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Général - Page 19

  • Nouvelles n° 121 ( 3 ème partie)

    Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


    UN BIEN SINISTRE RAPPEL D’UNE NAQBA QUI DURE DEPUIS 60 ANNEES !

    Naqba

    Tous ceux qui s’informent correctement sur la véritable situation qu’endurent les Palestiniens sentaient que des choses graves se préparaient. Particulièrement, dans le désormais Camp d’extermination de Gaza… Après le sommet du vaudeville d’Annapolis, après l’argent récolté pour la Palestine au cirque de l’Elysée, et plus récemment lors de la visite du voyou texan dans la région où il a fallu supporter les images habituelles des gesticulations et grimaces des responsables de tous bords – ces éminences complices – l’on peut aujourd’hui mieux apprécier les prémices de dialogue qu’entend mener le gouvernement israélien pour la création de l’Etat palestinien… et surtout mieux comprendre les réserves qu’émettait le cabinet d’Ehud Olmert quant à la possibilité de voir éclore l’Etat palestinien à la fin de cette année…

    Le ministre de la Défense, Ehud Barak n’a pu se retenir plus longtemps et a fini par laisser libre cours à ce qui le démangeait depuis plusieurs semaines déjà… Il n’était plus un secret que ce dernier piaffait d’impatience pour infliger aux Palestiniens qui ont décidément la mémoire bien courte, la leçon qu’ils méritent pour leurs tirs de roquettes Qassam sur Sdérot et maintenant sur Ashkelon…

    L’Etat major israélien sait pertinemment que la résistance de Gaza ne pourra prétendre à la même déroute de Tsahal que lors de la guerre menée au Liban en juillet 2006… et qu’une revanche est donc possible dans ce lambeau de terre désolée. Il n’y avait dès lors aucune raison de se retenir dans les moyens déployés pour infliger des souffrances collectives à ces populations rebelles !

    Vieillards, malades, femmes, enfants et nourrissons compris… toute chair est bonne à prendre pour les feux de Tsahal. Dans la foulée, cela permet au ministre de la Défense – celui-là même qui lors de l’opération Remparts d’avril 2002 encourageait A. Sharon de frapper encore plus loin et encore plus fort – d’étaler sa criminelle détermination. Et donc, peu importe que pour chaque roquette artisanale qui ne fait que bien peu de victimes, l’armée israélienne se « lâche » d’une manière totalement disproportionnée sur des quartiers densément peuplés de Gaza. Depuis le début de la seconde Intifada en septembre 2000, le gouvernement israélien a eu tout le loisir d’apprendre que nos hypocrites Etats ne bougeront pas… et que demain, après les réserves d’usage émises par une diplomatie fangeuse, ces mêmes éminences se retrouveront à se taper sur l’épaule, signer des contrats, et même s’embrasser pour certains…

    Voir les Israéliens paniqués et fuir comme des fourmis au son des sirènes d’alerte aura au moins comme avantage d’avoir montré ce que les Palestiniens endurent depuis des décennies sans que la Communauté internationale ne se soit jamais inquiétée de cet état de faits. Mais, faut-il préciser que ceux-là ne sont que des populations arabes…

    Pour ceux qui refusent de voir la réalité telle qu’elle éclate pourtant sous leurs yeux ; pour ceux qui refusent de la qualifier des noms divers qu’elle revêt ; pour ceux qui s’obstinent à excuser l’Etat israélien en justifiant son droit à se défendre quand depuis toujours il est l’occupant ; pour ceux qui considèrent que derrière chaque Palestinien se cache un terroriste quand il s’agit de résistants en lutte contre une armée suréquipée ; pour ceux qui pensent encore que nos Etats dits « démocratiques » exercent une Justice équitable dans les affaires du monde ; pour tous ceux-là et pour les autres aussi, il est temps de se lever pour dénoncer ce qui s’avère bien être une nouvelle fois un Crime de guerre et un Crime contre l’humanité qu’il conviendra de juger. En attendant quoi, chacun d’entre nous se doit de boycotter par tous les moyens possibles cet Etat assassin qui ne se bâtit que sur le sang d’innocents.

    Daniel Vanhove - Observateur civil


    La boîte de Pandore ?

    indépendance-unilatérale

    Le cas du Kosovo, qui vient de proclamer unilatéralement son indépendance de la Serbie, est tellement unique qu'il ne peut créer de précédent, martèlent les partisans de l'émancipation du territoire albanophone. Or, « si tant de gens répètent à l'envi que c'est un cas unique, tout à fait spécial, qui ne peut être considéré comme créant un précédent, c'est que justement si, ça crée un précédent », estime Spyros Economides, spécialiste des relations internationales à la London School of Economics. Ainsi, dit-il, les pays occidentaux, pour la plupart, se sont empressés de reconnaître l'indépendance du Kosovo, les capacités de riposte de Belgrade étant plus que limitées, mais se gardent bien de se prononcer sur la Tchéchénie ou le Kurdistan, de crainte de provoquer la colère de la Russie ou de la Turquie.

    Il y a neuf ans, s'appuyant sur un principe d'ingérence humanitaire, les bombardiers de l'Otan sont intervenus contre les Serbes pour venir en aide, dans les faits, aux séparatistes kosovars. Neuf ans plus tard, ceux-ci ont ce qu'ils voulaient, l'indépendance du Kosovo. « Pour ce qui est du Kosovo, on assiste à un conflit entre deux principes de base du droit international, celui de l'intégrité territoriale des Etats et celui du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes », déclare Sabine Freizer, qui dirige le programme Europe au sein de l'International Crisis Group.

    L'annonce de l'indépendance du Kosovo a fait naître de grands espoirs parmi les mouvements séparatistes en lutte à travers le monde, depuis les montagnes du Caucase jusqu'aux déserts de la Corne de l'Afrique. Pour Spyros Economides, c'est une véritable « boîte de Pandore » qui a été ouverte et il y a un risque de voir des pays reconnaître des Etats sécessionnistes pour déstabiliser leurs voisins. La Russie pourrait agir ainsi envers la Géorgie.

    Maurice Magis

    Kosovo : Indépendance à haut risque

    Kosovo




    Les dirigeants albanophones du Kosovo ont proclamé l’indépendance de cette province serbe. Le statu quo en vigueur depuis les bombardements de l’OTAN de 1999 est ainsi rompu. Avec quelles conséquences pour les Balkans ?
    MAURICE MAGIS


    L’indépendance, soit. Il n’empêche. La transition annoncée risque de sembler amère aux habitants du Kosovo. Le nouveau statut proclamé, fêté dans la liesse par les Albanais et subi dans l’angoisse par les Serbes, ne sera-t-il pas essentiellement symbolique ? D’une part, les institutions du pays resteront contrôlées par la « communauté internationale », sa sécurité assurée par les 20 000 soldats de la KFOR, la force de l’OTAN, toujours présente sur le territoire. Le contrôle des frontières sera confié à la KFOR et à des forces de police internationales sous mandat européen, la mission Eulex. Mais qui assurera des conditions de vie décentes à ce territoire qui compte parmi les plus pauvres du continent ? Où le taux de chômage touche 60% de la population active, où 60% des habitants ont moins de 20 ans ? Qui ne produit pratiquement plus rien depuis des années ? Et l’indépendance ne fera pas renoncer les Serbes à leurs droits de propriété sur les entreprises qu’ils contrôlent, ce qui laisse deviner des longs litiges devant les tribunaux internationaux.

    Avant même la déclaration d’indépendance, la Serbie avait annoncé des mesures de rétorsion. Elle a d’emblée décidé de rappeler ses ambassadeurs des pays qui, en cascade, ont choisi de se substituer à l’ONU en entérinant l’unilatéralisme des chefs politiques kosovars. Le ministre des affaires étrangères serbe, Vuk Jeremic, a promis que son pays continuerait à « se battre bec et ongles diplomatiquement et politiquement sur chaque forum contre cette décision illégitime ». Tout comme Belgrade, le Conseil national  serbe du Kosovo et Metohija, dans le nord de la province, a considéré comme nulle et non avenue la sécession décrétée à Pristina. Milices, groupes paramilitaires et mafias pullulent dans les deux camps, entretenant un climat de haute tension. Que deviendront les enclaves serbes du Kosovo où sont en place depuis des années des institutions parallèles et tentées par une partition de fait?

    Mais qu’en diront les Albanais qui réclament l’établissement de la souveraineté effective de Pristina sur la zone nord, quitte à ce que celle-ci vive un exode de sa population serbe ? Les Kosovars accepteront-ils la souveraineté contrôlée qui leur est offerte ? Depuis les émeutes de mars 2004, les missions internationales au Kosovo craignaient l’explosion d’une nouvelle bouffée de colère dont elles auraient été les cibles directes. Et, de toute manière, l’indépendance ne suffira pas à désamorcer la crise sociale qui fragilise le Kosovo.

    Tensions internes

    On le voit, bien des questions sont sans réponse, qui concernent tant l’avenir de ce territoire que la région tout entière. Dans la vallée de Presevo, au sud de la Serbie, 100 000 albanophones vivent dans ce qu’ils appellent le Kosovo oriental. En 2001, des combats y avaient opposés des groupes armés aux forces de Belgrade. On peut supposer que cette enclave sera désormais placée sous haute surveillance.

    Mais d’autres pays voisins sont concernés. Si le gouvernement macédonien a déclaré qu’il reconnaîtrait le nouvel État, c’est parce que les partis albanais du pays sont nécessaires à la stabilité du pays depuis les accords d’Ohrid.  Par ceux-ci, le 13 août 2001, et après de sanglants conflits interethniques, ont fait le choix, fragile, de participer aux institutions politiques macédoniennes en échange d’une décentralisation administrative et d’une réforme institutionnelle garantissant en partie la prise en compte des revendications culturelles et politiques de la minorité albanaise. Si l’unification de toutes les régions où vivent des Albanais ne semble pas être à l’ordre du jour, la question d’une nation albanaise transfrontalière n’est toutefois pas définitivement close en cas d’une résurgence des tensions.

    D’autre part, la Bosnie-Herzégovine, toujours sous administration internationale, est divisée en deux entités « ethniquement » homogènes, la Republika Srpska et la Fédération croato-bosniaque, qui n’ont cessé de s’affronter  depuis la signature des accords de paix de Dayton, en 1995. La réforme de l’État y reste au point mort et le premier ministre de la Republika Srpska, Milorad Dodik, a dit et répété qu’il organiserait un référendum d’autodétermination en cas de sécession du Kosovo. Dans l’immédiat, la Bosnie-Herzégovine n’envisage pas de reconnaître l’indépendance du Kosovo pour ne pas enflammer ses tensions internes.

    L’UE divisée

    Selon les dirigeants de Pristina, l’indépendance est la conclusion logique d’un long processus négocié avec les grandes puissances. C’est là, à tout le moins, une version allégée de l’histoire. Les « négociations » menées depuis deux ans entre le gouvernement serbe et les autorités albanophones ont tenu du dialogue de sourds. « D’entrée de jeu, les Etats-Unis avaient fixé les règles, en déclarant que l’issue — l’indépendance — était inéluctable. Alors que cette option était et demeure inacceptable pour Belgrade, aucune tentative réelle de dégager un compromis n’a jamais été entreprise. Pour sa part, la Serbie avait fondé toute sa stratégie sur le soutien de la Russie et sur les principes du droit international, réclamant le respect de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui reconnaît « la souveraineté serbe sur le Kosovo(1). »

    Aujourd’hui, l’Union européenne s’est divisée. Si la plupart des capitales, dont Bruxelles, Londres, Paris ou Berlin, ont confirmé leur appui à la sécession, l’Espagne, la Grèce, la Roumanie, la Slovaquie, la Bulgarie et Chypre ont exprimé de fortes réticences, sinon de l'hostilité, à l'égard de cette évolution. L'indépendance du Kosovo est "juridiquement nulle", constitue "une violation de l'intégrité territoriale" de la Serbie, et Chypre ne la reconnaîtra "jamais", a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Erato Kozakou-Marcoullis. Le président roumain, Traian Basescu, y voit, lui, un acte "illégal".  Pour sa part, « le gouvernement espagnol ne reconnaîtra pas l’acte unilatéral, proclamé  par le Parlement du Kosovo. […] Nous ne le reconnaîtrons pas car nous considérons qu’il ne respecte pas le droit international » a conclu le ministre des Affaires étrangères, Miguel-Angel Moratinos

    Comme le président serbe, tous craignent un précédent dangereux. Selon Boris Tadic: « Il y a des dizaines d'autres Kosovo à travers le monde qui attendent que l'acte de sécession de celui-ci devienne réalité et établisse une norme acceptable. » « Je vous avertis très sérieusement du danger d'escalade de nombreux conflits existants, du réveil de conflits dormants et de l'instigation de nouveaux conflits », a-t-il lancé devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Quant à la Russie, elle n’a cessé de mettre en garde sur les conséquences de la question kosovare dans les territoires sécessionnistes du Caucase et en Transnistrie moldave.

    Si la Serbie a exclu toute action militaire  - à moins que la situation ne dégénère -, elle a menacé d’appliquer un embargo sur le Kosovo, qui pourrait avoir de très lourdes conséquences : le territoire est largement tributaire de Belgrade pour son approvisionnement énergétique, alors qu’il vit déjà au rythme d’incessantes coupures de courant. Le Kosovo ne manquera pas de faire les affaires des contrebandiers. Déjà, comme l’a noté Le Monde diplomatique, «Sur le plan économique, le Kosovo a virtuellement renoncé à toute activité productive. Les entreprises de la région ne fonctionnent plus depuis longtemps, et l’économie du territoire ne repose que sur le commerce et les services (…) Le Kosovo est également engagé dans une forme particulière de ‘mondialisation’, celle des migrations de travail. Les apports financiers des centaines de milliers d’Albanais de la diaspora, établis en Suisse, en Allemagne, dans les pays scandinaves, en Belgique ou aux Etats-Unis sont vitaux pour le Kosovo.  (…) chaque mois, 40 000 jeunes fêtent leur dix-huitième anniversaire sans avoir presque aucune possibilité de construire leur vie dans leur pays(2). »

    Le droit bafoué

    Quoi qu’il en soit, c’est une fois de plus le droit international qui est bafoué dans cette affaire. Durant les années 1990, les Balkans ont subi de terribles conflits, consécutifs à la dissolution de la Yougoslavie et qui ont culminé avec le bombardement de la Serbie par l’OTAN en 1999. Ainsi l’Europe expérimentait-elle sur son sol les effets du « Nouvel ordre mondial » cher aux dirigeants de Washington. Il a fallu trois mois de destructions, la mort de nombreux civils et de lourds dégâts environnementaux pour qu’une résolution (la « 1244/99) soit approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU. Ce texte autorisait le déploiement d’une force de l’OTAN et d’une mission de l’ONU. S’il consacrait, de fait, la perte de contrôle de la Serbie sur le Kosovo, il confirmait toutefois formellement l’inviolabilité des frontières serbes. Il était question également de permettre au Kosovo d’atteindre des standards démocratiques avant de renégocier son statut final.  On en est loin et l’ONU vit un drôle d’imbroglio. Appuyée par la Russie - et dans une moindre mesure par la Chine au regard tourné vers Taïwan -, la Serbie réclame de l’ONU, qu’elle respecte sa propre résolution (la 1244) qui reconnaît l’appartenance du Kosovo à la Yougoslavie (à l’époque, la Fédération de Serbie et Monténégro). C’est en se référant à ce texte que Serbes et Russes demandent à l’ONU de déclarer l’indépendance du Kosovo « illégale ».

    L’année dernière,  l’ONU avait chargé, Martti Ahtisaari, d’élaborer, avec les parties intéressées, un plan pour l’avenir du Kosovo. À l’issue de longs mois de négociations aussi intensives qu’infructueuses entre Serbes et Kosovars tout au long de 2007, l’ancien président finlandais, constatant l’impossibilité d’un accord,  a finalement remis un plan préconisant « une indépendance sous supervision internationale (en clair, de l’Union européenne - NDLR) ». Ce plan inclut un volet sur l’obligation du « respect des minorités » et de leur « autonomie ». Mais il n’a jamais été approuvé et jusqu’à une révision de la « 1244 » – ce qui exigerait un consensus en l’instant peu probable au Conseil de sécurité - la résolution de 1999 est toujours « valide », a dû admettre le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, et constitue encore « le cadre légal de la mission des Nations unies au Kosovo ».

    En dépit des déclarations officielles sur la nécessité de voir se mettre en place un Kosovo multiethnique et multiculturel, les faits sur le terrain témoigne d’une bien triste réalité. La criminalité et la corruption prospèrent, la réconciliation entre les communautés demeure un vain mot. La province, étranglée par la rigueur budgétaire, transformée en mini-zone de libre échange, soumise aux financements privés, est sous fragile perfusion. Au plan international, une fois de plus, c’est la règle assassine du « deux poids, deux mesures » qui s’impose, portée par une série d’apprentis-sorciers. Comme George Bush, bien plus impatient à « régler » au plus vite l’affaire du Kosovo qu’à aider à créer un Etat palestinien indépendant. Mais Yasser Abed Rabbo, conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, a estimé  que les Palestiniens devraient envisager de proclamer unilatéralement leur indépendance, à l'image du Kosovo, si leurs négociations de paix avec Israël continuent de piétiner.

    1. « Kosovo : l’indépendance et après » Le 17 février 2008,
    sur le site du Monde diplomatique.
    2. Ibidem


    Démocratie à Cuba : aller au-delà des clichés

    Par Pierre Eyben

    FidelCastro


    La récente confirmation de la non candidature de Fidel Castro pour la présidence du Conseil d’Etat et comme commandant suprême de l’armée cubaine est l’occasion d’une certaine agitation chez nous. Pas plus tard que ce matin, un chroniqueur de la RTBF radio s’est fendu d’une petite phrase dans laquelle il associait les noms de Fidel Castro et d’Adolf Hitler.

    Symptomatique.

    Je ne considère pas le système cubain comme un modèle absolu de démocratie mais je trouve l’information reçue suffocante. Questionnons les fonctionnements démocratiques ... mais questionnons les partout et sur base de faits.

    Je n’ai pas le temps d’aborder ici et avec suffisamment de rigueur ce thème foisonnant qu’est la démocratie, thème que l’on aimerait voir débattu avec autant de ferveur en ce qui concerne "notre société" alors nombre de nos droits démocratiques sont mis à mal (lutte contre le "terrorisme, vidéosurveillance,...). Toutefois, vu l’actualité cubaine, il m’a semblé utile de donner quelques chiffres afin de nourrir la réflexion de chacun sur ce qui se passe à Cuba et la façon dont cela est relayé par nos médias.

    Le nouveau Parlement cubain, a été élu lors d’élections auxquelles la très grande majorité de la population cubaine a participé. Plus de 95% des électeurs se sont rendus aux urnes, ceci alors que le vote n’est pas obligatoire à Cuba. A titre de comparaison, aux Etats Unis, ils sont aux alentours de 30% à voter lors des divers scrutins, en France 50%. Chez nous, le vote est obligatoire mais l’abstention croissante.

    La composition du Parlement cubain est avec 42% de femmes (ce qui place Cuba à la 6ème place au niveau mondial looooiiiinnnnn devant la Belgique de papa), 29% de travailleurs, 61 % de parlementaires nés après la révolution, 63% de nouveaux et un âge moyen de presque 50 ans, un bon reflet de la société cubaine.

    Chez nous on compte environ 1% de travailleurs sans diplôme supérieur au Parlement et le nombre de néophytes est très faible.

  • Nouvelles 121 (2 ème partie)

    Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


    En Bolivie, la démocratie en péril
    Par Danielle Mitterrand
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    Comme l'Europe l'a appris cruellement à ses dépens, la démocratie a sans cesse besoin d'être vécue, réinventée, défendue aussi bien à l'intérieur de nos pays démocratiques que dans le reste du monde. Aucune démocratie n'est une île. Les démocraties se doivent mutuellement assistance. Aujourd'hui, j'en appelle donc à nos dirigeants et à nos grands organes de presse : oui, je l'affirme, la jeune démocratie bolivienne court un mortel danger.

    En 2005, un président et son gouvernement sont largement élus par plus de 60 % des électeurs, alors même qu'une grande partie de leurs électeurs potentiels, indigènes, ne sont pas inscrits sur les listes électorales, car ils n'ont même pas d'état civil.

    Les grandes orientations politiques de ce gouvernement ont été approuvées massivement par référendum avant même cette élection, et notamment la nationalisation des richesses naturelles pour une meilleure redistribution et la convocation d'une Assemblée constituante.

    Pourquoi une nouvelle Constitution est-elle indispensable ? Pour la raison bien simple que l'ancienne Constitution date de 1967, une époque où, en Amérique latine, les populations indigènes - qui représentent en Bolivie 75 % de la population - étaient totalement exclues de toute citoyenneté.

    Les travaux de l'Assemblée constituante bolivienne ont été depuis les origines constamment entravés par les manoeuvres et le boycottage des anciennes oligarchies, qui ne supportent pas de perdre leurs privilèges économiques et politiques. L'opposition minoritaire pousse le cynisme jusqu'à travestir son refus de la sanction des urnes avec le masque de la défense de la démocratie. Elle réagit par le boycottage, les agressions dans la rue, l'intimidation des élus, dans le droit-fil des massacres perpétrés sur des civils désarmés par l'ancien président Sanchez de Lozada en 2003, lequel est d'ailleurs toujours poursuivi pour ces crimes et réfugié aux Etats-Unis.

    A la faveur d'un chaos soigneusement orchestré renaissent les menaces séparatistes des provinces les plus riches, qui refusent le jeu démocratique et ne veulent pas "payer pour les régions pauvres".

    Des groupes d'activistes néofascistes et des bandes paramilitaires subventionnées par la grande bourgeoisie et certains intérêts étrangers installent un climat de peur dans les communautés indigènes. Rappelons-nous ce que sont devenus la Colombie et le Guatemala, rappelons-nous surtout la démocratie chilienne, assassinée le 11 septembre 1973 après un processus identique de déstabilisation.

    On peut tuer une démocratie aussi par la désinformation. Non, Evo Morales n'est pas un dictateur. Non, il n'est pas à la tête d'un syndicat de trafiquants de cocaïne. Ces images caricaturales sont véhiculées chez nous sans la moindre objectivité, comme si l'intrusion d'un président indigène et la montée en puissance de citoyens électeurs indigènes étaient insupportables, non seulement aux oligarchies latino-américaines, mais aussi à la presse bien pensante occidentale.

    Comme pour démentir encore plus le mensonge organisé, Evo Morales appelle au dialogue, refuse d'envoyer l'armée et met même son mandat dans la balance.

    J'en appelle solennellement aux défenseurs de la démocratie, à nos dirigeants, à nos intellectuels, à nos médias. Attendrons-nous qu'Evo Morales connaisse le sort de Salvador Allende pour pleurer sur le sort de la démocratie bolivienne ?

    La démocratie est valable pour tous ou pour personne. Si nous la chérissons chez nous, nous devons la défendre partout où elle est menacée. Il ne nous revient pas, comme certains le prétendent avec arrogance, d'aller l'installer chez les autres par la force des armes ; en revanche, il nous revient de la protéger chez nous avec toute la force de notre conviction et d'être aux côtés de ceux qui l'ont installée chez eux.

    Danielle Mitterrand est présidente de France Libertés.


    «Les privatisations n’ont guère contribué à la réduction de la dette publique »

    privatisation



    Jacques Moden Collaborateur extérieur du Crisp (Centre de recherche et d’information sociopolitiques, Bruxelles) propos recueillis par Dominique Berns 
     
    En vingt ans, l’État belge a privatisé les institutions publiques de crédit et la plupart des entreprises publiques, partiellement ou totalement. Exit la RTT, devenue Belgacom, société privée cotée en Bourse, dans laquelle l’État détient encore la majorité ; exit la Sabena, qui s’est « crashée » après un mariage raté avec Swissair ; exit la CGER, aujourd’hui intégrée au premier groupe financier du pays, Fortis ; etc. La privatisation des entreprises publiques était devenue, dès le début des années 80, l’un des leitmotivs de la vague néolibérale. Notre pays est resté longtemps à la traîne. Mais, quand bien même l’idéologie n’a jamais été un moteur des privatisations en Belgique, le niveau d’endettement public suffisait à nourrir le désir des différents gouvernements successifs de céder les « bijoux de famille ». Il n’existe aucun rapport officiel qui trace le bilan des privatisations. Le Crisp comble cette lacune, en publiant Les privatisations en Belgique. La mutation des entreprises publiques 1988-2008, de Jacques Moden.

    Quelle fut la motivation principale des privatisations ? Permettre à ces entreprises de se développer, en leur facilitant l’accès au marché des capitaux ou en les adossant à un partenaire présumé solide ? Ou, de manière opportuniste, permettre au gouvernement de boucler, année après année, son budget ?

    Le mouvement de privatisation a commencé dès la fin des années 70 en Grande-Bretagne, quand Margaret Thatcher est devenue Premier ministre. En France, l’essentiel des privatisations a eu lieu dans les années 80. En Belgique, les privatisations n’ont commencé qu’en 1992-1993. D’une part, il fallait respecter les critères du Traité de Maastricht pour pouvoir intégrer l’Union économique et monétaire – et, partant, réduire l’endettement public.

    D’autre part, ces entreprises avaient besoin d’argent frais que l’État, impécunieux, était incapable de leur fournir. Ainsi, par exemple, les fonds propres des institutions publiques de crédit (Crédit communal, CGER, SNCI, OCCH…) étaient insuffisants au regard des normes bancaires. Le problème était manifeste à la CGER. Il était beaucoup moins pressant au Crédit communal. Mais, après la fusion avec le Crédit local de France, les communes, qui détenaient 50 % du nouvel ensemble, n’ont pas beaucoup hésité quand elles ont vu ce qu’elles pouvaient retirer de la vente de leur participation (NDLR : le holding communal détient encore 15 % de Dexia).

    En règle générale, l’État, incapable de recapitaliser ses entreprises, a dû rechercher des partenaires privés. C’est évident dans le cas de La Poste : le partenaire danois a apporté du capital dans La Poste (et non dans les caisses de l’État), en échange d’une participation.

    Les objectifs ont-ils été atteints ?
    Les privatisations n’ont guère permis de réduire la dette publique, tous niveaux de pouvoir confondus. Combien les privatisations ont-elles rapporté à l’État ? Les estimations vont de 15 à 25 milliards d’euros. Mais les chiffres sont contestés et contestables. Ainsi, par exemple, l’État a revendu le portefeuille de crédit de l’OCCH pour 3 milliards de francs, après avoir réinjecté… 5 milliards de francs pour effacer l’endettement et éviter la faillite de l’institution. Je propose une estimation prudente : 17 milliards d’euros (y compris la vente de Cockerill par la Région wallonne et de la participation de la Région flamande dans Sidmar, mais hors ventes de biens immobiliers). En comparaison, la dette a culminé à 300 milliards d’euros !

    Les privatisations n’ont donc pas contribué à améliorer de manière décisive nos finances publiques.

    Pour les entreprises, si l’on fait exception de la Sabena et de la RTM (Régie des transports maritimes) le bilan est plutôt positif : globalement, elles sont en meilleure santé qu’il y a quinze ans, ayant été confortées (par exemple, Belgacom ou le Crédit communal) ou intégrées dans des ensembles plus solides (comme la CGER ou Distrigaz). Un nombre relativement restreint est passé sous contrôle étranger : c’est le cas de Distrigaz, du Crédit agricole, de la SPE, de Biac, de Cockerill Sambre.

    Mais l’emploi a trinqué. Chez Belgacom, par exemple, les effectifs ont été réduits de 42 % ! Les réductions d’emploi ont été importantes. Vous citez Belgacom, mais toutes les entreprises de téléphonie ont considérablement réduit leurs effectifs. Peut-être l’emploi aurait-il moins diminué si ces entreprises étaient restées publiques. Mais les effectifs de la SNCB, par exemple, se sont également contractés, de 19 % en quinze ans.

    Dans le cas de la Sabena, l’alliance avec Swissair devait permettre le sauvetage de la compagnie aérienne nationale. Mais l’aventure s’est terminée par un naufrage. Les responsabilités de l’État dans cette mésaventure n’ont jamais été éclaircies. On a même accordé la décharge aux représentants de l’État belge au Conseil d’administration de la compagnie

    Une commission parlementaire a été mise sur pied, mais aucun responsable n’a été désigné nommément. En réalité, quarante gouvernements successifs portent une responsabilité : la Sabena n’a jamais disposé des moyens financiers dont elle avait besoin et s’était hyperendettée. Air France, un moment intéressée, s’est retirée. Je crois qu’il était trop tard pour sauver la compagnie. L’alliance avec Swissair n’a rien arrangé.

    On a souvent reproché à l’État de vendre ses participations au rabais. L’exemple le plus souvent cité est celui de la CGER, dont la première tranche de 25 % a été cédée contre 15 milliards de francs, et la quatrième, contre 50 milliards…

    Au moment où l’État a cédé la première tranche du capital de la CGER, personne n’a dit qu’on vendait trop bon marché… Il est exact que l’État a vendu pour une bouchée de pain la SNI, qui détenait une participation de 50 % dans Distrigaz. Mais à l’époque, tout le monde se réjouissait de l’opération. En revanche, les ventes d’immeubles publics en vue de leur relocation ont suscité plus de controverses… Les opérations de vente puis de relocation d’immeubles (sale and rent-back) – l’essentiel des ventes d’immeubles par l’Etat – ont rapporté deux milliards d’euros. Mais selon la Cour des comptes, elles coûteront plusieurs milliards sur le long terme.

    Pourquoi les avoir réalisées ?
    Parce qu’il fallait boucler le budget de l’État. Ainsi, il est symptomatique que les ventes d’immeubles aient généralement été décidées au mois de décembre !
    Il n’y a jamais eu de rapport officiel sur les privatisations.

    Pourquoi ?
    Le Bureau du Plan a réalisé deux bilans comptables des privatisations. Mais au delà, rien. Le parlement a pu de temps en temps poser l’une ou l’autre question sur telle ou telle opération… Mais le débat annuel sur lequel s’était engagé en son temps le ministre des Finances, Philippe Maystadt, n’a jamais eu lieu. Il est vrai qu’à la différence d’autres pays, la Belgique n’a pas eu de loi qui fixait le cadre des privatisations. Et puis, il existait, en Belgique, un consensus, toutes familles politiques confondues.

    Pensez-vous que le processus de privatisation soit achevé ?
    L’État est encore actionnaire de grandes entreprises, soit totalement – la SNCB – soit majoritairement – Belgacom ou La Poste. La cession de la participation dans Belgacom ne poserait pas de problème ; elle pourrait intervenir très rapidement. La SNCB, quand elle aura retrouvé la rentabilité financière, pourrait suivre – à l’exemple des chemins de fer allemands, qui sont prêts à être introduit en Bourse. La Loterie nationale pourrait être privatisée – bien que la perspective de voir l’entreprise perdre son monopole en réduise la valeur – ou les autoroutes. Voire la Sécu, comme en Suisse, mais dans ce dernier cas, cela ne rapporterait rien à l’État.


    Agro-carburants : le PAM s'inquiète et met en garde
    Pierre Eyben 

    agrocarburants

    Les stocks alimentaires du Programme Alimentaire Mondial (PAM) sont historiquement bas. Le PAM dispose aujourd’hui de 53 jours de réserves seulement pour encore 116 jours en 2000. La directrice du PAM a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour obtenir un financement exceptionnel afin de faire  face à la récente hausse de prix des denrées alimentaires. Elle a très clairement indiqué que le responsable de cette hausse était l’engouement mondial  pour les agro-carburants.

    Ainsi, la maxime « manger ou conduire » est d’ores et déjà de mise pour les populations les plus pauvres. Nous roulons. Ils se serrent la ceinture. Dans une moindre mesure, les personnes plus précaires sont également touchées chez nous !

    On voit bien ici toute la perversion du système capitaliste consumériste. Rouler au colza, c’est sympa dans l’absolu. Mais préserver notre mode de vie à tout prix (en l’occurrence, le prix c’est d’affamer des populations entières) ce l’est déjà beaucoup moins. Clairement, je ne vise pas les consommateurs à titre individuel (même si chacun doit tenter de se responsabiliser) mais bien les grandes multinationales du pétrole et de l’agro-industrie qui cherchent de nouvelles sources de profit sans se soucier le moins du monde des conséquences sociales et écologiques.

    Le pétrole se raréfie. Son coût va continuer de grimper. C’est l’occasion pour nos sociétés de reprendre la main sur leur avenir énergétique. Si nous laissons faire les mêmes acteurs, nous obtiendrons les mêmes non-solutions. Dit de façon abrupte : ils suceront la planète et ses hôtes (nous) jusqu’à la moëlle au nom du pèze et du saint dollar.


    Et si on baissait (réellement) taxe_pauvresles impôts de ceux qui en ont (vraiment) besoin ?

    Le ministre Reynders, affirme qu'il a baissé les impôts. Ceux des entreprises et des plus hauts revenus, c'est clair. Mais ceux de la population ? Cinq propositions pour une fiscalité plus juste.
    Collectif (voir les signataires en bas de l'article)

    Le 15 décembre 2007, les syndicats CSC-FGTB et CGSLB manifestaient à Bruxelles "pour le pouvoir d'achat et la solidarité". Dans son tract, le Front Commun Syndical revendiquait "une fiscalité équitable". Depuis lors le débat politique fait rage, par exemple sur le scandale des intérêts notionnels si chers à la FEB, laquelle FEB n'hésite pas à prétendre "qu'il n'y a pas de problème de pouvoir d'achat".

    Avec l'aide du Mouvement du 15 Décembre (1), des syndicalistes socialistes et chrétiens, lancent un appel pour "les riches plus taxés et les pauvres moins taxés !". Le ministre des Finances, Didier Reynders, affirme qu'il a baissé les impôts. Ceux des entreprises et des plus hauts revenus, c'est clair. Mais ceux de la population ? La fiscalité a une fonction de redistribution des revenus (par exemple pour le financement des services publics). Cette fonction redistributive est garantie par la progressivité de l'impôt : plus un revenu est haut, plus son taux d'imposition est élevé. L'impôt des personnes physiques est calculé sur base de barèmes qui suivent ce principe. Mais de nombreux éléments viennent de plus en plus biaiser la progressivité. Ce qui signifie que la justice fiscale perd du terrain dans notre pays.

    Voici cinq mesures qui rétabliraient une meilleure progressivité.

    1. Taxer tous les revenus (financiers, immobiliers) comme les revenus professionnels. Pour pouvoir réduire les impôts de la population sans mettre en péril les dépenses sociales de l'Etat, il faudra réduire les énormes avantages fiscaux dont bénéficient les plus riches. Exemple : les propriétaires qui donnent des immeubles en location sont imposés sur un revenu cadastral théorique nettement inférieur aux loyers réels perçus. Et il y a pire. Les dividendes et intérêts sont soumis à un précompte mobilier de 15 ou 25 pc. Ce précompte est libératoire : il dispense le bénéficiaire de mentionner le revenu dans sa déclaration fiscale. Ce revenu mobilier n'est donc pas cumulé aux revenus professionnels et échappe ainsi à la progressivité de l'impôt.

    Quant aux plus-values sur titres, elles échappent carrément à tout impôt puisqu'elles sont totalement exonérées. Rien ne justifie cette discrimination entre types de revenus. Une discrimination qui profite aux plus riches, car ce sont dans les plus hauts revenus que la part des revenus mobiliers est la plus importante. Pour garantir une réelle progressivité de l'impôt, les revenus immobiliers et mobiliers, y compris les plus-values sur titres, devraient être taxés comme les revenus professionnels.

    2. Réduire l'impôt sur les faibles et moyens revenus. On l'a dit, l'impôt des personnes physiques est plus juste que les autres. Il pourrait pourtant être amélioré. Ainsi, un salarié commence à payer de l'impôt dès... 623 euros brut par mois. Sceptique ? Faites le test : introduisez un salaire annuel de 7 476 euros sur le simulateur du ministère des Finances (http://minfin.fgov.be). Et celui qui gagne 1 500 euros brut arrive déjà au taux marginal de 45 pc. En clair, la pente des taux d'imposition est beaucoup trop raide : on paie trop vite trop d'impôts. Pour une réelle progressivité, il faudrait rendre cette pente beaucoup plus douce. Mais dans sa réforme fiscale, le ministre Reynders a préféré faire l'inverse : supprimer les deux tranches de 52,5 pc et 55 pc. Cette mesure bénéficie uniquement aux plus hauts revenus (au-delà de 45 000 euros brut par an) et le cadeau est d'autant plus important que le revenu est élevé. Pour l'administrateur-délégué de Fortis, la réforme fiscale représente, par exemple, un cadeau de 120 000 euros chaque année.

    3. Réduire les taxes indirectes, notamment sur l'énergie. À l'inverse de l'impôt des personnes physiques, les taxes indirectes (TVA, accises...) ne sont pas progressives : chacun est soumis au même taux, quel que soit son revenu. Les projets libéraux pour augmenter ces taxes indirectes auraient pour effet d'accroître encore plus les injustices fiscales. Il convient au contraire de réduire la part des taxes indirectes, en particulier sur les prix de l'énergie, qui constituent une part sans cesse plus importante des dépenses des ménages.

    Aujourd'hui, le gaz, l'électricité ou le mazout de chauffage sont soumis à une TVA de 21 pc. Pourquoi ne pas la soumettre à un taux de 6 pc, comme d'autres produits de première nécessité ?

    4. Revoir les avantages extralégaux. Les avantages extralégaux (voitures de société, pension extralégale, frais de représentation, etc.) accordés par une société à certains de ses salariés bénéficient d'un régime fiscal particulièrement favorable. On constate que dans les entreprises où des cadres supérieurs obtiennent de tels avantages dans leur pack salarial, ces cadres sont soumis à taux d'imposition égal, voire inférieur, à celui des cadres ou employés touchant des revenus plus bas mais ne bénéficiant pas de ces avantages.

    Le principe de progressivité est donc biaisé au sein même d'une entreprise. À partir d'un certain niveau, plus le coût d'une voiture de société est élevé, plus l'avantage fiscal est important. Ainsi, une Porsche dont la charge pour l'entreprise atteindrait 35 000 euros par an ne donnerait lieu, dans le chef de l'utilisateur, qu'à un supplément taxable de 3 340 euros par an. Nous estimons que la taxation de tels avantages devrait coller au plus près du coût réel.

    5. Modifier le mode de calcul de l'impôt communal. L'impôt communal est calculé sur base de l'impôt des personnes physiques. Comme ce dernier est progressif, on pourrait supposer que l'impôt communal l'est aussi. Mais le taux de cet impôt communal est généralement plus élevé dans les communes pauvres que dans les communes riches.

    En effet, les communes abritant de hauts revenus pourront atteindre un niveau équivalent de recettes avec un taux plus modeste. Ce qui fait qu'à La Louvière, un habitant redevable d'un impôt de 10 000 euros envers l'Etat paiera un impôt communal de 10 000 x 8,5 pc = 850 euros. Tandis qu'à Lasne, une des communes les plus riches du pays, un habitant redevable d'un impôt de 15 000 euros envers l'Etat paiera un impôt communal de 15 000 x 5 pc = 750 euros (et même 0 euro s'il habitait à Knokke). Il est urgent de revoir ce mécanisme fiscal aberrant au profit d'un système qui garantirait une solidarité financière entre communes riches et moins riches.

    Texte mis au point par le "Mouvement du 15 Décembre/15 December Beweging", avec le soutien des signataires suivants : Albert Patricia, Bachely Bruno, Baudson Bruno, Briscolini Carlo, Brissa Didier, Corbisier Maurice, Coumont Raymond, Debry Francis, Dohet Julien, Fays Guy, Gelmini Gérard, Goblet Marc, Layeux Jean-Jacques, Leblon Ronny, Léonard Jean-Marie, Lévèque Arnaud, Lévèque Pierre, Lootens Paul, Mathieu Freddy, Piersotte Jean-Marie, Pirquet Rudy, Ruttiens Henri-Jean, Tonon Thierry, Urbain Robert, Vandermeiren Ludwig, Van Hees Marco, Vermeersch Hendrik, Willems Martin.

    (1) le Mouvement du 15 Décembre/15 December Beweging a été créé en opposition au Pacte (anti) Générations voté en décembre 2005 par le Parlement.

  • Nouvelles n° 121 ( 1 ère partie)

    Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


    La Belgique protège son aide au développement des fonds basés dans les paradis fiscaux

    L’aide belge désormais inaccessible aux "fonds vautours"

    par Panapress

    62fondsvautourafrique

    Le Sénat de Belgique a adopté une proposition de loi rendant "insaisissables et inaccessibles", les crédits destinés à l’Aide publique au développement (APD), par les fonds vautours, appellation par laquelle on désigne les fonds d’investissement immatriculés dans des paradis fiscaux comme les îles Vierges britanniques.      

    La stratégie des fonds vautours consiste à racheter à très bas prix les créances sur des pays pauvres, avant de poursuivre ces Etats en justice afin d’obtenir le remboursement de l’intégralité des créances nominales majorées des intérêts de retard. Les sénateurs belges ont adopté cette proposition de loi pour empêcher que des fonds d’aide au développement débloqués par la Belgique soient capturés par les fonds vautours.

    Des fonds vautours basés aux îles Caïmans ont fait saisir récemment près de 12 millions de dollars que le ministère belge de la coopération avait débloqués en faveur de la République du Congo Brazzaville. Dans le passé, ces fonds d’investissement avaient acheté des dettes congolaises pour 1,8 million de dollars avant de réclamer plus 120 millions de dollars au gouvernement du Congo Brazzaville.

    Selon le Comité pour l’annulation de la Dette du Tiers Monde (CADTM), une ONG belge spécialisée dans la dénonciation des dettes injustes, la RD Congo est redevable de 452,5 millions de dollars à des fonds vautours.

    Le CADTM cite le cas de la Zambie qui a obtenu de la Haute Cour de Londres, de ne rembourser que 17 millions de dollars à un fonds vautour basé aux Iles Vierges qui réclamaient au gouvernement zambien une dette de 55 millions de dollars. A l’origine de cette affaire, le fonds d’investissement basé aux Iles Vierges avait racheté pour 3,2 millions de dollars une dette d’une valeur nominale de 30 millions de dollars que la Zambie avait contractée en 1979 à la Roumanie pour l’achat des tracteurs à ce pays. En 2003, les responsables de ce fonds vautour avaient réussi à signer avec le gouvernement zambien un accord prévoyant le payement par Lusaka d’un montant de 16 millions de dollars, l’accord étant assorti d’une clause qu’en cas de non payement, la Zambie devrait payer immédiatement 45 millions de dollars, (soit 30 millions de dollars plus les intérêts de retard de 15 millions). En 2005, la Zambie n’ayant toujours rien remboursé, le fonds vautour réclamait à ce pays africain 55 millions de dollars (soit 45 millions de dollars impayés, plus 10 millions de dollars d’intérêt depuis 2003). L’accord signé par les deux parties prévoyait la compétence de tribunaux britanniques en cas de litiges.

    Selon une étude du CADTM, les fonds vautours réclament actuellement aux pays du tiers monde pas moins de 1,9 milliard de dollars. Sur 44 procès intentés par ces fonds, ils en ont remporté 26 et ont touché un total d’un milliard de dollars.

    La loi adoptée par le Sénat belge empêchera désormais à ces fonds d’investissement de s’emparer de crédits de l’APD de la Belgique.

    Lu sur AFRIC.COM - http://www.afrik.com/article13544.html


    Les affaires carolos laissent des cicatrices non refermées au PS.

    moriau0701Interview de Patrick Moriau par le Vlan.

    Signes particuliers : Dernier marxiste attendri au royaume du PS & Love, Patrick Moriau fait toujours parler de lui. Entre rénovateurs et vieux débris, le « Tchat » coache toujours le petit Elio…

     

    Serez-vous sincère?

    Plus encore que sincère, je promets d’être honnête.

    Sincérité et honnêteté : des vertus partagées au sein de votre parti ?

    Joker.

    Pourquoi faites-vous de la politique ?

    Par hasard. Enfin… J’ai toujours été quelqu’un qui s’occupait des autres. Que je fasse de la politique ne m’étonne pas, c’est plutôt d’être rentré dans une logique de mandat(s) qui m’étonne. Ca, c’est arrivé par accident : en 1982, on m’a proposé d’être conseiller communal, je le suis devenu, puis échevin, puis Philippe Busquin m’a proposé de travailler avec lui, etc. Ca s’est vite passé.

    Et là commence une grande histoire d’amour…

    Non, pas une grande histoire d’amour, plutôt d’amitié ; c’est-à-dire que Philippe incarnait un renouveau… Bon, je sais que tous les dix ans, on parle de renouveau : Spitaels, dans les années 80, a amené Rénover et agir, Busquin et moi avons fait les clubs Dune, et Di Rupo ramène les Artisans, enfin les Ateliers du progrès. Mais il s’est passé que, dans les années 90, avec Philippe, on a eu un contact humain qui, en plus, était lié à une conception de la société. Une conception du socialisme qui correspond. Je ne crois pas que j’aurais pu travailler avec quelqu’un d’autre de la même manière…

    Pas avec Elio Di Rupo ?

    Je pense que non.

    De cette collaboration avec Busquin, on retiendra essentiellement votre rôle dans la gestion du « trésor de guerre » du PS, dont le procès s’est soldé par votre blanchissement l’année passée…

    Le problème à l’époque, c’est qu’on est dans une situation complètement ambiguë par rapport au financement des partis. Je l’assume, je l’ai toujours assumé, c’était mon rôle : j’étais secrétaire général du parti !

    …Avez-vous porté le chapeau pour Busquin, comme il nous l’a dit à demi-mots ?


    Je n’ai pas sauvé Busquin, je n’ai pas sauvé le parti, j’ai dit tout simplement qu’il y avait une situation qui existait, que j’ai dû assumer selon ma fonction, comme d’autres l’ont assumée. La différence entre eux et moi, c’est que chez nous il y avait eu l’assassinat d’André Cools qui a permis d’aller voir en profondeur. Mais j’aurais bien voulu qu’on fasse la même enquête sur l’ensemble des autres partis à l’époque ! Quelque part, on porte toujours le chapeau pour son parti parce qu’« il n’y a pas de fils innocent ». Autre exemple, quand on fait la loi sur les armes – qui pour moi est une loi que je trouve complètement ridicule : heureusement qu’on la revoit, on doit porter le chapeau ! La démocratie, c’est un rapport de forces : si on n’est pas majoritaire, on ne peut rien !

    Le coup du trésor caché, ça vous a quand même valu plus de dix ans de procès…

    Ce sont dix ans catastrophiques, sur le plan de la santé, de la vie personnelle, etc. Mais parfois, je me demande ce que je serais devenu sans ça. Je serais peut-être devenu un ministre ou – je n’ai pas envie de citer de nom – quelqu’un d’imbuvable, méprisant, cynique, etc. Finalement, je suis resté moi-même. Et la fin de ces années de galère fut heureuse… Ma bonne foi et mon honnêteté ayant été reconnues.

    Vous présentez cette particularité de ne pas être catalogué dans tel ou tel clan…

    « Je suis un Peau-rouge qui refuse de marcher en file indienne ». En politique aujourd’hui, on vous met toujours dans un clan ou dans un autre : si je dis que Di Rupo a tort, comme je suis de Charleroi, on va dire que je suis pro-Van Cau. Et inversement. Ce manichéisme est ridicule. Je dis les choses comme elles sont. Prenons un exemple : l’élimination du fils Van Cau est un scandale ! Dans n’importe quelle république bananière, on aurait gueulé pour moins que ça ! Quand je dis ça, est-ce que je cautionne la logique avec laquelle Van Cau a géré Charleroi ? Ca n’a rien à voir ! De n’être enfermé dans aucun clan, c’est une force. Mais c’est aussi une faiblesse, parce que je n’ai pas d’appuis.

    Si vous n’êtes ni « archéo » ni « rénovateur », vous êtes quoi ?

    D’abord, les archéos et les rénovateurs, c’est de la couillonnade ! Les jeunes qu’on amène, ce sont de faux jeunes, parce qu’ils sont bouffés par leurs certitudes et par leurs préjugés. Ca fait un an et demi que j’ai démissionné de la présidence de la fédération de Charleroi : il fallait de la rénovation. Où en est-elle, cette rénovation ? Les statuts n’ont jamais été autant bafoués qu’aujourd’hui ! On a des députés-échevins-présidents d’intercommunales qui sont les mêmes qui gueulaient contre le cumul des échevins, moins grave à l’époque ! Aujourd’hui, cette soi-disant rénovation, c’est l’opacité totale ! Il n’y a plus de débats et les décisions se prennent ailleurs, et en plus on ne sait pas très bien où.

    Vous avez dit que depuis le passage de Paul Magnette, « Charleroi c’est Beyrouth »…

    J’ai beaucoup d’estime pour lui, et je me dis d’ailleurs pour l’instant qu’il ne doit pas aimer le rôle qu’on lui fait jouer. Mais je m’explique : Beyrouth, c’est d’abord la lutte des factions ; à Charleroi aujourd’hui, il y a plusieurs clans ! Un chat n’y retrouverait pas ses jeunes – et c’est un expert qui parle, je suis bourgmestre de la Cité des Chats. Deux : il n’y a plus de pouvoir, plus d’autorité à Charleroi. Avant, il y avait une fédération, aujourd’hui elle est sous coupole ! J’ai appris que quand il y a des problèmes, on faisait des réunions de cette coupole en éliminant certaines personnes qu’on n’invite pas, et ce y compris au Boulevard de l’Empereur. A quoi ça sert encore d’avoir une coupole ? Où est l’autorité ? C’est comme à Beyrouth. Et enfin, troisième élément : à Beyrouth, la communauté internationale dit que la démocratie avance – Condoleeza Rice nous l’avait dit expressément en 2005 à Washington au sujet de l’Irak. C’est comme quand, chez nous, on dit « A Charleroi, tout va bien, la page Van Cau est tournée, la démocratie est en train de s’installer ». Mais en disant cela, attention : je ne suis pas l’avocat de Van Cau ni celui de Jean-Pierre De Clercq !

    Comment le PS peut-il se restaurer à Charleroi ?

    Par une réconciliation. Il faut au moins qu’on se reparle ! On ne va quand même pas passer notre temps à s’éliminer ! L’objectif principal des « rénovateurs », pour l’instant, c’est de faire la liste pour les régionales, avec Magnette en tête. Mais il faut qu’on se reparle : quand il est devenu délégué à l’USC, je lui ai envoyé la note que j’avais présentée à la fédération – et qui y fut votée – le jour où j’ai démissionné de la présidence de la fédé, en lui disant que j’étais prêt à l’aider. Ca fait un an et demi, et je n’ai même pas eu un accusé de réception.

    A quoi est dû l’échec du PS aux législatives, selon vous ?

    A beaucoup de choses : d’abord à un contexte international…

    « C’est pas nous, c’est les autres » ?

    Non : nous sommes face, nous socialistes, à des problèmes du XXIe siècle auxquels nous apportons des réponses du XIXe siècle. Et on croit toujours, comme dans les années 70 avec les crashs pétroliers, que « c’est conjoncturel, on va trouver une solution, ça va passer et on va créer des emplois administratifs ». Mais non ! C’est structurel. C’est pour cela que nous devons oser une véritable rénovation, pas une rénovation de façade ! Il faut revoir nos modes de fonctionnement : doit-on continuer à avoir des mandats illimités ? Pourquoi ne pas limiter à deux ou trois mandats successifs ? Etc, etc. : tout était déjà dans la note que j’avais déposée à la fédé en juin 2006.

    Finalement revenu au gouvernement, le PS pourra-t-il faire son examen de conscience ?

    J’espère, sinon je ne serais plus au PS. On le fait bien ici à Chapelle ! Ca n’a pas été facile, dans une majorité absolue depuis la nuit des temps, de partager les mandats avec les autres partis sans qu’on y soit obligés ! Ou de décider que désormais – on a été les premiers –, l’opposition pourrait systématiquement poser des questions au conseil communal. Ca date de 1995 et, à l’époque, j’étais même critiqué pour ces ouvertures.

    Le PS qui reste au gouvernement, c’est quoi : match remis ou « ce serait pire sans nous » ?

    Franchement, je ne sais pas. C’est pas bon : on a perdu les élections, mais on nous ramène quand même en nous donnant des compétences qui sont ce qu’elles sont.

    C’est-à-dire ?

    On a des bonnes compétences en termes de gauche, mais on nous dit directement qu’il n’y a plus de sous. Le vrai problème, c’est de se demander si on pouvait faire autrement, laisser aller le pays dans un drame, avec un ministre de la Haute finance qui à un moment donné lâchait tout, etc. La politique induit aussi et nécessairement une éthique de la responsabilité.

    Qu’est-ce que le PS peut répondre aujourd’hui à des sans-papiers à qui il a tout promis pendant six mois, mais dont un gouvernement de droite pense tout le contraire ?

    Moi, je n’avais rien promis. En politique, il y a des gens responsables, et puis il y en a d’autres qui surfent. On m’a suffisamment reproché de critiquer le jeunisme, le communautarisme et le bougisme. Dès qu’on a été dans l’opposition, tout le monde s’est rué sur des propositions de loi – Castro était un gamin à côté de nous. C’est aussi ça, le drame de la gauche : quand on est dans l’opposition, on est trop à gauche, et quand on est au pouvoir, on est trop à droite.

    Mais comment l’électeur peut-il garder un peu de crédibilité envers un parti qui passe d’une opposition « à gauche toute » à la solidarité avec un gouvernement de centre-droit en moins de six mois ?

    Pourquoi, alors que nous étions dans l’opposition pendant que l’Orange-bleue s’entredéchirait, perdions-nous encore 3% dans les sondages ? Parce qu’il y a un problème de fond, il s’agit d’une chute structurelle. C’est pour ça que je vais lancer une initiative, un club de pensée, même si c’est devenu terriblement difficile de motiver les gens. L’idée est de créer du débat, du vrai, enfin. Avec des gens de tous bords et de toutes professions, et mettre fin aux luttes internes des écuries.

    Vous êtes d’accord avec Spitaels, quand il critique le monarchisme du PS ?

    Tous les présidents du parti, depuis Jules (Destrée, NDLR), ont été dans la logique « Charbonnier, maître chez soi ». Ce qui n’est aucunement antinomique avec la vision universaliste du socialisme. Puis, du jour au lendemain, nous sommes devenus des monarchistes belgicains ! Je n’ai personnellement rien contre la monarchie, mais on ne peut être socialiste et prôner l’égalité, et en même temps tolérer les privilèges de la lignée du sang ! Donc, nous sommes des monarchistes (et des belgicains) opportunistes. Mais si nous sommes pour l’égalité, nous devons être républicains !

    Les problèmes d’Anne-Marie Lizin à Huy, ça vous inspire quoi ?

    Quand je vois la secousse sismique qu’a provoquée l’affaire de la Carolo, et la discrétion dont on entoure celle de Huy, je suis quand même étonné ! Mais le séisme de Charleroi arrangeait bien certains, en interne.

    La nomination de Didier Donfut : il a fait pression sur Elio Di Rupo, en tant que président de la fédération de Mons ?

    Mais non ! Il est là, notamment, pour la réforme du fonds des communes, pour contrer les Liégeois. Et en promouvant Donfut, Di Rupo veut peut-être permettre à Magnette de réaliser son rêve et de devenir député européen, car ce ne sera pas si facile de revenir comme tête de liste pour les régionales.

    « Libéralisme », au PS, c’est une insulte ?

    Pour moi, non. La liberté, c’est la plus belle valeur qu’on puisse mettre en évidence. Mais considérer que le libéralisme est une fin en soi, ça c’est une insulte. Le libéralisme est un moyen, comme le socialisme, d’atteindre l’émancipation des gens.

    Jean-Pierre De Clercq ou Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

    Je choisis le socialisme démocratique.

    Rudy Demotte ou Laurette Onkelinx ?

    Je dirais Rudy, parce que c’est un homme qui écoute.

    Qui serait le meilleur prochain président du parti ?

    Ségolène Royal (rires).

    Qui sont les valeurs montantes au PS ?

    Des gens comme Magnette, comme Luperto… Il y en a beaucoup.

    Christian Dupont ou Paul Magnette ?

    Magnette, parce qu’il a le courage des néophytes. Dupont, lui savait. Néanmoins, Jean-Michel Javaux m’amuse beaucoup quand il dit qu’on aurait dû nommer Magnette à la Défense nationale, tellement il a été parachuté !

    Eric Massin ou Paul Ficheroulle ?

    Ni l’un ni l’autre.

    Olivier Chastel ou Ingrid Colicis ?

    Olivier Chastel : il est cohérent, fidèle à ses opinions…

    Philippe Busquin ou Jean-Claude Van Cauwenberghe ?

    Moriau. Je pense, sans prétention aucune, que je peux incarner autre chose à un moment donné. Mais Philippe est mon ami.

    Si le PS n’avait pas existé, dans quel parti auriez-vous milité ?

    Chez Ecolo, sûrement. Même si le PS avait existé, d’ailleurs (rires).

    Si vous devez faire un commentaire impertinent à votre président de parti ?

    A mon ami Elio ? Je dirais « arrête d’écouter le Boulevard de l’Empereur, écoute les maisons du peuple et, surtout, ceux qui sont proches des gens. Au-delà de ça, sache qu’on t’aime, qu’on a tous envie d’être aimés, de travailler ensemble sans entrer dans une logique de querelles, pour l’intérêt général ».

    Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

    Retraité ! Plein d’activités, dans l’humanitaire.

    Toujours bourgmestre ?

    J’espère que non, mais c’est un problème qu’on doit gérer, notamment avec cette loi Courard dont les conséquences sont à venir…

    Qu’aimeriez-vous qu’on retienne de vous ?

    Je pense que j’ai été un pote ; que j’ai toujours privilégié l’intérêt général. Que j’étais vraiment un socialiste.


    Capitale sinistrée de la sidérurgie,
    Pittsburgh se cherche un avenir

    pittsburgh

    La population de la ville est revenue à son niveau de la fin du XIXe siècle. Le déclin a frappé la vallée de l'Ohio. De la Pennsylvanie à l'Indiana, voyage dans une Amérique-clé pour le vote du 2 novembre.

    L'acier des poutrelles de l'Empire State Building, à New York, et du Golden Gate Bridge, à San Francisco, des cuirassés et des chars d'assaut de la seconde guerre mondiale, des Cadillac, des réfrigérateurs et des juke-boxes de la société de consommation est sorti des hauts-fourneaux des rives de l'Ohio. Tout au long des 1 500 kilomètres de ce fleuve et des six Etats qu'il parcourt se trouvait le coeur de l'industrie américaine, des milliers de mines de charbon, de fours à coke, de laminoirs. Cette Amérique ouvrière, syndicaliste, patriote, porteuse de l'optimisme naïf des années 1950 et de cette fierté d'être à l'origine de la prospérité et du mode de vie américains est en voie de disparition. Par un hasard de l'histoire, l'élection présidentielle du 2 novembre se jouera sans doute dans certains des Etats que traverse l'Ohio : la Pennsylvanie, la Virginie- Occidentale, l'Ohio, le Kentucky, l'Indiana et l'Illinois.

    Tout commence à Pittsburgh. La ville est née à l'endroit exact où les rivières Allegheny et Monongahela se mêlent pour former l'Ohio. Aucune ville américaine n'a été plus industrialisée. Les avions faisant la liaison entre New York et Chicago utilisaient la fumée et les lueurs de sa centaine de hauts-fourneaux pour se guider. En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, la moitié de l'acier et du charbon produits aux Etats-Unis provenait de l'agglomération et ses alentours. La cité était surnommée "Smoked City" (la Ville enfumée). En hiver, les lampadaires, dans les rues, restaient allumés 24 heures sur 24.

    Pittsburgh n'était pas seulement la ville du coke et du fer, mais aussi celle de l'aluminium, du verre et même de l'agroalimentaire. C'était la métropole des "barons" de l'industrie : Carnegie, Frick, Westinghouse, Heinz, Mellon, Rockwell. Le courant alternatif a été inventé à Pittsburgh, tout comme la production en masse de verre et d'aluminium. La première radio commerciale privée a émis à Pittsburgh en 1920. L'agglomération a compté jusqu'à 1 720 ponts métalliques.


    Réactions à propos de notre article sur Pittsburgh

    pittsburg

    J'ai lu avec amusement l'article sur les jumelages dans "Nouvelles". J'ai moi-même participé en tant que journaliste au voyage du jumelage Charleroi - Pittsburgh, et je garde le souvenir de l'épisode du visa (et non du permis de séjour, comme mentionné dans l'article) que l'ambassade des USA ne prétendait pas délivrer à Maurice Magis. Après leur "capitulation", celui-ci ne se laissait pas de narrer l'affaire à qui voulait l'entendre, pour en rire bien entendu.

    Mais qu'on se rassure, la blessure d'amour-propre infligée à l'Oncle Sam par les Carolos ne fut pas trop cuisante. En fait, il oublia bien vite tant l'histoire du visa délivré à un communiste assoiffé de sang yankee que le jumelage lui-même.

    Car, il faut bien en convenir, Lucien Harmegnies avait eu les yeux plus grands que le ventre. Pittsburgh est environ 10 fois plus peuplé que Charleroi, et ce jumelage avait été très peu et très mal préparé. En particulier, le collège échevinal de l'époque s'était fort peu interrogé sur les habitudes américaines en matière de "jumelages". Or, il est apparu tout de suite qu'en fait les autorités de Pittsburgh ne savaient pas du tout ce que cela impliquait et s'en fichaient comme de leur première bannière étoilée. Tout le folklore des jumelages - les échanges de petits cadeaux, les discours sur la fraternité, le rapprochement entre les peuples, et tout le toutim,... - les laissait parfaitement froids. L'éloquence volontiers emphatique de Lucien Harmegnies aussi.

    Certes, le voyage - un Boeing 707 complet, si je me souviens bien – avait aussi des objectifs mercantiles. Parmi les Carolos il y avait des chefs d'entreprise, des gens de la Chambre de commerce et d'industrie, etc... Mais faute de préparation sérieuse, ce fut un flop retentissant. On avait d'ailleurs pu l'anticiper dès l'arrivée à l'aéroport, où les autorités de Pittsburgh n'avaient pas jugé utile d'accueillir la délégation carolo.

    Celle-ci était logée dans un grand hôtel du centre de la ville. Elle y louait, si je me souviens bien, deux étages complets, en plus d'une sorte de centre de congrès qui se trouvait au sommet de l'immeuble.

    Pendant une semaine, on y vit des chefs d'entreprise, des représentants de Fabrimétal et d'autres organisations similaires, tenir des conférences en anglais sur les mérites de Charleroi pour les investisseurs U.S., sur le business transatlantique...
    Mais le "hic" était que dans la salle il n'y avait pratiquement que d'autres Carolos, et pas plus d'un ou deux Américains. Des Carolos avaient donc traversé l'Atlantique pour parler, dans une langue qu'ils maîtrisaient souvent assez mal, à d'autres Carolos dont certains n'en comprenaient pas un mot...

    Parmi les "délégués" carolos figuraient aussi quelques gilles, appartenant je crois à la "Jeunesse commerçante" de Charleroi. Ils firent une sortie remarquée dans le centre de Pittsburgh, en distribuant selon la tradition carnavalesque des oranges. Les badauds américains ne se posaient qu'une seule question : pour quelle marque d'agrumes faisaient-ils de la pub ?

    Pour le reste, les Carolos ne rencontrèrent à Pittsburgh qu'une indifférence à peine polie. Il en alla tout autrement pour ceux qui se rendirent - en grande partie pour tromper l'ennui, et bien entendu par curiosité - à Charleroi (Pennsylvanie - voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Charleroi,_Pennsylvania), petite ville à une quarantaine de kilomètres de Pittsburgh. Cette bourgade - une dizaine de milliers d'habitants à tout casser – fut fondée en 1890 par des ouvriers verriers originaires de notre région. Les destins économiques de Charleroi - Pennsylvanie et de Charleroi - Hainaut ne sont pas sans similitudes. Les deux localités ont été durement frappées par la révolution technologique de l'industrie du verre et par la crise de la sidérurgie, autre industrie importante dans les deux régions. A Charleroi-Pennsylvanie aussi une partie non négligeable de la population travaille pour Caterpillar, qui a (ou du moins avait) à proximité une usine importante.

    L'accueil que nous réservèrent les habitants de Charleroi est aux antipodes de l'indifférence rencontrée à Pittsburgh. Selon la tradition locale, les pompiers sortirent la grande échelle et la fanfare !  On nous offrit des souvenirs (pour ma part un T-shirt de l'équipe de base-ball locale et une assiette décorée célébrant le centième anniversaire des pompiers !).  Le véritable jumelage, c'est peut-être là qu'il eut lieu, loin des réceptions officielles, des discours péniblement récités dans un anglais scolaire et des brochures de Fabrimétal.

    Je dois dire en effet que ce fut une émotion rare d'échanger quelques phrases en wallon avec un vieil homme dont la famille avait émigré de Wallonie au XIXème siècle, mais n'avait pas abandonné la langue de ses origines pendant plusieurs générations. Evidemment, en ce troisième quart du XXème siècle, il n'y avait plus guère que des vieillards pour entretenir encore cette tradition. Parmi les jeunes, pas mal ignoraient jusqu'à l'existence d'une ville de Charleroi sur la rive européenne de l'Atlantique, voire même de la Belgique (chacun sait qu'en dehors de Bastogne et parfois de Bruxelles, qu'ils situent en général en France, beaucoup d'Américains ignorent tout de nous).
    Grand souvenir de journaliste que cette soirée offerte par l'un d'entre nous - patron d'hebdomadaire local et père d'un futur ministre (il ne le savait pas encore) - dans un restaurant réputé des environs de Pittsburgh, où vers la fin du séjour, alors qu'un ennui mortel s'était emparé de tous, il nous fit déguster, dans un geste princier qu'il n'allait pas tarder à regretter, quelques grands vins de France... qu'évidemment il paya deux ou trois fois le prix qui eut été pratiqué dans n'importe quel resto de chez nous. La tête qu'il fit quand on lui présenta l'addition était en soi un spectacle.

    En résumé, ce voyage de jumelage fut, il faut bien le dire, un immense gaspillage, significatif de cette époque d'après les fusions de communes où les élus carolos s'imaginaient qu'il suffisait de fusionner administrativement quinze communes relativement pauvres pour acquérir comme par magie un vrai statut de grande ville. C'était l'époque où faute d'être vraiment une grande ville on faisait semblant, et où le collège échevinal s'accordait (déjà) un train de vie très supérieur aux moyens dont la ville disposait en réalité. On sait ce qui en résulta quant à l'endettement de Charleroi, et aux plans d'austérité qui en découlèrent.

    Luc DELVAL


     

  • Nouvelles n° 120 (3 ème partie)

    KOSOVO NO! CUBA SI!

    kosovo1

    Depuis ce matin, la démission de Fidel Castro me vaut des questions posées de tous côtés médiatiques. Suave question : quel est mon point de vue par rapport à la déclaration de Bush qui dit : « il faut maintenant commencer la transition démocratique » ? Le voilà : « j’espère une transition socialiste réussie à Cuba ». Cela signifie que les leçons de démocratie de Bush m’écœurent. Aussi m’écœure le spectacle de la veulerie qui conduit à reconnaître le Kosovo avec des cris de joie alors que vient de se sceller le premier acte de la tragédie que contient le nouveau siècle.

    KOSOVO NO !

    Le dépeçage ethnique de l’ex Yougoslavie a connu tous les avatars imaginables. Dès que les Américains y ont fermement mis les doigts comme avec les accords de Dayton sur la Bosnie, l’ethnicisme est devenu une bonne pioche et non plus une honte. Elle fait les délices de l’imagerie de Disneyland fournie par la propagande de « la communauté internationale» citée sans autre précision par les robots du journal de vingt heures. Tout « rebelle » est admirable dans l’Etat mal vu, tout particularisme est une culture nationale et ainsi de suite.
    L’empire a besoin d’un monde en confettis pour dominer.

    Dans ce contexte chacun est prié de regarder ailleurs quand ressurgissent des clivages qui nous ramènent aux temps de coalitions de la première et de la deuxième guerre mondiale, aux antiques découpes entre catholiques et orthodoxes, au tracé des pipe line qui font saliver les lobbies maîtres en Amérique. En ex Yougoslavie, bien sûr, la stupidité, les brutalités et les crimes révoltants du régime ultra nationaliste issu de l’ancienne bureaucratie titiste ont la responsabilité essentielle de ce désastre. C’est eux qui ont légitimé tous les coups portés ensuite par la partie adverse. Le pompon c’est évidemment l’intervention militaire de l’OTAN (« la communauté internationale ») au Kosovo, sans mandat de l’ONU,  pour « arrêter les massacres commis par les Serbes ».

    Quelques années plus tard les Etats-Unis qui avaient juré le contraire autorisent l’indépendance. En fait, ils l’ordonnent. Sarkozy nous déshonore en étant le premier à faire de même dans la foulée. Pour la première fois depuis la deuxième guerre, un « Etat » absolument non viable, sans aucune base historique, avec une administration corrompue jusqu’à la moelle, totalement aux mains des mafias,  est crée à l’intérieur des frontières d’un autre à l’issue d’une intervention militaire. Dans ce naufrage du droit international, que fait la glorieuse « Union Européenne » qui était garante de la tutelle de la province du Kosovo et qui paiera demain les fins de mois ? Elle regarde ailleurs !

    Incapable de faire quoi que ce soit, de poser la moindre condition, d’exiger la moindre garantie. La majorité des pays se précipitent derrière les USA. Mais cinq grandes nations refusent de le faire. Celles là ont compris le danger. Elles se sentent visées. Tout le monde l’est.

    Pas seulement en Europe. On peut faire la liste sans fin dans le monde des minorités, enclaves, groupes et tribus, maltraités par l’Etat central ou le prétendant, qui peuvent voir dans la naissance du Kosovo  un encouragement à la dissidence, un modèle à suivre, une jurisprudence opposable aux appels à la raison. Et sur le territoire européen même ? L’Union devait mettre tous ses membres à l’abri des tensions et tentations de violences nationalistes qui ont provoqué dans le passé les drames que l’on sait. La preuve est faite que mise au
    pied du mur, elle en est incapable. L’Union ne protège personne.

    L’Union ne coordonne rien. L’Union est seulement un bagne libéral et le terreau de tous les nationalismes. Face à sa faiblesse et sa servilité, face à l’asservissement des diplomaties derrière celle des Etats-Unis, l’ancien monde des alliances et des systèmes défensifs, les permanences de l’histoire sont de retour. La France n’y échappera pas. Son pitoyable président est un hors sujet permanent dans cet environnement bien trop grand pour lui.

    Et voilà un codicille. A pleurer. Ceci va avec cela. Le parti socialiste européen a accepté la reprise du processus d’adhésion du prétendu parti social démocrate slovaque, allié au parti d’extrême droite qui gouverne en Slovaquie… Le délégué socialiste français, Alain Richard, a fermement voté contre cette décision ! Il a argumenté contre elle. Il n’a été suivi dans son vote que par les deux partis socialistes belges et le parti hongrois.  L’agonie de la sociale démocratie européenne accompagne la déchéance de l’Union européenne.

    CUBA SI !

    Cuba. Bush demande une transition démocratique. On rêve !  Qui est le donneur de leçon ? Celui qui a inventé la légalisation de la torture au Etats-Unis, entretient des prisons secrètes dans le monde et fait fonctionner un camp de concentration  illégal sur le sol de Cuba à qui il fait la leçon, à Guantanamo, où sont détenus et torturés des prisonniers enlevés partout dans le monde.

    Les Etats Unis d’Amérique pourront commencer à être écoutés s’ils lèvent le blocus qu’ils maintiennent contre les Cubains qui ont souffert sang et eau pour y faire face, qu’ils soient communistes ou pas.  Mes camarades m’ont dit de garder pour moi cet avis et de ne pas rajouter à la liste de mes adversaires la horde de tous ceux qui aboient au coup de sifflet contre Cuba et le font parfois en toute bonne foi. Je suis sûr qu’il y en a un certain nombre qui sont de bonne foi au milieu d’un gros bataillon d’anti communistes primaires qui relaient la propagande de la barbouzerie contre révolutionnaire de Miami. Ceux-là se fichent absolument des faits qui expliquent les prises de position du régime castriste, de ce que représente Cuba en Amérique latine et du fait que tous les gouvernements démocratiques du continent, tous sans exception, ont des échanges et des relations personnelles avec Fidel Castro, votent avec Cuba aux Nations unies pour condamner le blocus et ainsi de suite. Et ceci est la raison pour laquelle si les Etats Unis ont fait le tour de la terre pour envoyer des milliers d’hommes et des quantités colossales de matériels faire la guerre en Irak, ils ne risquent pas un seul cheveu sur la terre cubaine depuis l’échec de l’invasion dans la baie des cochons. Ils s’y briseraient les dents, sauf à tuer tout le monde sur place, communiste ou pas. C’est pourquoi ils se contentent d’essayer de tuer seulement Fidel Castro ce dont témoignent les archives ouvertes par la CIA qui attestent de plusieurs dizaines de tentatives d’assassinat….

    Je préviens mes lecteurs qui se laisseraient aller à trouver mon point de vue intéressant et pire à le partager : ils seront immédiatement cloués au pilori, injuriés de toutes les façons possibles et sommés sans trêve de se justifier. On le verra dans les commentaires de cette note dès que la meute des bloggeurs de combat aura senti de loin son odeur sulfureuse. On le verra un peu car charbonnier est maître chez soi et webmaster roi maître de ses ciseaux, avec mon accord total ! De leur côté, les amis des tortureurs, des prisons secrètes et des tentatives d’assassinat, eux, agissent pour le bien, la démocratie et l’économie de marché. C’est-à-dire pour les choses saines et édifiantes dont nous jouissons sans entrave dans nos pays sans blocus mais, comme aux Etats Unis, remplis de pauvres, de cruautés sociales, de crises financières et de campagnes électorales bidon, pourries par l’argent, opposant en toute liberté blanc bonnet et bonnet blanc.

    Jean-Luc Mélenchon, sénateur socialiste français.


    Laïcité : les cinq fautes du président de la République 

    2Henri Pena-Ruiz, philosophe, professeur, écrivain, ancien membre de la commission Stasi sur l'application du principe de laïcité dans la République, est signataire de l'appel de Gauche Avenir. Il a publié cette tribune dans le Figaro du 3 janvier 2008.

    Nicolas Sarkozy a prononcé au Vatican, un discours choquant à plus d'un titre. Soutenir, en somme, que la religion mérite un privilège public car elle seule ouvrirait sur le sens profond de la vie humaine est une profession de foi discriminatoire. Il est regrettable qu'à un tel niveau de responsabilité cinq fautes majeures se conjuguent ainsi. Une faute morale d'abord. Lisons : «Ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d'intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c'est un homme qui espère. Et l'intérêt de la République, c'est qu'il y ait beaucoup d'hommes et de femmes qui espèrent.»

    Dénier implicitement l'espérance aux humanistes athées est inadmissible. C'est montrer bien peu de respect pour ceux qui fondent leur dévouement pour la solidarité ou la justice sur un humanisme sans référence divine. Ils seront nombreux en France à se sentir blessés par de tels propos. Était-ce bien la peine de rendre hommage au jeune communiste athée Guy Môquet pour ainsi le disqualifier ensuite en lui déniant toute espérance et toute visée du sens ? En fait, Monsieur le Président, vous réduisez indûment la spiritualité à la religion, et la transcendance à la transcendance religieuse. Un jeune héros de la Résistance transcende la peur de mourir pour défendre la liberté, comme le firent tant d'humanistes athées à côté de croyants résistants.

    Une faute politique. Tout se passe comme si M. Sarkozy était incapable de distinguer ses convictions personnelles de ce qui lui est permis de dire publiquement dans l'exercice de ses fonctions, celles d'un président de la République qui se doit de représenter tous les Français à égalité, sans discrimination ni privilège. Si un simple fonctionnaire, un professeur par exemple, commettait une telle confusion dans l'exercice de ses fonctions, il serait à juste titre rappelé au devoir de réserve. Il est regrettable que le chef de l'État ne donne pas l'exemple. Curieux oubli de la déontologie.

    Une faute juridique. Dans un État de droit, il n'appartient pas aux tenants du pouvoir politique de hiérarchiser les options spirituelles, et de décerner un privilège à une certaine façon de concevoir la vie spirituelle ou l'accomplissement humain. Kant dénonçait le paternalisme des dirigeants politiques qui infantilisent le peuple en valorisant autoritairement une certaine façon de conduire sa vie et sa spiritualité. Des citoyens respectés sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire en la matière, et ils n'ont pas besoin de leçons de spiritualité conforme.

    Lisons à nouveau : «Dans la transmission des valeurs et dans l'apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur.» On est surpris d'une telle hiérarchie éthique entre l'instituteur et le curé. L'école de la République a été inventée pour que les êtres humains puissent se passer de maître. Tel est l'honneur des instituteurs et des professeurs.

    Grâce à l'instruction, l'autonomie éthique de chaque personne se fonde sur son autonomie de jugement. Elle n'a donc pas à être jugée moins bonne que la direction de conscience exercée par des tuteurs moraux. Étrange spiritualité que celle qui veut assujettir la conscience à la croyance !

    Une faute historique. L'éloge du christianisme comme fondement de civilisation passe sous silence les terribles réalités historiques qui remontent à l'époque où l'Église catholique disposait du pouvoir temporel, puisque le pouvoir politique des princes était alors conçu comme son «bras séculier».

    L'Occident chrétien peut-il s'enorgueillir du thème religieux du «peuple déicide» qui déboucha sur un antisémitisme particulièrement virulent là où l'Église était très puissante ? Les hérésies noyées dans le sang, les guerres de religion avec le massacre de la Saint-Barthélemy (3500 morts en un jour : autant que lors des attentats islamistes du 11 Septembre contre les Twin Towers), les croisades et les bûchers de l'Inquisition (Giordano Bruno brûlé vif en 1600 à Rome), l'Index Librorum Prohibitorum, censure de la culture humaine, l'anathématisation des droits de l'homme et de la liberté de conscience (syllabus de 1864) doivent-ils être oubliés ? Les racines de l'Europe ? L'héritage religieux est pour le moins ambigu…

    L'approche discriminatoire est évidente dès lors que le christianisme est invoqué sans référence aux atrocités mentionnées, alors que les idéaux des Lumières, de l'émancipation collective, et du communisme sont quant à eux stigmatisés à mots couverts au nom de réalités contestables qu'ils auraient engendrées. Pourquoi dans un cas délier le projet spirituel de l'histoire réelle, et dans l'autre procéder à l'amalgame ? Si Jésus n'est pas responsable de Torquemada, pourquoi Marx le serait-il de Staline ? De grâce, Monsieur le Président, ne réécrivez pas l'histoire à sens unique !

    Comment par ailleurs osez-vous parler de la Loi de séparation de l'État et des Églises de 1905 comme d'une sorte de violence faite à la religion, alors qu'elle ne fit qu'émanciper l'État de l'Église et l'Église de l'État ? Abolir les privilèges publics des religions, c'est tout simplement rappeler que la foi religieuse ne doit engager que les croyants et eux seuls. Si la promotion de l'égalité est une violence, alors le triptyque républicain en est une. Quant aux droits de l'homme d'abord proclamés en Europe, ils proviennent de la théorie du droit naturel, elle-même inspirée de l'humanisme de la philosophie antique et notamment de l'universalisme stoïcien, et non du christianisme. Si on veut à tout prix évoquer les racines, il faut les citer toutes, et de façon équitable.

    Une faute culturelle. Toute valorisation unilatérale d'une civilisation implicitement assimilée à une religion dominante risque de déboucher sur une logique de choc des civilisations et de guerre des dieux. Il n'est pas judicieux de revenir ainsi à une conception de la nation ou d'un groupe de nations qui exalterait un particularisme religieux, au lieu de mettre en valeur les conquêtes du droit, souvent à rebours des traditions religieuses. Comment des peuples ayant vécu avec des choix religieux différents peuvent-ils admettre un tel privilège pour ce qui n'est qu'un particularisme, alors que ce qui vaut dans un espace politique de droit c'est justement la portée universelle de conquêtes effectuées souvent dans le sang et les larmes ?

    Si l'Europe a une voix audible, ce n'est pas par la valorisation de ses racines religieuses, mais par celle de telles conquêtes. La liberté de conscience, l'égalité des droits, l'égalité des sexes, toujours en marche, signent non la supériorité d'une culture, mais la valeur exemplaire de luttes qui peuvent affranchir les cultures, à commencer par la culture dite occidentale, de leurs préjugés. Simone de Beauvoir rédigeant Le Deuxième Sexe pratiquait cette distanciation salutaire pour l'Occident chrétien. Taslima Nasreen fait de même au Bangladesh pour les théocraties islamistes. La culture, entendue comme émancipation du jugement, délivre ainsi des cultures, entendues comme traditions fermées. Assimiler l'individu à son groupe particulier, c'est lui faire courir le risque d'une soumission peu propice à sa liberté. Clouer les peuples à des identités collectives, religieuses ou autres, c'est les détourner de la recherche des droits universels, vecteurs de fraternité comme d'émancipation. Le danger du communautarisme n'est pas loin.

    La laïcité, sans adjectif, ni positive ni négative, ne saurait être défigurée par des propos sans fondements. Elle ne se réduit pas à la liberté de croire ou de ne pas croire accordée avec une certaine condescendance aux «non-croyants». Elle implique la plénitude de l'égalité de traitement, par la République et son président, des athées et des croyants. Cette égalité, à l'évidence, est la condition d'une véritable fraternité, dans la référence au bien commun, qui est de tous. Monsieur le Président, le résistant catholique Honoré d'Estienne d'Orves et l'humaniste athée Guy Môquet, celui qui croyait au ciel et celui qui n'y croyait pas, ne méritent-ils pas la même considération ?

    Texte trouvé sur: http: //www.gaucheavenir.org/


    Allemagne : la gauche ressuscite

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    « La social-démocratie est de retour ! » a hurlé Andréa Ypsilanti, tête de liste du SPD, à l’annonce du résultat des élections régionales de Hesse (Francfort). Cette « gauchiste », hier tant raillée par Gerhard Schröder, a infligé un cinglant revers au porte-voix des durs du Parti conservateur : Roland Koch, baron d’Angela Merkel. En Hesse, laboratoire des élections nationales de 2009, les deux partis sont désormais à égalité. Mais Koch a perdu 12 points pendant qu’Ypsilanti en a gagné 8. Par miracle ? Tout simplement en défendant le tournant à gauche de son parti, ici comme dans toute l’Allemagne : instauration d’un salaire minimum universel et lutte contre la pauvreté. En face, la droite a fait chou blanc avec une campagne xénophobe.

    Après deux ans de déprime, la gauche allemande relève donc la tête. D’autant que le parti né en 2005 d’une fusion entre les ex-communistes est-allemands et les déçus de la social-démocratie de l’Ouest – baptisé carrément La Gauche – a réussi sa percée. Un tabou brisé. Dix-sept ans après la réunification, cette vague venue de l’Est a enfin déferlé vers l’Ouest : « Nous pouvons entrer dans n’importe quel parlement. Notre formation a désormais une envergure nationale ! » pavoisent les militants. Double victoire donc pour tous les partis de gauche, même s’ils sont encore bien loin de s’unir, les anciens communistes hérissant toujours l’électorat modéré. Et surtout, une sacrée leçon : c’est en redevenant elle-même que la gauche reconquiert le cœur de l’électorat.

    Pour la chancellerie, ce coup de semonce sera difficile à gérer. Le pseudo-consensus qui régnait au sein de sa « grande coalition » risque de voler en éclats. Le scrutin conforte la stratégie de Kurt Beck, président du SPD, qui veut défendre plus fermement le partage des fruits de la croissance. Et puis, Angela Merkel doit affronter la fronde de ses propres troupes qui fustigent sa politique de compromis. « Madame Merkel suit une politique de gauche qui n’est plus supportée par l’électorat conservateur de base ! » tempête Josef Schlarmann, patron des entrepreneurs conservateurs. Bref, droite ou gauche, les électeurs allemands, comme les autres Européens, ne veulent pas qu’on les trompe sur le produit!

    Marianne - Thomas Schnee - février 2008 (Extrait de Marianne)



    La ville américaine de Cleveland déclare la guerre aux banques
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    La ville américaine de Cleveland (Ohio, nord), étranglée par la crise immobilière, est partie en croisade contre les banques, auxquelles elle veut faire assumer le coût social et économique de l'éviction de leurs maisons de milliers de ses citoyens. Le maire Frank Jackson accuse 21 banques et organismes de prêts hypothécaires d'être à l'origine des difficultés actuelles de la ville, où le nombre de saisies de logements est passé de 120 en 2002 à 70.000 en 2007. "Le subprime a défiguré ma ville et perturbé l'ordre public. Il menace d'instabilité aujourd'hui des quartiers fragiles", argumente-t-il. "Ce modèle d'emprunt -- avec taux d'intérêt initial bas pour attirer le client et qui double ou triple ensuite -- était inapproprié pour les gens aux emplois précaires, comme c'est le cas ici. Mais les banques s'en foutaient, l'argent était trop bon. Elles ont largement profité de notre misère. Il est temps qu'elles payent", tonne-t-il, dans un entretien à l'AFP.

    Ancienne ville industrielle située sur les rives du lac Erié, Cleveland a vu sa population fondre en quelques décennies de 950.000 à 450.000 habitants, au rythme des vagues de licenciements et de délocalisations. Elle est devenu le symbole des dégâts causés par la crise du subprime, dans un pays où 2,1 millions d'emprunteurs ne sont pas à jour de leur remboursement immobilier. La municipalité demande aux banques une centaine de millions de dollars de dommages pour couvrir le coût des démolitions de bâtiments abandonnés, des travaux d'entretien des jardins, des frais engagés pour renforcer la sécurité autour des maisons vides, devenues le logis des trafiquants de drogue et des squatters, et pour combler le manque à gagner dû à la perte des taxes d'habitation.

    La municipalité de Baltimore (Maryland, nord-est) a engagé une procédure analogue. "Ce sont eux (banques et organismes de prêt) qui nous ont mis dans cette situation désastreuse: montée de l'activité du crime organisé dans les quartiers désertés, perte de la valeur des biens. S'ils n'avaient pas utilisé ces prêts, tout ceci ne serait pas arrivé", s'emporte M. Jackson. Contactées par l'AFP, certaines banques se disent prêtes à contester ces accusations (Citigroup), quand d'autres affirment les comprendre (JP Morgan). "C'est un peu le combat de David contre Goliath. Imaginez, une petite ville comme nous contre Wall Street", relève de son côté Michael Polensek, conseiller municipal, en soulignant ses propos de grands gestes. S'ils soulignent la portée symbolique de l'action de la municipalité, juristes et associations sont sceptiques quant à son issue. "C'est ambitieux, mais elle ne va pas aboutir car les banques n'ont pas enfreint la loi. Ce qu'elles ont fait était tout à fait légal", explique Kathy Hessler, professeur de droit à la Case Western Reserve Law School de Cleveland. "Mais peut-être que là n'est pas le plus important", indique-t-elle. "Comment poursuivre des compagnies qui ont fait faillite, certaines n'existent même plus", sourit Mark Seifert de l'association d'aide aux victimes Esop. "Tout ceci est guidé par des visées politiques. Ca fait deux ans que nous avons alerté le maire. Deux ans que nous essayons d'attirer son attention sur ce qui se passe, rien. Aujourd'hui, comme les conseillers municipaux sont en train de lui dire +regarde comment nos quartiers sont en train d'être décimés+, il feint de réagir", lance l'animateur social.


    Quelle est la situation sur le terrain en Palestine ?

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    La vérité que vous ne voulez pas entendre
    Par Mustafa Barghouti

    (Cette interview réalisée en 2005 reste d’actualité même si Sharon reste plongé dans son coma. Elle résume, à elle seule, ce que représentent 60 années d’occupation.) 

    Les Palestiniens doivent être libérés de la longue souffrance endurée à travers 600 années d'occupation étrangère, 58 années de dépossession et 38 années d'occupation militaire, laquelle est devenue la plus longue de l'histoire moderne.
    Mustafa Barghouti est secrétaire-général du PNI (Palestinian National Initiative)

    La version israélienne qui continue de dominer les moyens d'information internationaux en donnent une image qui n'a rien à voir avec la réalité. Le redéploiement à Gaza a été présenté comme l'ébauche d'un processus de paix, comme une grande retraite du général Sharon, lequel a été alors présenté comme un homme de paix. Mais le fait subsiste aujourd'hui que la Palestine s'étend sur 27 000 kilomètres carrés, que la Cisjordanie n'en constitue que 5 860, et la Bande de Gaza uniquement 360. Dans ce dernier cas, cela équivaut à 1,3 % du total de la Palestine historique.

    Ainsi, même si Sharon avait effectué un véritable retrait de Gaza, ceci ne représenterait que 5,8% des Territoires Occupés. Mais les Israéliens n'ont pas quitté Gaza. Beaucoup de bruit a été fait autour du grand sacrifice qu'aurait concédé Israël et combien pénible était ce départ pour les colons. Si vous occupez une terre et la conservez pendant 20 ans, bien sûr que cela devient pénible d'en partir, mais cela n'empêche pas que cette terre reste quelque chose de volé que vous devez restituer à ses propriétaires. Avant le redéploiement, un total de 152 colonies existait dans les Territoires Occupés : 101 en Cisjordanie, 30 à Jérusalem et 21 dans la Bande de Gaza.

    Ces chiffres n'incluent pas les colonies que Sharon et l'armée israélienne ont mises en place en Cisjordanie sans les reconnaître officiellement. Après le redéploiement et l'évacuation des colonies de la Bande de Gaza et de quatre petites colonies dans la zone de Jénine en Cisjordanie, 127 colonies restent en place.

    La population totale des colons -- illégalement installés en regard de la loi internationale et de l'avis prononcé par la Cour Internationale de Justice (CIJ)) qui stipulait que le mur de séparation et chaque colonie en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et à Jérusalem-Est devaient disparaître - atteint 436 000 personnes : 190 000 à Jérusalem et 246 000 en Cisjordanie. Seuls 8 475 colons, soit 2% du nombre total de colons illégalement installés dans les Territoires Occupés ont été déplacés de la Bande de Gaza et des environs de Jénine. Et durant la même période, la population dans les colonies en Cisjordanie a massivement augmenté avec 15 800 colons supplémentaires.

    Alors pourquoi retirer les colons de Gaza si le désengagement était simplement un exercice de redéploiement ?

    Premièrement, Israël n'a jamais réellement voulu maintenir ces colons sur place. C'était un objet de négociation à utiliser lorsque le temps serait venu de parler du futur des Territoires Occupés. Mais assurer la sécurité d'un relativement petit nombre de colons par une présence militaire constante dans la Bande de Gaza avait fini par être considéré comme trop coûteux.

    Deuxièmement, Israël avait déjà épuisé les ressources en eau de Gaza en captant l'écoulement de l'eau souterraine à l'Est de Gaza -- ce qui a eu pour résultat l'infiltration d'eau de mer dans la couche aquifère côtière --  et en surexploitant la nappe phréatique existante pour le compte des colonies israéliennes. En conséquence, les habitants de Gaza se retrouvent à utiliser de l'eau saumâtre, cause d'un taux élevé de maladies rénales. Le niveau maximum acceptable de chlore dans l'eau potable, selon les standards de l'Organisation Mondiale de la Santé, est de 250 milligrammes par litre. Dans plusieurs zones de la Bande de Gaza, le niveau de chlore est entre 1 200 et 2 500 milligrammes par litre.

    Un autre mythe répandu avec succès par Israël est que le redéploiement de ses colons signifierait la fin de l'occupation de Gaza. Aujourd'hui, la Bande de Gaza est occupée comme elle l'a toujours été. Ce qui a changé, c'est uniquement la structure de l'occupation. Libérés de l'obligation de maintenir une présence physique à l'intérieur de la zone pour « protéger » ses colons, il est maintenant plus facile pour les Israéliens, et moins coûteux, de contrôler la Bande de Gaza à distance en utilisant l'état de l'art de sa technologie militaire.

    L'armée israélienne est basée dans la zone d'Erez, au
    nord de Gaza. Depuis cet endroit, elle continue à occuper une bande de terre le long de frontière Est de Gaza sur une profondeur qui varie de 900 mètres à un kilomètre --  encore une fois, l'ensemble de cette zone ne fait que 360 kilomètres carrés -- et maintient son contrôle sur l'espace aérien de Gaza, sa côte maritime et ses eaux territoriales. Tous les points d'entrée et de sortie dans la bande de Gaza restent sous contrôle israélien, et c'est Israël qui décide si des centaines de malades qui ont besoin d'un traitement urgent sont autorisés ou non à quitter la Bande de Gaza. Malgré le dernier arrangement négocié par Condolezza Rice sur l'ouverture du poste-frontière entre Gaza et l'Egypte, Israël garde un complet contrôle sur le transit des marchandises et des biens et conserve son droit de superviser les déplacements des Palestiniens. Israël a largement abusé de ce pouvoir par le passé.

    Gaza reste une immense prison, et vouloir un développement économique dans un tel contexte est une plaisanterie. Notre inquiétude profonde est que le contrôle israélien sur Gaza aboutisse à terme à une séparation complète de la Cisjordanie, détruisant l'unité et les liens entre Palestiniens, et détruisant aussi le droit des Palestiniens à un Etat unifié dans le futur.

    Sharon exploite le redéploiement de Gaza, qui a été abusivement présenté comme une grande concession, pour imposer de façon unilatérale le futur de cette région. La construction de ce mur honteux et l'expansion des colonies vont ensuite aboutir à l'annexion de pas moins de 50% de la Cisjordanie, dont Jérusalem-Est, et à la destruction de toute possibilité de réaliser un Etat palestinien cohérent, viable et homogène.

    Le mur s'enfonce jusqu'à 35 kilomètres à l'intérieur de la Cisjordanie. Sa construction a déjà entraîné l'annexion de 9,5% des terres de la Cisjordanie. La surface expropriée pour les colonies ajoute encore 8% à ce total, tandis que la construction du mur à l'Est dans la vallée du Jourdain permettra à Israël d'annexer 28,5% supplémentaires de la Cisjordanie.

    Le mur est en train d'être construit à très grande vitesse, sans égard pour l'avis de la Cour Internationale de Justice. Il fera à terme près de 750 kilomètres de long : soit trois fois la longueur du mur de Berlin et deux fois sa hauteur. Plus de 1 060 000 arbres -- avant tout des oliviers -- ont été déracinés par les bulldozers israéliens en Cisjordanie. Ce mur n'est pas construit sur le territoire israélien, ni sur les frontières de 1967, mais à l'intérieur des Territoires Occupés, séparant les Palestiniens les uns des autres, et non pas les Palestiniens des Israéliens comme le proclame Sharon.

    Ce mur va aussi isoler pas moins de 250 000 Palestiniens à Jérusalem. De 50 à 70 000 autres Palestiniens disposant d'une carte d'identité de Jérusalem seront bloqués en dehors du mur et resteront interdits d'accès, perdant alors l'accès aux services éducatifs et de santé de la ville. Ceci est le début d'un processus qui s'achèvera par la confiscation de leurs cartes d'identité et les obligera à s'expatrier de la zone de Jérusalem à laquelle ils appartiennent.

    A certains endroits, le mur coupe des maisons en deux. A Jérusalem, près d'Anata, le mur coupe l'aire de jeu et les terrains d'une école de l'école elle-même. Dans la ville de Qalqilya, 46 000 personnes sont encerclées par le mur dans toutes les directions, laissant un seul passage, une route de 8 mètres de large avec une porte à travers laquelle ils doivent passer. Les soldats israéliens disposent de la clé de cette porte, et peuvent couper la ville du restant du monde comme bon leur semble.

    Un permis, quasiment impossible à obtenir, est requis pour traverser le mur. Et même si vous arrivez à obtenir ce permis, vous devez encore tenir compte des horaires d'ouverture très malcommodes. A Jayous, vous pouvez traverser entre 7 h 40 et 8 h 00, entre 14 h et 14 h 15 et entre 18 h 45 et 19 h, soit un total de 50 minutes par jour. Parfois l'armée israélienne « oublie » d'ouvrir les portes, et les enfants des écoles, les enseignants, les agriculteurs, les malades et autres personnes ordinaires sont abandonnés dans une attente à la durée indéfinie.

    Si le plan de partition des Nations Unies de 1947 avait été mis en ouvre, il y aurait deux Etats : un Etat palestinien sur 45% de la Palestine historique, et un autre israélien sur 55%. En 1967, l'état israélien s'étendait sur 78% de la Palestine historique. Ne restaient que la Cisjordanie et la Bande de Gaza ; les Palestiniens sont arrivés aux limites possibles avec la proclamation par le Conseil National Palestinien de la solution à deux états. Ceci représente un compromis sans précédent pour les Palestiniens car cela ne leur accorderait qu'à peine plus de 50% de ce que le plan de partage de 1947 leur attribuait.

    Ce qui a été proposé à Yasser Arafat par Ehud Barak à Camp David en 2000 n'était pas différent du plan de Sharon, dans la mesure où Barak voulait conserver la vallée du Jourdain, Jérusalem et une large proportion des colonies. Ayant précipité les Palestiniens dans la pire des situations qu'ils aient jamais connues sur le plan économique et humanitaire, Sharon a créé une situation où il agit en toute indépendance pour décider la tournure que prendrait n'importe quel « processus de paix ». S'il termine son mur et s'il réussit à imposer ses décisions unilatérales, son plan, tant apprécié par tant de dirigeants dans le monde, transformera l'idée d'un Etat palestinien en quelque chose ne pouvait être qualifié que de Bantoustan et de ghetto.

    Ici se trouve la vraie motivation derrière la construction du mur. Loin d'être construit pour des raisons de sécurité, il symbolise un plan prédéterminé par l'armée d'annexer les Territoires Occupés et de définir par avance l'aboutissement du si mal nommé « processus de paix ». L'armée israélienne à réimposé les bouclages et de sévères restrictions dans les déplacements en Cisjordanie, décrétant que les principales routes sont interdites aux véhicules palestiniens, avec l'exception de quelques transports publics. A l'opposé, ces routes sont destinées à l'usage des colons israéliens et de l'armée exclusivement, ce qui représente un acte de ségrégation que l'on n'avait même jamais vu dans la pire période de l'Apartheid en Afrique du Sud.

    Les Palestiniens ordinaires ne peuvent aller à leur travail, les femmes enceintes ne peuvent aller accoucher à l'hôpital, les malades en attente urgente de dialyse rénale ou de traitement pour une attaque cardiaque peuvent mourir chez eux sans avoir pu accéder à un hôpital, et l'économie palestinienne est totalement paralysée.

    Où est le processus de paix dans tout cela, et quand Sharon refuse de reconnaître la présence d'un partenaire palestinien ? Et qu'en est-il de l'idée d'une conférence internationale pour la paix ?

    Sharon clame qu'il n'y a pas de place pour des négociations à propos de Jérusalem, la vallée du Jourdain, les colonies, et qu'il décidera du futur de façon unilatérale sans aucune participation palestinienne ou internationale. Et s'il y a des négociations, elles se situeront entre la direction du Likoud et son aile encore plus réactionnaire représentée par Netanyahu, ou entre Sharon et les colons.

    Notre demande est que se tienne une conférence internationale pour la paix, dans laquelle la solution du conflit sera définie sur la base de la loi internationale, et où il sera tenu compte de l'avis de la Cour Internationale de Justice.

    Ce qui est en train de se produire sur le terrain, c'est un système d'Apartheid. Sur les 960 millions de mètres cubes d'eau produits en Cisjordanie, les Palestiniens ne sont autorisés à en utiliser que 109, soit environ 10% de ce qui est notre eau. Le reste va en Israël. En moyenne, un citoyen Palestinien en Cisjordanie n'est autorisé à utiliser que 36 mètres cubes d'eau par an, alors que les colons israéliens peuvent en utiliser 2 400. Nous ne sommes pas autorisés à nous servir de nos rues et de nos routes. Nous ne sommes pas autorisés à construire des maisons.
    Nous ne sommes pas autorisés à circuler librement. Notre Produit Intérieur Brut (PIB) par tête est inférieur à 1000 $ US alors que celui d'un israélien est supérieur à 20 000 $, et nous avons encore à acquitter des taxes et à supporter une union douanière qui nous oblige à acheter des produits aux mêmes prix que les Israéliens.

    Ceci est bien illustré par le grave déséquilibre des pouvoir sur le terrain, lequel ne peut être contrebalancé que par une intervention et par le support de la communauté internationale.

    Un des moyens de corriger cette situation est de faire ce qui a été réalisé avec succès en Afrique du Sud, c'est-à-dire imposer des sanctions. Un fait notable dans la situation actuelle est la coopération militaire avec Israël qui est le quatrième exportateur d'armes dans le monde. Nous voulons que cette coopération militaire cesse et que se développe un mouvement de désinvestissement et de gel des accords économiques jusqu'à ce qu'Israël applique la loi internationale et mette en ouvre les résolutions internationales.

    Les Palestiniens doivent être libérés de la longue souffrance endurée à travers 60 années d'occupation étrangère, 58 (60 en 2008) années de dépossession et 38 (40 en 2008) années d'occupation militaire, laquelle est devenue la plus longue de l'histoire moderne. Les israéliens eux-mêmes ne seront pas réellement libres tant qu'ils ne mettront pas un terme à leur oppression du peuple palestinien.

    Il arrive un moment dans la vie des peuples où l'injustice ne peut être supportée plus longtemps. Ce moment est venu pour les Palestiniens. Nous voulons être libres, et nous le serons.


    Indonésie :
    Suharto, grand comme Pinochet

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    La mort d’un ancien chef d’Etat fait toujours couler des larmes, plus ou moins sincères. Alors, quelques-uns sanctifient Mohamed Suharto, qui dirigea l’Indonésie d’une main de fer pendant trente -deux ans, avant d’être renversé pour avoir détourné plus de 40 millions de dollars !

    Selon Washington, Suharto est « Une figure historique qui a laissé une empreinte durable sur l’Indonésie et la région du Sud-Est asiatique ». Et quelle empreinte ! En 1965, il est entré dans l’histoire en dirigeant la répression contre les communistes indonésiens que Mao avait, il est vrai, incité à renverser son prédécesseur, le président Sukarno. Organisant systématiquement les massacres, village par village, Suharto fit assassiner 500.000 communistes ou supposés tels. Il suscita aussi des émeutes contre la communauté chinoise, pourtant peu suspecte de maoïsme. Dix ans plus tard, Suharto envahit l’ancienne colonie portugaise du Timor-Oriental. Bilan ? Deux cent mille morts. En fait de « figure historique », Suharto aura été, au long de son règne, le plus sanguinaire des dictateurs, emprisonnant et torturant les opposants, et répondant à tout soulèvement par le massacre. Il méritait donc d’être salué par les Américains, au même titre que Franco et Pinochet, qui assurèrent, comme lui, la stabilité de leur pays en remplissant les fosses communes.

    Il faut croire que les cadavres d’Indonésie n’ont pas la même odeur que ceux du Cambodge, de l’URSS et de l’Allemagne, pays dont la stabilité fut remarquable sous Pol Pot, Staline et Hitler !

    Marianne – Guy Konopnicki – février 2008

     

  • Nouvelles n° 120 ( 2 ème partie)

    Bye Bye Wallonie ?

     

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    Le 13 décembre 2006, à une heure de grande écoute, la RTBF diffusait une œuvre de fiction réalisée et interprétée – dans leur propre rôle – par des journalistes « maison », avec la participation exceptionnelle de quelques acteurs politiques, du reste pas tous fréquentables.

    Cette date doit rester graver comme un moment charnière de l’histoire nationale tant le téléfilm de Philippe Dutilleul a suscité l’émoi. Il s’apparente ainsi à « La Muette de Portici », l’opéra d’Auber représenté à La Monnaie pour le 59e anniversaire de Guillaume d’Orange contre qui se seraient levés des spectateurs bruxellois au moment de l’air « Amour sacré de la patrie ». Ils donnaient ainsi le signal du soulèvement qui mènera à l’indépendance de la Belgique. Le téléfilm ertébéen, 176 ans plus tard, met en scène de semblables réactions. Cette fois-ci totalement virtuelles !

    Et pourtant, le trouble que suscita cette diffusion fut si profond que l’œuvre elle-même mériterait d’être mieux analysée. Il révélait un attachement insoupçonné d’autant de Wallons et de Bruxellois à l’unité du pays. L’ampleur de cette émotion était relativement peu prévisible compte tenu de l’expression répétée des urnes en Flandre qui conduit ce « néo-belgicanisme » dans une impasse politique.

    De la même façon, les funérailles de Baudouin à l’été 1993 avait surpris par la traduction inattendue d’un engouement médiatique ou populaire pour la monarchie.

    A 13 années d’intervalle, ces « événements » de nature différente ont dans tous les cas traduit une profonde transformation de la sociologie wallonne marquée au lendemain de la guerre par les questions « royale », « scolaire » et sociale avec la grande grève de l’hiver 60. Cette mutation apparaît si radicale qu’on peut se demander si le 13 décembre  ce n’est pas moins la fin de l’Etat belge qu’aurait annoncé la RTBF que l’évaporation… d’une identité wallonne.

    La Wallonie apparaît aujourd’hui orpheline d’un projet qui la distingue. Sa classe politique a pour ambition majeure (et légitime !) de rattraper son retard de développement dans un cadre en extinction : la Belgique fédérale. Ce programme se révèle dans une approche régionale très économétrique qui ne constitue pas un projet identitaire particulièrement « sexy ». Comparez-le, par exemple, à la puissante affirmation selon laquelle « Sont Wallons les gens de Wallonie » ! Cette définition qui fut, à l’antipode de toute tentation nationaliste, un étendard pour de régionalistes aujourd’hui volontiers « ringardisés ».

    Dans la bouche des responsables politiques qui en émanent, la Wallonie semble éteinte. Morte ? Ils lui ont substitué un concept hérité, celui d’une langue maternelle. Nous ne serions plus que francophones? Et pour comble, s’affirmer sans complexe Wallon, résonnerait aujourd’hui comme une rupture de solidarité, comme un repli, un égoïsme ?

    La note récemment déposée et présentée au groupe « Busquin-Spaak » par le professeur de droit constitutionnel de l’ULB, Marc Uyttendaele, s’inscrit dans cette évolution. Bien sûr reconnaît-elle encore la force de l’identité régionale, qu’elle soit bruxelloise ou wallonne. Mais dans la nouvelle architecture institutionnelle qu’il défend, c’est la Wallonie qui disparaîtrait comme autorité fédérée sur l’autel de la simplification du paysage. Bien sûr se verrait-elle garantir une « autonomie clairement affirmée » mais dans le cadre d’une « autorité de Wallonie et de Bruxelles ». Ainsi la Wallonie n’existerait-elle plus que par soustraction.

    La réflexion d’Uyttendaele a le mérite de mettre le doigt sur l’obsolescence du concept de « Communauté » et de proposer la régionalisation totale des matières personnalisables. Soit. Mais maintenir une structure avec un parlement de 94 membres et un gouvernement de combien de ministres pour gérer… l’enseignement et la culture, est-ce bien raisonnable ?

    Le professeur fonde son argumentation sur le souci pour les francophones de « s’exprimer d’une seule voix dans le dialogue avec les Flamands ». Mais c’est malheureusement déjà le cas ! Les Wallons et les Bruxellois, en défendant un fédéralisme construit au départ des Régions, gagneraient à voir leurs intérêts défendus dans une négociation à trois plutôt que dans un dialogue de communauté à communauté. Et la nécessaire solidarité gagnerait à s’exprimer dans le respect de chacun.

    Me Uyttendale défend au contraire un concept sympathique de « citoyenneté culturelle »  qui serait en réalité le trait d’union entre ces francophones. Cette fausse « bonne idée » - outre l’ambiguïté même d’une citoyenneté extraterritoriale et désarticulée de toute géographie - a pour conséquence de continuer à priver la Wallonie d’un enseignement ancré sur ses réalités économiques, sur son histoire sociale et sur un projet d’avenir propre.  Ainsi que d’une culture enracinée de la même manière. Quelle solidarité garantirait ce prix exorbitant dès lors que la Wallonie doit pouvoir gérer ces compétences mal logées à la Communauté, simplement pour consolider et asseoir son propre développement?

    Jean-Claude Vandermeeren, Secrétaire général de la FGTB wallonne


    Jo-Wilfried Tsonga : à peine riche et déjà évadé fiscal
    Pierre Eyben

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    J’ai déjà eu dans un précédent article paru dans le JDM (Johnny et Justine : citoyens attristants mais icônes médiatiques intouchables) l’occasion de dénoncer l’attitude bien peu citoyenne de certains sportifs telle la néo-monégasque Justine Henin.

    Vu la différence de pureté entre le revers de « Juju » et le mien, je n’améliore pas ma cote en montant à la volée face à cette idole nationale. Mais il me semble utile d’un minimum briser le soap opéra hagiographique qui est diffusé en boucle par les médias. Ces sportifs reçoivent durant toute leur jeunesse un encadrement de qualité financé par la collectivité. Une fois arrivés au sommet, il est donc insupportable de les voir refuser égoïstement de rendre un minimum à la collectivité ce qu’elle leur a offert.

    Face au bourrage de crâne sur une prétendue « rage taxatoire », il faut raison garder et bien admettre qu’au regard des sommes astronomiques qu’elle gagne, la fiscalité belge concoctée par Didier Reynders (pas d’impôt sur la fortune, tranches supérieures de l’impôt supprimées,…) ne risque pas de mettre Justine Henin (ni les autres sportifs belges de renom qui ont choisi de résider dans des paradis fiscaux) sur la paille. Ni leurs enfants, ni les enfants de leurs enfants, ni…

    Cette fois, je voudrais m’attaquer à un morceau bien plus solide encore du fond de court. Il s’agit du tennisman français Jo-Wilfried Tsonga. En amoureux de ce sport, j’ai moi aussi apprécié le bonhomme, son jeu hors-norme, son look de Mohammed Ali, sa décontraction et puis l’avantage inégalable qu’il a de briser la monotonie des, déjà trop classiques, duels Nadal-Federer. Et puis ce matin, pan ! Un smash dans l’œil. Jo-Wilfried, à peine riche, vient d’acquérir une résidence en Suisse et souhaite y être imposé. Pas besoin de vous faire un dessin. Suivant l’exemple de ses compatriotes Amélie Mauresmo, Richard Gasquet, Fabrice Santoro, Cédric Pioline, Arnaud Clément ou encore Guy Forget, la nouvelle coqueluche du tennis français dit, elle aussi, « merde » à ses concitoyens et à son pays. On connaît la formule de Mohammed Ali, " Je vole comme un papillon et pique comme une abeille". Voilà deux verbes (voler et piquer) qui, ici, semblent prendre un autre sens.

    Certains croient percevoir dans une participation à la Coupe Davis ou aux Jeux Olympiques une véritable fibre nationale. Outre que je préfère la citoyenneté à la fibre nationale (qui n’est jamais loin du nationalisme bon-teint), je pense qu’il convient de démonter cette justification de circonstance. Etre citoyen, ce n’est pas disputer telle ou épreuve sportive pour son pays (comme d’ailleurs pour son palmarès), mais de se montrer concrètement (c'est-à-dire financièrement) un peu solidaire du système éducatif et sportif qui vous a permis de percer.

    Un peu de courage politique imposerait de refuser que celles et ceux qui choisissent l’évasion fiscale ne puissent représenter un pays auquel ils tournent si ouvertement le dos.

    En Belgique comme en France, les responsables politiques, trop soucieux d’assurer leur réélection et de ne pas heurter la vox populi (qui est à vrai dire une vox televisi), se contentent de sourire et de parader dans les travées des stades.


    « L’Europe  nourrit sa régionalisation »
    Par Régis Debray

    régions

    Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement. Le risque qui nous guette au premier chef :  la balkanisation.

    A notre invitation, Régis Debray a fait le voyage de Paris, mardi matin, afin d’assister à notre réunion de rédaction, d’où il a commenté l’actualité du jour.

    Un regard français sur la belgitude en déshérence ? Modeste, notre visiteur confesse qu’il ne maîtrise pas les subtilités du débat belgo-belge, ou flamando-francophone. Après quelques explications de notre part, le philosophe discerne toutefois, dans nos turpitudes, le paradigme d’un phénomène plus universel.

    « Ce qui se passe en Belgique me semble à la fois grave, symptomatique et annonciateur d’un futur commun, attaque-t-il. Les temps modernes ne sont pas ce que Charlie Chaplin avait prévu dans son film : nous ne sommes pas des moutons sortant du métro pour se rendre en troupeau à l’usine. Le troupeau se fragmente de plus en plus. En fait, il n’y a plus de troupeau. Il n’y a dons plus de guide, ni de pasteur : il y a des réseaux, des réseaux de minorités culturelles. Le XXIe siècle sera l’époque des minorités culturelles. Le grand risque ne sera donc pas la dictature de la majorité, mais la dictature des minorités. Et cela, ce n’était pas prévu ! Tocqueville est un peu pris à revers … »

    Selon Régis Debray, c’est la mondialisation technico-économique qui provoque cette balkanisation politico-culturelle : « Plus le monde s’unifie d’un point de vue technique, plus il se diversifie culturellement ». Ce phénomène contredit à la fois le « village global » cher à Mc Luhan et l’idéal néolibéral du « global shopping center », mais emporte dans la même vague la prophétie marxiste de la « République socialiste universelle ». Tout cela n’étonne cependant pas outre mesure le médiologue : « Je l’avais écrit dès les années 70 », glisse-t-il.

    « En ce sens, enchaîne-t-il, ce qui arrive à la Belgique se produit et se produira sur toute la planète. Chez vous, la visibilité de la crise apparaît plus forte qu’ailleurs, car Bruxelles reste le centre de l’Europe. Au fond, la construction de l’Europe nourrit sa régionalisation et même, favorise la résurgence des séparatismes. En ce sens, l’Europe peut être considérée autant comme un facteur de division que comme facteur d’unification. Le rêve fédérateur européen est en tout ces en crise. »

    Régis Debray étaye son raisonnement en évoquant le problème linguistique, sorte d’hologramme de nos réformes de l’Etat successives : « La langue représente quelque chose de plus fondamental qu’on ne croît, affirme-t-il. La langue n’est pas une superstructure, mais une infrastructure, comme la religion. Ceux qui ont construit l’Europe ont voulu l’ignorer. Ils ont conçu l’Union comme une entité centripète … et on la découvre centrifuge, où les extrêmes montent en puissance. A la limite, on en arrivera à l’Europe des régions, comme si l’on se retrouvait au XIVe siècle. L’histoire n’est pas circulaire, mais elle avance en spirale : elle repasse par les mêmes plans …

    Une chose est sûre : une Europe atomisée subit le lien de subordination vis-à-vis de la puissance étrangère la plus forte ». Traduisez : les USA

    Lesoir.be


    Les TEC bradés à la France
    Le Pan » Blog Archive » 

    Tec

    C’est l’histoire d’un apparatchik socialiste qui contrôle tout le secteur du transport routier public et privé en Région wallonne. Et vend les bijoux de famille à un holding français. Non sans intérêt…

    Roi du cumul
     
    Sa liste de mandats laisse pantois : rien que dans le domaine des transports routiers, Phlypo est administrateur général de la SRWT (Société régionale wallonne des Transports) et donc administrateur des cinq sociétés régionales d’exploitation des TEC, vice-président de l’UBTCUR (Union belge des transports en commun urbains et régionaux), membre du comité de direction et de gestion de l’UITP (Union internationale des Transports publics) et président d’Eurobus holding (voir infra). Hors route, il est aussi administrateur à la SOWAER (Société Wallonne des Aéroports), au Port autonome de Liège et à Euro Liège TGV.

    Enfin, ce sympathique cumulard est aussi président de la SA Terranova (tri et recyclage de déchets) et, cerise sur le gâteau, échevin PS de la commune de Blégny, dont le bourgmestre est le très daerdenien Marc Bolland, fils de l’ancien gouverneur de la province de Liège. Ouf(ti) !

    L’ayatollah de Blégny

    Jean-Claude Phlypo est surtout connu – et craint – en principauté liégeoise : dernier chef cab d’André Cools, il a apparemment hérité de la morgue du Maître de Flémalle, « mais pas de son charisme », analyse un mandataire qui le côtoie souvent. Un autre ajoute : « Plus grossier que ça, on ne saurait pas, par exemple en matière d’humour trivial ». Celui qu’on surnomme « L’ayatollah Khomeiny » est réputé pour sa très grande maîtrise des dossiers mais aussi pour son manque d’ouverture, notamment au dialogue. Certains se souviennent de l’avoir vu, en direct sur Mise au point en 2001, engueuler copieusement et en toute impunité un ponte de la FGTB. Aux conseils d’administration des TEC, même topo avec les délégués syndicaux ou les opposants : quand ils mouftent, l’insulte n’est jamais loin. Un vrai socialiste old school…

    Syndrome Sotegec

    Jean-Claude Phlypo est donc administrateur général de la para-régionale SRWT (faîtière des TEC), et président d’Eurobus holding, leader privé du marché belge des transports par bus qui réalise 62% de son activité (chiffre d’affaires de 109 millions d’€) en… louant ses bus aux TEC et à De Lijn, dont il est le premier prestataire de services ! Cerise sur le gâteau, Jean-Claude ramasse les liards des deux côtés. En 2005, le périodique Solidaire estimait son salaire mensuel net à plus de 23 000 €, dont annuellement 300 000 à la SRWT et 200 000 chez Eurobus. Ce dernier chiffre est contesté par Marc Renouprez, ex-associé du bureau de révisorat de… Michel Daerden et s’exprimant pour le groupe Eurobus : « C’est tout à fait faux, il gagne beaucoup, beaucoup moins ». Ce n’est évidemment pas Isabelle Mewissen, directrice des TEC Liège-Verviers, qui va s’en émouvoir : elle est madame Phlypo à la ville…

    Le jackpot Keolis

    Eurobus a un homologue outre-Quiévrain : Keolis, filiale à 45,5% de la SNCF et premier opérateur privé de transport public en France, qui emploie plus de 30 000 personnes et réalise un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’€. Le 14 janvier dernier, Keolis se rendait propriétaire du pôle flamand d’Eurobus (devenu Keolis Vlaanderen) et de 71% des actions d’Eurobus holding en Wallonie et à Bruxelles, avec option pour le rachat des 29% restants, toujours entre les mains de la SRWT. Par ce rachat, Keolis devient aussi premier opérateur privé de transport public en… Belgique ! Le ministre de tutelle, André Antoine, n’a rien vu venir. D’autant que la reprise n’apparaissait pas vraiment comme une affaire juteuse : on parlait même d’une prochaine introduction en bourse d’Eurobus ! A ce propos, Marc Renouprez explique que « dans toute entreprise qui se développe, la question d’une introduction en bourse se pose à un moment. Mais ça n’a pas dépassé le stade de l’étude ». Soit, désormais donc, les marges bénéficiaires dégagées sur le ticket de TEC payé par les utilisateurs – qui n’ont pas vraiment des salaires comparables à celui de Monsieur Phlypo – vont voler directement dans la caisse d’une boîte privée française ! Et qui épongera l’éventuel déficit des TEC en fin d’année ? Le sous-traitant Keolis ? Que nenni : le contribuable wallon !

    Un rachat complice

    Le rachat par Keolis n’a rien d’une OPA, que du contraire. Si Phlypo a laissé la France s’emparer de la majorité du transport public routier de Belgique, c’est en parfaite intelligence – il aurait d’ailleurs pris connaissance (et piqué les idées) de l’étude de marché réalisée par Keolis. Proche de la retraite, Jean-Claude pourra bientôt dire au revoir à ses mandats publics. Certains le soupçonnent de viser un poste de direction au sein de Keolis. Et s’interrogent : au moment où le nouveau leader européen, profitant de son option et poussé par les réglementations européennes, achètera les 29% restants, Jean-Claude ne risquerait-il pas de faire passer ses intérêts privés avant ceux de la SRWT pour laquelle il négociera en première ligne ? « Vendra-t-il les actions de la SRWT à bas prix contre un salaire bien juteux ? », résume ce spécialiste des transports…

    Comment prévenir ce risque ?

    Dans l’entourage de Phlypo, on assure que « pour tuer la bête, il faut tuer ceux qui refusent de la chasser ». Chaud devant !


  • Nouvelles n° 120 (1 ère partie)

     Contrer la hausse du coût de l’énergie tout en pensant à la planète : TVA variable par tranches ?  

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    Voici un billet que je souhaiterais contributif et qui aborde la question de la hausse du coût de l’énergie. Il s’agit d’une réflexion non aboutie et je me dis qu’en la partageant avec vous, nous pourrions peut-être la faire avancer un peu.
    Pierre EYBEN

    Le prix des énergies fossiles ne cesse de croître. Cela a des répercutions majeures sur la facture énergétique des ménages les plus modestes [1] qui ont dès lors d’énormes difficultés à assumer leurs factures. Cette année, l’hiver est doux et le problème est moins prégnant. Toutefois, il se reposera avec acuité dès l’automne 2008. C’est donc aujourd’hui qu’il convient de réfléchir et de prendre des mesures.


    A ce jour, deux solutions ont été lancées par la gauche : d’une part un chèque énergie et d’autre part une réduction de la TVA sur le mazout, le gaz et l’électricité.


    Le chèque énergie est une idée qu’émet la FGTB, il s’agirait d’étendre le concept du chèque mazout au gaz et à l’électricité. La prime octroyée serait décroissante en fonction des revenus. Cette mesure à l’avantage de ne pas être un cadeau « pour tous » mais de toucher exclusivement les personnes les plus modestes qui en ont réellement besoin. Elle pourrait être financée via un impôt sur les bénéfices des opérateurs du secteur de l’énergie et en particulier d’Electrabel. Sous sa forme actuelle, le principe des chèques à toutefois tout de « l’aumône » et non de la solidarité véritable. La procédure pour obtenir les chèques est lourde est à certains égards vexatoire. Il s’agirait donc de passer à 
    un principe d’octroi automatique et proactif.

    La seconde proposition consiste en une réduction de la TVA à 6% sur ces mêmes produits. Le parti socialiste reprend aujourd’hui cette proposition. L’avantage de cette mesure est qu’elle permet de réduire la TVA qui est en soit l’impôt le plus injuste puisqu’il touche de façon non différenciée riches et pauvres. Elle présente toutefois au moins deux inconvénients importants. Le premier est qu’elle ne produit des effets qu’à la marge.


    Entre janvier 2004 et aujourd’hui, le mazout de chauffage a, par exemple, augmenté de plus de 130% [2]. La seconde est qu’elle est un cadeau proportionnel à la consommation et indifférencié socialement. En clair, les gros consommateurs (propriétaires de grosses maisons avec piscines,…) bénéficieront d’une remise plus importante [3]. Cet aspect est, il est vrai, en partie contrebalancé par le fait que le poste « énergie » représente pour les plus fortunés une proportion moindre que pour les ménages modestes. En chiffres absolus le constat demeure : c’est essentiellement un cadeau pour les plus fortunés.


    S’il y a urgence à agir et si chacune de ces mesures présente indéniablement des potentialités, elles présentent par ailleurs l’une comme l’autre un inconvénient majeur : elles ne s’attaquent pas à notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Or, avec la raréfaction des énergies fossiles (lesquelles sont encore très utilisées également pour la production d’électricité) couplée à la hausse de la demande, la hausse des prix va continuer et s’amplifier. Il faut donc penser à des mesures structurelles susceptibles d’alléger à court mais aussi long terme le portefeuille des familles modestes tout en contribuant à la réduction de notre consommation.


    C’est pourquoi il me semble utile de commencer à réfléchir à l’idée d’une TVA progressive par tranche. Concrètement, le taux de TVA sur la première tranche de consommation (que l’on pourrait situer aux alentours de 1000 litres par habitation et par an avec un facteur correctif en fonction du nombre d’occupants) serait baissé voir ramené à 0%, la TVA sur les consommations entre 1000 et 3000 litres serait maintenu à son niveau actuel et la TVA sur les consommations supérieures à 3000 litres serait fortement augmentée. Il s’agirait en l’occurrence d’aller au-delà du taux de TVA sur les produits de luxe (33%).


    Les divers niveaux repris ici le sont à titre indicatif. Cette proposition présente plusieurs avantages. Premièrement, elle permet de réaliser une opération neutre pour les caisses de l’Etat. Même s’il existe d’autres mesures fiscales (taxation des bénéfices boursiers, impôt sur la fortune,…) afin de renflouer les caisses de l’Etat au moment où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à assumer correctement ses missions de base comme la sécurité sociale, c’est important.


    Deuxièmement elle constitue un incitant clair à l’initiation d’un « cercle vertueux » en termes de consommation, c'est-à-dire: diminuer notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles non renouvelables. Il s’agit d’aider ceux qui consomment modestement et de pénaliser les gros consommateurs.


    Plus fondamentalement, moduler la TVA, c’est remettre en cause le principe injuste socialement d’une taxe à la consommation (même de ce qui est nécessaire) afin d’opter pour une taxe à la surconsommation, d’un incitant à la sobriété.


    Toutefois, il ne s’agit pas de pénaliser les locataires qui n’ont pas le contrôle sur l’isolation des bâtiments qu’ils louent par rapport aux propriétaires, ni les propriétaires modestes qui n’ont pas les moyens de réaliser certains travaux d’isolation par rapport aux plus nantis.


    Dès lors, il convient de jumeler deux mesures à cette TVA par tranche. La première est la mise en place d’un service de tiers-payeur pour préfinancer les travaux d’isolation et d’installation de sources d’énergies renouvelables (panneaux solaires, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur, mini-éoliennes,…) pour tous les propriétaires, y compris les plus modestes.


    Le système actuel des primes exclut de fait les personnes qui n’ont pas la possibilité d’avancer les sommes d’argent nécessaires et d’attendre le retour de primes.


    La seconde est le blocage des loyers en fonction des normes d’isolation. Concrètement, pour mettre en location un bien, il conviendrait de faire un audit énergétique et un prix maximum serait fixé en fonction du niveau d’isolation.


    Cette mesure, qui permettrait par ailleurs de mettre un frein à la hausse vertigineuse des loyers, permettrait d’inciter les propriétaires à effectuer des travaux d’isolation dans leurs bâtiments. Parallèlement, elle constituerait une aide aux locataires d’immeubles mal isolés en plafonnant leur loyer.

     
    Notes
    [1] D’autres facteurs comme la présence d’oligopoles et de monopoles privés dans un secteur qui n’est plus régulé jouent également un rôle important. Un exemple intéressant est celui de l’électricité. Celle-ci est pour partie produite à partir d’énergies fossiles. Toutefois la hausse constatée du coût de l’électricité est imputable également (sinon essentiellement) à la soif de profit de l’opérateur quasi monopolistique en Belgique, Electrabel. Rappelons que celui-ci a réalisé plus de 2 milliards d’euros de bénéfices en 2006.
    [2] Source :
    http://www.mazout-on-line.be/EvoPrix.asp.
    [3] Rappelons que c’est de l’argent qui ne sera plus disponible dans les caisses de l’Etat pour être redistribué.


    Quand la finance s’éclate: ambiance au bal des voyous

    grands-patrons

    Depuis la crise des subprimes américaines, les commentaires se multiplient sur les dégâts causés par un capitalisme qui serait devenu fou. Mais ce qui est en cause, ce sont les politiques de déréglementation menées depuis des décennies au nom de la liberté du marché. Et ce sont bien les salariés qui paient les crises à répétition dans la planète finance.
    MAURICE MAGIS


    C’est le quotidien financier français La Tribune qui l’annonçait à la mi-février : au pays de Sarkozy, le « réformateur » qui promettait une augmentation du pouvoir d’achat des ménages, les grands patrons sont les mieux payés d'Europe. Les PDG des 40 entreprises qui donnent le la à la Bourse ont vu leur rémunération augmenter de 40 % en 2007. Salaire, bonus divers et stock-options leur ont assuré un revenu moyen de 6,175 millions d'euros. Ailleurs, il n’y a pas de quoi trop se plaindre. Le boss britannique a perçu 5,85 millions en moyenne, et l’Allemand, 3,94 millions d'euros. Loin, tout de même, des 12,97 millions d'euros que gagne un grand patron américain. Entre les rémunérations des grands patrons et celles des salariés, l'écart est abyssal. Comme à l’accoutumée, devant ces chiffres choquants au regard des difficultés des familles modestes, les responsables politiques ont brodé sur les nécessités de « transparence » et de « régulation ». Le président allemand chrétien démocrate, Hörst Köhler, s'est inquiété d'une "crispation entre les entreprises et la société". Il a appelé  les patrons à se montrer responsables parce que «  leur attitude a des conséquences sur la cohésion de la société". Et le « débat » est aussi vite retombé. Et pourtant…


    Les salariés qui, eux, ne bénéficient guère des scandaleuses gratifications qui font le charme du big business, assistent périodiquement aux sautes d’humeur de Dame Finance. Ils sont priés de faire confiance aux éternels « spécialistes » qui leur expliquent que des centaines de milliards de dollars et d’euros se sont volatilisés dans l’éther, que c’est bien dommage et qu’il faudrait, peut-être, réfléchir à calmer le jeu. Le jeu ? « Si les dividendes et les profits augmentent plusv ite que la valeur ajoutée, alors leur part dans celle-ci augmente et la part des salaires diminue. Ce fut le cas au cours des trente dernières années, où les salaires progressèrent moins vite que la productivité du travail. L’Union européenne et le FMI viennent de confirmer que cette baisse représentait environ hui point de PIB » rappelait récemment un membre du conseil scientifique d’Attac (1). On comprend que les grands bénéficiaires de cette situation ne s’affolent pas trop des soubresauts boursiers ou de la gabegie financière, laissant gérer leur culpabilité par d’autres acteurs. Comme ce théoricien du capitalisme qu’est Alan Greenspan, l’ancien chef de la Réserve fédérale américaine. Il considérait récemment que le « découplage entre faibles progressions salariales et profits historiques des entreprises fait craindre une montée du ressentiment aux Etats-Unis et ailleurs, contre le capitalisme ». Cet orfèvre en matière de jeux financiers sait, comme le président allemand,  différencier l’accessoire – la précarité croissante des ménages – de l’essentiel – l’image de marque du système dominant, présupposé à l’abri de toute alternative. Mais ce monsieur qui dit maintenant « attendre quelque normalisation dans le partage du profit et des salaires » n’a pourtant guère joint le geste à la parole en matière de répartition des richesses quand il était aux manettes de la banque centrale américaine.


    Quelle « confiance » ?

    medef


    Comment le faire, d’ailleurs, sans une véritable « rupture », pour reprendre ce mot à la mode, qui mettrait en cause les privilèges des gros actionnaires et leurs rentes, et plus largement les exigences du capital financier ? Il y aurait d’ailleurs bien des raisons de la faire quand la finance mondialisée est secouée de spasmes incontrôlables, quand la machine à spéculer propage ses dégâts aux quatre coins de la planète. Il y a la crise étatsunienne des subprimes, ces prêts immobiliers à risque, qui, contagieuse, a vu les grandes banques centrales occidentales déverser en catastrophe des centaines de milliards d’euros d’argent public pour tenter de  « restaurer la confiance ». Mais personne ne se risque plus à évaluer l’ampleur d’un désastre qui, s’il a mis des centaines de milliers de familles américaines à la rue et dangereusement purgé les avoirs des établissements financiers, menace aussi de précipiter un cycle de récession aux Etats-Unis et dans le monde. Au point que nos doctes économistes libéraux misent désormais sur la capacité des économies asiatiques à prendre le relais du géant américain pour relancer la croissance. Un géant aux pieds d’argile. « Il s’agirait alors d’une nouvelle manifestation du déclin de l’Occident, présageant le déplacement prochain du centre de l’économie-monde des Etats-Unis vers la Chine. A ce titre, cette crise marquerait la fin d’un modèle » prophétise le directeur du Monde diplomatique (2). Alarmisme outrancier ? Le moment serait propice, en tout cas, pour mettre les choses à plat.
    L’affaire de la Société générale, en France, a levé, une fois de plus, le voile sur la dangerosité des paris boursiers tentés par les traders et le niveau d’irresponsabilité atteint par les banques. MM. Kölher et Greenspan ont raison de s’inquiéter : devant l’ampleur des scandales, les opinions ne peuvent que s’interroger sur la légitimité du système qui les engendre. Et il faudra plus que les habituels appels à la « moralisation » et le sacrifice de l’un ou l’autre trader, coupable d’avoir joué et d’avoir perdu, pour  remettre la finance à sa place, au service de l’économie réelle et des besoins sociaux.

    Libre concurrence et dérégulation


    Certes, les commentaires vont bon train depuis quelques mois pour fustiger un « capitalisme fou » et qui ne répondrait à aucune logique. La thèse est commode. Elle permet d’éviter le débat sur les mécanismes à l’œuvre. En France, on a entendu le porte-parole du parti de Sarkozy s’indigner : on ne peut pas « laisser les lois du marché agir sans contrepartie. »  Soit. Mais comment ne pas voir qu’une contradiction saugrenue se tapit dans une telle proposition ? Les « lois » en question, d’ailleurs non écrites, sinon dans l’airain de la « pensée unique », et telles qu’elles sont imposées depuis des années, vont de pair avec un discours politique qui, au nom de la « libre concurrence », prône précisément la dérégulation et la mise en pièce des éventuelles « contreparties » évoquées. Ainsi, les mêmes imposent au pas de charge un traité européen qui sacralise la toute puissance du marché tout en pourfendant désormais la spéculation et les « dérives du libéralisme ». Une cacophonie particulièrement perceptible d’une réunion de cinq des principaux dirigeants européens le 29 janvier à Londres. Angela Merkel, Gordon Brown, Nicolas Sarkozy, Romano Prodi, et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ont vanté, sans rire, une économie européenne « bien positionnée pour faire face aux défis engendrés par une incertitude mondiale accrue. » Ils ont bien souhaité plus de « transparence des marchés, des institutions et des instruments financiers. » Mais « tout en préférant les solutions de marché », ils ont refusé aussitôt une véritable re-régulation.


    Depuis les années 1980,  les chantres du libéralisme assurent que les politiques de privatisation et de déréglementation des marchés sont tout bénéfice pour l’économie. Une vision sèchement démentie par les faits. L’inégalité est patente dans la répartition des profits entre capital et travail, entre dividendes et investissement productif. Les établissements financiers, qui se livrent à de dangereux jeux spéculatifs, se montrent de plus en plus restrictifs à l’égard des entreprises désireuses d’investir, et singulièrement des PME. Depuis le milieu des années 1970, le marché des produits dérivés a connu un essor spectaculaire par rapport au marché des obligations et des actions (3).


    Méthode Coué

    sg


    Partout, l’heure des comptes se met à sonner : engagés aux États-Unis sur les fameux prêts immobiliers, plusieurs établissements financiers allemands ont déjà présenté de lourdes pertes ; une grande banque britannique, la Northern Rock, a frôlé la faillite, n’évitant le naufrage que grâce à l’injection de 25 millions de livres d’argent public ; et en France, la Société générale, en plus de l’ardoise phénoménale laissée par un jeune trader, avoue avoir brûlé deux milliards d’euros dans les subprimes. Malgré les appels au calme de nos élites, les prévisions de croissance pour cette année sont revues à la baisse dans toute l’Europe.

    Les gouvernements tentent de rassurer en prétendant que les « fondamentaux » de l’économie sont bons. Méthode Coué ? Depuis l’été, la Banque centrale européenne a injecté plus de 350 milliards d’euros de liquidités pour que les banques du Continent puissent faire face à leurs obligations.

    Selon l’économiste et syndicaliste français, Jean-Christophe Le Duigou, « En privé, on sait très bien que les plus hauts responsables, soit français, soit européens, ont une autre vision des conséquences de la crise que celle qu’ils affichent. Ses conséquences sont considérables. Pour l’instant, elles se mesurent à l’aune d’une centaine de milliards de dollars de capital qui s’est, du jour au lendemain, évanouie dans la première phase de la crise de l’endettement. Mais, à terme, c’est cinq à sept fois ce volume qui, aux yeux des financiers, doit se diffuser dans toute l’économie. Et là, la question est de savoir qui va supporter le coût de l’effacement de ces 500 à 700 milliards de dollars. Est-ce que, une fois de plus, les salariés, la consommation, vont, finalement, payer pour ces désordres monétaires ?(4) »

    Le thème de la transparence des marchés financiers revient sur la table à chaque crise. Mais les scandales dont il est de bon ton de s’offusquer ne prennent-ils pas leur source dans une politique européenne qui vise expressément le développement des marchés financiers ? Elle se traduit d’ailleurs dans la mission dévolue à la Banque centrale européenne (BCE)  dont « l’objectif principal » déclaré est « la stabilité des prix ». Soit moins assurer le pouvoir d’achat  des ménages (voir ci-après : «Europe : le grand retour de la question salariale ») que d’assurer la meilleure rentabilité aux capitaux, au détriment des salaires et des investissements.  Cette politique, comme l’interdiction de « toutes restrictions aux mouvements de capitaux », est inscrite dans le projet de mini-traité européen que notre gouvernement « de transition » entend ratifier sans débat public. Comme l’écrit l’économiste Jacques Cossart, (Attac-France), chiffres à l’appui : « la seule perspective dans ce système n’est une fois de plus que la spéculation ; on l’a vu depuis longtemps sur les devises, et elle pullule désormais sur les matières premières (…) les transactions de change représentent aujourd’hui, et à elles seules, 3000 milliards de dollars par jour. On peut estimer à vue de nez que la spéculation concerne au bas mot 80-85 % des transactions. Si, dans une structure mondialisée comme la nôtre, on autorise des agents économiques, toujours les mêmes, à échanger de tels montants à des fins exclusivement spéculatives, on ne peut évidemment que déboucher sur des aberrations que chacun d’entre nous a du mal à comprendre à son niveau (…)  L’immense majorité des paradis fiscaux, dont le FMI rappelle qu’ils ont un chiffre d’affaires annuel de 2 500 milliards de dollars, se trouvent au sein de l’Union européenne (…) Dès lors, on le voit, c’est le système qui est voyou (5).

    1. « L’écran de fumée » par Jean-Marie Harribey. Dans la revue Politis du 7 février 2008. Lire aussi, ci-dessous, « Europe : le grand retour de la question salariale ».
    2. « Krach 2008 » par Ignacio Ramonet. Le Monde diplomatique, février 2008.
    3. La Bourse se compose d’abord d’un marché des actions et obligations. Acheter une action ou une obligation, c’est acquérir une partie du capital de l’entreprise. Ensuite, d’un marché des produits dérivés. Ici, on n’achète pas directement un produit, mais on spécule sur les variations de son prix à terme, dans des conditions plus ou moins prédéfinies. Les spéculateurs parient sur le risque de baisse ou de hausse du prix, mais sans n’en assumer aucun risque.
    4. « Actuellement, rien ne justifie une austérité sur les salaires ». L’Humanité, le 22 janvier 2008.

    5. « C’est le système qui est voyou ». L’Humanité, le 29 janvier 2008.


    On en parle sur la planète finance


    Titrisation : activité qui consiste à transformer les créances d’une dette en titres négociables sur le marché des produits dérivés. En cédant ses créances, la banque se sépare d’une partie du risque de l’emprunt.

    Subprime : terme qui désigne les prêts accordés aux ménages à faible revenus et qui présentent des risques de non-remboursement plus élevés que la moyenne.

    Fonds propres : les capitaux permanents ou quasi permanents à la disposition de l’entreprise, qui sont représentés notamment par le capital social, les réserves, le bénéfice de l’exercice.

    Hedges funds : ce sont des fonds d’investissement spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondamment les produits dérivés. Ils présentent l’intérêt d’offrir une diversification supplémentaire aux portefeuilles « classiques » car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés d’actions et d’obligations.

    Trader : employé qui anticipe les fluctuations permanentes des cours des valeurs pour faire des profits. Il décide en temps réel de l’achat ou de la vente
    d’actions, de devises, d’obligations ou d’options.

    Fonds souverains : il s’agit de fonds d’investissements détenus par les gouvernements de différents États, qui gèrent des excédents nationaux dans un but d’investissement.


     

  • Nouvelles n° 119 (3 ème partie)

    Interview d’Ernest Glinne dans le Pan  
    glinne


    Age: 76 ans

    Profession: Ancien président du groupe socialiste au Parlement européen, ancien bourgmestre et conseiller communal (Ecolo) de Courcelles.

    Signes particuliers: "Ernest le rebelle" mérite toujours son surnom. Ex-figure du MPW (Mouvement populaire wallon) d'André Renard et de la gauche du PS, il distille aujourd'hui son savoir politique chez les Verts. Et les bleus-blancs-rouges.

    Serez-vous sincère pendant cette interview?

    Bien sûr, mais je parle à titre personnel.

    Vous vous présentez comme "socialiste indépendant chez Ecolo"...

    Je suis écolo, je paye ma cotisation, etc. Ecolo a la vertu de reconnaître qu'il peut y avoir en son sein des tendances et des interrogations. Ecolo n'est pas la machine incarnée par exemple par Philippe Moureaux, connu pour sa tolérance sans bornes (rires)...

    Si le PS respectait toujours le droit de tendance, vous y seriez encore?

    Ah! Si on avait été en mesure, en 66, de poursuivre le droit de tendance défini par le PSB, notamment grâce à Collard et Spaak, je serais probablement toujours là. Mais l'hebdomadaire La Gauche a subi un coup d'Etat interne fomenté par des trotskystes - quoique j'aie toujours été avec eux contre le "socialisme réel" des pays de l'Est, qui n'était rien d'autre que du capitalisme d'Etat. Avec la mort de La Gauche mal remplacée, nous n'avons plus eu de moyen d'expression au sein du Parti! Le plus gros problème, aujourd'hui au PS, c'est qu'il n'y a plus l'animation, le débat d'auparavant. Jadis on passait par une formation militante intense: on devait même être encadré par deux parrains pour être admis et aller au cours d'encadrement le dimanche! Avant la fusion des communes, les débats en section étaient très intenses! Mais tout ça a été perdu par la déformation des militants et d'abord des candidat(e)s...

    Pour en attirer davantage?

    ...Pour en enregistrer plus, on leur a demandé moins - sauf d'avoir un esprit de "complaisance" souple, une ambition pas trop scrupuleuse et une association dans le clientélisme.

    Vous auriez pu devenir président du PS en 81, mais la procédure interne a été quelque peu malmenée...

    spitaelsguybelga300Guy Spitaels et Alain Van der Biest étaient aussi candidats, mais tout le monde savait que la candidature de ce dernier était "bidon". La première entorse, c'est que les deux candidats restants n'ont pas eu un temps de parole, même limité à vingt minutes, pour exposer les raisons de leur candidature au congrès! On a dit "parlera celui qui l'emportera", et on a voté d'abord, avant d'entendre! Ensuite, certaines fédérations ont changé leur vote pour "faits nouveaux" (=?), et ont voté pour Spitaels! Et je suis passé de 55 à 49 %. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir des relations très correctes avec Guy Spitaels, dont j'adire le savoir géopolitique...

    Pourquoi avez-vous quitté le PS?

    J'ai eu souvent des frictions. Dès ma première élection à la Chambre en 1961, j'étais en porte-à-faux: l'accord gouvernemental socialistes-sociaux-chrétiens comprenait des clauses concernant l'ordre public en cas de mouvements sociaux, alors que j'avais été élu par les grévistes de 60! La première grosse goutte d'eau, ce fut les affaires de corruption. En 93, j'étais vice-président de la fédération de Charleroi quand j'ai appris que le président Richard Carlier et quelques complices procédaient à des ventes intéressées de biens sociaux. J'ai demandé une enquête interne mais, évidemment, Carlier était contre! Et Van Cau et Busquin ne voulaient pas s'affronter là-dedans. Finalement, tout a éclaté, Carlier a été obligé de démissionner et "ils" ont voulu me faire dire et redire que "le pauvre camarade Richard" était victime d'un complot de l'extrême droite! J'ai quitté la section de Courcelles et la fédération de Charleroi pour celle de Thuin, où je suis resté pendant presque une bonne année. Mais certains mandataires s'y tapaient physiquement sur la gueule! Alors je me suis demandé ce que je fichais là-dedans, dans une section (très correcte) et une fédération hors de ma commune "de base" et avec des mandataires médiévaux!

    ...Et vous êtes passé chez Ecolo...

    Il vaut mieux rester soi-même en changeant d'étiquette que se changer en gardant la même étiquette. Après ces histoires, je suis allé aux Etats généraux de l'écologie politique et j'ai rejoint Ecolo. J'avais été convaincu de la pertinence de l'écologie politique dès 1974, lorsque je m'étais intéressé aux travaux du remarquable René Dumont - qui sera plus tard le premier candidat écolo aux présidentielles françaises -, qui avait écrit Cuba est-il socialiste?, où il prônait la fin de la monoculture sucrière, etc. Je suis allé à Paris pour en discuter, mais on a surtout parlé d'écologie politique et j'en suis revenu complètement convaincu. Et je trouvais déjà qu'il était complètement absurde, pour le parti socialiste, de ne pas s'incorporer les thèses écologistes fondamentales. Quand je fus ministre de l'Emploi et du Travail, j'ai dû gérer une très sale affaire de fûts toxiques abandonnés dans un hangar liégeois, destinés à être balancés dans le Golfe de Gascogne. Une grosse quantité était déjà partie par bateau quand je les ai fait revenir, puis l'Etat belge a dû payer 120 millions pour les traiter à Mol! Le principe du "pollueur-payeur" n'avait plus qu'à s'appliquer...

    L'écologie est le visage moderne de l'idéalisme socialiste?

    Non, je ne dirais pas ça. L'écologie politique a évolué au fil du temps. Au départ, à part René Dumont et d'autres, les premiers se disaient "ni à gauche, ni à droite". En Belgique, c'est Paul Lannoye et quelques autres qui ont fait pencher la balance. Mais avant eux, il y a eu par exemple, comme député européen, François Roelants du Vivier, libéral bon teint d'ailleurs respectable aujourd'hui au MR! Les Etats généraux de l'écologie politique ont cependant été un rassemblement quasi œcuménique de forces progressistes, où on se sentait facilement à la gauche de la hiérarchie du PS! Mais aujourd'hui, ils sont prudents. Ils ont appris, à leurs dépens d'ailleurs, comment les grands partis peuvent manipuler un plus petit en jouant sur sa bonne foi. Le fait le plus scandaleux fut la pression exercée sur Isabelle Durant quand elle était vice-Première, pour l'affaire des vols de nuit. "Ils" voulaient en fait la peau d'Olivier Deleuze qui "emmerdait" Electrabel. Pour l'avoir, ils ont d'abord attaqué Isabelle Durant! Dès lors, Ecolo a justement décidé de ne plus se faire piéger.

    En se professionnalisant de la sorte, Ecolo ressemble davantage aux autres partis?

    Ca, on verra. On ne peut pas tout le temps être mis hors-jeu, l'important étant de ne pas avoir les mains sales dans le "pouvoir" d'un reniement.

    Institutionnellement, vous vous y retrouvez?

    Non. J'exerce en citoyen mon droit de tendance. Je n'essaye pas de rallier Ecolo à mes positions.

    Ecolo est belgicain?

    Il le redevient un peu, sans doute provisoirement depuis le retour de Groen! au Parlement et la reconstitution d'un groupe commun à la Chambre. Mais Ecolo n'est pas figé dans l'immobilisme de l'intérêt acquis, contrairement à d'autres. Et une réédition du livre de Kennedy Profils du courage devrait, ceci dit en passant, comporter une sérieuse évocation de Tinne Van der Straeten.

    Sur l'institutionnel, vous rejoignez le Rassemblement Wallonie-France...

    Oui, parce que le fédéralisme "belgicain" est arrivé trop tard pour être efficace, qu'il est trop déséquilibré et bloqué. Le fédéralisme de la désunion ne marchant plus, il faut trouver autre chose. Et les thèses du RWF sont intellectuellement et politiquement séduisantes. Je pense personnellement qu'il faut procéder en deux étapes: d'abord une phase transitoire d'indépendance de la Wallonie après un référendum spécifique, pour avoir le temps d'une relance économique qui nous permette, deuxième étape, de négocier en meilleure position notre rassemblement avec la République française. Je fais partie des rares qui se souviennent encore des paroles de Jacques Bertrand - je crois: "Et s'il [le Wallon] adore le Bourgogne / C'est parce qu'il est un peu Français / Oui mes enfants, oui mes enfants / Il y a longtemps / Que la France est notre maman / Et cette France généreuse / Ce berceau de la liberté / Saurait aux heures douloureuses / Se retrouver à nos côtés". Tout est dit! C'est du regroupement familial - sans ADN (rires). On peut déjà l'appliquer "en douce" maintenant!

    Et renouer avec notre France maternelle, toujours puissance mondiale, qui peut lutter dans l'Union européenne contre les dérives de la globalisation, notamment.

    La taille ne fait pas tout: quelqu'un comme Jean-Claude Juncker est écouté...

    Oui, mais il est intelligent et pondéré.

    Et il a une expérience et une réputation qui le précèdent. Il est social-chrétien mais bon... S'il était socialiste, il serait peut-être dans la catégorie des non-corrompus de la famille (rires)!

    Et vous n'appréhendez pas d'avoir Sarkozy comme chef de l'Etat?

    D'abord, il ne faut pas oublier que seules deux (Vendée et Alsace) des 22 régions françaises sont à droite, alors que les autres sont à gauche! Et Sarkozy n'est pas toute la France. Il ne doit être ni diabolisé ni angélisé.

    Et quid du risque d'être une goutte d'eau dans une grande masse?

    La France permet l'identité régionale: les gens des "pays" sont Provençaux ou Alsaciens ET tout autant Français! Les Wallons resteront dans leurs spécificités en les surmontant dans la République.

    Vous ne donnez plus de chance à la Belgique?

    Qu'est-ce qu'il nous en reste? L'Atomium et l'Expo universelle de 1958? Les quelques constructions publiques que Léopold II nous a laissées en échange de ses exactions génocidaires en Afrique? L'image romancée d'Albert Ier et de la Reine Astrid? Les prisonniers de guerre wallons en Allemagne? Internationaliste et européen, je suis en même temps wallon. La Wallonie est un "pays" de la France et de la Francité, au même titre que d'autres! Même si la Wallonie n'a pas suffisamment conscience de son appartenance commune, et souffre de sous-identités: on est d'abord Liégeois, Carolo, Namurois etc. Lors de la Fête de la Wallonie ici à Courcelles, on voyait partout des drapeaux belges, mais très peu de wallons - sauf chez moi! En face, la Flandre est une nation qui veut SON Etat. Depuis que le Parlement flamand a voté ses résolutions de blocage en 1999, les élus de Flandre ne peuvent plus faire marche arrière et ils seront élus aux régionales de 2009 sur base de ce "cahier des charges".

    C'est là que vous situez le point de rupture?

    Au plus tard. D'ici-là, le Parlement wallon devrait, à son tour, prendre institutionnellement position.

    Et Bruxelles?

    Bruxelles doit être une véritable "grande" région à part entière. Une Ville-Etat, comme Hambourg et en Europe, on y appliquerait bien sûr la convention-cadre du Conseil de l'Europe sur la protection des minorités. La prédominance de la langue française serait irréversible.

    Un district européen?

    Je n'aime pas l'évocation d'un district "Washington DC": jusqu'il n'y a pas longtemps, il n'y avait pas là-bas de vie municipale, tout était géré par des fédéraux! Les citoyens n'ont pas de sénateur ni de député, juste un "observateur" à la Chambre! La moitié ou presque des habitants de Washington veulent d'ailleurs passer au Maryland voisin pour participer à la démocratie!

    Et pourquoi ne pas s'en tenir à une Wallonie indépendante?

    Parce que c'est trop petit. Pour négocier, notamment sur l'euro, le dollar etc. Et quand on va devoir partager la dette publique, on sera trop faibles seuls pour faire entendre une raison équilibrée aux flamingants.

    François Perin ou Paul-Henry Gendebien?

    v2Gendebien2003
    Je choisis Paul-Henry, en dépit de la verve de François Perin, que j'ai croisé à La Gauche et qui est un visionnaire diversement talentueux. Paul-Henry, je l'ai vu souffrir dans la dignité. Par exemple au Parlement alors national, quand il s'opposait, même dans la bibliothèque, à des Tindemans.



    José Happart ou Robert Collignon?

    RogerLallemandRobert Collignon. Je ne dis pas qu'il est mon grand héros, mais il a une conscience saine et n'est certainement pas motivé par un intérêt pécuniaire personnel. Tandis que chez Happart, le pognon compte, pour lui et son frère. Je me souviens d'une réunion lors de laquelle Cools m'a engueulé avec sa chaleureuse véhémence. Sont fortuitement apparus les Happart. L'histoire des couloirs affirme que Cools leur aurait demandé ce qu'ils voulaient, eux qui n'étaient même pas membres du Parti. José a répondu qu'il voulait être au Parlement européen, son frère à la Chambre. Et Cools, d'un air mi-furieux, mi-rigolo, de taper du poing en demandant: "et votre maman au Sénat, sans doute?" (rires)...

    Jacky Morael ou Paul Lannoye?

    cv_lannoyeJe ne peux pas faire un choix entre les deux. Je les mets aux mêmes niveaux de respect et d'estime; je dirais même d'affection.

    Comment vous voyez-vous dans dix ans?

    Mort, non?

    En quoi aimeriez-vous être réincarné?

    En secrétaire de Jean Jaurès ou de l'Américain Gene Debs, président du vieux parti socialiste des Etats-Unis au début du XXème siècle.

    Qu'aimeriez-vous qu'on retienne de vous?

    Rien de moi, mais de ceux qui m'ont tout apporté: le peuple militant. Je retiens une parole de mon beau-frère qui disait: "t'saveu Ernest, vous quand vos astez à l'maison du peupe, vos parlè de l'Internationale, hé bin nous quand nos astons din l'fosse hein, on fait l'Internationale tous les djous. Qu'on fuche Flamin, qu'on fuche Italien, qu'on fuche Marocain. Quand y da uin qui ramasse su s'tiesse, on est tertous là".