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13/04/2007

 De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l'extrême droite - Ecologie et marxisme: une encontre nécessaire mais ... - La Grande-Bretagne s'oppose aux projets de ressusciter... - La mort d'un tyran superlatif - Une visite dans une ardoisière

De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l’extrême droite

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben

vermine-faciste

 

Le cordon sanitaire a été rompu par le PS... israélien. Comme ce fut déjà le cas, il y a quelques années, pour équilibrer et stabiliser son gouvernement d’union nationale, le premier ministre israélien y intègre désormais l’une des pires formations d’extrême droite de l’Etat hébreu.

Dans ce même gouvernement, les travaillistes (les socialistes locaux) siègent. Un problème ? Une preuve encore que les idées d’extrême droite influencent - de plus en plus - les partisans de la démocratie musclée. Y compris dans les rangs socialistes.

La présence des travaillistes dans le gouvernement israélien conduit par Ehoud Olmert (du parti Kadima, droite nationaliste, ex-Likoud) et leur participation à la guerre du Liban ne semblent pas avoir ému outre mesure l’Internationale socialiste. Celle-ci rassemble la majorité des formations politiques d’obédience social-démocrate du monde entier. Le parti travailliste israélien est membre de cette internationale, tout comme les deux partis socialistes belges (le PS d’ Elio Di Rupo et le SP.A de Johan Vande Lanotte). Pourtant, la guerre menée, cet été, par l’Etat hébreu au Liban avait suscité beaucoup d’interrogations et de réactions de la part des organisations de gauche.

Sans éprouver la moindre sympathie pour le Hezbollah, beaucoup se sont en effet questionnés sur l’opportunité et les objectifs réels de cette guerre qui a durement touché, en premier lieu, la population civile libanaise et a eu, pour principale conséquence, de renforcer la popularité du parti nationaliste islamiste et d’affaiblir l’Etat libanais, dans son ensemble.

Aujourd’hui, un nouveau cap est franchi en Israël. Le parti russophone d’extrême droite Israël Beitenou, d’Avigdor Lieberman, rejoint la coalition gouvernementale israélienne. Aux dernières élections, il faut le savoir, ce parti a réalisé une réelle percée, avec l’élection de onze députés à la Knesset (le Parlement national). Israël Beitenou est une formation raciste : elle revendique clairement des mesures ségrégationnistes visant à séparer les Israéliens : d’un côté, les Juifs, de l’autre, les Arabes du pays. Elle propose également d’isoler et d’enclaver plus encore les Palestiniens, ainsi que de redéfinir les frontières d’Israël visant à son élargisement par l’annexion de colonies en Cisjordanie. Israël Beitenou, c’est un peu, au niveau politique, le Hamas israélien !

L’intégration de l’extrême droite dans l’actuel gouvernement d’Ehoud Olmert est symptomatique d’un mouvement plus général. Partout dans le monde, les partis et organisations antidémocratiques bénéficient d’un flux favorable. Parfois même avec la complicité de formations social-démocrates, dont l’histoire politique démontre pourtant leur attachement à l’antifascisme. Chez nous, lors des récentes élections communales, des conseillers communaux d’origine immigrée et d’extrême droite ont été élus sur plusieurs listes de partis dits démocratiques (dont la liste PS menée par la vice-Première ministre Laurette Onkelinx dans la commune bruxelloise de Schaerbeek). En Slovaquie, en juin, un nouveau gouvernement s’est constitué autour du parti de ’’gauche’’ Smer (également membre de l’Internationale socialiste) avec l’appui de deux formations d’extrême droite (le Parti national slovaque, SNS, et le Mouvement pour une Slovaquie démocratique, HZDS). En Bulgarie, le leader ultranationaliste Volen Siderov, ouvertement xénophobe, sera présent au second tour de l’élection présidentielle. En France, dans quelques mois, c’est Jean-Marie Le Pen qui pourrait à nouveau incarner, comme en avril 2002, la surprise du premier tour des présidentielles... Ces quatre exemples européens révélent à nouveau la dangereuse recrudescence de l’extrême droite ainsi que sa banalisation (les deux problématiques étant intimement liées).

A nouveau, il est du devoir de tous les démocrates de réaffirmer - avec force - qu’il n’existe pas d’extrême droite acceptable, que le devoir des formations démocratiques (et a fortiori de celles de gauche) est de conserver un solide cordon sanitaire pour isoler l’extrême droite dans le paysage politique. Qu’il faut aussi – et surtout – refuser que les idées nauséabondes des VB, des FN, des néofascistes des Loups gris turcs ou des intégristes islamiques revendiquant un Ordre nouveau religieux contaminent le monde politique. Un monde aujourd’hui essentiellement aux mains de gestionnaires imperturbables. Des gestionnaires, hélas, de plus en plus enclins – dans le seul but de rester au pouvoir ! - à accepter la transformation des démocraties parlementaires en démocraties musclées. Le réflexe de la forteresse assiégée ne peut conduire qu’aux pires dérives. En Israël comme en Slovaquie, en passant par la Bulgarie, la France et la Belgique... aussi.

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben Respectivement auteur du ’’Guide des RésistanceS à l’extrême droite’’ (éditions Labor) et porte parole du collectif liégeois A Contre Courant (www.acontrecourant.be)

 

Ecologie et marxisme : une rencontre nécessaire mais pas toujours évidente.

par Pierre Eyben

ecologie

 

Marxisme rime malheureusement encore trop pour certains communistes avec productivisme. Or, l’évolution économique de ces dernières années a démontré de façon éclatante que la course au productivisme et à la croissance n’était pas forcément synonyme d’une quelconque amélioration des conditions de vie pour les populations du Sud mais également du Nord. Les indices de mesure du bien-être sont en baisse depuis les années 70 quasi partout sur la planète. Les inégalités s’accroissent et ce sont toujours davantage les plus nantis qui ont accès aux ressources. Les luttes pour le contrôle des ressources s’aiguisent au même rythme que celles-ci sont consommées. Cette impasse productiviste est intimement liée au capitalisme mais elle n’a jusqu’ici pas vraiment (voire pas du tout) été prise en compte dans les tentatives d’alternatives au capitalisme.

L’irruption des mouvements écologistes (essentiellement ces 30 dernières années) se base sur une constatation simple : il convient de prendre en compte un nouveau paramètre : la planète. Il y a eu une prise de conscience du fait que nos choix de vie et de consommation ne sont pas sans conséquence sur notre hôte, la Terre, et sans hôte, plus de vie possible. Avec le réchauffement climatique, la pollution de l’air, l’épuisement des ressources fossiles ou la raréfaction de l’eau potable, c’est donc la question de la survie de l’humanité sur cette planète qui est posée. Mais très souvent, le pas qui consiste à lier la démolition de la biosphère et le système économique dans lequel nous (sur)vivons n’est pas franchi par certains écologistes qui préfèrent tenter d’aplanir les conséquences des ravages capitalistes plutôt que d’arracher le mal à la racine.

Le but de ce texte assez synthétique est de montrer combien marxisme et écologie sont complémentaires et non opposés pour peu que l’un et l’autre prennent la peine de regarder en face leurs insuffisances et erreurs passées pour franchir certains rubicons idéologiques. Si l’on prend la peine d’y regarder sereinement, on se rend compte en effet que ces courants de pensée se réclament tous deux de valeurs qualitatives : la valeur d’usage, la satisfaction des besoins, l’égalité sociale pour l’un, la sauvegarde de la nature, l’équilibre écologique pour l’autre. Tous deux conçoivent l’économie comme "encastrée" dans l’environnement : social pour l’un, naturel pour l’autre.

Marxisme = productivisme ?

Le communisme dit réalisé, de Staline à Mao en passant par bien d’autres avatars supposés d’inspiration marxistes, a quasi toujours rimé avec productivisme. Il est vrai que l’on pouvait difficilement demander à la Russie du début de 19 ème siècle, sortant à peine de la paysannerie d’avoir des préoccupations environnementalistes. Même si une analyse plus fine serait utile, cette logique productiviste a toutefois persisté et est toujours souvent présente dans les expériences actuelles se réclamant du communisme.

Mais ce productivisme est-il intimement lié au modèle économique marxiste de 1848 ? Marx ne pouvait en son siècle présumer des catastrophes majeures que l’hyper-productivisme et l’hyper-consumérisme capitalistes causeraient aujourd’hui |1|. Il a toutefois, au travers de divers textes, exprimé son souci écologique. Dans Le Capital, il s’inquiétait déjà de l’agriculture intensive et écrivait « Dans l’agriculture moderne, de même que dans l’industrie des villes, l’accroissement de la productivité et le rendement supérieur du travail s’achètent au prix de la destruction et du tarissement de la force de travail. » En outre, chaque progrès de l’agriculture capitaliste est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. Plus un pays, les États-Unis du Nord de l’Amérique, par exemple, se développe sur la base de la grande industrie, plus ce procès de destruction s’accomplit rapidement [...]. La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : La terre et le travailleur » |2| . Il a aussi et avant tout introduit la distinction essentielle entre valeur d’usage et valeur d’échange, distinction qui est la clé pour comprendre tout le mécanisme de marchandisation de l’économie mais est aussi l’essence même de la vraie valeur des objets/marchandises pour un communiste, à savoir leur usage |3|. Ce concept qualitatif est sans doute un des fondements essentiels de toute vision écologique. Les sociétés humaines ont d’abord échangé et fixé la valeur des objets en fonction de l’usage. Aujourd’hui, les publicitaires tentent de nous imposer artificiellement le besoin pour un produit mais leur objectif comme celui des entreprises pour lesquelles ils œuvrent est bien le profit au travers de la plus-value qu’ils peuvent réaliser par la vente de celui-ci et/ou de la quantité vendue.

Certains aspects ont été peu developpés par Marx comme le fait que par sa dynamique expansionniste, le capital met en danger ou détruit les propres conditions de sa survie, à commencer par l’environnement naturel - une possibilité que Marx n’avait pas pris suffisamment prise en considération |4|.

Ecologie = capitalisme ?

Partout en Europe, la plupart des mouvements écologistes ont fait le deuil de toute remise en question fondamentale du système capitaliste et des bases de l’économie de marché, ils font le pari de la possible « canalisation » du capitalisme. Acceptant le déficit de contrôle démocratique de l’activité économique, ils basent également leur action sur une modification des habitudes de la consommation individuelle. Pourtant, au-delà de l’écologie « institutionnalisée » qui a renoncé à toute modification en profondeur de la société, de nombreux mouvements écologistes plus radicaux fleurissent encore. Conscients de l’incompatibilité entre une préservation à long terme de la planète dont nous sommes les hôtes et la recherche à court terme de profit dans une société capitaliste de plus en plus libéralisée (c.-à-d., soyons clairs, non démocratiquement contrôlée), des groupes alter-écologistes se développent. Le mouvement dit « de la décroissance » qui se base sur une affirmation d’une éclatante limpidité « le système de croissance éternelle dans lequel nous vivons est incompatible avec la planète finie sur laquelle nous vivons » mais est encore assez hétéroclite quant à sa traduction politique a jeté un pavé dans la mare qui ne finit pas de créer réactions épidermiques ou prises de conscience dans tout le mouvement altermondialiste. Une société qui refuse le progrès scientifique aurait-elle plus de sens que la nôtre qui l’intègre (ou plutôt laisse au secteur privé la liberté de le faire) sans prendre le temps de l’assimiler et/ou d’en mesurer les conséquences (OGM contrôlés par Monsanto,…) ? Une société qui remplace les multinationales gérées en bourses par des PME locales gérées de façon aussi inégalitaire par des petits patrons serait-elle un progrès ? Le repli complet sur une économie locale ne serait-il pas sur certains aspects un choix anti-écologique car moins effectif ? L’interprétation dogmatique faite par certains de la « décroissance soutenable » apporte parfois de mauvaises réponses |5| (entre autre en niant certains apports essentiels dus au courant marxiste) mais le concept de décroissance pose de bonnes questions et ouvre souvent des pistes utiles.

Les écologistes se trompent s’ils pensent pouvoir faire l’économie de la critique marxienne du capitalisme : une écologie qui ne se rend pas compte du rapport entre "productivisme capitaliste" |6| et "logique du profit" est vouée à l’échec - ou pire, à la récupération par le système.

Un point de rencontre

Le mode de production et de consommation actuel des pays capitalistes avancés, fondé sur une logique d’accumulation illimitée (du capital, des profits, des marchandises), de gaspillage des ressources, de consommation ostentatoire, et de destruction accélérée de l’environnement, n’est pas viable à moyen terme. Il peut encore moins être étendu à l’ensemble de la planète, sous peine de crise écologique majeure, et est donc intimement lié au maintien (et dans les faits au renforcement) des inégalités. Selon des calculs récents, si l’on généralisait à l’ensemble de la population mondiale la consommation moyenne d’énergie des USA, les réserves connues de pétrole seraient épuisées en dix neuf jours |7|.

Une économie démocratiquement planifiée avec décentralisation (partout où cela est possible et utile) est la voie à suivre. Il n’existe pas au sein de la société capitaliste d’alternative écologique conséquente |8| . La planification permet de produire en fonction de besoins réels et des ressources disponibles et non en supposant que par un miracle que seul les économistes peuvent comprendre (et encore, pas tous) la loi de l’offre et de la demande suffiront à réguler correctement la production. La décentralisation permet de coller aux réalités locales. Les systèmes centralisés rigides outre la mort de toute démocratie réelle, ont souvent conduit à des erreurs catastrophiques (surproductions ou pénuries graves). Les limites de la décentralisation sont uniquement la nécessaire solidarité entre tous et la nécessité de gérer certains aspects à plus grande échelle (comme par exemple les transports en commun). La question de la propriété des ressources épuisables (minerais, fossiles,…) et des éléments essentiels à la vie (eau, air,…) demeure essentielle, tout comme celle de la propriété des moyens de production. Que ce soient une collectivisation au niveau local, national ou mondial, cette question de la propriété des ressources mondiales et des moyens de production est primordiale car elle est la base même de l’exploitation du Sud par le Nord comme des plus précaires au sein de tous les pays de la planète. La question de l’Etat est également centrale. L’Etat aujourd’hui abandonne ses fonctions de redistribution et augmente celles de répression alors même que cet Etat répressif devrait selon Marx et Engels disparaître.

L’avenir est donc à ce que James O’Connor définit comme l’éco-socialisme, à savoir les théories et les mouvements qui aspirent à subordonner la valeur d’échange à la valeur d’usage, en organisant la production en fonction des besoins sociaux et des exigences de la protection de l’environnement. Leur but, un socialisme écologique, serait une société écologiquement rationnelle fondée sur le contrôle démocratique, l’égalité sociale, et la prédominance de la valeur d’usage |9| . En somme, il s’agit de réimbriquer l’économique dans l’écologique, et l’écologique dans le social, c’est-à-dire dans les conflits entre classes.

|1| Le système capitaliste actuel ne (sur)vit qu’au travers d’une croissance aussi artificielle que ravageuse. Les ressources non renouvelables (charbon, pétrole, gaz, minerais) sont consommées à une vitesse toujours plus grande et la pénurie n’est plus un lointain spectre mais le lot direct des générations qui nous suivront

|2| K. Marx, Le Capital, livre premier, T. II, éd. sociales, Paris, 1973, p. 181-82.

|3| K. Marx, Le Capital, livre troisième, T. III, éd. sociales, Paris, 1974, p. 199.

|4| J. O’Connor, "La seconde contradiction du capitalisme : causes et conséquences", Actuel Marx n° 12. "L’écologie, ce matérialisme historique", Paris, 1992, pp. 30, 36

|5| M. Nejszaten, " La décroissance simpliste",

|6| Qu’il soit marxiste ou pas, le mouvement ouvrier traditionnel en Europe - syndicats, partis sociaux-démocrates et communistes - reste encore profondément marqué par l’idéologie du "progrès" et par le productivisme, allant même, dans certains cas, à défendre, sans se poser trop de questions, l’énergie nucléaire ou l’industrie automobile

|7| M.Mies, "Liberacion del consumo o politizacion de la vida cotidiana", Mentras Tanto, n° 48, Barcelone, 1992, p. 73.

|8| La micro-rationalité des actionnaires, le profit à court terme qui l’oriente, est incompatible avec la macro-rationalité écologique, le principe de précaution, la préservation des écosystèmes, le souci des générations futures.

|9| J. O’Connor, Natural Causes. Essays in Ecological Marxism, New York, The Guilford Press, 1998, pp. 278, 331.

 

La Grande--Bretagne s'oppose aux projets de ressusciter la constitution UE .

non-UE

 

Londres voudrait que le projet de constitution soit abandonné ou réduit à une version beaucoup plus mince qui ne comprendrait que des changements techniques sur le mode de vote pour adapter les institutions européennes après l'élargissement à 27 membres, selon un responsable gouvernemental non identifié cité par le journal, le Times.

"L'Europe n'est pas hors service. Des décisions sont prises chaque mois, des lois sont passées, nous venons juste d'assister à l'annonce d'un projet extrêmement ambitieux sur le changement climatique, alors on ne peut pas dire que le futur de l'Europe soit suspendu à une nouvelle période de réforme institutionnelle", a déclaré cette personne.
Le gouvernement britannique est d'autant plus désireux d'enterrer la constitution qu'il est réticent à tenir la promesse de Tony Blair faite en 2004 de procéder à un référendum sur le projet de constitution en Grande-Bretagne, souligne le Times. Le Premier ministre britannique a estimé jeudi soir que la présidence allemande allait mener à "des discussions difficiles à propos des réformes économiques et de la constitution".
Il y a peu, la chancelière allemande Angela Merkel, qui préside l'UE, a averti du risque d'un "échec historique" si les 27 n'arrivent pas à sortir de leur impasse institutionnelle d'ici 2009. Elle qui souhaite ainsi la

tenue d’un nouveau référendum va désormais pouvoir compter sur d’éventuels partenaires sociaux libéraux français. En effet, la candidate du PS français, Ségolène Royal qui a pourtant déclaré vouloir présenter un programme réellement socialiste n’hésite pas à prendre à rebrousse-poil ses éventuels électeurs qui se sont prononcés très majoritairement contre la constitution lors du référendum du 29 mai 2005. Le camouflet donné à l’ensemble de la classe politique française n’a pas suffi. Elle est revancharde. Bêtise ? Aveuglement ? Mais quel électoral la candidate dite de « gauche » veut-elle séduire ?

La mort d'un tyran superlatif

pinochet

 

Les forces progressistes du monde entier se sont fait écho d’un sentiment de soulagement suite à la mort de Pinochet. Toutefois, l’action judiciaire  à son encontre par des multiples procès  concernant les violations systématiques des droits  de l’homme est éteinte. Sans procès et la terreur qu’il a fait peser sur le Chili, entre 1973 et 1990, laisse un goût amer dans le chef de ses principales victimes ainsi que dans la conscience des hommes et des femmes épris de justice de par le monde. En outre, il s’en tire à bon compte des nombreuses accusations de fraude à l’Etat chilien dans une saga sans précédent d’enrichissement personnel et familial.

Des responsabilités politiques sont à signaler, dont celles des gouvernements et  des secteurs politiques de la transition au Chili, faisant preuve d’une faible volonté politique pour aller de l’avant dans ces procès s que les tribunaux ont fait traîner. Une clameur s’impose : non à l’oubli et poursuite des procès des responsables des crimes de cette dictature.

 

JUSQU'A  SA MORT, IL A ETE HARCELE :

 

Chercheur au Centre d’études des relations  entre l’UE et l’Amérique latine de l’ULB, Marcelo Ossandon a également été membre du cabinet Allende.

 

A L’HEURE D’EVOQUER PINOCHET, ON PEUT DIRE QUE, DANS L’IMAGINAIRE COLLECTIF, PINOCHET EST, POUR PARLER COMME ROLAND BARTHES- UN « TYRAN SUPERLATIF ».

 

Oui. Et il y a  plusieurs raisons. La première tient tout de même à la dictature qu’il a mis en place : brutale, très violente dès le début , symboliquement , avec le bombardement du Palais présidentiel de la Moneda et la mort d’Allende, poussé au suicide pour ne pas tomber aux mains des assaillants. Et puis, ont suivi les méthodes de répression, les tortures, les disparitions, mises en place , de manière concertée, au Chili, en Argentine, au Brésil et en Uruguay, il faut le rappeler !

La deuxième raison, c’est qu’il s’agissait d’un dictateur qui a renversé un président socialiste légalement installé et qui proposait une voie de changement de la société chilienne assez inédite, puisqu’il parlait d’une voie socialiste dans la légalité.

Un autre élément, c’est qu’Allende lui-même , en ayant confiance dans les institutions démocratiques du pays, avait nommé Pinochet à la tête de l’armée. Jusqu’à sa mort , s’il fut commandant en chef de l’armée chilienne, c’est tout simplement parce qu’il a été nommé par le président lui-même.  Il y a aussi le fait qu’à la différence de l’Argentine, le Chili connaissait une tradition démocratique.. Enfin, on pourrait ajouter un dernier élément. Le Chili a connu un exil massif d’opposants à l’étranger (en commençant par la femme d’Allende) qui, dès les premiers moments, ont suscité un vaste mouvement de sympathie, une solidarité internationale , envers le processus qui avait été déchu et contre la dictature. Ce qui n’a pas été le cas des Argentins par exemple, qui étaient moins bien structurés sur le plan politique. Il existait au Chili, des partis de gauche, dont les militants, malgré la répression, avaient une capacité d’organisation et de contestation.

 

PINOCHET NE SERA JAMAIS JUGE..

 

Certes. Mais, si vous ouvrez la presse aujourd’hui, à l’occasion de son décès, vous ne trouverez pratiquement aucun journal qui parlera du « président  Pinochet » : tout le monde parle du « dictateur ». C’est le jugement de l’Histoire de Pinochet.

 

CERTES.. MAIS IL A BEL ET BIEN REUSSI A SE RIRE DU POUVOIR JUDICIAIRE, CHILIEN ET INTERNATIONAL.  ET IL EST MORT SANS DEVOIR RENDRE DE COMPTES :

 

Tout à fait. Au début du processus de démocratisation, cela s’expliquait par une certaine complaisance du pouvoir judiciaire au Chili., qui était un des derniers bastions du régime Pinochet, avec une tradition assez droitière et même réactionnaire. Celle-ci a changé avec l’arrestation de Pinochet à Londres. Elle a suscité tout un mouvement au Chili, et au premier chef dans une partie de la population elle-même, qui a vécu longtemps sous l’ignorance de beaucoup de choses. La dictature avait en effet mis une chape de plomb sur l’opinion publique, malgré les faits de résistance et de solidarité internationale que j’ai signalés. La chance historique de voir Pinochet jugé a été perdue quand l’Angleterre l’a relâché et qu’il est rentré au Chili.  Au-delà de son cas, un jugement officiel des actes de Pinochet aurait fait avancer la cause de la justice internationale. Cela dit, après cela, dans son pays, on a assisté à toute une série d’actions visant à le traduire en justice. Jusqu’à sa mort, on peut dire qu’il a été harcelé - même s’il n’a jamais été  condamné. La justice  démocratique est lente et contradictoire, puisqu’à chaque reprise, la perspective d’une arrestation a fait l’objet de débats politiques.

Marcelo Ossandon, propos recueillis par Willian Bourton. Le Soir 


Une visite dans une ardoisière ardennaise

Ardoisiere

 

Nous tenons à vous raconter notre parcours au pays de l’ardoise, entre Bertrix et Herbeumont. Ce parcours, nous l’avons fait en pensant à toi aussi, Robert, à la camaraderie qui nous unit tous les trois. Car l’histoire que je vais raconter te concerne aussi, car elle fait partie de ton patrimoine.

Après notre passage au Bois du Casier, rappel des conditions de vie des mineurs, nous avons voulu visiter une ardoisière qui fait peut-être aussi, dans une moindre mesure, partie du patrimoine ardennais.

Nous sommes descendus au fond d’une mine, munis d’un casque, par mesure de sécurité, à plus de 35 mètres de profondeur, sur des escaliers en fer. Nous sommes passés par les galeries principales d’exploitation où des ouvriers, comme dans les mines de chez nous, faisaient exploser des pierres schisteuses d’un poids étonnant. Un gros nuage de poussière s’en dégageait lors de la mise à feu de la charge explosive. D’autres ouvriers conduisaient les blocs d’ardoise pour la remontée. Le métier le plus pénible était celui du remonteur de plaques : j’ai pu discuter avec Louis, l’un des derniers remonteurs, qui sert de guide actuellement : il remontait des plaques de 150 kg sur le dos protégé par une épaisseur de paille et d’une toile de jute. La remontée s’effectuait sur de vulgaires échelles de pin, échelon par échelon, du fond à la surface sur une distance de 5 mètres, et, cela, 8 heures par jour. L’éclairage était faible, c’était quasi l’obscurité.

 

 

Il n’y avait pas de grisous et peu d’accidents mortels, mais des vertèbres brisées des dos cassés, des membres douloureux. Et beaucoup de mineurs étaient atteints de l’équivalent de la silicose, mais n’ont pas obtenu d’indemnités maladie professionnelle pour autant.

Les remonteurs d’ardoise faisaient parfois des paris sur leur force : c’est ainsi que l’un d’eux a parié un jour qu’il remonterait une plaque de 250 kg en fin de journée. Ce qui lui a coûté la vie, car une des veines de son cou éclata sous l’effet de l’effort décuplé.

Le site que nous avons visité a fermé le 01-09-1990, à cause de la concurrence de l’ardoise espagnole, qui est, certes, de moins bonne qualité, mais plus facilement exploitable.

Contrairement à nos terrils, les galeries sont remplies de pierres de schiste pour soutenir la pression sur les côtés.

A côté du site, il y a un petit bâtiment de bois qui sert de bar pour déguster une petite restauration, pour faire rentrer un peu d’argent. Il n’y a pas de parking, faute de moyens financiers, et les voitures se garent dans la boue.

La visite du site est aussi risquée, faute d’aménagements … Tous les 20 mètres, il y a un bouton d’alarme en cas d’accident lors de la remontée vers la surface.

Louis nous a parlé de son projet : permettre aux touristes de tailler eux-mêmes, avant de quitter le site, un morceau d’ardoise d’Ardennes.

Pour sauvegarder le patrimoine, Louis est actionnaire avec d’autres ouvriers mineurs mais il m’a avoué avoir sollicité les politiques pour les soutenir financièrement … sans résultat.

Il craint, que faute de moyens financiers, le site ne soit fermé , alors que son désir le plus cher est que les jeunes générations n’oublient pas les 1.200 ouvriers qui y ont travaillé, leurs conditions de travail, leurs efforts, leur courage .

Anne-Marie et moi lui avons souhaité bonne réussite dans ses projets, mais nous sommes partis tristes et inquiets, mais heureux aussi.

Le lendemain, nous avons visité le fourneau Saint-Michel, où on extrait le fer.

Anne-Marie Devresse et Simon Mortelette

22:51 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/04/2007

"Affaires" de Charleroi: dans l'ombre de la Loge? - 1369 quartiers touchés - Des tentes depuis la canal St Martin à Paris jusqu'à la Sambre - La Pooste belge va fermer 275 bureaux - Les futurs propriétaires endettés à vie - Cocorico, l'économie belge...

 

ON EN PARLE A CHARLEROI

 

Charleroi

Début janvier 2007, Progrès et Culture accueillait le journaliste carolo, Didier Albin pour la présentation de son livre «  Charleroi : le séisme » à l’occasion de son apéritif - rencontre mensuel.  Nous reproduisons ci-dessous l’article que le Journal du Mardi a rédigé sur le sujet.

 

«Affaires» de Charleroi: dans l’ombre de la Loge?   

par Laurent Arnauts   

                       

Avec tout ce que les médias ont tartiné sur le sujet pendant un an et demi, on pouvait penser qu’on n’ignorait plus rien des turpitudes de la gestion publique carolorégienne. Et bien, on se trompait. Dans un livre paru aux éditions Luc Pire, le journaliste Didier Albin ne se contente pas d’égrener, avec la méticulosité d’un enquêteur mais aussi un franc-parler qui n’épargne personne, le déroulement de ce drame politique dont les différents actes se suivent et se ressemblent. Il raconte ce qu’il a observé dans les coulisses. Et c’est ainsi que son ouvrage – « Le séisme » - mérite doublement son nom, puisqu’il lève un tabou auquel personne jusqu’ici n’avait osé ou voulu s’attaquer : le rôle occulte joué par des réseaux francs-maçons locaux dans l’estompement de la norme généralisé à Charleroi.

Des liens qui transcendent les clivages politiques et qui expliquent, selon l’auteur, bien des choses (*).

                        

Entretien et extraits.

 

Les dérives dans la gestion publique à Charleroi que vous décrivez ne sont pas récentes. Comment expliquer cette omerta qui semble avoir régné si longtemps?

 

Trois choses ont changé à Charleroi, qui ont mené à la révélation des "affaires" que nous connaissons depuis un peu plus d'un an. D'abord, l'arrivée d'un nouveau Procureur du Roi, Christian De Valkeneer, qui n'accepte pas l'idée qu'un corrupteur puisse exister sans corrompu, et vice-versa. Pour son prédécesseur, Thierry Marchandise, il était possible de poursuivre un corrupteur sans aucunement inquiéter la ou les personnes qui s'étaient laissées corrompre. Le deuxième facteur, c'est une presse qui se réveille, alors qu'elle avait longtemps servi la soupe au pouvoir. Elle décide de travailler tout à fait autrement, de devenir proactive plutôt que réactive. Et pour la première fois on obtiendra des preuves, ce qui va encourager des journalistes à avancer, plutôt que d'attendre que des éléments leur arrivent. Cela va encourager une série de gens qui sont déçus ou désespérés de voir ce qui se passe à Charleroi, et des faits sous-jaçents et connus depuis de nombreuses années, mais sans preuve ni témoignages, vont être dénoncés. Le troisième événement, c'est l'étoile de Jean-Claude Van Cauwenberghe qui s'éteint progressivement, de même que celle d'une série de collaborateurs de sa génération. Avec, derrière, une jeune génération qui en a un peu marre de ces pratiques

 bien installée.

 

Vous avez pour la première fois révélé clairement autre facteur: des réseaux francs-maçons...

 

Effectivement, tout cela s'est déroulé sur un fond de franc-maçonnerie. Même si cela existe ailleurs aussi je crois - j'en suis même convaincu - à Charleroi c'était plus visible. Lorsqu'on regarde la ville à travers le "filtre" maçonnique, beaucoup de choses a priori inexplicables deviennent claires. Pourquoi deux personnes qui s'entendaient bien ne s'entendent plus sans raison apparente, pourquoi un marché est attribué un tel plutôt qu'à tel autre, pourquoi une amitié contre nature politiquement se noue et persiste dans la durée... Si vous disposez des listes de membres de la "Loge de la Charité", vous comprenez mieux.

 

Lorsque vous avez évoqué cela au cours de l'émission "Mise au point" dimanche dernier, il y a eu quelques secondes de silence de mort... c'est donc tabou

 

Sur le plateau il n'y a pas eu de réponse effectivement, juste un grand silence. Et après l'émission on est venu me dire que "tout le monde sait ça", "ce n'est pas un scoop", etc. Mais tout le monde a beau le savoir, cela n'a jamais été exprimé. Il y a donc un vrai malaise derrière tout cela. Il est vraiment temps de crever cet abcès. Car derrière tout ce qui se "décide" à l'Union socialiste de Charleroi" (l'USC), il y a une autre instance qui est beaucoup plus puissante, cette fameuse "Loge de la Charité" dans laquelle des hommes politiques, des magistrats, des hommes d'affaires, des entrepreneurs décident un peu ce qui est "bon" pour les

carolos, depuis des années. Il est temps de briser cette chape-là, et de dire que les chose doivent changer là aussi. Ce n'est pas du tout entamer une chasse aux sorcières que de faire ça, comme cela a pu être dit, c'est seulement enlever cet écran de fumée qui empêche la transparence dans toute une série de dossiers.

 

C'est tout de même très grave, puisque cela signifie qu'il y a un facteur qui peut expliquer comment ce système a pu fonctionner et prospérer en toute impunité! Donc pas seulement les corrupteurs et les corrompus, mais aussi ceux qui étaient censés les contrôler: la justice, les médias, l'opposition peut-être?

 

Oui, il y a des gens des médias aussi, évidemment, bien que pour des raisons de respect de la vie privée je ne les nomme pas clairement dans mon livre. Ces gens occupent vraiment des positions stratégiques dans tous les lieux de pouvoir et d'influence. Et c'est ainsi qu'on arrive à tenir une ville... Bien sûr il y a des membres très respectables dans cette loge, mais il y a donc aussi des affairistes qui ne pensent qu'à s'enrichir et à profiter de la situation en nouant des accords dans le dos de tout le monde. Et donc on décidé là-bas des choses qui sont ensuite avalisées à l'US puis par le Collège communal, puis enfin par le Conseil communal.

 

Comment avez-vous pu vaincre cette omerta, cette loi du silence, dans votre enquête?

 

Il y avait des gens qui en avaient vraiment marre et qui m'ont fait confiance, à moi qui suis sur le terrain depuis une quinzaine d'années. J'ai toujours recoupé mes informations, de façon loyale, et je pense que c'est cette loyauté qui m'a ouvert des portes et m'a peut-être permis d'obtenir des confidences que d'autres n'ont pu obtenir. Mais maintenant, peut-être que des gens vont regretter de m'avoir parlé...

 

Il y a des francs-maçons parmi eux?

 

Oui, bien sûr. J'ai pu puiser mes informations à la source, on a pu parler clairement de franc-maçonnerie et de ce qui se passait à la Loge. Olivier Chastel a divulgué le second rapport d'audit mettant en cause de l'échevin Claude Despiegeleer, mais le premier, celui qui l'a vraiment envoyé en prison et est la cause de tous ses ennuis, est venu d'un autre franc-maçon, Alain Rozenoer. Despiegeleer pensait pouvoir lui faire confiance parce qu'il était un frère, malgré qu'il ne soit pas membre de la loge carolorégienne. Il pensait que c'était plus fort que la politique, que le respect de la hiérarchie ou la loyauté à une institution. Il s'est trompé.

 

Et qu'en est-il actuellement? On a dit que la nouvelle coalition qui va dorénavant gérer Charleroi aurait également été constituée en Loge...

 

Cela je ne crois pas. Je crois que c'est surtout l'envie de Jean-Claude Van Cauwenberghe de jouer un mauvais tour à son président de parti Elio Di Rupo. En négociant dans son dos, le soir du 8 octobre, une alliance avec le CDH et le MR, son intention est que Di Rupo l'apprenne par les médias. Mais il n'y parvient pas, parce que la présidente du CDH, Joëlle Milquet, s'étonne auprès de Di Rupo qu'il accepte de faire rentrer au collège échevinal cet Olivier Chastel qui est la cause de tous ses malheurs. Il passe donc à coté de cette petite revanche.

 

« Despi » trahi par un frère

 

ClaudeDespiegheleerPS

Toutes les conditions sont en place. Il ne manque que la bombe. C’est le jeudi 15 septembre 2005 qu’elle explose sur les ondes de Vivacité. Christine Borowiak s’est procuré le rapport qui tue, celui de 2002. Elle en lit des extraits. Cette fois, Chastel n’y est pour rien. Quelqu’un d’autre a renseigné la journaliste. Qui veut la peau des échevins? La question ne se pose pas en ces termes. Il faut plutôt se demander qui sait où se procurer le rapport, tenu secret depuis trois ans. Despi a mis le temps pour comprendre. C’était évident, bien sûr. Mais tellement difficile à admettre. Alain l’avait trahi. Alain Rosenoer.Son ami à la Société wallonne du logement dont il avait été administrateur. Son camarade socialiste. «Mon frère franc-maçon.»

 

Despiegeleer avait trouvé dans ses activités maçonniques une forme d’élévation intellectuelle. Pour cet ancien agent des chemins de fer entré au cabinet de Van Cau, c’était aussi un signe de reconnaissance. Une compensation à un manque de considération. La loge La Charité, dont le temple se trouve au centre de Charleroi, accueille du beau linge: magistrats, avocats, hommes d’affaires, entrepreneurs, fonctionnaires, politiques. On y retrouve des gens d’un peu tous les cercles d’influence et de pouvoir. L’entrée ne fut pas simple pour Claude Despiegeleer. Il en garde un souvenir amer. Il voulait y rejoindre son ami. Mais c’est de la souffrance qu’il exprime vis-à-vis de l’attitude de ses frères après l’affaire de la Carolo. «Un abandon.» La plupart ont fait une croix sur lui. Il est convaincu qu’ils lui ont fait payer son manque d’assiduité et de présence. Des procédures de conciliation ont beau être en cours afin de recoller les morceaux. Quelque chose s’est cassé en lui. Quelque chose de profond. «On ne

réparera jamais ça.»

 

Les activités de la Loge sont secrètes. La liste de ses 150 membres aussi. «On s’y rend beaucoup de services.» Si bien qu’à leur lumière, on comprend bien des incohérences ou des mystères de l’actualité: opportunités économiques, coups bas et complicités politiques, promotions... Le petit monde de Van Cau s’y retrouve: les hommes qu’il a placés à la tête des

institutions stratégiques de Charleroi, de proches collaborateurs. Il y a aussi des managers comme cet administrateur de la Comase dont la société va travailler à l’audit général pour la Société wallonne du logement, avant de se voir confier très opportunément celui de l’ICDI. Le réviseur chargé de la vérification des comptes de grosses intercommunales est un frère lui

aussi. La liste compte d’autres noms. C’est au milieu des années nonante qu’Olivier Chastel rejoint la Charité: les duels politiques avec Van Cau vont donner lieu à des tensions. Mais comme le définit le dictionnaire du diable, un duel n’est jamais que la formalité préliminaire à la réconciliation de deux ennemis. De fait, les procédures activées ont porté leurs fruits. «Une célébration a lieu en avril», selon Le Soir. «Aujourd’hui, nos rapports sont redevenus excellents», confirme Van Cauwenberghe.

 


1.369 quartiers touchés …

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Vaste étude sur les populations en situation difficile en Belgique :

 

La Belgique compte 1.369 quartiers dont la population vit en difficulté. Ils représentent 1,7 millions d’habitants ! C’est ce qui ressort d’une étude universitaire dévoilée par le Ministre fédéral en charge de la Politique des grandes villes, Christian Dupont (PS).

Pour aboutir au constat, les chercheurs ont scruté 17 régions urbaines. Côté francophone, Bruxelles, Charleroi, Liège, La Louvière, Mons, Namur, Tournai et Verviers ont été passées au crible.

Logement, santé, emploi, scolarité, accès à Internet, possession d’une voiture … Au total, 22 variables ont ensuite servi à analyser la pauvreté des habitants dans différents quartiers de ces régions. Il en ressort que 1.369 sont en difficulté, ce qui représente 1,7 millions d’habitants !

 

Bruxelles arrive sans surprise en tête, avec 295 quartiers (503.500 habitants) en difficulté. C’est explicable par l’exode d’une certaine bourgeoisie vers la périphérie de la ville. C’est là qu’on trouve le plus d’immigrés en grande difficulté. L’effort de rénovation de certains quartiers s’y fait toutefois lentement sentir.

 

Charleroi est deuxième, avec 274 quartiers (258.000 habitants). La région est qualifiée par l’étude de « l’une des plus problématiques », avec des « soucis de revenus, santé et chômage très ancrés ». On y observe des pics de ménages sans revenus, mais aussi de quartiers à forte présence d’étrangers venant de pays pauvres.

 

Liège arrive juste après, avec 267 quartiers (281.000 habitants). Universitaires et bourgeois restent assez présents au centre-ville, mais ils cohabitent avec nombre d’isolés et de logements vides.  Les plus précarisés se trouvent dans les quartiers anciens. C’est à Liège qu’on trouve le plus de Belges en difficulté.

 

Mons est quatrième, avec 140 quartiers (136.000 habitants). Les problèmes d’emploi sont « très présents » à Quaregnon, Frameries, Colfontaine, Boussu et Dour. Les logements sont anciens, peu rénovés et de mauvaise qualité.

 

A La Louvière – 102 quartiers (97.000 habitants), la situation est en « légère amélioration ». Les cités sociales de La Louvière, Morlanwelz ou Chapelle-lez-Herlaimont restent en grande difficulté

 

Verviers – 36 quartiers (38.500 habitants) – concentre ses problèmes dans la vieille zone industrielle. La situation « s’aggrave » là où logent des immigrés issus de pays pauvres « avec des problèmes aigus de qualification, d’emploi et d’émergence de phénomènes de ghettoïsation ».

 

Namur – 31 quartiers (32.500 habitants)  apparaît prospère, notamment grâce à son absence de passé industriel dont la reconversion plombe nombre de ses rivales. Les plus défavorisés se concentrent dans les faubourgs immédiats, avec un manque criant d’accès aux soins de santé.

 

Tournai – 28 quartiers (25.000 habitants), enfin, est la ville où les contrastes sociaux sont les moins prononcés. Aucun quartier ne comprend, par exemple, de couches massives d’immigrés en situation précaire. Son principal problème reste l’emploi, mais les efforts de rénovation des bâtiments et des espaces publics portent leurs fruits

Christian Carpentier

Dernière Heure 30-11-2006

 

Des tentes, depuis le canal St Martin à Paris jusqu’à la Sambre…

canal-st-martin

 

En soutien à nos amis Français qui - depuis de longs mois et encore actuellement - occupent des  tentes sur les quais de la Seine et du canal Saint-Martin notamment, pour dénoncer  les problèmes de  logement, la situation des sans-abri , des travailleurs précaires à la rue sans oublier les sans–papiers.

 

Nous collectifs,  militants et travailleurs, SDF, chômeurs et bénéficiaires du Revenu d’Intégration Sociale, nous nous joignons à eux. Car en Belgique, à Charleroi comme ailleurs en Wallonie, à Bruxelles, en Flandre, nous subissons le même sort : le manque de logements salubres à loyer abordable, les pertes d’emplois et de revenus, le chômage, l’exclusion, la détérioration de la santé, etc…. Bref la dégringolade et la longue déglingue.

 

A Charleroi comme dans d’autres grandes villes, la réponse apportée se résume le plus souvent à l’urgence (centre d’accueil, hébergements). Solutions nécessaires mais bien insuffisantes. Insuffisantes, d’abord parce l’augmentation du nombre de places se fait attendre, laissant certains sur le carreau. Insuffisantes, ensuite parce que qui peut imaginer qu’une gestion de l’urgence qui ne s’attaque pas aux causes de ces difficultés, ni à des perspectives durables d’insertion sociale devienne, à elle seule, une politique de lutte contre l’exclusion ?

 

Régulièrement des sans-abri dorment dans les sas des banques, les halls d’appartements, les entrées de magasins, sur les bancs d’hôpitaux. Quand ce n’est pas dans des garages, des bâtiments abandonnés, des caves d’immeubles. « Cacher cette misère que je saurais voir » : cette présence impromptue insécurise les riverains, les commerçants, entraîne des tensions, des violences verbales ou physiques parmi d’autres désagréments.

 

L’urgence de lits ne répond pas à la problématique cruciale du logement à Charleroi. De plus en plus de « sans » (-abri,-papiers…) n’ont plus accès aux centres d’accueil de nuit: les portes se ferment pour eux. Soit parce qu’ils sont « installés » dans leur misère (comme on dit) et ont utilisé toutes les nuitées « autorisées», soit parce qu’ils sont sanctionnés pour leur comportement, soit tout simplement… parce qu’il manque de places.

 

Le nombre de personnes sans-abri ou en situation de précarité à Charleroi ne cesse d’augmenter, la détresse sociale de s’aggraver. Crise de l’emploi, du logement mais aussi construction d’un « modèle social européen » qui ne se préoccupe  que dans l’urgence du sort des  plus précaires. Ces crises se traduisent chaque jour un peu plus durement dans le quotidien des ménages, des personnes isolées en rupture, mais aussi de travailleurs précaires qui, faute de moyens suffisants, ne trouvent plus à se loger décemment.

 

Le combat mené par les plus précaires en France mais aussi en Ecosse pour faire valoir enfin et concrètement le droit au logement pour tous est juste. C’est pourquoi nous décidons - à dater de ce jour, mercredi 17 janvier - de placer des tentes le long du quai de Sambre.

 Afin que ceux qui, malgré tous les dispositifs, restent encore à la rue aient quand même un abri. Afin que « cette misère qu’on ne saurait voir » ne soit plus cachée, bannie… Afin de dénoncer ces situations inhumaines mais aussi l’enfermement de l’intervention sociale et de personnes elles-mêmes dans cette logique de l’urgence, donc de la précarité. Nous attendons de vraies solutions qui s’attaquent réellement aux causes de cette misère.

 

Contact : Asbl Solidarités Nouvelles – Denis Uvier

 

ECONOMIE

La Poste belge va supprimer 275 bureaux en 2007

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Au Danemark, il ne subsiste que quelque 300 bureaux de poste. Chez nous, il y en a près de 1.300... Détenue à 49 % par sa consoeur danoise, La Poste belge doit « s'adapter ??? ». Le vent du Nord a déjà soufflé sur une cinquantaine de bureaux belges en 2006. Toutefois, l'entreprise publique a décidé de geler provisoirement le processus, contrairement à ce que prévoyait le plan stratégique. En cause ? Les élections communales et la difficulté de garantir dans les temps l'ouverture d'un Point Poste (ces guichets postaux installés dans des supermarchés, des banques, des gares ou des administrations communales) à chaque fermeture d'un bureau. Liée par son contrat de gestion, La Poste doit en effet garantir qu'un total de 1.300 points de services soit maintenu.
Dans ce contexte, la vague de fermetures a été postposée à 2007 et scindée en plusieurs phases. La première débutera au mois de février avec la fermeture de quelque 160 bureaux. Les critères de fermetures restent toujours les même : fin de bail, nombre de clients quotidiens et d'opérations effectuées, vétusté et sécurité... Après une nouvelle pause due aux élections législatives de juin 2007, la deuxième vague concernerait une centaine de bureaux. Enfin, une dizaine de bureaux de poste seront encore fermés lors du 4e trimestre 2007.
Aucune suppression d'emploi n'est prévue lors de ces fermetures. Le personnel devrait être ainsi réaffecté dans les bureaux voisins et dans les mêmes conditions de travail (Qui vivra, verra, ndlr). L'agenda et les détails devraient être exposés dans les prochains jours par Johnny Thijs, administrateur délégué de La Poste.

Extrait de Trends Tendances

 


Les futurs propriétaires endettés à vie ?

 

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Il est un fait : le prix des habitations augmente plus rapidement que les salaires et , malgré les faibles taux d’intérêts actuels, beaucoup de jeunes ménages éprouvent de plus en plus de difficultés à devenir propriétaires.

En 2003, la moitié des futurs propriétaires souscrivaient un prêt pour l’achat, la rénovation ou la construction d’une maison sur une durée de 20 ans.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que 24 % à agir de même tandis qu’en 2006, six prêts sur dix portent sur une durée de 25 ans et plus (extrait des statistiques de Immotheker).

Ces prêts sont souscrits aujourd’hui par 29 % des emprunteurs. D’autre part, ceux-ci doivent payer en moyenne 767 € par mois lors de la première année car les formules de prêts sont divers, prêts dégressifs ou progressifs, taux fixes ou taux variables,…

En France où les coûts du logement sont devenus prohibitifs (A Paris, j’ai relevé le prix de vente de 3000.000 € pour un appartement de 49 m² et ce n’était pas dans un de ces quartiers les plus cossus). Les candidats propriétaires souscrivent alors des prêts sur toute la durée de leur vie, une vie hypothéquée dès le départ au plus grand profit de ceux qui contrôlent le marché bancaire.

 

Le Furet.

 

 

Cocorico : l'économie belge est parmi les plus « libres » du monde !

 

économie-libérale

Suivant les dires de la Heritage Foundation, un groupe de réflexion américain, la Belgique se classerait à la 17 ème place en tant qu’économie dite « libre » au niveau mondial. De son côté, le journal flamand « De Tijd » ajoute que les entrepreneurs et les investisseurs peuvent travailler plus « librement » dans notre pays que dans la plupart des autres nations à l’échelle européenne et même nationale.

Merci Monsieur Reynders! Pourtant les employés ne partagent par les vues du Ministère des Finances viennent de manifester contre la diminution importante du nombre d’entre eux au sein de votre ministère.

 

D’après leurs déclarations, le  service chargé du contrôle des sociétés et des fraudes serait celui le plus atteint. Liberté totale pour certains qui peuvent se réjouir en clamant : «Quand le chat est parti, les souris dansent » (Ici il s’agit plutôt de rats car ils sont plus voraces).

La Belgique se voit donc octroyer de bonnes notes par cette fondation américaine pour la liberté offerte aux entrepreneurs et investisseurs.  Elle déclare cependant que nos gouvernants peuvent mieux faire encore car ils sont malgré tout encore trop dépensiers et les impôts peuvent encore être diminués, bref une logique imparable totalement néo libérale.

Ce faisant, la Belgique deviendra un meilleur élève de si elle applique strictement les lois de la libre entreprise. Elle pourra gravir les rangs et dépasser le niveau européen où elle se classe actuellement, dixième avec un score de 74.5 % derrière l’Allemagne, la Suède, l’Espagne ou encore la Norvège.

 

Le Furet 

 

22:16 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

18/03/2007

 Les guerres des USA en dehors du territoire nord-américain - SNCB: la rentabilité d'abord, le service public ensuite - La gauche et le peuple - Menaces sur la civilisation du vin - Une petite blague

Les guerres des USA en dehors du territoire nord-américain :

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-1823 : Promulgation de la doctrine de Monroe s’opposant à l’immixtion des Européens dans les affaires américaines.
-1847 : Fondation de l’Etat du Libéria pour accueillir les esclaves désirant rentrer en Afrique. Cet état est en fait devenu la quasi propriété de Firestone (caoutchouc naturel) en 1925.
-1853 : Une petite escadre commandé par Perry se présente devant Tokyo et oblige le Japon à faire comme la Chine avec les Anglais (et 4 ans avant les Français), c'est-à-dire signer les « traité inégaux » et ouvrir ses ports au commerce occidental. Cette attaque marquera le réveil du Japon et le début d’une politique d’expansion qui culminera en 1941.
-1867 : Annexion des îles Midway.
-1895 : Des colons américains aident la rébellion contre l’Espagne à Cuba.
-1898 : Annexion des îles Hawaï, pourtant formellement indépendantes et alors que les colons japonais sont bien plus nombreux que les colons américains. Pearl Harbor devient une importante base navale américaine.
-1898 : Guerre avec l’Espagne suite à l’explosion d’un cuirassé US à la Havane. Torpillage disent les yankees ; sabotage et provocation disent les Espagnols ; accident conclura, après la guerre, une commission internationale d’enquête.
Les USA occupent les Philippines (où l’escadre US manquera de peu de se fritter avec un croiseur allemand), Guam, Wake, Porto Rico et Cuba (cette dernière devient soi-disant indépendante). Les Allemands en profitent pour rafler ce qui reste des possessions espagnoles acquises par Magellan, soit Carolines, Mariannes, Yap, Palaos en sus des Marshall, de la Nouvelle-Guinée du Nord-Est et des Salomons qu’ils possédaient depuis 1883-90. Ces colonies allemandes, les premières que le Reich acquit, fit de l’Allemagne le plus grand empire colonial du Pacifique.
Anecdote sur cette guerre : l’engagement de Pierre Loti dans l’armée espagnole, ce qui fit de l’écrivain l’un des très rare français à avoir combattu militairement la puissance américaine.
-1899 : Les Samoa sont les dernières îles indépendantes qui subsistent dans le Pacifique.
2 croiseurs allemands, 1 anglais et 1 américains sont présent pour « garantir l’indépendance de l’archipel ». En fait, chacune des 3 puissances veulent mettre la main dessus pour soi-même. La tension est au maximum, on est à 2 doigts d’ouvrir le feu, lorsque soudain... un cyclone qui passait par là mit tout le monde d’accord et seul resta à flots le bateau le mieux construit, soit l’anglais, et tous les survivants des 3 pays dessus.
On se partagea donc les îles. Les plus grandes devinrent allemandes ; Pago-Pago, américaine ; et les Anglais reçurent des Allemands les Salomons (sauf celles du nord)

puissances sont toutes alliées, toutes présentes, mais alors que Japon et Russie ne cachent pas vouloir annexer Mandchourie et Corée, les USA exigent le respect de la Politique de la « Porte Ouverte », c'est-à-dire aucune annexion et liberté du commerce pour tous, partout.
-1901 : Les USA reprennent le projet français de construction d’un canal à travers l’isthme de Panama.
-1902 : Intervention à Cuba.
-1903 : Pour ce faire, les USA provoque l’ « indépendance » du Panama qui était une province de la Colombie et signe avec le « nouvel état » un traité concédant aux USA la « canal zone ».
-1905 : Traité de Portsmouth où après la victoire japonaise sur la Russie, les USA modère les exigences nippones. Il est intéressant de noter que la marine russe était constituée de navires construits en France, en Angleterre, en Allemagne et bien sûr, en Russie. La marine japonaise possédait peu de navires construits au Japon. Ses navires étaient construits en Angleterre, France, Allemagne et Italie. On ne trouve aucun bâtiment américain dans la marine nippone.
-1907 : L’immigration asiatique est limitée... mais pas l’européenne.
-1907-08 : Tour du monde de la flotte cuirassée américaine.
-1910 : Fondation de l’Union panaméricaine sous la très paternelle présidence des USA
-1911 : Intervention au Nicaragua.
-1915 : Intervention à Haïti.
-1917 : Achat des îles Vierges danoises.
-1917 : Intervention dans la guerre civile mexicaine (une fois que celle-ci est quasiment terminée).
-1917-18 :1ère guerre mondiale, les USA dictent les conditions d’armistice et de paix : les 14 points de Wilson.
Un des aspects essentiels de ces points est la disparition de l’Empire austro-hongrois démantelé en nations trop petites pour restées indépendantes et qui tomberont tour à tour dans l’escarcelle d’Hitler, puis de Staline, de Milosevic et enfin de W. Bush. 
-1919 : Envoi de troupes à Vladivostok ; officiellement pour soutenir les « blancs », officieusement pour contrer les Japs.
-1921-22 : Conférence navale de Washington. Cette arnaque est l’une des plus incroyable de l’Histoire.
a) On s’accorde la 1ère place à égalité avec l’Angleterre. (alors que l’Angleterre avait refusé à l’Allemagne une flotte représentant 3/5 de la sienne en 1912, une des cause de la 1ère Guerre Mondiale)
b) On autorise les Japonais à avoir 2 porte-avions de 27.000 t. contre 2 de 33.000 T. pour les USA. Ceux des USA feront en fait + de 37.000 T, ce qui n’empêchera pas d’accuser les Japs de construire des croiseurs plus lourds que la limite de 10.000 T. (ce qui s’avèrera faux). En d’autres termes, on viole les textes que l’on a soi-même écrits et imposés aux autres… et on accuse les autres de les violer. Après tout, ce qui fut fait aux Japonais fut exactement la même chose que ce qui a été fait aux Indiens même pas 50 ans plus tôt. Dans ces conditions, seule une attaque surprise pouvait rétablir l’équilibre.
c) On met la flotte française au niveau de l’italienne alors que la France a 2 façades maritimes.
d) S’appuyant sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada, on obtient l’annulation de l’alliance anglo-japonaise de 1902.
e) S’appuyant sur la fin de cette alliance, on obtient l’évacuation par les Anglais de Wei-Hai-Wei et de Kiao-Tchéou (anciennement allemand) par les Japonais. Le commerce américain peut ainsi réapparaître en Chine du Nord.
f) On ne ratifie ainsi pas le traité de Versailles (parce qu’il avait octroyé Kiao-Tchéou au Japon) que l’on n’a ainsi pas à garantir, notamment les réparations allemandes à verser aux Français et aux Belges, ce qui permet au commerce (et aux profits) USA à l’Allemagne de redémarrer. Par contre on ne transige pas sur les dettes de guerre contractées par les alliés que ceux-ci doivent impérativement payer. Ce ne sera qu’en 1930 (plan Young) que l’on fera le lien entre dettes et réparations. (du fait de la crise de 1929)
g) On n’a pas non plus à siéger à la SDN (Société Des Nations) étant donné le triomphe des accords bipartites.
Quelques années plus tard, Hitler suivra cet excellent exemple.
-1924 : L’immigration asiatique n’est plus limitée : elle est interdite.
-1926 : Entrée des USA dans le Capital de l’Irak Petroleum Co. (reprise des actions de l’Allemagne, la France reprend les actions russes mais ne s’en sert pas pour dédommager les actionnaires des fameux « emprunts russes ») et entrée des USA dans la politique au Moyen-Orient.
-1929 : Crise économique.
-1930 : Intervention en république Dominicaine et installation de Trujillo
-1930 : Intervention au Guatemala et installation d’Ubico.
-1930 : Une commission d’enquête de la SDN confirme l’existence du travail forcé (autrement dit de l’esclavage) au Libéria.
-1932 : Intervention au San Salvador et installation de Martinez.
-1932 : Intervention au Honduras et installation d’Andino.
-1933 : Intervention à Cuba et installation de Batista.
-1935 : Les USA ravitaillent l’Italie en pétrole malgré l’embargo décrété par la SDN à la suite de l’invasion de l’Éthiopie.
-1937 : loi « cash & carry » qui permet de vendre des armes à des belligérants (en violation du Droit International) à condition qu’ils payent cash et embarquent eux-mêmes le matériel.
-1936 : Intervention au Nicaragua et installation de Somoza.
-1940 : Malgré les agressions continuelles du Japon sur la Chine (1932, 1933, 1937) en violation de la politique de la « porte ouverte », ce n’est que lorsque le préjudice de la perte du marché chinois deviendra plus important par rapport au fait que le Japon est un excellent client des USA, que ces derniers proclament l’embargo sur le Japon.
-1941 : loi « Lend-Lease ». Mieux encore ! On prête du pognon aux belligérants pour qu’ils puissent acheter des armes... et il y a belle lurette que les cargos US participent à leurs transports. Pour ce faire, contre 50 vieux destroyers, la Grande-Bretagne cède des bases dans les Bermudes et aux Bahamas. Les 2 puissances s’installent d’office en Islande et au Groenland. 
-1941-45 : 2ème guerre mondiale : 

Destruction des villes européennes et japonaises par des bombardements classiques et atomiques qui n’ont pas écourté la guerre d’une heure, mais ont enrichi les industriels (un raid = 1.000 bombardiers = 4.000 moteurs + 200 chasseurs d’escorte, 5.000 t. de bombes, 13.200 mitrailleuses de 12,7, etc...)

Faire la guerre avec le sang des autres, on leur fournit du matériel pour cela (convois maritimes de l’Arctique pour les Russes, pont aérien himalayen pour les Chinois, parachutage (avec les Anglais) pour les mouvements de résistance).
Seul le front pacifique central ne comprendra que des troupes exclusivement américaines (et encore, en 1945 une escadre anglaise le renforcera).
A titre informatif : les campagnes d’Afrique du Nord et d’Italie (avec Anglais et Français), de Sicile (avec Anglais), de Normandie (avec Anglais, Canadiens, puis Français), de Provence (avec Français), d’Arnhem (avec Anglais et Polonais), d’Allemagne (avec Anglais, Canadiens et Français), d’Insulinde (avec Hollandais, Anglais et Australiens), de Nouvelle-Guinée (avec Australiens), Birmanie (avec Anglais et Chinois), Corée (avec Russes).

A l’issue de cette guerre, les USA occupent de gigantesques territoires : Bavière, Hesse et Württemberg, Basse-Autriche et Salzbourg, secteurs de Vienne et Berlin, Japon, toutes les îles du Pacifique ex-allemandes qui étaient devenues japonaises en 1919 (qui seront utilisées pour les tests nucléaires [Bikini] ). L’Arabie Saoudite devient une chasse gardée, des garnisons sont installées en France, Italie, Corée du Sud, Thaïlande. L’Europe occidentale, Grande-Bretagne incluse, passe sous tutelle économique américaine (plan Marshall).

-1947 : Intervention aux côtés des Britanniques en Grèce.
-1949 : Défaite de l’allié Tchang Kaï-Chek qui se réfugie à Formose évacué par les Japonais.
-1950-53 : Guerre de Corée : à la suite des agressions, infiltrations, sabotages continuels des sudistes dirigés par le dictateur Syngman Rhee, attaque brusquée du Nord communiste qui faillit de peu l’emporter. Contre-offensive de MacArthur, proconsul américain pour l’ensemble de l’Asie qui occupe tout le nord et menace la Chine de Mao, intervention de ce dernier qui descend à nouveau très au sud. Ce n’est qu’avec un immense effort dans une guerre de tranchées digne de la guerre 14-18 que les USA et leurs alliés parviennent péniblement à revenir, presque, mais pas tout à fait, à la frontière de 1950. Supériorité matérielle occidentale et supériorité numérique chinoise s’annulent. Seul l’emploi massif du « tapis de bombes » par l’aviation US et le massacre des populations civiles, réfugiés inclus sous le prétexte qu’il y avait parmi eux des « infiltrés » (soit tuer 100.000 innocents pour éliminer les 30 coupables qui sont parmi eux et que l’on ne peut reconnaître), permit d’éviter la formation d’une guérilla sur ses arrières comme cela sera le cas au Viêt-Nam ou actuellement en Irak. La terrible guerre de Corée dont on ne commence que depuis peu de temps à savoir toute la vérité, faillit bien devenir la 2ème défaite de l’Histoire des USA et dégénérer en 3ème Guerre mondiale.
-1951 : les USA et l’OTAN s’installent définitivement en Islande.
-1951 : Installation de bases en Portugal salazariste.
-1951 : Installation de bases au Maroc et en Tunisie. Elles serviront pour des actions clandestines destinées à provoquer l’effondrement de la France en Afrique du Nord.
-1953 : Installation de bases en Espagne franquiste.
-1954 : Défaite de l’allié français en Indochine.
-1954 : Intervention au Guatemala, éviction d’Arbenz qui vient de nationaliser l’United Fruit C° et installation d’Armas.
-1954 : Installation du Chah en Iran et éviction de Mossadegh.
-1955 : Les Américains soutiennent Diem au Sud Vietnam.
-1957 : Les menées de Diem amènent la formation du Viêt-Cong et l’arrivée de « conseillers » US.
-1958 : Intervention au Liban.
-1958 : Intervention diplomatique sur la guerre d’Algérie.
-1960 : Pour mettre fin aux violations continuelles de l’espace aérien soviétique et chinois par les avions de reconnaissance US et vu l’infériorité de la chasse soviétique (près de 1.000 avions abattus depuis 1945 d’après une récente enquête), Khrouchtchev utilise les missiles sol-air et met fin à ces reconnaissances. (En pure perte, car elles sont immédiatement remplacées par des satellites espions) 
-1961 : Échec de l’intervention à Cuba face à l’éviction de Batista par Fidel Castro et Che Guevara en 1959. La contre intervention de l’URSS en 1962 faillit dégénérer en guerre nucléaire.
-1961 : Kennedy, évoquant la conquête de l’Ouest américain et son extension jusqu’aux rivages de la Chine, maintenant bloqué par Mao ; offre aux Américains la nouvelle frontière, l’espace et la conquête de la lune avant les Soviétiques.
-1963 : Avec l’ONU, pour la 1ère fois, intervention de troupes US en Afrique, au Katanga.
-1963 : Les USA éliminent Diem et installent Thieu et Ky à la place.
-1964 : Début du bombardement du Nord.
-1965 : Intervention directe des Marines puis de l’Army au Sud avec rétablissement de la conscription.
-1965 : Les Marines débarquent aussi à Saint-Domingue.
-1967 : La France abandonne son allié israélien à propos du Liban. Les USA prennent progressivement la place laissée libre.
-1967 : Putsch des colonels en Grèce soutenu par la CIA.
-1970 : Extension de l’intervention au Cambodge alors que le nombre des troupes engagées est en diminution.
-1973 : Élimination d’Allende et installation de Pinochet au Chili soutenu par la CIA.
-1973 : Guerre du Kippour : L’énormité de l’aide américaine permet à Israël d’obtenir un match nul dans une guerre où il s’est laissé surprendre.
-1975 : Évacuation en catastrophe de Pnom-Penh et de Saïgon, seconde défaite de l’Histoire des USA, la conscription est supprimée (leurs stratèges considèrent que c’est la cause de la défaite de voir des soldats que l’on renvoie chez eux juste au moment où ils commencent à acquérir une certaine expérience, face aux combattants viets dont certains avaient déjà vaincu les Français), les USA s’engagent sur la voie d’une armée de métier.
-1980 : échec d’un raid en Iran destiné à délivrer les otages de l’ambassade US à Téhéran.
Soutien à Saddam Hussein qui entraîne l’Irak dans ce que l’on appellera la première guerre du Golfe contre l’Iran qui durera 10 ans sans aucun autre résultat qu’un immense massacre, la supériorité matérielle iraquienne étant annulée par la supériorité numérique iranienne.
-1983 : Les Marines débarquent à la Grenade.
-1984 : Échec de l’intervention au Liban.
-1986 : Attaque aérienne sur la Libye.

-1987 : La CIA finance les « contras » au Nicaragua pour renverser les Sandinistes.
-1988 : Intervention au Honduras.
-1990-91 : seconde guerre du Golfe : Suite à l’invasion du Koweït par l’Irak, coalition dirigée par les USA qui écrase l’armée de Saddam Hussein et permet une occupation militaire de l’Arabie Saoudite. Conséquence : création d’un mouvement intégriste islamique destiné à combattre l’occupation par des infidèles de la terre sainte, Al-Quaïda, dirigé par Oussama Ben Laden.

En outre, en Irak, Chiites et Kurdes se révoltent et sont massacrés par l’armée de Saddam sans que les USA n’interviennent. Seul deux zones d’exclusion aérienne sont instituées au nord et au sud du pays.
-1992 : Échec de l’intervention en Somalie.
-1994 : Intervention en Haïti.
-1994 : Intervention en Bosnie.
-1999 : Intervention au Kosovo et écrasement de la Serbie.
-2001 : Twin Towers.
-2002 : Invasion de l’Afghanistan. Installation de bases en Géorgie et au Tadjikistan..

 

 

SNCB : La rentabilité d’abord, le service public ensuite !

Carte-sncb

Il y a de cela quelques semaines, au détour d’une discussion, un ami me disait “Veinard, tu vas avoir une ligne directe depuis Bressoux avec les nouveaux trains de la SNCB”. Du côté des médias, c’est le même enthousiasme et l’on parle depuis plusieurs jours des « nouvelles offres de la SNCB ». La réalité c’est que la diversité de l’offre à partir de ma petite gare locale diminue et qu’il n’y a rien de nouveau sous la pluie mais seulement la poursuite de la logique « grandes lignes » de la SNCB.

Afin d’étayer ma critique, j’aimerais prendre un exemple intéressant que je connais bien, le mien. J’habite Jupille (à proximité de la gare de Bressoux) et je travaille à Louvain (Leuven). Il y a de cela plus de 2 ans, j’ai décidé de revendre ma voiture pour passer au vélo [1] et au train.

Avant ce 10 décembre, il existait un train partant de la gare de Bressoux [2] à 7:55 et arrivant à 9 :00 à Louvain via l’ancienne ligne Liège-Bruxelles. Il a été supprimé au départ de Visé et Bressoux. La gare de Bressoux était également desservie par un train local en direction de Liège-Guillemins toutes les heures 34 assurant une bonne correspondance avec le train rapide de l’heure 58 pour Louvain et Bruxelles (un quart d’heure de battement souvent réduit à 5-10 minutes en raison du retard assez chronique du train local). Ce train a été supprimé et remplacé par une des fameuses « nouvelles offres » à savoir un train IC assurant la liaison Maastricht-Bruxelles via la voie rapide et s’arrêtant à Visé- Bressoux et Liège. Minuscule inconvénient, celui-ci ne s’arrête pas à Louvain me laissant juste le choix d’un très risqué saut du train en marche en gare de Louvain [3]. Vu l’affluence du train local Maastricht-Visé-Liège, UN train local a été maintenu à 7:43 (au lieu de 7:34). La correspondance est maintenant excellente avec le train de 7:58, tellement bonne d’ailleurs que sur les deux premiers jours, nous sommes arrivés deux fois après 7:58 et que seul le retard du train de Bruxelles nous a permis d’avoir le train. Ce jour, le train de 7:58 était soit dit y en passant bondé car le nouveau train Maastricht-Bruxelles après avoir eu un quart d’heure de retard lors de son jour d’inauguration était tout simplement en panne aujourd’hui. Si l’on a un bon plan marketing du côté de la SNCB et que l’on prend soin d’annoncer aux médias bien à l’avance les « nouvelles offres », on a par contre oublié de tester les locomotives plus d’une semaine à l’avance or, celles-ci supportent mal la tension différente (1500V) sur le réseau hollandais.

Ce petit exemple [4] illustre bien la philosophie actuelle de la SNCB qui est le « tout aux grandes lignes ». Il est louable d’augmenter l’offre vers la capitale afin de désengorger celle-ci mais la mission de service public de la SNCB n’est pas seulement de répondre à cette demande massive (et rentable) vers la capitale mais aussi d’offrir à chacun la possibilité de choisir le train plutôt que la voiture où qu’il habite et travaille. En concentrant son énergie sur les grandes lignes, et particulièrement sur Bruxelles, la SNCB abandonne sa mission de service public qui ne peut être régulée uniquement par la loi de l’offre et de la demande mais aussi et surtout par l’obligation d’offrir des alternatives pour toutes et tous en fonction de l’intérêt collectif.

Il s’agit de proposer des solutions afin de faire naître des alternatives (fussent-elles peu rentables à court terme suivant les seuls critères marchands), d’impulser d’autres habitudes plus écologiquement responsables qui ne soient pas pénalisantes dans la vie quotidienne (temps de transport excessifs). Bien évidemment, au sein l’UE actuelle où la libre concurrence est élevée au rang de valeur et où tout est marchandise (même les choix en matière de transport), la SNCB est placée aujourd’hui dans un carcan financier qui l’oblige à faire ces choix aux dépens de ses usagers mais aussi de l’intérêt collectif. En effet, en appauvrissant encore l’offre à partir des petites gares périphériques, la SNCB incite à l’usage de la voiture. Au mieux, les combinaisons voiture-train ou bus-train demeurent envisageables mais l’alternative la plus verte, celle qui combine le vélo et le train, est rendue plus difficile car les moyennes distances sont négligées au profit des grandes lignes. En imposant de fait à la SNCB ce choix stratégique, les autorités renoncent à remplacer progressivement la voiture par d’autres modes de transport moins polluants comme le train mais choisissent plutôt d’occuper avec celui-ci un « segment » du marché. Il n’est plus question comme le clamait une campagne de pub de la SNCB, de nous faire « oublier la route ».

On ôte des lignes locales et les remplace par des RAVELs. On ferme les petites gares. On y diminue l’offre. Faire rouler un train coûte cher mais le prix que nous devrons payer collectivement pour la gabegie actuelle et ses conséquences écologiques sera sans commune mesure.

Notes

[1] Forcément « pliable » puisque la SNCB (pas plus que le TEC) ne prévoit pas de solution pour les vélos. Enfin, il existe bien un exorbitant billet spécial vélo mais cette « solution » requiert en outre une excellente condition physique afin de courir jusqu’au contrôleur avec le vélo, puis avec celui-ci jusqu’au wagon dans lequel un espace est prévu en tête ou queue de train (et ce au départ comme à l’arrivée). La poussée d’adrénaline est garantie, j’ai essayé !

[2] En fait, il s’agit uniquement d’un « arrêt » le gare ayant été fermée et les voyageurs peuvent soit attendre le train dehors (il n’y a même pas de d’abri contre les intempéries) soit dans le passage sous les voies où règnent alternativement des effluves de vomis et de déjections humaines (ce lieu étant devenu un refuge notoire pour toxicomanes)

[3] Surtout avec mon vélo pliable en main

[4] J’en ai déjà collecté quelques autres comme par exemple le fait que le train rapide vers Liège passant Louvain à 18:06 et qui faisait omnibus vers Gouvy à partir de Liège desservant entre autre les gares d’Angleur, Tilff, Mery, Hony et Esneux ne s’arrêtera plus non plus à Louvain.

Pierre EYBEN

 


La gauche et le peuple

PCF-non

 

"La gauche a un problème avec le peuple", écrivait Claude Demelenne dans le Journal du Mardi de la semaine passée. Et d'expliquer que l'insécurité sociale et physique en est la principale raison. Et de nous présenter Ségolène Royale comme  la solution qui va résoudre les problèmes de l'insécurité physique. Quant à l'insécurité sociale, la "pragmatique" Mme Royal serait "susceptible d'évoluer"...

Ceux qui ont lu les 98 chroniques qui précèdent celle-ci savent qu'on ne peut m'accuser de complaisance à l'égard de la social-démocratie et qu'en aucune façon je ne me résigne à l'abandon d'un constat : la lutte des classes, même si la lutte et les classes se sont modifiées, demeure aussi âpre, aussi cruelle que par le passé. Et je ne me résoudrai jamais à signer à la fin de ma vie un livre égrenant la longue liste des déceptions successives provoquées par un PS que j'aurais suivi jusqu'à l'aveuglement. Je ne me résigne pas à confier l'espérance aux professionnels de l'accommodement. On trouvera donc tout à fait cohérent que non seulement j'acte bien volontiers que la gauche a un problème avec le peuple, mais que j'ajoute qu'elle en est la première responsable. Et qu'inverser l'ordre des explications me semble relever d'une dérive dangereuse vers  un primat donné aux questions sécuritaires.

A qui donc sert le discours sécuritaire ? A ceux qui savent que les dérégulations, les flexibilités, le démantèlement systématique des avancées sociales conquises au prix de souffrances innombrables engendrent une société à ce point disloquée et précarisée qu'elle exige un renforcement de l'appareil sécuritaire. Ce n'est pas par hasard que le thème de l'ordre se retrouve avec la même force chez Sarkozy comme chez Royal. Mme Royal parle avec audace de sécurité physique et avec parcimonie de l'insécurité sociale parce qu'elle n'entend pas remettre en cause les raisons de cette insécurité sociale. Et invoquer, comme le fait notre rédacteur en chef pour illustrer sa capacité à traiter du social,  la pugnacité de la compagne de François Hollande dans le combat contre le CPE , c'est oublier un peu vite que tout le PS, y compris Rocard et Strauss Khan, a rejoint, après quelques hésitations, la gauche antilibérale dans ce combat derrière les lycéens, les étudiants et leurs parents.

Si la gauche a un problème avec le peuple, c'est parce que chaque fois qu'elle a créé l'espérance par un discours où elle faisait croire qu'elle était proche des préoccupations du peuple, elle a déçu : en 1956, en 1981, en 1988, en 1997. Autant d'espérances, autant de déceptions.

On peut rédiger, dans les salles de rédaction, à Bruxelles comme à Paris, de beaux papiers et se mettre au diapason de la droite sécuritaire qui pense plus à réprimer les effets qu'à supprimer les causes. Mais quand on va, comme je le fais chaque semaine dans cette France où je vis, là où le néolibéralisme détruit les emplois et crée de la misère, là où, dans le désespoir, des femmes et des hommes occupent leur entreprise que les règles de l'OMC et de l'Union européenne permettent de délocaliser lorsque les dividendes n'atteignent pas des pourcentages à deux chiffres, dans le Nord, à Dunkerque, Lille, Tourcoing, ou Valenciennes ou dans

 

le Sud autour de Marseille, de Sète, de Toulon, et même d'Albi, d'Agen ou de Toulouse, c'est d'une autre violence qu'il s'agit. La violence d'un capitalisme que Mme Royal ne remet jamais en question.

Dans ces endroits qui se multiplient et où on se croirait revenu au début du XXe siècle, c'est autre chose que Mme Royal qu'on attend : l'unité de la gauche qui refuse le néolibéralisme.

Certes, l'insécurité physique est un problème réel que la bourgeoisie socialiste a dédaigné et a offert à la droite. Mais encore une fois, pourquoi ? Parce que supprimer l'insécurité physique de manière durable, la réduire aux questions séculaires du banditisme, oblige à s'attaquer aux causes de l'insécurité sociale. Et que cela, la social-démocratie y a renoncé. Pire : elle  a contribué à la créer.

Cette social-démocratie française a négocié, avec le patronat et la droite,  les règles de la mondialisation néolibérale qu'applique aujourd'hui un des siens à la tête de l'OMC ; elle a, sous l'impulsion d'un autre des siens, négocié avec le patronat et la droite, les traités  - Acte unique, Traité de Maastricht - qui ont transformé le beau projet de construction d'une Europe unie en machine à mettre en concurrence les  Européennes et les Européens, les habitants d'Europe et ceux du reste du monde. Et elle nous présente les résultats de ses propres choix comme des fatalités qu'il nous reste à subir. Tout en proposant comme un progrès quelques mesurettes destinées à en atténuer les effets les plus douloureux.
Le problème de la gauche avec le peuple, c'est que le peuple est resté à gauche et que la gauche social-démocrate n'est plus à gauche. La France ne mérite-t-elle pas mieux que ce choix qui n'en est pas un entre l'ordre hard de Sarkozy et l'ordre soft de Royal qui tous deux, soyons en certains, provoqueront un immense désordre tant la souffrance sociale devient insupportable ?

 

Raoul Marc Jennar

Extrait  du Journal du Mardi

 


 

MENACES SUR LA CIVILISATION DU VIN.

Par Raoul Marc Jennar

 

vin

Le vin ! Ce n’est pas seulement un produit agricole. Ce n’est pas une boisson comme une autre. C’est le fruit de la terre transformé en breuvage, c’est la marque d’une contrée, c’est le signe d’un art de vivre.

Avec l’olivier, la « vitis vinifera » appartient aux paysages qui bordent le bassin méditerranéen, berceau de la civilisation européenne. Le vin n’est pas seulement un élément clé de la gastronomie, mais c’est aussi un fait de culture.

Domestiquée par les Sumériens, les Babyloniens, les Assyriens, les Égyptiens, les Hébreux et les Phéniciens, la culture de la vigne s'épanouit pleinement sur les rives de la mer Méditerranée, matrice de la civilisation du vin. Les Grecs, initiateurs de la viticulture en Europe méditerranéenne, sont relayés dans leur œuvre civilisatrice par les Romains : la Sicile et l'Italie du Sud d'abord, les régions méditerranéennes de la France et de l'Espagne ensuite, jusqu'aux rivages de l'Atlantique et l'intérieur du continent enfin. Les Romains, grands législateurs, sont les premiers à codifier les règles de fabrication et à rechercher la qualité. Les Gaulois inventent le tonneau qui supplantera l’amphore.

Que n’a-t-on célébré le vin dans la poésie et la chanson ! Associé aux plaisirs, il fut aussi célébré comme objet de culte par les adorateurs d’Osiris, de Dionysos, de Bacchus. Pour les Grecs et pour les Romains, le dieu du vin est le dieu de l'extase, de la métamorphose et de la régénération, de tout ce qui vit.  Le mot vigne est cité 176 fois dans la Bible. Pour  certains croyants, le vin est même consacré comme « sainte espèce ». 

Le vin est le sang de la terre. Et la vigne exprime, comme l’écrit Michel Onfray, « sa participation au monde terrestre et son aspiration à l'univers céleste. Sa double appartenance » (La raison gourmande, Paris, Grasset, 1995).  

Mais la vigne, c’est aussi un élément primordial de la vie socio-économique de nombreuses régions en Allemagne, en Espagne, en France, en Grèce, en Italie, au Portugal. Cultiver la vigne fait vivre des centaines de milliers de personnes. C’est une des activités agricoles les plus fortement utilisatrices de main d’œuvre. C’est une activité agricole dominante dans 22 régions d’Europe. Le vignoble européen occupe 45% de superficies viticoles de la planète et assure 60% de la production mondiale de vin. Le solde du commerce extérieur français de la filière « vin » équivaut aujourd’hui à la vente de 100 airbus chaque année. L’Europe est premier exportateur mondial de vin. Pour la période 2000-2003, la différence entre le vin exporté d’Europe et le vin importé a rapporté un solde commercial excédentaire de 2 milliards d’euros.

C’est tout cela que les technocrates apatrides et
irresponsables de la Commission européenne veulent détruire au nom d’une conception dogmatique et mondialisée du libre échange. Comme vient de le déclarer en commission du Parlement européen, un représentant de la Commission européenne : « notre volonté est de déréguler complètement le marché du vin. » Une fois de plus au service prioritaire des grands intérêts agro-industriels, la Commission européenne veut mettre la viticulture européenne entre les mains des firmes multinationales des alcools et des vins et abandonner ce qui fait la diversité et la richesse culturelle des terroirs européens.

La Commission européenne, au motif que, dans une période récente, les importations de vin venant d’Argentine, d’Australie, du Chili, des Etats-Unis ont augmenté plus vite que les exportations de vins européens veut arracher quatre cent mille hectares de vignobles, mettre fin à des critères de qualité (comme l’AOC), autoriser le mélange de vins non européens avec des vins européens. Le résultat sera que l’Europe deviendra importatrice net de vin et que la civilisation européenne du vin aura disparu. Mais il est bien entendu plus important de satisfaire l’idéologie néolibérale que de protéger le patrimoine culturel et viticole de l’Europe. Comme l’ont fait remarquer des députés de la Gauche Unitaire Européenne, « le premier devoir des institutions européennes est de soutenir et de protéger la production de vin, pas de la démanteler. » J’y reviendrai.

 

Extrait du Journal du Mardi

 


 

Une petite blague

Un vieil Arabe vit depuis plus de 40 ans à Chicago. Il aimerait bien planter des pommes de terre dans son jardin mais il est tout seul, vieux et trop faible. Il envoie alors un e-mail à son fils qui étudie à Paris pour lui faire part de son problème.

-"Cher Ahmed, je suis très triste car je ne peux pas planter des pommes de terre dans mon jardin. Je suis sûr que si tu étais ici avec moi tu aurais pu m'aider à retourner la terre. Je t'aime, ton Père"

Le lendemain, le vieil homme reçoit un e-mail :

-"Cher Père, s'il te plaît, ne touche surtout pas au jardin ! J'y ai caché la "chose". Moi aussi je t'aime. Ahmed"

A 4 heures du matin arrivent chez le vieillard l'US Army, les Marines, le FBI,la CIA et même une unité d'élite des Rangers. Ils fouillent tout le jardin, millimètre par millimètre et repartent déçus car ils n'ont rien trouvé. Le lendemain, le vieil homme reçoit un nouvel e-mail de la part de son fils :

- "Cher Père, je suis certain que la terre de tout le jardin est désormais retournée et que tu peux planter tes pommes de terre. Je ne pouvais pas faire mieux. Je t'aime, Ahmed"

23:21 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/03/2007

 Nous continuons la publication du reportage paru dans le JDM sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l'Eglise catholique.

SOCIETE

 

Nous continuons la publication du reportage paru dans le Journal du Mardi sur les milieux extrémistes sévissant au sein de l’Eglise catholique

 

Pologne : Le bréviaire de la haine

par Krzysztof Zakrzewski

 

radio-marjia

Les ennemis sont clairement définis : ce sont le Juif, l’homosexuel, le maçon, l’étranger, le communiste, l’Européen, le libéral . Sans oublier le militant pro-IVG. Ils n’ont qu’un but : détruire la frêle Pologne et l’Eglise catholique.

Qui porte ces accusations venimeuses, racistes et xénophobes ? Radio Maryja, une station intégriste écoutée par près de 6 millions de Polonais. Créée il y a 14 ans par le père rédemptoriste Tadeusz Rydzyk, le prédicateur à la parole ardente, la « voix catholique dans ta maison » distille la haine à longueur d’ondes.

Exemple : « Depuis que l’histoire de l’Holocauste est inscrite au programme scolaire, tout le monde croit qu'Auschwitz était un camp d'extermination, et non un camp de travail normal ». Le pire, c'est que la grande majorité des auditeurs, originaires des zones rurales (60 ans de moyenne d'âge), prennent pour parole d'Evangile ce réquisitoire antisémite. Ils ne sont pas les seuls … Les partis politiques de droite et de la droite extrême ne jurent que par Radio Maryja où leurs dirigeants sont souvent invités. C'est en partie grâce à son soutien que le parti conservateur et ultra catholique Droit et Justice (PIS) des frères jumeaux Lech et Jaroslaw Kaczynski a remporté les trois consultations électorales – législatives, sénatoriales et présidentielle – devançant, à chaque fois la Plate-forme citoyenne (PO), formation libérale, de droite également . Immédiatement après ce triple succès, les vainqueurs sont allés en pèlerinage au siège de Radio Maryja, à Torun (nord de la Pologne), pour remercier le père Rydzyk, lequel leur a rendu la politesse en les retrouvant au Parlement. Il en a profité pour bénir les députés, et s’assurer du soutien politique à son entreprise. Grâce à d’énormes collectes de fonds qui échappent totalement à l’Eglise polonaise, le prêtre, toujours muni de deux portables enfouis dans les poches de sa soutane, est parvenu à construire une véritable PME, dont le chiffre d’affaires ne cesse de croître. En plus de quelque 47 stations locales, il contrôle en effet, le journal Nasz Dziennik, qui tire à 250.000 exemplaires, trois fondations, ainsi que l’Ecole supérieure de Culture sociale de Torun. Ses détracteurs prétendent qu’en 2002, il aurait touché 3,4 millions d’euros de revenus. Voilà pour les deniers du culte.

Contre le progrès

 

« Personne dans l’Eglise polonaise, ni dans la vie publique, n’a mieux réussi à remplir le vide laissé par la disparition de Jean-Paul II, que le père Rydzyk … C’est lui qui a pris le rôle de faiseur de roi au cours de ces derniers mois », reconnaît l’hebdomadaire Wptost . Pas moins. « Même si le père Rydzyk ne souffle pas au Premier ministre les noms des personnalités qu’il verrait bien entrer au gouvernement, il fait savoir aux élites ce que pensent ses auditeurs », explique, navré, Slawmir Sierakowski, le rédacteur en chef de la revue Krytyka poliyczna. Et ses discrets rapports sont tout aussi efficaces que s’il attribuait lui-même les portefeuilles. Tout récemment, ces mêmes auditeurs ont fortement protesté contre la nomination de Joanna Kluzik-Rostkowska au secrétariat à la Famille et aux Femmes. Son crime ? Malgré sa profession de foi, elle a osé se prononcer en faveur de l’aide de l’Etat à la fécondation in vitro. Intolérable !

L’autre jour, Lech Walesa, ancien chef de l’Etat, est sorti de ses gonds au cours d’une émission de la chaîne de télévision publique. Ulcéré par les programmes de Radio Maryja, « qui ment à ses auditeurs » et, choqué  d’avoir été accusé sur cette antenne, de figurer parmi les agents des services secrets dans la Pologne communiste, le Prix Nobel de la paix a rétorqué que la radio du père Rydzyk constituait une menace pour la jeune démocratie polonaise. Mais le fulminant prédicateur n’a cure du lamento de Walesa. Il sait bien que l’épiscopat polonais lui est favorable, tout comme l’actuel gouvernement. « Ce n’est pas répréhensible d’être contre le progrès, contre ceux qui veulent renverser l’ordre établi par Dieu », explique Anna, une fidèle auditrice de 65 ans. Début décembre, elle s’est rendue, avec 10.000 fidèles, à Torun pour fêter le 14ème anniversaire de sa station préférée. « Le père Rydzyk, confesse-t-elle, nous a donné la foi, le sentiment que l’on vaut quelque chose ». Anna a promis au père Rydzyk de l’aider à rechristianiser l’Europe entière.

 

Extrait  du Journal du Mardi

 

Afrique : Un continent se meurt,

mais Benoît XVI persiste …

par Patrick Girard

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Mgr Arinze

Au lendemain du décès de Jean-Paul II, plusieurs « papabiles » africains avaient été évoqués : Mgr Arinze, originaire du Nigéria, connu pour sa rigidité doctrinale, tout comme le Béninois Mgr Gantin, autrefois préfet de la Congrégation des évêques . Fort de 126 millions d’âmes, le catholicisme africain n’a guère succombé aux sirènes de la « théologie de la libération », c’est-à-dire l’adaptation des rites catholiques aux traditions africaines. En revanche, les conférences épiscopales africaines ont accepté sans ciller le virage à droite imposé sous le pontificat de Jean-Paul II, notamment concernant la morale sexuelle. Un sujet explosif sur un continent laminé par le sida, et où les interdits papaux ont des conséquences ravageuses. La défense acharnée du célibat des prêtres y décourage, comme ailleurs les vocations, mais, surtout, comment évaluer l'exorbitant coût humain de l'interdiction du préservatif ?

Confronté à la féroce concurrence des Eglises protestantes, en particulier des missions évangélistes financées par les Etats-Unis, le catholicisme africain paraît condamné à une sorte de surenchère conservatrice . Sans parler des effets déplorables de son évidente collusion, au lendemain des indépendances, avec les pouvoirs en place …

Ainsi, au Rwanda, l’archevêque de Kigali était membre de droit du comité central du parti unique, le MRND, et le clergé local ne fut pas le dernier à participer, directement ou non, au génocide de 1994, livrant de gré ou de force, les fidèles tutsis aux militaires hutus . A l’inverse, au Burundi, l’Eglise soutint longtemps le régime minoritaire tutsi. Ce qui explique que ces deux réservoirs humains du catholicisme ont vu bon nombre de leurs fidèles, écoeurés par ces compromissions, se tourner vers les évangélistes protestants. Idem en Côte-d’Ivoire, où le catholicisme fervent de feu Félix Houphouè-Boigny a conduit quelques-uns  de ses opposants, dont Laurent Gbagbo et son épouse, à opter pour la religion réformée. Reste que dans bon nombre de dictatures africaines, l’Eglise catholique fut longtemps le seule force d’opposition, même si les partis d’inspiration démocrate-chrétienne n’ont jamais réussi la moindre percée politique, ne serait-ce qu’à cause de leur allégeance trop visible à certaines ethnies . Le continent noir, lui, continue de souffrir, mais Benoît, visiblement, persiste …

JDM N° 248 – 27/12/2005

 

Belgique : Darwin : « persona non grata »

par Grégoire Pinson

belgique

 

Il n’y a pas qu’en Caroline du Sud que Darwin fait figure de corrupteur de la jeunesse. En Belgique, Probio, une association de professeurs de biologie, s’inquiète de l’offensive des catholiques ultras, secondés par les sectes protestantes, pour imposer le credo créationniste à leurs élèves. « Deux de mes étudiants ont cessé, sur injonction de leurs parents, témoins de Jéhovah, d’assister à mes cours. Une autre élève, très catholique … m’a expliqué qu’elle refusait catégoriquement d’admettre que le monde n’avait pas été créé en sept jours », raconte Jean-Pierre Oeyen, professeur de biologie au collège Charles-Janssens, à Bruxelles. Ce sont moins, cette fois, les intégristes flamands que leurs homologues wallons, qui sont décidés à chasser les « insanités évolutionnistes » des programmes. Bastions francophones, Namur, Liège et Bruxelles comptent, en effet, nombre d’adeptes de la messe en latin qui suivent les mots d'ordre de l’évêque Léonard, cousin namurois de Mgr Lefebvre.

Créé en 1989, l’association Belgique et Chrétienté se veut à la pointe de la lutte contre le « racisme anti-chrétien et anti-belge ». Elle appelle au boycott des entreprises « qui manquent de respect à la catholicité », et avertit qu’elle rendra coup pour coup. Alain Escada, son fondateur, fustigeait, jadis, dans une feuille d’extrême droite, « la haute finance vagabonde et anonyme », termes codés de la littérature antisémite. Des propos qui n’ont pas empêché le cardinal Joas, ami de Jean-Paul II, de figurer au programme des causeries très orientées de l’aimable confrérie néo-fasciste .

 

Extrait du Journal du Mardi

 

Autriche : La valse des prélats

Par Tanguy Debbaz

 

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Hans Hermann Groer

La scène se passe le 4 novembre dernier, au Vatican. Dans la salle réservée aux visites des prélats, Benoît XVI reçoit une délégation de la conférence des évêques d'Autriche. Le chef de l'Eglise est d'humeur chagrine. Rapidement, le ton monte. Le Pape s’insurge contre « un phénomène significatif et préoccupant de sécularisation » dans la petite république alpine, « fille préférée » de l’Eglise de Rome. Que leur reproche-t-il avec autant de véhémence ? Leur manque d’enthousiasme et de détermination pour enrayer l’exode de leurs ouailles. Les derniers chiffres sont éloquents :

 

50.000 fidèles de moins chaque année, depuis 10 ans. Rude, pour un pays de 8 millions d’habitants, catholiques à 85 % ! Face aux évêques autrichiens abasourdis, le Saint-Père sonne l’heure de la contre-offensive. Deux types de mesures sont préconisées : une « soumission plus claire, plus courageuse et spirituelle à la parole du Christ », et un retour à des actions « missionnaristes », notamment grâce à un catéchisme plus « agressif ».

 

Reluisants secrets

 

Cette explication de texte n’est pas la première adressée à l’Eglise autrichienne. Dans les années 80, Jean-Paul II est, en effet, troublé par la désaffection croissante de la messe dominicale qui résulterait, selon lui, des mesures de Vatican II, et de la  « dilution du message du Pape ». Plus prosaïquement, il s’inquiète de la proximité de vues entre les sociaux-démocrates au pouvoir, et le très populaire archevêque de Vienne, Franz Köning, surnommé « le cardinal rouge ».

Le Saint-Père de Rome exige du changement. En 1986, Köning est remplacé par un obscur moine bénédictin de Basse-Autriche, Hans Hermann Groer. L’année suivante, un certain Kurt Krenn est nommé à la tête du diocèse de Sankt Pötten, fief d’un catholicisme de combat. La reprise en main échouera, car ces deux papistes de choc cachent de peu reluisants secrets. En 1995, Groer est accusé d’avoir abusé de jeunes adolescents d’un pensionnat catholique. En 2004, Krenn, à son tour, est contraint de raccrocher sa crosse pour une sordide affaire de pédophilie. Krenn, plus encore que Groer, incarne le dévoiement d’un clergé autrichien, soutenu par Rome jusque dans ses dérives extrémistes. Célèbre pour ses coups de sang et son penchant pour l’alcool, l’évêque s’est affiché à maintes reprises avec le dirigeant d’extrême droite, Jörg Heider, fustigeant, pêle-mêle, Noirs, Juifs, Arabes et homosexuels .

 

Modérés, vraiment ?

 

Pris de court, le Saint-Père bat le rappel pour se défendre des prétendus «modérés ». Par exemple, le cardinal Christoph Schönborn, grand chouchou des médias, promu « homme de dialogue », même s’il a signé une tribune dans le New York Times fustigeant le darwinisme . Un progressiste, on vous dit …

 

Extrait du Journal du Mardi

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20/02/2007

 Nouvelles n° 109: "Tutti cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité - Une vie de mineur: interview de Richard Henne - Le Parti communiste en deuil - Ecologie: Vers la libération...verte? -

"Tutti Cadaveri": ce qui est arrivé n'est pas une fatalité…

 

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Tutti cadaveri est un livre, une œuvre, fruit d'innombrables heures de recherches et de travail. Trois personnes sont à la base du projet. Marie-louise de Roeck qui est professeur, Julie Urbain, licencié en histoire et Paul Lootens, secrétaire fédéral à la Centrale Générale de la FGTB.

L'histoire de la conception du livre à commencé il y a 10 ans (lors du cinquantième anniversaire commémoratif de la catastrophe du Bois du Cazier). Marie-Louise de Roeck avait décidé de créer une pièce de théâtre ayant pour thème la catastrophe minière. Pour perfectionner ses connaissances elle demanda de plus amples informations sur la catastrophe. A sa grande surprise, on lui fournit 20.000 pages de papiers pelures d'époque relatant du Bois du Cazier. L'aventure commence. Les pages regorgent d'informations dont beaucoup en ignoraient l'existence. Afin d'être aidée dans sa tâche, elle fait appel à Julie Urbain étudiante en histoire. Ensemble, elles commencent à décortiquer et à classer les informations. Plus elles avancent dans leurs recherches plus elle se rendent compte que la plupart des textes sont ceux du procès du Bois du Cazier, un aspect de la catastrophe très peu développé.

Malgré tout, les textes sont très nombreux et traitent de faits techniques. C'est alors que l'aide de Mr Lootens est sollicitée vu ses responsabilités et ses fonctions. Qui mieux que lui aurait pu le faire? Maintenant ils sont trois à mettre leurs sciences en commun et à travailler sur la question du procès et tout ce qui s'y rapporte de près comme de loin.

Au fur et à mesure que les recherches avancent, plusieurs constats sont effectués : la sécurité catastrophique du site minier qui est due à la recherche de profit maximum par les patrons,  le fait que ce soit la police du charbonnage qui fasse l'enquête sur la catastrophe et que les juges en charge de l'affaire ne se basent que sur le rapport fait "maison", que d'année en année les tonnes de charbon extraites augmentent de façon quasi exponentielles au détriment de la réalisation de nouvelles installations moins dangereuses.

Ce sont donc toutes les anomalies du procès qui poussent nos trois auteurs à concevoir un livre sur le côté obscur de l'après 8 août 1956.

Durant l'apéritif rencontre organisé le 26 novembre dernier, une petite vingtaine de personne étaient présentes dans le local courcellois de l'Asbl Progrès et Culture. De très jeunes ou moins jeunes. Mr Paul Lootens retraça le parcours de la création du livre à l'aide d'anecdotes et d'expériences personnelles. Il relata également les conditions de vie des mineurs, les causes de l'accident ainsi que ses conséquences. L'ambiance était en général à l'écoute, par moment à l'indignation mais aussi par moments, à la révolte car toutes les personnes présentes dans la salle avaient perdues un proche ou un ami lors de la tragédie du Bois du Cazier.

Beth Thomas

 


 

Une vie de mineur : interview de Richard Henne

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Né le 31 octobre 1927, Richard Henne est fils de mineur. Il a deux frères et une sœur et toute la famille vit dans un coron. Alors qu'il n'est âgé que de 14 ans, son père vient à décéder après 27 ans de travail minier. Pour subvenir au manque d'argent causé par le décès, Richard et ses deux frères, partent travailler à la mine eux aussi.Sa carrière débute ainsi le 29 juillet 1942, aux Houyères-Unies situées à Anderlues au puits n° 2 de la société. Il  y travaille jusqu' au 15 avril 1949. Il rencontre alors et marie une fille de Souvret, notre amie Alfréda Her. Pour la circonstance, il arrêtera le travail quatre jours pour le reprendre aux Charbonnages de la Société de Monceau-Fontaine de Souvret. Là, on l'affecte au puits 6 Perrier. Il y travaille jusqu'au du 23 septembre 1950. Il décide alors de quitter l'exploitation de son plein gré, vu les conditions intolérables de travail qui y étaient appliquées.

Après cela, il se dirige vers la mine de Nay-à-Bois, située à Roux, là où se trouve actuellement la centrale électrique. Il y travaille du 15 novembre 1950 au 9 février 1953. Il fut licencié à cette date comme il n'avait pas  rendu en temps et en heure un justificatif d'arrêt de maladie. Les patrons de l'exploitation, sachant qu'il était syndiqué et militant communiste, sautèrent sur l'occasion pour le mettre à la porte.

 

Richard est alors revenu au siège n°3 du puits de Monceau-Fontaine du 10 mars 1953 au 7 mars 1954. Malheureusement, les puits ferment au fur et à mesure et notre mineur est transféré à Goutroux, au puits n° 14 du 9 août 1954 jusque fin octobre de la même année.

1953 est une année d'élections syndicales. Richard Henne fait partie du syndicat unique des mineurs. Il fait sa "petite propagande", comme il l'appelle, afin de faire adhérer les autres mineurs au Syndicat Unique.

Il organise ainsi un meeting dans les douches de la mine. Huit jours plus tard, il se voit convoqué par le directeur qui lui donne son préavis et le licencie sur le champ sans lui donner le moindre motif car, en effet, à cette époque il n'en fallait pas. Pour couronner le tout, le Syndicat Unique ne put se présenter aux élections.

 

Ne se laissant nullement abattre par son licenciement et l'échec syndical, Richard Henne reprend du service fin novembre 1954 au Sacré-Français à Dampremy (une société du Mambourg installée à Charleroi) jusqu'au 22 janvier 1955. Cette fois-ci, il quitte la société minière pour  cause d'insalubrité des douches.

Il se dirige alors vers le puits n°5 de la Société de Mariemont Bascourt du 24 janvier 1955 au 17 janvier 1956. Durant cette période Richard Henne apprend la fermeture prochaine des charbonnages et décide de partir travailler à Liège au St Arthur du 19 janvier 1956 au 5 mars 1960.

En décembre 1960, commence la grande grève. Durant cette période, et avec le caractère de l'home engagé qui lui est le sien, Richard s'allie aux militants FGTB et CSC devant les grilles du St Arthur pour expliquer à ses compagnons de travail qu'une solidarité entre tous les mineurs est indispensable afin de lutter contre la Loi Unique.

Là, encore une fois, il est remarqué parmi la centaine de manifestants présents et la direction lui "met un billet à sa médaille" signe qu'il venait encore d'être licencié sans motif.

Il continue le mouvement de grève malgré tout, se rendant quotidiennement à la Maison du Peuple de Roux où se rassemblaient d'autres mineurs.

Quant la grève fut finie, il décida de se rendre aux bureaux de chômage de Charleroi en expliquant qu'il ne savait plus où aller travailler. Au guichet, l'employé l'oriente alors vers le Vieux-Campinaire. Il y travaille du 8 mars 1961 jusqu'au 31 août 1963 et comme le métier est harassant et comme son état de santé se dégrade à cause de la silicose, Mr Henne introduit une demande de pension d'invalide. Comme il remplissait toutes les conditions, notre mineur l'obtient et met fin à sa carrière en 1963.

 

Souvenirs de guerre.

Pendant la guerre, les rationnements de nourriture pour la population étaient de 7 kilos de pain par mois soit 225 grammes par jour et par personne, ce qui fait qu'au bout de 15 jours, il fallait trouver quelque chose à manger pour les deux semaines restantes. Comme échappatoire, les mineurs du coron se cotisent pour acheter un bon paquet de tabac. Avec ce paquet, Richard et son frère allaient dans un champ de pommes de terre surveillé par un garde. Une fois le paquet de tabac dans les mains du garde, une envie pressante d'aller faire un tour d'environ un quart d'heure s'emparait de celui-ci. Un quart d'heure juste,  au retour du garde, plus personne ne pouvait se trouver sur le champ. De leur côté Richard et son frère se débrouillaient pour prendre l'équivalent d'une centaine de kilos de pommes de terre. Cela permettait de continuer à vivre jusqu'à la fin du mois en accommodant les pommes de terre en frites margarine. On travaillait aussi le dimanche, et en prime les mineurs avaient droit à un bon de charbon qu'ils revendaient pour se faire un peu d'argent. On allait sur les talus des fours à coke également, ramasser les "scrabies". Ce sont des morceaux de charbon pas tout à fait consumés que l'on revendait ou que l'on réutilisait pour son usage propre.

Mais la guerre c'est aussi l'entraide et la solidarité. Les Russes capturés par les Allemands étaient forcés de travailler à la mine. Si déjà en temps de guerre, les mineurs belges avaient un niveau de vie frisant la précarité, les Russes captifs, eux, étaient parqués dans des baraques insalubres (Remarque: c'est dans ces mêmes baraques que seront logés les Italiens qui débarqueront en Belgique quelques années plus tard). Ils n'avaient rien ou presque pour vivre et quand les mineurs cassaient la croûte, ils en donnaient une partie à leurs

camarades russes. La joie qu'on pouvait lire dans leurs yeux était intense. En guise de remerciement et de reconnaissance, quelques jours plus tard, les prisonniers offraient aux autres mineurs comme cadeau une superbe figurine très détaillée d'aigle ou d'ours taillée dans le bois. Une petite chose, mais qui faisait à la fois plaisir aux uns et aux autres.

Je n'ai pas simplement fait l'interview d'un mineur, j'ai eu droit à un bout d'histoire sur ma région, quelque chose qu'on m' a expliqué en face, une histoire sortant tout droit de la bouche d'un homme qui a vécu certaines périodes importantes de l'histoire, et qui me permet d’en laisser une trace au travers de mes écrits.

Lors de ses récits, je voyais dans les yeux de mon interlocuteur qu'il revivait ses moments de vie. Il les revoyait défiler tour à tour  en souriant ou sur un ton  grave.

Beth Thomas

 

Le Parti communiste en deuil.

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Le camarade Albert De Coninck, ancien secrétaire national du PCB-KPB, vient de décéder dans sa 92 ème année. Les funérailles ont eu lieu à Wilrijk, le samedi 16 décembre dernier.

 

Albert De Coninck est né en 1915, à Manchester (GB). En 1932, il adhère, à Mechelen,  à la Jeunesse Communiste, mouvement qu’il représente au Congrès mondial de 1934. Secrétaire régional de la JC en 1935, il devient volontaire dans les Brigades internationales parties au secours de la République Espagnole (1937). Après cinq mois, de retour en Belgique, il participe à la coordination de l’aide à l’Espagne républicaine, tout en passant au Parti Communiste, où il assume les fonctions de secrétaire politique à Mechelen. Mobilisé en 1939, il fait la campagne des 18 jours, à l’issue de laquelle il rentre chez lui et reprend contact avec la direction clandestine du Parti Communiste Flamand (VKP). Il contribue à la réorganisation du parti et plonge dans l’illégalité à l’été 1941. Envoyé en Flandre occidentale, il y assume successivement diverses fonctions et organise notamment une importante grève paysanne en 1942 dans la région de Diksmuide. Fin 1942, il devient Responsable National Paysan et passe, en 1944, aux Partisans Armés. Au moment de la Libération, il est Commandant de secteur P.A. pour les provinces flamandes. Pour son rôle dans la Résistance à l’occupation nazie, Albert De Coninck sera fait chevalier des Ordres de Léopold II et de la Couronne et titulaires de plusieurs décorations civiles et militaires. Il sera également cité à l’Ordre de la Reine par le Premier Ministre britannique W. Churchill en 1953.

Albert De Coninck aura été permanent du parti à partir de 1944, membre du secrétariat national d’organisation, puis successivement secrétaire politique des fédérations de Kortrijk et d’Antwerpen. En 1951, il fut élu membre du Comité Central du parti et entra aussitôt au Bureau Politique. Il y siégea jusqu’en 1982, tout comme au Secrétariat National dont il était devenu membre en 1957, s’occupant plus particulièrement des Relations internationales. Le Congrès national de 1986 l’avait nommé membre honoraire du Comité Central.

Milou RIKIR

 

 

ECOLOGIE

 

Vive la libéralisation…verte?

 

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Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Ecolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Ecolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Ecolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Evacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés, ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.


(1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
(2) Le Soir, 20/8/99
(3) Le Matin, 23/10/99
(4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
(5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

Léon Taniau

Extrait du Journal du Mardi

 

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11/02/2007

Nouvelles n° 108: "Société": Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire - La solidarité est la tendresse des peuples -

DOSSIER "SOCIETE "

Eglise catholique: la nouvelle tentative réactionnaire …

intcatho

Le pape vient d’accomplir un voyage en Turquie, risqué semblait-il. Tout s’est relativement bien déroulé après ses déclarations anti-islamiques faites à Ratisbonne en Bavière (Regensburg).          Le « Saint » Père aurait-il été visité par l’Esprit saint  et touché par la grâce ? Reste à voir : avortement, homosexualité, sida … la messe est dite !

Dans tous les domaines, Benoît XVI renforce le virage à droite de son prédécesseur, et lance des clins d’œil aux intégristes.

Vatican II est décidément bien loin.

Faisons le tour de quelques églises catholiques au travers du monde.

 

ESPAGNE

 

« Saint Franco, priez pour nous ! »

par Diane Cambon

 

Prédicateur furibond de la Cope, la deuxième station de radio espagnole, Federico Jimenez Losantos se considère en guerre contre le gouvernement socialiste. « Le cabinet Zapatero, éructe-t-il, s’est allié  aux Chavez, Castro et Mohammed ». Ce n’est pas tout … Discrètement approuvé par le Parti populaire, la « radio des évêques » dénonce, en vrac, les autonomismes catalans, les mères célibataires, les adeptes de la « fureur laïque », mais aussi la légalisation du mariage homosexuel, l’abolition du catéchisme obligatoire à l’école et, surtout, les menaces contre les énormes privilèges fiscaux dont bénéficie l’Eglise catholique. Une véritable contre-offensive aux accents néo-franquistes, orchestrée par le Vatican, où les évêques espagnols occupent des postes clés.

 

Sans compromis

 

« L’Espagne est pour Rome le problème numéro un parmi les pays occidentaux », explique la revue catholique Ecclesia. En janvier dernier, le défunt Jean-Paul II avait fustigé José Zapatero pour ses mesures « contre la liberté religieuse ». Et son successeur, Benoît XVI, dénonçait récemment « la destruction en Espagne, d’un système de droit ».

Quant au Parti populaire, trop content de caresser les 10 millions de catholiques pratiquants dans le sens du poil, il encourage l’Eglise espagnole à rejeter tout compromis. Quitte à réveiller les fantômes de la guerre civile, déjà agités lors de l’adoption par les socialistes des lois sur le divorce et l’avortement, à la fin des années 80. En juin, ils étaient 1,5 million à descendre dans les rues de Madrid pour s'opposer à la loi sur le mariage homosexuel. Sur les 78 évêques espagnols, une vingtaine avait fait le déplacement pour dénoncer cette « atteinte aux fondements de la famille ». Le clergé avait alors appelé les fonctionnaires catholiques à boycotter le texte impie, et à refuser de prononcer l'union civique des couples gays. La réaction du gouvernement fut cinglante : «Je ne suis pas disposé à accepter la doctrine selon laquelle ( … ) le royaume des cieux n’appartient pas aux homosexuels ». « Comment oublier que l’Eglise les a traînés devant l’inquisition et envoyés au bûcher ? », a riposté le ministre de la Défense, José Bono, seul catholique déclaré de l’équipe au pouvoir. Dopée par le succès de sa manifestation, l’Eglise a redoublé de hargne. Nonnes, curés en soutanes et évêques ont de nouveau battu le pavé pour dénoncer, cette fois, le projet socialiste d’abroger les dispositions du texte voté par le Parti populaire, qui faisait du catéchisme une matière obligatoire dans les écoles et lycées publics . Quant au refus de ces éminences, de faire le deuil  de leurs avantages fiscaux, héritage du franquisme … Les institutions catholiques continuent en effet de jouir d’une exemption fiscale sur leur patrimoine, et d’une aide annuelle de l’Etat de 3 milliards d’euros. Sans ce traitement de faveur, l’Eglise estime qu’elle n’aurait pas les moyens de joindre les deux bouts. S’appuyant sur l’article 16 de la Constitution de 1978, qui proclame la « non-confessionalité » de l’Etat espagnol, le gouvernement envisage de renégocier ce traitement de faveur. « L’Eglise n’a pas atteint son objectif d’autofinancement, et nous sommes parvenus à un point où l’apport (de l’Etat) est très important, mais ne peut augmenter, et va devoir diminuer », avertissait récemment Maria Teresa Fernandez de la Vega, vice-présidente du gouvernement.

Mauvaise image

 

Pour autant, le clergé espagnol est loin d’être menacé par la banqueroute : investissements en bourse, patrimoine immobilier (280 musées, 103 cathédrales, 107 centres hospitaliers, 7 universités … ), sans parler des subventions européennes. Des privilèges d’autant plus exorbitants que le nombre de pratiquants est passé, en vingt ans, de 55 % à 33 %. Depuis 2001, le pourcentage des jeunes qui fréquentent les églises a chuté de 28 % à 14 %. Pis encore, une enquête d’octobre 2004 du Centre de recherche sociologique indique que, de toutes les institutions, l’Eglise est la plus mal vue des Espagnols, loin devant l’armée, la police ou le gouvernement. Et ce ne sont pas ses prises de positions réactionnaires qui risquent de redresser son image de marque.

 

Extrait du Journal du Mardi

 

CHILI

 

Enfante, et tais-toi

par Maria Poblete

 

« Avec la capote, je m’amuse ! », sourit une jeune lycéenne. Les affiches de la campagne de prévention contre le sida s’étalent sur les murs du métro de Santiago du Chili et les écrans de toutes les télés. Enfin, presque, car deux chaînes font de la résistance, deux chaînes dont le propriétaire n’est autre que … l’Eglise catholique. Leur direction a purement et simplement refusé de diffuser ces spots, jugés « vulgaires et de mauvais goût » ; ces éminences se sont même étranglées à l’idée de « promouvoir le libertinage ». A la place, des clips « faits maison » ont été duffusés, proposant un message plus en phase avec la morale vaticanesque : pour lutter contre le sida, rien de tel que … l’amour ! De quoi creuser le grand écart entre la hiérarchie catholique et les Chiliens, dont 80 % approuvent la campagne gouvernementale. Mais l’Eglise n’est pas à ça près. Elle se targue de vouloir reprendre en main la formation spirituelle de la nation, qui a pourtant eu son compte d’ordre moral. Il aura fallu ainsi plus de dix ans de joutes parlementaires pour que la loi sur le divorce soit votée, il y a seulement … un an ! La pression conservatrice est telle, que la probable future présidente du pays, Michelle Bachelet, en lice pour le second tour sous les couleurs de la gauche, n’a même pas osé s’aventurer sur le thème de l’avortement durant la campagne . Même thérapeutique, l’IVG demeure aujourd’hui illégale dans un pays qui continue à avoir, dans ce domaine, l’appareil le plus répressif du continent latino-américain. Et ce n’est pas fini, car, en cas de victoire de la gauche à la présidentielle, on sait déjà que les principaux chefs de l’opposition appartiendront tous à … l’Opus Dei.

 

Extrait du Journal du Mardi (à suivre)

 


 

ECONOMIE

 

La solidarité est la tendresse des peuples

 

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Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des entreprises faisant appel à l’épargne publique à travers l’adoption d’une législation interdisant à toute société multinationale faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal Proposition de loi visant à sauvegarder la sécurité des petits épargnants et assurer une meilleure transparence des.  (Déposée par M. Pierre Galand et consorts).

 

DÉVELOPPEMENTS

 

L’année écoulée a une nouvelle fois démontré que le recours à ce qu’il est convenu d’appeler les paradis fiscaux constitue  une pratique courante des sociétés multinationales ou non  faisant appel à l’épargne publique. Or le recours à ces paradis fiscaux, notamment en raison de l’opacité qu’ils  offrent à leurs utilisateurs, est au cœur de nombreux scandales financiers récents qui ont touché de grands groupes internationaux et semblent ne devoir plus s’arrêter . Les chutes vertigineuses de cours et les faillites de sociétés ayant fait appel à l’épargne publique ont fait perdre beaucoup d’argent cette année aux petits épargnants qui, en toute confiance, ont placé leur argent auprès d’elles. Des économies souvent accumulées pendant une vie entière. Que ces  gigantesques scandales mettent en lumière des éléments strictement frauduleux ou simplement une gestion et un contrôle défaillants, on constate que les entreprises concernées utilisaient le recours à un système de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux pour brouiller le  contrôle et l’information des petits épargnants.

 

Lancé il y a quelques années par sept magistrats européens –dont le belge, Benoît Dejemeppe – l’appel de Genève dénonce l’impunité dont jouissent les trafiquants internationaux et  l’impuissance de la justice face à la criminalité organisée. Il dénonce également l’économie souterraine qui prend sa source dans la mondialisation des échanges et dévoile le jeu  des mécanismes financiers complexes bénéficiant de la complaisance des paradis fiscaux. La portée de cet appel ne se limite donc pas à des difficultés spécifiquement judiciaires et vise à s’attaquer à l’ensemble des problèmes soulevés par la mondialisation des échanges financiers dans le cadre des pratiques commerciales et financières internationales actuelles. L’objectif de l’appel de Genève consistait à tirer la sonnette d’alarme et pour le dire avec Renaud Van Ruymbeke « au-delà, se situe le champ d’action de l’homme politique, pas celui du magistrat. La balle est dans le camp des  législateurs qui ont le pouvoir de changer les choses ». Si cet appel n’avait pas suffi, au grand regret de ses signataires, l’actualité récente démontre aujourd’hui à suffisance qu’il est désormais indispensable et urgent de s’engager sur le plan du droit dans le sens d’une régulation étatique des pratiques financières internationales, de la sauvegarde de la sécurité des petits épargnants et de la transparence des entreprises faisant appel à l’épargne   publique.

 

L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement  Économiques) ne s’est que très récemment mêlée au débat relatif aux paradis fiscaux. En juin 2000, elle a dressé une liste des paradis fiscaux. Ce rapport a du reste encore légèrement été adapté à la mi-novembre 2001. Il s’agit en fait de 2 listes (régimes fiscaux avantageux appliqués dans plusieurs pays & répertoire des paradis fiscaux) dont la  publication a pour principal objectif de demander aux pays visés de mettre un terme aux régimes en vigueur. Dans ce contexte, l’OCDE encourage ses membres à réagir, de quelque manière que ce soit, face à de tels régimes spéciaux. L’adoption par la Belgique, membre de l’OCDE, d’une loi  interdisant à toute société faisant appel à l’épargne publique de détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal répondrait en partie mais très utilement à cette invitation de l’OCDE.

 

La proposition de loi sur le recours aux paradis fiscaux peut également s’inscrire dans le cadre des travaux menés par le G7 et le GAFI (Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux) qui ont entrepris une véritable croisade visant à accroître la transparence des flux de capitaux et à mieux contrôler les places financières des paradis fiscaux. Regroupant actuellement 29 pays, la Commission européenne et le Conseil de coopération des pays du Golfe, le GAFI opte désormais pour des mesures coercitives tel le refus d’ouverture d’un compte en provenance des pays non coopératifs ou simplement géré par un intermédiaire domicilié dans ces pays, pour combattre la fraude fiscale et le crime financier.

 

 L’Union européenne a dressé une liste de pays contenue dans le rapport Primarolo de novembre 1999. La Commission y a répertorié les mesures « dommageables » des pays membres de l’Union et des territoires dépendants. Il ne s’agit que d’une liste des régimes fiscaux avantageux.

 

  L’administration fiscale belge dispose d’une série d’articles de loi pour barrer la route à l’évasion fiscale par le biais des paradis fiscaux. Tout comme l’Union européenne et l’ OCDE, l’administration fiscale belge a par ailleurs dressé une liste  des régimes fiscaux complaisants à l’égard de pratiques condamnables, liste officiellement publiée au MB du 24 août 1991. L’interdiction faite aux multinationales faisant appel à l’épargne publique complèterait utilement cet arsenal juridique encore très imparfait en raison notamment de l’inventivité et la rapidité des techniques employées pour échapper à tout contrôle.

 

Comme le souligne simplement Jean-Marie Messier, « il faut bien comprendre qu’aujourd’hui le nerf de la guerre pour une  entreprise, c’est sa capitalisation boursière […] Plus un  titre vaut cher, plus on a d’argent dans son portefeuille pour  faire son marché. S’il baisse, non seulement on ne peut plus rien acheter, mais on peut vous reprendre pour pas cher ! […]

C’est le carnet de chèque. Les vrais banquiers, aujourd’hui, ce sont les actionnaires ». Cette conception de plus en plus répandue de l’entreprise consiste à la considérer comme un objet financier dont il s’agit d’accroître la valeur boursière  par tous les moyens : rachats d’actions, fusions-acquisitions, ventes des unités les moins rentables, montages financiers.

Ainsi, l’apogée puis la faillite d’Enron n’ont rien à voir avec son activité industrielle – le négoce du gaz et l’électricité – mais proviennent uniquement de ses activités financières. De même, Vivendi-Universal est devenu un holding financier, constitué d’un empilement d’actifs financiers sans cohérence industrielle, et destiné à créer de la valeur pour les actionnaires. Pour que les cours de l’action, qui  commandent la valeur de leurs options, continuent à progresser, les dirigeants d’entreprises sont tentés de manipuler les résultats pour les faire apparaître plus beaux qu’ils ne le sont en réalité. Dans le système actuel, le recours aux filiales et sous filiales dans les paradis fiscaux permet d’y arriver et de truquer plus ou moins facilement les comptes pour afficher à tout prix les résultats attendus. Au  détriment de millions de petits épargnants n’ayant aucun moyen d’opérer des choix éclairés par la situation réelle de l’entreprise à laquelle ils ont en toute confiance confié leurs économies. Les désastres en chaîne auxquels nous assistons aujourd’hui révèlent ainsi des dysfonctionnements graves, pour ne pas dire la faillite du capitalisme boursier, porté aux nues il y a peu par la plupart des professionnels des médias. Professionnels parfois eux-mêmes complices des manipulations comptables et financières malhonnêtes qu’ils sont sensés dénoncer (cabinets d’audit et autorités de contrôle mis en cause dans de nombreuses affaires), où plus simplement et à l’instar des épargnants, grugés par les discours officiels d’entreprises masquant une réalité parfois catastrophique.

Notamment dans le cadre de l’application du concept de  responsabilité sociale de l’entreprise, un mouvement se développe soit chez les actionnaires, soit dans les entreprises elles-mêmes qui tend à ce que ces dernières respectent une certaine éthique. Dans ce cadre, deux voies s’offrent aux actionnaires:

 

1) la sélection en fonction de critères sociaux et   environnementaux des titres entrant dans la composition de leur portefeuille.

 

 2) exercer le droit de vote aux assemblées générales en fonction de ces mêmes critères.

 

Il reste que la règle du profit maximum est, dans sa brutalité, fort claire et « les méfaits associés au nouveau visage du capitalisme ne doivent rien à une soudaine poussée d’immoralité. Ils résultent avant tout de l’explosion des opportunités de profits rapides, légaux ou illégaux, engendrés par la libéralisation des marchés financiers et une gouvernance d’entreprise obsédée par la montée des cours boursiers ». Certes intéressantes et méritant d’être soutenues, les pratiques issues du concept de responsabilité sociale des entreprises ne peuvent à elles seules répondre à tous les problèmes posés dans la mesure où l’éthique n’est  efficace que lorsqu’elle s’adresse aux individus de bonne volonté soucieux de respecter les impératifs de la morale.

L’éthique ne sauvera donc malheureusement pas seule le monde et il serait illusoire de ne s’en remettre qu’à sa seule force  de conviction. Elle constitue un instrument parmi d’autres dans les solutions à apporter aux dérives de la finance déréglementée.

 

 Les pouvoirs publics nationaux et supranationaux doivent être  les régulateurs de la volonté de puissance des firmes privées. Les règles qui gouvernent les échanges et les investissements mondiaux doivent être modifiées et mises au service de l’intérêt public. En effet, le système financier international sur lequel reposent les pratiques révélées par ces derniers  scandales d’ampleur inédite, permet d’autant plus difficilement de dégager des responsabilités individuelles qu’il jouit d’une prétendue capacité à

 

L’autorégulation.

 

L’État doit prendre ses responsabilités en assurant la sécurité des épargnants et en jouant son rôle de régulateur du système financier. Actuellement, le système mise sur une autorégulation du marché qui ne parvient cependant pas à assurer cette sécurité. L’intérêt général est gravement mis en cause par l’absence d’intervention régulatrice de l’État en la matière. Le rôle de l’État est de sauvegarder l’intérêt de tous et en particulier les plus faibles (épargnants peu ou mal informés) et l’intérêt général. Réguler, c’est s’attaquer à « la machine », au système. Mettre des mécanismes en place, arbitrer, fonder un projet de société qui rétablit le droit et la loi au service de l’intérêt général.

L’utilisation de filiales et sous filiales dans des paradis fiscaux a trop souvent clairement pour objectifs :

  - de brouiller les pistes de l’information dans le but d’optimiser des profits au dépend de l’intérêt des petits épargnants

 - et d’assurer une absence de transparence favorisant la fraude fiscale (réduction du taux de fiscalité moyen du groupe, transmission d’un patrimoine à des héritiers, détournements de fonds à des fins sans rapport avec l’objet social de la société, financement de tentatives de corruption…), ce qui nuit à l’intérêt collectif c'est-à-dire  l’ensemble des personnes physiques et morales concernées qui doivent compenser le manque fiscal.

 

En l’absence de volonté politique internationale suffisamment forte de mettre au pas les paradis fiscaux et ayant parfois eux-mêmes recours à eux, les États se sont jusqu’ici limités à proférer des déclarations d’intention laissées sans suite, en dépit par ailleurs du manque à gagner pour la collectivité du fait du recours à ces pratiques. Cette question nécessitant d’être réglée à un niveau européen pour être pleinement et efficacement appréhendée, il serait pertinent que la Belgique initie le mouvement en se dotant d’une législation exemplaire susceptible d’entraîner un large mouvement de soutien au niveau européen.

L’action politique qui a été légitimée par le vote du citoyen peut encore et doit s’exercer pour changer la logique nuisible d’une mondialisation des échanges dérégulée, pour promouvoir  le bien commun. Les scandales à répétition auxquels nous assistons aujourd’hui sont une expression caractéristique des mauvais côtés de la mondialisation qui mettent en lumière les  nouvelles responsabilités que chaque État doit assumer vis-à-vis de la collectivité internationale, et l’enjeu que représente l’élaboration de règles mondialement reconnues et appliquées.

 

Les paradis fiscaux sont devenus des intermédiaires financiers majeurs mais n’assument pas les responsabilités liées à ce nouveau statut. L’endettement démesuré de certaines  entreprises a été caché via le recours à leurs filiales dans ces paradis fiscaux. La mondialisation nous oblige à repenser la réglementation des activités financières, non plus sur une base nationale ou régionale mais européenne et mondiale. Il est indispensable d’imaginer de nouveaux mécanismes incitatifs, voire coercitifs, pour le respect des règles internationales.

 

Un consensus apparaît sur la nécessité d’élaborer de nouvelles normes internationales, de transparence des personnes morales, de réglementation financière, de contrôle et de coopération, afin d’éliminer autant que possible les effets néfastes de la mondialisation financière.

 

Conjuguées au flot ininterrompu d’affaires mettant en cause des paradis fiscaux et des sociétés écrans, les pressions politiques ont ôté son aura de respectabilité et de « chic » à la finance offshore. Il est temps aujourd’hui de faire un pas de plus sur la voie de la mise en place d’un système qui débouche sur une véritable transparence du système financier international.

PROPOSITION DE LOI

 

CHAPITRE I.

 

Disposition générale. Article 1-La présente proposition de loi règle une matière visée à l'article 78 de la Constitution.

 

CHAPITRE II - Articles

 

1) Toute société faisant appel à l’épargne publique ne pourra détenir une participation directe ou indirecte dans une entreprise ayant son siège social dans un paradis fiscal.

 

2) Le Roi est chargé :

 

- D’établir la liste des paradis fiscaux ;

- D’établir les règles déterminant les critères relatifs au lien de participation directe ou indirecte ;

 -De définir la notion et d’établir les règles de l’appel à l’épargne publique.

 

3) La présente loi entre en vigueur le jour de sa publication au Moniteur belge.

 

Pierre Galand, Sénateur PS

 

 



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02/02/2007

Nouvelles n° 108: Agressions extérieures des USA - Israël: un ultra à un poste-clef - Ecologie: Vive la libéralisation...verte? - Histoire: l'autre 11 septembre - Portrait: un maître-espion disparaît

Liste (non exhaustive) des agressions extérieures des USA.

1°) Sur le territoire nord-américain

usa

-1783 : Annexion de tout le territoire jusqu’à la rive gauche du Mississippi, et ce, dès la fin de la guerre d’indépendance, soit un territoire d’une superficie quasi égale aux 13 états initiaux. Les USA doublent ainsi de superficie dès leur naissance.
-1803 : Annexion de la Louisiane achetée à la France, immense territoire sur la rive droite.
-1812 : Annexion du dernier état boucanier du pirate Laffitte dans les bayous près de La Nouvelle-Orléans. Les sociétés flibustières (du XVIème-XVIIème siècle), puis boucanières (XVIIIème siècle) furent les seules sociétés modernes d’hommes libres (avec les états boers). Elles accueillaient toute la lie de l’humanité, droits communs, esclaves noirs en fuite, français, anglais, irlandais, écossais, espagnols, portugais, hollandais, protestants, catholiques, hommes, femmes, etc... dans une société totalement égalitaire. Il est curieux que les marxistes aient totalement passé sous silence ces sociétés, alors qu’ils se souviennent d’épisodes plus anciens et qui ont échoué, faute de projet politique, tel Spartacus. Seul inconvénient des « pirates » : la violence. Ces sociétés rappellent un peu nos cités de « non droit » ou les communautés roms.
-1812-14 : 2ème (et dernière) guerre avec l’Angleterre. Échec de l’annexion du Canada, les Anglais rasent Washington.
-1818 : Paix « éternelle » avec l’Angleterre : partage moitié-moitié des grands lacs sauf le lac Michigan qui revient en totalité aux USA et frontière du 49 ème parallèle vers l’ouest 
-1819 : Annexion de la Floride achetée à l’Espagne et garantie des frontières avec la Nouvelle Espagne (Mexique à partir de 1821).
-1836 : Les colons américains installés au Texas proclament l’indépendance de cet état.
-1842 : Annexion du Maine sur le Québec (avec l’accord des Anglais).
-1845 : Annexion du Texas en violation de l’accord de 1819.

-1846 : Avenant au traité de 1818 avec l’Angleterre et poursuite de la frontière du 49 ème parallèle jusqu’au Pacifique (sauf Vancouver), ce qui permet aux USA de prolonger le territoire acheté aux Français jusqu’au Pacifique (futurs Oregon et Washington) et de s’installer entre les Anglais (an nord) et les espagnols (au sud) et de virer les Russes descendant de l’Alaska qui avaient profiter de l’occupation de l’Espagne par Napoléon pour installer un comptoir à San Francisco avec l’aide de gouverneurs corrompus (épisode de Zorro). 
-1848 : Guerre avec le Mexique et annexion de la Californie, du Nevada, de l’Arizona, de l’Utah et du Colorado.
-1853 : Achat du Nouveau-Mexique au Mexique.
-1862 : « Homestead Act », permet aux colons de s’emparer des terres des indiens en toute légalité et impunité... en violation des traités signés avec eux.
-1861-65 : Guerre de Sécession où les Français en profitent pour annexer le Mexique. La guerre terminée, la menace d’une intervention suffira à les faire partir.
-1867 : Achat de l’Alaska à la Russie, au moment même ou se crée le Dominion du Canada.
-1871 : La Colombie britannique se rattache au Dominion pour échapper à de nouvelles visées expansionnistes américaines.
-1891 : Fin du « Homestead Act » par l’annexion du dernier territoire indien qui devient l’Oklahoma. C’est le dernier acte des 109 traités signés avec les indiens dont strictement aucun n’a été respecté.
-1903 : fixation de la frontière entre l’Alaska et le

 

Canada. Conséquence du dernier « gold rush », les citoyens américains se trouvaient majoritaire dans la vallée du Yukon qui fut ainsi presque entièrement annexée à l’Alaska sans jamais avoir été russe. C’est ainsi que ce qui n’était à l’origine qu’une bande côtière liée aux chapelets d’îles Aléoutiennes et Kodiak, devint le 49ème et plus vaste état de l’Union.
-1994 : Création de l’ALENA et intégration économique du Mexique et du Canada.

 

A suivre…

 


Un ultra à un poste-clé.

lieberman

 

Le chef du parti nationaliste Israël Beitenou, Avigdor Lieberman, a fait son entrée officielle lundi dans la coalition d'Ehud Olmert.

Après le vote favorable du cabinet, lundi matin, la Knesset devait officiellement investir Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israël Beitenou, ministre des Affaires stratégiques, en charge de la «menace nucléaire iranienne». Son mouvement, fort de onze députés, vient renforcer la coalition du Premier ministre, Ehud Olmert, malmené dans les sondages, impliqué dans plusieurs affaires de corruption et fragilisé par la guerre au Liban. L’arrivée de ce dirigeant controversé marque un tournant à droite du gouvernement formé en mai dernier, même si son programme reste officiellement inchangé. Avigdor Lieberman devrait en profiter pour peaufiner une image d’homme politique responsable, en vue des prochaines élections.

C’est une personnalité aux positions extrémistes et aux déclarations fracassantes qui fait son entrée au gouvernement israélien. Le 21 janvier 2001, Avigdor Lieberman menaçait, en cas d’attaque palestinienne, de « bombarder Beit Jala (un faubourg de Bethléem – Cisjordanie), Téhéran, Le Caire et le barrage d’Assouan ». Dans son livre Ma vérité, le chef du parti Israël Beitenou (Israël est notre maison) se fait le champion de la colonisation et préconise, notamment, « de placer la plupart des Arabes sous autorité palestinienne en excluant les villages arabes des territoires sous souveraineté israélienne », de façon à créer « deux États ethniquement homogènes ».

Cet homme de 48 ans, originaire de Moldavie et dont l’électorat vient principalement de l’ancienne Union soviétique, n’est pas avare de solutions radicales et musclées, ce qui lui vaut l’hostilité farouche des partis de gauche et des Arabes israéliens (1,3 millions de personnes). Ahmed Tibi, président du parti Raam-Taal, voit ainsi en Avigdor Lieberman l’expression du « fascisme et du racisme ». Dans un entretien au quotidien Haaretz (gauche), le député arabe israélien a déclaré que Lieberman était « l’équivalent israélien de Jean-Marie Le Pen et Joerg Haider », deux extrémistes de droite français et autrichien.

Ce n’est pas la première fois qu’Avigdor Lieberman obtient un portefeuille ministériel. Ancien haut dirigeant du Likoud (droite), il fut, notamment, en 2001, ministre des Infrastructures nationales dans le cabinet d’union dirigé par Ariel Sharon. Il démissionnera dès 2002, estimant que les mesures prises ne sont pas assez fermes à l’égard des Palestiniens. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer le nouveau gouvernement Sharon en février 2003, en tant que ministre des Transports. Puis de s’en faire exclure en juillet 2004, après avoir critiqué le plan Sharon de retrait unilatéral de la bande de Gaza.

 

« Je suis heureux de ce ralliement »

 

Aujourd’hui, c’est au moment où la popularité de sa formation monte fortement qu’il rejoint la coalition menée par le Premier ministre Ehud Olmert (parti Kadima, centre) et soutenue par le parti travailliste (gauche) du ministre de la Défense Amir Peretz. Une récente enquête d’opinion indique que le parti russophone obtiendrait pas moins de vingt députés, contre onze actuellement. Lundi, lors du vote du cabinet, vingt-deux ministres sauf un – le travailliste Ophir Pines-Paz, qui a ensuite démissionné – ont voté pour le ralliement d’Avigdor Lieberman, qui devient ministre des Affaires stratégiques, poste créé à son intention où il sera en charge du dossier nucléaire iranien.

« Je suis heureux de ce ralliement, s'est félicité Ehud Olmert. Et j'apprécie l'attitude des travaillistes (...) Ces développements vont renforcer notre coopération et donner une large assise au gouvernement ». Son cabinet peut en effet, désormais, compter sur 78 députés sur 120 à la Chambre, majorité confortable qui devrait lui permettre d’achever son mandat. Réuni dimanche soir dans un grand hôtel de Tel Aviv, le Comité central du parti travailliste avait voté, à une forte majorité, la motion défendue par Amir Peretz, partisan de rester dans le gouvernement malgré l’arrivée de l’extrême droite. Du reste, le parti de gauche avait déjà participé au gouvernement Sharon en 2001, aux côtés d’Israël Beteinou.

Si les pragmatiques travaillistes l’ont emporté sur les partisans d’un retrait, c’est que leur parti est actuellement en chute libre dans l’opinion. En se retirant, le parti de gauche se serait mis dans l’obligation de voter contre le budget 2007, ce qui aurait entraîné la chute du gouvernement, donc de nouvelles élections et une déroute quasi assurée. Amir Peretz, très critiqué, en tant que ministre de la Défense, pour les ratés de la guerre au Liban, a tenté de faire diversion : « Il faut faire preuve de responsabilité vis-à-vis de l’État d’Israël. En restant au gouvernement, nous empêcherons les vues extrémistes de Lieberman de devenir réalité ».

 

Un projet pour stabiliser la vie politique israélienne

 

Ehud Olmert n’est guère en meilleure posture. Malmené, lui aussi, dans les sondages, il se voit devancé, dans les intentions de vote, par le chef de l'opposition de droite, l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu. Olmert est jugé responsable, lui aussi, de l’infructueux conflit contre le Hezbollah, cet été. Il est, en outre, impliqué, dans plusieurs affaires de corruption. Dimanche encore, la justice a ordonné l’ouverture d’une « enquête préliminaire » sur son éventuelle implication dans les délits liés à la privatisation d’une banque.

Politiquement fragilisé par un allié travailliste en proie à des divisions, le Premier ministre cherche donc à sécuriser son assise et à élargir sa coalition. En échange du ralliement des onze députés d’Avigdor Lieberman, Ehud Olmert lui a accordé, outre le poste ministériel, l’adoption d’un projet de réforme institutionnel défendu par le chef d’extrême droite et visant à stabiliser la vie politique israélienne. Le texte, qui prévoit notamment que le Premier ministre soit élu au suffrage universel afin d’empêcher son renversement par la Knesset, devra être soumis prochainement aux députés.

Selon le Jérusalem Post, Ehud Olmert cherche, à présent, à rallier également les six députés du Judaïsme unifié de la Torah (religieux orthodoxe). Le Premier ministre « envisage de tout mettre en œuvre dans les prochaines semaines (…) et estime avoir toutes ses chances de parvenir à un accord », écrit le quotidien.

En attendant, Avigdor Lieberman trouve l’occasion de polir son discours et de s’afficher en homme politique responsable, soucieux de l’avenir de son pays. Il dit vouloir travailler « pour le bien d’Israël ». Avec ses onze députés, il aurait pu exiger davantage d’Ehud Olmert. Mais il trouve là l’occasion de mettre en place sa stratégie en vue des prochaines élections et de disputer à Benjamin Netanyahu, dont il a été chef de cabinet, la première place à la droite de l’échiquier politique.

par Philippe Quillerier

 


 

Ecologie: Vive la libéralisation … verte?

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Vive la libéralisation de l’énergie grâce à laquelle on peut choisir un fournisseur d’électricité verte : tel est, en substance, le message du parti Écolo et d’un certain nombre d’associations environnementalistes. « Faire le choix de l’électricité verte, c’est bon pour la planète, bon pour l’emploi, bon pour les générations futures et bon pour le portefeuille », lit-on par exemple sur le site Etopia (1). Dans cette prose enthousiaste, on cherchera en vain une critique de la libéralisation et de l’idéologie qui l’entoure!

La fin verte justifierait-elle les moyens bleus ? Verra-t-on bientôt nos Écolo reprendre la phrase célèbre de Deng Xiaoping, l’artisan de la conversion de la Chine à l’économie de marché: « Peu importe qu’un chat soit noir ou gris, du moment qu’il attrape les souris » ?

Il fut un temps où les élus ECOLO au Parlement belge avaient le courage, seuls contre tous, de voter contre le Traité de Maastricht. En expliquant notamment toutes les bonnes raisons écologiques ET sociales de défendre les services publics et les entreprises publiques. Ce temps-là n’a pas duré. Dès 1999, Olivier Deleuze jouait une musique plus douce aux oreilles néolibérales : « En ce qui concerne le secteur énergétique, je suis partisan d’une économie de marché régulée » (2). José Daras abondait dans le même sens : la libéralisation voulue par l’UE « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme » (3). Encore les déclarations de ce genre étaient-elles contestées à l’époque par une fraction de la base verte. Aujourd’hui, foin de contestation, cela semble passer comme lettre à la Poste… Une bonne participation gouvernementale à la gestion capitaliste, il n’y a décidément rien de tel pour déraciner dans un parti jusqu’à l’idée même d’une alternative de société! Le modèle d’Écolo, c’est le petit-bourgeois qui s’imagine que le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet (et demain d’eau, de services postaux, d’enseignement…) suffit à faire de lui un militant du changement.

Tout à leur euphorie turquoise, les verts n’hésitent pas à peindre en rose une réalité qui est beaucoup moins avenante. La question du statut des travailleurs de l’énergie? Évacuée… Passons donc en revue les autres sources d’enthousiasme d’Etopia. « Bon pour la planète » et « pour les générations futures »? Mmmoui… à condition que l’énergie verte remplace l’énergie fossile, dans le cadre d’une réduction importante de la consommation. Or, la libéralisation ne va pas dans ce sens-là, au contraire (4). « Bon pour l’emploi » ? Foutaise ! L’étude Econotec prévoit la suppression de 250.000 postes de travail dans le secteur européen de l’énergie, du  fait de la libéralisation. « Bon pour le portefeuille » (5)? On verra. Le portefeuille de qui ? Les marchés ça se manipule, les pénuries organisées pour faire monter les prix, ça existe (on a vu ça en Californie). D’une manière générale la libéralisation, tous secteurs confondus, et au-delà d’une première phase de mise en œuvre, se traduit par une hausse des tarifs pour le plus grand nombre. 

Que les renouvelables soient bons et permettent de créer des emplois, c’est une évidence. Mais la libéralisation, elle, est mauvaise pour la planète, nuisible pour les générations futures, mauvaise pour l’emploi, source d’inégalités sociales accrues et destructrice de démocratie. Les Deng Xiaoping verts ont tort. La fin ne justifie pas les moyens. Certains moyens sont contraires à la fin. La libéralisation est contraire à la sauvegarde de l’environnement et au bien-être social. Plus exactement : elle est contraire à celle-là parce qu’elle détruit celui-ci.

 

Par  Léon Taniau, Extrait du Journal du Mardi.

 

(1) Etopia, Centre d’Animation et de Recherche en Ecologie Politique, est lié au parti Ecolo
(2) Le Soir, 20/8/99
(3) Le Matin, 23/10/99
(4) Voir notre précédent article : « Liberté, très chère liberté »
(5) Réalisée en 2000 pour le compte de la Commission Européenne 

 



HISTOIRE

 

L'autre 11 septembre

Allende-estencil

 

Le 11 septembre 1973, le président Allende était renversé par un coup d’État dirigé par le général Pinochet, épaulé par la CIA américaine. Dix-sept années de dictature sanglante se sont abattues sur le peuple chilien. Dix-sept années dont l’héritage pèse très lourd sur un pays parcourant depuis 1990 le difficile chemin d’une démocratie verrouillée par l’ancien dictateur.

La victoire de l’Unité Populaire et le coup d’État militaire qui a mis fin à cette expérience ont suscité un grand intérêt dans le monde entier : « L’expérience Allende »   fut une période marquée par de profondes réformes de structures. Pendant trois ans. Le président Allende, « combattant social, marxiste, socialiste et franc-maçon », comme il aimait à se définir, a mené un combat pour la construction d’un socialisme dans la légalité et la démocratie, bien avant toute perestroïka.
Le programme d’Allende reposait sur trois piliers : la force et la clarté de ses idées, la beauté d’un programme en faveur des secteurs les plus défavorisés du pays et la sagesse de la démarche sous le principe que le socialisme ne s’impose pas par un décret car il est l’affaire de tout un peuple.
La dictature militaire est devenue elle aussi un modèle du genre. L’ère Pinochet ouvre ainsi, sur le plan économique, un laboratoire aux économistes de l’école de Chicago de Milton Friedman. Ceux-ci et leur bras armé, le gouvernement militaire, s’en donnent à cœur joie dans un pays où les partis politiques et les syndicats (fortement implantés au Chili) sont pratiquement interdits, où toute défense de législation sociale apparaît comme « subversive » et mise sur le compte du communisme international. La lutte contre la dictature de Pinochet devient alors un symbole du combat international pour la démocratie et les droits de l’homme.

Une pensée tournée vers l’action.

Homme d’action avant tout, Allende s’est toujours défendu d’être un théoricien. S’il ne refusait pas le débat idéologique, il préférait de loin l’engagement direct et ses idées se forgeaient et se développaient dans la pratique quotidienne. Cela étant, l’un des traits fondamentaux de sa pensée demeure l’anti-impérialisme. Sous l’influence des événements internationaux et dans sa lutte quotidienne, il s’est convaincu que l’impérialisme était le principal ennemi et qu’il fallait par conséquent donner la priorité à la libération nationale.

Marxiste, Allende l’était sans doute, mais il était le contraire d’un sectaire. Jamais il ne s’est laissé emprisonner par la théorie ou les schématisations simplistes. Son sens de l’honnêteté intellectuelle lui permettait de rester ferme dans ses principes tout en demeurant souple dans leur application.
Pour Allende, le marxisme était plus une méthode d’interprétation de l’histoire qu’une méthode de gouvernement. Ce n’était pas un dogme, c’était une manière de voir les choses, une manière de concevoir le monde. Et jamais il ne s’est départi d’un humanisme, dans le sens noble du terme, qu’il prétendait indissociable du socialisme. Jusqu’au bout, il s’est battu pour une vie meilleure et plus juste, passant par un épanouissement véritable de l’être humain

« Affronter le monde tel qu’il est »
  
Passer en revue la pensée d’Allende à travers ses discours, est une tâche de longue haleine. Pour faire court, posons la question comme suit : que reste-il en vigueur de la pensée d’Allende ? Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons ses principales lignes et domaines d’analyse.

Lors d’une intervention à la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement, en avril 1972, il affirmait : «  Il faut affronter le monde tel qu’il est, en nous défendant des illusions et des mystifications, tout en ouvrant l’imagination et la créativité à de nouvelles solutions pour nos vieux problèmes ».

« Les investissements directs de capitaux étrangers, fréquemment présentés comme un mécanisme de progrès, se sont toujours révélés négatifs. Ainsi, selon l’OEA, entre 1950 et 1967, l’Amérique latine a reçu 3900 millions de dollars et en a rapporté 12800 millions. Nous payons 4 dollars par dollar reçu ».

1. « La première de mes préoccupations, disait-il, est de voir s’effectuer la restructuration des systèmes monétaires et commerciaux internationaux de nouveau sans la participation pleine et effective des pays du Tiers Monde. »
 
2. « Ma deuxième préoccupation a trait à la dette extérieure. Les pays en voie de développement doivent déjà plus de 70000 millions de dollars, bien qu’ils aient contribué à la prospérité des pays riches depuis toujours et surtout au cours de dernières décennies. (Pour le Chili à l’époque, la valeur de exportations était de 1200 millions de dollars par an). Le pays paye 408 millions pour la dette par an. « Il n’est pas possible qu’un pays doive consacrer 34 dollars sur 100 qui entrent dans ses caisses pour payer ses dettes extérieures. »

3. « Ma troisième préoccupation concerne les pressions réelles et potentielles visant à restreindre le droit souverain de peuples à disposer de leurs ressources naturelles dans leur propre intérêt… J’attire également l’attention de l’assemblée sur l’urgence pour le tiers monde d’avoir accès à la science et à la technologie modernes. Les obstacles que nous avons rencontrés jusqu’ici constituent des facteurs déterminants de notre retard ».

4. « L’industrialisation, en tant que partie fondamentale du processus global de développement, est étroitement liée à la capacité nationale de création scientifique et technologique. Il faut qu’elle soit adaptée aux caractéristiques réelles de chaque région, quel que soit son niveau actuel d’évolution… Seul le tiers monde, avec ses immenses nécessités, peut constituer une nouvelle frontière économique pour les pays développés. Seule cette nouvelle frontière économique est capable, mieux encore que l’économie de guerre, de répondre à la capacité productive des grandes entreprises et d’offrir des possibilités à toute la main-d’œuvre. »

« Ce n’est pas là une utopie. Dans ce monde, obligé aujourd’hui de collaborer ou de se détruire, de nouvelles idées inspirées non seulement par la justice, mais aussi par la raison, peuvent déboucher sur des solutions valables pour toute l’humanité. »

Peut-on contester l’actualité dramatique de cette pensée ? N’est-ce pas là le discours que devrait tenir aujourd’hui tout progressiste ?

Sa pensée économique :

 

« Nous ne voyons pas la voie de la révolution (chilienne) dans la destruction violente de l’appareil d’État. Ce que notre peuple a bâti durant plusieurs générations de lutte lui permet d’utiliser les conditions créées  par notre histoire pour remplacer le fondement capitaliste du régime institutionnel en vigueur. En clair, démolir les piliers de base qui soutiennent le régime capitaliste. Construire les fondements d’un autre régime. Nous en  finirons avec les monopoles, qui assurent à quelques douzaines de familles le contrôle de l’économie. Nous en finirons avec un système fiscal au service du profit et qui a toujours imposé davantage les pauvres que les riches ; qui concentre l’épargne nationale aux mains de banquiers.

Nous nationaliserons le crédit pour le mettre au service de la prospérité nationale et populaire.
Nous mettrons un terme à la grande propriété foncière, qui condamne des milliers de paysans à la soumission et à la misère, empêchant les pays de tirer profit de ses terres tous les aliments dont nous avons besoin.

Nous mettrons fin au processus de dénationalisation croissante de nos industries et de nos sources de travail, qui nous assujettit à l’exploitation étrangère.

Nous allons récupérer pour le Chili ses richesses fondamentales. Ce n’est pas par esprit de revanche que nous allons nationaliser le cuivre maintenant, le fer demain, les richesses fondamentales ensuite. Nous le faisons en raison d’une nécessité essentielle et vitale pour le Chili. Pour son destin. Les Américains doivent comprendre que les petits peuples, comme le nôtre, comme Cuba et autres, ont déjà leur propre conscience, et c’est un changement que l’on ne peut ignorer. Il suffit de voir l’exemple du Viêt-nam-

Du point de vue économique, notre programme prévoit trois secteurs bien distincts : le domaine d’État ou social ; le domaine mixte et le domaine privé. Il ne s’agit nullement de socialiser l’économie dans son ensemble ».

L’Amérique latine et l’intégration.

L’Amérique latine souffre d’un état d’assujettissement que ses pays n’ont pas pu modifier par les formes traditionnelles et inopérantes. Les processus d’intégration étaient, pour Allende, une voie vers l’esprit bolivarien. A l’époque, il attache une grande importance au Pacte Andin dont le Chili faisait partie. « Ce Pacte est un exemple vivant des énormes possibilités de collaboration existant entre pays sous-développés quand il existe une solide volonté politique d’agir. Le Pacte andin, authentiquement latino-américain, est important non seulement en raison du pragmatisme technique, mais aussi parce que nous sommes en train de réaliser une expérience autochtone d’intégration, fondée sur le respect absolu du pluralisme idéologique, du droit légitime de chaque pays à adopter les structures internes qu’il estime les plus convenables pour lui. »
« En tant que latino-américain, je tiens à vous dire que nous sommes au bout d’une étape. Nous ne pouvons reculer, mais il est difficile d’aller de l’avant sans conquérir notre indépendance économique, qui est la garantie de notre pleine souveraineté. Comment faire pour que l’Amérique latine trouve une dimension différente, afin qu’elle soit elle-même l’Amérique latine ? Nous ne pouvons accepter de continuer d’être toujours des pays de seconde catégorie. Nous devons nous élever par notre propre effort ».

Allende : son long chemin a été marqué du sceau d’une constance exemplaire. Il rejoint par d’autres voies l’utopie de Che Guevara, de Martin Luther King, de Mandela, alors que nous vivons à l’heure actuelle sous l’emprise de la pensée unique, de la fin de l’histoire et des utopies. Son nom demeure attaché à un combat, à une passion, comme une flamme d’espoir car il avait confiance dans les peuples et leur destin.

 

Par Marcelo Ossandon, Extrait du Journal du Mardi

 


 

PORTRAIT

 

Misha Wolf, un maître espion disparaît

markyswolf

 

La mort de Marcus Wolf, l’ex dirigeant des services de renseignement est-allemands a provoqué dans la presse occidentale une foule de commentaires marqués par les représentations de la Guerre froide. En Russie, celui qu’on appelait amicalement « Misha » Wolf a bien sûr une toute autre image. Par soucis de présenter les différents points de vue, le Réseau Voltaire reproduit l’hommage de Boris Kaïmakov, analyste à RIA Novsti, à celui qu’il présente comme un grand résistant antifasciste.

 

Son père aurait pu être rabbin dans une petite ville provinciale allemande. Mais le destin a voulu qu’il devienne dramaturge, dramaturge antinazi. Le Docteur Mamlock est l’œuvre maîtresse de Friedrich Wolf, elle a été montée sur de nombreuses scènes européennes et portée à l’écran en Union soviétique.

Le fils cadet de Friedrich, Misha, qui avait grandi en immigration en Union soviétique, ne pouvait devenir que ce qu’il est devenu : le patron de l’un des services de renseignement les plus performants au monde, celui de la République démocratique allemande, un pays qui aujourd’hui n’existe plus.

Misha Wolf est décédé dans la nuit du 9 novembre à l’âge de 83 ans. C’est avec beaucoup de respect que la presse allemande a annoncé la disparition de cet homme hors du commun. Les professionnels, on les vénère toujours, même ceux qui toute leur vie durant se sont trouvés de l’autre côté de la barricade. Et encore, est-ce bien le cas ici ? C’est que Misha Wolf n’était pas un ennemi du peuple allemand, non. Son adversaire, c’était le fascisme allemand, l’esprit revanchard allemand. Telle avait été l’histoire européenne qui avait scindé l’Allemagne en deux, chacune d’elle ayant ses idéaux et ses objectifs. Et puis il faisait aussi partie de ces amis dévoués de la Russie, le pays qui avait sauvé la vie de toute la famille Wolf et qui au prix du sacrifice de millions de ses ressortissants avait aussi sauvé l’Europe.

 

Au XXe siècle l’élite intellectuelle de l’Allemagne n’a pas été épargnée par les coups du sort. Le prix Nobel de littérature, Günter Grass, a été un SS fervent. La cinéaste Leni Riefenstahl a tellement mis du sien pour encenser le nazisme qu’aujourd’hui ses films sont perçus comme des chefs-d’œuvre du septième art. Friedrich Wolf et son fils Misha sont passés dans le camp opposé, celui des antifascistes. Alors, à qui l’histoire européenne accorde le plus de valeur ? Peut-être mieux vaut cesser de lancer les pierres quand le temps est venu de les ramasser...

 

La génération allemande d’après-guerre avait réprouvé ses pères. Dans ses œuvres, c’est Günter Grass qui a contribué le plus à la prise de conscience de la nouvelle identité allemande. Seulement les affres de l’homme de lettres allemand, Misha ne les a pas connues parce qu’il avait emprunté une autre voie. Les chemins qu’ils avaient suivis étaient différents, mais ils avaient fini par se croiser. L’histoire européenne a tourné un chapitre et ce n’étaient plus uniquement les Allemands, mais tous les peuples de l’Ancien Monde qui devaient se refaire une identité, une communauté et de nouvelles valeurs. L’exploit civique du chef du renseignement de la RDA consiste en ce qu’il a été l’un des premiers au sein du parti communiste et de la nomenklatura du socialisme aux couleurs de la RDA à avoir compris que l’impasse était inévitable. Et à la différence des dirigeants orthodoxes de son pays, il avait cherché une issue. Il y en avait une et Misha Wolf l’a trouvée. Le général Wolf avait quitté de son plein gré le poste de chef du renseignement d’État, un cas sans précédent nous semble-t-il. Et le pays tout entier avait compris que la crise revêtait un caractère systémique, qu’il ne s’agissait pas de désaccords avec le chef de l’État, Erich Honecker, ou le patron de la Stasi (police politique), Erich Mielke. En tant que militaire authentique, Misha Wolf ne pouvait s’abaisser à des griefs personnels, mais il avait clairement fait comprendre que les réformes entreprises par Mikhaïl Gorbatchev en Union soviétique devaient impulser une refonte en RDA. Et après la parution de son livre Die Troïka, qui l’a révélé comme un brillant analyste et un critique déterminé du régime, Misha Wolf s’est retrouvé parmi ceux qui en RDA ont été considérés comme des ennemis. La liberté d’esprit est un luxe qui se paye parfois très cher, surtout si c’est un « ex » qui se le permet...

 

Ensuite il y a eu la réunification de l’Allemagne et Misha Wolf, comme tous les autres agents de la Stasi, a fait l’objet de mandats d’amener comme un vulgaire traître. Alors la Russie est redevenue un havre pour lui. Mais le seul fait de savoir qu’il était recherché en cette qualité était insupportable pour l’ancien général. Et il était rentré en Allemagne pour y défendre son honneur et sa dignité. Un acte hors du commun lui aussi. Le légendaire espion Misha Wolf a été jugé en tant qu’ennemi et assez durement condamné à six années d’emprisonnement. Le verdict aurait peut-être pu être différent, mais Misha Wolf n’avait pas défendu sa seule personne, il avait aussi défendu la dignité de tous ceux qu’il avait eu sous ses ordres. Ses propos selon lesquels

on ne saurait appliquer la formule « haute trahison » à l’égard d’anciens ressortissants de la RDA ayant servi leur pays, ont probablement joué un rôle. La Cour constitutionnelle de l’Allemagne l’a suivi sur ce point et a estimé la formule « haute trahison » juridiquement incorrecte. Lui et des centaines de ses camarades ont ainsi évité la prison.

 

L’un des derniers ouvrages de Misha Wolf a pour titre : « Les amis ne meurent pas ». C’est bien vrai.

 

Boris Kaimakov

 


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