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26/09/2007

 

DOSSIER  

Relance de la guerre froide ?

Bouclier spatial et course à l’armement : relance de la guerre froide ?  

suprbush


L’installation d’éléments du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque suscite toujours l’opposition farouche de la Russie. Ce projet s’insère dans une stratégie globale qui risque de relancer la course aux armements en Europe et dans le monde.Bush, on le sait, a trois amours. Lui, la guerre. Et Dieu. Du moins, un dieu à sa mesure, déterministe et plein de courroux. Donc implacable et qui aime jouer du bâton contre les mécréants. A la manière dont le président, évangéliste de carton pâte, envoie ses armées contre l’esprit du mal incarné dans le terrorisme universel et les Etats voyous. Les visions bibliques, façon ancien testament, du président en ont fait un dangereux croisé. Et un fameux fardeau pour notre univers. A voyou, voyou et demi ? Un exemple. Depuis 2001, et avant même les attentats du 11 septembre et les aventures perdues en Irak et en Afghanistan, l’administration Bush avait engagé les États-Unis dans une course à l’armement sans précédent depuis le programme « guerre des étoiles » de Reagan. Le système antimissile en est l’un des axes prioritaires, pour un coût colossal : 10 milliards d’euros pour l’année 2005. Un projet transcontinental. Trois régions du monde sont directement concernées. D’abord, le territoire américain, qui accueille une vingtaine de sites fixes, doublés d’autant d’intercepteurs montés sur des navires.Ensuite, l’Europe. Enfin, l’Asie, et notamment le Japon. Mais c’est l’ensemble de la terre que la Maison blanche veut quadriller. Sans s’émouvoir le moins du monde de la relance de la course aux armements qui accompagne cette lamentable et incontrôlée fuite en avant.En Asie ? Depuis le survol d’un missile nord-coréen au-dessus du territoire nippon en 1998, Tokyo et Washington coopèrent en matière balistique. Une nouvelle étape pourrait être franchie dans les prochains mois si le gouvernement Abe - qui souhaite lier un « partenariat stratégique » avec l’OTAN - accepte les propositions de George Bush. Celui-ci a déjà déployé trois croiseurs antimissiles dans l’archipel équipés du dernier cri des intercepteurs de missiles, le SM3, après l’envoi peu convaincant d’un missile Teapodong-2 par Pyongyang en juillet et l’essai nucléaire nord-coréen d’octobre. Il a envoyé à Okinawa un régiment équipé de la dernière version de missiles Patriot et a demandé à installer des radars fixes d’alerte et de trajectographie, officiellement pour prévenir une attaque venue de Pyongyang dont les relations internationales sont, pourtant, désormais en voie de normalisation, y compris avec Washington. Parallèlement, Tokyo a annoncé l’accélération de ses projets d’acquisition de missiles Patriot PAC-3.   

La Chine en point de mire   

Il s’agit donc bien pour le Japon d’intégrer davantage son système dans celui des Etats-Unis. Mais il n’échappe à personne qu’il s’agit aussi de contrer ce que des cercles stratégiques japonais et américains, et pas seulement issus des milieux conservateurs, appellent désormais ouvertement la « menace chinoise ». Pékin, autre grande puissance atomique, a marqué spectaculairement son entrée dans le club des puissances capables de mettre le feu au ciel en ciblant récemment un satellite au rayon laser.Dans un autre ordre d’idées, mais sur le même continent asiatique, il y a l’Iran, présumé coupable, sans preuves tangibles et malgré les dénégations du principal intéressé, de préparer l’apocalypse nucléaire.Certes, M. Ahmadinejad fait des pieds et des mains pour présenter une image antipathique d’un régime aux abois. Et peut-être ses vociférations ne tiennent-telles pas seulement de la provocation rhétorique.Mais, vu de Washington, tout cela ne manque pas d’utilité. Les ambitions atomiques de Téhéran sont en première ligne pour étendre l’ombre du bouclier spatial en Europe. Mais, fait tout aussi inquiétant, 1 Analyse parue dans le N° 317 du Journal du mardi, 30 avril 2007. Washington encourage au Proche-Orient une prolifération nucléaire dont risquent d’hériter les générations futures. Le 19 septembre 2006, Gamal Moubarak, le fils du président égyptien, appelait son pays à développer l’énergie nucléaire. Civile, certes, mais avec des prolongements militaires face aux capacités d’Israël et, peut-être, de l’Iran. Très vite, l’ambassadeur des Etats-Unis au Caire, Francis Ricciardone, a assuré l’Egypte du soutien de son pays alors que celui-ci avait pourtant imposé un gel du programme nucléaire égyptien durant deux décennies en raison des liens de Washington avec Israël.Du coup, c’est l’idée de l’instauration d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen- Orient qui bat de l’aile alors que, déjà, l’Etat hébreu, mais aussi l’Inde et le Pakistan, possèdent l’arme suprême. Et c’est le roi Abdallah II de Jordanie qui, répétant son souhait de « voir une zone, dénucléarisée », estime toutefois que « depuis l’été 2006 (ndlr, l’entrée israélienne au Liban et la montée en puissance des chiites), les règles ont changé. » Et les pays du Golfe, Arabie saoudite en tête, semblent prêts à payer une partie des coûts liés au programme égyptien.   

Contradictions européennes   
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Enfin, si l’on ose dire, il y a l’Europe. Le gouvernement américain met une nouvelle fois à l’épreuve les nerfs des Européens avec sa volonté d’installer une extension de son boucler en République tchèque et en Pologne, voire dans le Caucase. Le président russe Vladimir Poutine – considérant qu’il s’agit en réalité de pointer son pays - a très vertement critiqué cette initiative lors de la traditionnelle conférence sur la sécurité de Munich, voici quelques mois. Là encore, la justification officielle d’un tel déploiement est la menace potentielle représentée par un éventuel accès de l’Iran à l’armement atomique.Hypothèse que rejette Téhéran. Mais il n’empêche que certains gouvernements de l’Union européenne approuvent la démarche américaine. Le secrétaire général de l’OTAN, le Néerlandais Jaap de Hoop Scheffer, a même proposé que le bouclier antimissile soit complété par un système européen et étendu au sud-est de l’Europe, en Turquie et en Grèce. Du même coup, une telle coopération entre l’Alliance atlantique et l’UE ne manquerait pas de fragiliser encore toute perspective d’une politique étrangère européenne plus indépendante des Etats-Unis. La relation étroite entre l’OTAN et l’Union ne suffit plus, a d’ailleurs expliqué en substance le vice-président de l’Alliance, Martin Erdmann au sein de la commission Sécurité et défense du parlement européen.Les jeux ne sont pourtant pas faits et l’Europe peut encore échapper à une totale « otanisation ». Mais l’Union européenne peine, une fois de plus, à dégager une ligne claire : « L’UE n’est pas une alliance militaire mais elle a une politique extérieure et de sécurité et elle peut et doit débattre de ce sujet » a réagi mollement le Monsieur « Politique étrangère », Javier Solana, en rappelant que « les intérêts souverains des Etats membres doivent être compatibles avec l’intérêt général de l’Union. « Un tel système (le bouclier) peut affecter nos relations avec un pays tiers, la Russie. »   

Lignes brouillées
   

Le fait est que la controverse aux allures de guerre froide réveille les divisions d’un « vieux continent » déjà éprouvées lors du déclenchement de la guerre en Irak. Au point de voir resurgir le clivage entre « vieux » et « nouveaux » européens ? En 2003, l’Europe ex-communiste avait pris fait et cause pour l’oncle Sam, lui manifestant une solidarité sans faille. Mais, changement notable, le débat fait rage aujourd’hui dans les deux pays directement concernés, la Pologne et la République tchèque. En Pologne, des experts s’interrogent sur les conditions que le pays devrait poser pour rendre acceptable l’accord sur une base américaine, s’inquiètent, comme l’opposition, d’un abandon important de souveraineté. Et l’image d’infaillibilité dont jouissait l’Amérique s’est fortement ternie avec les déboires au Moyen-Orient.Des pays comme la France ou l’Allemagne, plus soucieux de ménager la Russie, font preuve d’une grande prudence. Mais, comme partout, les lignes sont largement brouillées. A Berlin, par exemple, la droite démocrate-chrétienne redoute que les réticences de la Russie ne ralentissent ce que le ministre de la défense, Franz Josef Jung, considère comme "un type de protection pertinent" à l'aune de l'annonce, par l'Iran, de son entrée dans une phase industrielle d'enrichissement d'uranium. "Des précautions doivent être prises contre l'augmentation prévisible de la portée des missiles de certains Etats qui posent problème", a-t-il déclaré. Mais le ministre des Affaires étrangères, le social démocrate, Frank-Walter Steinmeier a estimé par contre qu’il fallait « discuter calmement (du projet de bouclier) au sein de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne, et parler aux Russes. » Le même avait déjà mis en garde contre « une nouvelle course aux armements. »   

Mises en garde russes   

Le 10 février à Munich, M. Poutine avait résumé sans détour les griefs russes vis-à-vis de l’Amérique.« Des actions unilatérales et souvent illégitimes ont provoqué de nouvelles tragédies humaines et créé de nouveaux pôles de tension. » « Le monde », avait-il ajouté, assiste à « une hyper-utilisation de la force presque sans limites (…) les Etats-Unis débordent de leurs frontières nationales dans tous les domaines » L’année dernière, le président russe avait usé d’une métaphore limpide à propos des Etats-Unis : « Le camarade loup sait qui manger, et il mange sans écouter personne » Peu après, le commandant en chef des forces stratégiques russes, Nikolaï Solotsov, prévenait que « si les gouvernements polonais et tchèque prennent une telle décision (de recevoir le système antimissile), nos forces seront en mesures de pointer (des missiles) sur ces installations. » Et Moscou menaçait de se retirer unilatéralement du traité russo-américain FNI de 1987 sur les missiles de portée intermédiaire.Discours de guerre froide ? Face au danger de renforcement de l’OTAN et à un possible bouleversement de la donne stratégique, la Russie élabore une nouvelle doctrine militaire et a menacé de réagir à « une troisième zone de positionnement pour le système antimissile américain. » Le général Iouri Balouevski, chef d’état-major, a qualifié l’expansion multiforme des Etats-Unis dans la zone traditionnelle d’influence de la Russie de « véritable menace nationale. » Et un de ses collègues a estimé que la Russie devait se préparer à de futures guerres dans l’espace. Le 27 février, le vice-Premier ministre Sergueï Ivanov, candidat potentiel à la succession de Poutine, a annoncé le lancement d’un programme d’armement de « cinquième génération » dans le domaine des antimissiles et de la défense spatiale.   

Face à face stérile   

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Depuis lors, Washington essaie d’arrondir les angles. Fin mars, il est vrai, M. Poutine a pu faire part directement, au cours d’une conversation téléphonique, à George Bush, de l’ « inquiétude de la Russie face aux projets des Etats-Unis de créer une base de défense antimissile en Europe centrale.« L’échange a été franc » a commenté le Kremlin. M. Bush a répété que « les systèmes de défense antimissile en Europe étaient destinés à parer la menace en pleine évolution des missiles balistiques venus du Moyen-Orient, une menace qui nous est commune avec l’Europe et la Russie. » Sans convaincre. La semaine dernière à Moscou, le secrétaire d'Etat américain adjoint à la sécurité internationale, John Rood, a présenté de "nouvelles idées" de coopération dans les systèmes de défense antimissile. « Nous avons clairement dit que nous étions ouverts à une coopération avec la Russie dans un large spectre d'activités de défense antimissile », a déclaré M. Rood. Toutefois, il a refusé de préciser la nature exacte de ces "nouvelles idées", expliquant seulement qu'elles comprenaient des projets de recherche et de développement ainsi que des "activités liées à l'exploration de nouvelles technologies". En dépit de ce geste, le secrétaire russe du Conseil de sécurité, Igor Ivanov, a indiqué qu'il n'était « pas optimiste ». « Si Washington décide de suivre son chemin sans tenir compte des préoccupations de la Russie et d'autres pays, nous analyserons cette situation du point de vue de la sécurité de la Russie et de nos alliés et partenaires », a-t-il ajouté. Ces discussions bilatérales se déroulaient deux jours avant un Conseil OTAN-Russie, où, à la demande de Moscou, a eu lieu, pour la première fois, une discussion entre les parties. Un face à face à l’issue duquel les offres de coopération américaines n'ont visiblement pas fait mouche en Russie. Celle-ci voit dans l'installation d'une dizaine d'intercepteurs et d'un radar en Europe de l'Est le premier pas vers un système à portée mondiale, une ultime tentative de défendre au prix du réarmement un leadership de moins en moins en phase avec la nouvelle réalité mondiale.  

A l’Est… du nouveau?   Au tour de l’Ukraine ?   

En pleine crise politique, l’Ukraine est toutefois courtisée par le Pentagone. Le mois dernier, une délégation nord-américaine s’est rendu en visite « d’explication » à Kiev. Il s’agissait de séduire le président dit « pro-occidental » Viktor Iouchtchenko des vertus d’un déploiement du bouclier antimissile en territoire ukrainien. Favorable à l’adhésion de son pays à l’OTAN, Iouchtchenko s’est montré ouvert.Contrairement à son rival, le Premier ministre Yanoukovitch qui a beau jeu de rappeler que l’adhésion n’est soutenue que par 15 à 20% de la population et que la loi prévoit qu’une telle question devrait être tranchée par référendum. Les visées américaines ont toutes les raisons d’agacer la Russie. Celle-ci base sa flotte de la Mer noire en Crimée. Et l’Ukraine a hérité d’une bonne part du complexe militaro-industriel soviétique. Sixième exportatrice mondiale d’armements, elle produit toujours les gros porteurs Antonov, des fleurons de l’aviation militaire russe.   

Résistance tchèque…

En République tchèque, la résistance s’organise contre l’installation d’une base américaine d’engins antimissiles. La population ne veut pas d’un retour à la guerre froide. Le 17 mars, le hameau de Jince où Washington veut installer son matériel a défié la puissante Amérique en organisant un référendum où 71 sur 72 participants se sont prononcés contre l’installation du bouclier antimissile. De quoi donner l’idée aux communes voisines d’organiser à leur tour des consultations populaires. De son côté, Jaromir Kohlicek, député de gauche au Parlement européen, explique que « le gouvernement a attendu d’être investi pour annoncer l’installation du bouclier antimissile, sans consulter le Parlement. En fait, je crois que la coalition gouvernementale formée par le Parti démocratique civique, l’Union chrétienne démocrate et les Verts avaient négocié en secret sur cette question avec Washington. » Le Parti communiste, les sociaux-démocrates, des représentants de l’Église et des protestants veulent faire échec à ce projet. Une pétition hostile a déjà recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures à Prague.   …et polonaise   En Pologne, où la droite ultra au pouvoir ne communique pratiquement pas sur le sujet, l’opinion est de plus en plus opposée à l’installation de bases américaines et au bouclier de Bush. Selon un récent sondage, 51% des Polonais sont contre, 30% y sont favorables. Et quelque 65% de la population voudrait un référendum national sur la question (contre 25%). La Hongrie, qui avait été sollicitée par les Américains dès 2002 au même titre que les Polonais et les Tchèques, a refusé d'accueillir des installations.
 Ami de Bush ? Dangereux !   
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Il ne fait pas bon être un proche du président. Cela  semble prédisposer à se trouver mêlé à de sales affaires.Les rangs sont de plus en plus clairsemés dans l’entourage de George Bush. Désormais majoritaires auCongrès depuis la déconfiture électorale des Républicains de novembre dernier, les élus démocrates livrent une véritable guerre de tranchée au locataire de la Maison Blanche et à ses amis. Faute de pouvoir contrer directement l’envoi de nouvelles troupes en Irak, les démocrates jouent à plein de leurs pouvoirs d’investigation pour mettre le président dans ses petits souliers. Commentaire du Washington Post : « Il est clair que ce Congrès va produire plus de révélations que de lois. »Le fait est que, depuis quelques semaines, la Chambre des représentants multiplie les convocations à témoigner. Les auditions se succèdent au rythme des sales affaires. L’ex-espionne de la CIA, Valérie Palme, trahie par le pouvoir pour punir son mari d’avoir fragilisé les affirmations mensongères sur la présence d’armes de destruction massive en Irak, est venue répéter ses accusations. Suivie par Philip Cooney, le « responsable » chargé de minimiser les effets du changement climatique dans les rapports officiel.L’affaire qui tient aujourd’hui les parlementaires en haleine concerne huit procureurs licenciés voici quelques mois alors qu’ils enquêtaient sur des affaires de corruption. Un cas d’école qui met sur la sellette l’attorney général (ministre de la Justice), Alberto Gonzales lui-même, et deux autres proches du président, l’avocate Harriel Miers, ex-conseillère de Bush, et Karl Rove, cette autre âme damnée qui avait réussi à se tirer sans dommage de l’affaire Palme. Les démocrates affirment qu’il s’agissait de mettre en place des magistrats plus favorables à la cause des républicains.Comme de coutume, M. Bush a ostensiblement apporté son soutien à son ministre. Comme s’il était sourd et aveugle à ce qui se passe. Et il multiplie les bévues pourtant chargées symboliquement. La Maison Blanche a ainsi recruté Fred Fielding pour défendre ses positions. Or, cet avocat fut l’un des conseillers juridiques de Richard Nixon pendant le Watergate. Et Nixon dut démissionner dans l’opprobre général… Pour l’instant, le président invoque le privilège de l’exécutif qui évite à ses collaborateurs de participer aux enquêtes, sauf lorsqu’elles sont criminelles. Au risque de faire l’esquive de trop ? Alberto Gonzales clame haut et fort qu’il n’a rien à cacher. Mais il dit avoir une mémoire défaillante. Sa « brumeuse mémoire n’aide pas à aller au fond des choses » ont commenté des élus du parti présidentiel. D’autant que des courriers électroniques liés au limogeage des procureurs ont opportunément été perdus par les autorités « compétentes ».Les jours de M. Gonzales semblent bel et bien comptés. Et son départ ne ferait qu’allonger la liste interminable des « hommes du président » obligés de rendre les armes. Cela au moment où Paul Wolfowitz, cet autre « néo-conservateur » recyclé à la tête de la Banque mondiale, connaît des jours difficiles. Ancien secrétaire adjoint à la Défense, il avait été imposé par ses amis à la présidence de cette institution malgré les réticences européennes. En guise de programme, il avait déclaré vouloir mener la guerre urbi et orbi contre la corruption. Las, le chevalier blanc a été pris la main dans le sac.Voilà que l’on a appris que sa copine a bénéficié, de ses oeuvres, d’un traitement de choix. « Wolfie » a recasé cette fonctionnaire de la BM au Département d’Etat, avec un salaire mirobolant, à faire pâlir d’envie la ministre Rice elle-même. Comme il se doit, ce bushiste d’élite proteste de sa bonne foi. Mais il est, lui aussi, sur un siège éjectable. Un de plus. Décidément, il ne fait pas bon être un ami du président.

 


 Haute tension en Europe : bras de fer américano-russe, Union divisée   
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Comme une marée lente et têtue, le ton monte entre les Etats-Unis et la Russie. Le dialogue laisse le terrain aux mises en garde, la diplomatie cède devant les faits accomplis. Bien mal placée à tous égards, l’Europe bredouille, divisée et, comme toujours, incapable de peser vraiment sur le cours des choses. Comment calmer le jeu ?A la mi-mai, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleeza Rice, s’est livrée à Moscou à un surprenant exercice de « diplomatie intensive », selon ses termes. Il s’agissait d’arrondir les angles entre les deux capitales dans la perspective de la rencontre entre MM. Bush et Poutine à l’occasion du sommet des membres du G8 qui s’est tenue les 6, 7 et 8 juin à Berlin. Un rendez-vous qui s’annonce difficile au moment où la relation américano-russe est plus que ternie par le projet américain d’installer des éléments de son bouclier antimissile en Europe centrale. A cet égard, en tout cas, Mme Rice n’a pas réussi à calmer les craintes russes. Elle a défendu le bouclier en déniant à quiconque l’ambition « de mettre un veto aux intérêts de la sécurité américaine », tout en réaffirmant que les matériels dont l’installation est annoncée en Pologne et en Tchéquie étaient tournés vers des « Etats voyous » comme l’Iran, et nullement contre la Russie. Sans convaincre. Comme l’ont reconnu des responsables américains, l’avis de Moscou n’a d’ailleurs jamais été véritablement pris en compte dans cette affaire.La semaine dernière, Mme Rice a transmis une invitation de M. Bush à son collègue russe pour des entretiens bilatéraux les 1er et 2 juillet dans sa propriété de Kennebunkport, aux Etats-Unis. Une démarche qui intervient tardivement, alors que les contentieux se sont déjà accumulés. Il a fallu une de ces sorties dont le président russe a le secret, et cela quelques jours avant la venue de Condoleeza Rice, pour que les élites de Washington prennent la mesure de la dégradation de leurs relations avec la Russie. A l’occasion de la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie, M. Poutine a, sans les nommer, ébahi les responsables américains en évoquant « des Etats aux prétentions à l’hégémonie mondiale », comme à « l’époque du troisième Reich. » Le 10 février dernier, déjà, Vladimir Poutine avait vigoureusement accusé les Etats-Unis de vouloir imposer leur loi sur l’ensemble de la planète. Et, dans son discours du 26 avril sur l’état de la nation, il a mis tous les Occidentaux dans le même sac en les qualifiant de « colonisateurs ».   

Démagogie populiste ?   

Rhétorique martiale à usage interne de la part d’un chef d’Etat « passé maître dans l’art de fustiger l’Occident, un genre qui plaît à Moscou » ? Poutine, alors, dans la foulée de ses prédécesseurs de l’époque soviétique, ne ferait qu’ « agiter l’épouvantail du ‘complot occidental’ et l’obsession de l’ennemi du peuple’. » Il n’y aurait donc pas à s’inquiéter de ce trop-plein de démagogie patriotique et populiste.Au fond, les dirigeants russes joueraient de cette ambiance de forteresse assiégée pour asseoir leur régime et les Américains, sans le vouloir, ne pourraient pas leur faire un plus beau cadeau que leur renforcement militaire en Europe de l’Est. Il suffirait donc de traiter la Russie avec compréhension, de lui donner l’impression qu’elle siège au club des puissants de ce monde, les sautes d’humeur de Moscou face « l’Ouest » s’expliquant par sa fierté blessée.Mais ce type de considérations, en vogue dans la presse occidentale, si elles se veulent rassurantes, sont assurément trop courtes. Essentiellement construites sur les frustrations, réelles ou supposées, de dirigeants qui n’auraient pas digéré la chute de l’empire soviétique, elles faussent le regard qu’il conviendrait de porter sur une situation aussi complexe qu’inquiétante. Car la question n’est pas de savoir si M. Poutine est sympathique ou pas, ni même s’il est sincère, outrancier ou calculateur. Mais bien de porter un oeil lucide sur les enjeux auxquels aujourd’hui nous sommes tous confrontés. De se demander si le retour à l’avant-plan de ce que les stratèges appellent le « primat du militaire » dans la gestion des problèmes internationaux est bénéfique pour qui que ce soit. Et tant qu’à faire, si le président russe n’exprime pas, surtout un éventail de sujets, des inquiétudes légitimes, en particulier concernant le déploiement de systèmes de défense antimissile en Europe de l’Est.   

Le ton monte   

« A mesure que, depuis la fin de la guerre froide, leur influence grandit, les Etats-Unis se veulent sauveurs de la planète, gendarme du monde, émissaires de la paix et de la démocratie…Trop souvent suivis, en dernière analyse, par les Européens », considère le Monde diplomatique. Cela se vérifie-t-il dans la phase nouvelle des rapports avec la Russie ? A Moscou, le quotidien Nezavissimaïa Gazeta notait fin mai : « Les diplomates étrangers affirment que la position de la Russie telle qu'énoncée dans le discours de Vladimir Poutine à Munich [en février dernier] trouve un soutien absolu en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Partout, sauf en Europe et aux Etats-Unis. Détail intéressant, le présidentrusse, dans ce discours, n'a rien dit de neuf sur le fond. De l'élargissement de l'OTAN à la non-prolifération des armes nucléaires, en passant par l'exportation des "révolutions colorées", notre position avait déjà été maintes fois exprimée, sous différentes formes, par des responsables russes de divers niveaux. A Munich, la seule nouveauté a été le ton employé, la brutalité des formules, le martèlement des phrases et l'absence des tournures tempérées ou équivoques habituelles. »En d’autres termes, Moscou aurait décidé de lever le ton pour vaincre la surdité de ses interlocuteurs de première ligne en Europe et outre-Atlantique. Et, sans doute, souhaite-t-il tirer avantage de l’affaiblissement relatif des Etats-Unis pour se redonner une stature perdue sur la scène internationale.Se positionner aux côtés de ceux qui estiment que, de moins en mois, les Etats-Unis sont en mesure d’assurer leur rôle d’unique puissance hégémonique. La guerre d’Irak a peut-être été fatale à cette prétention. Mais dans la capitale bavaroise, M. Poutine a aussi clairement affirmé que, s’il s’agit de prendre en compte les intérêts géostratégiques russes, sa conduite n’est en rien guidée par la nostalgie du rôle tenu naguère par l’URSS dans une configuration mondiale bipolaire.   

Double langage   

Le raisonnement mérite au moins d’être entendu. Depuis la fin de la guerre froide, les Etats-Unis ont, à la fois, prôné un « partenariat stratégique et d’amitié » avec la Russie. Et, dans le même temps, profité des faiblesses de l’ancien rival pour tenter de l’encercler militairement, en multipliant les bases militaires dans d’anciennes républiques soviétiques ou en élargissant l’OTAN jusqu’à ses frontières. « On assiste à la mise en place d’un nouveau Rideau de fer, cette fois par les Etats-Unis, et à une remilitarisation des relations américano-russes.    

Nombreux contentieux   

Pour différentes raisons, les relations se sont récemment tendues entre l’Union européenne et la Russie. A la veille du récent sommet Russie-UE qui s’est tenu à la mi-mai à Samara, le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeir - son pays assurant la présidence tournante de l’Union - a certes rappelé que « l’Union européenne a besoin de la Russie afin de régler les conflits internationaux (et que) la Russie a besoin de l’Union. Il est donc indispensable que la raison l’emporte dans nos relations. » Mais à ce jour, cette raison semble fort absente. Une série de contentieux, plus ou moins sérieux, enveniment les choses : outre l’épineuse question du bouclier antimissile, il y a en vrac le « conflit de la viande polonaise » que la Russie refuse d’importer, la crise des symboles de l’Armée rouge dans les pays baltes, où vivent d’importantes minorités russes, et en Pologne ou la signature d’un pacte énergétique pour garantir les approvisionnements de l’Europe en gaz. Sans parler d’autres sujets comme le statut du Kosovo, l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce ou le projet de zone de libre-échange (57% des exportations russes vont vers l’UE qui assure plus de 70% des investissements en Russie). Le fait est qu’à Samara, dans un climat de surenchère, il a bien fallu renoncer à négocier un nouvel Accord de partenariat et de coopération entre les deux parties, en remplacement de celui qui, en vigueur depuis 1994, expire à la fin de l’année.   

Le poids de l’OTAN   

Le conseiller pour les Affaires européennes de Vladimir Poutine a eu beau affirmer que « parler d’une crise est une grande exagération », il n’empêche que le torchon brûle. Alors que « si l’Europe veut jouer le rôle auquel elle aspire (…) une forme de coopération avec le bloc Russie-CEI est indispensable. Au lieu de cela, tout ce qui gêne la Russie semble bon pour l’Europe et vice-versa. » En réalité, derrière un apparent consensus, les 27 sont divisés sur la conduite à tenir. L’entrée des pays d’Europe centrale et orientale dans l’Union a relancé le lien transatlantique. Plusieurs d’entre eux, comme la Pologne ou les pays baltes, considèrent que les Etats-Unis et l’Alliance atlantique restent le garant ultime de leur sécurité face au géant de l’Est, renforçant ainsi le camp américain au sein de l’UE (comme on l’a constaté lors du déclenchement de la guerre en Irak). L’heure semble aujourd’hui à renouer le lien transatlantique, affaibli par l’intervention américaine au Moyen-Orient. Angela Merkel s’y emploie.Nicolas Sarkozy également. Et cette tendance ne ferait que se fortifier en cas de retour au pouvoir de la droite en Italie et en Espagne. Cela n’aide guère à la définition d’une politique étrangère et de sécurité commune, plus improbable que jamais. Et, par contrecoup, à la mise en place d’une relation détendue avec la Russie. Bien au contraire. Celle-ci va donc privilégier les négociations avec les « grands » d’Europe en misant sur l’idée que chacun se fait de ses propres intérêts et de ses propres besoins, puisqu’il existe de « réelles différences dans les attitudes et les objectifs des divers Etats-membres », comme le notait récemment une proche de la Commission européenne. Tant que l’Europe n’aura pas défini le modèle de coopération ouverte et indépendante qu’elle entend privilégier, telle est sans doute la seule voix possible. Et l’on risque de voir encore s’accumuler querelles et malentendus. Mais au fond, qui, des Etats-Unis ou de la Russie, réussit le mieux à diviser l’Union ?   

Escalade   

La Russie a procédé le 29 mai au tir d’essai d’un nouveau type de missile balistique destiné à contrer la menace que représentait pour elle le projet américain de bouclier antimissile. Selon les experts russes, le test – l’envoi de cet engin lourd à tête multiple d’une base mobile vers une cible située à 800 kilomètres a été un succès – s’inscrit dans la « réaction hautement efficace » promise par M. Poutine. Et pourrait « surpasser tout système antimissile présent et à venir. » Poutine a répété ses craintes de voir se « transformer l’Europe en poudrière », le bouclier américain créant « des risques nouveaux et inutiles pour l’ensemble du système des relations internationales et européennes. »Dans le même temps, c’est avec « déception et  amertume » que les défenseurs du projet antimissile àWashington ont enregistré l’échec quelques jours plus tôt d’un nouvel essai d’interception d’un missile à longue portée. Cela au moment où les Etats-Unis s’efforcent de placer 10 intercepteurs en Pologne où, comme en Tchéquie, les opposants à une telle perspective donnent de la voix. A Washington, les démocrates, sans être opposés à la défense antimissile, ont dénoncé son manque de fiabilité et demandé de surseoir à l’installation de sites en Europe. A la Chambre comme au Sénat où ils sont majoritaires, ils viennent de décider des coupes dans les budgets prévus pour ce projet. Quant à l’Europe, dans ce qui ressemble à un retour à un certain bilatéralisme stratégique, elle se trouve un peu plus marginalisée.   

Feu le traité FCE ?   

La Russie a demandé aux Pays-Bas, dépositaire désigné du traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE) la tenue d’une conférence extraordinaire du 12 au 15 juin à Vienne pour le réviser. Elle espère de ses partenaires de la « volonté politique dans la recherche d’une solution acceptable par tous qui permette d’en finir avec la crise (du FCE) ». Le 26 avril, Vladimir Poutine avait annoncé un moratoire sur l’application du traité en riposte au projet américain de bouclier antimissile en Europe et à l’extension de l’OTAN vers l’Est.Le traité FCE, entré en vigueur en 1992, vise à encadrer la réduction des forces conventionnelles en Europe. Il a été adapté en 1999. La Russie avait ratifié cette nouvelle version, mais pas les pays de l’OTAN, en arguant de la présence de troupes russes en Georgie et en Moldavie.
 BM : le clone de Wolfie
   
wolfie
La Maison-Blanche ne connaît ni honte, ni états d’âme. L'administration Bush a donc décidé que Robert Zoellick succédera à Paul Wolfowitz, accusé de conflit d’intérêts et prié de dégager de la présidence de la Banque mondiale pour ses pratiques douteuses. Ex-représentant spécial américain pour le Commerce de 2001 à 2005, puis numéro deux du département d'Etat, il est depuis 2006 conseiller international à la banque d'affaires Goldman Sachs. « Certains observateurs pensaient que la Maison-Blanche aurait fourni à la Banque mondiale une liste de candidats parmi lesquels son conseil d'administration aurait fait son choix », a rappelé The Washington Post. En vain. Néoconservateur, lui aussi, Zoellick est l'un des signataires d'une lettre adressée en 1998 au président Clinton pour réclamer le « renversement de Saddam Hussein ». Avec des faucons comme Donald Rumsfeld,  Richard Perle et… Paul Wolfowitz.Dans la même veine, ajoute The Guardian, ce « grand défenseur des intérêts économiques américains » n'a pas hésité, dans un discours prononcé peu après le 11 septembre 2001, à « lier libéralisme économique et lutte contre le terrorisme. » Plus tard, après l'échec des négociations de l'OMC à Cancun en 2003, il affirmait que « Si les membres de l'OMC temporisent, les Etats-Unis n'attendront pas : nous ferons progresser le libre-échange avec les pays prêts à aller de l'avant. » Voilà qui devrait « fournir des munitions à tous ceux qui voient la Banque mondiale comme un instrument au service de la politique économique américaine », a noté le quotidien britannique. Les Européens, eux, ont fait profil bas devant cette décision qui consacre la mainmise du Nord sur les grandes institutions financières mondiales.

Maurice Magis

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08/09/2007

 

ECHEC DES NEGOCIATIONS A L’OMC !  

 

omc

par Raoul Marc JENNAR, chercheur altermondialiste.  

 

Depuis le mardi 19 juin, le G4 était en réunion à Potsdam, près de Berlin. Le G4, c’est la réunion des ministres du Commerce du Brésil, des Etats-Unis, de l’Inde avec le Commissaire européen au commerce international. Leurs collègues de l’agriculture s’étaient joints aux discussions.  Ils viennent de se séparer sans se mettre d’accord. Objet de cette rencontre qui s’inscrivait dans le cadre des négociations à l’OMC : réduire les divergences sur les deux dossiers qui opposent ces pays et les groupes de pays qu’ils représentent. Premier dossier : l’ouverture des marchés du Sud aux produits industriels des pays occidentaux par la diminution des droits de douane (leur principale source de revenus). Second dossier : l’agriculture où l’enjeu était la réduction des tarifs douaniers des pays du Sud en échange de l’ouverture des marchés des pays occidentaux et la réduction des aides que ces derniers pays apportent à la production et à l’exportation de leurs produits agricoles. Cette réunion de Potsdam avait été préparée, dans le plus grand secret, par plusieurs autres. Les propositions avancées par les responsables des négociations à l’OMC avaient suscité de très vives critiques des pays en développement et des pays rangés dans la catégorie de « pays les moins avancés », c’est-à-dire les plus pauvres. Pendant que la presse occidentale matraquait avec zèle le slogan des multinationales et de leurs relais à la Commission européenne, à la direction de l’OMC et dans les gouvernements occidentaux selon lequel le libre échange favorise le développement, pendant que cette même presse et ces mêmes décideurs politiques répétaient à satiété que l’échec des négociations pénaliserait d’abord les pays les plus pauvres, les premiers concernés, soutenus par quelques agences de l’ONU (la CNUCED, la FAO et plus timidement le PNUD) expliquaient inlassablement, sans que les médias leur fassent écho, que les propositions occidentales allaient surtout profiter aux Occidentaux et renforceraient la dépendance de leurs pays à l’égard des pays les plus riches.   Les discussions de Potsdam devaient durer jusqu’au dimanche 24. Un résultat positif aurait permis de boucler un accord sur le programme de négociations lancé à Doha en novembre 2001. A Genève, dans l’entourage de Pascal Lamy, on envisageait déjà une rencontre ministérielle fin juillet pour finaliser la négociation et signer un accord.  Une telle conclusion aurait provoqué une nouvelle poussée de la dérégulation massive qu’on appelle souvent mondialisation. Avec encore plus de dérégulation sur les services, sur les marchés publics, sur les investissements, cette avancée aurait été comparable à celle acquise en 1994 au terme de l’Uruguay Round dont on mesure aujourd’hui les dégâts : privatisation des services publics, médicaments essentiels devenus inaccessibles, brevetage du vivant, dumping social planétaire, délocalisations, perte de compétitivité des produits agricoles du Sud, dépendance alimentaire accrue de ces mêmes pays.  Pour nous Européens, il faut rappeler que ce sont nos gouvernements, de gauche comme de droite, qui, avec la Commission européenne, ont négocié les accords de l’Uruguay Round. Ce sont ces accords qui ont donné son élan à la mondialisation. Et ce sont ces mêmes gouvernements qui sont à l’origine du programme de Doha ? L’échec de Potsdam est une bonne nouvelle pour les peuples. Du Nord comme du Sud. On peut maintenant raisonnablement espérer que le cycle de négociations commencé à Doha est dans l’impasse pour plusieurs années. Après l’échec de la négociation du projet d’Accord Multilatéral sur l’Investissement (1998), après l’échec de la conférence ministérielle de Seattle (1999) puis de celle de Cancun (2003), l’enlisement du programme de Doha est une nouvelle victoire de la résistance conjuguée et coordonnée des peuples du Sud et du mouvement altermondialiste si décrié aujourd’hui, y compris par la vieille gauche tellement absente de ces dossiers. Un intense travail a été fourni à Genève par les réseaux altermondialistes du Nord (par ex : l’Institute for Agriculture and Trade Policy, Oxfam International) et du Sud (par ex : Third World Network, Focus on Global South) et les négociateurs des pays du Sud. Il trouve son aboutissement dans l’incapacité des USA et de l’Europe à dicter une fois de plus leur loi, celle des multinationales, au reste du monde. 

Il n’y a pas de fatalité. Qui résiste existe.


 

La révolte des salariés roumains des multinationales  

 

Dacia

Les syndicats de Dacia ont annoncé une grève pour dimanche. Ils pourraient être suivis par ceux de Michelin qui dénoncent des conditions de travail inhumaines. « Nous essayons de faire respecter la législation roumaine sur le travail dans notre usine : jusqu’ici, nous n’avons pas réussi ». Romsteel Cord SA, filiale 100 % Michelin, installée depuis 2004 à Zalau en Tranylvanie Trois cents employés, deux cents syndiqués, et une exaspération qui va croissant.Fatigués de promesses non tenues de la direction et des conséquences au quotidien d’un bras de fer de plus en plus tendu, les représentants locaux du syndicat Metarom ont convoqué la presse au début du mois de février pour exposer leur malaise, et dénoncer des conditions de travail « dures, fatigantes, inhumaines » . « On dirait que notre programme de travail  a été conçu spécialement pour la Roumanie, afin d’exploiter au maximum la force du travail », s’insurgent dans un communiqué les ouvriers de l’usine de fabrication de cordes en acier.

 Horaires pénibles, jours de repos obligatoires non respectés, heures supplémentaires rémunérées de façon illégale : la liste de leurs récriminations est longue.« Les employés travaillent sept jours par semaine, en flux continuel », détaille le communiqué qui précise que les patrons essaient de camoufler les heures supplémentaires en offrant des compensations sous la forme de primes». C’est ainsi que certains employés se voient affectés à deux sessions de travail consécutives, sans repos. Le tout, avec des standards de production si élevés que « les travailleurs, exténués, ne parviennent pas à les remplir et voient leur salaire diminuer en conséquence ». A quoi s ‘ajoutent les jours de congé non effectués, dont la moyenne s’élève, pour 2006, à 10 jours par salarié, l’embauche systématique en contrat à durée déterminée, que la loi prévoit comme une exception . Et des périodes d’essai qui peuvent atteindre 18 mois, selon Meterom, qui dénonce le chantage fait alors aux ouvriers : faute de respecter les « règles imposées par le patron – heures supplémentaires, standards de production élevés, non-adhésion aux syndicats », le contrat n’est pas renouvelé.Autant de griefs que la direction du groupe Michelin se refuse « pour le moment » de commenter, de « peur de nuire aux négociations en cours avec les syndicats pour le renouvellement du contrat collectif ».

Quoiqu’il en soit, pour les employés de Michelin en Roumanie, c’est le désenchantement. Révolue l’époque où « être embauché par la filiale d’une multinationale sérieuse était un exploit » en Roumanie, et où « les syndicats descendaient dans les rues pour réclamer la privatisation de leur usine, et son rachat par  « de véritables investisseurs », note ainsi l’éditorialiste de Gandul, un quotidien roumain. Désormais, l’idée de grève fait son chemin chez les salariés de Michelin, qui suivront peut-être l’exemple de leurs confrères de Dacia, la filiale de Renault à Pitesti : les syndicats y ont appelé les 11.000 salariés à une grève générale, s’ils n’obtiennent pas satisfaction sur la revalorisation de leurs salaires, qui n’ont pas suivi l’inflation. « On va voir ce que les salariés vont faire, reprend l’éditorial : exprimer leur colère de façon individuelle, et partir les uns après les autres pour de meilleurs salaires dans le pays ou ailleurs, ou s’exprimer collectivement, passer de la menace à l’arrêt de travail, et éprouver ce que signifie se mettre en grève face à un patron en acier ? ».

Anne Roy, Extrait de l’Humanité

 


 

POURQUOI  LE   BOMBARDEMENT  DE  NAGASAKI ?  

 

Nagasaki

 

Hiroshima n'a pas provoqué le choc escompté auprès des responsables militaires et même politiques de l'empire du Levant.  Il n'en sera pas de même le 8 août avec l'entrée en guerre de l'URSS en Manchourie qui va atteindre sérieusement le moral du Japon. Les militaires américains responsables du programme Manhattan sont déçus et vont agir dans la précipitation pour larguer la bombe au plutonium sur Nagasaki et apparemment sans l'autorisation présidentielle! Les tracts qui devaient être lancés sur les villes japonaises ne seront prêts que le 10 août. Les prétextes de ce second crime sont variés, on peut en retenir les principaux :

1) le coût de la bombe ( plus ou moins un milliard de dollars )

2) faire croire que les E.U. disposent de plusieurs bombes

3) tester une bombe au plutonium sur une population civile

4) comparaison avec Hiroshima

5)  intimider l'URSS

Hiroshima et Nagasaki, qui ne représentent que 2% des destructions des infrastructures, ont eu très peu d'impact sur les Japonais qui ignoraient la nature exacte de ce type de bombardement et le comparaient à un bombardement conventionnel de mille ou deux mille forteresses volantes. 
 
 L'entrée en guerre, le 8 août, de l'URSS a été beaucoup plus efficace pour accélérer les négociations de paix, d'autant plus que les E.U. voulaient stopper l'avance de l'armée rouge afin de se réserver exclusivement l'occupation du Japon. Enfin l'acharnement des militaires à poursuivre ce massacre inutile s'est encore manifesté avec la proposition du général Groves qui informa le président Truman qu'il disposerait vers le 12 et le 13 août de suffisamment de plutonium que pour faire exploser une troisième bombe le 17 ou le 18 août.Truman refusa.
   
Plusieurs historiens  de valeur dont Liddell Hart et Gar Alperovitz sont  arrivés à la conclusion que Hiroshima et Nagasaki ont plus contribué à déclencher la guerre froide qu'à mettre fin à la deuxième guerre mondiale. Malgré les avis des généraux Douglas Macarthur, Dwight Eisenhower et William Leahy, qu'il n'y avait pas de nécessité militaire à utiliser le feu nucléaire, Truman en a décidé autrement. Ainsi l'occupation de la Manchourie, l'invasion de la Chine, Pearl Harbor, les sévices subis par les prisonniers américains et anglais et les milliers de femmes coréennes soumises aux divertissements des militaires japonais ont été vengés.  Une logique qui ne peut mener qu'à une escalade dans l'horreur et l'apocalypse. 
 
 Quant à l'histoire elle ne retiendra, le plus souvent, qu'une contre-vérité et une énormité, à savoir, que la bombe a mis fin à la guerre et qu'elle a épargné la vie à 500.000 ou 1.000.000 de soldats américains soit une fois et demi ou trois fois plus que toutes les pertes subies par l'armée des Etats-Unis pendant la seconde guerre mondialeLa sacralisation de la bombe a commencé.
   
    Pierre Piérart

 

L’économie américaine : une récession en perspective   

 

Deficit

 

La Riposte a souvent attiré l’attention de ses lecteurs sur l’évolution de l’économie américaine, dont l’importance en fait un facteur majeur dans les perspectives économiques pour l’Europe et la France. Dans un texte publié en 2006, nous écrivions : « Le PIB des Etats-Unis, qui représente 39 % de la production mondiale, a crû de 3 % en 2003, puis de 4,4 % en 2004. Son taux de croissance se situera aux alentours de 3,4 % en 2005. Cependant, cette croissance repose essentiellement sur la spéculation immobilière et la consommation des ménages qui reposent, à leur tour, sur une expansion massive du crédit. Le recours au crédit, aux Etats-Unis, a atteint des proportions absolument colossales.  En mars 2005, la dette totale de l’administration, des entreprises, du secteur financier et des ménages américains s’élevait à 40 000 milliards de dollars ! Cette somme représente 137 000 dollars pour chaque homme, femme et enfant américains. L’endettement des ménages s’élève à 10 300 milliards de dollars, soit en moyenne 103 % des revenus annuels des  ménages.  La seule dette fédérale toujours en mars 2005 était de 7 600 milliards de dollars. Le taux d’endettement ne cesse de croître, et ce, à un rythme bien supérieur à la croissance de l’économie. Globalement, pour chaque dollar emprunté, la richesse créée n’est que de 23 cents. « Pour le moment, l’endettement des ménages américains poursuit sa spirale haussière en raison de l’envolée spectaculaire du marché de l’immobilier. Le prix du mètre carré a augmenté de 73 % depuis 1997. Lorsque cette « bulle spéculative » éclatera, la chute de la valeur des biens immobiliers plongera des millions de familles américaines dans le surendettement, déclenchant une contraction brutale de la demande intérieure. Le chômage augmentera brusquement. A l’heure actuelle, 85 % des nouvelles embauches reposent sur le secteur immobilier ou sur la hausse de la consommation des ménages.                                

« Au moyen d’un endettement colossal, le capitalisme américain est allé au-delà de ses capacités économiques réelles. S’il n’est pas possible de prévoir le moment exact où l’économie américaine entrera dans une phase de contraction, il est certain que celle-ci interviendra inévitablement, à un certain stade. »                                 

Depuis la publication de ces lignes, les contradictions dans l’économie américaine n’ont eu de cesse de s’accumuler. L’endettement de l’Etat s’est encore aggravé. Il a dépassé la barre des 8800 milliards de dollars. Le financement de la guerre en Irak que les Etats-Unis sont en train de perdre coûte 9 milliards de dollars par mois. Les dépenses militaires (600 milliards par an) servent de justification à l’amputation des budgets de la santé, de l’éducation et des dépenses sociales en général. Le nombre de citoyens américains qui sombrent dans la misère même selon les statistiques officielles de l’administration Bush augmente de plus d’un million de personnes par an. On en compte désormais 37 millions. Aux Etats-Unis, comme en Europe, la croissance du PIB ne profite pas à la masse de la population. Au contraire, cette croissance se réalise sur la base d’une dégradation des conditions de travail et de suppressions d’emplois massives, notamment dans le secteur industriel.                               

Déficit commercial massif                               

Le déficit commercial des Etats-Unis s’aggrave. En 2006, il a atteint 857 milliards de dollars. Rien que pour financer ce déficit, les Etats-Unis doivent lever des emprunts à hauteur de 2 milliards de dollars par jour ! Le  principal facteur qui alimentait la demande intérieure était le marché de l’immobilier. Les Américains contractaient des emprunts gagés sur la hausse de la valeur de leur logement. Mais aujourd’hui, comme nous l’avions prévu dans l’extrait ci-dessus, la « bulle spéculative » est sur le point d’éclater. Le marché se retourne. Les logements neufs se vendent mal. La construction dégringole. Le nombre de permis de construire a chuté de 20 % en un an. Les hausses successives des taux d’intérêt, destinées à freiner l’endettement, augmentent les mensualités des foyers endettés. Les défauts de paiement chez les emprunteurs se multiplient. En 2006, une vingtaine d’organismes spécialisés dans les prêts à risque, destinés aux acquéreurs disposant de peu d’apport ou présentant un profil de crédit fragile, ont suspendu l’octroi de prêts ou ont déposé leur bilan. La hausse des taux d’intérêt, conjuguée à la baisse du marché de l' immobilier, est en train de miner la demande intérieure, alors que la position des Etats-Unis sur les marchés extérieurs est déjà gravement menacée par la concurrence de la Chine et de l’Inde, entre autres. Les ventes de biens manufacturés ont chuté de 7,8 % en janvier 2007, par rapport à janvier 2006. Si on enlève les ventes d’avions, qui pèsent lourdement dans la baisse, la chute des ventes des autres biens manufacturés électroménager, ordinateurs, etc. était encore très sensible (-3,1 %). La concurrence sur le marché intérieur est tout aussi rude. L’industrie du textile américaine a quasiment été détruite par la concurrence des importations à bas prix. Il faut se méfier des bulletins, publiés par l’administration américaine, qui se félicitent des « créations d’emplois ». Car ce que ces bulletins ne précisent pas, c’est la qualité des emplois en question. Chaque mois, des dizaines de milliers d’emplois industriels sont supprimés. La situation est la même dans le commerce et les services. Souvent, il s’agit de délocalisations dans des pays où le salaire est inférieur à un dollar de l’heure. Les salariés américains jetés sur le pavé au nom de cette course aux profits doivent alors se débrouiller comme ils le peuvent, et accepter n’importe quel travail précaire pour éviter le pire.  

 

Répercussions en Europe                               

L’ancien président de la Réserve Fédérale, Alan Greenspan, a évoqué la possibilité d’une récession économique « dès les derniers mois de 2007 ». Il est tout aussi possible que la récession américaine intervienne plus tard. Mais une chose est certaine : elle aura lieu dans un avenir relativement proche. Et le retournement à venir aura des répercussions colossales à l’échelle internationale, y compris en France, où le parasitisme des capitalistes a mené à une quasi stagnation économique et à une baisse du niveau de vie de la masse de la population, même pendant la période d’expansion du commerce international. En France, la contraction du volume des échanges internationaux entraînera une baisse absolue de la production, et les capitalistes, soucieux de défendre leurs profits, lanceront alors une offensive majeure contre les droits et les conditions de vie des travailleurs. Les luttes qui nous attendent ne laisseront pas de place à ces panacées futiles ?

 


 

 

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10/08/2007

 

 

L'industrie automobile : historique. 
panhard
En 1889, les ingénieurs français Panhard et Levassor découvrent le moteur Daimler (moteur à essence). Cette découverte est un événement majeur dans l’histoire de l’automobile. Un an plus tard, ils obtiennent le droit de le fabriquer et la société Peugeot se charge de l’installer sur des véhicules. Elle devient ainsi le premier fabriquant en série de voitures. Un an plus tard, Benz se lance à son tour dans ce domaine.
 La course Paris-Bordeaux prouve alors la supériorité de ce genre de moteur sur les moteurs à vapeur les plus perfectionnés. A la fin des années 1890, Benz produit plus ou moins 2500 voitures et s’impose du coup comme le premier constructeur d’un marché qui va en augmentant. En 1902, la société allemande Daimler acquiert une filiale en Autriche et devient ainsi la première multinationale de l’histoire de l’automobile. Les ventes d'automobiles augmentent énormément. Renault qui produisait 6 voitures en 1898 en commercialise près de 4500 en 1913. Les voitures commencent même à être produites en série dès 1902. En 1908, le modèle Ford T est produit de manière standardisée. Cela permet de changer les pièces plus facilement et de diviser la fabrication en une multitude de phases plus simples à réaliser. Cela permet également de produire des véhicules à des prix de plus en plus bas. Une automobile quitte l'usine toute les 10 secondes et permet un rendement de 2 millions de voitures par an. Les gouvernements européens pour protéger leurs productions de celles des Américains installent des quotas et des tarifs douaniers spécifiques. L’industrie américaine est dominée par général Motors s'imposant grâce à une meilleure stratégie commerciale que son meilleur concurrent, Ford. En Allemagne, le marché est dominé par Opel, Mercedes, Benz et Auto Union. En France, Renault, Peugeot et Citroën sont les plus grands. De l’autre coté de la Manche, Ford, Vauxhall, Standard et Rootes suivent les 2 entreprises dominant le marché : Morris et Austin. A partir de 1945, l’évolution du marché vers une rentabilité et la recherche des profits font encore diminuer le nombre de constructeurs. Par exemple, au Royaume-Uni, les principaux producteurs fusionnent pour former, dans les années 60, British Leyland qui deviendra Rover en 1986. Cette industrie dominée par des entreprises titanesques a cependant connu quelques bouleversements comme l’avènement de la production japonaise. Cette industrie nippone va, en effet, passer de 165.094 unités en 1960 à 10 millions en 1990. Les entreprises japonaises et les européennes sont, en effet, avantagées par un manque d’adaptation des véhicules américains aux marchés extérieurs et un changement des législations douanières. Depuis la fin des années 80, des pays comme la Corée du Sud semble devenir de plus en plus importants sur le marché automobile. A l’heure d’aujourd’hui, ce ne sont plus les entreprises asiatiques qui font peur aux Européens mais plutôt ceux-ci qui gagnent des parts sur le marché asiatique avec leurs modèles. En effet, ces marchés attirent les européens qui rachètent des constructeurs asiatiques comme Renault qui achète Nissan. Aujourd’hui, les plus grandes entreprises sont Général motors suivie de Ford, Toyota puis Volkswagen,… Les 6 premiers constructeurs mondiaux fabriquent 61% de la production mondiale, ce qui montre bien que c’est un marché totalement oligopolistique (1). La demande d'automobile continue d'augmenter et des chiffres comme 1 voiture pour 515 et 264 habitants respectivement en Chine et en Inde sont pour le moins prometteurs. Mais l'industrie automobile est confrontée à un défi technologique et social. Les crises du pétrole et l'augmentation de son prix favorisent la recherche pour des véhicules à faible consommation d'énergie, ainsi que de nouvelles méthodes de fabrication. Des efforts sont faits pour produire des véhicules plus légers, des voitures plus aérodynamiques, des moteurs plus rentables pour optimiser la consommation de carburant. Car dans la plupart des pays, des taxes ont été ajoutées au coût des carburants. Les USA ne l’on pas fait de manière assez importante ce qui explique pourquoi les consommateurs américains continuent à porter leur dévolu sur de toutes grosses voitures. Les problèmes d’environnement dus aux émissions de gaz d’échappement, les difficultés de circulation, le bruit,… ont incité les pays industrialisés à adopter des lois pour diminuer ces nuisances. L’utilisation de pots d’échappement catalytiques est une de ces mesures. Les systèmes de navigation permettant de réduire les encombrements et de réduire la distance des parcours sont aussi une solution. Un autre grand enjeu pour les constructeurs d’automobiles est l’augmentation de la sécurité grâce à l’abs, aux air bag et à une plus grande solidité de l’habitacle. Au début la concurrence des voitures japonaises fut très rude grâce à des prix réduits et à une fabrication de qualité. Cela n’était pas du à un système de bas salaire mais grâce à une optimalisation des systèmes de fabrication. En effet, les véhicules étaient conçus pour être facilement montés et la robotisation accélérait la fabrication. Toutes ces qualités ont amené une croissance gigantesque et rapide de la production et de l’exportation des marques japonaises. Grâce à cela, les entreprises nippones ont obtenu jusqu’à 30% de la production mondiale de voiture. Ce qui a amené les américains pour favoriser leur profit à persuader les japonais, dans les années 80, à limiter volontairement leurs efforts de vente d’une part et leurs importations d’autre part. Ils leur permettaient en contrepartie de construire des voitures sur le sol américain. Les japonais vendaient leurs voitures aux USA et les Américains favorisaient leur industrie. Cette pratique s’est également répandue en Europe. Cela a permis au japonais de s’infiltrer dans ces différents marchés de manière encore plus efficace. Le marché de l’automobile a un impact très important sur les emplois, les investissements, sur le commerce extérieur et l’environnement donc très important aux niveaux social, économique, politique,… En Europe, 10% de la production industrielle est occupée par le secteur de l’automobile et elle occupe 9000.000 de personnes. Encore plus impressionnant, 10% de la population active de la France travaille dans ce secteur. (1)Oligopole : L’oligopole est un marché où l’on retrouve un nombre très important de demandeurs pour un nombre extrêmement limité d’offreurs. Le profit de chacun des offreurs dépend de ceux des autres offreurs. Les offreurs peuvent de cette manière imposer de façon plus facile les prix qu’ils désirent. David Mercier
La production de voitures belges. 
Minerva_a_carrosserie_D_Ieteren_circa_1930
La production belge d'automobiles a connus son heure de gloire avant la première guerre mondiale. Nos marques nationales rivalisaient alors avec les constructeurs internationaux les plus prestigieux.
 Notre industrialisation précoce nous a rapidement lancé dans l'aventure de la construction de voitures. En 1894, la Vincke est la première voiture commercialisée en Belgique. Elle était à l’origine conçue dans un atelier malinois de garnissage de wagons de chemin de fer. De 1900à 1914, la Belgique connaît un âge d’or au niveau de son industrie automobile. Le marché belge pullule de marques fabriquant des engins de qualité mais dont les prix restent très compétitifs. Nos modèles remportent un vif succès à l’étranger puisque les ¾ de notre production suit le chemin de l’exportation. En 1914, la Belgique est une des nations les plus importante au niveau du marché international des automobiles. Nos marques les plus importantes étant Minerva, Imperia et Miesse. Mais la guerre aura raison de cet essor. La raison véritable de ce mal n’est pas comme on pourrait le croire la mise à sac des usines mais la fin du libre échange. En effet, juste après la guerre, différents pays adoptent un protectionnisme économique mettant fin à une grande partie des exportations belges. Minerva continue tout de même à s’imposer comme une très grande marque, Excelsior et Imperia se tournent vers des voitures plus élaborées qui sont de véritables succès et Pipe se consacre exclusivement aux camions. Malheureusement, les années 30 sont un véritable déclin pour cette industrie. Alors que le secteur subit de grands bouleversements techniques comme les carrosseries tout en acier, la traction avant, et les roues indépendantes,…, la Belgique ne dispose pas d’assez de moyens financiers pour faire face à la crise économique. C’est ainsi que les années 30 voient progressivement la production purement belge se transformer en une activité de montage de modèles étrangers tel que nous le connaissons à l’heure actuelle. Toute activité d’invention et de recherche disparaît, seul la production pure et simple reste. Imperia incapable de renouveler ses modèles se procure la licence d’une voiture très moderne, l’Adler qui est une voiture allemande à traction avant. Cependant, les modèles utilitaires, eux, résiste en Belgique jusqu’après la seconde guerre mondiale. Notre pays fabrique encore quelques années d’excellents camions et des autobus de qualité. Après cette seconde guerre mondiale, c’est la véritable fin de toutes les usines belges qui ne résistent pas à la concurrence étrangère. David Mercier

L'Europe vue de l'usine VW de Forest

 Par Francis Wurtz, eurodéputé, président du Groupe de la Gauche Unie 
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Le hasard du calendrier vient de faire se succéder à 48 heures d'intervalle, et dans la même ville, Bruxelles, la puissante manifestation européenne de solidarité avec les travailleurs de Volkswagen et un forum parlementaire, réunissant des élus nationaux et européens pour réfléchir à l'avenir de l'Union et de son ex-projet de constitution (lundi 4 et mardi 5 décembre).
Quel rapport entre les deux événements ?Le principal délégué syndical de l’usine VW de Forest a, en quelque sorte, répondu à cette question, en me disant, à la fin de notre chaleureux et émouvant entretien dans l’entreprise occupée : « En fait, avait-il dit en conclusion, nous n’avons pas assez d’Europe . Mais c’est une autre Europe qu’il nous faut ! » .Auparavant, lui-même et ses camarades avaient décrit avec exaspération la stratégie de mise en concurrence systématique des travailleurs européens qui fait actuellement fureur. « Nos camarades allemands ont subi un chantage énorme à l’emploi, pour leur faire accepter de rallonger la durée de travail sans augmentation de salaire. Ils sont des victimes, comme nous », avait souligné dignement l’un d’eux. « On nous fait miroiter, à notre tour, l’arrivée possible d’un nouveau modèle sur notre site … en 2009, mais nous rappelant … que le salaire horaire ( coût horaire du travail, NDLR ) est aujourd’hui de 40 euros en Belgique contre 7 à 8 euros en Europe centrale et orientale ! » ajouta, indigné, un autre . La menace est grossière ! « Les gens ne comprennent pas que l’Europe laisse le champ libre aux manœuvres des multinationales. On veut que cela bouge au niveau européen, qu’il y ait de vraies avancées sociales pour tous. On ne veut pas du libéralisme. La gauche doit se prononcer clairement ! », avait insisté la FGTB.Je me suis naturellement saisi de cette expérience toute fraîche pour mettre «quelques « pendules à l’heure » lors de la conférence parlementaire qui a suivi. Inutile, en effet, de chercher midi à 14 heures pour savoir où la crise de confiance des citoyens, vis-à-vis des institutions européennes, prend sa source. Si cette stratégie de « réduction des coûts salariaux », de « flexibilité » des conditions de travail, de primat des actionnaires, de chantage à la délocalisation continuait de se développer librement, quel bond en arrière en perspective ! Personne ne peut accepter ça ! Même les plus modérés se disent : « si l’Europe n’est pas capable d’empêcher les grands groupes de raboter tous nos acquis sociaux, à quoi sert-elle ? ».Quant aux plus lucides, ils mettent, avec raison, directement en cause les orientations et les structures libérales de l’actuelle construction européenne, ainsi que les responsables politiques qui les mettent en œuvre.La Commission européenne ne prépare-t-elle pas, en ce moment même, un document sur l’  « adaptation » ou la « modernisation … du droit du travail ?Le Conseil (des ministres européens) ne vient-il pas d’échouer à réviser la scandaleuse directive sur le temps du travail, qui permet aux pays qui le demandent de dépasser le maximum de 48 heures par semaine pour le porter à 67 heures, voire davantage ?Le Parlement européen ne vient-il pas d’adopter la « directive Bolkestein », dans une mouture encore en recul sur son premier vote ? Voilà où il faut porter le fer quand on veut parler sérieusement d’ « avenir de l’Europe » : quelles ruptures sont nécessaires pour répondre à des aspirations qui ne cessent de grandir dans toute l’Europe ? La sécurisation de l’emploi pour tous, des moyens pour vivre et de vrais droits sociaux ?Parmi les salaires rencontrés, en tout cas, il y a un vif intérêt pour nos propositions en la matière : le crédit sélectif ( peu cher pour investissements créateurs d’emplois, et très cher pour les opérations financières ) pour responsabiliser les entreprises, une politique volontariste ( recherche, énergie, développement harmonieux des territoires, services publics, gigantesque effort de formation … ) pour anticiper les mutations nécessaires, et aussi  des mesures de défense commerciale contre la guerre économique et les attaques des grands prédateurs du « marché mondial » .Au fait, personne n’a tiqué parce que le président de notre groupe de la Gauche unitaire européenne est communiste …

Entreprises publiques : une première en Belgique 

Des patrons mis à nu

 
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our pousser le privé à être transparent en matière salariale, le secrétaire d’Etat aux entreprises publiques montre l’exemple.Les grosses entreprises privées rechignent à publier la rémunération de leur patron ? Qu’à cela ne tienne, le secteur public va montrer l’exemple. En réponse à une question de la parlementaire Annemie Roppe (Spirit ), le secrétaire d’Etat aux Entreprises publiques Bruno Tuybens a rendu publics, mardi, les salaires bruts (charges patronales comprises) des patrons de Belgacom, La Poste et la SNCB .C’est Didier Bellens, de Belgacom, qui est le mieux loti des trois. Il perçoit un maximum de 2,040 millions d’euros brut par an, dont 1,025 millions d’euros brut sont fixes. Le reste du montant est variable. Le patron de Belgacom peut en plus disposer de 400.000 euros d’options sur actions.Le salaire du patron de La Postez Johnny Thijs est de maximum 830.000 euros brut par an, dont 630.000 euros brut sont fixes. Lorsqu’il réalise les objectifs fixés (par exemple, le taux de courrier Prior qui arrive en j + 1), il peut atteindre les 830.000 euros brut.Les trois dirigeants de la SNCB – Jannie Haek (Holding), Marc Descheenmaecker (SNCB) et le patron de l’infrastructure Luc Lallemand (Infrabel) – reçoivent, quant à eux, chaque année, entre 400.000 et 500.000 euros brut . Un quart du montant est variable.Ces disparités peuvent étonner. « Ce n’est pas le gouvernement qui décide de ces montants, mais bien les conseils d’administration des entreprises, explique Bruno Tuybens. Ceux-ci décident en fonction du marché ». C’est ainsi que le patron de Belgacom est le mieux payé, son salaire étant proportionnel à ceux pratiqués dans le secteur des télécoms. Des salaires plus variables « Dans le cadre de mes efforts pour que nos entreprises publiques soient des entreprises socialement responsables, j’estime qu’il était de ma responsabilité de faire toute la transparence sur la rémunération de leurs dirigeants, explique Bruno Tuybens . Le consommateur et le contribuable ont le droit de savoir ».Le secrétaire d’Etat ajoute qu’il voudrait, à l’avenir, faire dépendre, encore plus que maintenant, la partie variable du salaire des résultats de l’entreprise, de la satisfaction des clients et de la qualité du service.Cette sortie du secrétaire d’Etat Bruno Tuybens n’est pas innocente. Au Parlement, on discute depuis plusieurs semaines de la loi Picanol, qui vise à rendre publiques les rémunérations individuelles des managers des sociétés cotées. Pour 2004, seules cinq sociétés ont accepté de publier la rémunération de leur patron. Chez Fortis, par exemple, la fonction de CEO a été rémunérée à hauteur de 2,7 millions d’euros. Chez Dexia, Pierre Richard a perçu 1,75 million, et chez Mobistar, Bernard Moscheni a perçu 0,6 million.En moyenne, selon le consultant américain Towers Perrin, la rémunération des patrons belges est de 763.000 euros. Jean- François Munster  (Extrait du Soir)
Les milliardaires vous saluent bien 
milliardaires

Le magazine américain Forbes vient de publier son traditionnel classement annuel des milliardaires.
La planète compte 793 milliardaires (en dollars).Une bonne nouvelle (pour eux !) : ces milliardaires sont toujours plus riches.Les 10 plus grosses fortunes au monde pèsent autant que le produit intérieur brut de 17 pays africains.Les Etats-Unis abritent le plus de milliardaires (371). Suivent l’Europe ( 196 ), l’Asie ( 115 ) et l’Amérique latine ( 33 ).L’Afrique est absente de la liste, toujours conduite par le cofondateur de Microsoft, Bill Gates ( avec une fortune de 50 milliards de dollars ), Warren Buffett, à la tête du fonds d’investissement Berkshire Hathaway ( 42 milliards ), le magnat mexicain des télécoms, Carlos Slim ( 30 milliards ) …Parmi ces milliardaires, seulement 78 femmes.La richesse est sans limites, la pauvreté aussi : un rapport des Nations unies a rappelé qu’à côté de ces 793 heureux ( ?) milliardaires, 971 millions de personnes vivent avec moins d’un dollar par jour ! Cherchez l’erreur … Extrait du JDM

 

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20/07/2007

 

Parlement européen: L’arbre fasciste qui cache la forêt d’extrême droite

Non

Le groupe «Identité, Tradition, Souveraineté» voit le jour et met en valeur quelques personnages pitoyables. A vingt, ils se qualifient pour constituer un groupe parlementaire.
La constitution de la fraction d’extrême droite «Identité, Tradition, Souveraineté» au parlement européen est un non-événement par excellence. Les parlementaires
fascisants, nationalistes, régionalistes, souverainistes, ultra cléricaux, anticommunistes, antieuropéens, populistes, de la droite dure, de la droite nationale, de la droite extrême foisonnent au Parlement Européen, au sein du groupe «Indépendance et Démocratie», ou parmi les députés de l’«Union pour l’Europe des Nations». C’est le cas des élus polonais de «Droit et Justice» et de la «Ligue des familles polonaises», des français du «Mouvement pour la France», des Britanniques du «Parti indépendant»… Il en restait quelques-uns, interdits de séjour dans les fractions constituées parce que trop mal élevés ou

trop … trop. Ce sont ces «bêtes de scène» qui forment désormais leur petit club, comme ce fut déjà le cas entre 1984 et 1994 sous la houlette de Jean-Marie Le Pen. Profitant de l’intégration des eurodéputés roumains et bulgares, Bruno Gollnish, bras droit de Jean-Marie Le Pen, récemment condamné pour ses propos négationnistes, préside une sinistre équipe de «bras cassés» dont la principale qualité pourrait être de ne pas s’aimer beaucoup. Quoi qu’il en soit, autour des sept élus du Front National français qui n’apprécient pas les gens de l’est qui «déferlent» sur le France, s’agglomèrent un Britannique antiroumain, trois Belges régionalistes flamands, deux Italiens dont Alessandra Mussolini, un Autrichien déjà nostalgique de Jörg Haïder et les nouveaux venus, cinq Roumains et un Bulgare. Si Marine Le Pen était à la recherche d’une respectabilité quelconque, ses nouveaux petits camarades à Bruxelles et Strasbourg vont grandement participer à la rendre plus sympathique encore auprès des modérés hésitants à la considérer comme «moins pire» que son père. Ses cinq confrères roumains sont issus du Parti de la Grande Roumanie, «Romania Mare», dont le chef incontesté Corneliu Vadim Tudor réclame la Bucovie ukrainienne et la Moldavie pour reconstituer la Grande Roumanie de ses rêves. Accessoirement il dénonce le péril magyar et considère que les juifs sont la source de tous les maux: «L’Occident capitaliste juif veut voler la Roumanie et l’a contaminée par des mœurs dissolues et le sida». Le seul représentant bulgare vient du parti nationaliste et populiste Ataka, fondé par un journaliste anticommuniste, Volen Siderov, xénophobe particulièrement antiturc, antirom, antigitan.

Ne pas se tromper d’adversaire

C’est la haine des autres qui unit ces vingt députés. Sur les 785 élus qui peuplent le parlement européen, ils pourraient n’être qu’un moindre mal. Ils ne constituent pas un danger immédiat, ils servent une droite dite modérée, plus arrogante que jamais, dont l’aile la plus réactionnaire n’est guère éloignée de ces excessifs qui dérangent sans doute, mais dont le fonds de commerce ne pose pas de problème: l’extrême droite ne remet pas en question l’ultralibéralisme qui prévaut chez les conservateurs, même si elle en conteste la vision européenne ou mondiale. Après tout, la fraction «Identité, Tradition, Souveraineté» est opposée à une Europe unitaire, bureaucratique et à un super état européen et s’engage en faveur de la famille traditionnelle en tant que trait d’union naturel de la société.
Combattre l’extrême droite est la moindre des obligations pour les progressistes, mais pas au risque de se tromper d’adversaire: il y a vingt ans déjà, le chasseur de nazis Simon Wiesenthal mettait en garde contre le danger de laisser diffuser la discours de la droite extrême dans les milieux conservateurs et modérés. Il n'est pas superflu de reconsidérer l’avertissement. Dans les milieux dirigeants, partout en Europe, en Suisse aussi, au nom d’une gestion «responsable», les discours et les engagements les plus contestables s’actualisent: la remise en question des lois les plus solidaires, l’insistance pesante des préférences nationales, la limitation des services publics réunissent les conditions d’une société dont l’individualisme est le cheval de bataille. Entre ceux qui hurlent avec les loups de Roumanie, de Bulgarie ou de Flandre et ceux qui sapent les acquis sociaux et recréent d’autres frontières parce qu’ils disent le droit en divisant les citoyens, il existe une communauté idéologique.

Dan Rajtberger

Gauchebdo, Suisse, février 2007


Pourquoi les partis socialistes ont-ils failli?

 

éléphants-socialistes

Très souvent, on me demande comment j'explique que les partis socialistes, eux dont c’était le premier devoir, n'ont pas, depuis le début des années quatre-vingt, résisté à la mondialisation néolibérale. En Belgique comme en France, où le mouvement ouvrier a été imprégné par un idéal socialiste très longtemps soucieux de se démarquer de la social-démocratie, cette question est lancinante.

Une première réponse me semble évidente : le poids grandissant qu’ont pris les experts auprès des politiques à un moment où la mondialisation voulue par le patronat requerrait de la part des politiques une plus grande capacité à faire des choix. Le plus souvent les socialistes s’en sont remis à leurs experts. Ceux-ci, au nom d’une science économique qui n’a de science que le nom, étaient tout disposés à fournir les alibis techniques à des choix présentés comme inéluctables. Les experts ont rationalisé un slogan irrationnel : « Il n’y a pas d’alternative ». L’effacement socialiste, c’est d’abord le triomphe de la technocratie sur la démocratie.

Une deuxième réponse est tout aussi manifeste : l’extrême difficulté qu’ont eu les élus socialistes, crispés sur les problèmes de leurs circonscriptions ravagées par la crise charbonnière puis sidérurgique, à s’investir dans l’européen et l’international. Pour s’en convaincre, il était flagrant de constater, par exemple dans les travaux parlementaires, la différence d’intérêt pour ces matières entre les élus de droite, relais zélés d’un patronat qui a occupé d’emblée l’espace supranational, et ceux de gauche.

Au-delà de ces constats de portée générale, la réponse n'est pas la même au Nord et au Sud de la frontière franco-belge. En Belgique, les socialistes, après la deuxième guerre mondiale, ont placé tous leurs espoirs dans la construction européenne. Le rôle joué par Spaak, un des « pères fondateurs », a été déterminant. Cette adhésion sans réserve les a désarmés lorsqu’il est devenu manifeste que l’harmonisation économique et commerciale ne s’accompagnait pas d’une harmonisation sociale et que le  primat de la concurrence devenait la machine à détruire les acquis sociaux. En dépit de ses dérives néolibérales, le projet européen, tel qu’il est mis en œuvre, demeure au PS un sujet tabou. Cela se traduit par un refus de s’opposer radicalement aux initiatives de la Commission européenne. Même quand cela signifie la destruction de ce pour quoi des socialistes se sont tant battus au 19ième  siècle et pendant une bonne partie du 20ième.

En France, la dérive vers le social-libéralisme résulte d'une conjonction de deux phénomènes : l'arrivée au pouvoir d'un personnage extrêmement ambigu, François Mitterrand, et la montée en puissance d'un courant dans le PS, mais aussi dans le syndicalisme (la CFDT d’Edmond Maire), baptisé "deuxième gauche" et incarné par des personnalités de conviction chrétienne tels que Jacques Delors et Michel Rocard. La deuxième gauche française, c’est un peu l’équivalent du Mouvement Ouvrier Chrétien belge.

A la différence de chrétiens de gauche comme François Houtart en Belgique ou Jacques Gaillot en France, convaincus que l’opposition entre exploiteurs et exploités demeure la grille d’analyse pertinente, les chrétiens de la "deuxième gauche", clament eux la nécessité de dépasser la lutte des classes pour arriver au "dialogue social" entre "partenaires sociaux" et réaliser des compromis dans le cadre d'un réalisme respectueux des contraintes économiques. Ce qui se traduit par la soumission du politique à l'économique. C'est la capitulation devant un patronat qui a compris qu'il est possible de revenir sur cent cinquante ans de conquêtes démocratiques et sociales en subordonnant les États à des institutions supranationales vouées au libéralisme économique le plus débridé et dotées de pouvoirs contraignants telles que l'Union européenne ou l'Organisation Mondiale du Commerce.

Avec Delors, la deuxième gauche est à l'origine du "tournant de la rigueur" de 1983, de l'Acte unique européen de 1986, du traité de Maastricht négocié en même temps que la création de l'OMC. Les flexibilités, les dérégulations, les libéralisations décidées alors ont créé les inégalités, la précarité et la pauvreté d'aujourd'hui.

Cette victoire de la deuxième gauche au sein du PS rend possible l'émergence d’une Ségolène Royal conseillée par un Pascal Lamy formé par Delors. Aujourd’hui, elle espère faire franchir à la société française une nouvelle mutation : celle qui effacera définitivement l'approche par la lutte des classes et mettra en place un bipartisme à l'américaine. A moins que le peuple français n'en décide autrement. Comme un certain 29 mai.

 

Raoul Marc Jennar                             

Extrait du Journal du Mardi

 


Explosion des budgets publicitaires en 2006.

 

budgets-publicitaires

Selon les données du CIM, les annonceurs ont investi plus de 2,8 milliards d’euros en publicité dans les grands médias en 2006. Sans surprise, la TV arrive en tête des médias ayant « bénéficié » des investissements publicitaires (34,4%), suivie des quotidiens (24,5%), de la radio (11,4%), des magazines (10%), et de l’affichage (7,9%). Ce montant ne concerne que les grands médias. La somme totale consentie pour les dépenses publicitaires est elle plus élevée encore même si elle est difficile à évaluer avec exactitude.

 

En 2004, selon le même organisme, ce montant était de 1,6 milliard d’euros ce qui fait une progression de 75% en 2 ans. Cette somme représente aujourd’hui pour la première fois plus de 1% du PIB, un PIB qui bien évidemment ne progresse pas au même rythme.

 

Le consommateur paye la facture. Ainsi que diverses études l’ont montré, la somme que les industriels consacrent à la publicité de leurs produits est directement répercutée sur le prix de ceux-ci. En d’autres termes, même s’ils en sont peu conscients, ce sont les consommateurs qui payent la facture, forme insidieuse de « cotisation publicitaire ». Et celle-ci n’est pas mince puisqu’à la lumière des derniers chiffres, elle s’élève à environ 300 euros par personne et par an.

 

Un comparatif un peu effrayant.

 

L’adage populaire veut que la comparaison ne soit pas raison. Il est toutefois significatif de comparer cette somme aux budgets de secteurs importants de notre état. Un petit coup d’œil sur le budget fédéral 2006 permet par exemple de se rendre compte que nous cotisons beaucoup moins pour la justice (1,4 milliard d’euros) ou la coopération au développement (1,3 milliard d’euros) que pour cet outil de formatage de nos désirs et de nos besoins.

 

Il est piquant de constater également que nous « cotisons » même d’avantage pour cette armée de la pensée unique que pour la grande muette (2,7 milliards d’euros) ou pour la police fédérale (1,5 milliard d’euro).

 

Un cercle vicieux.

 

Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux : la publicité crée artificiellement l’envie d’acheter chez le consommateur. Elle est payée par celui-ci « à l’insu de son plein-gré ». Elle gonfle ventes et bénéfices des entreprises. Celles-ci utilisent cette manne d’argent pour réinvestir dans encore plus de budgets publicitaires.

 

Les conséquences de cette logique boulimique sont catastrophiques : surproduction, surconsommation, endettement,… Plus le budget publicitaire augmentera, plus les conséquences sociales et écologiques seront importantes, plus également la pression que le monde marchand exerce sur nos médias sera importante, plus enfin la marchandisation de chaque parcelle de notre société s’accentuera.

 

Quelques pistes.

 

On a beau jeu d’arguer de la liberté individuelle, celle-ci est dans les faits bien fragile face à l’armada des publicitaires. Noam Chomsky a parlé de liberté de choisir entre Coca-Cola et Pepsi. Pour sortir de la logique actuelle, il est important que l’Etat s’interpose entre les citoyens et les publicitaires. Il s’agit de libérer le citoyen de la pression publicitaire qu’il subit au quotidien. Il existe pour ce faire deux pistes importantes et complémentaires :

 

Réglementer strictement la publicité :

 

Interdire la publicité dans les lieux publics (voirie,

 

écoles, gares, moyens de transport publics,…), interdire la publicité à destination des plus jeunes et contrôler son contenu grâce à des organismes indépendants. A cela, il faudrait sans doute ajouter l’interdiction pure et simple de la publicité pour certains produits socialement et écologiquement nuisibles (4x4, crédits, vols low-costs,..), au même titre que pour le tabac.

 

-Mutualiser les bénéfices :

 

Une fois le budget qu’ils allouent aujourd’hui à la publicité amputé par des mesures de réglementation sur la publicité, les entreprises choisiront soit de diminuer le prix de leurs produits, soit d’augmenter leur marge bénéficiaire. En raison de la (salutaire) diminution du volume des ventes que de telles mesures devraient causer, il est fort probable qu’ils opteront pour la seconde option. Afin d’éviter ce cas de figure et en vue de réaffecter à des projets utiles cet argent, il est important de prévoir une taxe spéciale sur les bénéfices des entreprises.

 

Les sommes ainsi récoltées pourraient être directement réinvesties dans les médias publics, l’aide à la presse et à l’éducation.

Pierre Eyben


Justice

kimyongur

 

«Ses armes à lui, c’étaient son clavier, son stylo et sa voix...»

Message de Deniz, l' épouse de Bahar

 

Mon époux, Bahar Kimyongür, vient d’être condamné par un tribunal belge à cinq ans d’emprisonnement alors qu’il n’a commis aucun délit, aucun acte violent. La condamnation de mon mari signifie qu’exprimer un point de vue contestataire est passible, aujourd’hui, de plusieurs années de prison. C’est inadmissible !

 

Il est devenu si facile dans ce pays de se faire taxer de terroriste par la justice et de se retrouver derrière les barreaux ! C’est ce qui est arrivé à mon mari.

 

Pourtant, il n’avait fait que s’ériger contre la torture et l’injustice. Le 7 novembre dernier, la Cour d’appel de Gand a d’ailleurs purement et simplement criminalisé son engagement humanitaire sous prétexte qu’il rendait service à une organisation marxiste turque, le DHKP-C. Pendant six ans, mon mari a parcouru le monde pour tenter de sensibiliser des personnalités issues du monde politique, scientifique, associatif ou artistique sur le sort tragique des opposants turcs en grève de la faim. Son unique but fut de les sauver d’une mort certaine. Le malheur pour mon mari est que la quasi totalité de ces prisonniers résistants faisaient partie de la mouvance de DHKP-C.

 

Aux yeux de la justice belge, prendre leur défense équivaut désormais à « assumer un rôle dirigeant dans l’organisation ». Mon mari n’a jamais renié ses sympathies pour le DHKP-C mais son maquis à lui, c’étaient les parlements : le parlement européen, les parlements belge, italien, grec…

 

Ses armes à lui, c’étaient son clavier, son stylo et sa voix. En janvier 2002, lui et moi avions rencontré Javier Solana pour l’appeler à intervenir dans le conflit des prisons turques. La même année, il remit les signatures de 155 000 citoyens turcs et européens exigeant l’arrêt des mauvais traitements dans les prisons, à la présidence du parlement européen. Bahar est un militant chevronné toujours à l’affût d’une occasion pour défendre la cause des prisonniers politiques turcs. Il est ainsi intervenu dans des conférences dans le cadre des Forums sociaux européens à Florence, à Paris et à Londres et lors de meetings internationaux organisés à Alger (2001), à Beyrouth (2002), au Caire et à Caracas (2005).

 

En avril 2005, il organisa une tournée européenne de poètes américains en hommage aux prisonniers politiques turcs.

 

Aucune souffrance humaine ne le laissait ni laisse indifférent : ainsi, en janvier 2003, soit quelques semaines avant l’invasion américaine, il s’était rendu en Irak pour exprimer son opposition à l’occupation de ce pays. Il avait même co-organisé une manifestation à Bagdad devant la représentation des Nations-Unies, aux côtés de délégations pacifistes et anti-impérialistes venues d’Espagne, d’Autriche, des Etats-Unis et d’Italie.

 

A Bruxelles, il organisa plusieurs dizaines de manifestations devant l’ambassade US, pour protester contre l’occupation de l’Afghanistan ou de l’Irak.

 

Et l’été dernier, il marchait aux côtés du peuple libanais victime des bombardements israéliens.

 

Peu après que nous avions fait connaissance, le premier endroit qu’il me fit visiter fut le fort de Breendonk, parce qu’il ressent le martyre du peuple juif dans le plus profond de sa chair et parce que la fraternité, c’est sa religion. Le 19 janvier dernier, à la prison de Gand, lorsque le journaliste arménien Hrant Dink a été assassiné, il s’est, lui aussi senti arménien.

 

Signez l’appel réclamant la liberté pour Bahar, diffusez ce mail à toutes vos connaissances car ce sont les libertés d’expression et d’association qui sont menacées. Avec un peu d’avance, Bahar, c’est nous tous… Agissons pour le principe, avant qu’il ne soit vraiment trop tard.

 

En juillet 2006, malgré les pressions de l’Etat turc et le jeu trouble de la Belgique qui ont valu 68 jours d’incarcération à mon époux, un tribunal néerlandais a considéré l’action militante de Bahar parfaitement légale.

 

Pour éviter l’extradition de Bahar, citoyen belge, vers le pays d’origine de ses parents où il risquait au moins 15 ans de prison et la torture (puisqu’il consacre tout son temps à dénoncer les violations des droits de l’Homme commises par le régime d’Ankara et en particulier les cas de torture dans les geôles turques), nous avons déjà sollicité avec le Comité pour la liberté d’expression et d’association (le Clea) votre soutien. En quelques semaines, nous avons récolté plus de 7000 signatures en faveur de Bahar.

 

Aujourd’hui, nous nous permettons à nouveau de faire appel à votre sens de la justice. Un simple clic sur le site www.leclea.be peut contribuer à sauver mon mari. Nous n’accepterons jamais sa condamnation car elle signifie que les tribunaux belges sacrifient l’avenir d’un homme en se soumettant aux intérêts des autorités turques et américaines, qu’ils bafouent les libertés inscrites dans la Constitution et les traités internationaux, qu’ils musèlent une voix contestataire.

 

Exiger la liberté pour Bahar, c’est participer au large mouvement d’opinion rappelant que s’exprimer, s’organiser, contester…, ce n’est pas du terrorisme !

 Merci de tout cœur pour votre soutien
Deniz Demirkapi

 

Ondes électromagnétiques: des médecins s’en mêlent

portablesLe 6 février dernier, en commission de l’action sociale et de la santé, le député (MR) Jean-Luc Crucke interpellait la ministre wallonne Christiane Vienne au sujet des possibles conséquences sur la santé des antennes relais pour GSM. L’intervenant disait notamment avoir « reçu la lettre d’un médecin, adressée à tous les médecins wallons (et évoquant) l’existence de patients dans tous les cabinets qui parlent de leur maladie, dont l’apparition est concomitante à l’installation d’une antenne GSM ».

Ayant identifié le praticien en question, Le Journal du Médecin l’a interrogé sur le sens de son initiative. Ces propos méritent d’être rapportés, tant pour leur intérêt intrinsèque que pour la valeur méthodologique de la démarche (1).

Les plaintes de certains patients suite à l’installation d’une antenne relais à proximité de leur domicile portent sur l’apparition de migraines, de troubles du sommeil, d’acouphènes (l’impression d’entendre un bruit), de picotements, de sudation excessive, de difficultés de concentration. Auteur de la lettre aux médecins francophones, le docteur Vanderstraeten explique : « Cette enquête est une démarche provisoire pour réfléchir et s’impliquer dans le débat. Le projet de recherche est l’investigation de l’hypothèse du syndrome
d’hypersensibilité aux micro-ondes des antennes de mobilophonie ». Dans le courrier envoyé à ses confrères, le dr. Vanderstraeten précise : « Bien entendu, seuls sont retenus les symptômes pour lesquels aucune cause précise ou satisfaisante n’a pu être déterminée. Par ailleurs, afin de minimiser le phénomène de l’autosuggestion mais aussi afin de ne pas induire de cas d’hypersensibilité, l’invitation est faite au médecin de ne pas évoquer de lien de causalité entre d’éventuels symptômes et une antenne voisine ».

Quand on lui demande pourquoi il a choisi de s’adresser spécifiquement aux médecins, le dr. Vanderstraeten répond : « Je souhaite que notre approche soit plus rigoureuse scientifiquement. Des études faites directement sur les détenteurs de GSM, il y en a déjà eu. Que peut-on en retenir ? Comment éliminer le caractère psychosomatique ? L’atout du médecin généraliste est qu’il peut voir son patient et assurer un suivi sur le long terme. Il peut analyser son état de santé et ses plaintes éventuelles avant l’installation d’une antenne et après, notamment. Mon idée est d’éviter les interrogatoires directs en passant par l’important travail de proximité du médecin. »

Les effets des ondes GSM sur la santé humaine font l’objet de nombreux débats. Outre les effets généraux sur les êtres vivants, il semble acquis que certains individus sont nettement plus affectés que la moyenne. Dites « électrosensibles », ces personnes pourraient représenter jusqu’à 5% de la population et poser un problème de santé analogue à celui des allergiques. Tout cela reste très mal

connu et cette incertitude s’exprime notamment  dans le fait que les normes légales d’exposition maximale fluctuent considérablement. En Belgique, par exemple, l’arrêté royal du 10 août 2005 fixe une limite différente de celle qui a été adoptée par le Conseil Européen (recommandation du 12 juillet 1999), et ces deux limitations sont supérieures aux recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé.

L’initiative du docteur Vanderstraeten doit être saluée comme une contribution utile au progrès d’une vérité que certains pourraient être tentés de cacher eu égard aux gigantesques enjeux commerciaux de la mobilophonie. Plus largement, elle pourrait donner des idées à d’autres praticiens dans d’autres domaines où l’on manque cruellement d’enquêtes épidémiologiques. A quand une coordination de généralistes visant à tester l’hypothèse que les populations défavorisées de Marchienne, d’Engis et de Vilvorde sont exposées à un risque spécifique d’allergies, de maladies respiratoires et d’accidents cardiovasculaires résultant de la pollution de l’air ?  
(1) Journal du Médecin, 10/2/2006  

Léon Taniau                                   

 Extrait du Journal du Mardi

23:28 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2007

Du papier, faisons table rase - Explosion des budgets publicitaires en 2006 - EDF-GDF: un bel exemple de duplicité socialiste - Les recettes que préconise la droite: flexibilité, précarité,...

Du papier, faisons table rase.

 

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L’Europe consomme chaque année environ 100 millions de tonnes de papier et carton. Cela représente en moyenne 190 kg par an par habitant et en Belgique près de 340 kg/an par personne ! C’est au total près de 15% de l’exploitation forestière qui est consacrée exclusivement à cette production.

 

Emballages, journaux, prospectus divers et variés, toutes-boîtes,… la pub se taille une bonne part dans cette gabegie consumériste.

 

Une industrie polluante.

 

Et l’industrie du papier, n’est pas une industrie comme les autres. Le papier est encore souvent blanchi au chlore gazeux qui est un produit chimique polluant. La production de papier réclame également énormément d’eau (4m3 par tonne de papier) pour extraire la cellulose des fibres du bois alors que la pénurie d’eau devient de plus en plus criante un peu partout. Enfin, elle réclame beaucoup d’énergie (électricité) pour sécher le papier.

 

Du papier imposé.

 

Bien évidemment chacun, par ses choix peut diminuer sa consommation de papier mais c’est avant tout l’industrie qui pousse à cette surconsommation. Si les autorités sensibilisent (culpabilisent ?) les consommateurs, les mesures à l’encontre des producteurs qui multiplient par exemple les emballages sont quasi inexistantes.

Un autre exemple de « papier imposé » est bien évidemment la publicité. En moyenne, quelques 40 kg de publicité non sollicitées sont déversées chaque année par habitation. Dans ce chiffre, les toutes-boîtes occupent une place importante. Ces pseudo-journaux qui sont en fait de simples outils publicitaires (leur surface rédactionnelle étant systématiquement sous les 20%), tirent leurs revenus de la pub et tentent donc d’élargir au maximum leur tirage. Imprimer un exemplaire qui ira de l’imprimeur au hall d’un immeuble et puis directement à la poubelle, cela rapporte ! C’est au nom de cette « logique » que des milliers de tonnes de papier (et de plus en plus de plastique sont gaspillés chaque année.

 

Une goutte d’eau utile.

 

A Bruxelles, un autocollant officiel a été édité par l’IBGE afin de permettre aux citoyens de refuser les publicités et/ou les toutes-boîtes. Cela devrait permettre selon divers experts d’économiser à terme 10.000 tonnes de déchets papier.

 

Après une très (trop) longue léthargie, en Wallonie, les choses semblent bouger un peu. Le ministre Lutgen a lancé une procédure similaire et un autocollant ainsi qu’une législation devrait « débarquer » au cours du premier semestre 2007.

 

On espère évidemment que les divers lobbys de la pub qui ont sur la presse (si importante pour nos élus) un pouvoir énorme ne dénatureront pas le projet.

 

Pierre Eyben

 


Explosion des budgets publicitaires en 2006.

 

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La part des publicités pour les boissons non-alcoolisées en France 

 

Selon les données du CIM, les annonceurs ont investi plus de 2,8 milliards d’euros en publicité dans les grands médias en 2006. Sans surprise, la TV arrive en tête des médias ayant « bénéficié » des investissements publicitaires (34,4%), suivie des quotidiens (24,5%), de la radio (11,4%), des magazines (10%), et de l’affichage (7,9%). Ce montant ne concerne que les grands médias. La somme totale consentie pour les dépenses publicitaires est elle plus élevée encore même si elle est difficile à évaluer avec exactitude.

 

En 2004, selon le même organisme, ce montant était de 1,6 milliard d’euros ce qui fait une progression de 75% en 2 ans. Cette somme représente aujourd’hui pour la première fois plus de 1% du PIB, un PIB qui bien évidemment ne progresse pas au même rythme.

 

Le consommateur paye la facture. Ainsi que diverses études l’ont montré, la somme que les industriels consacrent à la publicité de leurs produits est directement répercutée sur le prix de ceux-ci. En d’autres termes, même s’ils en sont peu conscients, ce sont les consommateurs qui payent la facture, forme insidieuse de « cotisation publicitaire ». Et celle-ci n’est pas mince puisqu’à la lumière des derniers chiffres, elle s’élève à environ 300 euros par personne et par an.

 

Un comparatif un peu effrayant.

 

L’adage populaire veut que la comparaison ne soit pas raison. Il est toutefois significatif de comparer cette somme aux budgets de secteurs importants de notre état. Un petit coup d’œil sur le budget fédéral 2006 permet par exemple de se rendre compte que nous cotisons beaucoup moins pour la justice (1,4 milliard d’euros) ou la coopération au développement (1,3 milliard d’euros) que pour cet outil de formatage de nos désirs et de nos besoins.

 

Il est piquant de constater également que nous « cotisons » même d’avantage pour cette armée de la pensée unique que pour la grande muette (2,7 milliards d’euros) ou pour la police fédérale (1,5 milliard d’euro).

 

Un cercle vicieux.

 

Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux : la publicité crée artificiellement l’envie d’acheter chez le consommateur. Elle est payée par celui-ci « à l’insu de son plein-gré ». Elle gonfle ventes et bénéfices des entreprises. Celles-ci utilisent cette manne d’argent pour réinvestir dans encore plus de budgets publicitaires.

 

Les conséquences de cette logique boulimique sont catastrophiques : surproduction, surconsommation, endettement,… Plus le budget publicitaire augmentera, plus les conséquences sociales et écologiques seront importantes, plus également la pression que le monde marchand exerce sur nos médias sera importante, plus enfin la marchandisation de chaque parcelle de notre société s’accentuera.

 

Quelques pistes.

 

On a beau jeu d’arguer de la liberté individuelle, celle-ci est dans les faits bien fragile face à l’armada des publicitaires. Noam Chomsky a parlé de liberté de choisir entre Coca-Cola et Pepsi. Pour sortir de la logique actuelle, il est important que l’Etat s’interpose entre les citoyens et les publicitaires. Il s’agit de libérer le citoyen de la pression publicitaire qu’il subit au quotidien. Il existe pour ce faire deux pistes importantes et complémentaires :

 

Réglementer strictement la publicité :

 

Interdire la publicité dans les lieux publics (voirie,

 

écoles, gares, moyens de transport publics,…), interdire la publicité à destination des plus jeunes et contrôler son contenu grâce à des organismes indépendants. A cela, il faudrait sans doute ajouter l’interdiction pure et simple de la publicité pour certains produits socialement et écologiquement nuisibles (4x4, crédits, vols low-costs,..), au même titre que pour le tabac.

 

-Mutualiser les bénéfices :

 

Une fois le budget qu’ils allouent aujourd’hui à la publicité amputé par des mesures de réglementation sur la publicité, les entreprises choisiront soit de diminuer le prix de leurs produits, soit d’augmenter leur marge bénéficiaire. En raison de la (salutaire) diminution du volume des ventes que de telles mesures devraient causer, il est fort probable qu’ils opteront pour la seconde option. Afin d’éviter ce cas de figure et en vue de réaffecter à des projets utiles cet argent, il est important de prévoir une taxe spéciale sur les bénéfices des entreprises.

 

Les sommes ainsi récoltées pourraient être directement réinvesties dans les médias publics, l’aide à la presse et à l’éducation.

 

Pierre Eyben

 


 

EDF-GDF: un bel exemple de duplicité socialiste.

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Il est du devoir de toute société organisée de garantir et donc de contrôler son approvisionnement énergétique et d’en assurer la distribution au coût le plus faible en particulier pour les catégories sociales les moins favorisées. C’est la raison pour laquelle, le statut de la production et de la distribution du gaz et de l’électricité provoque un véritable débat. La droite française vient de détruire ce qu’avait fait le Général de Gaulle à la Libération et, en privatisant GDF après avoir privatisé EDF, de permettre aux fonds de pension américains de s’approprier le contrôle de l’approvisionnement énergétique du pays.

La gauche dite gouvernementale, c’est-à-dire le PS, a hurlé. La gauche radicale – celle qui a dit non l’an passé au Traité Constitutionnel Européen – aussi. Mais qui est dans la cohérence ?
Voyons de plus près ce qu’il en est.
 « Je ne laisserai pas privatiser EDF et GDF » promettait Lionel Jospin, candidat à l’élection présidentielle en 1995, dans une lettre au personnel des deux entreprises publiques. Devenu premier ministre en 1997, il donne un an plus tard son accord à une directive européenne sur le gaz qui prévoit la suppression des monopoles nationaux et la libéralisation du marché du gaz. Cette directive doit être transposée dans le droit national de chaque État
membre. Mais, dans le gouvernement Jospin, les communistes et les écologistes s’y opposent. N’osant pas affronter un Parlement où ils risquent d’être battus, les socialistes décident d’appliquer la directive sans la transposer dans le droit français, obligeant ainsi le PCF et les Verts à se soumettre ou à se démettre. On connaît la suite…
En mars 2000, lors du sommet européen de Lisbonne, Jospin accepte, « sans hésitation » (selon son ami Tony Blair) l’accélération de la libéralisation de l’électricité, du gaz, de la poste et des transports réclamée avec insistance par la Table Ronde des Industriels Européens, un des plus puissants lobbies du business européen. Par le biais de la loi de finances de décembre 2001, le gouvernement Jospin décide que l’État vendra à GDF les 29.000 km de gazoducs qu’utilise l’entreprise publique. Cette opération la rend attractive et donc privatisable.
En mars 2002, lors d’un autre sommet européen, à Barcelone cette fois, alors que les lobbies expriment leur impatience et leur « frustration  devant le peu de progrès réalisés dans la mise en œuvre des admirables objectifs de Lisbonne », le même Jospin approuve, avec ses collègues, la proposition de la Commission européenne de lancer « la phase finale de l’ouverture des marchés de l’électricité et du gaz ».
Un mois plus tard, Jospin est écarté du deuxième tour du scrutin présidentiel par son propre électorat.
Comment dès lors prendre au sérieux un PS qui dépose 30.950 amendements contre la privatisation de GDF et affirme dans son programme électoral pour 2007 « nous réintroduirons le contrôle public à 100% d’EDF et mettrons en place un pôle public de l’énergie entre EDF et GDF dont nous refusons la privatisation » ? Comment qualifier cette gesticulation préélectorale alors que rien, dans le programme de ce parti comme dans les discours de ses candidats, n’annonce l’intention de revoir les accords européens existants en la matière ?
A l’exception de Laurent Fabius, aucun dirigeant du PS français n’a fait l’effort de comprendre ce qui s’est passé le 21 avril 2002 quand Le Pen est passé devant Jospin. Aucun n’a eu le courage d’analyser les raisons de la victoire du « non » lors du référendum de 2005 sur la Constitution européenne. Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre l’élection présidentielle de 1995 et celle de 2002, l’ensemble de la gauche plurielle a perdu 1,5 millions de voix et l’extrême gauche en a gagné 1,35 millions. Lors du référendum de l’an passé, sur les 15 millions de « non » au traité européen, 12 millions sont attribués par tous les analystes (de droite comme de gauche) à des électrices et des électeurs de gauche, dont 56% de socialistes.
Cela n’empêche pas le PS de proposer pour 2007 le programme le plus néolibéral qu’il ait jamais présenté. Cela n’empêche pas François Hollande de « lancer un appel aux électeurs pour qu’ils fassent un vote utile dès le premier tour ». Mais une question reste à poser : voter PS, c’est utile pour qui ?

 

Raoul Marc Jennar - Extrait du Journal du Mardi

 


 

Les recettes que préconise la droite : flexibilité, précarité…

 

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Les responsables européens font assaut de propositions libérales au nom de la mobilisation pour l’emploi. Partout, cela se traduit par plus de flexibilité. Et, souvent, de précarité. Ce qui explique pourquoi les mouvements sociaux se multiplient. Et prennent, en France, valeur d’exemple. Au même moment, dans une « convention sociale », l’UMP se montrait claire. Sa « priorité » : « Permettre la création de richesses en libérant l’initiative, en desserrant les contraintes, en réduisant les prélèvements obligatoires, en réformant les structures administratives ». « Le droit du travail n’est pas un tabou », expliquait la résolution finale de cette convention. Avec comme objectif, déjà, le contrat de travail unique préparé par le contrat premier embauche (CPE) et le contrat nouvelle embauche (CNE) qui jettent des millions de Français dans la rue, parce que « la réglementation actuelle de la protection de l’emploi est un frein à la création d’emplois ». C’est ce que Nicolas Sarkozy, qui fait aujourd’hui des pieds et des mains pour se distancier d’un de Villepin engagé dans un combat douteux, justifiait pourtant en assurant que « les entreprises veulent pouvoir adapter plus rapidement leurs effectifs aux évolutions de l’économie. Elles hésitent à embaucher pour ne pas être enfermées dans des rigidités et des coûts en cas de baisse d’activité ».

 

Donc, air connu, « les demandeurs d’emploi doivent être davantage incités à rechercher un emploi, à suivre une formation, à reprendre une activité ». Une fois de plus, la même litanie que l’on entend partout en Europe au nom des « nécessaires réformes » et qui a trouvé récemment un écho en Belgique avec le « Pacte » sur les fins de carrière, la reprise du débat sur la maîtrise des salaires et, en Wallonie, le Plan Marshall. La Fondapol expliquait que « la France se trouve aujourd’hui dans une situation qui peut lui suggérer de s’inspirer du modèle hollandais [...] dans lequel depuis 1982, (…) plusieurs réformes ont contribué au dynamisme du marché du travail : réduction du salaire minimum, durcissement des conditions d’octroi de l’assurance chômage, renforcement des contrôles et sanctions ». Voilà donc une des expériences menées à l’étranger dont Dominique de Villepin s’inspire. En oubliant un peu vite que les conséquences sociales du « modèle » en question ont pesé lourd lors du « non » néerlandais à la Constitution européenne.

La précarité  normalisée
 

« La société belge est-elle capable de se réformer ? » s’inquiétait tout récemment Le Soir, en suggérant que tout changement ne peut être qu’inspiré par les fondamentaux libéraux et que ceux qui s’y opposent sont « sclérosés ». Ce qui était une exception dans les années 70 est pourtant  aujourd’hui un état de fait : la précarité au travail est devenue une valeur constante de l’économie européenne. « Le sentiment de précarité est très important en France, cela crée du malheur », reconnaît le chercheur - libéral - Francis Kramarz, du Centre de recherche en économie et statistique. Chiffres à l’appui, le constat est effrayant. Le nombre de CDD (contrats à durée déterminée) a doublé entre 1980 et 1990. Ce contrat court est devenu la norme. Mais c’est partout que les chômeurs de longue durée constituent le « noyau dur » du chômage. Que la flexibilité, appelée de toutes ses forces par le patronat, est un fait. « Les transformations de l’économie font que beaucoup d’entreprises ont été rachetées par des groupes qui suivent une stratégie de flexibilité de la main-d’oeuvre : ils engagent des employés pour un temps limité. L’intérêt de l’actionnaire prévaut sur celui de l’employé. Celui-ci est devenu une variable d’ajustement », analyse Évelyne Perrin, qui contribue à des collectifs AC ! (Agir ensemble contre le chômage) et Stop Précarité.

Pour le sociologue Serge Paugam, spécialiste de l’exclusion sociale, interrogé dans l’Humanité, le mouvement social actuel en France reflète les inquiétudes de l’ensemble du monde du travail. « Une large majorité de jeunes considèrent qu’ils ne sont pas à l’abri de l’exclusion. Ils sont effectivement les premiers concernés par l’insécurité de l’emploi. Mais dans d’autres catégories, en particulier les 25-35 ans, et jusqu’à 50 ans, la crainte d’être un jour exclu est également très forte. ». Une grande partie des salariés se sent aujourd’hui menacé dans les qualifications elles-mêmes. « Nous sommes dans un monde économique en proie à des mutations accélérées, qui impliquent une adaptation rapide des salariés. Or il existe de graves carences dans le système de formation continue. On ne permet pas véritablement aux personnes ayant un emploi de continuer à se former tout au long de la carrière. Les programmes de formation continue existants sont très insuffisants au regard des besoins. des salariés et des nécessités de l’économie. Si l’on veut que les salariés se sentent sécurisés, il faut aussi les sécuriser dans leurs qualifications, leur permettre d’accéder à de nouvelles ou meilleures qualifications. Cela concerne, bien sûr, en premier lieu, les salariés les moins qualifiés, mais le problème se pose d’une manière plus générale. »

« La précarité, qu’elle soit liée au chômage ou à l’incertitude de la vie professionnelle, s’accompagne de problèmes de santé non négligeables. Elle entraîne, directement, des problèmes de santé mentale, de détresse

psychologique. Les personnes angoissées au travail consomment des psychotropes en quantité, rencontrent des problèmes d’insomnie, de perte de confiance en elles-mêmes. Elles sont confrontées à un sentiment d’isolement. Les personnes précaires, au travail, se sentent remises en question dans leur capacité à apporter quelque chose d’utile au fonctionnement de l’entreprise, au fonctionnement social. Cela se traduit par de l’amertume, du ressentiment et de la souffrance psychologique. Donc par une forme de détresse. »

Une exception française ?

Le CPE est-il une exception française ? Si la plupart des États de l’Union européenne ont fait du chômage des jeunes l’un des axes principaux de leur politique de l’emploi, aucun n’a jusqu’à présent créé de contrat spécifique, à l’exception de l’Espagne. Surtout, aucun pays n’a prévu de période d’essai aussi longue (mais l’Allemagne est en train d’y réfléchir) et dans tous les cas la rupture du contrat doit être justifiée. Les États membres préfèrent jouer sur la formation et les baisses de charges pour inciter les entreprises à offrir une chance aux plus jeunes. Côté formation, l’apprentissage est privilégié dans de nombreux pays (Suède, Danemark, Allemagne, Autriche, Italie). D’autres préfèrent les stages rémunérés (Portugal, Finlande), assortis du suivi du jeune par un conseiller. Ce suivi individualisé est aussi en vigueur au Royaume-Uni, où l’accent est mis sur l’aide à la recherche d’emploi et tous ses à-côtés (problèmes de transport, préparation aux entretiens, etc.). L’incitation financière sous forme de baisses de charges ou de subventions existe dans la plupart des pays de l’UE. Dans certains États, cette stratégie découle d’accords nationaux, comme en Allemagne où le patronat s’est engagé à embaucher 30.000 jeunes par an entre 2004 et 2007. La Belgique a contraint les entreprises de plus de 50 salariés à compter 3 % de travailleurs de moins de 26 ans. Au final, seule l’Espagne a, comme la France, mis en place un contrat « discriminant ». Mais là où le CPE fragilise les jeunes par rapport aux autres salariés, le dispositif espagnol, qui concerne aussi les femmes, les handicapés et les seniors, limite la période d’essai à deux mois seulement et prévoit des indemnités de rupture de contrat plus fortes (15 % contre 8 % pour le CPE).

Rogne en Allemagne

Le dispositif français se singularise aussi par  une période d’essai d’une longueur inégalée. Même le Royaume-Uni, « champion d’Europe » du travail flexible, a ramené cette durée de 24 à 12 mois. Dans la plupart des autres pays, elle se situe entre 2 et 6 mois. L’Allemagne pourrait cependant suivre l’exemple du CNE-CPE en portant à deux ans la période d’essai pour tous les emplois, quel que soit l’âge du salarié. Une mesure qui rencontre l’hostilité des syndicats : le patron de la confédération DGB a menacé de lancer un mouvement de protestation si le gouvernement Merkel n’abandonne pas « ce projet insensé qui touche la protection contre le licenciement ». Le fait que l’Allemagne puisse imiter, à quelques mois près, la France, justifie la crainte du secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks, pour qui une mesure comme le CPE « installe durablement l’Europe sur le terrain du dumping social ». La CES soutient la demande des syndicats français de retirer du CPE.

« Flexisécurité » danoise

Le modèle danois auquel Dominique de Villepin et d’autres responsables politiques font référence pour lutter contre le chômage, cherche à combiner une approche très anglo-saxonne avec les traditions d’un État providence développé propres aux pays nordiques. « C’est du côté du montant des allocations garanties aux demandeurs d’emploi que le système est sans doute le plus intéressant », souligne Peter Kay Mortensen, dirigeant du syndicat LO du grand Copenhague. Les chômeurs ont droit théoriquement pendant quatre ans à une indemnité qui représente 90 % de leur ancienne rémunération brute. Cette formule concerne toutefois surtout les bas revenus puisqu’elle est plafonnée à 14.000 couronnes (environ 2 000 euros) par mois, le taux d’indemnisation chutant à 45 % ou 50 % pour les salaires plus élevés. « L’autre aspect intéressant,,précise Peter Kay Mortensen,, est le niveau élevé des prestations en termes de formations destinées à faciliter un retour à l’emploi, ce qui permet d’ouvrir des perspectives d’évolution de carrière tout en assurant une sécurité aux salariés ».

Cependant, cette particularité fonctionne de façon imparfaite. Les salariés danois n’ont pu qu’en partie préserver la protection élevée contre le chômage incluse initialement dans leur État providence. Cet acquis a été sapé récemment par les réformes du marché du travail d’inspirations très libérales, C’est l’autre volet de la « flexisécurité » à la danoise dont le financement exclusif par l’État et les assurances chômage des salariés, permet aux entreprises d’échapper totalement à leurs responsabilités sociales. La « flexisécurité » les autorise également à licencier plus facilement et à peser indirectement sur leurs dépenses salariales puisqu’elle inclut une clause obligeant les chômeurs à « accepter toute offre convenable » d’emploi sous peine de perdre leurs droits.

De cette façon, si le niveau du chômage officiel est effectivement relativement bas (5,9 % de la population active), il ne prend pas en compte ces dizaines de milliers de personnes qui pour des raisons diverses ont été poussées hors du circuit. D’où l’émergence d’un phénomène d’exclusion sociale jusque-là inconnu dans le royaume. Et il faut ajouter à ces exclus quelque 180.000 autres salariés, répertoriés comme « inadaptables» et donc écartés de toute offre d’emploi parce que considérés comme trop vieux par les entreprises. Ceux-là sont rejetés vers des préretraites dont le montant est le plus souvent très inférieur à leurs anciens revenus, ce qui constitue pour eux une terrible déclassification sociale. « Si on comptabilisait ces préretraités le taux de chômage atteindrait près de 14 % de la population active », explique-t-on chez LO.

En Suède aussi
  
A l'heure où la révolte contre le contrat première embauche (CPE) fait rage en France, le parlement suédois débat d'une proposition similaire, avancée par la dirigeante du Parti du centre, Maud Olofsson, rapportait récemment le quotidien Aftonbladet.

« En prenant exemple sur la France, Mme Olofsson veut en réalité abolir la sécurité de l'emploi », expliquait le journal social-démocrate, avant de souligner : « En France, les manifestations n'ont pas uniquement lieu au nom de principes, mais au nom d'une injustice quotidienne. En France comme en Suède, un contrat d'embauche est la clé d'accès à des besoins vitaux tels que pouvoir louer un logement ou faire un prêt bancaire pour en acheter un. »

Le journal du soir s’est insurgé contre ce projet présenté comme un « accord pour les jeunes » et qui se moque de « la situation précaire qui touche surtout les moins de 25 ans, et plus particulièrement les femmes. La sécurité de l'emploi, cette plate-forme pour le bien-être dans la vie, est devenue un objet rare, voire un luxe. » .

Mobilisation en Grande-Bretagne

Les syndicats britanniques, avec à leur tête le plus grand d'entre eux, Unison, ont organisé en 2006 une journée massive de grève nationale pour protester contre le projet de réforme des retraites des employés de l'administration locale. « la plus grande manifestation de colère depuis la grève générale de 1926 », a affirmé The Times.

La réforme législative des retraites qui provoque la colère des syndicats remet en cause le système actuel, dit « des 85 ans », en vertu duquel un employé de l'administration locale peut partir à la retraite à taux plein si l'addition de son âge et de la durée de son service atteint les 85 ans. La réforme vise à mettre fin à ce système en 2013 et à fixer l'âge du départ à la retraite à 65 ans pour tous. Pour le journal conservateur britannique, une telle mesure est nécessaire en raison des 39 milliards d'euros de déficit du plan de retraites en question. Mais les syndicats veulent que cette réforme ne soit appliquée qu'aux nouveaux employés.

 

Maurice Magis

Association culturelle Joseph Jacquemotte

 


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26/06/2007

Dossier: fermeture de la brasserie de l'Union de Jumet

Chèr(e) Ami(e)

Chère Lectrice, cher Lecteur,

Accaparés par un surcroît de travail, nous avons abandonné depuis deux mois l'alimentation régulière de notre blog.

Rappelons que celui-ci reprend les textes qui paraissent régulièrement dans Nouvelles*, le périodique mensuel de l'asbl Le Progrès.

Aujourd'hui, nous mettons en ligne un dossier qu'un jeune stagiaire, David, Mercier, avait rédigé lors de le fermeture de la brasserie de l'Union à Jumet ( Charleroi).

Bonne lecture

La rédaction

 

* Vous pouvez obtenir la version "papier" en versant 8 € sur le compte de 068-2013811-21 de l'asbl Le Progrès, rue Jules Destrée à 6020 Dampremy en mentionnant comme référence "Abonnement à Nouvelles".


Dossier

Une dernière Cuvée de l’Union

 

bieres

Biernaux et Deposson fondent en 1864 une brasserie à Jumet près de Charleroi. Jumet était en effet, à ce moment-là une des villes les plus industrialisées de Wallonie (charbonnages, verreries, carrières de pierres et de sable, métallurgie,…), ce qui en faisait l’endroit idéal pour y implanter une brasserie.

 

Mais assez rapidement avec la crise de l’industrie minière en 1886 et la mort de Deposson, la famille Biernaux n’a plus d’autre choix pour sauver son entreprise que de faire appel à des capitaux étrangers. C’est ainsi que la brasserie Biernaux-Deposson devient en 1889 la SA Brasserie de Jumet. Mais les actionnaires n’étaient à ce moment-là que les fils de Biernaux et la brasserie restait donc en possession de la famille.

 

La Brasserie de Jumet ou Brasserie de l’Union va grandir et rester aux mains des Biernaux jusqu’en 1945. Ce succès était en grande partie dû à l’arrivée de l’ingénieur Duquesnoy engagé en 1927 lequel lui insuffle son énergie et ses idées. Il est à l'origine de la « Cuvée de l’Ermitage » qui ne verra pourtant le jour que des années plus tard. Ce fut une période de prospérité pour l’entreprise qui monta même jusqu’à la troisième place des meilleures brasseries de la province du Hainaut alors qu’en ce temps-là, la concurrence ne manquait pas. En 1900, la Belgique compte 2576 brasseries sur l’étendue de son territoire.

 

Pendant la seconde guerre mondiale, les ventes diminuèrent considérablement. Malgré cela, en 1946 d’importants travaux furent entrepris et la très appréciée « Cuvée de l’Ermitage » fut enfin lancée en 1953.

Avec le début de la crise financière, la brasserie doit sacrifier son indépendance en 1978 en vendant une grande part de ses actions à la SA Brasserie Maes, brasserie d’envergure nationale. Suite à ce rachat, deux des Grimbergen (la double et la triple) furent produites à Jumet alors qu’elles l’étaient auparavant à Waarloos, dans les environs d'Anvers. Et on entama alors pour 95 millions de travaux.

 

brasserie-de-jumet

 

Avec le temps, la production de la Brasserie de l’Union s’est étoffée. Elle est même devenue une des principales brasseries belges de bières à haute fermentation.

 

Lors de l'annonce de sa fermeture, elle préparait trois sortes de Ciney (brune/blonde/spéciale), quatre sortes de Grimbergen (blonde/double, triple et optimo bruno), la Judas, la Cuvée de l’Ermitage, la Watney Scotch et la Hapkin.

 

Finalement, dernière page de son histoire riche, la brasserie devrait fermer définitivement ses portes en mars. Avec elle, c’est une page entière de l’histoire de la ville de Jumet et des ses habitants qui se ferme.

 

Mercier David


Je t’achète,  je te jette

alkenmaes

 

La brasserie de Jumet va fermer ses portes dans le courant du courant du mois de mars. Cette décision a été prise par le groupe brassicole belge Alken-Maes qui possède le site. Cela va entraîner le licenciement de 19 personnes et la fermeture d’une entreprise importante dans la région.

 

Cette fermeture met fin à une longue histoire de la bière à Jumet. « Encore une entreprise de la région qui disparaît ! Bientôt, on n’aura plus rien dans les environs », se plaint un habitant du quartier. La brasserie est spécialisée dans la production de bières à haute fermentation (Grimbergen, Ciney,…) et celles-ci vont maintenant être brassées à Alken.

 

Le groupe Alken-Maes explique ces licenciements et cette fermeture par une surcapacité de production. En effet, la brasserie de Jumet ou Brasserie de l’Union est à 73% de son rendement maximum soit 200.000 hl. De plus, la mise en bouteille se fait sur le site d’Alken, augmentent ainsi le coût global de production.

 

Mais cela n’est qu’une fausse excuse. En effet, la brasserie d’Alken est elle aussi en surcapacité avec 70% de son rendement maximum et 1.200.000/hl. Le transfert des activités ne ferai passer  les 70% actuels qu’à 83%. Pour être parfaitement rentable, une brasserie doit marcher à 90% au moins de sa capacité. Les arguments cachent donc d’autres raisons. Son concurrent direct d’ailleurs, le groupe Inbev, conserve lui ses brasseries même en surcapacité pour empêcher l’implantation d’éventuels concurrents.

 

Mais alors quelles sont ces raisons ? Clairement la recherche d’un profit plus important. Pourquoi si la surcapacité est le nœud du problème avoir alors supprimé le contrat de fabrication de la pils Cara en canette alors que celle-ci produisait une marge bénéficiaire ? Une marge bénéficiaire mince est mieux que pas de bénéfice du tout.

 

Malheureusement, cette course aux bénéfices va à l’encontre d’un marché belge de la bière diversifié. La concentration des activités nuit toutefois à cette diversité et cette affaire n’améliorera pas la situation. Mis à part la Grimbergen qui marche particulièrement bien, on se demande quel est l’avenir des autres bières produites à Jumet. Alken étant tellement important, la question est de savoir combien de temps, il continuera à brasser les autres, Cuvée de l’Ermitage, Ciney,…qui se vendent beaucoup moins.

 

De plus, ce genre de centralisation fait perdre le côté régional de certaines bières. En effet, Alken-Maes faisant partie d’un groupe européen très important (Scottish & Newcastle) a des liens avec des brasseries d’autres pays. Cette alliance amène par exemple la production de la Grimbergen dans chaque pays, la Grimbergen bue en France est ainsi fabriquée en France. Une vraie aberration quand on pense que Jumet est plus proche du nord de la France que la brasserie française qui produit la Grimbergen.

 

La solution de la surcapacité ne serait-elle pas d’exporter nos bières belges plutôt que de les faire produire à l’étranger, la France faisant de même ?

 

En ce qui concerne la reprise du site par un autre entrepreneur, la situation est mal embarquée. En effet, Alken-Maes ne veut pas de repreneur concurrent. Cela limite les possibilités vu qu’il est impossible qu’un brasseur artisanal puisse acquérir et utiliser les installations. Cela s’ajoute au fait que la mise en bouteille est impossible sur le site comme d’ailleurs la possibilité d’extension de ses locaux.

 

Finalement, on peut aussi déplorer le licenciement des 19 employés dont 4 seront mis en pré-pension. Quand donc le capital financier arrêtera-t-il de sacrifier emplois et terroir afin de remplir toujours plus les poches des actionnaires?

 

Merci à Gerald Scheepmans de la CSC pour les informations qu’il nous a fournies.

 

Mercier David


Voyage à l’intérieur d’un groupe.

maesLe groupe Alken-Maes est né de la fusion de 2 brasseries : la brasserie de Monsieur Maes à Waarloos et la brasserie de Alken dans le Limbourg. Deux brasseries qui au contraire des autres vont prospérer après la guerre grâce à des techniques inventives de brassage.

En 1969, Maes est rachetée par la firme anglaise : Watneys. Et c’est elle qui en 1978 se porte acquéreuse de la brasserie de Jumet spécialisée dans les bières à fermentation haute. Ce fait va développer sa production. Elle possède à partir de là un éventail de produits plus variés et elle continuera de l’élargir au fur et à mesure de son évolution.

 

En 1988, les 2 brasseries flamandes de Alken et Waarloos fusionnent.

 

Malgré ces fusions, la gamme des produits du groupe est encore trop peu variée pour la taille qu’a pris la société. C’est pour cela que le groupe étend sa production aux bières à fermentation spontanée en prenant une participation dans la brasserie De Keersmaeker, brasserie produisant entre autre les « Mort-Subite ». La fermentation spontanée est un système basé sur la fermentation naturelle de la bière qui se crée grâce aux ferments présents en suspension naturellement dans l’atmosphère. Cette méthode est surtout pratiquée dans la région de Bruxelles pour les krieks, les gueuzes et les lambics.

 

Mais le groupe comble un vide dans sa production, celui de la blanche. C’est pour cela qu'Alken-Maes achète la bière Brugs brassée en Flandre occidentale et la Ciney.

 

mcewans11aAvec une production aussi importante et variée, le groupe est maintenant un des leaders du marché en Belgique et aux Pays-Bas mais aussi sur le marché international. Cela en fait un groupe très attrayant qui se fait acheter en 2000 par le brasseur anglais Scottish & Newcastle.

 

Alken-Maes veille à progresser en permanence pour garder son rôle de challenger. En effet, sur le marché belge de la bière, il est en deuxième position derrière un leader fort incontesté, Inbev, producteur entre autre de la très connue Jupiler. Pour remplir cet objectif, Alken-Maes va encore acheter la brasserie Louwaege de Kortemark qui produit la bière blonde forte Hapkin.

 

Les  différentes activités d'Alken-Maes :

 

Le groupe Alken-Maes diversifie aussi ces activités dans :

 

-la brasserie : une trentaine de variétés et près de 2.000.000/hl de bière par an.

 

-le domaine bancaire : Alken-Maes propose des services bancaires avantageux à ses clients de l’Horeca en échange de leur fidélité et d’une bonne gestion commerciale (la version moderne de l’otage consentant, ndlr).

 

-immobilier : la brasserie loue des immeubles aux exploitants de l’Horeca et leur prodigue également des conseils d’exploitation.

 

Les différents sites du groupe Alken-Maes :

 

Waarloos : centre administratif de Alken-Maes

 

Alken : production de la Maes et de la Cristal (bières de basse fermentation)

 

Kobbegem : production de la Mort Subite

 

Jumet : production des bières à haute fermentation (ce site va fermer dans le courant du courant du mois de mars)

Mercier David


Un géant de la bière: le groupe Scottish & Newcastle :

 

scottish et newcastle

 Le groupe Scottish & Newcastle est le groupe brassicole à qui appartient le groupe Alken-Maes depuis l’année 2000. Il est le leader du marché anglais mais aussi du marché russe et français.

 

Il emploie dans le monde entier 16 000 personnes. Cela lui permet d'être en position forte dans 14 pays et d'exporter ses produits dans 60 pays différents. C'est un des quatre plus importants groupes brassicoles d'Europe et le n°7 du marché mondial qui réalise un chiffre d'affaires de 7,3 milliards d'euros.

 

-n°1 en Grande-Bretagne avec 28 % du marché

-n°1 en Finlande avec Hartwall et 42 % du marché

-n°1 en Inde avec 50 % du marché

-n°2 en Belgique avec Alken-Maes et 15 % du marché

-n°2 en Grèce avec la Mythos

 

Scottish & Newcastle possède un large éventail de marques dont les plus connues sont la Baltika, la Kronenbourg 1664, la Foster’s, la Mythos, la Strongbow, la John Smith’s,… et les bières d’Alken-Maes.

 

Qu'est-ce qu'un joint venture ?

 

On parle de joint venture quand une société est détenue par au moins 2 actionnaires. Le but est de mettre leurs moyens en commun mais certains actionnaires particulièrement malins dirigent ainsi l’entreprise avec une part restreinte des actions mais néanmoins la plus grande.

 

personnel-occupé

Scottish   &

 Newcastle

 

 

Grande-Bretagne

 

               France

 

Scottish Courage:

                      brasserie de Kronenbourg

 

Caledonian brewery

 

 

John Smith's Brewery

 

 

McCowans Brewhouse

 

 

T & R Theakstone

 

 

Tyne Brewery

 

 

Dunston Brewery

 

 

 

Grande Europe/Etats-Unis

Asie

 

Russie:

 

Baltika beverages holding

 

Inde:

joint venture Millenium

 

joint venture avec Carlsberg

Chine:

joint venture Chongqing

 

Belgique: Alken-maes

 

 

Finlande: Hartwall

 

 

Grèce: joint venture Mythos

 

 

Portugal: Central de Cerveza

 

 

 

venture markets (Allemagne, Espagne, Suède, Suisse, pays de l'est)

 

 

Mercier David

 

 

15:13 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

21/04/2007

 Une canne à pêche, pas un poisson - Tirer sans cibles: les bombes à fragmentation israéliennes - Qu'est-ce qu'une bombe à fragmentation - Le Liban poussé vers l'abîme?

Une canne à pêche, pas du poisson

 

territoires occupes1

Le monde applaudit le bangladeshi Muhammad Yunus, lauréat du Prix Nobel de la Paix, pour avoir mis en application la sagesse populaire qui veut qu’au pauvre, on ne donne pas du poisson mais une canne à pêche. Autrement dit, pour combattre la pauvreté, il ne faut pas nourrir les pauvres, mais leur permettre de gagner leur vie. Et dans le même temps, le monde est invité à continuer de donner du poisson aux Palestiniens parce que le monde sait parfaitement bien qu’Israël bloquera l’envoi de cannes à pêche.

 

 La Commission nationale palestinienne pour la réduction de la pauvreté a établi deux seuils de pauvreté, sur base des dépenses moyennes à la consommation : le seuil de pauvreté officiel comporte neuf catégories de marchandises et de services, avec une dépense quotidienne inférieure à 2,4 dollars par personne. Le « seuil de pauvreté profonde » ne comprend que trois catégories – nourriture, habillement et logement (sans soins de santé, sans enseignement, sans dépenses de transport) – avec une consommation inférieure à deux dollars par jour. Plus d’un million trois cent mille Palestiniens – sur une population de trois millions sept cent mille (en comptant les habitants de Jérusalem-Est) – étaient considérés en 2005 comme pauvres. Plus de la moitié d’entre eux, 820.000, étaient considérés comme étant réduit à un état de « pauvreté profonde ».

 Dans la première moitié de 2006, le nombre de Palestiniens vivant dans une telle situation de « pauvreté profonde » a atteint 1.069.200, comme l’indique un rapport détaillé de l’UNRWA, publié en novembre sous le titre : « Crise prolongée en territoire palestinien occupé : répercussions socio-économiques sur les réfugiés et les non réfugiés ». Leur nombre s’est, il est vrai, réduit de moitié à l’approche de la fin 2006, du fait du soutien qu’ils ont reçu et du paiement d’une partie des salaires dans le secteur public. Un tiers de la population palestinienne a rapporté avoir bénéficié d’une assistance au cours du deuxième trimestre de 2006 : 15,3% des habitants de Cisjordanie et 56,9% des habitants de Gaza. 77,9% ont rapporté qu’il s’agissait d’une aide alimentaire. Les montants se situent entre 200 et 489 shekels par famille [entre 36 € et 89 € - NdT]. Au cours du deuxième trimestre de l’année 2006, 62% de l’ensemble des familles palestiniennes parlent d’une baisse de revenus et 66,8% d’une baisse de la consommation.

A partir de ces rapports effrayants, 12 agences de l’ONU, en collaboration avec 14 organisations non gouvernementales, ont lancé, la semaine dernière, une opération visant à réunir 453,6 millions de dollars pour une aide humanitaire urgente aux Palestiniens : les Territoires palestiniens se situent ainsi à la troisième place parmi 13 autres zones assistées, toutes en Afrique : après le Soudan et le Congo, mais avant la Somalie et le Zimbabwe. Même si les sommes ne seront pas intégralement couvertes, leur montant élevé est le signe qu’on estime que la crise se prolongera au cours des années à venir. Ce montant élevé nous apprend que le boycott international à l’encontre du gouvernement du Hamas ne peut pas réellement fonctionner, parce que la pauvreté « africaine » créée ici menace davantage : au point de vue de la santé, aux points de vue politique, sécuritaire et moral. Mais ce montant élevé reflète plus particulièrement le degré d’indulgence à l’égard de la politique d’Israël ou l’absence de capacité politique à amener Israël à choisir, soit de reconnaître ses obligations en tant que puissance occupante, conformément aux conventions internationales, et prendre soin de la population occupée, soit de cesser immédiatement sa politique délibérée d’étranglement économique. Cela fait des années qu’Israël utilise l’arme de l’étouffement économique comme moyen de pression politique. Et la tempête que cette politique a récoltée jusqu’à présent, c’est le rapprochement des Palestiniens avec l’Iran.

 Israël continue de voler des centaines de milliers de shekels chaque mois, l’argent de taxes et de droits de douane qui ne lui reviennent pas, mais qu’Israël ne remet pas au trésor palestinien. C’est la cause immédiate de l’aggravation de la crise. La cause durable, permanente, historique, est constituée par les limitations imposées par Israël aux déplacements, en contradiction avec ses promesses d’ « allègement » maintes fois répétés (en particulier à la Banque Mondiale et au Département d’Etat américain) : la fermeture des points de passage de la Bande de Gaza et l’installation de centaines de barrages et de fermetures de routes à l’intérieur de la Cisjordanie, est ce qui fait de toute opération économique une gageure, jusqu’à faire faillite ou à renoncer par avance.

 Il est plus facile, pour les pays occidentaux de verser des centaines de milliers de dollars chaque année, pour subsidier une alimentation qu’Israël n’autorise pas les Palestiniens à produire et à acheter eux-mêmes, plutôt que d’amener Israël à cesser de se comporter comme s’il était au-dessus des lois internationales.

 

Amira Hass

Traduit de l'hébreu par Michel Gheys

 

 

Tirer sans cibles :

Les bombes à fragmentation israéliennes.

guerreliban


Les derniers jours de la guerre, quand il a été clair que Tsahal n'avait pas de solution contre les tirs de roquettes Katyousha qui se poursuivaient, la décision a été prise d'"inonder" la zone de bombes à fragmentation. Il s'agissait de tirs sans cible précise, qui reposaient sur l'hypothèse que ces petites bombes couvriraient une grande surface, pourraient détruire des lanceurs de roquettes du Hezbollah, et feraient le plus de victimes possible dans les rangs de ses combattants.

Un soldat, qui a tiré des obus de 155 mm contenant des bombes à fragmentation a dit à Ha'aretz qu'on lui a donné l'ordre d'"inonder" la zone de ces bombes, sans cible précise.  Un officier du Système de Lancement Multiple de Roquettes (MLRS) a déclaré à Ha'aretz que les ordres étaient de "saturer la zone". Ces déclarations ont été publiées dans les articles de Meron Rapoport les 8 et 12 septembre (1). Plus d'un million de petites bombes à fragmentation ont été larguées sur le Sud Liban. Chaque roquette M-26 lancée par un MLRS contenait 644 petites bombes à fragmentation, capables de couvrir une zone équivalente à la surface d'un terrain de football. ?? Tirer sur des cibles indéterminées est un problème en soi. Le dilemme que cela implique se retrouve dans les propos des soldats qui ont tiré ces bombes lors de manœuvres et qui ont reconnu que ce type d'armes ne doit être utilisé que dans le cadre d'une guerre contre une armée régulière, afin de frapper des convois d'approvisionnement en armes ou des batteries de missiles, et non contre des zones peuplées de civils. Mais, au-delà de ce dilemme, la commission qui enquête sur la guerre devra se poser la question du sort de ces bombes à fragmentation qui n'ont pas explosé, et qui sont donc devenues des mines partout au sud 
Liban. ?
La bombe à fragmentation n'est pas une arme prohibée, mais elle est classée dans la catégorie des armes "non discriminantes", qui ne doivent pas être utilisées contre des zones peuplées de civils, car, entre autres, elles continuent à tuer une fois la guerre terminée. Depuis l'entrée en
vigueur du cessez-le-feu, 12 civils libanais ont été tués par l'explosion de ces bombes. Etant donné que le pourcentage de bombes non encore explosées varie entre 5 et 30%, selon les estimations, le Sud Liban est aujourd'hui une région parsemée de milliers de petites bombes qui n'ont pas encore explosé. ?
Les questions qui concernent le comportement de Tsahal pendant la guerre ont de nombreuses conséquences, à la fois morales et pratiques. La capacité d'Israël à rallier le soutien de la communauté internationale dépend en partie de la distinction qu'il fait entre civils innocents et
ennemis. Alors que les attaques contre les civils font partie de la stratégie du Hamas et du Hezbollah, Israël déclare ne pas agir de la sorte, et qu'il fait un effort pour éviter de frapper les civils. Mais la décision de larguer des bombes à fragmentation sur des villages, sans cible précise ; la décision d'utiliser ces bombes sur une zone étendue, rendant ainsi impossible de savoir à l'avance qui se trouvera là ; et le fait bien connu qu'une portion non négligeable de ces armes n'explosera pas à l'impact et se transformera donc en mines dans des zones où les
civils retourneront, tout cela témoigne des décisions erronées de ceux qui ont conduit cette guerre. ?? Aujourd'hui, Israël ne peut rien faire d'autre qu'accéder à la requête du            secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, et collaborer au marquage des zones frappées par des bombes à fragmentation, afin qu'il n'y ait plus de victimes parmi les civils libanais, qui ont déjà assez souffert de la guerre. D'importantes portions du Sud Liban sont aujourd'hui devenues des champs de mines. La condamnation de Kofi Annan n'était pas sans fondement.


Editorial de la rédaction d'Ha'aretz
[L'emploi de bombes à fragmentation pendant la guerre du Liban. Il faut savoir parler de tout...]
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

 

 

Qu’est-ce qu’une bombe à fragmentation ?

 

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Une bombe à fragmentation est une bombe qui explose avant d'atteindre sa cible ou à l'impact en libérant des milliers d'éclats qui se propagent à haute vitesse dans des directions aléatoires ou précises en fonction des effets désirés.

La charge explosive est limitée et ne constitue en général qu'un quart voire moins de la masse totale de la bombe. Le reste de l'engin, en particulier l'enveloppe, se divise en une multitude de projectiles meurtriers et incandescents. De construction simple et peu coûteuse, les bombes à fragmentation sont couramment employées depuis le début de l'aviation de bombardement.

Ses origines remontent à 1803, année durant laquelle Henry Shrapnel conçoit un nouveau type de projectile pour l'artillerie. Les armées utilisaient jusqu'à ce moment-là des canons qui projetaient un boulet ou de la grenaille métallique. L'idée de Shrapnel consista à remplir une sphère (un boulet) de plusieurs billes et de poudre et de faire exploser le tout au dessus de l'ennemi, à la manière d'une grenade. L'obus dit "Schrapnel" a abondamment été utilisé lors de la première guerre mondiale car étant le plus adapté à tuer ou blesser les hommes cachés dans les tranchées, les fossés ou derrière les talus ou les arbres. Chaque obus contenait environ 300 billes de plomb durci à l'antimoine et à l'arsenic, ajoutant leur pouvoir vulnérant à celui des éclats de l'obus lui-même. Des milliards de billes de plomb polluant ont ainsi été dispersées dans l'environnement, parfois profondément enfouies dans le sol, contribuant au phénomène de séquelle environnementale de guerre.

Destinées à attaquer les troupes au sol, dégrader les bâtiments conventi-onnels et les véhicules peu ou pas blindés sur une surface large, les éclats issus de la fragmentation provoquent des dégâts en déchiquetant les objets et les personnes à une portée excédant largement le souffle de l'explosion. Même à plusieurs centaines de mètres, les projectiles peuvent être meurtriers.

Les bombes à fragmentation sont souvent confondues avec les bombes à sous munitions qui répandent des bombes de plus petites tailles de types divers (incendiaires, freinées par des parachutes, etc.) qui sont critiquées pour les mêmes raison que les mines antipersonnelles, interdites par le traité d'Ottawa.


En explosant au-dessus du sol, la "cluster bomb" libère des centaines de bombes plus petites - les "bombelettes" - qui explosent elles-mêmes en touchant le sol. Une bombe à fragmentation supprime toute vie humaine dans un rayon de 150 à 300 mètres et mutile ses victimes au-

delà de cette distance. Comme toutes les "bombelettes" qu'elle contient n'explosent pas immédiatement, le périmètre bombardé présente après l'attaque les mêmes dangers qu'un champ de mine. L'explosion peut se produire des mois ou des années plus tard. Au Laos, où ces bombes ont été larguées pour la première fois vers 1975, on compte encore aujourd'hui de nouvelles victimes civiles, spécialement des enfants sans méfiance. La bombe à fragmentation a pour but principal de tuer et de mutiler les populations pendant et après le conflit. Son utilisation est en fait interdite par une convention internationale, au même titre que les mines anti-personnelles. Mais Washington refuse de ratifier cette convention, et se fout d'ailleurs de toutes les conventions quelles qu'elles soient. Seule compte la loi du plus fort...

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Ajoutons que les bombelettes en question ont la même couleur jaune que les rations alimentaires que les Américains ont larguées par endroits à des fins de propagande. Les agresseurs eux-mêmes "mettent en garde" les populations contre le risque de confusion qui en résulte. On voit ça d'ici: «Attention, attention, si vous n'avez pas eu la tête fracassée par la chute d'un paquet jaune, et si l'infect beurre d'arachide, à consommer de préférence avant janvier 1997, ne vous a pas encore empoisonné, alors soyez prudent, une des bombes à fragmentation que nous n'utilisons pas, malgré ce qu'en disent ces menteurs de talibans, risquerait de vous déchiqueter.»

 

Thomas Beth


Le Liban poussé vers l’abîme ?

 

Pays des gravats

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Je rentre du Liban, un pays en voie d’accession à l’OMC où, sous l’impulsion    d’un Berlusconi local, Rafic Hariri, un milliardaire libano-saoudien, qui a été cinq fois Premier ministre entre 1992 et 2004, s’est développé le libéralisme le plus sauvage caractérisé notamment par une intense spéculation foncière et immobilière. Trois mois après l’agression israélienne, ce que j’ai vu à Beyrouth et dans le sud du pays confirme ce que déclarait il y a peu le député britannique George Galloway quand il comparait les ravages des bombes israéliennes à ceux visibles dans l’Allemagne de 1945. Le pays du cèdre est devenu celui des gravats. Et, une fois de plus, le fragile équilibre dans lequel vit ce pays est menacé. L’unité nationale, bien réelle pendant l’agression, a volé en éclats. Et, encore une fois, du fait d’interférences extérieures.

Le Liban a connu quatre guerres civiles, deux aux 19e et deux au 20e siècle. Chaque fois, c’est un facteur externe qui fut le déclencheur. Chacun sait que ce pays est une mosaïque. Y cohabitent des chrétiens et des musulmans, les uns et les autres se divisant en plusieurs communautés rivales. La cohabitation n’est possible qu’au prix d’un fragile équilibre institutionnel conceptualisé en 1943. Ce cadre a survécu à la guerre civile déclenchée en 1975. En effet, les accords de Taëf de 1989 qui mettent fin à près de quinze années de déchirements sanglants ne modifient qu’à la marge le partage confessionnel  du pouvoir de 1943. Mais cet accord, obtenu avec l’intervention de la diplomatie américaine, a fourni également une base légale à la tutelle de la Syrie sur le pays.

Cette présence syrienne  a été acceptée par tous ceux qui se sont toujours accommodés d’un État libanais faible, soumis aux influences extérieures. Les autres, comme le général Aoun, ont été écrasés avec l’accord tacite de la France, des Etats-Unis et d’Israël. La tutelle syrienne a duré jusqu’à l’assassinat d’Hariri, l’an passé. Imputé aux Syriens, il a provoqué un soulèvement populaire baptisé la « Révolution du Cèdre ». Le contexte politique international avait changé. La disparition de l’Union soviétique et les deux guerres du Golfe ont modifié la donne au Proche-Orient. L’armée syrienne, n’a pas eu d’autre choix que de se retirer. Au Liban, on assiste depuis à une surprenante modification des rôles que d’aucuns ont baptisé « le grand retournement ».

« Alliance du 14 mars »

Une alliance dite du 14 mars s’est constituée autour de ceux qui avaient collaboré avec les Syriens. Ils se présentent désormais comme les plus proches des USA et appuient la politique américaine contre Damas. On y trouve une partie du camp chrétien avec le parti Kataeb (les Phalanges créées en 1936 sur le modèle fasciste) de la famille Gemayel et les Forces libanaises responsables des massacres de Sabra et Chatila en 1982 et aujourd’hui dirigées  par Samir Geagea, condamné à trois reprises à la peine capitale pour assassinats de rivaux politique dont le premier ministre Rachid Karamé. On y trouve une partie du camp sunnite avec le parti aujourd’hui dirigé par le fils d’Hariri. Et on y retrouve le parti socialiste de Wallid Joumblat, qui a, pendant plus de vingt ans, incarné la collaboration avec la Syrie. Tous soutiennent l’actuel gouvernement dirigé par Fouad Siniora.

Une autre alliance s’est formée pendant la guerre de cet été. Elle rassemble sous l’étiquette de « résistance libanaise » le Courant patriotique libre du plus populaire des leaders chrétiens, le général Aoun, qui n’est rentré au Liban qu’après le départ des Syriens, le Hezbollah, le mouvement chiite Amal de Nabih Berry, qui est le président de la Chambre des députés, le mouvement de Samir Frangieh, un groupe sunnite constitué par d’anciens premiers ministres et le parti communiste. Étiquettée par ses adversaires de prosyrienne, cette alliance récuse toute tutelle, aussi bien américaine que syrienne. L’accord avec le Hezbollah se fonde sur la reconnaissance des changements survenus à l’intérieur de ce parti depuis l’arrivée à sa tête de Hassan Nasrallah, sur l’immense popularité dont il jouit non seulement chez les chiites mais aussi chez les sunnites et sur la défense du Liban qu’il a assurée lors de l’agression israélienne. Tous partagent le même refus d’entrer dans le plan américain qui sous couvert de démocratie vise à  l’affaiblissement des États voisins d’Israël.

Au cœur du débat se trouve la nécessité d’une nouvelle organisation du pays garantissant une représentation plus fidèle de tous les courants qui ne se limite pas aux barrières confessionnelles. Un système électoral hérité de la période syrienne a donné l’an passé 72 députés sur 128 à un tiers de l’électorat. Les deux tiers de la population ne sont pas représentés dans le gouvernement Siniora. Au cœur du débat, mais davantage en filigranes, se trouve également le rôle de l’Etat. L’alliance du 14 mars s’affiche nettement en faveur d’un néolibéralisme qui laisse libre cours au confessionnalisme où se dissout la citoyenneté,  tandis que l’opposition veut donner à l’Etat un rôle important non seulement pour transcender le poids des communautés confessionnelles dans une forme ad hoc de neutralité des pouvoirs publics, mais aussi pour encadrer le marché.

Ce débat, somme toute assez classique, ne présenterait rien d’alarmant si on ne se trouvait pas dans un pays où les affrontements entre communautés et à l’intérieur des communautés ont été extrêmement sanglants dans un passé pas si lointain. En fait, le conflit est devenu armé chaque fois qu’un acteur extérieur est venu s’en mêler et a trouvé ici et là des alliés.

Tribunal international


Alors que la recherche d’un accord passe nécessairement par un gouvernement d’union nationale, on assiste à des ingérences répétées des Etats-Unis et de l’Europe – avec un rôle particulier de la France – pour l’empêcher. Parce qu’il faut déstabiliser la Syrie, la communauté internationale prend le risque de déstabiliser le Liban. C’est tout le sens de l’initiative franco-américaine de proposer à l’ONU la création d’un tribunal international chargé d’enquêter sur les commanditaires de l’assassinat d’Hariri et d’autres personnalités victimes depuis un an d’attentats, le coupable étant désigné d’emblée : la Syrie.

L’opposition n’est pas du tout hostile au principe d’un tribunal international chargé d’enquêter sur les assassinats politiques survenus depuis un an. Mais elle voudrait qu’ on enquête aussi sur des assassinats de personnalités qui n’appartiennent pas à l’alliance du 14 mars. Et elle voudrait des garanties quant à l’impartialité de ce tribunal. Suite aux pressions de l’ambassadeur américain et de l’ambassadeur français sur le premier ministre Siniora, visité quasiment chaque jour, l’opposition n’a pas été associée à l’examen du projet de tribunal. L’ambassadeur US Feltman déploie une énergie considérable pour casser tout rapprochement entre les gouvernementaux et l’opposition. L’assassinat de Pierre Gemayel, petit fils du fondateur des Phalanges et fils d’un ancien président de la République, a immédiatement été attribué à la Syrie. Alors que d’autres pistes mériteraient d’être examinées, dans un pays qui connaît une longue tradition d’élimination des rivaux au sein d’un même clan et où le Mossad a montré comment il savait utiliser ces rivalités. L’opposition étant cataloguée prosyrienne, elle a été quasiment accusée de complicité. Ainsi s’est créée une tension qui peut à tout moment dégénérer.

Nul ne s’étonnera que les USA et l’Europe s’emploient également à dissuader le gouvernement libanais d’invoquer le droit pénal international pour condamner les crimes de guerre commis par l’armée israélienne. L’impunité israélienne doit demeurer, en tout état de cause.

« Non existence européenne »

« Ni Manhattan, ni Téhéran », titrait il y a peu un éditorial de L’Orient-Le Jour, un quotidien de Beyrouth pourtant proche du gouvernement. On doit ajouter « ni Paris, ni Damas». La Syrie comme la France font partie de l’histoire du Liban. Cette dimension historique ne peut justifier aujourd’hui des ingérences inacceptables. Les incitations de la diplomatie française à la confrontation avec la résistance libanaise servent peut-être les intérêts personnels d’un Chirac qui doit beaucoup à la famille Hariri. Elles ne servent en aucun cas ceux du Liban. Et pas davantage ceux de la France. Quant à l’Union européenne, comme me le déclarait un ancien premier ministre libanais regardé par toutes les parties comme un sage, «  sa non existence est encore accentuée par son alignement sur les USA. »

 

Par Raoul Marc Jennar

Extrait du Journal du Mardi

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