle à la poursuite de ces exportations. Le plus scandaleux dans cette politique d’exportation laxiste est que la Région bruxelloise n’a jamais refusé un seul permis. En 2005 et en 2007, Sabca a décroché un contrat de modernisation pour la force aérienne israélienne. Valeur : 9.928.601 euros. Les conséquences sont ressenties à Gaza et sont visibles quotidiennement à la télévision.

    En 2007, la Région wallonne a également accordé des permis d’exportation d’armes pour l’Israël : 210.000 euros de matériel pyrotechnique pour les munitions (probablement PB Clermont) et 270.000 euros pour des pièces de voitures blindées. Il est également vraisemblable qu’une livraison de pièces d’avions en provenance de Sonaca ait été autorisée.

    Précisons que cette société travaille avec IAI-MALAT (Israël Aircraft Industries) sur des modèles d’avions sans pilote. Ces UAV sont visibles et opérationnels au-dessus de GAZA. Il y avait en définitive encore quelques permis pour des pièces de renforcement d’appareillage en région bruxelloise et wallonne, avec vraisemblablement comme fournisseur BATS d’Angleur.

    En 2007, la Région flamande a accordé sept permis pour une petite somme de 500.000 euros, essentiellement à OIP (propriété de l’Elbit israélien), pour des appareils de vision nocturne avec des systèmes de guidage. Ces permis ont néanmoins été destinés à d’autres destinations (l’exportation d’équipement de précision de tireur vers la Colombie est tout aussi inquiétante que ces mêmes exportations vers le Népal en 2002). Celle-ci n’était donc pas destinée à l’armée israélienne, mais renforce bien l’industrie de défense israélienne et de cette façon lui est une aide indirecte.

    La loi sur les armes affirme qu’un permis d’exportation ou un permis de transit est refusé lorsqu’il existe suffisamment d’indications à l’égard d’un pays destinataire donné :

    – que l’exportation ou le transit y contribuera à une violation flagrante des droits de l’homme, qu’il existe un risque manifeste que le bien dont l’exportation est envisagée serve à la répression interne ;
    – que l’exportation provoque ou prolonge des conflits armés, aggrave des tensions ou des conflits ou en cas de guerre civile dans le pays de destination finale.
    – que l’exportation comporte un risque manifeste que le pays destinataire utilise le matériel en cause de manière agressive contre un autre pays ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale.

    Qu’est ce qui doit encore être fait pour qu’un permis de matériel de guerre destiné à l’Israël soit refusé ?

    Messieurs les politiciens, merci pour les déclarations vrombissantes, mais la loi devrait primer !

    www.vredesactie.be ; www.wri-irg.org

    NDLR : le GRIP vient de publier une note d’analyse : « Les transferts d’armes de l’Union européenne et de la Belgique vers Israël. Quelle conformité avec le Code de conduite en matière d’exportation d’armements ? », Caroline Pailhe (www.grip.org).


     

    Libres propos: "Révoltes des jeunes Grecs et des jeunes Français : mêmes causes, même combat, et pourtant…"
    Nadine Rosa-Rosso

     jeunes grecs

    Trois ans après les banlieues françaises, c'est au tour des villes grecques de flamber. Il n'est pas difficile de trouver des similitudes entre les deux phénomènes. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, est la mort d'un jeune ici, de deux là, dans le cadre d'une intervention policière. Et l'absence de perspectives économiques, sociales et politiques de la jeunesse est devenue plus qu'une évidence dans notre monde frappé par une crise profonde du capitalisme.

    Ce ne sont pourtant pas les similitudes qui interpellent aujourd'hui mais bien la différence de traitement, en particulier par les partis de gauche, de la révolte des jeunes.

    Que dirait-on aujourd'hui d'un président de parti communiste qui déclarerait, à propos des jeunes Grecs : "Que les choses soient claires: incendier des voitures, des écoles, des bâtiments, des entreprises, c'est de l'autodestruction. Il n'y a rien de bien à dire de ces actions. Elles touchent d'autres travailleurs des mêmes quartiers et cités. Elles touchent le peu de biens sociaux qui subsistent encore dans ces quartiers. Et elles touchent surtout la solidarité entre tous les travailleurs qui sont frappés par le raz-de-marée néolibéral"[1]. C'était pourtant la teneur générale de la plupart des propos "de gauche" à l'égard des jeunes Français. Aujourd'hui rares sont les condamnations des révoltes de la jeunesse grecque. Le ton général est à l'analyse des causes et à la compréhension. Les organisations syndicales grecques n'ont pas renoncé à leur action de grève et de manifestation au beau milieu des journées d'émeute. Il ne viendrait à l'esprit de personne de reprocher aux jeunes de briser la "solidarité entre les travailleurs". Au contraire, dans plusieurs pays européens, de grandes coalitions de gauche se forment pour appeler à soutenir la révolte des jeunes Grecs.

    La crise financière a bien sûr fait voler en éclat la sacro-sainte confiance dans ce système d'exploitation qu'on nous présente depuis vingt ans comme le seul possible. Elle a ouvert les yeux et préparé les esprits à l'hypothèse récemment impensable que la seule solution soit  au contraire d'y mettre fin.

    Mais au-delà de cette évolution récente des mentalités, la différence de traitement à l'égard de ces deux jeunesses ne doit-elle pas aussi être attribuée à un mal persistant au sein de la gauche ? A savoir son incapacité à considérer les jeunes des banlieues françaises autrement que comme des "jeunes de l'immigration", dont il faut par définition redouter le communautarisme, le manque d'esprit civique et l'absence de solidarité de classe ?

    Dans son article « La crise financière, et après ? », l'économiste François Morin écrivait il y a peu qu'un scénario de rupture brutale pouvait être envisagé. Il émettait l'hypothèse d'une « explosion sociale violente dans plusieurs pays, tenant à la baisse du pouvoir d'achat et au chômage de masse », et qui pourrait avoir « des effets de contagion à une large échelle ». Les jeunes Français des banlieues, victimes plus tôt, en raison de la discrimination raciste, de la baisse du pouvoir d'achat et du chômage de masse, ont-ils eu le tort de se révolter trop tôt ? Ou est-ce plutôt l'incapacité de la gauche à percevoir, comme elle le faisait jadis, dans la situation faite à ces jeunes, l'annonce du sort réservé à l'ensemble des travailleurs ?

    Au lieu de reprocher à ces jeunes de briser la solidarité des travailleurs, ne faudrait-il pas inverser la façon de poser le problème ? Et le poser ainsi : combien de temps encore les responsables des partis et organisations de gauche, y compris syndicales, attendront-ils pour organiser la solidarité du mouvement ouvrier encore structuré avec cette jeunesse populaire que la précarité, la dérégulation des modes de production, la relégation dans les quartiers ont isolée ? Bref, pour la considérer, sans préjugés, comme partie intégrante du monde du travail ?

    On ne pourra pas faire l'économie de ce débat car dans toutes les grandes métropoles du monde capitaliste, la part des travailleurs issus de l'immigration ne cesse d'augmenter. Une mobilisation sociale de grande envergure, capable de renverser réellement la vapeur et d'imposer une alternative politique réelle, ne sera possible que si la gauche résout cette question essentielle.

    La révolte des jeunes Grecs et le soutien qu'elle recueille laissent espérer que les mentalités sont profondément en train de changer sur le vieux continent et que le temps des idées et des pratiques nouvelles est enfin arrivé.

    [1] Peter Mertens, 16.11.2005 Solidaire (France : pourquoi les banlieues flambent)

  • Nouvelles n° 129-1

    Qu’est-ce que le Hamas ?
    Par Alain Gresh

    Hamas

    Hamas suscite, sur ce blog et ailleurs, bien des frayeurs et des fantasmes, fondés souvent sur une méconnaissance du mouvement, de son histoire et de ses évolutions. Avant d’en venir à cette réflexion sur le Hamas, signalons que Le Monde diplomatique de février, en vente dans les kiosques, consacre un dossier de six pages aux événements de Gaza et à leurs conséquences sur la région.

    Notons aussi, certains contributeurs de ce blog l’ont déjà fait, la tribune écrite par le prince saoudien Turki Al-Fayçal dans le quotidien britannique Financial Times et dont l’écho est important (« Saudi patience is running out », 22 janvier). Accusant le président Bush d’avoir laissé la région dans un état de désordre, il met en garde sur le fait que les initiatives de paix risquent de ne plus être à l’ordre du jour et que l’Arabie saoudite tournera alors le dos à l’Occident. Il révèle que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a écrit au souverain saoudien Abdallah une lettre reconnaissant le rôle dirigeant de l’Arabie dans le monde musulman et l’appelant à prendre une position plus ferme face aux massacres de Gaza.

    Le prince précise que le royaume, « jusqu’à présent, a rejeté ces appels, mais que chaque jour qui passe rend cette réserve plus difficile à expliquer, quand Israël tue délibérément des Palestiniens, s’approprie leurs terres, détruit leurs maisons, déracine leurs fermes et impose un blocus inhumain. (...) Au final, le royaume ne sera plus capable d’empêcher ses citoyens de participer à la protestation mondiale contre Israël. »

    Revenons maintenant au Hamas et rappelons quelques éléments de son histoire. Le Mouvement de la résistance islamique (dont l’acronyme en arabe donne « Hamas », qui signifie « zèle ») a été créé par la Société des Frères musulmans en décembre 1987, au lendemain du déclenchement de la première Intifada. Le Hamas se développe d’abord à Gaza, qui restera le principal de ses fiefs, avant d’étendre ses activités à la Cisjordanie.

    Pourquoi les Frères musulmans ont-ils pris cette décision de créer une organisation de combat ? Après la défaite arabe de juin 1967, il a fallu plusieurs années aux Frères musulmans pour se réorganiser. Ils vont profiter de la vague islamiste qui monte dans toute la région. Dans les territoires occupés, la Société bâtit un réseau dense d’institutions sociales autour des mosquées : jardins d’enfants, bibliothèques, cliniques, clubs sportifs, etc. Entre 1967 et 1987, le nombre de mosquées passe de 400 à 750 en Cisjordanie, de 200 à 600 à Gaza. Créé en 1973, le Centre islamique de Gaza, dirigé par le cheikh Ahmed Yassine, devient le cœur battant de la Société. L’organisation reçoit un appui important de l’étranger, notamment de l’Arabie saoudite, qui lui donne des moyens considérables.

    Néanmoins, malgré leurs moyens et leurs atouts, les Frères musulmans souffrent, dans les années 1970 et 1980, de leur quiétisme face à l’occupation. Si leur but final reste la libération de la Palestine, ils accordent la priorité à la réforme de la société — d’où leur relative inertie dans le combat nationaliste. Les services de renseignement israéliens le comprennent si bien qu’ils font preuve d’une réelle mansuétude à l’égard des Frères, considérés comme un utile contrepoids à l’OLP. En 1980, une scission frappe le mouvement : le djihad islamique reproche aux Frères musulmans leur trop grande passivité et se lance rapidement dans l’action violente.

    La décision de créer le mouvement Hamas et de participer à l’Intifada témoigne d’une réelle évolution de la Société des Frères musulmans, au sein de laquelle des militants plus jeunes ont pris des responsabilités. Le Hamas se montrera très actif durant la « révolte des pierres », n’hésitant pas à rester à l’écart de la direction unifiée qui se réclame de l’OLP. Très bien structuré, proche des plus démunis, disposant d’une aura religieuse, le mouvement s’affirme comme un concurrent sérieux au Fatah et à l’OLP. Il crée une branche militaire, les brigades Ezzedine Al Kassam. Un épisode jouera un rôle important dans l’histoire du mouvement : en décembre 1991, le premier ministre israélien Itzhak Rabin expulse 415 militants vers le Liban. Ils finiront par rentrer, mais cette répression ne fait qu’accroître la popularité de l’organisation – et crée ses premiers contacts avec le Hezbollah.

     
    Le Hamas adopte sa Charte, le 18 août 1988. Il reconnaît sa filiation avec l’organisation des Frères musulmans. Il « considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [1] pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection ». Enfin, malgré les rivalités — et parfois les affrontements —, le Hamas déclare à propos de l’OLP : « Notre patrie est une, notre malheur est un, notre destin est un et notre ennemi est commun. » C’est pour l’essentiel sur le terrain politique, et non religieux, que le Hamas s’oppose à l’OLP : il reprend les thèses qui étaient dominantes dans l’OLP avant les années 1975, celles de la libération de toute la Palestine. Enfin, le texte de la Charte a des connotations antisémites, avec une référence au Protocole des sages de Sion (un faux créé par la police tsariste au début du XXe siècle), ainsi qu’une dénonciation des « complots » des loges maçonniques, des clubs Rotary et Lyons…

    Ces notations antisémites sont condamnables et condamnées largement. Il faut dire que ces délires, notamment sur Le Protocole des sages de Sion, se retrouvent fréquemment dans certains livres et articles publiés dans le monde arabe. Interrogés là-dessus, les dirigeants du Hamas affirment qu’il ne faut tenir compte que de leur plate-forme défendue durant la campagne de 2006 (lire plus bas) – argument qui n’est pas recevable en ce qui concerne les références au Protocole des sages de Sion.

    Une caractéristique du Hamas est soulignée par Jean-François Legrain :
    « Un second contresens consiste à faire de Hamas un mouvement nationaliste au discours religieux quand il s’agit fondamentalement d’un mouvement de resocialisation religieuse, certes doté d’un agenda politique. (...) Hamas, même s’il avait quasi instantanément phagocyté l’Association des Frères musulmans, dont il n’était à l’origine que le “bras”, avait pour raison d’être essentielle dans l’esprit de cheikh Yassine que sa mission de da’wa (prédication active de l’islam) à laquelle étaient strictement subordonnés le politique et le militaire. A plusieurs reprises, son appréhension des rapports de force avec Israël et l’Autorité palestinienne a ainsi conduit Hamas, aux antipodes de l’attitude de tout mouvement de libération nationale, à prendre ses distances tant avec le militaire (les différentes trêves de 1995, 1996 et des dernières années) qu’avec le politique (par exemple et de façon surprenante, au lendemain même de la tournée triomphale du cheikh Yassine dans le monde musulman à sa sortie de prison en 1998). Hamas s’est alors replié sur le tissu associatif assujetti à ses exigences de mobilisation morale, seules quelques cellules manifestant leur désapprobation par des initiatives militaires locales. »

    Dans la logique de son programme politique, le Hamas condamne les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993. Mais l’installation de l’Autorité palestinienne à Gaza en 1994 pose de nouveaux défis à l’organisation, prise entre sa rhétorique de libération totale de la Palestine, sa volonté de ne pas provoquer une guerre civile inter-palestinienne et sa détermination à préserver son réseau associatif. Le Hamas engage un dialogue avec Yasser Arafat. Ce dernier joue à merveille de la carotte et du bâton, multipliant les arrestations et les intimidations tout en dialoguant avec l’organisation et en autorisant certains de ses organes de presse. Fin 1995, il paraît même sur le point d’obtenir la participation du mouvement aux élections du parlement palestinien de janvier 1996, mais cela n’aboutira pas.

    L’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, l’escalade entre les forces israéliennes et le Hamas – marquée par une vague d’attentats-suicides début 1996 –, l’extension permanente de la colonisation, la victoire de Benjamin Netanyahou aux élections législatives israéliennes vont changer la donne. Malgré la victoire d’Ehoud Barak aux élections de 1999, les négociations de paix échoueront (largement par la faute du gouvernement israélien — lire « Le “véritable visage” de M. Ehoud Barak, Le Monde diplomatique, juillet 2002) et la seconde Intifada éclate en septembre 2000.

    La mort d’Arafat, l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité, la convocation de nouvelles élections législatives palestiniennes en janvier 2006 marquent une nouvelle étape dans les territoires occupés. Le scrutin va confirmer l’évolution du mouvement Hamas vers un plus grand pragmatisme. Alors qu’il avait refusé les accords d’Oslo et toutes les institutions qui lui étaient liées, le Hamas accepte de participer aux élections de janvier 2006. Plusieurs de ses dirigeants, dont le cheikh Ahmed Yassine, assassiné par l’armée israélienne en 2004, ont affirmé qu’ils acceptaient la création d’un Etat palestinien sur les territoires occupés de 1967. Le programme politique défendu durant la campagne électorale n’a rien à voir avec le contenu de la Charte de 1988 (lire Paul Delmotte, « Le Hamas et la reconnaissance d’Israël », Le Monde diplomatique, janvier 2007).

    Il est important de rappeler les deux raisons qui ont amené les Palestiniens à voter pour le Hamas : la corruption de l’Autorité palestinienne (et donc du Fatah) et, surtout, le fait que la voie choisie par le Fatah à Oslo, celle de la négociation et de l’abandon de la lutte armée, avait échoué. Le Hamas n’est pas contre des négociations, mais pense que celles-ci doivent s’accompagner d’une pression militaire (c’était d’ailleurs la position défendue par une partie des dirigeants du Fatah au début de la seconde Intifada, notamment par Marwan Barghouti).

    Le Hamas a multiplié les déclarations en ce sens depuis plusieurs mois. L’ancien président américain Jimmy Carter a rencontré les dirigeants du Hamas à Gaza, ainsi que Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas à Damas. Carter écrit : Après de longues discussions avec les dirigeants de Gaza, ces dirigeants du Hamas (à Damas) ont affirmé qu’ils « accepteraient tout accord de paix qui serait négocié entre les Israéliens et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui dirige aussi l’OLP, à la condition que cet accord soit accepté par les Palestiniens par référendum ou par un gouvernement élu d’unité nationale ». « An Unnecessary War » (Washington Post, 8 janvier). Lors d’un entretien que j’ai réalisé à Damas en décembre, Khaled Mechaal a déclaré : « Le Hamas et les forces palestiniennes ont offert une occasion en or d’apporter une solution raisonnable au conflit israélo-arabe. Malheureusement, personne ne s’en est saisi, ni l’administration américaine, ni l’Europe, ni le Quartet. Notre bonne volonté s’est heurtée au refus israélien que personne n’a la capacité ou la volonté de surmonter. Dans le document d’entente nationale de 2006 signé avec toutes les forces palestiniennes (à l’exception du djihad islamique), nous affirmons notre acceptation d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem comme capitale, sans colonies et avec le sujet (mawdou’) du droit au retour. C’est le programme commun aux forces palestiniennes. Certaines veulent plus, d’autres moins. Ce programme date de trois ans. Les Arabes veulent quelque chose de similaire. Le problème est en Israël. Les Etats-Unis jouent un rôle de spectateur dans les négociations et ils appuient les réticences israéliennes. Le problème n’est donc pas le Hamas, ni les pays arabes : il est israélien. »

    Pourquoi le Hamas prône-t-il la violence ? Son principal argument est que le chemin de la seule négociation adopté par l’OLP en 1993 n’a donné aucun résultat. On peut aussi remarquer que l’Autorité sous la direction de Mahmoud Abbas, qui négocie depuis 2005 un accord de paix, n’a pas réussi à obtenir que le gouvernement israélien accepte la création d’un Etat palestinien sur tous les territoires occupés en 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

    Enfin, une dernière remarque concernant la violence contre les civils. Toute mort de civil est une mort de trop. Mais si l’on condamne les tirs de roquettes du Hamas, ne faut-il pas d’abord condamner les crimes commis par un Etat organisé, membre des Nations unies ? Le terrorisme d’Etat n’est-il pas plus condamnable que tout terrorisme ? Je rappelle encore une fois ce qu’écrivait Nelson Mandela, évoquant ses négociations avec le gouvernement blanc sud-africain et ses demandes d’arrêter la violence : « Je répondais que l’Etat était responsable de la violence et que c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense. »

    Peut-on faire confiance au Hamas, alors que sa Charte n’a pas été abrogée ? Rappelons que la même question a été posée durant des années à l’OLP et à Yasser Arafat et que les accords d’Oslo ont été signés avant que cette charte n’ait été officiellement abrogée par le Conseil national palestinien. Pendant deux décennies, Israël et les Etats-Unis ont refusé tout contact avec l’organisation sous ce prétexte et sous le prétexte qu’elle était une organisation terroriste ; la France et nombre de pays européens avaient, à l’époque, refusé cet ostracisme.

    L’Union européenne et les Etats-Unis posent trois conditions au dialogue avec le Hamas : qu’il reconnaisse l’Etat d’Israël ; qu’il renonce à la violence ; qu’il reconnaisse les accords d’Oslo. Deux points méritent d’être soulignés : pourquoi le dialogue avec le gouvernement israélien n’est-il pas soumis aux mêmes conditions ? Pourquoi Israël ne reconnaît-il pas un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ? Pourquoi ne renonce-t-il pas à la violence ? Pourquoi construit-il des colonies dans les territoires occupés en violation des accords d’Oslo (et du droit international) ?

    D’autre part, si l’on pense qu’il faut faire évoluer le Hamas, comment le faire sans dialoguer avec lui ? N’est-ce pas le dialogue européen avec l’OLP qui a permis d’avancer ?

    Pour aller plus loin
     
    Je voudrais renvoyer aux remarquables reportages faits dans Le Monde diplomatique depuis plus d’une quinzaine d’années sur cette organisation par Wendy Kristianasen, que l’on peut retrouver sur le cédérom du Monde diplomatique ; ainsi qu’aux analyses de Jean-François Legrain, notamment le texte distribué lors de son audition à la commission des affaires étrangères du Sénat, le 14 janvier, « Gaza : des guerres dans quelles perspectives ? ». On peut également lire un intéressant entretien avec Ali Jarbawi (PDF) sur le site de la revue Confluences Méditerranée.
    Enfin, le livre de Khaled Hroub, Le Hamas (Démopolis) est le seul ouvrage sérieux en français sur l’organisation.
    Notes
    [1] Bien de mainmorte, c’est-à-dire inaliénable.


    Cusmapa 2008     
                                                                   
    Le Comité Amérique Centrale de Charleroi  soutient depuis 2000, par des récoltes de fonds, une ONG au Nicaragua. Il s’agit d’Unicam (Université des paysans.) qui vise à l’autosuffisance et à la diversité alimentaire de petits agriculteurs délaissés du nord du pays : la région montagneuse de Somoto/Cusmapa.

    Les résultats  obtenus sont très encourageants et nous incitent, la Casa Nicaragua de Liège et nous, le CAcC, à poursuivre les efforts de soutien.

    Cette région dite « tropi-sec »  souffre soit du manque, soit de l’excès d’eau. Dans les communautés où Unicam est présente les bassins de retenue d’eau se construisent, l’irrigation progresse. Mais pour lutter contre les pluies diluviennes on n’a encore rien trouvé si ce n’est, tenter par des moyens rudimentaires mais relativement efficaces, (diguettes) de ralentir les eaux qui dévalent les pentes en emportant la terre arable dont la couche est déjà très mince.

    Il y a urgence ! Nous avons reçu un appel d’aide d’urgence de notre ONG partenaire au Nicaragua. Une fois de plus, le nord du Nicaragua a été affecté par des dégâts consécutifs au passage de l’ouragan IKE dans les Caraïbes.

    Des trombes d’eau se sont abattues sur la région de Somoto-Cusmapa provoquant des inondations et,  plus grave encore, une colline entière, habitée et cultivée  s’est effondrée. Plus de 150 personnes n’ont plus ni ressources ni logement, elles sont hébergées dans les infrastructures communautaires (banques de semences, « maison communales » financées pour la plupart par notre comité).

    Notre partenaire local Unicam, doit déplorer en plus la perte de son unique camionnette. En effet, mardi le 7 octobre 2008, en se portant au secours des sinistrés, un pont détruit a entraîné la chute du véhicule dans le ravin. Heureusement, Mario  le chauffeur s’en sort bien.

    Nous lançons en cette fin année une récolte de fonds et nous espérons arriver à  10000 €. Le but étant de répondre à l’urgence pour partie et d’autre part de pouvoir poursuivre notre aide structurelle aux projets d’autosuffisance  alimentaire.
    Merci

    Le Comité Amérique Centrale de Charleroi

    Notez que pour un minimum de 30 € via le Cpte de « Peuples Solidaires », vous recevrez une attestation donnant droit à une déduction fiscale.


     

    Trois ouragans dévastateurs à Cuba : un bilan matériel et humain

    cuba_ouragan

    L’automne 2008 aura été terrible pour Cuba, avec son cortège de cyclones, de raz de marée et de tempêtes tropicales. Cette saison des ouragans est traditionnelle dans cette région des Caraïbes (ainsi que sur l’Est du Pacifique), et elle a induit un certain fatalisme. Mais est-ce la dégradation du climat ? 2008 a été pire que les années précédentes. Les ouragans les plus violents ont été GUSTAV (en fin août) et IKE (en début septembre) ainsi que PALOMA (en novembre). Mais il faut aussi compter avec FAY (mi-août), HANNAH (début septembre)…

    Une fois les évaluations terminées, le passage destructeur de Gustav et de Ike va coûter cher :

    - GUSTAV a entraîné des pertes estimées à 1,92 milliards de CUC (2,72 milliards de dollars) ;
    - IKE a occasionné des pertes évaluées à 6,74 milliards de CUC (7,28 milliards de dollars).

    Les nouvelles destructions causées par l’ouragan Paloma, ajoutées à celles des deux précédents cyclones qui ont frappé le pays en un peu plus de deux mois, devraient faire monter cette somme à environ 10 milliards de dollars.

    Il y a plus de 50 municipalités très touchées, (35 par les ouragans Gustav et Ike et 12 par les précédents, auxquelles il faut ajouter celles victimes de Paloma). Le pays est dévasté. Les dégâts matériels ont été considérables. Près de 125.000 logements avaient été partiellement ou totalement détruits par l’ouragan Gustav. Le passage du cyclone Ike en a endommagé 323.800. On parle de 70.000 habitations totalement à reconstruire. Et il faut encore dénombrer celles touchées par l’ouragan Paloma.

    L’agriculture a subi un coup terrible. La plupart des récoltes ont été ravagées et plusieurs centaines de milliers de volailles d’élevage ont perdu la vie, ce qui
    risque de poser une sérieuse crise alimentaire au sein de la population. Plus de 700.000 tonnes d’aliments ont été détruites. La production et la distribution d’aliments sont devenues les priorités absolues du gouvernement cubain. Les supermarchés de l’île présentent un grave problème d’approvisionnement.

    Il faut aussi prendre en compte les dégâts survenus aux installations électriques, aux barrages et réservoirs, aux plantations forestières, aux équipements scolaires et d’hôpitaux. Toutes les réserves nationales, créées en prévision d’une agression militaire étasunienne, ont été mises à la disposition de la population : aliments, carburant, matériel de construction, médicaments, etc.

    C’est évidemment une source de découragement pour la population. Alors que le développement économique, totalement perturbé par la fin des échanges avec l’URSS, était bien relancé sur d’autres bases, on a vu revenir les coupures d’électricité, les destructions ou paralysies d’entreprises, les perturbations dans les approvisionnements. Certaines provinces sont restées sans électricité pendant plusieurs jours. Les dégâts vont demander de consacrer des sommes importantes à la reconstruction. Et sans doute à entreprendre des modifications importantes et urgentes : le changement climatique doit faire craindre une montée des eaux et des perturbations plus fortes et plus fréquentes. Les localités côtières devront peut-être se reconstruire plus en amont. Il ne sera dès lors pas possible d’intervenir rapidement sur des localités moins endommagées, qui devront patienter. Et les changements structurels évoqués par Raoul Castro seront vraisemblablement retardés.

    Après son frère Fidel (s’exprimant dans une chronique parue le matin de l’arrivée du troisième cyclone), Raoul Castro a aussi appelé la population à ne pas céder au découragement et à garder confiance dans ses propres ressources. Après avoir constaté l’optimisme de la population de Santa Cruz del Sur, il a déclaré : « Cet état d’esprit, notre peuple en a toujours fait preuve pendant les 50 ans de Révolution, face aux agressions armées, aux actes terroristes et au blocus génocidaire (…).Les révolutionnaires ne se rendent pas, ni contre les ennemis, ni face aux ouragans. Ayez confiance dans la Révolution, comme nous vous faisons confiance ».

    Malgré ces besoins humanitaires évidents, l’Administration Bush n’a pas voulu lever le criminel blocus que les États-Unis exercent depuis 46 années. Condoleezza Rice a déclaré à la presse : « Je ne crois pas que, dans les circonstances présentes, le moment soit venu de lever l’embargo ». Le but est bien toujours d’enfoncer Cuba en profitant des difficultés passagères, comme au moment de l’écroulement de l’URSS (l’embargo avait été renforcé à ce moment). Le Gouvernement cubain a fait en septembre 2008 des demandes précises pour acheter sur le marché des États-Unis les matériaux nécessaires à la rénovation des logements, et de disposer de crédit bancaire dans ce but. Seule l’exportation du bois de charpente a été légèrement assouplie. Devant le maintien de l’embargo, les Cubains ont aussi refusé avec mépris une petite aide états-unienne, qui était conditionnée… à l’envoi d’inspecteurs ! La souveraineté nationale doit d’abord être respectée. L’arrivée d’Obama pourrait apporter des changements.

    L’aide est néanmoins parvenue de nombreux autres pays, dont des pays en développement ainsi que la Belgique et l’Espagne. Une aide est annoncée par l’Europe, qui a rouvert sa coopération avec l’île après cinq années d’interruption. Et de nombreux secteurs de la société civile sont aussi intervenus. On a pu ainsi pu voir des citoyens des Etats-Unis sur des chantiers de remise en état de logement ; ainsi la section de Charleroi des Amis de Cuba a transmis une somme de 1.600 euros, récoltée au cours d’activités de solidarité en octobre. Il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire, et de manière urgente.

    Mais on doit aussi parler d’un bilan humain : il y a eu neuf morts au total pour ces trois évènements dévastateurs. C’est très peu. Étonnamment. Et cela en dit long sur l’efficacité des mesures prises par la « Défense civile » organisée par l’État cubain, qui va de la surveillance météorologique à l’organisation de solidarité dans chaque quartier. Tout le monde (en particulier les agences de l’ONU) reconnaît que les mesures prises en général à Cuba contre les cyclones et les tempêtes sont particulièrement efficaces.

    Comparaison n’est pas raison, dit-on. Et un coup de vent est difficilement comparable à un autre. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux mêmes. Pour trois pays qui sont quasiment voisins.

    Dans un pays pauvre comme Haïti, aucune mesure de prévention ne paraît être sérieusement prise. Les morts sont innombrables et se répètent d’année en année. Haïti a perdu cette année 300 personnes avec Ike, 77 avec Gustav, 38 avec Hannah, 40 avec Fay. Dans la ville de Gonaïves, l’eau est montée par endroits de 3 mètres. « Traumatisés par le souvenir de la tempête tropicale Jeanne, qui avaient fait 3.000 morts aux Gonaïves il y a quatre ans, les habitants craignent une réédition de cet événement meurtrier » disent les agences. N’a-t-on pas pris de mesures depuis lors ? On n’en reçoit sans doute pas les moyens. À Haïti, 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. On y a connu cet été des émeutes de la faim. En fait, des secours et des aides n’arrivent qu’après les évènements, quand il est trop tard, quand on n’a plus que ses yeux pour pleurer. S’ils arrivent : on connaît les effets d’annonce des bonnes paroles occidentales et les effets de manche de plusieurs organisations « humanitaires ». On parle aussi de détournements manifestes de l’aide reçue.

    Et aux Etats-Unis ? Ce pays riche, qui a connu la douloureuse expérience de l’ouragan Katryna en Louisiane en 2006, qui ne manque pas de moyens, qui ne souffre pas d’un blocage économique de type « embargo », fait-il mieux ? Première surprise : plusieurs villes décident de ne pas organiser d’évacuations : elles comportent trop de risques (accidents mortels durant l’évacuation, pillages, problèmes d’intendance pour aider les évacués…). Deuxième surprise : l’intervention de l’armée à de nombreux endroits. Voici quelques communiqués exemplaires : « Un couvre-feu a été décrété ce dimanche pour au moins une semaine dans toute la ville de Houston, au Texas, quatrième ville américaine, privée presque totalement d'électricité après le passage samedi de l'ouragan Ike. « Cette mesure est nécessaire pour des raisons de sécurité, le nombre important de débris dans les rues et le fait que de nombreux quartiers sont dans le noir », a précisé le maire de Houston, Bill White. Un couvre-feu était déjà en place depuis vendredi dans des zones qui avaient été évacuées avant le passage de l'ouragan. Le maire a aussi indiqué que le système de distribution de l'eau de la municipalité recommençait progressivement à fonctionner. Des tests n'ont pas indiqué de contamination des eaux, a-t-il dit, tout en demandant aux habitants de continuer à consommer de l'eau minérale ou de faire bouillir celle du robinet. Il a aussi dit que l'électricité avait été rétablie pour des services d'urgence comme les hôpitaux et les stations de pompage des eaux. Le maire a en outre lancé un appel pressant aux compagnies d'électricité pour qu'elles fassent tout ce qui est possible pour rétablir le courant ». Et un autre : « Au Texas, 7.500 gardes nationaux ont été mis en état d'alerte et les autorités ont demandé aux habitants des zones côtières de stocker des vivres et du matériel. L'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence n'a pas encore fixé de planning pour l'évacuation de ces zones ».

    En fait, on n’entend pas beaucoup parler d’une « Protection civile » ! Plutôt des conseils… et des gardes nationaux. Est-ce beaucoup mieux qu’à Haïti ? Il est vrai qu’ici, les citoyens sont censés avoir les moyens.

    Troisième surprise : après l’annonce de l’arrivée de l’ouragan à Houston et les craintes pour les plates-formes pétrolières off-shore et son impact sur le prix du pétrole, on n’entend plus grand chose de la part des médias. Comme si la principale leçon tirée de 2006, c’est qu’il fallait moins médiatiser l’événement. Voici le bilan de IKE aux États-Unis. On apprend d’abord qu’il a traversé 11 états, jusqu’aux grands lacs canadiens et en Pennsylvanie ! Au total, au moins 52 personnes sont mortes, du 12 au 15 septembre. Le Texas a été le plus touché avec 18 morts, dont 10 dans le comté de Harris qui couvre la ville de Houston, la 4e plus peuplée aux États-Unis, et sept dans les environs de Galveston, ville côtière de 60.000 habitants qui a subi les plus gros dégâts. Mais on en compte aussi 7 en Indiana, 5 en Louisiane, etc. Beaucoup de décès sont dus à des chutes d'arbres, comme dans le Tennessee (sud) où deux golfeurs ont été écrasés, ou dans le Kentucky (sud) où un garçon de 10 ans est mort heurté par une branche. De nombreux décès sont intervenus après le passage de l'ouragan, par intoxication au monoxyde de carbone provoquée par des générateurs mal réglés, ou par électrocution. Le bilan des morts au Texas pourrait s'alourdir, les autorités n'ayant pas fourni de chiffre global. Et le maire de Galveston précise : « Nous avons eu seize morts, mais on n’en compte que neuf car les autres sont morts de mort naturelle ». Pas beaucoup de précision non plus sur les dégâts matériels. Par contre, on aura eu toutes les informations nécessaires pour s’apitoyer sur les difficultés des banques américaines le week-end suivant ! Et sur les milliards absolument nécessaires pour éviter un cyclone financier mondial. On a pu lire de Fidel Castro quelques remarques acerbes à ce sujet.

     La différence qui ressort de cette comparaison, c’est l’efficacité de la Protection civile à Cuba, qui peut compter sur la bonne volonté, la discipline et la conscience des citoyens et qui peut organiser des mesures cohérentes et efficaces. C’est la priorité donnée à l’être humain, à la vie. On a parfois reproché que le contrôle social (des fameux « Comités de défense de la Révolution ») est à Cuba trop envahissant, intrusif ; on doit reconnaître que cette « Défense intégrée » dont parle Raul Castro, est dans ce cas performante et pertinente, surtout dans un pays manquant de moyens économiques. La liberté promue par le libéralisme apporte des avantages pour certains, mais coûte très cher aux plus pauvres, en cas d’ouragan… ou de crise.

    Luigi Raone : Responsable des Amis de Cuba de Charleroi

    Le cyclone GUSTAV

    cyclone_gustav_cuba432Le 28 août, on annonce l’arrivée du cyclone GUSTAV sur la côté est de Cuba (côté Guantanamo et Santiago), après son passage dévastateur sur Saint Domingue et Haïti : c’est un cyclone très puissant. Des préparatifs sont immédiatement organisés : 40.000 personnes sont évacuées, des milliers de têtes de bétail sont mises à l’abri, le café est récolté en avance, etc. C’est presque une habitude à Cuba : déjà 12000 personnes avaient été évacuées le 15 août dans deux provinces pour la tempête FAY (vents de 100 km/h) et à Varadero, 24 000 touristes, dont 18 000 étrangers, avaient été avertis de rester en lieu sûr.

    Mais en fin de journée, le même 28 août, on annonce que le cyclone s’est déplacé et une pré-alerte est donnée aux provinces occidentales ! Du fait de ce déplacement sur l’océan, il prend encore davantage de force et atteint le niveau 4 (sur 5). Et le 29 août en soirée et le lendemain, il touchera surtout l’île de la Jeunesse (au Sud) et la province de Pinar del Rio (à l’ouest), mais aussi La Havane. Au total, près de 500.000 personnes ont été évacuées. Il y a 19 blessés, mais pas un seul décès ! C’est un énorme succès pour la « Protection civile » (Defensia civil) de Cuba. Le vent a soufflé sur l’Ouest jusqu’à 340 km/h (un record pour Cuba ; l’antenne s’est renversée et a arrêté ses mesures). Les gens ont vécu une nuit d’enfer : sous son petit abri traditionnel de feuilles de palmier, une habitante a regardé sa maison et celle de deux voisins s’écrouler.

    Les dégâts sont immenses. Le système électrique est totalement à reconstruire dans cette province et sur l’île de la Jeunesse. Les communications radio-TV sont aussi endommagées. À Los Palacios, par exemple, dans l’axe de passage du cyclone, sur les 13 000 logements recensés, 10 000 ont été endommagés, dont environ 6 000 entièrement détruits. Hôpitaux et écoles sont aussi touchés, même si le matériel (appareils médicaux, ordinateurs...) avait été mis à l’abri et des groupes électrogènes installés préventivement. À l’île de la Jeunesse, il a fallu réorganiser le port, dégager les halls dévastés et apporter une puissante grue par bateau pour accélérer le déchargement de l’aide. Dès ce moment, Fidel Castro compare cet événement à une « frappe nucléaire » dans une première réflexion.

    Le cyclone IKE

    ouragan-Ike-noaaOn est encore à l’heure des premiers secours, des bilans et de l’organisation de l’aide après le passage de l’ouragan Gustav, que déjà l’ouragan IKE est annoncé. Passons sur la tempête HANNAH qui, frappant surtout Haïti puis les Bahamas le 3 septembre, a eu aussi des
    impacts sur Cuba (où d’autres mesures de prévention avaient été prises face à un raz de marée le même jour….).

    On considère d’abord que l’ouragan IKE va suivre le chemin d’HANNAH, passer d’Haïti au nord et frapper les Bahamas et la Floride (côtes atlantiques), plutôt que d’entrer dans le Golfe de Louisiane. Mais sa trajectoire est incertaine et, du Sud des Bahamas, il tourne vers Cuba où il pénètre près d’Holguín le dimanche 7 septembre au soir. Il va traverser tout le pays d’est en ouest durant deux jours. Le cyclone est un peu affaibli (niveau 3) mais il comporte des pluies diluviennes.

    Les mesures de la Protection Civile sont tout à fait impressionnantes malgré le cours laps de temps disponible. C’est finalement plus de deux millions et demi de personnes qui ont été évacuées en un temps record (près d’un Cubain sur quatre !). La plupart sont évacués auprès de la famille ou les amis, mais un demi-million de personnes ont été placées dans des centres spéciaux. 180.000 étudiants ont été renvoyés dans leurs familles, 2800 touristes ont été mis à l’abri.

    Outre des évacuations, on a organisé la mise en place des groupes électrogènes et la distribution des combustibles domestiques aux familles, pour prévenir les coupures d’électricité qui se produiront pendant et après le passage du cyclone Ike, et on a préparé la gestion des barrages pour l’afflux prévisible d’eau. Soulignons aussi l’évacuation courante à Cuba des têtes de bétail, ou la recommandation par les autorités aux agriculteurs de les mettre à l’abri.

    IKE a donc soufflé sur Cuba durant quarante-huit heures. C’est la longueur de la trajectoire qui explique l’importance des dégâts (plus étendus qu’avec Gustav). Des vents de tempête tropicale ont balayé les provinces occidentales, et des vents d’ouragan ont soufflé dans la région de La Havane, les deux régions déjà touchées par Gustav. Quelques villes comme Los Palacios, déjà durement touchée par l'ouragan précédent, ont repayé un lourd tribut à Ike. Et il y a eu des précipitations intenses dans le massif de l’Escambray. La distribution électrique a été perturbée dans tout le pays, que ce soit par les dégâts ou par les mesures de protection préventives.

    Finalement sept personnes ont trouvé la mort durant le passage de Ike, qui avait à Cuba une force de niveau 3 des cyclones, tandis que GUSTAV était jugé au niveau 4 (sur 5 niveaux). Deux personnes sont mortes électrocutées en voulant démonter une antenne prise dans une ligne électrique (avant l’ouragan, semble-t-il), une autre écrasée sous un arbre et une autre sous un toit écroulé.

    La télévision cubaine a signalé d'importants dégâts dans la capitale et les provinces de l'est de l'île et a montré des images d'arbres arrachés, de maisons détruites, de lignes électriques au sol, de rivières en crue et de villes et villages inondés par des pluies diluviennes

    Ike a fait trembler les immeubles du vieux quartier de La Havane. Plusieurs bâtiments se sont effondrés dans la capitale, où vivent deux millions d'habitants et dont les rues sont jonchées de troncs, de branches d'arbres et de débris. Mais l'ouragan n'y a fait aucune victime. Le Malecon, la célèbre avenue de bord de mer de la capitale cubaine, avait été barricadé la veille par la police, pour se protéger des vieux bâtiments décrépis qui, face à l'océan, pourraient s'effondrer s'ils sont un peu plus abîmés par des vagues trop violentes. Toute navigation avait été interdite dans la baie de La Havane

    L’ouragan PALOMA

    ouragan-paloma-grand"Ouragan extrêmement dangereux" de catégorie 4 lors de son passage sur les Iles Caïmans, territoire britannique au sud de Cuba, Paloma a atteint Cuba le soir du samedi 7 novembre. Peu après, heureusement, les vents sont passés de plus de 230 km/h à 160 (soit la catégorie 2), selon l'Institut de météorologie de Cuba, et l’ouragan n’a parcouru qu’une courte trajectoire vers le nord, en une nuit, avant de s’orienter vers les Bahamas. Caractérisé par des pluies torrentielles, Paloma a provoqué des inondations importantes dans la zone côtière méridionale, arraché des poteaux, déraciné des arbres et couché une tour de communication, selon la télévision cubaine. L'œil du cyclone avait pénétré sur le territoire cubain près de Santa Cruz del Sur (province de Camaguey), une localité qui avait jadis été engloutie sous les eaux à la suite du passage d'un ouragan en 1932, provoquant la mort de 3.000 habitants.

    Cette fois, le nombre d’habitations détruites ou endommagées dans le village de Santa Cruz del Sur s’élève à 9 889, dont 1 353 ont été complètement démolies. Selon les témoignages et les constatations, la mer a pénétré jusqu’à 1 500m à l’intérieur des terres et son niveau a dépassé les 4 m de hauteur.

    Le déplacement de la population en lieu sûr a évité des pertes humaines. Plus de 500.000 personnes ont été évacuées de zones inondables ou d'habitations fragiles vers des refuges ou chez des proches. Au total, 1.200.000 personnes ont été déplacées en prévision de cet ouragan. Toute circulation de voitures et de piétons sans autorisation spéciale a été interdite dans les provinces de Camaguey, Las Tunas, Holguín, Granma,

    Santiago de Cuba et Guantanamo ainsi que sur la côte méridionale de Ciego de Avila. Quelque 3.000 touristes étrangers qui se trouvent dans les îlots de la côte nord de Ciego de Avila ont été mis à l'abri.


     

    La crise est l’occasion d’en finir avec la retraite par capitalisation
    Pierre Eyben Docteur en sciences appliquées, porte-parole du Parti communiste Wallonie-Bruxelles

    pensionsS’agissant de la dimension financière de la crise actuelle, les médias ont principalement mis en lumière ces dernières semaines la débâcle des petits actionnaires. Outre qu’il conviendrait de questionner ce concept de « petit » actionnaire – certains brassant plusieurs millions d’euros –, ces derniers ne représentent qu’une infime partie de celles et ceux qui sont touchés, et notamment toutes les personnes qui ont été embrigadées, de gré ou de force, dans le système des pensions par capitalisation.

    Alors que les marchés s’effondrent littéralement, le moment est propice pour regarder en face cette solution ultralibérale qui bat en brèche la notion même de solidarité, et a fortiori de solidarité intergénérationnelle.

    Depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on constate un allongement de la durée de vie partout en Europe. Pendant de nombreuses années, on a augmenté en conséquence la part du PIB allouée aux retraites par répartition sans que cela pose de problème. En France, par exemple, les retraites sont passées de 5,4 % à 12,6 % du PIB en 40 ans. Il faut dire que ces sept points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités et d’abaisser l’âge de la retraite de cinq années.

    Et aujourd’hui ? Les démographes nous annoncent un gain de 5,5 années d’espérance de vie d’ici 60 ans, chiffre qui au regard de certaines études récentes pourrait encore décroître en raison de l’impact croissant des grandes pollutions (sols, air, eau…) sur notre santé (1). Bref, rien de spectaculaire contrairement à l’idée véhiculée avec force. En Belgique, le coût budgétaire du vieillissement est estimé à 6.3 % d’ici 2050, soit bien moins que de l’augmentation conjecturée de la productivité sur la même période.

    Le grand changement n’est donc pas démographique, il est idéologique. Depuis une vingtaine d’années, la fièvre ultralibérale s’est répandue, contaminant jusqu’aux élus sociaux-démocrates. Dans le cadre d’un corsetage budgétaire touchant diverses fonctions sociales de l’État, on a progressivement cessé de dégager les moyens suffisants pour assurer des pensions décentes. En Belgique, on a bien mis en place en 2001 un fonds de vieillissement. Cependant, alimenté avec les excédents budgétaires et non de manière structurelle, il a tout de l’emplâtre sur une jambe de bois.

    Force est de constater, de la part des politiques de droite comme (malheureusement) de gauche, l’absence d’une volonté politique suffisante afin d’aller chercher ailleurs, et notamment dans les revenus du capital qui ont explosé ces dernières années, les moyens nécessaires à un refinancement substantiel des retraites par répartition. En conséquence, la population a été invitée – notamment via des incitants fiscaux – à fabriquer sa pension elle-même et à mettre son argent en Bourse par le biais des deuxième et troisième piliers.

    Le problème c’est que cette retraite par capitalisation (ou « fonds de pension », selon le terme anglo-saxon qui, fait symptomatique, a fini par s’imposer) repose sur un mythe, selon lequel la Bourse pourrait augmenter plus vite que l’économie réelle et ce de manière durable. Cependant, il n’y a pas de solution miracle en dehors de l’économie réelle permettant d’éviter le prélèvement dans les richesses produites pour financer les pensions. L’unique solution est bien d’affecter une part croissante de la production annuelle aux retraités, à mesure que la population vieillit. C’est possible. Il s’agit d’un choix de société.

    Outre que leur concept repose sur un mythe, les systèmes de retraite par capitalisation sont en fait très coûteux. Il faut (grassement) rémunérer les courtiers et autres intermédiaires qui s’occupent sur les marchés financiers d’acheter et de vendre les titres. Ces coûts ont été estimés à 20 % du montant de la retraite alors que dans un système par répartition, géré via l’administration publique, les coûts de gestion sont minimes, de l’ordre de 2 % (2). Voilà donc un système public et centralisé dix 10 fois plus efficace qu’un système privé !

    Mais la plus odieuse des conséquences du système par capitalisation est qu’elle nous transforme de facto en adversaire des travailleurs et du progrès social. Lorsque, faute d’alternative, nous plaçons notre argent en Bourse pour améliorer notre retraite, nous nous retrouvons du côté des fonds de pension qui mettent une pression terrible sur les entreprises pour qu’elles leur versent toujours plus de dividendes, notamment en licenciant et en n’augmentant pas les salaires. Lutter contre les retraites par capitalisation, c’est donc se battre également pour la solidarité entre les travailleurs, une condition de base du progrès social.

    Reste à acter que la retraite par répartition est une condition nécessaire mais
    pas suffisante pour plus d’équité sociale. En effet, les inégalités chez les retraités sont aujourd’hui du même ordre que chez les actifs. Une véritable justice sociale passe dès lors par un rééquilibrage des salaires, ce qui pourrait se faire notamment via l’instauration d’un revenu maximum autorisé afin de stopper l’explosion des écarts salariaux, couplé à l’imposition d’un ratio minimum entre salaire et pension.

    La crise actuelle est un moment propice afin de repenser en profondeur la logique initiée en matière de retraites. A l’heure où beaucoup parlent de contrer la prédominance de la finance sur l’économie réelle, en revenir à un système de retraite exclusivement basé sur la répartition serait un acte concret permettant de faire reculer sérieusement la logique ultralibérale.

    (1) Rapport de l’International Institute for Applied Systems Analysis de 2005.
    (2) Gilles Raveaud Vous vous souvenez de la retraite par capitalisation ? , disponible en ligne sur :
    http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/


     

    Poste publique : L’heure est à la résistance « prior »

    sauvonslaposte5-2Contrairement à certaines idées fortement ancrées dans la population à l’heure de l’entrée d’Internet dans les foyers et de l’explosion du courriel, le secteur postal n’est pas en régression et demeure un des géants économiques de l’Union Européenne. C’est d’abord un géant en termes d’emplois avec pas moins de 5,2 millions de travailleurs. C’est également un géant en termes de chiffre d’affaires puisqu’il pèse 88 milliards d’euros, soit 1% du PIB total des pays de l’UE. Or, ce mastodonte est encore pour une part non négligeable géré hors marché par des opérateurs publics ou semi-publics. Il aiguise dès lors l’appétit d’opérateurs privés à la recherche de nouveaux marchés dont certains se sont spécialisés dans la restructuration, la mise en bourse et la revente d’opérateurs publics.

    Conforme en cela aux orientations ultralibérales contenues dans les derniers Traités Européens (et particulièrement dans le Traité de Lisbonne), le Parlement Européen a approuvé en deuxième lecture début 2008 la « libéralisation définitive » (sic) des services postaux en 2011 [2]. Avec l’assentiment des gouvernements nationaux, ce secteur est donc appelé à quitter la sphère publique si la logique actuelle n’est pas stoppée. Si l’on constate que l’immense majorité du groupe socialiste européen (à l’exception des socialistes belges et français) a voté en faveur de cette libéralisation, on doit constater que le rapport de forces politiques est très défavorable. A contrario, l’opinion publique au contact de la réalité des services privatisés semble témoigner d’un attachement croissant aux services publics. En France, un sondage récent vient notamment de montrer que 61% des Français étaient opposés à la privatisation de leur Poste [3].

    Nouvelle offensive en faveur la privatisation de la Poste en France

    En 1987, le ministre Gérard Longuet avait présenté un projet de privatisation de La Poste. Plusieurs syndicats, étaient alors montés aux barricades et quelques mois plus tard le ministre renonçait à son projet, affirmant « Je me suis planté ». Fin juillet, lors de la présentation du contrat de service public 2008-2012, la ministre des Finances Christine Lagarde revenait à la charge, évoquant ses interrogations quant au passage au statut de SA et à une « ouverture partielle du capital » et ceci « pour faire face à la libéralisation totale du courrier en 2011 ». La machine était relancée et le 28 août, le président de la Poste, Jean-Paul Bailly, annonçait que l’établissement public français pourrait devenir une SA dès janvier 2010 et que l’ouverture de son capital interviendrait en janvier 2011.

    Conscient que cette privatisation n’est pas populaire, encore moins à l’heure où chaque jour apporte son lot de révélations sur les crises financières nées de l’absence de régulation publique et où même le gouvernement Bush procède à des nationalisations massives, patron de la poste et gouvernement Fillon se sont empressés de dire que l’Etat conserverait une majorité dans le capital de la Poste. On doit cependant se rappeler que c’est exactement ce qui avait été dit lors de la privatisation de France Télécom. Or, l’Etat français ne possède plus aujourd‘hui que 27% de cette entreprise. Une autre affirmation qui est mise en avant est le fait que cette privatisation partielle permettrait de faire baisser les tarifs. Outre qu’il conviendrait de se demander à quel prix (précarisation de l’emploi et recours à de la sous-traitance, réductions drastique de personnel, baisse de la qualité du service rendu,…), force est de constater que certains exemples de privatisation conduisent au contraire à une hausse importante des prix. Les Français, mais également les vacanciers belges, connaissent notamment le cas des péages dont le prix a augmenté substantiellement depuis la privatisation des autoroutes.

    La résistance s’organise. Le PS, pourtant adepte des privatisations lorsqu’il était au pouvoir, s’est déclaré opposé à celle-ci. Une pétition « Touche pas à ma poste » initiée par la CGT a recueilli plus de 150.000 signatures. Par ailleurs, cinq syndicats de la Poste ont organisé une journée d’action nationale le 23 septembre qui a connu un grand succès. En tête de leurs préoccupations, on retrouvait également les menaces qui pèsent sur l’emploi des 280.000 postiers français.

    La logique ultralibérale en vigueur aujourd’hui tente d’impulser l’idée selon laquelle il faudrait être privé pour être efficace. Cependant, la Poste publique française ne se porte pas mal. Elle a versé 2 € milliards à l’état fin 2006 pour financer le coût des retraites de ses salariés et un dividende de 181 € millions sur des bénéfices de 943 € millions en 2007. Elle a prouvé également son dynamisme avec la création de pas moins de 102 filiales et l’explosion de sa croissance externe via l’achat d’entreprises dans le monde entier. Et puis elle investit pour ses usagers. Rien qu’en 2007, elle a déboursé 3,4 € milliards pour son réseau d’acheminement et de distribution ainsi que pour 834 bureaux de poste.
     
    Et en Belgique …

    Le combat qui se mène actuellement en France est celui qui aurait du être mené conjointement par les syndicats, les politiques de gauche et les usagers de la Poste belge lorsque la décision de privatisation partielle fut prise. C’est en effet en 2005 que le gouvernement violet décida de vendre la moitié de la Poste belge à un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier dont dépendent plus de 300.000 employés et dont l’activité principale consiste à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois (-30%), un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10%) et un timbre 20% plus cher que chez nous.

    Dans le cadre de cette revente et du choix étonnant de CVC (deux autres candidats à l’achat s’étaient manifestés), il faut constater un conflit d’intérêt très clair de la part de Johnny Thijs, administrateur délégué de La Poste depuis début 2002. Celui dont les émoluments plantureux furent épinglés à plusieurs reprises, fut en effet jusqu’en 2004 un membre de l’« Advisory Board » de CVC, place à laquelle on retrouve aujourd’hui un certain Didier Bellens, le patron de Belgacom.

    Depuis l’entrée dans le capital de la poste de CVC, la mue est brutale. Pour les utilisateurs, le sommet visible de l’iceberg est la fermeture massive de bureaux de postes. En 2007, la Poste a fermé 277 bureaux. Pour 2008, ce sera 200 bureaux supplémentaires alors même qu’une enquête d’Eurostat pointe le manque de bureaux en Belgique. A terme, c’est la moitié des bureaux de poste du pays, environ 650 qui seront fermés si rien ne change. A la place des bureaux de poste fermés, la Poste propose des « points-poste » dans des magasins, gares et administrations communales. Ils sont gérés par du personnel non-postier, souvent sous statut d’indépendant, et une série de services postaux essentiels comme les opérations bancaires n’y seront plus assurés.
    Une autre évolution est tout aussi brutale : les pertes d’emplois. En 2007, ce sont pas moins de 1450 équivalents temps-plein qui ont été perdus. Par ailleurs, la qualité de l’emploi se détériore. Des distributeurs précaires sont embauchés avec des contrats de "réactivation" d’une durée de 6 mois renouvelables 3 fois maximum. La Poste a également recours de plus en plus au travail intérimaire. Parallèlement, les plans visant à un durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail se succèdent (Géoroute 2 et 3).

    A l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, alors que la Poste publique française réfléchit à l’utilisation dès 2013 de dirigeables de nouvelle génération extrêmement peu polluants (6 fois moins de CO2 que l’avion le moins émetteur) pour relier le continent à la Corse, la Poste belge privatisée vient d’opter pour le tout à la route en fermant ses centres de tri situés le long des voies de chemin de fer pour les remplacer par des centres en bordure d’autoroutes. Tout comme pour les investissements en faveur des usagers, le contraste est saisissant.

    Mais tout le monde n’est pas perdant. La Poste belge a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à 2006. Dans le même temps, l’Etat continue de lui verser une dotation de 290 millions d’euros par an pour le service universel.

    Pour en sortir

    Afin de se dégager de la logique actuelle dans laquelle la course aux parts de marché les plus rentables impose de différencier le traitement des usagers, devenus clients, en privilégiant les gros opérateurs au détriment des particuliers, il convient de désamorcer certains hoax [4].

    Le premier hoax qu’il convient de dénoncer est l’idée selon laquelle l’UE imposerait aux Etats libéralisations et privatisations, d’abord parce que ces deux notions si elles sont parfois liées ne peuvent être confondues, ensuite parce que la politique européenne est largement le fait du puissant Conseil des Ministres lequel est l’émanation directe de nos gouvernements nationaux.
    Le second hoax se prénomme Tina (acronyme pour There is no alternative), un prénom de femme qu’utilisent avec zèle certaines classes dirigeantes (essentiellement issues de la gent masculine soit dit en passant) afin d’entretenir le fatalisme des populations et de permettre la poursuite du démantèlement systématique des opérateurs économiques publics. Il est bon de rappeler que ce que nos gouvernements nationaux ont fait, en l’occurrence la libéralisation du secteur postal, ils peuvent le défaire s’ils en font une priorité politique. L’actualité bancaire en est l’éclatante illustration. Actant l’utilité d’une force publique régulatrice, ils pourraient ainsi opter pour un service public européen en impulsant une coopération de tous les opérateurs publics européens du secteur postal.

    S’ils n’ont pas le courage de ce changement de cap, nos gouvernants peuvent pour le moins encadrer la libéralisation pour qu’elle ne soit pas synonyme de privatisation. Les opérateurs publics disposent à ce jour d’une implantation de terrain importante et si la libéralisation constitue un handicap, elle ne doit pas être un facteur rédhibitoire pour les opérateurs publics. De ce point de vue, un levier utile afin de réguler la libéralisation, de protéger les opérateurs publics et de maintenir une certaine qualité du service à la population chez les opérateurs semi-publics, est l’imposition d’exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers. L’Allemagne a adopté cette mesure avec un certain succès. Les Etats pourraient également conditionner de manière plus stricte l’obtention des subsides du service universel, notamment suivant des critères environnementaux et sociaux.

    Pour empêcher le démantèlement total du secteur postal au niveau européen, il est tard mais pas « trop » tard. Cependant, il convient de faire de ce combat en faveur d’un des derniers grands acteurs du service public une véritable « prior »ité.

    Pierre Eyben

    Notes
    [1] Des analyses pas toujours à mon goût (surtout pour ce qui est d’une Di Rupophilie un peu anachronique amha) ... mais ceci est un autre débat. Au niveau médiatique, c’est juste qu’il y a plus de "0% d’accord avec moi" que de "100% d’accord avec moi" qui s’expriment d’habitude. Il faudrait un peu équilibrer la donne :)
    [2] L’UE se montre en l’occurrence plus libérale que les Etats-Unis. En effet, si le marché des colis est lui-aussi libéralisé aux EU, l’opérateur historique US Postal y a gardé l’exclusivité de la distribution du courrier.
    [3] Source : sondage CSA-Humanité
    [4] En informatique, un hoax est un canular transmis sous la forme de courriel et relayés manuellement par des personnes de bonne foi à qui on demande de renvoyer le message. Par extension, il s’agit de contre-vérités qui sont transmises massivement via les médias pour finir par s’imposer dans la conscience populaire comme des faits irréfutables.

  • Nouvelles n° 128-2

    Libres propos

    Coup de gueule d'un ingénieur responsable EDF concernant le 20 h sur TF1

    eoliennesUn illuminé nous a donné une série de leçons sur les économies d'énergie. Nous prenant pour des débiles mentaux profonds ou des séniles précoces, il nous a expliqué qu'en coupant toutes les veilleuses de nos appareils électriques, nous pouvions  économiser 15% de notre consommation. Faux, nous économiserions alors 2 à 3%  

    Le même nous a expliqué qu'en remplaçant nos lampes traditionnelles par des lampes à économie d'énergie, nous pouvions économiser 30 à 35% d'énergie. Faux c'est 4 à 5 % que l'on peut économiser

    Il est évident que si la maison est équipée comme celle de l'arrière-grand-père, c'est à dire juste des lampes et pas de frigo, micro onde, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge et j'en passe, car par rapport à la consommation de tous ces équipements celle des lampes est 'peanuts'.

    Pour couronner le tout, une brillante journaliste de TF1 (quelle chaîne instructive) a pris le relais et fait le total des économies pouvant être réalisées selon ces critères éclairés : 15 % sur les veilleuses + 35% sur les lampes = 50% d'économie d'énergie ! Elle n'est pas allé jusqu'à le dire, mais nous qui sommes particulièrement débiles, avons deviné que demain, si nous suivions scrupuleusement ces instructions, on pouvait arrêter la moitié des centrales électriques !... Nous avons failli mourir idiots, mais pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué tout ça avant !

    Pour continuer dans la débilité profonde, la TF1 girls nous a ensuite précisé que pour les 50% restants, on pouvait les alimenter avec des panneaux solaires qui produisent de l'électricité 'verte', en illustrant son propos d'une photo d'une belle maison avec un petit panneau solaire derrière.  Là, j'ai failli chercher une arme, car on n'avait encore jamais vu un niveau de désinformation pareil, une absurdité aussi monumentale. En effet, pour produire ces 50 % restants, si on se base sur une consommation moyenne de 6 Kw (un abonnement classique sans chauffage électrique), il faudrait que chaque maison possède 140
    mètres de panneaux solaires pour un coût de 89 628 *

    Calculez le retour sur investissement. Dans le chapitre 'c'est bon pour la planète', il convient d'ajouter que les panneaux solaires, on ne sait qu'en faire quand ils arrivent en fin de vie, car ils contiennent plein de silicium et autres métaux lourds très polluants.

    Ne croyez surtout pas que je sois contre les économies d'énergies, Je suis à 100% pour, quand elles sont réalistes, mais de grâce pas d'intoxication de ce type en pleine heure d'écoute, ça frise l'indécence ou la malveillance.

    Pour continuer dans l'intox, connaissez-vous Bâville sur mer en Seine-Maritime ? C'est un petit village du littoral près de Dieppe, où 6 éoliennes sont récemment sorties de terre. (3 sont en cours d'installation à St Pierre le Viger, petit village célèbre par ses habitants) Six engins de dernière génération qui occupent 4 km de notre littoral normand et dont les pales culminent à 85 m de hauteur. Chaque éolienne à une puissance maxi de 2 mégawatts... quand le vent souffle fort. Ce n'est pas grand-chose comparé au 2600 mégawatt qui sortent en permanence de la centrale nucléaire voisine, mais c'est toujours ça, surtout quand il fait très froid.

    Dommage quand même que cette énergie renouvelable soit si chère et non maîtrisable (4 fois plus chère que celle de l'atome), mais ce n’est pas grave, EDF a obligation de la racheter (et cher). Mais revenons à nos 6 éoliennes ; depuis quelques jours il n'y a qu'une seule éolienne qui tourne, les 5 autres seraient-elles privées de vent ? Que nenni, du vent il n'y en a pas depuis plusieurs jours, ce qui est généralement le cas quand il fait très froid, ou très chaud. C'est la nature, l'homme ne lui dicte pas encore sa loi.

    Mais alors, s'il n'y a pas de vent comment expliquer qu'une et une seule des éoliennes tourne ? La réponse est très simple : on veut nous faire croire à fond aux énergies renouvelables, alors on n'hésite pas à tricher pour en cacher le mauvais côté. Ben oui, ça ferait pas bien pour les habitants de la région qui n'ont pas encore accepté ça dans leur paysage, que de voir toutes les éoliennes à l'arrêt alors qu' il fait - 4 degrés  Alors, tout simplement, on en fait tourner une ...en moteur (oui c'est possible, en lui donnant du courant!). Ça consomme un peu d'électricité, mais ça fait croire que ça produit de l'énergie.

    Il est temps d'arrêter de nous rabâcher tous les soirs à la météo 'c'est bon pour la planète', parce que là, on sait plus trop où est le bien et le mal, et on va finir par penser que ceux qui donnent des conseils sont, en plus d'être malhonnêtes ou incompétents, les plus dangereux.

    L'électricité 'dite propre' sans fumées, sans CO2, sans atomes, disponible quand on en a besoin, à un prix qui ne détruise pas nos emplois et ne perturbe pas notre confort, ça n'existe pas, mises à part les centrales hydro. Dans 20, 30 ou 50 ans peut être.... Dans mon entourage, je ne connais personne qui lave du linge propre ou qui met en route son lave-vaisselle vide... Alors il est grand temps que les médias et leurs gilets à rayures serviles qui nous desservent, arrêtent de nous prendre pour des demeurés, avec des reportages orientés, tronqués et des leçons de civisme qui ne tiennent pas la route.

    Ah oui, j'allais l'oublier : j'ai même entendu  'l'innocente Evelyne Délias', nous dire, après sa page météo, 'qu'il ne faut pas mettre trop de chauffage dans la voiture car ça consomme du carburant et 'ce n’est pas bon pour la planète'. Evelyne, si tu avais pris des cours de mécanique, tu saurais que le chauffage de la voiture récupère la chaleur de l'eau du circuit de refroidissement du moteur et cette eau chaude, il faut absolument la refroidir en la faisant passer soit dans le radiateur principal (celui qui se trouve derrière la calandre), soit dans le radiateur du chauffage de l'habitacle, sinon c'est la mort du moteur ! 

    Si cette eau n'est pas assez refroidie, c'est même le ventilateur du circuit de refroidissement qui doit s'en charger en consommant de l'électricité pour tourner! Et ça ...’ce n’est pas bon pour la planète' par contre!

    On pourrait aussi évoquer les biocarburants, présentés comme carburants verts alors que s'engager dans cette voie, est un désastre écologique et humain à brève échéance : flairant l'aubaine, de grands groupes agro-alimentaires, défrichent en ce moment des forêts entières et remplacent des cultures destinées à l'alimentation humaine par ces plantations destinées à la production de carburant 'vert' (50% de la production de maïs des USA auront été détournés cette année pour cette production, d'où la famine au Mexique, premier acheteur de ce maïs). 

    Vous doutiez-vous de cet effet pervers du biocarburant?
    Mais c'est un autre débat et j'ai des palpitations déjà rien que d'y penser...


     


    Lourds nuages sur la gauche gestionnaire : le trou noir de la social-démocratie

    sociale démocratieLe séisme qui ébranle le capitalisme financier devrait lui permettre de donner de la voix. Or, la social-démocratie européenne apparaît inaudible, hors jeu, prise au piège de sa conversion progressive aux dogmes du marché. Ses renoncements idéologiques sont vécus par une bonne partie de sa base naturelle comme un reniement. La voilà incapable de proposer un modèle alternatif. Et c’est une droite décomplexée qui est à l’offensive. Danger !
    MAURICE MAGIS

    A la fin octobre, de retour d’une rencontre avec le président Bush, Nicolas Sarkozy se disait aux anges. Avec sa modestie proverbiale, il annonçait à son entourage avoir « réussi le coup du siècle ». Pas moins. De quoi parlait-il ? Ayant provoqué, selon lui, le sommet des pays industrialisés et des grandes économies émergentes du 15 novembre, il espérait éclipser médiatiquement le congrès du Parti socialiste qui se tenait le même jour à Reims.

    Pari peu réussi. Mais la morgue de Sarko témoigne surtout de la croisade incessante qu’il mène contre un PS en déshérence. « Il veut par tous les moyens en freiner la reconstruction, au nom d’un principe simple : tant qu’il n’existe pas d’opposition structurée capable de l’arrêter, la voie est libre », écrivait Le Monde. Devant l’évanescence du projet social-démocrate français, Sarko a même pu revêtir les atours du parfait réformiste, évoquant « la fin du capital financier » et proclamant le retour de l’Etat dans la sphère économique. Cela n’engage pas à grand-chose et le président français, il est vrai, a déjà abondamment additionné les preuves de son opportunisme.

    Il n’empêche que l’exemple français est emblématique de la profondeur du trou noir dans lequel s’est plongée avec délectation la social-démocratie française, et plus largement européenne.

    La fin d’un cycle

    Paradoxalement, dans le même temps, un vent nouveau se mettait à souffler outre-Atlantique. Où, quelles que soient les conclusions qu’on en tire, la victoire de Barack Obama signe avant tout la fin d’un cycle qui a vu triompher le pire des conservatismes, dit « néo » en raison même de ses outrances. Logique de guerre, atteintes aux libertés, soutien sans scrupules aux spéculateurs ont fini par lasser une majorité d’Américains en quête de justice et de protection sociale dans un pays plongé dans une crise profonde.

    On verra comment la nouvelle administration conjuguera son libéralisme traditionnel et les attentes populaires. Mais l’on se dit que le changement promis au cœur de la première puissance capitaliste comme l’ampleur de la crise financière, économique et sociale qui condamne l’ultralibéralisme jusqu’ici triomphant devraient offrir des pelletées d’arguments à la gauche socialisante. La pousser à des clarifications fortes, à d’audacieuses mises à jour, à une réhabilitation de la puissance publique comme garante des intérêts collectifs. Or, que dit, envers et contre tout, tel leader socialiste, certes représentant convaincu de l’aile droite du PS français ? Qu’il veut « aider à concilier la gauche avec la pensée libérale ». Comme si cela n’était pas déjà fait aux quatre coins de l’Europe, et depuis belle lurette.

    Aux Etats-Unis, l’ex-directeur de la Réserve fédérale américaine, Alan Greespan, pris d’un soudain accès de lucidité, annonçait voici plus d’un an «une montée du ressentiment, aux Etats-Unis, comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché. » De ce côté-ci du Grand bleu, la gauche gestionnaire et bien pensante semble vouloir ignorer à quel point les citoyens restent attachés à un modèle social pourtant déjà bien détricoté par nos « élites » politiques, toutes couleurs confondues : des services publics forts, une sécurité sociale efficace, des emplois stables sanctionnés par un salaire permettant de vivre décemment, un enseignement accessible à tous, un Etat qui protège des abus du marché…

    Au secours des banquiers

    En n’en tirant pas, ou si peu, les leçons qui s’imposent, si ce n’est trop souvent de façon rhétorique, la gauche social-démocrate se coupe tout naturellement de ses interlocuteurs naturels et jette nombre de ses électeurs déconfits dans les bras d’une droite populiste sans complexe. Elle organise opiniâtrement son déclin en fragilisant, ou en laissant défaire, les éléments matériels et symboliques qui ont construit sa relation historique avec les couches populaires – et ses succès électoraux passés.

    Risquons un autre parallèle avec les Etats-Unis. Le plan Bush-Paulson préparant l’injection de 700 milliards de dollars dans le secteur financier – d’ailleurs soutenu par Obama – a été largement condamné par une opinion publique en proie à de lourdes difficultés sociales. Quand les banquiers appellent à l’aide, au diable les grands principes, vive l’intervention publique ! Mais ce sont les contribuables qui sont invités à sauver la mise à ces aventuriers de la finance.

    En Europe aussi, les euros ont coulé par milliards pour voler au secours d’institutions financières défaillantes parce que coulées par leurs errances spéculatives. Et ici aussi, on a vu s’effondrer en quelques semaines les dogmes qui étaient au fondement même de l’ordre libéral. L’intervention financière massive des Etats – si sévèrement contrôlée hier encore par la Commission européenne - est allée tout naturellement de pair avec la mise au rencard  -certes pour un temps - des contraintes du pacte de stabilité européen et des critères de Maastricht, ces lois d’airain qui doivent contenir les déficits publics et cadenasser les dépenses sociales et les revenus du travail.

    Morale de l’histoire : ce qui vaut quand il s’agit d’imposer aux peuples les conséquences de la « concurrence libre et non faussées » s’évanouit quand il s’avère urgent de sauver les banques. Et celles-ci, les unes après les autres passent à la caisse. Avec quelles exigences en retour, en termes d’investissement dans le secteur productif, de développement durable, de soutien à l’emploi et aux revenus, de rupture avec les paradis fiscaux ? Nada.

    Tardive indignation

    En Belgique, comme ailleurs, le PS – qui n’a eu de cesse de mener une politique d’une grande orthodoxie au regard de la pensée économique dominante, au point d’avoir conduit à grand feu le train des privatisations - ne s’est guère ému de l’absence de conditions significatives imposées aux seigneurs de la banque arrosés de fonds publics. Des garanties en termes d’emplois ? Vous n’y pensez pas. Alors revitaliser l’idée d’un pôle financier public pour engager des politiques permettant d’aller à contre-crise… Délirant sans doute. Au contraire, nos principales banques sont passées définitivement sous pavillon étranger. Alors qui peut accorder une grande crédibilité à M. Di Rupo et à ses amis quand ils partent désormais en guerre contre l’argent-fou ? Ou à ses collègues européens, évidemment scandalisés par la tournure des événements ? Ou à M. Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, qui soudain, face à « une crise d’une ampleur totalement inconnue, dont la durée est imprévisible », trouve des vertus à « la coordination des politiques publiques » et prône « une régulation internationale de la finance avec des règles contraignantes, et un système de surveillance et de sanctions (1). » Après des décennies de « laisser faire, laisser aller ». Hélas, M. Lamy est socialiste. Comme M. Strauss-Kahn, à la tête du Fonds monétaire international, lui aussi désormais fort ému des conséquences, pourtant si prévisibles, de la financiarisation sans balises de l’économie.

    « Dans (ces) conversions-express, rien ne change. Toujours aucun adversaire dans leurs diatribes. On se borne à critiquer ‘un système’. Le mot est devenu à la mode. Tout comme ‘capitalisme financier’. Ces vocables, généraux, présentent l’avantage de ne brusquer ni des individus, ni une classe. Comme si personne ne s’était goinfré durant deux décennies (2). » Dans la gauche « officielle » comme à droite, on cherche en vain l’un ou l’autre leader prêt à reconnaître que c’est le système actuel qui est en cause et que se contenter de le replâtrer – de le refinancer – pour le « refonder », moyennant quelques mesurettes pour qu’au moins, la morale soit sauve, nous garantit pour demain d’autres funestes aventures.

    Sarko  socialiste ?

    Il ne s’agit pas ici de se complaire dans la critique facile, encore moins de se résigner à cette situation. Il existe des militants et des dirigeants de grande valeur au sein de la social-démocratie, assurément fort peu heureux de la situation actuelle. Eux aussi doivent bien constater que, au-delà des jeux de rôle auxquels on assiste aujourd’hui, c’est la droite la plus dure qui prend la main dès lors que leur famille politique s’est largement convertie au « social-libéralisme ».  Au point de se permettre d’ironiser lourdement, comme Sarkozy quand il se demande, devant le Parlement européen : « suis-je devenu socialiste » ? Quand son Premier ministre, François Fillon, répète, gonflé d’autosatisfaction que la droite « a gagné la bataille idéologique ». En vantant ces « vertus qui avaient été négligées : la réussite, le respect ou la responsabilité. »

    Des néologismes, ainsi, fleurissent. Comme le « sarkoberlusconisme ». Une synthèse lourde de sens, « un américanisme latinisé, plastique, capable de s’adapter à des réalités nationales différentes » explique le politologue Pierre Musso, un « nouveau modèle politique néolibéral euro-méditerranéen, de type bonapartiste (qui) combine l’autorité de l’Etat, la révérence à la catholicité et la référence à l’entreprise (3). »

    Ce n’est là qu’un des visages que présente une droite sans complexe qui se sent le vent en poupe, au moment même où le contexte de crise économique et le demande croissante de redistribution devraient être objectivement favorables aux gauches. Mais, jusqu’ici, la droite en profite encore. Notamment, comme l’analyse l’historien Marc Lazar, parce qu’elle présente « un ensemble de valeurs contradictoires mais présentées de manière cohérente : individualisme et compassion sociale, libéralisme et protectionnisme, modernité et tradition, sécurité et lutte contre l’immigration (4) »

    Surtout les sociaux-démocrates, en s’adaptant sans trop dé résistance aux « contraintes » de la globalisation et en abandonnant toute velléité d’inverser le rapport de force entre capital et travail, en participant – parfois de manière spectaculaire comme en Allemagne – à l’aggravation des inégalités sociales et en s’accrochant à un processus européen délétère dans sa forme actuelle, entretient dangereusement la confusion actuelle.

    Durant les années 1990, les socialistes étaient au pouvoir dans onze pays européens sur quinze. Jacques Delors, qui passe difficilement pour un agité gauchiste, partisan convaincu alors des politiques de rigueur, avait toutefois prévenu ses amis : si vous n’y prenez garde, le retour de bâton sera cruel.

    Aujourd’hui, sur les 27 pays de l’Union européenne, seuls sept restent sociaux-démocrates.  Les formations issues de la social-démocratie ont perdu treize des quinze derniers scrutins. Quand elles sont encore au pouvoir, leur politique est fortement impopulaire. Dans l'opposition, ces partis, pourtant confrontés à de nouvelles droites dures, sont inaudibles, jugés peu crédibles par le public.

    Rien n’indique une inversion de cette tendance lourde par le seul jeu de l’alternance. En pleine crise existentielle, les héritiers de Jaurès et de Kautsky sauront-ils rompre avec les sirènes d’une « modernité » qui les coupent des classes populaires ? Au pouvoir, cette gauche «moderne » a contribué à l'avènement du capitalisme financier en déréglementant les marchés, en privatisant le système bancaire et les entreprises stratégique. Elle a intégré ainsi le prêt-à-penser néolibéral, la « pensée unique », sans trop l’admettre. Comme Tony Blair, elle a volontiers professé qu’ »Il n'y a pas de politiques économiques de gauche ou de droite, il n'y a que des politiques qui marchent et d'autres qui ne marchent pas." » Une manière d’asséner que le capitalisme est un horizon indépassable et qu’il ne peut connaître d’alternative. Il y a là une redoutable abdication idéologique alors que monte partout le besoins – voire l’exigence – de changements radicaux.

    Or… En 2002, le Conseil européen de Barcelone à majorité social-démocrate décidait de libéraliser le marché de l'énergie et l'ensemble des services publics, de repousser l'âge de la retraite de cinq ans et apportait son soutien aux fonds de pension.

    En 2005, la stratégie de Lisbonne mise à jour proposait d'institutionnaliser la rigueur budgétaire, d'accentuer la flexibilisation du marché du travail, de prolonger la modération salariale. En couvrant ces politiques, la gauche social-démocrate a aidé la droite dans sa volonté d’accélérer le détricotage des instruments de contrôle public et la répartition des richesses. Elle a aussi fourni sa part d’hélium aux bulles financières qui débouchent sur la crise actuelle.

    Saura-t-elle sortir de ce dilemme : continuer, à contre-courant des aspirations grandissantes de sa base militante et électorale, ou rompre avec le social-libéralisme ? La question ne semble malheureusement guère à l’ordre du jour, même si, ici et là, des voix s’élèvent pour réclamer une nouvelle social-démocratie, peu ou prou dégagée des impasses social-libérales. Le fait est que, d’une manière ou d’une autre, le choix ne pourra être indéfiniment différé quand les désastres provoqués par le fonctionnement « libre et non faussé » du système capitaliste apparaissent de plus en plus comme la rançon à payer pour prix de la « victoire libérale », entraînant un dégoût populaire croissant de ce système, et sans doute du capitalisme lui-même. La contestation du fondamentalisme libéral («une doctrine politique au service d’intérêts privés », comme le rappelait cet été l’Américain J.E. Stiglitz, prix obel d’économie), apparaît du même coup toujours plus légitime.

    1. « Pascal Lamy : il faut une régulation contraignante ». Le Monde, le 8 novembre 2008.
    2.  « A contresens sur l’autoroute des idées ». Le Monde diplomatique, novembre 2008.
    3. « Le ‘sarkoberlusconisme’, avatar latin d’une droite européenne conquérante ». Le Monde, le 3 juin 2008.
    4.  « La gauche est en crise partout en Europe ». Le Monde, le 24 septembre 2008.


     

    Et l’ « autre gauche » ?

    Front_de_GaucheLes 28 et 29 novembre, le Parti de la gauche européenne (PGE) rassemblait ses instances à Berlin (1) pour mettre la dernière main à sa plateforme pour les élections au Parlement européen de 2009 qui servira de document commun aux 19 partis membres. Il y fut bien sûr, également question, des expériences menées par la gauche alternative dans les différents pays de l’Union, et notamment des recompositions politiques en court.

    L’une d’entre elles attire particulièrement l’attention. Troisième force politique allemande dans les intentions de vote, un an et demi à peine après sa création, Die Linke (La Gauche) s’installe, élection après élection, dans les parlements des länder, y compris à l’Ouest, traduisant ainsi les attentes d’un salariat matraqué depuis des années par des politiques antisociales et le besoin d’une nouvelle force de transformation sociale. On sait que ce jeune parti regroupe d’anciens communistes, des socialistes choqués par la politique franchement libérale du SPD, des verts, des syndicalistes et des altermondialistes.

    Déjà, ses succès ont commencé à faire « bouger les lignes » au sein du spectre politique traditionnel allemand, imposant, par exemple, un débat sur le salaire minimum garanti.

    En raison de la crise, « des positions qui étaient jusque là celle de Die Linke et méprisées par les autres partis, sont désormais au cœur du débat  politique » analyse Oscar Niedermeyer de l’Université libre de Berlin.

    L’éclosion de Die Linke est suivie de près par toute la gauche alternative européenne. Elle n’est pas pour rien dans la décision prise, en France, par le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon et  son camarade le député Marc Dolez de quitter le parti socialiste. Mélenchon y a fait expressément allusion dans une récente interview à L’Humanité. Même si l’expérience allemande n’est pas transposable en France en tant que telle, « C’est l’état d’esprit qui est transposable. »

    Les deux élus entendent créer un nouveau parti significativement baptisé « Parti de gauche » qui se définira dans un projet de rupture avec le capitalisme. « Nous voulons incarner une autre orientation, celle du socialisme historique. Je veux la porter publiquement, en alliance avec d’autres et, particulièrement, avec les communistes...Je considère que le PS n’évoluera pas, sauf s’il y est contraint par un rapport de force électoral (2). »

    Le PCF a vu dans ce choix « un fait politique de grande portée » ; une « convergence d’analyse et de démarche dans la perspective du scrutin européen de juin 2009. »
     
    De son côté, bien décidé à surfer en solo sur la vague porteuse de son hypermédiatisation,  Olivier Besancenot a vite opposé une fin de non-recevoir à une telle perspective, estimant qu'en quittant le Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez voulaient construire « une sorte de nouveau Parti socialiste ».

    En Belgique également, les choses bougent. Récemment Le Soir a publié une carte blanche appelant à « jeter le bébé avec l’eau du bain libéral. » Le libéralisme « tue massivement », « est passéiste » et mauvais gestionnaire, « le dogme du libre-échange absolu est la camisole des peuples », condamnent sans appel les signataires du texte, dont François Martou, naguère haut responsable du Mouvement ouvrier chrétien, Francis Wégimont, secrétaire général de la CGSP, Corine Gobin, politologue à l’ULB ou Claude Demelenne (Journal du mardi). Ceux-ci « pour en finir avec le libéralisme » et pousser « la gauche gestionnaire  (…) à rompre avec son libéralisme light et généralement honteux, pas moins nocif que celui de la droite », prônent une alliance entre « partis, syndicats, mouvements associatifs, mutualités, militants encartés ou non » et les « gauches européennes les plus offensives »,  comme « le Parti de la gauche européenne et le parti vert européen. »

    Une réflexion sur une stratégie d’ouverture et de reconquête qui était au cœur du récent congrès du Parti communiste à Bruxelles.

    1. Ce parti européen, créé en 2004, rassemble aujourd’hui 19 partis membres, communistes, socialistes, rouges-verts, et 8 partis observateurs. On y trouve, notamment La Gauche (Die Linke) allemande, les Partis communiste français et belge, des formations grecque, espagnoles, portugaise, italiennes, etc. Le PGE se donne  l’objectif  de contribuer aux luttes contre les politiques néolibérales et pour des alternatives politiques
    2. « Mélenchon : l’autre gauche peut être majoritaire ». L’Humanité, le 12 novembre 2008.

  • Nouvelles n°, 128-1

    Interview

    Robert Tangre : « Nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés »


    JOV 2008« Tout ce qui est humain est nôtre », voilà le joli slogan du Secours Populaire qui depuis 2002 organise chaque année en Belgique une journée pour les oubliés des vacances. On aurait tendance à l’oublier mais dans notre riche pays, de nombreuses familles vivent sous le seuil de pauvreté.  Une des conséquences de cette pauvreté est qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances.

    Drapeau Rouge : Pourquoi cette initiative ?

    Robert Tangre : La crise aidant, de moins en moins de familles ont encore la possibilité de partir en vacances. On considère qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances. Le jour de la rentrée des classes, dans la cour de récréation, les enfants partagent leurs souvenirs de vacances. Les plus chanceux disent : « Je suis allé en Italie, en Espagne, à la mer …. » , et le petit qui n’a rien à raconter se sent isolé, à part, exclu … C’est la raison pour laquelle nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés peut leur permettre de partager ce qu’ils ont vécu : « Je suis allé à Bruxelles, et j’ai vu l’Atomium ou je suis allée à la mer, et j’ai fait des châteaux de sable ou encore, je suis allé à Viroinval, et nous avons pris le petit train … ».

    DR : Où trouve-t-on l’origine de cette initiative d’une Journée des Oubliés des Vacances ?

    RT : L’initiative a été prise après la seconde guerre mondiale par le Secours Populaire Français (SPF). Elle s’est développée au fil du temps à travers toute la France. La Fédération du Nord offre chaque année à plus de 5.000 personnes une journée de détente à la mer. Et d’autres grands événements ont été organisés par nos amis français. C’est ainsi qu’en 2000 et 2005, 60.000 enfants et 10.000 accompagnateurs se sont réunis dans tous les coins de Paris pour se rassembler l’après-midi au Stade de France pour assister à un spectacle grandiose.
    A cette occasion, le SPF avait invité 5.000 enfants étrangers, dont 300 Belges.

    DR : Et ce fut le début du développement de cette initiative en Belgique ?

    RT : Oui.  Après cette première expérience en 2000 à Paris, c’est en 2002 que le Secours Populaire Wallonie-Bruxelles a organisé sa première Journée des Oubliés des Vacances (JOV).

    Depuis lors, les enfants sont déjà allés au Parc Paradisio, aux Grottes de Han-sur-Lesse, à Viroinval, au Canal du Centre, à Bruxelles et enfin en 2008 à Ostende. Parmi les 500 enfants réunis, un grand nombre voyait la mer pour la première fois …

    L’encadrement  se compose d’une centaine d’adultes, y compris l’équipe d’intendance. Partant de Charleroi, cette initiative s’est développée dans toute l’agglomération de cette région, et s’étend progressivement à la région du Centre, au Hainaut occidental, au Namurois et à la région bruxelloise. Nous espérons que les petits Liégeois se joindront à nous pour la JOV 2009.

    DR : Dans une société riche comme la nôtre, comment se fait-il que de nombreux enfants n’aient pas de vacances ?

    RT : Les enfants issus de milieux défavorisés et démunis n’ont pas la chance de pouvoir partir, et, actuellement, sous l’influence de la crise économique, les gens partent moins loin, moins longtemps, ou pas du tout.

    DR : Comment cette journée est-elle financée ?

    RT : La JOV est soutenue financièrement principalement par les subventions des Pouvoirs publics, tant par le Fédéral que le Communautaire et le Régional. De plus, comme la JOV a acquis une notoriété certaine grâce aux médias, nous avons pu obtenir la considération de très nombreux responsables politiques. Soulignons qu’en 2008, c’est Jean-Marc Delizée, Secrétaire d’Etat à la Pauvreté, qui nous a fait le plaisir de sa présence auprès des enfants sur la plage d’Ostende. L’aide publique est importante, mais elle est renforcée par de nombreux dons financiers de particuliers.

    DR : Si vous ne deviez retenir qu’un seul souvenir de cette aventure ?

    RT : Au cours d’une interview par la RTBF lors de la JOV à Han-sur-Lesse, une fillette d’origine étrangère déclarait : « Un jour, c’est peu, mais si je n’avais pas pu participer, je n’aurais pas vu toute cette beauté dans les grottes ! ». La joie des enfants, leur sourire radieux ce jour-là sont un merci à tous ceux et toutes celles qui s’investissent dans cette action de solidarité.

    Quelques informations utiles

    La «  J.O.V. » permet à des enfants issus de milieux défavorisés, de familles démunies, victimes de l’exclusion, de la pauvreté, d’accéder aux  vacances et à la culture.

    Le SPWB organise chaque année, au mois d’août, la Journée des Oubliés des Vacances. Elle est conçue comme un moment inoubliable, offert à tous les enfants dont les familles sont en difficulté.

    En Belgique, depuis 7 ans, le SPWB organise le Journée des Oubliés des Vacances avec des associations d’aide aux personnes vivant en précarité, des CPAS, plaines de jeux, services de jeunesse ou centres de réfugiés.

    Il est important aussi de souligner que le SPWB est une association pluraliste ouverte à tous ceux qui veulent rendre aux exclus de notre société toute leur dignité.

    Pour contacter l’asbl SPWB :
    Courrier : 11, rue Jules DESTREE    -  6020 DAMPREMY
    Tél.: 071/303912 – Fax: 071 /305830
    Courriel :
    secours.populaire@skynet.be
    Internet : www.spwb.be

    Pour les aider financièrement : 001-3511080-47  (Pour rappel, tout don égal ou supérieur à 30 € donne droit à une attestation fiscale.)

    Extrait du Drapeau Rouge.



    Politique

    Oskar Lafontaine : « il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! »

    Mesdames, Messieurs, chers camarades !

    LafontaineC'est avec plaisir que je suis venu à Paris pour vous adresser la parole, alors que vous vous apprêtez à reconstruire en France un nouveau parti de gauche qui méritera vraiment ce nom. En Allemagne, nous venons de faire ce pas avec succès. Et c'est fort de cette expérience que je suis venu ici pour vous encourager à prendre le même chemin. Je sais bien que la constellation des partis politiques allemands n'est pas comparable à la situation française. Mais aujourd'hui, les sociétés françaises et allemandes ne diffèrent pas fondamentalement l'une de l'autre. Les problèmes économiques, politiques et sociaux qui se posent pour nos deux pays sont largement identiques. Je ne vois donc pas de raison majeure, pourquoi un nouveau parti de gauche n'aurait pas les mêmes chances de succès en France qu'en Allemagne.

    Maintenant, que le parti Die LINKE existe depuis un an et demi, les sondages sérieux lui donnent 12 à 13 % au niveau national. Je dois vous avouer que je suis surpris moi-même de ce succès. Car ces chiffres ne mesurent pas la véritable ampleur de notre influence politique. A lui seul, le fait que nous soyons là, le fait qu'il existe en Allemagne un parti avec un profil politique et des revendications sociales nettement de gauche, à lui seul ce fait a changé l'orientation de la politique allemande. Et il n'y a pas que moi qui le dise. Presque tous les journaux allemands,

    qu'ils soient de droite ou de gauche, qu'ils s'en réjouissent ou le déplorent, sont du même avis. La plupart d'entre eux sont d'accord pour écrire que c'est nous, le parti « DIE LINKE », qui sommes le projet politique le plus couronné de succès des dernières décades, que c'est nous qui au fond définissons de plus en plus l'agenda politique en Allemagne, que c'est nous qui poussons les autres partis à réagir. S'ils réagissent, s'ils reprennent à leur compte certaines de nos revendications sociales, c'est par crainte des électeurs. Et si le néolibéralisme, si virulent depuis 1990, est en train de s'effacer en Allemagne, c'est dû en bonne partie à notre présence parlementaire.

    Chers camarades, il est évident que la construction d'un nouveau parti de gauche n'aurait pas pu réussir si les conditions extérieures, c'est à dire la situation sociale et politique de l'Allemagne, n'avaient pas été favorables au projet. C'est donc là le premier critère de succès. Alors que tous les partis politiques ouest-allemands si disputaient le « centre et préconisaient une politique économique néolibérale, la majorité de la population allemande déplorait le manque d'équilibre social résultant de cette politique. Le vide sur la gauche du spectre politique ne demandait qu'à être rempli. Car rien n'est plus efficace qu'une idée qui trouve son époque.

    Le deuxième critère de succès est sans doute l'union des forces et des organisations politiques qui se définissent par une position critique à l'égard du capitalisme.

    Le troisième critère - qui est peut-être le plus facile à réaliser, puisqu'il ne dépend que de nous seuls, mais ce n'est pas le moins important - c'est de donner au nouveau parti un profil clair, nettement discernable par rapport à l'uniformité des autres. Je ne manquerais pas de préciser ce troisième point par la suite, mais je voudrais l'aborder par un aperçu historique. Il est utile parfois de reculer d'un pas pour avoir une meilleure vue d'ensemble.

    Au début de ma carrière politique, il y a une quarantaine d'années, les positions des partis de gauche en Europe étaient encore relativement claires, leurs missions bien définies. Il n'y avait pas encore cette uniformité centriste que les grands partis affichent de nos jours. Même en Allemagne, ou le parti social-démocrate, à Bad-Godesberg, avait décidé de s'arranger avec le capitalisme, gauche et droite restaient discernables pour les électeurs. Le SPD s'était détaché du marxisme, certes, mais avait conservé tout de même l'idée de réformer le capitalisme, de chercher la fameuse « troisième voie » entre communisme et capitalisme. Malheureusement, cet idéal réformateur a été enterré sous les débris du mur de Berlin.

    En France, les positions des partis de gauche étaient plus nettes encore - non pas seulement du côté communiste, mais aussi du côté socialiste. Par son soutien à la guerre coloniale en Algérie, la SFIO avait perdu à la fin des années 60 toute légitimité comme parti de gauche. En 1971, au congrès d'Epinay, un nouveau parti socialiste se forme sous la direction de François Mitterrand. Le programme de ce nouveau parti socialiste français diffère considérablement de celui que les sociaux-démocrates allemands s'étaient donnés une bonne décade auparavant : il est anticapitaliste, il est critique à l'égard de l'OTAN et il est favorable aux alliances avec le parti communiste - tout ce que le programme du SPD n'est pas. C'était donc Epinay contre Godesberg au sein de l'Internationale Socialiste. Je suis allemand, mais je ne vous cache pas, que mes sympathies étaient du côté d'Epinay.

    Je partage donc, chers camarades, vos déceptions. Car malgré ce programme théoriquement anticapitaliste, la politique pratique du gouvernement Mitterrand ne fut guère plus anticapitaliste que celle du gouvernement social-démocrate en Allemagne. Que ce soit en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, .en France ou ailleurs, l'écart entre la théorie et la pratique politique est symptomatique pour l'histoire du socialisme ouest-européen. Presque toujours et presque partout, les dirigeants des partis socialistes ont lâché comme un lest leurs principes - souvent contre la volonté de la masse des militants - pour un portefeuille de gouvernement.

    Et c'est bien là le grand dilemme des partis socialistes : c'est de formuler, pour ainsi dire, les principes d'opposition à Epinay et les principes de gouvernement à Godesberg. L'histoire des partis socialistes ouest-européens au pouvoir est une longue énumération de compromis pourris. Chers camarades, il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! Pour un parti de gauche, les principes de gouvernement doivent toujours être les mêmes que les principes d'opposition. Si non, il disparaitra plus vite qu'il n'est venu.

    Regardez vers l'Italie, regardez vers l'Espagne. La leçon, que la gauche peut tirer des dernières élections dans ces deux pays ne peut pas être plus claire : la lzquierda Unida marginalisée, la Rifondazione Comunista éliminée. Ces deux partis ont dû payer si cher leur participation au gouvernement parce qu'elle reposait sur des compromis pourris. C'est une absurdité, en effet, de quitter un parti à cause de sa ligne politique, de construire un nouveau parti, de former ensuite une coalition gouvernementale avec le parti qu'on vient de quitter sur la base de la politique même, pour laquelle on l'a quitté. Les électeurs n'apprécient guère ce genre de blagues - et ils n'ont pas tort.

    Chers amis, si la gauche perd sa crédibilité, elle perd sa raison d'être. C'est pour cela que mon parti - die LINKE - a pris des mesures pour entraver cette tendance fatale des dirigeants au compromis politique dont j'ai parlé. Les décisions sur les grands principes de notre programme doivent être prises par l'ensemble des militants du parti et non seulement par une assemblée de délégués.

    En outre, nous n'acceptons pas les dons qui dépassent une certaine somme, une somme relativement basse. Et croyez-moi, ce n'est pas l'attitude du renard qui voit que les raisins sont hors de sa portée qui est à l'origine de cette restriction. C'est tout simplement que nous ne voulons pas être corrompus. La corruption politique est un fléau de notre époque. Et ce qu'on appelle don n'est souvent qu'une façon légale de corrompre. La victoire électorale de Barack Obama est une bonne nouvelle, tant la politique du président Bush et de son parti était insupportable. Mais vu les sommes énormes que le capital américain a investi dans la campagne électorale du nouveau président, je reste très sceptique quant à son futur élan de réformateur. Le capital ne donne jamais sans prendre.

    Venons en donc au profil programmatique qu'un parti de gauche doit avoir à mon avis. J'ai dit tout à l'heure que mes sympathies, il y a presque quarante ans, avaient été du côté d'Epinay et non de Godesberg. Eh bien, elles le sont toujours. Elles le sont peut-être plus que jamais. L'esprit anticapitaliste qui a animé la gauche française dans les années 70 s'impose toujours. Certes, une opinion publique manipulée au service du capital nous suggère à travers tous les médias que la mondialisation aurait complètement changé les choses, que l'anticapitalisme serait dépassé par l'histoire. Mais si on analyse le processus économique et social qui se déroule sous nos yeux sans parti pris, on se rend compte que la mondialisation n'a pas dissipé, mais aggravé les problèmes sociaux et les turbulences économiques causés par le capitalisme. Si vous comparez les écrits de Karl Marx au sujet de la concentration du capital, de l'impérialisme ou de l'internationalisation du capital financier avec les sottises néolibérales propagées de nos jours, vous constaterez que cet auteur du 19e siècle est bien plus actuel et clairvoyant que les idéologues du néolibéralisme à la mode.

    Chers amis, plus que jamais l'anticapitalisme est de mise, car l'impérialisme, au début du 21ième siècle, est toujours réel. Et l'OTAN est instrumentalisée à son service. Jadis conçue comme alliance de défense, l'OTAN est devenue de nos jours une alliance d'intervention sous la direction des Etats-Unis. Mais la gauche ne peut pas préconiser une politique étrangère ayant pour but la conquête militaire des ressources et des marchés. Nous n'acceptons pas l'impérialisme belligérant de l’OTAN, qui intervient partout dans le monde en enfreignant le droit international. Nous sommes pour un système de sécurité collectif où les partenaires se soutiennent réciproquement lorsqu'ils sont attaqués, mais s'abstiennent de toute violence qui ne soit pas conforme au droit international.

    En Allemagne, la question d'une intervention militaire - que ce fut au Kosovo ou que ce soit en Afghanistan - est une ligne de démarcation nette entre mon parti - die LINKE - et tous les autres partis, y compris le parti social-démocrate. Nous sommes intransigeants à ce sujet et notre participation à un gouvernement favorable aux interventions militaires de l'OTAN est inconcevable. La question de guerre ou de paix a d'ailleurs été de tout temps une raison de schisme au sein du socialisme allemand. Déjà en 1916 - sous l'impulsion de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht – la guerre a divisé la social-démocratie allemande en deux partis. Et il n'y a pas qu'en Allemagne que la gauche a vu clair. Je vous rappelle les paroles de Jean Jaurès, que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage ». Camarades, si nous voulons un monde où règne la paix, il nous faut civiliser le capitalisme.

    Contre l'idéologie de privatisation prêchée par les porte-paroles du néolibéralisme, nous sauvegardons l'idée d'une économie publique sous contrôle démocratique. Nous préconisons une économie mixte où les entreprises privées, de loin la majorité, côtoient les entreprises nationalisées. Surtout les entreprises qui relèvent des besoins fondamentaux pour l'existence de la société - le secteur de l'énergie par exemple ou même le secteur bancaire dans la mesure où il est indispensable pour le fonctionnement de toute l'économie - doivent être nationalisées.

    Nous remettons à l'ordre du jour la question de l'autogestion ouvrière et de la participation des employés au capital de leur entreprise qui semble de nos jours oubliée.

    Nous luttons contre une politique de démontage social qui donne priorité aux intérêts des investisseurs et qui se moque de l'injustice sociale croissante, de la pauvreté de beaucoup d'enfants, des bas salaires, du licenciement dans les services publics, de la destruction de l'écosystème. Nous luttons contre une politique qui sacrifie au rendement du capital financier ce qu'il reste d'une opinion publique délibérative. Nous n'acceptons pas la privatisation des systèmes de prévoyance sociale, ni la privatisation des services de transport public. Nous n'acceptons pas non plus la privatisation du secteur de l'énergie et encore moins la privatisation du secteur public de l'éducation ou de la culture. Notre politique fiscale veut redonner à l'état les moyens de remplir ses fonctions classiques.

    Aujourd'hui, les forces motrices du capitalisme ne sont plus les entrepreneurs, mais les investisseurs financiers. C'est le capital financier qui gouverne le monde et qui instaure globalement une économie de casino de jeux. La crise des marchés financiers était donc prévisible, attendue par les experts. Pourtant les gouvernements n'ont rien fait pour empêcher cette crise. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les élites politiques ont jugé utile la spéculation effrénée. Et le continent européen s'est incliné devant ce jugement. Même pendant les phases, où la majorité des gouvernements européens était formée par des partis affiliés à l'Internationale Socialiste, aucune mesure n'a été prise. La perte de la dimension critique à l'égard du capitalisme a fait échouer lamentablement la politique opportuniste des partis socialistes et sociaux-démocrates sur toute la ligne. S'il fallait une preuve de cet échec, la crise actuelle des marchés financiers nous la livre.

    Et s'il fallait une preuve, que nous, la gauche critique, ne sommes pas régressifs, que nous ne puisons pas dans le passé les remèdes contre les maux d'aujourd'hui, comme nous le reprochent constamment les libéraux et les conservateurs, s'il fallait une preuve, eh bien cette crise nous la livre aussi. Depuis le début des années 90 et la mondialisation qui s'en suit, la gauche, y compris moi-même, ne cesse de réclamer la règlementation des marchés financiers internationaux. Mais l'opinion publique néolibérale s'est moquée de nos opinions soi-disant régressives. Que la logique de la mondialisation n'était pas compatible avec une réglementation, nous a-t-on dit ; qu'il ne fallait surtout pas entraver le libre-échange et le libre flux transnational des capitaux, nous a-t-on prêché ; que toute réglementation était une solution surannée, régressive. Et maintenant, que font les néolibéraux en Amérique du Nord et en Angleterre, que font les conservateurs en Allemagne et en France ? Eh bien - ils prétendent règlementer. Ceux qui nous ont accusés de régression politique quand nous demandions la nationalisation de certains secteurs bancaires afin d'éviter la crise, que font-ils maintenant ? Eh bien - ils font semblant de nationaliser les banques au nom de l'avenir.

    Maintenant, on socialise les pertes et on fait payer les groupes les plus vulnérables de la société pour la défaillance du système. Maintenant, on organise de pompeux sommets internationaux pour règlementer les marchés financiers. Mais nous n'en sommes pas dupes : les éléphants vont accoucher d'une souris. Vont-ils fermer le casino ? N'y pensez pas ! Vont-ils seulement changer radicalement les règles de jeu à l'intérieur du casino ? Mais non ! Ce qu'ils vont faire, c'est d'élaborer avec grand fracas verbal un nouveau code de comportement pour les croupiers. Rien ne va vraiment changer.

    Si vous voulez des changements, camarades, il faut reconstruire la gauche - en Allemagne, en France, partout en Europe. L'expérience allemande nous montre qu'une gauche européenne réorganisée et forte peut faire bouger les choses en forçant les autres partis à réagir. Construisons ensemble cette nouvelle gauche, une gauche qui se refuse aux compromis pourris ! Pour souligner une dernière fois l'importance de cette maxime, je termine avec une image empruntée au poète russe Maïakovski : chantons ensemble notre chanson, mais évitons de lui marcher sur la gorge.

    Oskar Lafontaine est un ancien dirigeant du SPD (parti socialiste allemand). Il est entré en dissidence puis a créé avec les anciens communistes du PDS, le parti « Die Linke » (La Gauche), parti qui compte actuellement plus de 50 députés au Bundestag et qui est crédité dans les récents sondages de 13 voix des voix. Ce parti vient d’entrer dans plusieurs parlements régionaux en Allemagne tant à l’est qu’à l’ouest.

    Le discours que nous venons de vous communiquer est celui que Lafontaine a prononcé récemment en France lors de la création du nouveau parti « La Gauche » suite à la démission du sénateur socialiste français du PS. La Gauche présentera une liste commune avec le PCF pour les prochaines élections européennes. Le contenu de cette lettre mérité d’être réfléchi par tous les progressistes wallons et par la gauche fractionnée et plus particulièrement par les militants du PCWB
    Nous ne pourrons éviter des débats sur cette importante réflexion.



    Dexia finance des colonies juives

     (BAUDOUIN LOOS)

     

     

    dexia-irsraëlLa banque franco-belge Dexia finance, via sa filiale israélienne, le développement des colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés, et cela depuis des années. Ce constat, qui aurait en effet pu être fait depuis longtemps, est mis en lumière par plusieurs groupes de solidarité avec la Palestine, qui lancent la semaine prochaine une action de protestation.
    Depuis près de dix ans, Dexia s'intéresse au marché israélien. En plusieurs étapes, la banque franco-belge a acheté une firme bancaire israélienne, Otzar Hashilton Hamekomi (« Trésor du pouvoir local »), spécialisée comme ce nom l'indique dans le financement des communes et des collectivités locales, à l'instar du bon vieux Crédit communal belge, ancêtre de Dexia.

    Depuis 2001, cette banque israélienne est contrôlée par Dexia qui détient 65,31 % du capital. La filiale Dexia Public Finance Israël est répertoriée sur le site de Dexia comme troisième en importance sur le marché israélien du financement des collectivités locales (avec un personnel de quarante personnes). La banque a pignon sur rue et est bien connue des Israéliens.
    Avec d'autres mouvements, Intal, qui travaille sur divers dossiers de solidarité dans des pays du tiers-monde – Amérique du Sud, Congo, Philippines, Cuba – dont les territoires palestiniens, a décidé de lancer une campagne pour dénoncer l'implication de Dexia dans le financement des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

    « Nous voulons rappeler que la colonisation est contraire au droit international, nous dit Mario Franssen, d'Intal. La Quatrième Convention de Genève interdit l'installation de populations du pays occupant dans le territoire occupé. Avec d'autres groupes, nous sommes engagés par ailleurs dans une campagne de boycott des produits israéliens, pour dénoncer l'occupation, et certains nous reprochent, de manière absurde, d'agir ainsi pour rayer Israël de la carte ou par antisémitisme ! Mais ici nous ciblons une situation bien particulière : le financement, par une banque franco-belge, du développement des colonies israéliennes dans les territoires occupés, toutes illégales. »

    « Ce financement n'est guère contestable », dit encore Mario Franssen, dont le mouvement s'est procuré la retranscription d'une séance en commission des Finances de la Knesset (parlement israélien) qui date du 19 juin 2007. Les propos tenus par David Kapah, le directeur de Dexia Israël, ne laissent pas la place à l'ambiguïté : « Pour nous, la localisation géographique n'est pas pertinente. Si on parle de quelque chose au-delà de la Ligne verte (dans les territoires occupés, NDLR), nous, nous avons octroyé une aide financière ces deux dernières années et demie à Alfei Menasheh,
    Elkana, Beit-El, Ariel, Beit Aryeh, (le Conseil régional de la Vallée du Jourdain), Givat Zeev, (le conseil régional de Har Hevron), Kedumim, Beit Aryeh (…). Cela veut donc dire que, oui, c'est nous qui les soutenons financièrement et c'est encore vers nous que l'on vient pour recevoir du crédit. »
    Et à la question d'une députée, Esterina Tartman, rapporteur de la Commission des Finances, elle-même résidente d'une colonie (Givon Ha-Hadasha) et désirant « savoir si la dimension de la localisation géographique de la Judée et de la Samarie (la Cisjordanie occupée) complique le processus de décision au sein de la Banque Dexia Israël », la réponse de David Kapah, laconique, se révèle claire : « Négatif. Absolument pas… »

    Dexia, à Bruxelles, a été interpellée depuis 2001 par les mouvements belges de solidarité, sans grand succès, les réponses restant incomplètes ou imprécises, et la responsabilité globale de l'achat de la banque israélienne étant renvoyée à Dexia France.


     

     

    Panique sur la planète finance

    Et si on sortait du « tout marché » ?

    nasdaqAprès les financiers américains, les banques européennes appellent à leur tour les États à la rescousse. Elles présentent la facture des pertes dues à la spéculation. Décidément, les habits étroits des traités européens craquent de toutes parts. Le dogme de la « la concurrence libre et non faussée », au nom duquel les services publics sont démantelés depuis des années, se fissure. La fin de « l’argent fou » ? Pas si vite…
    MAURICE MAGIS


    Les responsables européens doivent se réunir à la mi-octobre. Nul doute que la crise financière sera au cœur de leur agenda. Nicolas Sarkozy souhaite une réunion du G8 avant la fin de l'année. Et y décider quoi ? Pour l’heure, face à l’inquiétude des épargnants, on en restait aux constats  lénifiants : « des risques pèsent sur des segments entiers des places financières européennes mais nous sommes préparés à réagir, nous avons réagi et je crois qu'aucun gouvernement européen ne laisserait tomber une grande banque européenne puisqu'une telle faillite déclencherait une vague qui déferlerait » ; mais « il n'y a pas de menaces, les Européens peuvent avoir confiance en leur système » a osé le président de l’Eurogroupe (les pays de la zone euro), Jean-Claude Juncker. Et l’Europe a renvoyé la balle aux Américains en les invitants « à prendre leurs responsabilités. » Ah, cette bonne vieille méthode Coué.

    Le 4 octobre à Paris, le président français a appelé les membres européens du G8, les présidents de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission européenne et M. Juncker à servir la messe. D’où il est ressorti surtout des vœux pieux et quelques prières au Dieu Finance. Le tout sanctifié par quelques vagues appels : à un sommet international «le plus tôt possible» pour revoir les règles du capitalisme financier ; à des sanctions, non autrement définies pour sanctionner les banquiers qui faillent ; à la flexibilité dans l’application des règles du marché unique. Mais le Pacte de stabilité devra être respecté « dans son intégralité » a aussitôt prévenu le président de l’Eurogroupe. Et la patate chaude a été confiée aux Etats, qui, attention, devront veiller à respecter les règles de la concurrence.

    Ainsi, il est surtout apparu une fois de plus que l’Union européenne n’a pas de politique économique coordonnée, ni de capacité de riposte commune à la mesure de la crise financière qui ébranle le monde. Surtout, les dirigeants européens, qui ont rivalisé de sévérité, ces dernières semaines, pour fustiger les « dérives du capitalisme financier » ne rompent pas avec l’activisme de l’Union européenne en faveur de la dérégulation, de la déréglementation et d’une politique économique et monétaire tout entière tournée vers le soutien aux marchés financiers.

    Certes, la Banque centrale européenne a procédé en catastrophe à des injections massives de liquidités pour soulager les banques en mal de refinancement depuis le déclenchement de la crise financière en août 2007. Elle l’a fait en août et septembre 2007, puis en décembre quand de nouvelles tensions sont apparues, et encore depuis la mi-septembre, quand le secteur bancaire américain a commencé à s’écrouler. Avec quel effet ?
    A rebours de ceux qui assurent sur tous les tons que le système bancaire européen est à l’abri des secousses américaines, les experts de l’OCDE, cet autre pilier de l’idéologie capitaliste, estiment, eux, que « L’Europe pourrait avoir besoin d’un plan systémique, à l’instar de la démarche engagée par les autorités américaines, », « une approche ’par petits morceaux’, qui n’a pas marché aux Etats-Unis, peut ne pas marcher en Europe non plus. » « Nous sommes face à la pire crise financière depuis la Grande dépression (de 1929) et ses conséquences sont déjà en train de se diffuser bien au-delà de la sphère financière, dans le monde entier. »

    Diable. Dès lors, quant à la confiance demandée… Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé qu’ « une réflexion était en cours, et pas seulement au niveau européen. » Mais pas une voix discordante ne s’est élevée pour avancer des alternatives à ce système financier au sein duquel ont pu, comme dans un cocon, se développer les germes de la crise. Et pourtant, « Les épargnants, un peu partout, sont dans l'expectative, quand ce n'est pas l'angoisse tandis que les politiques cherchent la pierre philosophale du moment, à savoir maîtriser la situation et forger les règles d'un autre avenir», a pu écrire Le Monde qui, le jour du raout sarkozien notait : « A côté de la crise actuelle, les krachs de 1987 et de 1989, la crise asiatique de 1998, l'explosion de la bulle Internet en 2000, les attentats du 11-Septembre apparaissent comme des secousses bien légères. »

    Colère aux Etats-Unis

    Ce qui vient de se passer aux Etats-Unis en dit long sur l’état d’exaspération des opinions publiques. Le plan dit Paulson du nom du secrétaire d’Etat au Trésor,  destiné à injecter 700 milliards de dollars ou plus pour voler au secours de la haute finance, et cela aux frais des contribuables (on parle d’une charge de plus de 2000 dollars en moyenne par foyer fiscal), s’est heurté, certes, à l’aile droite du Parti républicain qui a fustigé, comme ce sénateur, l’irruption du « socialisme financier ». Mais il a aussi provoqué une véritable levée de boucliers dans la population, qui constate que rien de comparable n’avait été fait quand des centaines de milliers d’Américains s’étaient trouvés plongés dans la tourmente immobilière. La colère des citoyens est d’autant plus justifiée que, selon le Washington Post, des proches collaborateurs du président ont eu le culot de suggérer un système similaire pour aider leurs propres entreprises. Selon les sondages, ils sont 61 % à estimer que le plan fait trop peu pour soulager les « Américains ordinaire », meurtris par l'augmentation des prix de l'énergie, le renchérissement du crédit, la stagnation des salaires et la perspective  de pertes d’emplois massives.
    Loin de toutes considérations idéologiques, des pétitions ont été organisées par des citoyens excédés d’avoir à mettre la main à la poche alors que les tricheurs s’en sortiraient au mieux. En outre, de fortes incertitudes demeurent sur la capacité dudit plan à assainir la situation outre-Atlantique, marquée depuis des mois par des déconfitures en cascade et des injections à répétition – mais vaines - de fonds publics. L’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001, a estimé « monstrueuse » l’exposition des contribuables américains : ce « n’est qu’une solution à court terme ».

    Comme aucun investisseur privé ne veut des placements à risque, « on les colle au contribuable » a-t-il déclaré dans la presse. Joseph Stiglitz voit dans la crise actuelle « la fin d’un modèle économique désastreux » et « la fin de l’idéologie selon laquelle les marchés libres et dérégulés fonctionnent toujours ».

    La force du déni

    Le fait est que la débâcle bancaire a traversé l’Atlantique, frappant de plein fouet plusieurs établissements européens, balayant les propos irresponsables des dirigeants sur la solidité de l’économie continentale, au cœur d’une crise systémique qui, du fait des interactions au sein du capitalisme mondialisé, se propage par ondes de choc. La soudaine conversion d’apôtres de l’ultralibéralisme, comme MM. Sarkozy, Reynders et consort, qui voient dans la situation présente le fruit de dérives intolérables du capitalisme financier, n’en apparaît que plus choquante.  

    « Moraliser », « réguler » le capitalisme, juger et condamner les « responsables » ?

    Face aux injections massives des banques centrales et aux tentatives de replâtrages aussi fébriles qu’improvisées des gouvernements, l’économiste et chercheur français Frédéric Lordon a remarquablement synthétisé les choses : « La thèse de la «’folie’ vaut à peu près celle de l’immoralité, c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puisse aller jusqu’à une telle nullité de pensée, au moment où les destructions financières se produisent sous nos yeux. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements – pourtant spectaculaires – mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni. ». Et d’enfoncer le clou : « Entre ‘trader fou’ et hypothèse de ‘l’accès de folie’, tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration exceptionnel. Mais la ‘folie’ est le régime permanent et nécessaire de la finance libéralisée. »  Ce qui se passe dans notre pays est à bien des égards exemplaire.

    Fortis et Dexia  aux soins intensifs…

    fortisAu début de l’été 2007, les dirigeants de Fortis arboraient le sourire satisfait des vainqueurs. Ils avaient lancé un raid hostile contre la néerlandaise ABN-Amro. Une des ces opérations dont les seigneurs de la jungle financière ont le secret. La banque-assurance belgo-néerlandaise, construite naguère sur la dépouille de la CGER, banque publique ainsi privatisée, voulait entrer dans la cour des très grands. Il ne se trouva pas grand monde dans le monde politique et financier pour s’inquiéter des risques liés à une des ces opérations qui font la fierté du capitalisme prédateur.

    Et voilà que Fortis se retrouvait soudain au bord du gouffre, prenant de court nos élites. Les mêmes, M. Reynders en tête, qui nous disait tel jour, que la crise n’était pas si grave et qu’il importait avant tout de communiquer, avouaient moins d’une semaine plus tard que rien n’allait plus. Tristes comédiens ! Soudain, l’Etat belge, comme ses voisins, a ouvert ses  tiroirs. L’ardoise pour la seule Belgique, le couteau sur la gorge : 4,7 milliards d’euros…avant que le gouvernement néerlandais ne décide de racheter  100% des activités néerlandaises du banc assureur, dont ABN Amro et Fortis Insurance Netherlands, laissant ainsi son voisin du sud gros-jean comme devant. Et déjà, il était question d’appeler à la rescousse des financiers internationaux appâtés par la bonne affaire.

    Bis repetita.

    dexia_lang6,4 milliards  pour Dexia, bâtie par absorption du Crédit communal, autrefois banque (publique) des communes, désormais soumise aux lois du marché et dont les dirigeants nous assuraient là aussi rien ne la menaçait. Coût pour le gouvernement fédéral et des Régions exsangues : trois milliards, alors que des rumeurs couraient sur de nouveaux problèmes de liquidités pour le groupe franco-belge.

    En attendant,  la Belgique en était de 7,7 milliards d’euros, soit plus de 700 euros par citoyen belge. De ces euros dont on nous dit qu’ils n’existent pas pour mener de vraies politiques sociales mais qui coulent, année après année, dans les caisses des grandes entreprises (voyez les intérêts notionnels !) et enrichissent les couches les plus aisées, nourrissant ainsi la bulle financière qui éclate aujourd’hui.

    Chez nous, comme partout, au bal des hypocrites, les banquiers ont mené la danse. Sous les applaudissements de responsables politiques en adoration devant le « libre marché sans entraves », la libre circulation des capitaux et le dogme de la dérégulation,  ces pierres angulaires de l’économie globalisée  et des traités européens. L’article 107 du défunt traité de Lisbonne ne décrète-t-il pas que « sont incompatibles avec le marché intérieur (…) les aides accordées par les États ou au moyen de ressources de l’État, sous quelque forme que ce soit, qui faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises » ?

    En outre, Le traité laisse intacts les pleins pouvoirs de la BCE. « Ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme », indique l’article 130. Ni la croissance ni l’emploi ne figurent parmi ses missions. Il est prévu qu’elle offre son appui au marché financier, par des opérations visant à mettre à disposition des institutions financières les liquidités dont elles ont besoin (protocole nº 4 relatif aux statuts de la BCE). Mais ces opérations de refinancement ne sont assorties d’aucune condition sur la destination et l’utilisation de ces crédits. Apparemment, le droit européen est à géométrie variable.

    La crise financière globale, partie des Etats-Unis et qui gangrène toute la planète finance, a réduit à néant bien des rêves de grandeur. « Fortis sauvé par les Etats du Benelux » avait cru pouvoir titrer Le Soir. Au même moment, c’est dans toute l’Europe que les pouvoirs publics volent au secours des apprentis-sorciers. En Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Et en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne… « On ne peut pas dire par avance qu'on va renflouer les banques, car cela transférerait les risques sur l'Etat. Même si in fine, c'est ce qui se passera dans chaque pays », a crûment avoué un proche de la chancelière Angela Merkel.

    Ainsi, les chantres de l’ultralibéralisme, ceux-là même qui privatisent à tours de bras – voyez la Poste – se livrent à des nationalisations partielles pour tenter de limiter les dégâts.

    …et la facture aux citoyens

    Et maintenant ? Mettons un certain nombre de choses au point. Qui paiera ? L’investissement de 4,7 milliards d’euros de la Belgique dans Fortis Banque se fera par le biais d’un emprunt avec garantie d’Etat, a précisé le ministre des Finances Didier Reynders, « Il n’y aura aucun effet sur le budget et sur le contribuable, même s’il y a toujours un risque ». Car si la machine s’emballe, il y a bien risque pour les petits porteurs. Et risque pour les contribuables, risques pour les bénéficiaires d’épargnes-pensions, risque pour les fonctionnaires ;  risque pour les salariés quand viendra le moment des ventes d’actifs et des restructurations, ces salariés qui iront rejoindre les cohortes de victimes de l’argent fou. Et risque pour l’Etat qui va s’endetter…Un  risque colossal donc quand il s’agira de passer à la caisse.

    Les nationalisations partielles sont des  solutions provisoires a déjà décrété le ministre belge des Finances, Didier Reynders, appuyé par le courageux Yves Leterme. « Notre ambition n’est évidemment pas de rester présents dans le capital » des Banque a-t-il dit sur l’antenne de la RTBF. En clair, il s’agit de rester sur les rails de l’orthodoxie ultralibérale. Comme toujours, après avoir privatisé les gains, on socialise les pertes. Et puis on revendra les parts publiques au plus offrant dès
    que le sacrosaint marché revigoré le permettra.

    Tartufferie

    Ainsi, voilà que nos gouvernants, tous partis de pouvoir confondus, versent des larmes de crocodile sur les « dérives » du capitalisme, voient dans la crise actuelle, pourtant bien prévisible, des « dysfonctionnements ». Osent même fustiger le « capitalisme fou » et quelques mauvais génies de la finance. Quelle tartufferie ! Au moment où colère et dégoût montent dans la population, c’est à la nature même du capitalisme qu’il conviendrait de s’en prendre, à ce système qui ne connaît qu’une loi, le profit,  une liberté, celle d’exploiter  le plus grand nombre au profit de quelques privilégiés, une pratique, la spéculation à outrance.

    Les peuples ont déjà donné et il ne suffira pas de s’en prendre vertueusement aux scandaleux parachutes dorés, première mesure certes justifiée, ni même d’enquêter pour savoir qui a fauté où et quand, puis  de repartir comme si de rien n’était. Il s’agirait de mettre la finance au service de la population, de lui donner un usage social. Il s’impose de redécouvrir de nouveaux modes de régulations, dit-on partout dans la panique ? Soit. On pourrait alors, par exemple, différencier les prêts selon qu’ils sont destinés à des opérations financières ou à être investis dans le développement utile, afin de réarticuler réglementation et développement de l’économie réelle. Remettre au premier plan, à contre courant du discours dominant, la question de la revalorisation des revenus du travail et des allocations sociales aux dépens de ceux du capital. Relancer un pôle financier public fort. Rendre transparents les marchés financiers et en finir avec les paradis fiscaux. Et mettre les entreprises qui spéculent en bourse à contribution afin de financer les opérations de nationalisation actuelles.

    Iconoclaste ? Oui, aux yeux de ceux qui continuent à parler de dérapages au sein d’un système qui resterait fondamentalement efficace. Non, si l’on constate que ces deux dernières décennies ont déjà été marquées par trois crises monétaires et financière successives. Celles-ci sont bien la conséquence de choix politiques opérés par les gouvernements. Un débat de fond doit donc être ouvert sur les finalités même de l’économie : que produire, à quelle fin, comment utiliser l’argent et les richesses créées ? L’heure est venue de demander des comptes.

    Pour comprendre

    Subprimes. Prêt accordé aux foyers américains pour acquérir un logement. Le taux d’intérêt était bas les deux premières années, puis aux prix du marché. La conjonction de la hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine de 1 à 5% entre 2003 et 2006 et de la baisse des prix de l’immobilier a mis des millions de foyers dans le rouge. En 2007, deux millions de maisons été saisies.

    Titrisation. Mécanisme qui permet de transformer un prêt en actif négociable sur le marché. Un crédit subprime étant très risqué pour l’organisme qui l’accorde, les crédits sont regroupés et revendus à un tiers (une banque, un fonds d’investissement, etc.).  Quand les prix de l’immobilier ont chuté, ces produits ont constitué autant de créances douteuses. D’où les faillites en série.

    Hedge funds. Fonds d’investissement spéculatif. Ils acquièrent et vendent toutes sortes de produits : créances, actions, marchandises et même œuvres d’art. En février 2007, à l’initiative du président Bush un groupe de travail sur ces hedge funds, a décidé de laisser ces fonds s’autoréguler. Parmi les causes de la crise actuelle, on retrouve la faillite de deux fonds d’investissement spéculatifs de la banque Bear Stearns l’an dernier, qui a affolé les marchés.

    Agences de notation. Sociétés chargées d’évaluer la validité des placements financiers. Elles donnent ainsi des notes. Les obligations d’État, réputées sûres, reçoivent généralement les meilleures notes (un triple A : AAA). Mais les agences avaient accordé aussi de façon très surprenante les meilleures notes aux produits titrisés issus des subprimes…

    Credit crunch. De peur de ne pouvoir se faire rembourser, les banques rationnent leur offre de crédit, ce qui passe par une hausse des taux aux entreprises. Une absence d’investissement signifie ralentissement de la croissance, augmentation du chômage et stagnation des salaires.

  • Nouvelles n°127-2

     

    Libres propos
    Un coup de gueule d'un ingénieur de l'EDF

    eoliennesUn illuminé nous a donné une série de leçons sur les économies d'énergie. Nous prenant pour des débiles mentaux profonds ou des séniles précoces, il nous a expliqué qu'en coupant toutes les veilleuses de nos appareils électriques, nous pouvions  économiser 15% de notre consommation. Faux, nous économiserions alors 2 à 3%  

    Le même nous a expliqué qu'en remplaçant nos lampes traditionnelles par des lampes à économie d'énergie, nous pouvions économiser 30 à 35% d'énergie. Faux c'est 4 à 5 % que l'on peut économiser

    Il est évident que si la maison est équipée comme celle de l'arrière-grand-père, c'est à dire juste des lampes et pas de frigo, micro onde, lave linge, lave vaisselle, sèche-linge et j'en passe, car par rapport à la consommation de tous ces équipements celle des lampes est 'peanuts'.

    Pour couronner le tout, une brillante journaliste de TF1 (quelle chaîne instructive) a pris le relais et fait le total des économies pouvant être réalisées selon ces critères éclairés : 15 % sur les veilleuses + 35% sur les lampes = 50% d'économie d'énergie ! Elle n'est pas allé jusqu'à le dire, mais nous qui sommes particulièrement débiles, Avons deviné que demain, si nous suivions scrupuleusement ces instructions, on pouvait arrêter la moitié des centrales électriques !... Nous avons failli mourir idiots, mais pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué tout ça avant !

    Pour continuer dans la débilité profonde, la TF1 girls nous a ensuite précisé que pour les 50% restants, on pouvait les alimenter avec des panneaux solaires qui produisent de l'électricité 'verte', en illustrant son propos d'une photo d'une belle maison avec un petit panneau solaire derrière.  Là, j'ai failli chercher une arme, car on n'avait encore jamais vu un niveau de désinformation pareil, une absurdité aussi monumentale. En effet, pour produire ces 50 % restants, si on se base sur une consommation moyenne de 6 Kw (un abonnement classique sans chauffage électrique), il faudrait que chaque maison possède 140 mètres de panneaux solaires pour un coût de 89 628 *

    Calculez le retour sur investissement. Dans le chapitre 'c'est bon pour la planète', il convient d'ajouter que les panneaux solaires, on ne sait qu'en faire quand ils arrivent en fin de vie, car ils contiennent
    Plein de silicium et autres métaux lourds très polluants.

    Ne croyez surtout pas que je sois contre les économies d'énergies, Je suis à 100% pour, quand elles sont réalistes, mais de grâce pas d'intoxication de ce type en pleine heure d'écoute, ça frise l'indécence ou la malveillance.

    Pour continuer dans l'intox, connaissez-vous Bâville sur mer en Seine-Maritime ? C'est un petit village du littoral près de Dieppe, où 6 éoliennes sont récemment sorties de terre. (3 sont en cours d'installation à St Pierre le Viger, petit village célèbre par ses habitants) Six engins de dernière génération qui occupent 4 km de notre littoral normand et dont les pales culminent à 85 m de hauteur. Chaque éolienne à une puissance maxi de 2 mégawatts... quand le vent souffle fort. Ce n'est pas grand-chose comparé au 2600 mégawatt qui sortent en permanence de la centrale nucléaire voisine, mais c'est toujours ça, surtout quand il fait très froid.

    Dommage quand même que cette énergie renouvelable soit si chère et non maîtrisable (4 fois plus chère que celle de l'atome), mais ce n’est pas grave, EDF à obligation de la racheter (et cher). Mais revenons à nos 6 éoliennes ; depuis quelques jours il n'y a qu'une seule éolienne qui tourne, les 5 autres seraient elles privées de vent ? Que nenni, du vent il n'y en a pas depuis plusieurs jours, ce qui est généralement le cas quand il fait très froid, ou très chaud. C'est la nature, l'homme ne lui dicte pas encore sa loi.

    Mais alors, s'il n'y a pas de vent comment expliquer qu'une et une seule des éoliennes tourne ? La réponse est très simple : On veut nous faire croire à fond aux énergies renouvelables, alors on n'hésite pas à tricher pour en cacher le mauvais coté. Ben oui, ça ferait pas bien pour les habitants de la région qui n'ont pas encore accepté ça dans leur paysage, que de voir toutes les éoliennes à l'arrêt alors qu' il fait - 4 degrés  Alors, tout simplement, on en fait tourner une ...en moteur (oui c'est possible, en lui donnant du courant!). Ça consomme un peu d'électricité, mais ça fait croire que ça produit de l'énergie.

    Il est temps d'arrêter de nous rabâcher tous les soirs à la météo 'c'est bon pour la planète', parce que là, on sait plus trop ou est le bien et le mal, et on va finir par penser que ceux qui donnent des conseils sont, en plus d'être malhonnêtes ou incompétents, les plus dangereux.

    L'électricité 'dite propre' sans fumées, sans CO2, sans atomes, disponible quand on en a besoin, à un prix qui ne détruise pas nos emplois et ne pas notre confort, ça n'existe pas, mises à part les centrales hydro. Dans 20, 30 ou 50 ans peut être.... Dans mon entourage, je ne connais personne qui lave du linge propre, Ou qui met en route son lave vaisselle vide... Alors il est grand temps que les médias et leurs gilets à rayures serviles qui nous desservent, arrêtent de nous prendre pour des demeurés, avec des reportages orientés, tronqués et des leçons de civisme qui ne tiennent pas la route.

    Ah oui, j'allais l'oublier : j'ai même entendu  'l'innocente Evelyne Délias', nous dire, après sa page météo, 'qu'il ne faut pas mettre trop de chauffage dans la voiture car ça consomme du carburant et 'ce n’est pas bon pour la planète'. Evelyne, si tu avais pris des cours de mécanique, tu saurais que le chauffage de la voiture récupère la chaleur de l'eau du circuit de refroidissement du moteur et cette eau chaude, il faut absolument la refroidir en la faisant passer soit dans le radiateur principal (celui qui se trouve derrière la calandre), soit dans le radiateur du chauffage de l'habitacle, sinon c'est la mort du moteur ! 

    Si cette eau n'est pas assez refroidie, c'est même le ventilateur du circuit de refroidissement qui doit s'en charger en consommant de l'électricité pour tourner! Et ça ...’ce n’est pas bon pour la planète' par contre!

    On pourrait aussi évoquer les biocarburants, présentés comme carburants Verts alors que s'engager dans cette voie, est un désastre écologique et humain à brève échéance : flairant l'aubaine, de grands groupes Agro-alimentaires, défrichent en ce moment des forêts entières et remplacent des cultures destinées à l'alimentation humaine par ces Plantations destinées à la production de carburant 'vert' (50% de la production de maïs des USA aura été détourné cette année pour cette production, d'ou la famine au Mexique, premier acheteur de ce maïs). 

    Vous doutiez vous de cet effet pervers du biocarburant?
    Mais c'est un autre débat et j'ai des palpitations déjà rien que d'y penser...

     


    Libres propos
    Un avis intéressant sur le film "Bienvenue chez les Ch’tis".

     

    bienvenue-chez-les-chtisPourquoi « Bienvenue chez les Ch’tis », film de Dany Boon, davantage qu’un succès commercial constitue, comme le faisait remarquer l’écrivain Pierre Drachline, un phénomène de société ?

    Quelques années en arrière, le public français tremblait et pleurait avec « Titanic », aujourd’hui bientôt vingt millions de spectateurs hexagonaux, toutes générations confondues, rient et sont émus avec « Bienvenue chez les Ch’tis ». Que s’est-il donc passé entre la projection d’une superproduction d’un film catastrophe à effets spéciaux relatant l’annonce d’un monde qui allait sombrer corps et biens et ce film, on ne peut plus simple, suivant la virée pour faute d’un directeur de la Poste en terre sinistrée du nord de la France ? Qu’a donc compris Dany Boon et avec lui le quart de la population et qui visiblement laisse perplexes nos élites et silencieux nos élites médiatiques ? Eh bien disons, entre autre chose, que « Bienvenue chez les Ch’tis » répare et réhabilite l’image de tout un peuple en reconsidérant les couches populaires autrement que comme des babaches (des primaires). Pourquoi ? Comment ? Eh bien en mettant en lumière l’expérience que font et feront de plus en plus les couches moyennes, ou qui se vivent comme telles, de leur retour au sein des couches populaires. Il y a quelques jours, l’économiste Patrick Artus expliquait sur une radio que la mondialisation liquidait de fait les couches moyennes des pays développés. Nous y voilà ! Alors bien sûr, il y a celles et ceux encore épargnés, celles et ceux de ces couches plus très moyennes qui ne voient rien venir, celles et ceux qui refusent en se cramponnant à une manière de voir dépassée (la femme du directeur de la Poste), ceux qui déploient des banderoles injurieuses et qui ce faisant, croient se rassurer à bon compte, celles et ceux pour qui les marques de luxe remplacent les perruques poudrées aristocratiques du 18è siècle... et... enfin, quelle leçon, mais quelle leçon reçoit le directeur de la Poste (Kad Merad) de la part de ses collègues !

    Quelle leçon, de tact, de pudeur, de solidarité, de simplicité, de fraternité, d’ouverture d’esprit, ce représentant des couches moyennes reçoit de ses subordonnés appartenant aux couches populaires ! Au point que devant l’évidence, ce directeur accepte tout de go de faire partie du groupe et des leurs, montrant ainsi métaphoriquement le chemin à suivre... Quant au reste, une lecture par trop littérale conduirait à oublier que « Bienvenue chez les Ch’tis » est une fiction et aussi ce que Dany Boon, en véritable artiste, sait par expérience : « l’imagination est la reine du vrai » (Baudelaire).

    Dany Boon dont les origines populaires ne sont un secret pour personne sait manifestement de quoi il parle, ce comique a choisi de prendre les clichés les plus éculés pour les retourner. Le rire déclenché est à la fois libérateur, réparateur et réconciliateur. En cela, à la manière d’un Ken Loach comique, ce film participe à la connaissance de la réalité. Alors, bien sûr, il y en aura qui seront toujours trop « comme il faut » pour être en mesure de comprendre qu’une cuite monumentale (moment extraordinaire de fraternisation dans le film) ne fait pas des protagonistes des alcooliques ! Il y aurait tant à dire, le service public postal (avant que la Poste ne veuille devenir un service financier), le beffroi versant religieux et versant laïc, la France qui continue...

    Ce film populaire dit, entre autre, cette chose très simple : un peuple qui récuse la violence et le bling-bling des marchands bornés qui nous gouvernent, un peuple qui sait réinventer la solidarité est en voie de recréation. A nous de le voir ou pas. A nous d’en être ou pas. C’est la bonne nouvelle que répand le film de Dany Boon à travers le pays qui l’accueille avec engouement.

    Valère STARASELSKI


     

    DE L’OBLIGATION DE MÉMOIRE ET DE L’OBLIGATION D’OUBLI

    missingL’autre  dimanche, le ciné-club des Amis du Progrès avait programmé le film «Z ». Les aléas des droits de distribution  eurent raison de sa programmation. En lieu et en place, l’animateur avait programmé un autre film remarquable de Costa-Gravas : MISSING. Ce film qui n’a pas pris une ride, retrace un fait authentique qui s’est déroulé au Chili lors du renversement de Salvador Allende, le 11 septembre 1973. Ce coup d’Etat perpétré avec la complicité des Etats-Unis et d’Henry Kissinger fit plusieurs milliers de victimes, demeure impuni.

    Au cours du débat qui suivit la projection, je me souvenais d’une conférence de presse que je donnais au centre culturel de la Posterie, où j’étais employé, le lendemain des attentats du 11 septembre à New-York. Le 12 septembre à midi, nous avions invité quelques journalistes à découvrir la nouvelle saison culturelle. J’étais flanqué du Président, Echevin socialiste de la commune, qui pria à l’assemblée de se lever afin d’observer une minute de silence en mémoire des victimes des attentas du 11 septembre. Au Président  embarrassé devant mon refus de suivre ses injonctions, je fis remarquer «que oui, j’observerais une minute de silence si l’on y associait les victimes de Pinochet, de la guerre du Vietnam, du Cambodge, du  régime des colonels en Grèce, de Batista au Nicaragua, de Salazar au Portugal, de Franco en Espagne… »

     
    A l’issue du débat j’éprouvais le même malaise. En effet, l’animateur, dont je ne mets aucunement la compétence en doute, cru bon de nous lire une longue critique négative d’un journaliste de gauche à propos de film MISSING. Cette critique prétendait que Costa-Gravas faisait dans le larmoyant et enfonçait des portes ouvertes à propos du Chili.

    Depuis plus de 60 ans, la seconde guerre mondiale se résume  au massacre systématique d’un peuple. Nous sommes priés de nous en rappeler à chaque instant. Les films et les ouvrages sur ce génocide se succèdent sans qu’un critique de gauche ou de droite ne s’émeuve pour nous signaler que l’on enfonce des portes ouvertes et que l’on fait dans le larmoyant. Devant ce génocide de la seconde guerre mondiale, les autres tragédies sont priées de se caser dans les pertes et profits de l’histoire afin de ne pas lui faire de l’ombre.

    Que les 21 millions de victimes soviétiques de la seconde guerre mondiale nous laisse dormir sur l’unique victoire américaine. De même pour tous les autres peuples victimes des pires tueries et plus atroces souffrances. Que l’on ne vienne plus nous embêter avec les victimes des régimes fascistes d’Amérique latine, des exactions de la SAVAC du Shah d’Iran. Les Palestiniens sont priés de se faire discrets, de même que les Irakiens. Je m’arrête et je vous laisse le soin d’achever la liste.

    Freddy Guidé


     

    Jean Ziegler regarde la faim en face et participe au lancement de la nouvelle campagne de FIAN

    la-faim-dans-le-mondeLe lancement de la nouvelle campagne de FIAN International “Face it –Act now” s’est déroulée la veille du 16 octobre, Journée Mondiale de l’Alimentation, consacrée cette année au Droit à l’Alimentation. Le 15 octobre 2007 ont eu lieu à Bruxelles de nombreuses actions visant à sensibiliser la population au problème de la faim. FIAN lance un appel: la faim et les violations du Droit à l’Alimentation doivent cesser!
    La faim chronique est un scandale qui passe inaperçu dans un monde d’opulence.
    Famines en Ethiopie, tremblements de terre en Turquie, ouragan en Amérique centrale: les médias ne font la une qu'avec des catastrophes naturelles ou des famines. La faim est trop souvent décrite comme une fatalité qui, du jour au lendemain, démantèle la vie. Faim, alimentation de mauvaise qualité, eau contaminée et maladies qui en découlent, ne sont pas, pour la plupart des 854 millions de personnes qui souffrent actuellement de la faim, le résultat d’une fatalité mais bien un quotidien. Chaque jour, ces millions d’enfants, de femmes et d'hommes se couchent le ventre vide. Ils ne souffrent pas seulement d'un manque de nourriture mais surtout d'un manque de contrôle ou d’accès à des ressources comme la terre, l’eau, les semences ou encore d'un manque de revenus corrects pour leur production et leur travail. 

    Vivant principalement en milieu rural, ces personnes sont souvent marginalisées et discriminées. Elles ont d’autant moins de voix dans les décisions politiques ou d’accès à la justice. Voilà pourquoi la faim est une réelle injustice. Voilà pourquoi l’alimentation est un Droit Humain; tout comme la liberté d’expression, la protection contre la torture, le droit à un procès équitable ou le droit à l’enseignement… En 1948,  les Nations Unies ont approuvé la Déclaration des Droits de l’Homme. Celle-ci reconnaît le Droit à l’Alimentation tout autant que les autres Droits.

    Raison de plus pour FIAN (Foodfirst Information and Action Network) de rappeler aux responsables des violations du Droit à l’Alimentation qu’ils ne peuvent continuer à rester aveugles. La politique et les entreprises européennes ne peuvent pas non plus s’en tirer impunément lorsqu’elles ne protègent pas les groupes vulnérables du Sud. La campagne "Face it - Act now" lancée dans 8 pays européens, dont la Belgique, demande que la politique européenne accorde plus d'importance au Droit à l’Alimentation.

     


     

     

    La Chine à l’assaut de l’Afrique
    Prédation économique par Eric Laurent

     

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    Des investissements supérieurs aux sommes injectées par la Banque Mondiale, 800 000 Chinois installés sur place…L’Afrique est en passe d’être dévorée toute crue par l’Empire du milieu.

    La croissance et même la survie économique de la Chine dépendent, paradoxalement et pour une part croissante, du continent le moins développé, l’Afrique. Pékin absorbe désormais 25 % de tout le cuivre consommé à travers le monde, 40 % du charbon, 35 % de l’acier, 10 % du pétrole et sa demande ne cesse de croître, et 90 % de tout l’aluminium. Une économie dévoreuse d’énergie, boulimique en matières premières qui s’est tout naturellement  tournée vers la région qui en est le mieux pourvue.

    Les Chinois ont lancé une véritable OPA sur l’Afrique en profitant à la fois de la perte d’influence occidentale,notamment française en Afrique de l’Ouest, et de la crise que traversent les institutions chargées de l’aide au développement : en 2007, Pékin a investi plus de 9 milliards de dollars en Afrique alors que la Banque Mondiale s’est révélée incapable d’y injecter plus de 2,5 milliards de dollars. L’organisation internationale basée à Washington tente désormais de convaincre la Chine de devenir son partenaire pour le financement des projets africains.

    La Chine à l’assaut de l’Afrique
    PieR Gajewski

    Plus de 800 000 Chinois travaillent déjà sur ce continent pour plus de 900 entreprises de toutes tailles. Ils extraient le cuivre et le cobalt en Zambie et au Congo, le platine et le chrome au Zimbabwe ; ils achètent d’énormes quantités de bois au Gabon, au Cameroun, au Mozambique, en  Guinée équatoriale et au Libéria, ainsi que l’acier, l’or, le charbon, le nickel dans tous les pays de cette zone qui en détiennent ou en produisent. L’Angola fournit la moitié du pétrole importé d’Afrique par Pékin. En  janvier 2005 le gouvernement de Luanda a bénéficié d’un prêt chinois de 2 milliards de dollars gagés sur le pétrole, qui a augmenté d’un milliard de dollars l’année suivante. Officiellement pour réparer les infrastructures déficientes.

    Les Chinois détournent le regard

    En réalité, la Chine sait qu’elle traite avec des régimes totalement corrompus qui détournent à leur profit une partie de ces sommes. En juillet 2005, la Chine et le Nigeria, autre exemple de corruption à tous les niveaux, ont signé un accord de 800 millions de dollars qui prévoit la livraison de 30 000 barils de pétrole quotidien à la Chine ; le régime nigérian a aussi octroyé à la Chine des licences de forage en échange de 4 milliards de dollars.

    Pour les nombreux dictateurs qui peuplent cette région, Pékin constitue une manne et une bénédiction : le régime chinois offre une alternative au tête à tête de plus en plus pesant et tendu avec les occidentaux, ne manifeste aucune exigence en matière de démocratie ou de bonne gouvernance, et enfin, propose gratuitement des services que ces régimes ont toujours été incapables d’offrir à leur population. Plus de 15 000 médecins chinois ont ouvert des dispensaires dans 47 États africains.

    La Chine : un généreux investisseur

    Désormais, l’Afrique fournit 1/3 du pétrole importé par Pékin. Ce qui explique qu’en 2006-2007, le Président chinois Hu Jin Tao ait visité 17 pays du continent. En 2005, le flux commercial entre la Chine et l’Afrique s’élevait à 40 milliards de dollars, il dépassera les 100 milliards de dollars avant 2010. Les réserves financières de la Chine dépassent 1 500 milliards de dollars et Pékin joue de cette puissance financière pour séduire, contrôler. En juin 2006, le Sénégal a ainsi bénéficié d’un allègement de sa dette, qui atteignait alors 20 millions de dollars.

    Par ailleurs, la Chine s’est engagée à investir 35 millions de dollars dans le dernier délire pharaonique du Président Wade, la construction du plus grand théâtre d’Afrique de l’Ouest. Aussi mauvais gestionnaire que grand mégalomane, le dirigeant sénégalais se montre très satisfait de la réactivité chinoise : « un contrat », confie-t-il, « qui était discuté et négocié pendant cinq ans avec la Banque Mondiale, est conclu en 3 mois avec les Chinois ».

    Il est vrai que pour Pékin, le temps presse. Et l’ampleur des investissements est à la mesure de cette urgence. 1 milliard de dollars ont été investis au Soudan depuis 1996, essentiellement dans le pétrole, et 500 000 barils par jour sont extraits, en grande partie par la CNPC (Chine National Petroleum Corporation), autorisée à extraire directement

    les gisements. Pékin finance et arme également les rebelles tchadiens avec, comme objectif, le contrôle des zones pétrolifères du pays.

    Vive les matières premières !

    Étendre la présence chinoise en République du Congo est devenu une autre priorité. Le plus grand pays d’Afrique est aussi l’un des plus pauvres au monde, avec un revenu annuel par habitant de 714 dollars. C’est également potentiellement le plus riche : son sous-sol recèle les plus importantes réserves mondiales de cobalt et de tantalum, un métal rare, et d’énormes gisements de cuivre, d’or, de diamants, de manganèse, d’uranium et de zinc. Un accord signé en septembre 2007 prévoit que la Chine injectera 6,5 milliards de dollars dans la construction ou l’amélioration des infrastructures du pays, ainsi que 2 milliards de dollars supplémentaires pour ouvrir ou moderniser de nouvelles mines. Dans ce pays, les Chinois concurrencent directement les grands groupes miniers occidentaux mais disposent d’un atout de poids : leurs firmes sont des entreprises publiques capables de surenchérir inlassablement pour s’adjuger les concessions. Un seul exemple : en 2006, Sinopec, l’une des 3 compagnies pétrolières chinoises, a accepté de payer 2 milliards de dollars pour exploiter le pétrole sur trois lots situés dans les eaux territoriales  angolaises. Cette stratégie rassure Pékin, quant à la stabilité de ses approvisionnements, et encourage les comportements les plus obscènes de certains dirigeants africains : depuis que du pétrole a été découvert dans la minuscule Guinée équatoriale, une ancienne colonie espagnole, la famille au pouvoir est courtisée par la Chine et les occidentaux. Malgré les gisements découverts, le niveau de vie de la population, déjà misérable, a encore chuté et le fils aîné du Président, et son successeur désigné, a pour principal préoccupation de négocier le rachat du yacht de Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft.

    http://www.bakchich.info/article3165.html


     

     Méditerranée : une Union bien fragile

    union pour la Méditerranée

    Même si la France a dû revoir à la baisse les ambitions méditerranéennes de son président, celui-ci n’en a pas réussi à rassembler la plupart des responsables politiques des deux rives à Paris. Mais  comment faire pour éviter que l’Union pour la Méditerranée s’ensable comme a échoué le processus de Barcelone dont elle a pris le relais ?
    MAURICE MAGIS

    Qui ne rêverait d’une Méditerranée qui serait, enfin, cette mare nostrum à nous tous ? Autour de laquelle, enfin, après des millénaires de conflits, règnerait enfin la paix entre des Etats réconciliés ? Entre des peuples copropriétaires d’un destin et d’un espace communs où toutes et tous iraient et viendraient vivre librement leur destin, de Barcelone au Caire et de Gaza à Marseille ? Un rêve…

    Il s’est trouvé pourtant un homme pour le mettre en paroles et musique. Le 12 février 2007, le poète lance : « La Méditerranée est pour nous tous un souvenir d’enfance où se mélangent des dieux de l’Egypte et de la Grèce, des chevaliers de croisades, de vieux temples en ruine, des sensations de chaleur sèche, de joie de vivre, des tragédies terrible pleines de sang et de fureur… » Ce Sophocle contemporain ? Nicolas Sarkozy, candidat à ce moment à la présidence de la France, et qui ne doute pas un instant de la hauteur de son destin. Qui se donne donc un objectif à la mesure de son ambition avec son projet d’Union méditerranéenne.  Une idée qui va faire naufrage. Mais tout à ses rêves, le futur élu ne veut pas voir les rochers qui parsèmeront sa route. Ulysse des temps modernes, il estime que les obstacles n’existent  que pour être dépassés.

    Pourtant, le lyrisme amphigourique ne fait pas un grand dessein. Une fois élu, Sarko devra bien le constater. L’idée, répétons-le, était pourtant belle : rompre avec « cette violence archaïque que le long travail des civilisations n’a pas réussi à éteindre » promettait l’histrion élyséen. La superbe affaire ! Sauf que, derrière ce salmigondis se dissimulait mal l’agenda caché du président mégalomane. Relancer l’idée, présente de façon centrale au cœur d’un processus lancée en 1995 à Barcelone, d’un grand marché méditerranéen favorable surtout aux entreprises du Nord. Essayer de calmer les ardeurs intégratrices d’une Turquie que Sarkozy ne veut pas voir dans notre très chrétienne Union européenne. Appâter les Etats arabes, échaudés par le soutien de la France sarkozienne à Israël et à sa politique. Le tout sous le signe du big business et dans le plus grand mépris des droits de l’homme… « En caricaturant volontairement les régimes en place et ‘les talibans’ du Maghreb’, en s’affichant avec le président libyen, en ouvrant ostensiblement les bras au président syrien, il légitime les politiques de restriction des droits humaines (…) Les premières victimes de cette pression autoritaires ne sont pas d’hypothétiques talibans, mais bien les sociétés civiles méditerranéennes » (1) constatent l’historien espagnol et l’eurodéputée socialiste Béatrice Patrie (1). Mais tout cela ne reste-t-il pas dans une certaine ligne européenne ?

    Sarko décolle

    Sauf que le petit Nicolas a franchi une ligne rouge en prétendant faire de toute cette entreprise « sa chose à lui. Oui, à lui, la Méditerranée et son pilotage ; à lui, la Méditerranée entreprise ; à lui, la Méditerranée concurrence » (2). Et qu’au passage, le président en exercice de l’Union européenne considère celle-ci comme parfaitement extérieure à son grand œuvre. « L’Union aura un Conseil de la Méditerranée comme l’Europe, son Conseil de l’Europe » dit-il. En clair, l’UM est appelée à vivre une vie distincte de celle de l’UE, celle-ci étant toutefois appelée à passer à la caisse. Une fois de plus, Sarko a décollé des flots en passant la surmultipliée. Et là, c’en est trop. Les mises en garde des grandes capitales européennes, d’abord Madrid et Rome, se succèdent. Et tombent dans l’oreille d’un sourd. Jusqu’à ce qu’en mars 2008, la chancelière allemande – avec l’appui de la Commission européenne - mette les points sur les « i ». Recalibre au canon de marine la vision de Sarkozy et impose la mise sous tutelle de Bruxelles de tout le processus.

    Début juillet, des responsables des différents pays concernés se retrouvaient à Bruxelles pour préparer la grand messe prévue pour le 13 à Paris. Obligée de recadrer ses ambitions, la France a admis un nouvel intitulé : Union pour la Méditerranée (UPM), désormais flanqué de «Partenariat de Barcelone » pour bien indiquer que le président français n’est plus le « primus inter pares » dans tout ce laborieux montage à l’avenir incertain.

    L’impasse proche-oriental

    Nicolas Sarkozy peut certes se poser pour un temps en « faiseur de paix ». Il s’enorgueillit d’avoir réintégré la Syrie dans le jeu diplomatique et obtenu de celle-ci la promesse de nouer des relations diplomatiques avec le Liban et de mener une mission de bons offices à Téhéran sur le nucléaire iranien. D’avoir réuni, le temps d’un entretien dans sa capitale, le Premier ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne. Mais les choses ont-elles bougé pour autant ?

    Concernant les relations israélo-palestiniennes, une des clés essentielles pour toute véritable politique de détente autour de la mer commune, la diplomatie française a pu mesurer  l’âpreté de la route. Il n’y a pas eu de déclaration commune. « Au dernier moment, nous avons échoué », a regretté Bernard Kouchner, sans plus de précision. Chacun a pu observer que la déclaration finale des 43 chefs d’États ne mentionne même pas le droit des Palestiniens à un État, se bornant à soutenir le processus de paix, conformément au processus d’Annapolis. Et quand Nicolas Sarkozy, qui se dit « l’ami » d’Israël et des Palestiniens, ne mentionne même pas dans son intervention le fait que la Cisjordanie est occupée, que la répression se poursuit sous diverses formes ou qu’il ne suggère même pas la levée du blocus de Gaza, Ehoud Olmert et les faucons israéliens n’ont aucune raison de se presser pour conclure une paix.

    L’échec de Barcelone

    Là n’était d’ailleurs pas l’essentiel. Comme dit plus haut, le Processus de Barcelone (dit Euromed) a désormais pris un autre nom. Pour quoi faire ? Le maître-mot de l’Union européenne reste « libre-échange » entre les deux rives de la grande mer. L’UPM, en l’état, doit s’étendre jusqu’en 2010 avec quelques projets sur la table : luttes contre les aléas climatiques, dépollution de la Méditerranée, agroalimentaire, développement de l’énergie solaire, éducations et échanges culturels… Cette Union « repose sur un principe : combler le fossé entre une Nord plutôt riche et un bassin méditerranéen beaucoup plus pauvre. Et un but : rétablir l’équilibre en assurant un espace de paix et de sécurité, améliorer le dialogue entre les deux rives » a affirmé un des sherpas de Sarkozy. Tels étaient déjà les vœux exprimés en 1995. Mais pour le professeur Bertrand Hervieu, secrétaire général du Centre international d’études agronomiques, basé à Paris,  « Au lieu de
    réduire le déficit entre pays du Sud,  l’ancien Processus de Barcelone a eu des effets catastrophiques. L’Europe espérait que l’émergence de classes moyennes allait enrichir et favoriser le développement de l’économie locale. C’est en fait l’importation de produits manufacturés venant du Nord qui a primé. Du coup, les supermarchés ont fleuri dans les plus grandes villes du Maghreb, détruisant les investissements à long terme de type céréaliers au profit de minuscules entreprises de fruits et d’agrumes peu profitables car facilement délocalisables !».

    Pour Béatrice Patrie, en tout cas, « Les résultats du partenariat Euromed ont été largement insuffisants. Aussi bien dans ses aspects politiques (développement de la démocratie, respect des droits de l’homme) qu’économiques (zone de libre-échange euro-méditerranéen) ou sociaux et culturels (dialogue des cultures), le bilan du processus de Barcelone est très éloigné des espoirs qu’il avait suscités lors de son lancement. »

    Georges Corm,  spécialiste du Moyen-Orient et de la Méditerranée et ancien ministre des Finances du Liban durant les années 1990, en a rappelé utilement l’origine. Réduits à un rôle d’appui à la politique américaine dans la région, l’Union européenne se replie sur le contrôle des migrations et la libéralisation des échanges dans la zone. « L’objectif est clair : faire converger les deux rives de la Méditerranée autour d’institutions homogènes qui établissent l’économie de marché, la libre échange (sauf pour les produits agricoles de la rive sud) et la libre circulation des capitaux (mais non des êtres humains) la gestion rigoureuse des finances publiques, l’indépendance de la banque centrale et l’orthodoxie dans la gestion monétaires. » Bref, imposer les doctrines ultralibérales (3). Si celles-ci s’imposent largement, pour le reste, le processus de Barcelone « n’a atteint ni l’objectif d’un apaisement des conflits, ni celui d’une normalisation entre Israël et ses voisins, clé d’une intégration de l’Etat juif dans son environnement méditerranéen » conclut George Corm.

    L’UPM peut-elle mieux répondre aux attentes ? Selon ses promoteurs, un de ses atouts serait la mise en œuvre de projets concrets capables d’emporter l’adhésion des peuples. En fait, elle relance des programmes déjà en cours : dépollution de la mer Méditerranée, autoroutes maritimes, système méditerranéen de protection civile, coopération dans le domaine de la recherche. Seuls le plan de développement de panneaux solaires et la mise en place d’instruments financiers de soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) apparaissent comme neufs.

    Au-delà du slogan ?

    Le projet phare de la dépollution de la Grande Bleue, jugé pierre angulaire de l’UPM de par la nécessité d’associer tous les acteurs méditerranéens n’est que la continuation du plan « Horizon 2020 » lancé en 2005 lors du sommet du 10e anniversaire du processus de Barcelone. Selon une estimation ce programme devrait coûter 2 milliards d’euros, et il n’a pas avancé, faute de fonds disponibles. De la même manière, le programme de protection civile ou d’autoroutes de la mer continueront à butter sur la question du financement, essentiellement européen. Et comme l’a cruellement noté le président algérien Abdelaziz Bouteflika, « ayant bouclé ses équilibres financiers jusqu’en 2013, l’Union européenne ne prévoit pas, à court terme, d’engagements financiers importants. Cette attitude n’est pas sans susciter des interrogations légitimes sur la volonté réelle de l’UE de contribuer de manière décisive à la mise à niveau des pays de la rive sud de la Méditerranée. »

    Au vu du caractère libéral des organismes internationaux et des investisseurs privés sollicités, il y a fort à parier que le projet de l’UPM en reste à l’objectif principal du processus de Barcelone, à savoir la création d’un espace de libre-échange (Le groupe Suez, qui se présente comme « un acteur de premier plan » en Méditerranée et affiche un chiffre d’affaires de 16 milliards d’euros dans la région… a déjà exprimé son grand intérêt pour le projet). Dans ce cadre, une union à égalité de droits des deux rives de la Méditerranée apparaît comme un leurre mais les grands groupes transnationaux se pourlèchent déjà les babines.

    Au demeurant, rapprocher les deux rives de la Méditerranée apparaîtrait comme un insupportable slogan si on ne remettait pas en cause l’Europe forteresse, dont la présidence française de l’UE veut renforcer les remparts. Immigration choisie, durcissement des conditions de rétention et des interdictions de séjour. La multiplication des mesures répressives, s’ajoutant à l’insuffisance des efforts en matière de coopération pour le développement en Afrique, risque d’avoir comme conséquences une augmentation des tentatives désespérées, et la Méditerranée continuera de charrier des corps sans vie sur les plages européennes.

    1. « Union pour la Méditerranée, étrange projet ». Libération, le 26 juin 2008.
    2. « Le naufrage de l’Union pour la Méditerranée ». Marianne, n° daté du 5 au 11 juillet 2008.
    3. « Foire d’empoigne autour de la Méditerranée », Le Monde diplomatique, juillet 2008.

    Parlons immigration

    Le Parlement de Strasbourg a adopté, le 18 juin dernier, la « directive de la honte », qui autorise les États européens à détenir jusqu’à dix-huit mois un immigré au seul motif qu’il réside de manière irrégulière sur leur territoire. Dans la foulée, un « pacte sur l’immigration et l’asile », enfanté par Nicolas Sarkozy, vise notamment à officialiser à l’échelle européenne la « politique d’immigration choisie », « en fonction des besoins du marché du travail ». L’immigration familiale doit être « mieux régulée ». Ce document, adopté par les ministres de l’Intérieur de l’UE le 7 juillet, prévoit une limitation des régularisations, et érige en principe les reconduites à la frontière. Par ailleurs, le rôle de l’agence Frontex qui contrôle les frontières de l’Union européenne doit  être renforcé.

    Cette restriction du droit d’asile en vigueur ces dernières années conduit de nombreux ressortissants de pays africains à rejoindre l’UE en rémunérant des passeurs, au péril de leur vie. Selon l’ONG Fortress Europe, au cours du seul mois de juin, 185 personnes ont trouvé la mort au large des côtes européennes. Au total, ce sont plusieurs milliers de réfugiés qui perdent la vie tous les ans dans la mer Méditerranée.
    Pourtant, seule une minorité des réfugiés parviennent en Europe. Le rapport 2007 du Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), publié en juin dernier, établit que 80 % des réfugiés restent dans leur région d’origine et que 83 % des réfugiés africains restent sur le continent. Le premier pays d’accueil est le Pakistan, loin devant avec 2,3 millions de réfugiés. La Syrie étant deuxième avec 1,5 million. Le premier pays européen est l’Allemagne, en quatrième position, avec 578 900 réfugiés. Le Royaume-Uni, deuxième pays européen en termes d’accueil, n’est que 8e avec 300 000 réfugiés.


  • Nouvelles 127-1

     

    Cinq vérités de gauche sur l’élection présidentielle américaine et sur Barack Obama

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    Point d’orgue belge de la vague d’obamania qui touche toute l’Europe, ce 4 novembre, une Obama Night a eu lieu à la Maison du Peuple de Saint Gilles, organisée par le Comité belge de soutien à Barack Obama. Le président de ce comité, Elio Di Rupo et sa co-présidente Marleen Temmerman étaient de la fête.

    A l’heure où la obamania semble être partout, où ce dernier est vu par la droite, notamment par Nicolas Sarkozy en France, comme le meilleur interlocuteur possible et par la gauche comme l’unique alternative aux néoconservateurs américains, il est sans doute utile de (re)préciser certains faits passés le plus souvent à la moulinette des médias sur l’autel d’un simplisme anti-Bush de circonstance.

    Structure du texte :

     1. Obama prône une politique économique de droite
     2. Il existe une gauche socialiste aux Etats-Unis
     3. Il existe un mouvement écologiste conséquent aux Etats-Unis
     4. Obama prône la poursuite du militarisme et de l’impérialisme étasunien
     5. Le financement privé de la campagne d’Obama fragilise la démocratie américaine
     
    En conclusion

    1.Obama prône une politique économique de droite
    2.Obama, ce n’est pas GW Bush et ce n’est pas non plus John Mc Cain, il serait stupide de le nier. Cependant, sans aller aussi loin que le (fau)con John Bolton qui l’a récemment qualifié de candidat « d’extrême-gauche » (Source), peut-on affirmer qu’il est un candidat de gauche ou, pour le moins, du centre-gauche ?

    Si les mots ont un sens, et ils en ont un à mes yeux, la réponse est catégoriquement « non » au regard de son programme économique.

    Etre de gauche, c’est savoir redistribuer les richesses. En matière fiscale et alors que plusieurs dizaines de millions d’Américains vivent dans la pauvreté, Obama refuse d’augmenter les impôts de la « middle-class » afin de financer des mesures sociales. Il promet même des réductions d’impôts alors que le pays croule déjà sous les déficits publics. Il prévoit juste de revenir sur les réductions d’impôt effectuées par G.W. Bush pour en revenir à un taux d’imposition des plus fortunés de l’ordre de 40%. Ainsi que le rappelait encore hier sur La Première John R. MacArthur, le directeur de Harper’s Magazine, ce taux était en 1964 de 9 %.

    Emission Face à l’Info du 3 novembre 2008 Par ailleurs, contrairement à Hilary Clinton qui n’est pas exactement une gauchiste, Obama s’est également prononcé contre la couverture santé universelle, et donc obligatoire, qui permettrait à chaque Américain d’être couvert Il est bon de savoir que sur 300 millions d’Américains, pas moins de 46 millions ne bénéficient pas d’une couverture maladie. Selon diverses études, la solution « bricolée » par Barack Obama laisserait au bas mot 10  % d’Américains sur le carreau.

    Etre de gauche, c’est aider en priorité les plus précarisés. Un rapport publié par Working Poor Families Project révèle que plus de 28 % des familles américaines, dont un membre ou deux travaillent, vivent dans la pauvreté. Obama axe lui son discours sur la défense de la « middle-class » et il définit celle-ci comme correspondant aux foyers qui gagnent jusqu’à 250 000 dollars par an. Alors que 50 % des ménages vivent avec moins de 50 000 dollars par an, le candidat démocrate entretient sciemment la confusion en refusant de reconnaître que les Américains gagnant entre 100 000 et 200 000 dollars (entre 65 000 et 130 000 euros) par an n’appartiennent pas à la « classe moyenne », mais aux classes supérieures. En réduisant la catégorie de celles et ceux que l’on appelle les « riches », on réduit d’autant la possibilité de trouver de l’argent pour les plus pauvres.

    Etre de gauche, c’est refuser la marchandisation de
    l’économie et c’est pour le moins circonscrire le champ d’action du secteur privé. Celui qui veut « extirper du Parti démocrate certains des excès qui l’empêchaient de gagner les élections». (Source : Barack Obama, (The Audacity of Hope, Crown, New York, 2006, p. 35) se plaît pour sa part à associer systématiquement créativité et secteur privé. Il se fait en chaque occasion le chantre du marché et du libéralisme économique.

    Etre de gauche c’est refuser la barbarie d’Etat. Obama est favorable à la peine de mort. Pire encore, il s’est rangé aux côtés de John McCain contre un arrêt de la Cour suprême visant à interdire la peine de mort s’il n’y avait pas eu meurtre.

    Etre de gauche c’est s’opposer à l’impérialisme. Obama est lui favorable comme Bush et Mac Cain à l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN. Dans le même temps, il a prononcé devant le lobby pro-israélien un discours qui s’aligne sur les positions les plus inflexibles du gouvernement d’Ehoud Olmert. Il a également vis-à-vis de l’Iran et de l’Afghanistan des visées belliqueuses.

    Etre de gauche c’est combattre la misère et pas les miséreux. Joe Biden, colistier d’Obama, a soutenu la réforme de la politique d’immigration de George Bush, et s’est prononcé en faveur d’un mur à la frontière avec le Mexique.

    Etre de gauche, c’est défendre le droit à la différence politique et idéologique. Joe Biden a voté pour le Patrioct Act, une loi répressive et liberticide (cette loi autorise notamment la détention sans limite et sans inculpation de personnes suspectées de terrorisme) proposée par les conservateurs suite aux attentats du 11 Septembre 2001.

    En France, quelques militants centristes du Modem, se sont amusés à utiliser la boussole politique (Political Compass) afin de se positionner par rapport à Barack Obama (lequel apparaît à droite avec cet outil), ils se retrouvent largement … à sa gauche.
     
    2. Il existe une gauche socialiste aux Etats-Unis

    PCALors de l’élection américaine, un candidat défendra l’abolition du Patriot Act, la fin de la torture par l’eau, le retrait des troupes américaines en Irak, une réduction des dépenses militaires, le respect du protocole de Kyoto et une politique active en matière de protection environnementale, la fin de la peine de mort, le droit à l’avortement, la fin de la vente d’armes à l’étranger par les Etats-Unis, la garantie de financement public pour les soins de santé, l’accès au logement pour tous (à travers une politique interventionniste de l’État), le remboursement de la dette des États-Unis aux Nations unies, le recours obligatoire au référendum avant toute action militaire à l’étranger, la protection du droit de grève et du droit d’appartenir à un syndicat, le droit de sanctuaire pour les immigrés en situation irrégulière ; une politique d’aide au développement des pays pauvres pour endiguer l’immigration clandestine, l’annulation de la dette du Tiers monde, un engagement de l’État dans le développement et l’amélioration des infrastructures urbaines et rurales, la mise en place d’une démocratie participative et un contrôle public démocratique sur l’économie.

     Minuscule détail, ce candidat, ce n’est pas Barack Obama mais Brian Moore du Parti Socialiste des Etats-Unis, un parti qui prône des changements progressifs compatibles avec un futur socialiste. Brian Moore est détenteur d’un Master en administration publique à l’Université d’État de l’Arizona. Après ses études, il a traduit concrètement son engagement d’homme de gauche. En 1969, il a ainsi rejoint le Corps de la Paix et a participé à des projets de développement d’infrastructures dans des quartiers pauvres, notamment en Bolivie, au Panama, au Pérou, en Équateur, au Brésil, au Guatemala, en Colombie et en Tanzanie.

    Comment comprendre qu’Elio Di Rupo ait déclaré récemment dans le journal Le Soir, « Obama. C’est le candidat le plus proche de mon programme politique », ajoutant « Je suis persuadé qu’il pourra mener les Etats-Unis, mais aussi le reste du monde, vers beaucoup plus de stabilité et de justice sociale. » ? Ceci va bien au-delà du choix de raison, c’est bien d’une convergence idéologique dont Elio Di Rupo fait part, une convergence dont témoigne son poste de président du Comité de soutien à Obama.

    Comme les jeunes militants du MoDem, j’ai réalisé le test Political Compass et fort logiquement je me retrouve le plus proche de Brian Moore (Je suis apparemment un peu plus libertaire).
     
    Où se trouvent les camarades socialistes membres du comité de soutien de Barack Obama tels Sfia Bouarfa, Karine Lalieux, Didier Donfut, Paul Magnette ou Marie Arena ? Si comme je l’espère ils sont plutôt à gauche, pourquoi appellent-ils à voter pour un candidat de droite ?

    Il faut en toute circonstance refuser la bipolarisation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui et largement entretenue par la plupart des médias. Cette élection n’aurait jamais dû se résumer à un duel Mc Cain-Obama car il n’y a pas deux mais dix candidats. Il aurait dû s’agir d’un combat « à la régulière » entre ceux-ci. La bipolarisation et la mise en avant de deux candidats qui proposent l’alternance et non l’alternative atrophie à dessein un véritable débat politique et idéologique. Qui sait qu’il y a aux Etats-Unis un Parti Réformateur qui présentera un candidat à cette élection ?

    Qui connait Roger Calero, le candidat trotskyste du Parti socialiste des Travailleurs ? Et le libertarien Bob Barr ?
     
    3. Il existe un mouvement écologiste conséquent aux Etats-Unis

    ralph-nader_236Dans le comité obamaniaque belge, on trouve également de nombreuses figures ECOLO dont notamment José Daras, Christos Doulkeridis, Isabelle Durant et même Bernard Wesphael,

    Pour peu qu’il eut été question d’une élection entre Mc Cain et Obama uniquement, cela eut pu sembler un choix évident. Mais ce n’est pas le cas. Sur dix candidats à la présidence, deux candidats écologistes se présenteront à ces élections.

    Il y a tout d’abord Cynthia McKinney, candidate du Parti vert des Etats-Unis qui est en fait une coalition de tous les petits partis verts de chaque État. Ce parti de centre-gauche présente un programme très semblable à celui d’ECOLO avec pour préoccupations principales la démocratie, la justice sociale, l’environnement et l’économie. Point de programme intéressant, ils sont favorables à une diminution de moitié des dépenses militaires. Faut-il préciser que ce n’est pas le cas de Barack Obama ? Peut-être Bernard Wesphael n’a-t-il pas lu complètement leur programme dans lequel ils rappellent par exemple qu’ils sont favorables à la
    tenue de référendums populaires, le genre de référendums que lui comme moi aurions aimé avoir pour la Constitution Européenne.

    Pour les écologistes qui ne trouveraient pas Cynthia McKinney suffisamment « à gauche », il existe même une alternative en la personne de Ralf Nader. Celui qui a été candidat des verts à deux reprises et a réalisé plus de 2 millions de voix en 2000 est candidat indépendant (avec le soutien de nombreux verts) pour cette élection. Nader est un militant anti-nucléaire de longue date (depuis 1976). Il travaille également depuis plus de 40 ans à la protection des consommateurs face aux multinationales. Son combat contre General Motors l’a notamment rendu célèbre.

    4. Obama prône la poursuite du militarisme et de l’impérialisme étasunien Contrairement à ce que l’on entend très souvent, un des aspects les plus inquiétants de la politique prônée par Barack Obama concerne les affaires étrangères. Dans un Edito du Monde Diplomatique, Serge Halimi cite par exemple Barack Obama déclarant « Je construirai, une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar. » (Source: Barack Obama, « Renewing American leadership », Foreign Affairs, New York, Juillet 2007.)

    Que ce soit sur l’Afghanistan (il veut y renforcer les troupes), l’Iran (Obama a menacé l’Iran d’un conflit si Téhéran n’était pas prêt à abandonner tout enrichissement d’uranium sur son propre territoire ce que l’Iran n’acceptera jamais comme préalable à une négociation) ou Israël (il s’est prononcé en faveur du maintien de Jérusalem comme capitale unique et non divisée d’Israël sous contrôle israélien et a notamment déclaré que le rôle d’Ariel Sharon avait toujours été « important et constructif » dans le conflit israélo-palestinien), les positions de Barack Obama ne diffèrent pas fondamentalement de celles des faucons de l’administration Bush. Même sur le retrait d’Irak, il demeure extrêmement évasif.

    Il est à cela une explication relativement simple, le principal conseiller de Barack Obama en cette matière et possible successeur de Condeleeza Rice n’est autre que Dennis Ross qui a servi au Conseil de sécurité nationale de Ronald Reagan et notamment dans le staff du néoconservateur Paul Wolfowitz, pour ensuite devenir le Directeur du planning du Département d’Etat sous James Baker, secrétaire d’Etat dans l’administration de Bush père (Source). Le conseiller du candidat démocrate est en outre le co-fondateur du Washington Institute for Near East Policy, un think-tank établi par le lobby AIPAC (The American Israël Public Affairs Committee) qui prône une ligne pro-israélienne dure 
     
    obama-dollar5. Le financement privé de la campagne d’Obama fragilise la démocratie américaine La démocratie c’est d’abord de partir de la même ligne pour un scrutin. Aux Etats-Unis plus encore que chez nous, c’est loin d’être le cas. L’argent est roi. C’est lui qui rend possible une candidature. C’est lui qui fait gagner.

    Pour financer sa campagne, Barack Obama a « levé » pas moins de 600 millions de dollars ce qui constitue un record absolu. Une enquête du Washington Post en date du 22 octobre et intitulée « Big Donors Drive Obama’s Money Edge  » (Littéralement : « Les gros donateurs sont la force motrice du fric d’Obama ») démontre que « seul un quart de ces 600 millions provient du “petit peuple” ». Pour le reste, Barack Obama a été largement financé par le milieu financier de Wall-Street et notamment les banques d’affaires comme Goldman Sachs (plus de 700.000 dollars). Le conseiller principal d’Obama sur les questions économiques est d’ailleurs un ancien PDG de Goldman Sachs. Certains lobbies comme celui des cigarettes le trouvent plus conciliant que John Mc Cain.

    Et pour récolter des fonds, l’équipe d’Obama n’aura pas lésiné sur les moyens. La collusion avec l’élite économique aura également été totale. Au courant du mois d’octobre, les riches donateurs pouvaient ainsi s’offrir pour des sommes variant de 5.000 à 30.000 dollars par personne des déjeuners et des soirées avec les principaux conseillers d’Obama, ceux qui seront aux commandes s’il est élu et qui pourront influencer ses décisions. Le magazine Politico a ainsi révélé le 29 octobre l’existence d’une longue liste de conseillers et d’intimes d’Obama se prêtant à ces fructueuses sauteries.

    Avec cet argent, Obama s’est notamment offert le 29 octobre dernier 27 minutes de pure propagande diffusée simultanément sur les sept grandes chaînes du pays. Il aura au total diffusé quatre fois plus de spots publicitaires que son rival républicain dans les 18 Etats clés dont dépend l’élection. Par rapport aux autres candidats … on ne compte même plus ! Croulant littéralement sous l’argent de ses « intéressés donateurs », Barack Obama a annoncé qu’il renonçait au versement par l’Etat d’un montant donné (environ 84 millions de dollars en 2008). C’est un fait exceptionnel et il est dû au fait que la somme allouée à chacun des deux grands rivaux, l’est en échange de leur acceptation d’un plafond de dépenses équivalant à la somme reçue. C’est également un précédent dangereux.
     
    En conclusion

    Barack Obama c’est beaucoup de paroles mais, comme disent les Américains : « where is the beef ? » (Littéralement : « Où est la viande ? ») C’est-à-dire, où sont les propositions concrètes en matière de politique économique ou de politique étrangère ?

     Si Sarkozy en France ou Didier Reynders en Belgique soutiennent Obama, ils ont pour cela de bonnes raisons. Au regard des critères qui avaient encore cours il n’y a pas si longtemps avant que ne sévissent un peu partout les socialistes « décomplexés et modernes » grands pourfendeurs des « archaïques », Obama peut être clairement classé comme un "homme de droite" Obama et Mc Cain (et plus encore le pitbull créationniste Sarah Palin) est-ce bonnet bleu et bleu bonnet ? Non. Mais il n’est pas besoin pour combattre la droite extrême républicaine de fantasmer un Obama de gauche qui n’existe pas.

    Parlons alors simplement d’un vote utile comme pour le duel Chirac-Le Pen en 2002. Si la démocratie a un sens, la différence majeure est cependant qu’il n’y a en l’occurrence pas deux mais dix candidats, dont plusieurs de gauche. Certains voudraient voir en Barack Obama le nouveau Martin Luther King. Il serait temps qu’ils retombent les pieds sur terre. Quand le premier a restreint le changement à un slogan creux matraqué à coups de pubs financées par l’élite économique, le second avait lui décidé de véritablement questionner et combattre la présence aux Etats-Unis de quarante millions de pauvres, ce qui le conduisait « à interroger le système économique, à réclamer une meilleure répartition des richesses, à mettre en cause l’économie capitaliste ».

    Maurice Magis


     

    60 ans de dépossession, 40 ans d’occupation


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    En 2008, l’Etat d’Israël fêtera ses 60 ans d’existence mais les Palestiniens n’ont toujours pas d’Etat et attendent toujours de pouvoir exercer leur droit à l’autodétermination.

     En 1947, alors que l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait le plan de partage de la Palestine, des villages palestiniens étaient attaqués, et des populations terrorisées étaient poussées à fuir leurs terres. Entre 1947 et les armistices de 1949, ce sont, au total, entre 700.000 et 900.000 Palestiniens qui seront chassés de chez eux et plus de 400 villages détruits, dans un cadre largement planifié.

    Depuis sa création, en 1948, Israël a pour but d’étendre sa souveraineté sur l’ensemble du territoire de la Palestine historique. Lors de la guerre de 1967, Israël a occupé Jérusalem-Est, la Cisjordanie, la bande de Gaza et le Golan syrien. Depuis, le grignotage des terres n’a jamais cessé que ce soit par l’annexion illégale de Jérusalem-Est, par la création et l’extension des colonies, par la construction du mur, par les confiscations de terres sous divers prétextes sécuritaires. L’asphyxie économique et le vol des ressources des Territoires palestiniens occupés ne sont plus à démontrer. Leur fragmentation planifiée non plus.

    La communauté internationale porte une lourde responsabilité dans cette situation. Afin de ne pas heurter Israël, et malgré les multiples résolutions de l’ONU réglant notamment le problème des réfugiés, rien n’a été fait pour contraindre cet Etat à respecter la légalité internationale.

    Par ailleurs, alors que la situation d’occupation perdure dans les conditions que l’on sait, les Etats membres des Nations Unies n’assument pas leurs responsabilités en tant que signataires de la Quatrième Convention de Genève de 1949 relative à la protection des civils en temps de guerre.

    La région a besoin de stabilité et de justice pour assurer la sécurité de tous. Pour cette raison, la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël est nécessaire. Lors des accords d’Oslo, la création de l’Etat palestinien était prévue pour 1999. Dans le cadre de la Feuille de route, on l’envisageait pour 2005. Mais il n’a toujours pas vu le jour. Depuis 60 ans, les réfugiés palestiniens, ceux de 1948 et de 1967, qu’ils soient dans les Territoires palestiniens occupés ou ailleurs (notamment au Liban, en Jordanie et en Syrie), attendent qu’on leur rende justice.

    Alors que la résolution 194(III) des Nations Unies, adoptée le 11/12/1948, leur reconnaît le droit au retour, et bien que les nouveaux historiens israéliens aient établi la responsabilité des milices juives et puis de l’armée israélienne dans leur exode forcé, les réfugiés palestiniens vivent toujours en exil et sont interdits de retour.

    Nous demandons donc instamment au gouvernement belge d’oeuvrer au sein de l’Union européenne et des institutions internationales dont la Belgique est membre pour une solution juste et durable au Moyen-Orient, en tirant les leçons de l’échec des différents processus de paix.

    Les priorités doivent dès lors être les suivantes :

    - prendre des mesures urgentes pour contraindre l’Etat israélien à se retirer des Territoires occupés en 1967, à démanteler toutes les colonies israéliennes de Cisjordanie et de Jérusalem-Est et à démanteler le Mur construit en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ;

    - agir pour la relance des négociations entre Israéliens et Palestiniens qui aient pour objectifs la création - aux côtés de l’Etat israélien - d’un Etat palestinien viable, continu et indépendant dans les « frontières » de 1967 avec Jérusalem-Est pour capitale ;

    - demander à Israël de reconnaître sa responsabilité dans le problème des réfugiés et entamer les négociations sur la base de la résolution 194(III) de l’AG des Nations Unies.

    - prendre des mesures urgentes pour lever le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza - punition collective de la société civile en violation avec le droit international.

    Extrait des Amitiés Belgique - Palestine

     


    Krach

     

     

    30720a-fortis_pourrait_ceder_des_activitesFortis, qui a frôlé la faillite avant d’être rachetée par BNP Paribas, avait invité à déjeuner, en plein vendredi noir, une cinquantaine de courtiers partenaires de sa branche assurance. Pas n’importe où, mais au Louis XI, restaurant grand de luxe d’Alain Ducasse,  sis à l’Hôtel de Paris de Monaco. Pour la bagatelle de 150.000 euros, ces privilégiés ont eu droit à un déjeuner de rêve : homard au bouillon de châtaignes, risotto aux cèpes, poitrine de pigeonneau et petit dessert. Le tout sobrement arrosé de Sancerre, de Margaux et de Puligny.

    Fortis a tenu à préciser : « L’événement était prévu depuis des mois, et s’inscrit dans le cadre d’actions commerciales habituelles. » Et de soutien à l’hôtellerie de luxe ?



    32007a-dexia_pertes_importantes_au_3e_trimestre
    ■ Selon « Le Monde », Dexia, autre groupe renfloué, avait tenu salon la veille, dans un restaurant pour un dîner estimé à 200.000 euros. Une petite sauterie pour son comité de direction à l’occasion de la naissance d’une filiale monégasque de la branche spécialisée dans la gestion de la fortune. « Ce n’est pas une fête, mais une séance de travail », a corrigé sans rire une porte-parole du groupe. Au prix de la séance, on comprend que le travail de Dexia coûte cher aux contribuables …

     

    Le Canard enchaîné


     

     La pauvreté aux USA

     

     

    budgetusa140708Alors que les dépenses militaires augmentent sans cesse, 1,1 million d'Américains ont, entre 2003 et 2004, rejoint les personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. C'est le Census Bureau, organisme officiel de statistiques, qui l’annonce. Fin 2004, 12,7 % de la population vivaient dans une grande précarité. En même temps, les classes moyennes sont en diminution constante, et les 5 % de la population aux revenus les plus élevés disposent d'une part croissante (22 %) de l'ensemble des revenus.

    Extrait du JDM


    Méfiez-vous de l'huile Lesieur

     

    La  société Saipol, propriétaire de la marque Lesieur et grossiste en huile, a  acheté à vil prix un lot de 40.000 tonnes d’huile de tournesol  ukrainienne.

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    (A tout ce qui est dénoncé plus bas, n’oublions pas que l’Ukraine est la région de Tchernobyl qui reste aujourd’hui largement contaminée)…..

    Exerçant son métier, cette société a revendu avec profit cette huile à d’autres multinationales de l’agroalimentaire.  Un contrôle a posteriori a mis en évidence la présence frauduleuse, dans ce lot, d’huile minérale destinée à la lubrification des moteurs. Même s’il n’est pas établi que ce mélange peu ragoûtant soit méchamment  toxique, eussions nous eu affaire à des gens responsables que ce lot eût  immédiatement rejoint la seule destination qui lui seyait : la  poubelle.

    Que croyez-vous qu’il arriva ? Ces empoisonneurs dont l’avidité autant que la veulerie sont sans limite, ont néanmoins décidé  d’utiliser sciemment cette huile pour composer leurs produits. Le pire, c’est qu’ils ont eu l’accord des autorités  (françaises et européennes) qui ont décrété que tant que les produits  n’en contenaient pas plus de 10 %, personne ne devait tomber trop  malade. Ils ont 40 000 tonnes à écouler, un peu plus de 5 000 tonnes pour la  seule France. Cela fait environ 100 grammes de saloperie par  habitant à faire ingurgiter !

    La Grèce, dont les autorités  semblent moins irresponsables que les nôtres, vient de réagir et d’interdire l’utilisation de tous les lots depuis le 1er  janvier. Mais chez nous, dans nos hypermarchés, il y a donc en ce moment des produits contaminés à l’huile de moteur !

    Pouvons-nous identifier marques et produits ?

    Lesieur, bien évidemment, puisqu’elle est à l’origine du problème, et toutes les marques du groupe : Fruit d’or, Epi  d’or, Frial, Isio  4, Oll, Carapelli, Saupiquet

    Toutes les marques du  groupe Unilever : par  exemple : Amora, Planta  Fin, Maille, Knorr, Magnum, Miko

    Les produits  les plus  susceptibles de contenir de l’huile empoisonnée sont les  suivants : - Mayonnaise, tarama, sauce  béarnaise, chips, vinaigrette allégée, surimi, céleri  rémoulade, soupe de poisson en conserve, poisson pané, paupiettes  de veau, thon et sardines à l’huile, pâtes à tartiner  chocolatées, gaufrettes à la confiture, barres céréalières et  sucrées, pour les enfants, cookies,…

    Vous pouvez  téléphoner au service consommateurs de Lesieur au  0 810 193 702 pour demander des  précisions ! Il semblerait  que tous les lots dont la DLUO est avril et mai 2009 soient rappelés …

    Que vont-ils faire de plus de 40 000 000 litres d’huile frelatée ??? Le nombre  d’appels sera déterminant pour que la transparence se fasse.  Merci.

    Source : C’est le  Canard Enchaîné qui a révélé l’affaire il y a 2 semaines, avec des  reprises le jour même dans la presse nationale. Puis plus rien, tout le  monde s’en fout.

    Réflexion : La semaine dernière, le Canard publie une liste de  marques et des types de produits concernés. Aucune réaction cette  fois. Enfin hier, le Canard publie des notes internes de l’ANIA (Association Nationale des Industries Alimentaires), qui montrent  l’envers du décor, comment les industriels vivent la crise, en chiant  dans leur froc et priant que l’info ne soit pas reprise et que le temps  efface rapidement cette histoire. Il a été décidé hier en  réunion de crise à l’ANIA de ne pas répondre au Canard enchaîné  formellement. Un projet de communiqué de presse, préparé la semaine  dernière, a été réactualisé. Le communiqué de presse ne sera pas  diffusé en proactif. Nous attendons la prochaine parution du Canard  Enchaîné et les éventuelles reprises par la presse pour réagir.

    Par rapport à l’article de  mercredi dernier, cette nouvelle parution n’apporte pas d’éléments clé supplémentaires et n’est pas à la Une du journal. En revanche, de  nombreuses marques sont citées, ainsi qu’une liste à la Prévert de  nombreux produits incorporant de l’huile de tournesol, ce qui n’était  pas le cas la semaine dernière mais que l’on craignait.

    Ces gens là sont capables d’importer  n’importe quelle denrée alimentaire de l’autre bout du monde, dans le  seul but de gagner de l’argent. Ils n’ont plus la moindre emprise sur la  “traçabilité” des produits qu’ils achètent ainsi, qui peuvent être  trafiqués, bourrés de pesticides ou autres. Et  qu’ils ne viennent pas prétendre le contraire, puisque cette sombre  affaire en fournit une preuve éclatante.

    D’ailleurs un produit  importé au prix le plus bas est une quasi certitude de mauvaise qualité  doublée d’exploitation des humains qui ont servi à le produire, triplée  d’une pression sur l’emploi et le salaire des salariés français. Ce  sont les mêmes qui vendent leurs produits au prix fort en geignant sur  la hausse des matières premières, et nous gavent de pubs ineptes avec  enfants blonds et mamans épanouies qui éprouvent un plaisir intense à  bouffer leurs saloperies suremballées dans d’affriolants plastiques aux  couleurs vives. Il faut lutter contre ces pratiques ! Comme on l’a vu, leur plus grande trouille est  que le nom des marques s’ébruite, ce qui pourrait occasionner une baisse  de leurs ventes et de leurs sacro-saints profits, qui les aveuglent à un  point tel qu’ils sont capables pour cela d’empoisonner leurs clients  sans remords.


    Compte rendu de la conférence-débat: "Pourquoi la décroissance?"

    decroissanceNous étions une petite trentaine venus assister à la conférence sur le thème de la décroissance avec comme orateurs Pierre Eyben, secrétaire de la fédération liégeoise du Parti Communiste, Xavier Dupret, économiste du GRESEA et Paul Lannoye, ancien député européen Ecolo.

    Premier à prendre la parole, Paul Lannoye confirme qu’après avoir été l’un des initiateurs de la transformation du mouvement Ecolo en parti, il a pris ses distances il y a quelques années vis-à-vis d’Ecolo.

    lannoye_angers%20Adepte de la décroissance, il en vient ensuite immédiatement à nous détailler ses raisons de l’impasse du mode de vie actuel. Notre société produit des dégâts et des risques écologiques de plus en plus importants pour lesquels aucune solution n’est proposée. Le mode de vie des pays les plus industrialisés, en gros les pays du G8 et les pays émergents, n’est pas tenable en regard des capacités de la planète et de la perpétuation des écosystèmes. L’effet de serre ne constitue pas à ses yeux le phénomène le plus grave. Il pense plutôt à la disparition de la biodiversité. Ne se réclamant pas de l’environnementalisme, il conteste le mode de production et de consommation en observant que les ressources sont limitées. En exemple, le pétrole dont le pic d’exploitation serait déjà atteint, les réserves à découvrir étant estimée à 10, 20 % du total des gisements. Notre assuétude au pétrole limité rend la base du système économique précaire. La pénurie des produits pétroliers doit nous engager à en prélever moins et à consommer d’autres énergies dont les énergies renouvelables. A ce propos, la quantité produite par le soleil est incroyablement importante, en tout cas très largement au-dessus de nos besoins.

    Les difficultés de développement du tiers-monde résultent d’une insuffisance de ressources. En effet, les pays développés consomment la majorité de celles-ci. La croissance accentue les écarts de développement. De plus, les élites des pays en voie de développement appliquent les politiques prônées par les multinationales.

    Les forces dominantes de nos sociétés ne mettront pas en œuvre une décroissance matérielle et une croissance du bien-être. La création de produits non durables, la consommation à outrance, l’ouverture des marchés exigeant des conditions sociales détestables (Chine par ex.), elles-mêmes engendrant une consommation de «mauvais» produits vu le manque de revenus. Le renouvellement de biens tels le GSM est incessant. Enfin, la libéralisation économique génère des désastres sociaux et écologiques.

    DupretSecond intervenant Xavier Dupret défend le concept d’éco-socialisme. Pour sa part, il estime que le concept de décroissance ne peut être appréhendé par la science économique car il ne peut être évalué par des indicateurs économiques. Il en appelle d’ailleurs à la création d’indicateurs économiques pour évaluer une société de décroissance. Pour lui, l’utilisation de l’indicateur de développement humain est insuffisant.

    Il relève que tous les « décroissancistes » ne sont pas anticapitalistes. Pourtant c’est la rentabilisation du capital qui produit une consommation à outrance. Les « décroissancistes » ne peuvent donc s’exempter d’une critique du capitalisme et de sa suppression. Il défend également l’idée de progrès social parce qu’elle participe du bien-être de la population. La décroissance résultera d’un processus de socialisation des moyens de production.

    Il redoute que la prochaine bulle spéculative soit après celles de l’internet et de l’immobilier, celle des énergies renouvelables.

    db_EybenEnfin, Pierre Eyben quant à lui est un partisan de l’écosocialisme (selon le sociologue Michaël Löwy, courant de pensée et d’action écologique qui fait siens les acquis fondamentaux du marxisme tout en le débarrassant de ses scories productivistes).

    Il relève d’abord l’opposition entre valeur d’échange et valeur d’usage.

    Pour lutter contre le réchauffement climatique, la pollution de l’air due principalement aux émissions des voitures, la pollution des sols, notamment des nappes phréatiques mais aussi la pollution médiatique avec la publicité (les budgets publicitaires ont augmenté de 300 % en dix ans en totale disproportion par rapport à l’économie réelle entraînant le renforcement des conduites d’achat compulsif), le productivisme, les initiatives individuelles sont insuffisantes. Une remise en question du système s’impose. 
     
    Les « décroissancistes » ont indubitablement soulevé pas mal de questions pertinentes: la finitude des ressources, la critique du développement durable, la
    remise en cause du capitalisme, l’effet rebond en économie (l’apparition de nouvelles technologies n’entraîne pas nécessairement une diminution de consommation d’énergie ou de ressources car les consommateurs profitent des réductions de coût pour consommer davantage), la logique du toujours mieux qui peut engendrer le pis (ex: l’informatique (et les imprimantes) qui devait entraîner une diminution de la consommation de papiers, les voitures «vertes» qui ont nécessité pour sa fabrication des matières non prises en compte dans l‘impact écologique).

    Pierre Eyben a ensuite parlé de la notion d’empreinte écologique (impact des activités humaines sur les écosystèmes et la planète).

    Comme outil d’évaluation d’une société, il plaide pour l’indice de développement humain qui tient compte de l’espérance de vie. Ainsi, Cuba possède un bon niveau de développement humain.

    Il en vient ensuite à remettre en question le mode de production (qui, pourquoi, comment,…). Ce sont les citoyens qui déterminent les biens qui sont produits.

    Le concept de développement durable n’est pas acceptable car il signifie produire plus. Il cite le boss de British Petroleum France, Michel De Fabiani qui avait affirmé: «Le développement durable, c’est tout d’abord produire plus d’énergie, plus de pétrole, plus de gaz, peut-être plus de charbon et de nucléaire, et certainement plus d’énergies renouvelables. Dans le même temps, il faut s’assurer que cela ne se fasse pas au détriment de l’environnement.»

    Pierre Eyben dénonce l’assimilation des courants de la Deep Ecology (forme d’environnementalisme qui préconise des mesures radicales pour protéger l’environnement naturel indépendamment de leurs effets sur le bien-être des gens) et la décroissance. Il critique la décroissance absolue et défend l’idée d’objection de croissance.

    Revenant sur l’insuffisance des initiatives individuelles, il dénonce le manque manifeste d’alternatives de consommation (p. e. transports) et l’absence de remise en cause du fonctionnement systémique.

    Il défend comme les « décroissancistes » une relocalisation économique contre la mondialisation capitaliste. Il défend la planification de la production avec une forte décentralisation, une économie des besoins (valeur d’usage des biens et services), les services publics qui seuls peuvent défendre une logique du long terme (voir la Poste et sa politique de transports par route du courrier).

    Pierre Eyben enfin défend aussi les notions de progrès social et technique. Pour les progrès techniques, il faudrait le libérer des contraintes du marché qui ne considèrent que la profitabilité et le court terme.

    Gonsette Jean-François



    Table ronde : « Pourquoi la décroissance ? »


     

    décroissance

    Texte introductif présenté par notre camarade Claude Lambrichts en ouverture des débats.

    La décroissance est une idée neuve en Europe. Neuve, mais pas récente. Le mot est apparu en 1974, et le concept a continué son petit bonhomme de chemin jusqu’en 2004, moment où est né le bimestriel « La Décroissance ». La même année, Patrick Braouezec, député du PCF, est le premier à faire état à l’Assemblée nationale de la nécessité d’une décroissance soutenable et solidaire. Depuis lors, la question a trouvé une peu d’espace dans la presse .J’ai relevé un numéro du supplément hebdomadaire du Monde du 25-03-2006, un numéro des cahiers marxistes de mai/juin 2007, un dossier spécial du Courrier International du 2-01-2008. Il en existe sans doute d’autres.

    Parallèlement, la question écologique a continué de pénétrer dans tous les milieux, même dans ceux qui auraient pu paraître moins réceptifs. C’est ainsi que l’hebdomadaire du PCF Révolution – aujourd’hui disparu- a publié dans son numéro du 19 mai 1989, en guise de chapeau à un article intitulé Rouge et Vert, le texte suivant : « D’élections municipales en scrutin européen, l’écologie reste à la mode. Mais en rester là serait erroné et surtout dangereux. On peut sans risque parier sa tête sur la pérennité du thème écologique … Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est la planète entière qui est à présent soumise à une logique d’exploitation des ressources … », et l’auteur de l’article poursuivait en écrivant : « Les ressources de la Terre ne sont pas inépuisables, il faut apprendre à les gérer. », texte, je le rappelle, de 1989.

    Pour beaucoup d’entre nous, au commencement était Marx, dont on ne va pas faire le premier écologiste. On ne va pas non plus lui reprocher de ne pas l’avoir été. Qu’a-t-il dit qui pourrait relever de l’écologie ? Par exemple que : « La production capitaliste, en développant la technologie et en réunissant dans un ensemble social l’action de divers processus, ne fait qu’épuiser les sources originaires de toute richesse : la terre et le travailleur » (Le Capital, livre un). A ma connaissance, Marx ne s’est pas intéressé au problème des biens qu’une société devait produire. Voici comment il voyait que les choses se passeraient dans la société communiste : « … L’homme social, les producteurs associés, règlent de façon rationnelle leurs échanges avec la nature, et les soumettent à leur contrôle collectif au lieu de se laisser aveuglément dominer par eux. Et ils accomplissent ces échanges avec le moins d’efforts possible et dans les conditions les plus dignes et les plus adéquates à leur nature humaine  ».

    Comment cela se passait-il avant l’ère industrielle ? Bernard Stiegler décrit le processus de cette façon : « Pendant des centaines de milliers d’années, les modèles comportementaux (le langage, l’éducation des enfants, l’hygiène, les comportements amoureux, l’alimentation … l’existence humaine n’est que comportement) étaient inventés par le groupe de manière empirique et totalement inconsciemment …

    A partir du XIX siècle, quelque chose se transforme en profondeur : c’est l’apparition du monde industriel. Ce monde industriel a pour caractéristique de faire apparaître des produits nouveaux que personne n’a demandés. Avant, les produits qui apparaissaient avaient toujours été suscités par des gens, par des groupes … au moins eux le demandaient ». Un écrivain a trouvé une formule saisissante : « Le capitalisme ne se conforme pas aux besoins, il les a presque tous créés ». La société industrielle capitaliste a été une rupture dont on voit maintenant quels dégâts elle a occasionnés, alors qu’on ne voyait que ce qu’elle apportait de positif (ou perçu comme tel).

    C’est à ce moment qu’apparaît la notion de décroissance, qui se décrit elle-même comme produit d’une longue histoire, celle de la pensée critique de l’aliénation, celle de la critique de la société de consommation et de la société du spectacle.

    Qu’est-ce qui, selon ses partisans, justifie qu’on prône la décroissance ?

    - La notion pernicieuse que constitue le mythe de
    croissance infinie (nous vivons dans un monde limité au point de vue espace et ressources).

    - La notion d’empreinte écologique : c’est la surface de sol nécessaire pour soutenir un mode de vie donné. Par exemple, si tous les habitants de la planète vivaient comme des Européens, nous consommerions trois planètes. Les pays riches consomment 80% des ressources naturelles de la planète, alors qu’ils ne représentent que 20% de la population mondiale. Comme les ressources ne sont pas illimitées, il faut que nous consommions moins pour que les autres consomment plus.

    - L’activité humaine exerce une telle pression sur les fonctions naturelles de la terre que la capacité des écosystèmes de la planète à répondre aux besoins des générations futures ne peut plus être considérée comme acquise.

    - L’environnement est bouleversé d’une manière dramatique : perte des zones humides, déforestation, effondrement de nombreux stocks de poissons, érosions des sols, disparition des espèces.

    - La déplétion des ressources : eau, pétrole, gaz et autres énergies. Si nous persistons à vouloir consommer toutes les énergies fossiles jusqu’au dernier gramme, c’est le réchauffement climatique que nous favoriserons d’autant plus.

    Ce ne sont que quelques exemples … Ce qui doit retenir notre attention, c’est que la décroissance entend dénoncer l’imposture que constitue l’idéologie capitaliste de la croissance matérielle et illimitée.

    En conclusion, l’auteur du livre « La décroissance pour tous », Nicolas Raudoux – que j’ai utilisé – cite une réflexion d’Einstein qui comblera d’aise : « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ».

     


     

     

  • Nouvelles 126-2

    Le curieux "paradis" du Dalaï Lama et comment il s'est transformé en mythe hollywoodien
    Domenico 
    Losurdo

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    l
    ébré et transfiguré par la cinématographie hollywoodienne, le Dalaï Lama continue sans aucun doute à jouir d’une vaste popularité: son dernier voyage en Italie s’est terminé solennellement par une photo de groupe avec les dirigeants des partis de centre-gauche, qui ont ainsi voulu témoigner estime et révérence à l’égard du champion de la lutte de « libération du peuple tibétain».
                
    Mais qui est réellement le Dalaï Lama ? Disons déjà, pour commencer, qu’il n’est pas né dans le Tibet historique, mais dans un territoire incontestablement chinois, très exactement dans la province de Amdo qui, en 1935, année de sa naissance, était administrée par le Kuomintang. En famille, on parlait un dialecte régional chinois, si bien que notre héros apprend le tibétain comme une langue étrangère, et est obligé de l’apprendre à partir de l’âge de trois ans, c’est-à-dire à partir du moment où, reconnu comme l’incarnation du 13ème Dalaï Lama, il est enlevé à sa famille et enfermé dans un couvent, pour être soumis à l’influence exclusive des moines qui lui enseignent à se sentir, à penser, à écrire, à parler et à se comporter comme le Dieu-roi des Tibétains, c’est-à-dire comme Sa Sainteté. 
                 
    1.     Un « paradis » terrifiant
                 
    Je tire ces informations d’un livre (Heinrich Harrer, Sept ans au Tibet, diverses éditions en français autour du film de J-J. Annaud, je reprends ici la notation des pages de l’auteur de l’article dans la version italienne du livre, chez Mondadori, NdT) qui a même un caractère semi-officiel (il se conclut sur un « Message » dans lequel le Dalaï Lama exprime sa gratitude à l’auteur) et qui a énormément contribué à la construction du mythe hollywoodien. Il s’agit d’un texte, à sa façon, extraordinaire, qui réussit à transformer même les détails les plus inquiétants en  chapitres d’histoire sacrée.

    En 1946, Harrer rencontre à Lhassa les parents du Dalaï Lama, qui s’y sont transférés désormais depuis de nombreuses années, abandonnant leur Amdo natal. Cependant, ceux-ci ne sont toujours pas devenus Tibétains : ils boivent du thé à la chinoise, continuent à parler un dialecte chinois et, pour se comprendre avec Harrer qui s’exprime en tibétain, ils ont recours à un « interprète ». Certes leur vie a changé radicalement : « C’était un grand pas qu’ils avaient réalisé en passant de leur petite maison de paysans d’une province chinoise reculée au palais qu’ils habitaient à présent et aux vastes domaines qui étaient maintenant leur propriétés ». Ils avaient cédé aux moines un enfant d’âge tendre, qui reconnaît ensuite dans on autobiographie avoir beaucoup souffert de cette séparation. En échange, les parents avaient pu jouir d’une prodigieuse ascension sociale. Sommes-nous en présence d’un comportement discutable ? Que non. Harrer se dépêche immédiatement de souligner la « noblesse innée » de ce couple (p. 133) : Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit du père et de la mère du Dieu-roi ?
                 
    Mais quelle société est donc celle sur laquelle le Dalaï Lama est appelé à gouverner ? Un peu à contrecœur, l’auteur du livre finit par le reconnaître : «  La suprématie de l’ordre monastique au Tibet est absolue, et ne peut se comparer qu’avec une dictature. Les moines  se méfient de tout courant qui pourrait mettre en péril leur domination ». Ce n’est pas seulement ceux qui  agissent contre le « pouvoir » qui sont punis mais aussi « quiconque le met en question » (p. 76). Voyons les rapports sociaux. On dira que la marchandise la meilleure marché  est celle que constituent les serfs (il s’agit, en dernière analyse d’esclaves).

    Harrer décrit gaiement sa rencontre avec un haut- fonctionnaire : bien que n’étant pas un personnage particulièrement important, celui-ci peut cependant avoir à sa disposition « une suite de trente serfs et servantes » (p.56). Ils sont soumis à des labeurs non

    seulement bestiaux mais même inutiles : « Environ vingt hommes étaient attachés à la ceinture par une corde et traînaient un immense tronc, en chantant en cœur leurs lentes mélopées, et avançant du même pas. En nage, et haletants, ils ne pouvaient pas s’arrêter pour reprendre leur souffle, car le chef de file ne l’autorisait pas. Ce travail terrible fait partie de leur impôt, un tribut de type féodal ». Ç’aurait été facile d’avoir recours à la roue, mais « le gouvernement ne voulait pas la roue » ; et, comme nous le savons, s’opposer ou même seulement discuter le pouvoir de la classe dominante pouvait être assez dangereux. Mais, selon Harrer, il serait insensé de vouloir verser des larmes sur le peuple tibétain de ces années-là : « peut-être était-il plus heureux ainsi » (p.159-160). 
                  
    Un abîme incommensurable séparait les serfs des patrons. Pour les gens ordinaires, on ne devait adresser ni une parole ni un regard au Dieu-roi. Voici par exemple ce qu’il advient au cours d’une procession : « Les portes de la cathédrale s’ouvrirent et le Dalaï Lama sortit lentement (…) La foule dévote s’inclina immédiatement. Le cérémonial religieux aurait exigé que l’on se jetât par terre, mais il était impossible de le faire à cause du manque de place.  Des milliers de gens  se courbèrent donc, comme un champ de blé sous le vent. Personne n’osait  lever les yeux. Lent et compassé, le Dalaï Lama commença sa ronde autour du Barkhor (…) Les femmes  n’osaient pas respirer ».
                 
    La procession finie, l’atmosphère change radicalement : « Comme réveillée soudain d’un sommeil hypnotique, la foule passa à ce moment-là de l’ordre au chaos (…) Les moines soldats entrèrent immédiatement en action (…) A l’aveuglette, ils faisaient tourner leurs bâtons sur la foule (…) mais malgré la pluie de coups, les gens y revenaient comme s’ils étaient possédés par des démons (…) Ils acceptaient maintenant les coups et les fouets comme une bénédiction. Des récipients de poix bouillante tombaient sur eux, ils hurlaient de douleur, ici le visage brûlé, là les gémissements d’un homme roué de coups ! » (p.157-8).
                 
    Il faut noter que ce spectacle est suivi par notre auteur avec admiration et dévotion. Le tout, ce n’est pas un hasard, est compris dans un paragraphe au titre éloquent : « Un dieu lève la main, en bénissant ».  Le seul moment où Harrer a une attitude critique se trouve quand il décrit les conditions d’hygiène et de santé dans le Tibet de l’époque. La mortalité infantile fait rage, l’espérance de vie est incroyablement basse, les médicaments sont inconnus, par contre des médications assez particulières ont cours : « souvent les lamas font des onctions à leurs patients avec leur salive sainte ; ou bien tsampa ( ? NdT) et beurre sont mélangés avec l’urine des saints hommes pour obtenir une sorte d’émulsion qui est administrée aux malades ». (p.194).

    Ici, même notre auteur dévot et tartuffe a un mouvement de perplexité : même s’il a été « convaincu de la réincarnation du Dieu Enfant » (p. 248), il n’arrive cependant pas à  « justifier le fait qu’on boive l’urine du Buddha vivant », c’est-à-dire du Dalaï Lama. Il soulève la question avec celui-ci, mais sans trop de résultats : le Dieu-roi «  ne pouvait pas combattre seul de tels us et coutumes, et dans le fond, il ne s’en préoccupait pas trop ». Malgré cela, notre auteur, qui se contente de peu, met de côté ses réserves, et conclut imperturbable : « En Inde, du reste, c’était un spectacle quotidien de voir les gens boire l’urine des vaches sacrées ». (p.294).
                 
    A ce point, Harrer peut continuer sans plus d’embarras son œuvre de transfiguration du Tibet prérévolutionnaire. En réalité, celui-ci est lourd de violence, et ne connaît même pas le principe de responsabilité individuelle : les punitions peuvent aussi être transversales, et frapper les parents du responsable d’un délit même assez léger voire imaginaire (p. 79). Qu’en est-il des crimes considérés comme plus graves ? « On me rapporta l’exemple d’un homme qui avait volé une lampe dorée dans un ces temples de Kyirong. Il fut déclaré coupable, et ce que nous aurions nous considéré comme une sentence inhumaine fut exécutée. On lui coupa les mains en public, et son corps mutilé mais encore vivant fut entouré d’une peau de yak mouillée. Quand il arrêta de saigner, il fut jeté dans un précipice » (p. 75).

     Pour des délits mineurs aussi, par exemple, « jeu de hasard » on peut être puni de façon impitoyable s’ils sont commis les jours de festivité solennelle : « les moines sont à ce sujet inexorables et inspirent une grande crainte, parce que plus d’une fois il est arrivé que quelqu’un soit mort sous la flagellation de rigueur, la peine habituelle » (p. 153). La violence la plus sauvage caractérise les rapports non seulement entre « demi-dieux » et « êtres inférieurs » mais aussi entre les différentes fractions de la caste dominante : on « crève les yeux avec une épée » aux responsables des fréquentes « révolutions militaires » et « guerres civiles » qui caractérisent l’histoire du Tibet prérévolutionnaire (la dernière a lieu en 1947) (p.224-5). Et pourtant, notre zélé converti au lamaïsme ne se contente pas de déclarer que « les punitions sont plutôt drastiques, mais semblent être à la mesure  de la mentalité de la population » (p.75). Non, le Tibet prérévolutionnaire est à ses yeux une oasis enchantée de non-violence : « Quand on est depuis quelques temps dans le pays, personne n’ose plus écraser une mouche sans y réfléchir. Moi-même, en présence d’un tibétain, je n’aurais jamais osé écraser un insecte seulement parce qu’il m’importunait » (p.183). Pour conclure, nous sommes face à un « paradis » (p.77). Outre Harrer, cette opinion est aussi celle du Dalaï Lama qui dans son « Message » final se laisse aller à une poignante nostalgie des années qu’il a vécues comme Dieu-roi : « nous nous souvenons de ces jours heureux que nous passâmes ensemble dans un pays heureux » (happy) soit, selon la traduction italienne, dans « un pays libre ».

    2. Invasion du Tibet et tentative de démembrement de la Chine  
                 
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    Ce pays « heureux » et « libre », ce « paradis » est transformé en enfer par l’ « invasion » chinoise. Les mystifications n’ont pas de fin. Peut-on réellement parler d’ « invasion » ? Quel pays avait donc reconnu l’indépendance du Tibet et entretenait avec lui des relations diplomatiques ? En réalité, en 1949, dans un livre qu’il publie sur les relations Usa-Chine, le Département d’Etat américain publiait une carte éloquente en elle-même : en toute clarté, aussi bien le Tibet que Taiwan y figuraient comme parties intégrantes du grand pays asiatique, qui s’employait une fois pour toutes à mettre fin aux amputations territoriales  imposées par un siècle d’agression colonialistes et impérialistes. Bien sûr, avec l’avènement des communistes au pouvoir, tout change, y compris les cartes géographiques : toute falsification historique et géographique est licite quand elle permet de relancer la politique commencée à l’époque avec la guerre de l’opium et, donc, d’aller vers le démantèlement de la Chine communiste.
                 
    C’est un objectif qui semble sur le point de se réaliser en 1959.  Par un changement radical en regard  de la politique suivie jusque là, de collaboration avec le nouveau pouvoir installé à Pékin, le Dalaï Lama choisit la voie de l’exil et commence à brandir le drapeau de l’indépendance du Tibet. S’agit-il réellement d’une revendication nationale ? Nous avons vu que le Dalaï Lama lui-même n’est pas d’origine tibétaine et qu’il a été obligé d’apprendre une langue qui n’est pas sa langue paternelle. Mais portons plutôt notre attention sur la caste dominante autochtone.
                 
    D’une part, celle-ci, malgré la misère générale et extrême du peuple, peut cultiver ses goûts de raffinement cosmopolite : à ses banquets, on déguste « des choses exquises  provenant de tous les coins du monde » (p.174-5). Ce sont de raffinés parasites qui les apprécient, et qui, en faisant montre de leur magnificence, ne font assurément pas preuve d’étroitesse provinciale : « les renards bleu viennent de Hambourg, les perles de culture du Japon, les turquoises de Perse via Bombay, les coraux d’Italie et l’ambre de Berlin et du Königsberg » (p.166). Mais tandis qu’on se sent en syntonie avec l’aristocratie parasite de tous les coins du monde, la caste dominante tibétaine considère ses serviteurs comme une race différente et inférieure ; oui, « la noblesse a ses lois sévères : il n’est permis d’épouser que quelqu’un de son rang » (p. 191). Quel sens cela a-t-il alors de parler de lutte d’indépendance nationale ? Comment peut-il y avoir une nation et une communauté nationale si, d’après le chantre même du Tibet prérévolutionnaire, les « demi-dieux » nobles, loin de considérer leurs serviteurs comme leurs concitoyens, les taxent et les traitent d’ « êtres inférieurs » (p. 170 et 168) ?
                 
    D’autre part, à quel Tibet pense le Dalaï Lama quand il commence à brandir le drapeau de l’indépendance ? C’est le Grand Tibet, qui aurait du rassembler de vastes zones hors du Tibet proprement dit, en annexant aussi les populations d’origine tibétaine résidant dans des régions comme le Yunnan et le Sichuan, qui faisaient partie depuis des siècles du territoire de la Chine et qui furent parfois le berceau historique de cette civilisation multiséculaire et multinationale. C’est clair, le Grand Tibet représentait et représente un élément essentiel du projet de démantèlement d’un pays qui, depuis sa renaissance en 1949, ne cesse de déranger les rêves de domination mondiale caressés par Washington.  
                 
    Mais que serait-il arrivé au Tibet proprement dit si les ambitions du Dalaï Lama s’étaient réalisées ? Laissons pour le moment de côté les serfs et les « êtres inférieurs » à qui, bien entendu, les disciples et les dévots de Sa Sainteté ne prêtent pas beaucoup d’attention. Dans tous les cas, le Tibet révolutionnaire est une « théocratie » (p.169) : « un Européen est difficilement en mesure de comprendre quelle importance on attribue au plus petit caprice du Dieu-roi ». Oui, « le pouvoir de la hiérarchie était illimité » (p.148), et il s’exerçait sur n’importe quel aspect de l’existence : « la vie des gens est réglée par la volonté divine, dont les interprètes sont les lamas » (p.182). Evidemment, il n’y a pas de distinction entre sphère politique et sphère religieuse : les moines permettaient « aux Tibétaines les noces avec un musulman à la seule condition de ne pas abjurer » (p.169) ;  il n’était pas permis de se convertir du lamaïsme à l’Islam. Comme la vie matrimoniale, la vie sexuelle aussi connaît sa réglementation circonspecte : « pour les adultères, des peines très drastiques sont en vigueur, on leur coupait le nez » (p. 191).  C’est clair : pour démanteler la Chine, Washington n’hésitait pas à enfourcher le cheval fondamentaliste du lamaïsme intégriste et du Dalaï Lama.
                 
    A présent, même Sa Sainteté est obligé d’en prendre acte : le projet sécessionniste a largement échoué. Et voilà  apparaître des déclarations par lesquelles on se contenterait de l’ « autonomie ». En réalité, le Tibet est depuis pas mal de temps une région autonome. Et il ne s’agit pas que de mots. En 1988 déjà, tout en formulant des critiques, Foreign Office, la revue étasunienne proche du Département d’Etat, dans un article de Melvyn C. Goldstein, avait laissé passer quelques reconnaissances importantes : dans la Région Autonome Tibétaine, 60 à 70 % des fonctionnaires sont d’ethnie tibétaine et la pratique du bilinguisme est courante. Bien sûr, on peut toujours faire mieux ; il n’en demeure pas moins que du fait de la diffusion l’instruction, la langue tibétaine est aujourd’hui parlée et écrite par un nombre de personnes bien plus élevé que dans le Tibet prérévolutionnaire. Il faut ajouter que seule la destruction de l’ordre des castes et des barrières qui séparaient les « demi-dieux » des « êtres inférieurs » a rendu possible l’émergence à grande échelle d’une identité culturelle et nationale tibétaine. La propagande courante est l’envers de la vérité. 
                 
    Tandis qu’il jouit d’une ample autonomie, le Tibet, grâce aussi aux efforts massifs du gouvernement central, connaît une période d’extraordinaire développement économique et social. Parallèlement au niveau d’instruction, au niveau de vie et à l’espérance moyenne de vie, s’accroît aussi la cohésion entre les différents groupes ethniques, comme confirmé entre autres par l’augmentation des mariages mixtes entre Hans (Chinois) et Tibétains. Mais c’est justement ce qui va devenir le nouveau cheval de bataille de la campagne anti-chinoise. L’article de B. Valli sur La Repubblica du 29 novembre 2003 en est un exemple éclatant. Je me bornerai ici à citer le sommaire : « L’intégration entre ces deux peuples est la dernière arme pour annuler la culture millénaire du pays du toit du monde ». C’est clair, le journaliste s’est laissé  aveuglé par l’image d’un Tibet à l’enseigne de la pureté ethnique et religieuse, qui est le rêve des groupes fondamentalistes et sécessionnistes.

     Pour en comprendre le caractère réactionnaire, il suffit de redonner la parole au chroniqueur qui a inspiré Hollywood. Dans le Tibet prérévolutionnaire, en plus des Tibétains, et des Chinois, « on peut rencontrer aussi des Ladaks, des Boutans (orthographe non garantie, NdT), des Mongols, des Sikkimais, des Kazakhs, etc ». Les Népalais sont aussi largement présents : « Leurs familles demeurent presque toujours au Népal, où eux-mêmes rentrent de temps en temps. En cela ils se différencient des chinois qui épousent volontiers des femmes tibétaines, et mènent une vie conjugale exemplaire ». (p. 168-9). La plus grande « autonomie » qu’on revendique, on ne sait d’ailleurs pas très bien si pour le Tibet à proprement parler ou pour le Grand Tibet, devrait-elle comporter aussi la possibilité pour le gouvernement régional d’interdire les mariages mixtes et de réaliser une pureté ethnique et culturelle qui n’existait même pas avant 1949 ?
                 
    3.     La cooptation du Dalaï Lama en Occident et dans la race blanche et la dénonciation du péril jaune  
     
                
    Bush---dalaiL’article de Repubblica est précieux car il nous permet de cueillir la subtile veine raciste qui traverse la campagne anti-chinoise actuelle. Comme il est notoire, dans sa recherche des origines de la race « aryenne » ou « nordique » ou « blanche », la mythologie raciste et le Troisième Reich ont souvent regardé avec intérêt l’Inde et le Tibet : c’est de là qu’allait partir la marche triomphale de la race supérieure. En 1939, à la suite d’une expédition de SS, l’autrichien Harrer arrive en Inde du Nord (aujourd’hui Pakistan) et, de là, pénètre au Tibet. Lorsqu’il rencontre le Dalaï Lama, il le reconnaît immédiatement, et le célèbre, comme membre de la race supérieure blanche : « Sa carnation était beaucoup plus claire que celle du tibétain moyen, et par certaines nuances plus blanche même que celle de l’aristocratie tibétaine » (p. 280). Par contre, les chinois sont tout à fait étrangers à la race blanche. Voilà pourquoi la première conversation que Sa Sainteté a avec Harrer est un événement extraordinaire : celui-ci se trouve « pour la première fois seul avec un homme blanc » (p. 277). En tant que substantiellement blanc le Dalaï Lama n’était certes pas inférieur aux « européens » et était de toutes façons « ouvert aux idées occidentales » (p. 292 et 294). Les Chinois, ennemis mortels de l’Occident, se comportent bien autrement. C’est ce que confirme à Harrer un « ministre–moine » du Tibet sacré : « dans les écritures anciennes, nous dit-il, on lisait une prophétie : une grande puissance du Nord fera la guerre au Tibet, détruira la religion et imposera son hégémonie au monde » (p.114). Pas de doute : la dénonciation du péril jaune est le fil conducteur du livre qui a inspiré la légende hollywoodienne du Dalaï Lama.
                 
    Revenons à la  photo de groupe qui a mis un terme à son voyage en Italie. On peut considérer comme physiquement absents mais bien présents du point de vue des idées Richard Gere et les autres divas de Hollywood, inondés de dollars pour la célébration de la légende du Dieu-roi, venu du mystérieux Orient. Il est désagréable de l’admettre mais il faut en prendre acte : tournant le dos depuis quelques temps à l’histoire et à la géographie, une certaine gauche se révèle désormais capable de ne plus s’alimenter que de mythes théosophiques et cinématographiques, sans plus prendre de distances même avec les mythes cinématographiques les plus troubles. 
                 
    Titre original : La Chine, le Tibet et le Dalaï Lama
    Publié dans « L’Ernesto. Rivista Comunista », n° 5, novembre/décembre 2003, p. 54-57.
    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


     

    Un avis intéressant sur le film " Bienvenue chez les Ch’tis."chtis

    Pourquoi « Bienvenue chez les Ch’tis », film de Dany Boon, davantage qu’un succès commercial constitue, comme le faisait remarquer l’écrivain Pierre Drachline, un phénomène de société ?

    Quelques années en arrière, le public français tremblait et pleurait avec « Titanic », aujourd’hui bientôt vingt millions de spectateurs hexagonaux, toutes générations confondues, rient et sont émus avec « Bienvenue chez les ch’tis ». Que s’est-il donc passé entre la projection d’une superproduction d’un film catastrophe à effets spéciaux relatant l’annonce d’un monde qui allait sombrer corps et biens et ce film, on ne peut plus simple, suivant la virée pour faute d’un directeur de la Poste en terre sinistrée du nord de la France ? Qu’a donc compris Dany Boon et avec lui le quart de la population et qui visiblement laisse perplexes nos élites et silencieux nos élites médiatiques ? Eh bien disons, entre autre chose, que « Bienvenue chez les Ch’tis » répare et réhabilite l’image de tout un peuple en reconsidérant les couches populaires autrement que comme des babaches (des primaires). Pourquoi ? Comment ? Eh bien en mettant en lumière l’expérience que font et feront de plus en plus les couches moyennes, ou qui se vivent comme telles, de leur retour au sein des couches populaires. Il y a quelques jours, l’économiste Patrick Artus expliquait sur une radio que la mondialisation liquidait de fait les couches moyennes des pays développés. Nous y voilà ! Alors bien sûr, il y a celles et ceux encore épargnés, celles et ceux de ces couches plus très moyennes qui ne voient rien venir, celles et ceux qui refusent en se cramponnant à une manière de voir dépassée (la femme du directeur de la Poste), ceux qui déploient des banderoles injurieuses et qui ce faisant, croient se rassurer à bon compte, celles et ceux pour qui les marques de luxe remplacent les perruques poudrées aristocratiques du 18è siècle... et... enfin, quelle leçon, mais quelle leçon reçoit le directeur de la Poste (Kad Merad) de la part de ses collègues !

    Quelle leçon, de tact, de pudeur, de solidarité, de simplicité, de fraternité, d’ouverture d’esprit, ce représentant des couches moyennes reçoit de ses subordonnés appartenant aux couches populaires ! Au point que devant l’évidence, ce directeur accepte tout de go de faire partie du groupe et des leurs, montrant ainsi métaphoriquement le chemin à suivre... Quant au reste, une lecture par trop littérale conduirait à oublier que « Bienvenue chez les Ch’tis » est une fiction et aussi ce que Dany Boon, en véritable artiste, sait par expérience : « l’imagination est la reine du vrai » (Baudelaire).

    Dany Boon dont les origines populaires ne sont un secret pour personne sait manifestement de quoi il parle, ce comique a choisi de prendre les clichés les plus éculés pour les retourner. Le rire déclenché est à la fois libérateur, réparateur et réconciliateur. En cela, à la manière d’un Ken Loach comique, ce film participe à la connaissance de la réalité. Alors, bien sûr, il y en aura qui seront toujours trop « comme il faut » pour être en mesure de comprendre qu’une cuite monumentale (moment extraordinaire de fraternisation dans le film) ne fait pas des protagonistes des alcooliques ! Il y aurait tant à dire, le service public postal (avant que la Poste ne veuille devenir un service financier), le beffroi versant religieux et versant laïc, la France qui continue...

    Ce film populaire dit, entre autre, cette chose très simple : un peuple qui récuse la violence et le bling-bling des marchands bornés qui nous gouvernent, un peuple qui sait réinventer la solidarité est en voie de recréation. A nous de le voir ou pas. A nous d’en être ou pas. C’est la bonne nouvelle que répand le film de Dany Boon à travers le pays qui l’accueille avec engouement.

    Valère STARASELSKIAFGHANISTAN : LA QUADRATURE DU CERCLE


     

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    Cette horreur, obscurcie longtemps au niveau des médias par les conflits en Irak et en Israël/Palestine, a déjà sept ans.  Il n'est pas du tout exclu  qu'elle entre dans l'histoire comme une guerre de trente ans et pourquoi pas de cent? D'abord régionale, puis insérée dans un « conflit de civilisations »  bien pire que les croisades et la Jihad de leur temps.  Nick Robertson, de la chaîne CNN, vient de décrire, en observateur sur place, les impasses en termes de conflit débordant de l'Afghanistan jusqu'au coeur d'un Pakistan instable, déchiré, corrompu, imprévisible et puissance nucléaire plus portée à affronter l'Inde, ennemi héréditaire, que son impossible mixture interne de modernité de façade et de  fondamentalisme.  Rorry Stewart, ex-diplomate britannique et gestionnaire sceptique sur le terrain d'un projet civil, analyse en édifiantes écritures, jusque dans l'hebdomadaire « Time »,  la quadrature du cercle : la solution militaire est impossible et l'approche politique est pourrie par le néo-conservatisme fort pétrolier appliqué par l'Administration Bush et le Pentagone.  L'Afghanistan (faut-il le rappeler?) n'a jadis pu être réduit par l'Empire de sa Majesté.  L'Armée Rouge s'y est perdue dans son Vietnam.  L'Afghanistan n'a pas de tradition au niveau d'un gouvernement central et « rassemble » des chefs de guerre régionaux, des producteurs de pavot et trafiquants de narcotiques, des services administratifs, policiers, militaires et judiciaires (1) aussi « fiables » que ceux du régime sud-vietnamien de Saïgon. Le commandant Massoud, trop dérangeant, a été assassiné « opportunément ».  Le seul élément d'appartenance commune est la haine, visible et/ou cachée, de l'occupant nord-américain et autrement occidental. Les talibans, porteurs d'une idéologie aussi odieuse que celle du wahabisme saoudien, sont disséminés dans la population qui leur sert de bouclier comme des maquisards valeureux.  Les frappes aériennes et les technologies de l'art moderne de tuer (bombes à fragmentation et  uranium appauvri, etc...)  endeuillent de plus en plus (près de cent morts le 22 août) des civils qui ne sont pas tous des ruraux.

    L'engrenage
     
    Fin 2001, le Conseil de Sécurité de l'ONU a condamné les talibans et légitimé juridiquement l'intervention.  C'est ainsi que la France de Chirac/Jospin a envoyé des forces spéciales qui, selon le général Henry Bentegeat, alors chef d'état- major des armées (2), auraient presque capturé Ben Laden..  Un débat sans vote avait eu lieu à l'Assemblée nationale.  Après cet alignement méconnu, une Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) réunissant des contingents divers a été créée.  L'OTAN l'a reprise en 2003.  C'est dans ce cadre que la Belgique a participé bon gré mal gré au conflit, aux côtés d'anciens comme de nouveaux et présumés futurs membres de l'Alliance (Pologne, Roumanie, Géorgie...).  Nicolas Sarkozy-candidat aux élections présidentielles a exprimé des vives réticences que le Président Sarkozy ne ressent plus du tout, au contraire : il y aura cependant d'ici quinze jours un débat parlementaire avec vote.  En Belgique, le sept février dernier, la décision a été prise de porter la contribution du pays au niveau d'environ 500 militaires, quelques F-16 remplaçant ou s'ajoutant aux paisibles C-130 de « l'aide humanitaire».  Selon certains, les appareils de combat auront une présence  purement dissuasive !  La couverture budgétaire n'est pas claire.  Les fantassins ne prendront pas part aux opérations terrestres et resteront dans leurs bases ?  Kandahar,  dans le sud de plus en plus périlleux, n'est pourtant pas garantie contre les attaques de casernes, de prisons, de bâtiments publics les plus divers.  En commission sénatoriale de la Défense, le vice-président Josy Dubié et le S.P ont fait objection.  Les Députés P.S Flahaut et Moriau, avec des soutiens MR, CDH et VLD,   ont déposé une résolution aussi importante que curieuse.  Car il faut protéger nos militaires : par l'envoi de chanteurs et chanteresses  (nb : violables…)  de l'Armée du Salut avec musiques pacificatrices et casseroles?  Plus sérieusement, le texte propose l'inscription de clauses d'exemption dans la définition de la mission et un calendrier de sortie à proposer au sommet de l'OTAN ?!  Le Parlement devrait être dorénavant informé au « préalable » et avec transparence et régularité : mais à quand un débat en séance plénière?  Enfin, la Communauté internationale et pas seulement une OTAN aux tentacules en extension permanente, même au péril de l'Union Européenne - devrait tenter de jouer un rôle significatif. 

    Et bientôt?

    Ceci conduit à ce que voudra la prochaine présidence des Etats-Unis.  Tout le monde sait que Barack Obama s'est lucidement opposé à l'unilatéralisme néo conservateur en Irak et à « une mauvaise guerre, au mauvais moment, au mauvais endroit ». Mais à Berlin, il a appelé les Européens à s'engager avec plus de force(s) en Afghanistan, contre un terrorisme particulier.  En fonction d'une décision trop peu connue de l'ère Bush, depuis mars 2003, l'Administration républicaine (3), ne disposant pas d'effectifs suffisants pour mener simultanément des opérations d'envergure en Irak et en Afghanistan, a  désaffecté beaucoup de ses troupes de la deuxième zone. Elle n'aimait pas trop, par ailleurs, une présence autre que la sienne dans la grande région destinée à accueillir les oléoducs et gazoducs de la future exploitation de gisements en Asie centrale. Aujourd'hui, l'armée américaine, qui devrait devenir résiduaire en Irak, est destinée dans tous les scénarios au « Go Back Home » et ne peut être transférée en masse en Afghanistan. Beaucoup de supplétifs occidentaux sont donc « indispensables » en ce pays, à Kaboul et au nord mais surtout au sud de la capitale...
    La guerre ne sera pourtant jamais gagnée en Afghanistan par les Occidentaux. Une solution politique doit être recherchée avec tous les partenaires possibles et souhaitables. La Belgique, quoiqu'en « évaporation » selon son Ministre des Affaires Etrangères, et,  dans une proportion beaucoup plus sérieuse, l 'Union Européenne, doivent s'y employer. Notre Europe, dont le Traité de Lisbonne avorté  a prévu un accroissement des moyens militaires (pourquoi ?), se grandirait au yeux de beaucoup de ses citoyens avant le renouvellement du Parlement en 2009 si elle admettait enfin- le non irlandais de juin dernier étant bien pesé- que l'OTAN en pavillons relevant de l'intérêt des Etats-Unis n'est pas son hall d'entrée, ni non plus sa cage depuis que le Pacte de Varsovie est mort. La culture politique nord-américaine vit dans la consommation et  l'exportation de la peur, trop largement en tout cas. J'ai toujours espéré et considéré que notre culture n'est  et ne peut pas être du même crû. Quant aux missions de militaires de Belgique à l'extérieur, j'y souscris chaque fois que les populations s'en trouvent protégées (nos démineurs de la FINUL au Liban, dont cinq ont été victimes de leur devoir, agissent en bienfaiteurs) et lorsque les consignes en matière de légitime défense sont claires, ce qui ne fût hélas pas le cas au Rwanda.   

    Ernest Glinne, ancien Ministre, Député européen honoraire, ex-délégué auprès du Congrès US.

    (1) Le principal juge anti-drogue a été assassiné le 05/09/2008
    (2) « Le Monde » du 23/08/2008
    (3) « The New York Review Of Books » du 14/08/2008, article de Samantha Power, « The Democrats and National Security ».


     Jörg Haider : l’insupportable hommage du social-démocrate Heinz Fischer

    HaiderCar-460b_1007729cL’homme toujours bronzé qui s’est tué au volant de sa voiture de luxe en roulant à une vitesse excessive ce samedi n’était pas un leader populiste [1] ainsi que le clament à foison les médias dominants. Il était un dirigeant politique raciste et xénophobe, fils d’un nazi de la première heure et lui-même issu d’un parti, le FPÖ, fondé par d’anciens nazis.

    Celui qui se fit connaître dans les années 1990 par ses « dérapages » pro-nazis (En 1991, Haider du renoncer à son poste de gouverneur de Carinthie après avoir fait l’éloge de la politique de l’emploi du IIIe Reich. En 1995, il récidiva en qualifiant la Waffen-SS de "partie de l’armée allemande à laquelle il faut rendre honneur".) et antisémites (Il déclara notamment au Parlement de Vienne que les camps de concentration nazis n’étaient que des "camps disciplinaires".), s’est ensuite rendu populaire par sa virulence contre les Slaves, qui se traduisit notamment dans sa province de Carinthie par son opposition aux écoles slovènes et aux panneaux routiers bilingues. Ce n’est pas un hasard si Filip Dewinter, le leader du Vlaams Belang, lui rend aujourd’hui un vibrant hommage.

    Jörg Haider aura été un symbole de la résurgence de l’extrême droite que connait toute l’Europe. Il y eut en 1984 l’arrivée du Front national de Jean-Marie Le Pen au Parlement européen, puis l’Allemagne avec les Republikaners, la Belgique avec le Vlaams Block (1989), la Russie avec le Parti libéral-démocrate (1993), l’Italie où cinq ministres néo-fascistes entrèrent au gouvernement de Silvio Berlusconi (1994), la Norvège avec la percée du Parti du progrès (1997), l’Autriche avec l’entrée du FPÖ de Haider au gouvernement (2000), le Danemark avec le retour du Parti du peuple (en 2001) ou encore les Pays-Bas avec le succès de la liste Pim Fortuyn (2002).

    En quelques années la plupart de ces partis xénophobes ont pu surfer sur la lâcheté et l’électoralisme amoral de nombreux politiques près à tous les silences et à toutes les compromissions afin de se maintenir au pouvoir. Ils se sont infiltrés toujours davantage au cœur de l’Europe. À Vienne, en 2000, l’entrée du FPÖ au gouvernement avec les conservateurs de Wolfgang Schüssel avait soulevé l’indignation de tous et quatorze États membres de l’Union (sur quinze) prononcèrent des sanctions unilatérales contre l’Autriche. Elles furent levées, quasi immédiatement (le 8 septembre 2000), après qu’une commission de « sages » eut établi que, si le FPÖ était « un parti extrémiste encourageant les sentiments de xénophobie », les ministres du FPÖ s’étaient montrés « respectueux des valeurs communes européennes ». Une honte, mais aussi un symbole de la politique de compromission en vigueur dans nos pays.

    Ces dernières années, Haider, comme d’autres leaders néo-nazis, avait policé son discours mais il n’avait rien renié de son passé ni de ses pratiques xénophobes. Ainsi, s’était-il encore fait admonester la semaine dernière par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) pour avoir exilé des demandeurs d’asile dans un centre isolé au milieu des alpages.

    Il est révélateur autant que révoltant d’entendre le président de la République autrichienne, le social-démocrate (SPÖ) Heinz Fischer, saluer ce jour la mémoire « d’un homme politique de grand talent capable de soulever l’enthousiasme (...) ». Ce crachat à la figure de toutes les victimes du nazisme constitue à nouveau un exemple de la lamentable guenille idéologique qu’est aujourd’hui devenue l’internationale (avec un tout petit "i") socialiste (avec un microscopique "s").