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Général - Page 18

  • Nouvelles 126-2

    Le curieux "paradis" du Dalaï Lama et comment il s'est transformé en mythe hollywoodien
    Domenico 
    Losurdo

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    ébré et transfiguré par la cinématographie hollywoodienne, le Dalaï Lama continue sans aucun doute à jouir d’une vaste popularité: son dernier voyage en Italie s’est terminé solennellement par une photo de groupe avec les dirigeants des partis de centre-gauche, qui ont ainsi voulu témoigner estime et révérence à l’égard du champion de la lutte de « libération du peuple tibétain».
                
    Mais qui est réellement le Dalaï Lama ? Disons déjà, pour commencer, qu’il n’est pas né dans le Tibet historique, mais dans un territoire incontestablement chinois, très exactement dans la province de Amdo qui, en 1935, année de sa naissance, était administrée par le Kuomintang. En famille, on parlait un dialecte régional chinois, si bien que notre héros apprend le tibétain comme une langue étrangère, et est obligé de l’apprendre à partir de l’âge de trois ans, c’est-à-dire à partir du moment où, reconnu comme l’incarnation du 13ème Dalaï Lama, il est enlevé à sa famille et enfermé dans un couvent, pour être soumis à l’influence exclusive des moines qui lui enseignent à se sentir, à penser, à écrire, à parler et à se comporter comme le Dieu-roi des Tibétains, c’est-à-dire comme Sa Sainteté. 
                 
    1.     Un « paradis » terrifiant
                 
    Je tire ces informations d’un livre (Heinrich Harrer, Sept ans au Tibet, diverses éditions en français autour du film de J-J. Annaud, je reprends ici la notation des pages de l’auteur de l’article dans la version italienne du livre, chez Mondadori, NdT) qui a même un caractère semi-officiel (il se conclut sur un « Message » dans lequel le Dalaï Lama exprime sa gratitude à l’auteur) et qui a énormément contribué à la construction du mythe hollywoodien. Il s’agit d’un texte, à sa façon, extraordinaire, qui réussit à transformer même les détails les plus inquiétants en  chapitres d’histoire sacrée.

    En 1946, Harrer rencontre à Lhassa les parents du Dalaï Lama, qui s’y sont transférés désormais depuis de nombreuses années, abandonnant leur Amdo natal. Cependant, ceux-ci ne sont toujours pas devenus Tibétains : ils boivent du thé à la chinoise, continuent à parler un dialecte chinois et, pour se comprendre avec Harrer qui s’exprime en tibétain, ils ont recours à un « interprète ». Certes leur vie a changé radicalement : « C’était un grand pas qu’ils avaient réalisé en passant de leur petite maison de paysans d’une province chinoise reculée au palais qu’ils habitaient à présent et aux vastes domaines qui étaient maintenant leur propriétés ». Ils avaient cédé aux moines un enfant d’âge tendre, qui reconnaît ensuite dans on autobiographie avoir beaucoup souffert de cette séparation. En échange, les parents avaient pu jouir d’une prodigieuse ascension sociale. Sommes-nous en présence d’un comportement discutable ? Que non. Harrer se dépêche immédiatement de souligner la « noblesse innée » de ce couple (p. 133) : Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit du père et de la mère du Dieu-roi ?
                 
    Mais quelle société est donc celle sur laquelle le Dalaï Lama est appelé à gouverner ? Un peu à contrecœur, l’auteur du livre finit par le reconnaître : «  La suprématie de l’ordre monastique au Tibet est absolue, et ne peut se comparer qu’avec une dictature. Les moines  se méfient de tout courant qui pourrait mettre en péril leur domination ». Ce n’est pas seulement ceux qui  agissent contre le « pouvoir » qui sont punis mais aussi « quiconque le met en question » (p. 76). Voyons les rapports sociaux. On dira que la marchandise la meilleure marché  est celle que constituent les serfs (il s’agit, en dernière analyse d’esclaves).

    Harrer décrit gaiement sa rencontre avec un haut- fonctionnaire : bien que n’étant pas un personnage particulièrement important, celui-ci peut cependant avoir à sa disposition « une suite de trente serfs et servantes » (p.56). Ils sont soumis à des labeurs non

    seulement bestiaux mais même inutiles : « Environ vingt hommes étaient attachés à la ceinture par une corde et traînaient un immense tronc, en chantant en cœur leurs lentes mélopées, et avançant du même pas. En nage, et haletants, ils ne pouvaient pas s’arrêter pour reprendre leur souffle, car le chef de file ne l’autorisait pas. Ce travail terrible fait partie de leur impôt, un tribut de type féodal ». Ç’aurait été facile d’avoir recours à la roue, mais « le gouvernement ne voulait pas la roue » ; et, comme nous le savons, s’opposer ou même seulement discuter le pouvoir de la classe dominante pouvait être assez dangereux. Mais, selon Harrer, il serait insensé de vouloir verser des larmes sur le peuple tibétain de ces années-là : « peut-être était-il plus heureux ainsi » (p.159-160). 
                  
    Un abîme incommensurable séparait les serfs des patrons. Pour les gens ordinaires, on ne devait adresser ni une parole ni un regard au Dieu-roi. Voici par exemple ce qu’il advient au cours d’une procession : « Les portes de la cathédrale s’ouvrirent et le Dalaï Lama sortit lentement (…) La foule dévote s’inclina immédiatement. Le cérémonial religieux aurait exigé que l’on se jetât par terre, mais il était impossible de le faire à cause du manque de place.  Des milliers de gens  se courbèrent donc, comme un champ de blé sous le vent. Personne n’osait  lever les yeux. Lent et compassé, le Dalaï Lama commença sa ronde autour du Barkhor (…) Les femmes  n’osaient pas respirer ».
                 
    La procession finie, l’atmosphère change radicalement : « Comme réveillée soudain d’un sommeil hypnotique, la foule passa à ce moment-là de l’ordre au chaos (…) Les moines soldats entrèrent immédiatement en action (…) A l’aveuglette, ils faisaient tourner leurs bâtons sur la foule (…) mais malgré la pluie de coups, les gens y revenaient comme s’ils étaient possédés par des démons (…) Ils acceptaient maintenant les coups et les fouets comme une bénédiction. Des récipients de poix bouillante tombaient sur eux, ils hurlaient de douleur, ici le visage brûlé, là les gémissements d’un homme roué de coups ! » (p.157-8).
                 
    Il faut noter que ce spectacle est suivi par notre auteur avec admiration et dévotion. Le tout, ce n’est pas un hasard, est compris dans un paragraphe au titre éloquent : « Un dieu lève la main, en bénissant ».  Le seul moment où Harrer a une attitude critique se trouve quand il décrit les conditions d’hygiène et de santé dans le Tibet de l’époque. La mortalité infantile fait rage, l’espérance de vie est incroyablement basse, les médicaments sont inconnus, par contre des médications assez particulières ont cours : « souvent les lamas font des onctions à leurs patients avec leur salive sainte ; ou bien tsampa ( ? NdT) et beurre sont mélangés avec l’urine des saints hommes pour obtenir une sorte d’émulsion qui est administrée aux malades ». (p.194).

    Ici, même notre auteur dévot et tartuffe a un mouvement de perplexité : même s’il a été « convaincu de la réincarnation du Dieu Enfant » (p. 248), il n’arrive cependant pas à  « justifier le fait qu’on boive l’urine du Buddha vivant », c’est-à-dire du Dalaï Lama. Il soulève la question avec celui-ci, mais sans trop de résultats : le Dieu-roi «  ne pouvait pas combattre seul de tels us et coutumes, et dans le fond, il ne s’en préoccupait pas trop ». Malgré cela, notre auteur, qui se contente de peu, met de côté ses réserves, et conclut imperturbable : « En Inde, du reste, c’était un spectacle quotidien de voir les gens boire l’urine des vaches sacrées ». (p.294).
                 
    A ce point, Harrer peut continuer sans plus d’embarras son œuvre de transfiguration du Tibet prérévolutionnaire. En réalité, celui-ci est lourd de violence, et ne connaît même pas le principe de responsabilité individuelle : les punitions peuvent aussi être transversales, et frapper les parents du responsable d’un délit même assez léger voire imaginaire (p. 79). Qu’en est-il des crimes considérés comme plus graves ? « On me rapporta l’exemple d’un homme qui avait volé une lampe dorée dans un ces temples de Kyirong. Il fut déclaré coupable, et ce que nous aurions nous considéré comme une sentence inhumaine fut exécutée. On lui coupa les mains en public, et son corps mutilé mais encore vivant fut entouré d’une peau de yak mouillée. Quand il arrêta de saigner, il fut jeté dans un précipice » (p. 75).

     Pour des délits mineurs aussi, par exemple, « jeu de hasard » on peut être puni de façon impitoyable s’ils sont commis les jours de festivité solennelle : « les moines sont à ce sujet inexorables et inspirent une grande crainte, parce que plus d’une fois il est arrivé que quelqu’un soit mort sous la flagellation de rigueur, la peine habituelle » (p. 153). La violence la plus sauvage caractérise les rapports non seulement entre « demi-dieux » et « êtres inférieurs » mais aussi entre les différentes fractions de la caste dominante : on « crève les yeux avec une épée » aux responsables des fréquentes « révolutions militaires » et « guerres civiles » qui caractérisent l’histoire du Tibet prérévolutionnaire (la dernière a lieu en 1947) (p.224-5). Et pourtant, notre zélé converti au lamaïsme ne se contente pas de déclarer que « les punitions sont plutôt drastiques, mais semblent être à la mesure  de la mentalité de la population » (p.75). Non, le Tibet prérévolutionnaire est à ses yeux une oasis enchantée de non-violence : « Quand on est depuis quelques temps dans le pays, personne n’ose plus écraser une mouche sans y réfléchir. Moi-même, en présence d’un tibétain, je n’aurais jamais osé écraser un insecte seulement parce qu’il m’importunait » (p.183). Pour conclure, nous sommes face à un « paradis » (p.77). Outre Harrer, cette opinion est aussi celle du Dalaï Lama qui dans son « Message » final se laisse aller à une poignante nostalgie des années qu’il a vécues comme Dieu-roi : « nous nous souvenons de ces jours heureux que nous passâmes ensemble dans un pays heureux » (happy) soit, selon la traduction italienne, dans « un pays libre ».

    2. Invasion du Tibet et tentative de démembrement de la Chine  
                 
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    Ce pays « heureux » et « libre », ce « paradis » est transformé en enfer par l’ « invasion » chinoise. Les mystifications n’ont pas de fin. Peut-on réellement parler d’ « invasion » ? Quel pays avait donc reconnu l’indépendance du Tibet et entretenait avec lui des relations diplomatiques ? En réalité, en 1949, dans un livre qu’il publie sur les relations Usa-Chine, le Département d’Etat américain publiait une carte éloquente en elle-même : en toute clarté, aussi bien le Tibet que Taiwan y figuraient comme parties intégrantes du grand pays asiatique, qui s’employait une fois pour toutes à mettre fin aux amputations territoriales  imposées par un siècle d’agression colonialistes et impérialistes. Bien sûr, avec l’avènement des communistes au pouvoir, tout change, y compris les cartes géographiques : toute falsification historique et géographique est licite quand elle permet de relancer la politique commencée à l’époque avec la guerre de l’opium et, donc, d’aller vers le démantèlement de la Chine communiste.
                 
    C’est un objectif qui semble sur le point de se réaliser en 1959.  Par un changement radical en regard  de la politique suivie jusque là, de collaboration avec le nouveau pouvoir installé à Pékin, le Dalaï Lama choisit la voie de l’exil et commence à brandir le drapeau de l’indépendance du Tibet. S’agit-il réellement d’une revendication nationale ? Nous avons vu que le Dalaï Lama lui-même n’est pas d’origine tibétaine et qu’il a été obligé d’apprendre une langue qui n’est pas sa langue paternelle. Mais portons plutôt notre attention sur la caste dominante autochtone.
                 
    D’une part, celle-ci, malgré la misère générale et extrême du peuple, peut cultiver ses goûts de raffinement cosmopolite : à ses banquets, on déguste « des choses exquises  provenant de tous les coins du monde » (p.174-5). Ce sont de raffinés parasites qui les apprécient, et qui, en faisant montre de leur magnificence, ne font assurément pas preuve d’étroitesse provinciale : « les renards bleu viennent de Hambourg, les perles de culture du Japon, les turquoises de Perse via Bombay, les coraux d’Italie et l’ambre de Berlin et du Königsberg » (p.166). Mais tandis qu’on se sent en syntonie avec l’aristocratie parasite de tous les coins du monde, la caste dominante tibétaine considère ses serviteurs comme une race différente et inférieure ; oui, « la noblesse a ses lois sévères : il n’est permis d’épouser que quelqu’un de son rang » (p. 191). Quel sens cela a-t-il alors de parler de lutte d’indépendance nationale ? Comment peut-il y avoir une nation et une communauté nationale si, d’après le chantre même du Tibet prérévolutionnaire, les « demi-dieux » nobles, loin de considérer leurs serviteurs comme leurs concitoyens, les taxent et les traitent d’ « êtres inférieurs » (p. 170 et 168) ?
                 
    D’autre part, à quel Tibet pense le Dalaï Lama quand il commence à brandir le drapeau de l’indépendance ? C’est le Grand Tibet, qui aurait du rassembler de vastes zones hors du Tibet proprement dit, en annexant aussi les populations d’origine tibétaine résidant dans des régions comme le Yunnan et le Sichuan, qui faisaient partie depuis des siècles du territoire de la Chine et qui furent parfois le berceau historique de cette civilisation multiséculaire et multinationale. C’est clair, le Grand Tibet représentait et représente un élément essentiel du projet de démantèlement d’un pays qui, depuis sa renaissance en 1949, ne cesse de déranger les rêves de domination mondiale caressés par Washington.  
                 
    Mais que serait-il arrivé au Tibet proprement dit si les ambitions du Dalaï Lama s’étaient réalisées ? Laissons pour le moment de côté les serfs et les « êtres inférieurs » à qui, bien entendu, les disciples et les dévots de Sa Sainteté ne prêtent pas beaucoup d’attention. Dans tous les cas, le Tibet révolutionnaire est une « théocratie » (p.169) : « un Européen est difficilement en mesure de comprendre quelle importance on attribue au plus petit caprice du Dieu-roi ». Oui, « le pouvoir de la hiérarchie était illimité » (p.148), et il s’exerçait sur n’importe quel aspect de l’existence : « la vie des gens est réglée par la volonté divine, dont les interprètes sont les lamas » (p.182). Evidemment, il n’y a pas de distinction entre sphère politique et sphère religieuse : les moines permettaient « aux Tibétaines les noces avec un musulman à la seule condition de ne pas abjurer » (p.169) ;  il n’était pas permis de se convertir du lamaïsme à l’Islam. Comme la vie matrimoniale, la vie sexuelle aussi connaît sa réglementation circonspecte : « pour les adultères, des peines très drastiques sont en vigueur, on leur coupait le nez » (p. 191).  C’est clair : pour démanteler la Chine, Washington n’hésitait pas à enfourcher le cheval fondamentaliste du lamaïsme intégriste et du Dalaï Lama.
                 
    A présent, même Sa Sainteté est obligé d’en prendre acte : le projet sécessionniste a largement échoué. Et voilà  apparaître des déclarations par lesquelles on se contenterait de l’ « autonomie ». En réalité, le Tibet est depuis pas mal de temps une région autonome. Et il ne s’agit pas que de mots. En 1988 déjà, tout en formulant des critiques, Foreign Office, la revue étasunienne proche du Département d’Etat, dans un article de Melvyn C. Goldstein, avait laissé passer quelques reconnaissances importantes : dans la Région Autonome Tibétaine, 60 à 70 % des fonctionnaires sont d’ethnie tibétaine et la pratique du bilinguisme est courante. Bien sûr, on peut toujours faire mieux ; il n’en demeure pas moins que du fait de la diffusion l’instruction, la langue tibétaine est aujourd’hui parlée et écrite par un nombre de personnes bien plus élevé que dans le Tibet prérévolutionnaire. Il faut ajouter que seule la destruction de l’ordre des castes et des barrières qui séparaient les « demi-dieux » des « êtres inférieurs » a rendu possible l’émergence à grande échelle d’une identité culturelle et nationale tibétaine. La propagande courante est l’envers de la vérité. 
                 
    Tandis qu’il jouit d’une ample autonomie, le Tibet, grâce aussi aux efforts massifs du gouvernement central, connaît une période d’extraordinaire développement économique et social. Parallèlement au niveau d’instruction, au niveau de vie et à l’espérance moyenne de vie, s’accroît aussi la cohésion entre les différents groupes ethniques, comme confirmé entre autres par l’augmentation des mariages mixtes entre Hans (Chinois) et Tibétains. Mais c’est justement ce qui va devenir le nouveau cheval de bataille de la campagne anti-chinoise. L’article de B. Valli sur La Repubblica du 29 novembre 2003 en est un exemple éclatant. Je me bornerai ici à citer le sommaire : « L’intégration entre ces deux peuples est la dernière arme pour annuler la culture millénaire du pays du toit du monde ». C’est clair, le journaliste s’est laissé  aveuglé par l’image d’un Tibet à l’enseigne de la pureté ethnique et religieuse, qui est le rêve des groupes fondamentalistes et sécessionnistes.

     Pour en comprendre le caractère réactionnaire, il suffit de redonner la parole au chroniqueur qui a inspiré Hollywood. Dans le Tibet prérévolutionnaire, en plus des Tibétains, et des Chinois, « on peut rencontrer aussi des Ladaks, des Boutans (orthographe non garantie, NdT), des Mongols, des Sikkimais, des Kazakhs, etc ». Les Népalais sont aussi largement présents : « Leurs familles demeurent presque toujours au Népal, où eux-mêmes rentrent de temps en temps. En cela ils se différencient des chinois qui épousent volontiers des femmes tibétaines, et mènent une vie conjugale exemplaire ». (p. 168-9). La plus grande « autonomie » qu’on revendique, on ne sait d’ailleurs pas très bien si pour le Tibet à proprement parler ou pour le Grand Tibet, devrait-elle comporter aussi la possibilité pour le gouvernement régional d’interdire les mariages mixtes et de réaliser une pureté ethnique et culturelle qui n’existait même pas avant 1949 ?
                 
    3.     La cooptation du Dalaï Lama en Occident et dans la race blanche et la dénonciation du péril jaune  
     
                
    Bush---dalaiL’article de Repubblica est précieux car il nous permet de cueillir la subtile veine raciste qui traverse la campagne anti-chinoise actuelle. Comme il est notoire, dans sa recherche des origines de la race « aryenne » ou « nordique » ou « blanche », la mythologie raciste et le Troisième Reich ont souvent regardé avec intérêt l’Inde et le Tibet : c’est de là qu’allait partir la marche triomphale de la race supérieure. En 1939, à la suite d’une expédition de SS, l’autrichien Harrer arrive en Inde du Nord (aujourd’hui Pakistan) et, de là, pénètre au Tibet. Lorsqu’il rencontre le Dalaï Lama, il le reconnaît immédiatement, et le célèbre, comme membre de la race supérieure blanche : « Sa carnation était beaucoup plus claire que celle du tibétain moyen, et par certaines nuances plus blanche même que celle de l’aristocratie tibétaine » (p. 280). Par contre, les chinois sont tout à fait étrangers à la race blanche. Voilà pourquoi la première conversation que Sa Sainteté a avec Harrer est un événement extraordinaire : celui-ci se trouve « pour la première fois seul avec un homme blanc » (p. 277). En tant que substantiellement blanc le Dalaï Lama n’était certes pas inférieur aux « européens » et était de toutes façons « ouvert aux idées occidentales » (p. 292 et 294). Les Chinois, ennemis mortels de l’Occident, se comportent bien autrement. C’est ce que confirme à Harrer un « ministre–moine » du Tibet sacré : « dans les écritures anciennes, nous dit-il, on lisait une prophétie : une grande puissance du Nord fera la guerre au Tibet, détruira la religion et imposera son hégémonie au monde » (p.114). Pas de doute : la dénonciation du péril jaune est le fil conducteur du livre qui a inspiré la légende hollywoodienne du Dalaï Lama.
                 
    Revenons à la  photo de groupe qui a mis un terme à son voyage en Italie. On peut considérer comme physiquement absents mais bien présents du point de vue des idées Richard Gere et les autres divas de Hollywood, inondés de dollars pour la célébration de la légende du Dieu-roi, venu du mystérieux Orient. Il est désagréable de l’admettre mais il faut en prendre acte : tournant le dos depuis quelques temps à l’histoire et à la géographie, une certaine gauche se révèle désormais capable de ne plus s’alimenter que de mythes théosophiques et cinématographiques, sans plus prendre de distances même avec les mythes cinématographiques les plus troubles. 
                 
    Titre original : La Chine, le Tibet et le Dalaï Lama
    Publié dans « L’Ernesto. Rivista Comunista », n° 5, novembre/décembre 2003, p. 54-57.
    Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio


     

    Un avis intéressant sur le film " Bienvenue chez les Ch’tis."chtis

    Pourquoi « Bienvenue chez les Ch’tis », film de Dany Boon, davantage qu’un succès commercial constitue, comme le faisait remarquer l’écrivain Pierre Drachline, un phénomène de société ?

    Quelques années en arrière, le public français tremblait et pleurait avec « Titanic », aujourd’hui bientôt vingt millions de spectateurs hexagonaux, toutes générations confondues, rient et sont émus avec « Bienvenue chez les ch’tis ». Que s’est-il donc passé entre la projection d’une superproduction d’un film catastrophe à effets spéciaux relatant l’annonce d’un monde qui allait sombrer corps et biens et ce film, on ne peut plus simple, suivant la virée pour faute d’un directeur de la Poste en terre sinistrée du nord de la France ? Qu’a donc compris Dany Boon et avec lui le quart de la population et qui visiblement laisse perplexes nos élites et silencieux nos élites médiatiques ? Eh bien disons, entre autre chose, que « Bienvenue chez les Ch’tis » répare et réhabilite l’image de tout un peuple en reconsidérant les couches populaires autrement que comme des babaches (des primaires). Pourquoi ? Comment ? Eh bien en mettant en lumière l’expérience que font et feront de plus en plus les couches moyennes, ou qui se vivent comme telles, de leur retour au sein des couches populaires. Il y a quelques jours, l’économiste Patrick Artus expliquait sur une radio que la mondialisation liquidait de fait les couches moyennes des pays développés. Nous y voilà ! Alors bien sûr, il y a celles et ceux encore épargnés, celles et ceux de ces couches plus très moyennes qui ne voient rien venir, celles et ceux qui refusent en se cramponnant à une manière de voir dépassée (la femme du directeur de la Poste), ceux qui déploient des banderoles injurieuses et qui ce faisant, croient se rassurer à bon compte, celles et ceux pour qui les marques de luxe remplacent les perruques poudrées aristocratiques du 18è siècle... et... enfin, quelle leçon, mais quelle leçon reçoit le directeur de la Poste (Kad Merad) de la part de ses collègues !

    Quelle leçon, de tact, de pudeur, de solidarité, de simplicité, de fraternité, d’ouverture d’esprit, ce représentant des couches moyennes reçoit de ses subordonnés appartenant aux couches populaires ! Au point que devant l’évidence, ce directeur accepte tout de go de faire partie du groupe et des leurs, montrant ainsi métaphoriquement le chemin à suivre... Quant au reste, une lecture par trop littérale conduirait à oublier que « Bienvenue chez les Ch’tis » est une fiction et aussi ce que Dany Boon, en véritable artiste, sait par expérience : « l’imagination est la reine du vrai » (Baudelaire).

    Dany Boon dont les origines populaires ne sont un secret pour personne sait manifestement de quoi il parle, ce comique a choisi de prendre les clichés les plus éculés pour les retourner. Le rire déclenché est à la fois libérateur, réparateur et réconciliateur. En cela, à la manière d’un Ken Loach comique, ce film participe à la connaissance de la réalité. Alors, bien sûr, il y en aura qui seront toujours trop « comme il faut » pour être en mesure de comprendre qu’une cuite monumentale (moment extraordinaire de fraternisation dans le film) ne fait pas des protagonistes des alcooliques ! Il y aurait tant à dire, le service public postal (avant que la Poste ne veuille devenir un service financier), le beffroi versant religieux et versant laïc, la France qui continue...

    Ce film populaire dit, entre autre, cette chose très simple : un peuple qui récuse la violence et le bling-bling des marchands bornés qui nous gouvernent, un peuple qui sait réinventer la solidarité est en voie de recréation. A nous de le voir ou pas. A nous d’en être ou pas. C’est la bonne nouvelle que répand le film de Dany Boon à travers le pays qui l’accueille avec engouement.

    Valère STARASELSKIAFGHANISTAN : LA QUADRATURE DU CERCLE


     

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    Cette horreur, obscurcie longtemps au niveau des médias par les conflits en Irak et en Israël/Palestine, a déjà sept ans.  Il n'est pas du tout exclu  qu'elle entre dans l'histoire comme une guerre de trente ans et pourquoi pas de cent? D'abord régionale, puis insérée dans un « conflit de civilisations »  bien pire que les croisades et la Jihad de leur temps.  Nick Robertson, de la chaîne CNN, vient de décrire, en observateur sur place, les impasses en termes de conflit débordant de l'Afghanistan jusqu'au coeur d'un Pakistan instable, déchiré, corrompu, imprévisible et puissance nucléaire plus portée à affronter l'Inde, ennemi héréditaire, que son impossible mixture interne de modernité de façade et de  fondamentalisme.  Rorry Stewart, ex-diplomate britannique et gestionnaire sceptique sur le terrain d'un projet civil, analyse en édifiantes écritures, jusque dans l'hebdomadaire « Time »,  la quadrature du cercle : la solution militaire est impossible et l'approche politique est pourrie par le néo-conservatisme fort pétrolier appliqué par l'Administration Bush et le Pentagone.  L'Afghanistan (faut-il le rappeler?) n'a jadis pu être réduit par l'Empire de sa Majesté.  L'Armée Rouge s'y est perdue dans son Vietnam.  L'Afghanistan n'a pas de tradition au niveau d'un gouvernement central et « rassemble » des chefs de guerre régionaux, des producteurs de pavot et trafiquants de narcotiques, des services administratifs, policiers, militaires et judiciaires (1) aussi « fiables » que ceux du régime sud-vietnamien de Saïgon. Le commandant Massoud, trop dérangeant, a été assassiné « opportunément ».  Le seul élément d'appartenance commune est la haine, visible et/ou cachée, de l'occupant nord-américain et autrement occidental. Les talibans, porteurs d'une idéologie aussi odieuse que celle du wahabisme saoudien, sont disséminés dans la population qui leur sert de bouclier comme des maquisards valeureux.  Les frappes aériennes et les technologies de l'art moderne de tuer (bombes à fragmentation et  uranium appauvri, etc...)  endeuillent de plus en plus (près de cent morts le 22 août) des civils qui ne sont pas tous des ruraux.

    L'engrenage
     
    Fin 2001, le Conseil de Sécurité de l'ONU a condamné les talibans et légitimé juridiquement l'intervention.  C'est ainsi que la France de Chirac/Jospin a envoyé des forces spéciales qui, selon le général Henry Bentegeat, alors chef d'état- major des armées (2), auraient presque capturé Ben Laden..  Un débat sans vote avait eu lieu à l'Assemblée nationale.  Après cet alignement méconnu, une Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) réunissant des contingents divers a été créée.  L'OTAN l'a reprise en 2003.  C'est dans ce cadre que la Belgique a participé bon gré mal gré au conflit, aux côtés d'anciens comme de nouveaux et présumés futurs membres de l'Alliance (Pologne, Roumanie, Géorgie...).  Nicolas Sarkozy-candidat aux élections présidentielles a exprimé des vives réticences que le Président Sarkozy ne ressent plus du tout, au contraire : il y aura cependant d'ici quinze jours un débat parlementaire avec vote.  En Belgique, le sept février dernier, la décision a été prise de porter la contribution du pays au niveau d'environ 500 militaires, quelques F-16 remplaçant ou s'ajoutant aux paisibles C-130 de « l'aide humanitaire».  Selon certains, les appareils de combat auront une présence  purement dissuasive !  La couverture budgétaire n'est pas claire.  Les fantassins ne prendront pas part aux opérations terrestres et resteront dans leurs bases ?  Kandahar,  dans le sud de plus en plus périlleux, n'est pourtant pas garantie contre les attaques de casernes, de prisons, de bâtiments publics les plus divers.  En commission sénatoriale de la Défense, le vice-président Josy Dubié et le S.P ont fait objection.  Les Députés P.S Flahaut et Moriau, avec des soutiens MR, CDH et VLD,   ont déposé une résolution aussi importante que curieuse.  Car il faut protéger nos militaires : par l'envoi de chanteurs et chanteresses  (nb : violables…)  de l'Armée du Salut avec musiques pacificatrices et casseroles?  Plus sérieusement, le texte propose l'inscription de clauses d'exemption dans la définition de la mission et un calendrier de sortie à proposer au sommet de l'OTAN ?!  Le Parlement devrait être dorénavant informé au « préalable » et avec transparence et régularité : mais à quand un débat en séance plénière?  Enfin, la Communauté internationale et pas seulement une OTAN aux tentacules en extension permanente, même au péril de l'Union Européenne - devrait tenter de jouer un rôle significatif. 

    Et bientôt?

    Ceci conduit à ce que voudra la prochaine présidence des Etats-Unis.  Tout le monde sait que Barack Obama s'est lucidement opposé à l'unilatéralisme néo conservateur en Irak et à « une mauvaise guerre, au mauvais moment, au mauvais endroit ». Mais à Berlin, il a appelé les Européens à s'engager avec plus de force(s) en Afghanistan, contre un terrorisme particulier.  En fonction d'une décision trop peu connue de l'ère Bush, depuis mars 2003, l'Administration républicaine (3), ne disposant pas d'effectifs suffisants pour mener simultanément des opérations d'envergure en Irak et en Afghanistan, a  désaffecté beaucoup de ses troupes de la deuxième zone. Elle n'aimait pas trop, par ailleurs, une présence autre que la sienne dans la grande région destinée à accueillir les oléoducs et gazoducs de la future exploitation de gisements en Asie centrale. Aujourd'hui, l'armée américaine, qui devrait devenir résiduaire en Irak, est destinée dans tous les scénarios au « Go Back Home » et ne peut être transférée en masse en Afghanistan. Beaucoup de supplétifs occidentaux sont donc « indispensables » en ce pays, à Kaboul et au nord mais surtout au sud de la capitale...
    La guerre ne sera pourtant jamais gagnée en Afghanistan par les Occidentaux. Une solution politique doit être recherchée avec tous les partenaires possibles et souhaitables. La Belgique, quoiqu'en « évaporation » selon son Ministre des Affaires Etrangères, et,  dans une proportion beaucoup plus sérieuse, l 'Union Européenne, doivent s'y employer. Notre Europe, dont le Traité de Lisbonne avorté  a prévu un accroissement des moyens militaires (pourquoi ?), se grandirait au yeux de beaucoup de ses citoyens avant le renouvellement du Parlement en 2009 si elle admettait enfin- le non irlandais de juin dernier étant bien pesé- que l'OTAN en pavillons relevant de l'intérêt des Etats-Unis n'est pas son hall d'entrée, ni non plus sa cage depuis que le Pacte de Varsovie est mort. La culture politique nord-américaine vit dans la consommation et  l'exportation de la peur, trop largement en tout cas. J'ai toujours espéré et considéré que notre culture n'est  et ne peut pas être du même crû. Quant aux missions de militaires de Belgique à l'extérieur, j'y souscris chaque fois que les populations s'en trouvent protégées (nos démineurs de la FINUL au Liban, dont cinq ont été victimes de leur devoir, agissent en bienfaiteurs) et lorsque les consignes en matière de légitime défense sont claires, ce qui ne fût hélas pas le cas au Rwanda.   

    Ernest Glinne, ancien Ministre, Député européen honoraire, ex-délégué auprès du Congrès US.

    (1) Le principal juge anti-drogue a été assassiné le 05/09/2008
    (2) « Le Monde » du 23/08/2008
    (3) « The New York Review Of Books » du 14/08/2008, article de Samantha Power, « The Democrats and National Security ».


     Jörg Haider : l’insupportable hommage du social-démocrate Heinz Fischer

    HaiderCar-460b_1007729cL’homme toujours bronzé qui s’est tué au volant de sa voiture de luxe en roulant à une vitesse excessive ce samedi n’était pas un leader populiste [1] ainsi que le clament à foison les médias dominants. Il était un dirigeant politique raciste et xénophobe, fils d’un nazi de la première heure et lui-même issu d’un parti, le FPÖ, fondé par d’anciens nazis.

    Celui qui se fit connaître dans les années 1990 par ses « dérapages » pro-nazis (En 1991, Haider du renoncer à son poste de gouverneur de Carinthie après avoir fait l’éloge de la politique de l’emploi du IIIe Reich. En 1995, il récidiva en qualifiant la Waffen-SS de "partie de l’armée allemande à laquelle il faut rendre honneur".) et antisémites (Il déclara notamment au Parlement de Vienne que les camps de concentration nazis n’étaient que des "camps disciplinaires".), s’est ensuite rendu populaire par sa virulence contre les Slaves, qui se traduisit notamment dans sa province de Carinthie par son opposition aux écoles slovènes et aux panneaux routiers bilingues. Ce n’est pas un hasard si Filip Dewinter, le leader du Vlaams Belang, lui rend aujourd’hui un vibrant hommage.

    Jörg Haider aura été un symbole de la résurgence de l’extrême droite que connait toute l’Europe. Il y eut en 1984 l’arrivée du Front national de Jean-Marie Le Pen au Parlement européen, puis l’Allemagne avec les Republikaners, la Belgique avec le Vlaams Block (1989), la Russie avec le Parti libéral-démocrate (1993), l’Italie où cinq ministres néo-fascistes entrèrent au gouvernement de Silvio Berlusconi (1994), la Norvège avec la percée du Parti du progrès (1997), l’Autriche avec l’entrée du FPÖ de Haider au gouvernement (2000), le Danemark avec le retour du Parti du peuple (en 2001) ou encore les Pays-Bas avec le succès de la liste Pim Fortuyn (2002).

    En quelques années la plupart de ces partis xénophobes ont pu surfer sur la lâcheté et l’électoralisme amoral de nombreux politiques près à tous les silences et à toutes les compromissions afin de se maintenir au pouvoir. Ils se sont infiltrés toujours davantage au cœur de l’Europe. À Vienne, en 2000, l’entrée du FPÖ au gouvernement avec les conservateurs de Wolfgang Schüssel avait soulevé l’indignation de tous et quatorze États membres de l’Union (sur quinze) prononcèrent des sanctions unilatérales contre l’Autriche. Elles furent levées, quasi immédiatement (le 8 septembre 2000), après qu’une commission de « sages » eut établi que, si le FPÖ était « un parti extrémiste encourageant les sentiments de xénophobie », les ministres du FPÖ s’étaient montrés « respectueux des valeurs communes européennes ». Une honte, mais aussi un symbole de la politique de compromission en vigueur dans nos pays.

    Ces dernières années, Haider, comme d’autres leaders néo-nazis, avait policé son discours mais il n’avait rien renié de son passé ni de ses pratiques xénophobes. Ainsi, s’était-il encore fait admonester la semaine dernière par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) pour avoir exilé des demandeurs d’asile dans un centre isolé au milieu des alpages.

    Il est révélateur autant que révoltant d’entendre le président de la République autrichienne, le social-démocrate (SPÖ) Heinz Fischer, saluer ce jour la mémoire « d’un homme politique de grand talent capable de soulever l’enthousiasme (...) ». Ce crachat à la figure de toutes les victimes du nazisme constitue à nouveau un exemple de la lamentable guenille idéologique qu’est aujourd’hui devenue l’internationale (avec un tout petit "i") socialiste (avec un microscopique "s").

  • Nouvelles N° 126 ( 1 ère partie)

    Quand la spéculation tue : le monde face à un Tsunami alimentaire

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    Les émeutes de la faim sautent d’un continent à l’autre. Les prix des produits agricoles explosent sous l’effet de la pénurie et de la spéculation. Les dirigeants européens se disent tardivement conscients des menaces. Mais refusent des politiques de maîtrise publique pour brider et réguler les marchés. Ce sont pourtant les dogmes de la mondialisation qui sont en cause.
    MAURICE MAGIS

     
    Le constat est sans appel. Cruel. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la facture des importations céréalières des pays les plus pauvres du monde devrait augmenter de 56 % en 2007/2008 après une hausse significative de 37 % en 2006/2007.  Pour les pays à faible revenu et déficit alimentaire en Afrique, cette facture devrait augmenter de 74 %, selon le dernier bulletin « Perspectives de récoltes et situation alimentaire » de la FAO. Les prix du pain, du riz, du maïs et de ses dérivés, du lait, de l'huile, du soja et d'autres produits de base se sont envolés ces derniers mois dans nombre de pays en développement. Des émeutes de la faim ont été signalées en Égypte, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, en Indonésie, à Madagascar et en Haïti. Au Pakistan et en Thaïlande, l'armée a été déployée pour éviter le pillage de la nourriture dans les champs et les entrepôts. « La flambée des prix des denrées alimentaires frappe plus durement les pauvres, car la part de l’alimentation dans leurs dépenses totales est beaucoup plus élevée que celle des populations aisées », a fait observer Henri Josserand du Système mondial d'information et d'alerte rapide de la FAO. « L’alimentation représente environ 10 à 20 % des dépenses de consommation dans les pays industrialisées, mais au moins 60 à 80 % dans les pays en développement, dont beaucoup sont importateurs nets de produits alimentaires. » En Asie, « Nous estimons qu’un milliard de personnes sont affectées par la hausse des prix des aliments » a noté le directeur général de la Banque asiatique de développement, Rajat Nag. « Cela inclut environ 600 millions de personnes qui survivent avec moins d’un dollar par jour. »

    La situation peut-elle s’améliorer ? Si la croissance prévue de la production en 2008 se matérialise, la situation actuellement tendue sur l’offre céréalière mondiale pourrait se relâcher en 2008/09, espère le rapport de la FAO. Mais beaucoup dépendra des conditions climatiques, prévient-elle, rappelant qu'à la même époque l'an dernier, les prévisions de la production céréalière pour 2007 étaient bien meilleures que la production finalement obtenue. Les conditions climatiques défavorables ont dévasté les récoltes en Australie et les ont réduites dans nombre d'autres pays, en particulier en Europe. Et « Des conditions climatiques favorables seront bien plus cruciales pour cette nouvelle campagne, car les réserves mondiales de céréales sont épuisées. Les stocks céréaliers mondiaux chuteraient à 405 millions de tonnes en 2007/08, soit 21 millions de tonnes en moins, ou 5 % de moins que leur niveau déjà réduit de l'année précédente. Il s'agit là du niveau le plus bas jamais atteint en 25 ans.

    Causes et effets

    Il ne manque pas d’experts pour mettre en évidence les causes de la crise actuelle : hausse de la demande générée par l’engouement pour les agrocarburants, sécheresse en Australie, trop de pluie en Europe, modification des comportements alimentaires dans les pays émergents… Sans nécessairement s’entendre sur l’impact relatif des unes ou des autres. Moins encore sur les conditions nécessaires pour en sortir.

    Convaincus que la crise alimentaire mondiale risque d'infliger à l'ONU de graves revers en matière de lutte contre la faim, de maintien de la paix et de développement, le secrétaire général de l'organisation, Ban Ki-moon, et les dirigeants de 27 agences et fonds des Nations unies ont pourtant lancé, fin avril encore à Berne, un nouveau cri d’alarme. « Nous considérons que la hausse dramatique des prix alimentaires dans le monde entier est devenue un défi sans précédent, de proportions mondiales, qui représente une crise pour les plus vulnérables, y compris les citadins pauvres», a déclaré l'ONU. «C'est actuellement le problème numéro un», a ajouté le directeur de la communication de M. Ki-moon, Michael Meyer. «Nous devons mettre au diapason tous les gouvernements, toutes les agences internationales, les entreprises privées et les fondations», a ajouté le fonctionnaire onusien.
    Ban Ki-moon a donc exhorté la communauté internationale à débloquer rapidement des sommes d'argent afin d'apporter un soutien aux fonds d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM), où il manque aujourd'hui 755 millions de dollars, selon ses responsables. «Sans le financement de ces fonds d'urgence, nous risquons encore le spectre d'une famine, d'une malnutrition et d'émeutes à une échelle mondiale et dans des proportions sans précédent», a-t-il prévenu. Le secrétaire général des Nations unies a ainsi exprimé l'espoir que les dirigeants de la communauté internationale participent en juin à une réunion à Rome pour trouver des moyens de soulager la crise alimentaire, soulignant qu'ils étaient précédemment restés sourds aux avertissements lancés par la FAO et d'autres organismes.

    La faute du FMI

    fmi-logoLa rencontre de Berne avait aussi pour objectif de faire parler les institutions internationales d'une seule voix sur des questions centrales telles que l'impact du développement des agrocarburants sur l'augmentation des prix des denrées alimentaires. Le rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, au terme de son mandat, s'en est pris aux politiques «aberrantes» du Fonds monétaire international, qui a, selon lui, imposé, dans les pays où il intervient, la plantation de produits destinés à l'exportation au détriment de l'agriculture de subsistance.

    L’universitaire suisse n’a pas manqué une occasion depuis des années pour attirer l’attention des décideurs mondiaux sur la situation des affamés dans le monde ainsi que sur les dégâts des mécanismes de marché dans l’agriculture des pays en développement. S’appuyant sur les terribles données de la FAO qui mettent en évidence la remontée du nombre des personnes victimes de la faim (plus de 854 millions l’année dernière), il a toujours affirmé avec force sa croyance en la nécessité de reconnaître « le droit à l’alimentation » comme « partie intégrante des droits fondamentaux de l’homme ».

    C’est en ce sens que ce défenseur de la préservation des cultures vivrières a qualifié dernièrement de « crime contre l’humanité » le fait d’affecter aujourd’hui des terres et de la production céréalière aux biocarburants… Dans le rapport de son dernier mandat, il y a quelques semaines devant le Conseil des droits de l’homme, il expliquait : « Un certain nombre de gouvernements et d’organisations intergouvernementales appuient la théorie néolibérale qui ne reconnaît pas l’existence des droits économiques, sociaux et culturels et limite les droits de l’homme aux seuls droits politiques et civils. Selon les tenants de cette théorie, seul un marché mondial totalement libéralisé et privatisé peut éliminer la faim et la malnutrition dans le monde. Les faits prouvent le contraire. »

    Pas tendre avec le système financier multilatéral, le rapport de Ziegler accuse : « Les institutions de Bretton Woods (la Banque mondiale et le FMI - NDLR), avec le gouvernement des États-Unis et l’Organisation mondiale du commerce refusent de reconnaître l’existence même d’un droit de l’homme à l’alimentation et imposent aux États les plus vulnérables le Consensus de Washington qui privilégie la libéralisation, la déréglementation, la privatisation et la compression des budgets nationaux des États. Ce modèle, qui génère encore plus d’inégalités, (…) a des conséquences particulièrement catastrophiques pour le droit à l’alimentation par trois de ses aspects : la privatisation des institutions et des services publics, la libéralisation du commerce agricole et le modèle de réforme foncière fondé sur le marché. »

    Au cœur du scandale

    Son successeur, Olivier de Schutter, s’est, lui aussi, montré sévère pour le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, les pays riches : « Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, pourtant prévisible depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. […] Les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment en Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix. » En clair, à des comportements spéculatifs. Une analyse qui n’a pas ébranlé Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international : « Personne ne devrait oublier que toutes les nations comptent sur le libre-échange pour nourrir leur population. »

    Et pourtant, on là au cœur du scandale. Dans son édition de mai, Le monde diplomatique relevait les appels scandaleux des agents financiers à réaliser de bonnes affaires en cette période de pénurie. Il citait ainsi la société-conseil française, Financeagri, qui, dès l’automne dernier, lançait : « Soyer un acteur de la volatilité des marchés agricoles. Ne restez plus spectateurs. Informez-vous ». Et construisez donc des fortunes sur le dos des affamés. Mais en Belgique aussi, la KBC, première banque du pays, a lancé un produit financier dont le rendement est lié à l’évolution du prix du blé, du maïs, du soja, du café, du sucre et du cacao. La souscription a été clôturée en 25 jours. Il s’est trouvé des clients de la banque pour s’en offusquer. Une partie du monde politique – une partie seulement, la droite étant aux abonnés absents – a réagi au slogan sans vergogne de la KBC : « Tirez avantage de la hausse du prix des denrées alimentaires. » Des organisations non gouvernementales ont réclamé des mesures « radicales ».

    Des profits à la pelle

    Il en faudrait, en effet, quand les marchés agricoles sont devenus la proie de spéculateurs qui, inquiets des fluctuations du dollar et des effets de la crise bancaire, courent d’un secteur à l’autre, du pétrole au blé, du zinc au maïs, en quête de profits maximaux. « Les indices agricoles, rappelle le Diplo, font un tabac auprès des fonds d’investissement. Entre la fin du premier trimestre et la fin du quatrième trimestre 2007 (…) le volume des capitaux gérés par les fonds d’investissement cotés sur les produits agricoles européens a quintuplé » passant de 99 millions d’euros à 583 millions. Aux Etats-Unis, le phénomène est encore plus spectaculaire : il a été multiplié par sept l’an dernier (1).
    Indécent. Mais ces chiffres ne heurtent pas seulement la morale. Ils appellent d’autres réponses politiques et économiques pour sortir de cette situation. Blé ou du riz, les stocks resteront bas en 2008 pour plusieurs raisons. Les grands pays développés négligent les stocks de précaution, à commencer par l’UE. Les pays pauvres n’ont pas les moyens de stocker. 40 % des stocks mondiaux de céréales se trouvent en Chine pour 22 % de la population. Par le passé, ce pays a souvent été touché par les disettes et les dirigeants chinois font en sorte que le pays dispose en permanence d’une réserve stratégique de six mois.

    Globalement, le prix du riz a doublé en cinq ans sur les marchés mondiaux pour se situer à 393 euros la tonne en moyenne au mois de décembre 2007. L’offre peine à suivre l’évolution de la demande depuis plusieurs années. Les conséquences de ces hausses de prix, on l’a vu, sont dramatiques pour les pays pauvres importateurs net de céréales et encore plus pour les populations les plus démunies de ces pays pauvres. Les populations de ces pays subissent désormais une inflation annuelle à deux chiffres sur les produits alimentaires. En Europe, les principales victimes sont aussi les ménages modestes. Car la hausse des prix touche d’abord les produits alimentaires de base comme les pâtes, le pain, les produits laitiers, les viandes blanches. Ensuite, les prix dits « d’entrée de gamme » sont les plus touchés par la hausse en raison de la faible marge des industriels qui produisent des denrées de « premiers prix » sous la coupe des grandes surfaces. Enfin, moins le ménage a de revenus, plus la part de l’alimentation grève son budget.

    Responsabilité européenne

    De leur côté, les négociateurs de l’Organisation mondiale du commerce jouent la carte de la baisse des tarifs douaniers agricoles pour mieux promouvoir les intérêts des multinationales de l’industrie de pointe et de la finance. Or cette mise en concurrence brutale ruine rapidement des millions de paysans à travers le monde et risque de déboucher demain sur des pénuries alimentaires et des famines, tout en favorisant de nouvelles spéculations sur les prix.

    Il y aurait urgence, d’abord, à sécuriser les approvisionnements alimentaires en augmentant les stocks de sécurité de céréales et d’oléagineux qui se conservent facilement en silos d’une récolte à l’autre. Ce genre de décision appartient aux responsables politiques. Ceux des 27 pays membres de l’Union européenne – on l’a vu avec le tour donnée à la Politique agricole commune qui a vidé les stocks et les frigos – font montre d’une criminelle inconséquence. Ils ont renoncé à tout travail de réflexion sur le sujet et délégué l’essentiel de leurs responsabilités à une Commission européenne ultralibérale, incompétente sur les dossiers agricoles, soumise aux lobbies industriels et commerciaux.

    La Commission européenne annonce un « choc alimentaire avec l’effet potentiel d’un tsunami économique et humanitaire. » Le primat de l’intérêt général, de l’avenir commun, sur les logiques du profit à tout prix est ainsi devenu un impératif vital. Il impose de brider les marchés financiers. Refuser de la voir est faire montre d’un dogmatisme criminel.

    1. « Comment le marché mondial des céréales s’est emballé », Le Monde diplomatique, mai 2008.


    Bombe à retardement ?

    L’été dernier, nous mettions en garde contre les dangers d’un marché mondialisé des agrocarburants agricoles (« Energies vertes ? Agrocarburants : mythes et réalités », août 2007). Un cri d’alarme qui se justifie. De plus en plus de voix s’élèvent pour confirmer ce double danger : un bilan écologique discutable et l’influence de plus en plus grande de ces productions sur l’envolée des prix alimentaires.

    Labourer plus de superficies, retourner des prairies et défricher des forêts pour augmenter les hectares consacrés au blé, au colza, au maïs, à la canne à sucre, aux betteraves et aux palmiers à huile, c’est, disent-elles, contribuer à d’importantes émissions de CO2, donc à une accélération du changement climatique.

    Les partisans de ces cultures industrielles affirment proscrire la déforestation pour les étendre. À supposer qu’ils tiennent parole, ces nouvelles productions énergétiques prendront la place des cultures vivrières qui migreront alors vers les zones forestières à défricher. C’est déjà le cas pour la culture du soja et l’élevage bovin en Amazonie tandis que la canne à sucre prend leur place sur des zones agricoles plus anciennes au Brésil.

    En Indonésie, les entreprises engagées dans la culture du palmier à huile défrichent la forêt primaire à grande échelle. En Afrique, l’huile de palme utilisée pour la consommation humaine est déjà hors de prix tandis que plusieurs pays en font de l’agrocarburant.

    L’Union européenne a retenu le chiffre de 10 % d’agrocarburants à incorporer dans les véhicules à l’horizon 2020. Cet objectif est aujourd’hui sérieusement mis en question. D’autant qu’il s’agirait d’externaliser l’essentiel de cette production et des émissions de CO2 qui lui seront imputables dans les pays du Sud au détriment de leur souveraineté alimentaire.

    Si certains pays peuvent trouver légitime de produire des agrocarburants afin de réduire leur dépendance énergétique, rien ne serait pire que d’en faire un marché mondial pratiquant la sélection par l’argent et donnant la priorité au réservoir des voitures de riches sur l’estomac des pauvres.

    Le marché mondial encore naissant des agrocarburants, une énorme bombe à retardement ?

    1,2 à 1,7 milliard de dollars pour survivre

    fao_logoLa FAO a exhorté les bailleurs de fonds et les institutions de financement internationales à revoir leurs programmes d’assistance en faveur des pays les plus affectés par la flambée des prix des denrées alimentaires. Selon une première estimation, les financements supplémentaires requis pour mettre en œuvre les programmes et projets dans ces pays se situeraient entre 1,2 milliard et 1,7 milliard de dollars. Une somme ridiculement basse au regard des dépenses d’armements dans le monde. Ou de la guerre des Etats-Unis en Irak. Ou encore des paquets de milliards gracieusement offerts par les banques centrales pour renflouer les caisses des financiers privés aux comptes déséquilibrés par la spéculation.

    Dans le monde, 37 pays sont actuellement confrontés à des crises alimentaires, selon le rapport. Parmi ceux-ci :

    Côte d'Ivoire: les prix du riz en mars 2008 ont plus que doublé par rapport à leurs niveaux un an plus tôt.

    Sénégal: les prix du blé en février 2008 ont été multipliés par deux par rapport à ceux constatés un an auparavant pendant que le sorgho augmentait de 56 %.

    Nigéria: sur le marché sous-régional important de Dawanau, les prix du sorgho et du millet ont doublé sur les cinq derniers mois.
    Somalie: l'an dernier dans le nord du pays, le prix de la farine de blé a presque triplé.

    Soudan: à Khartoum, la capitale, les prix du blé en février de cette année étaient 90 % plus élevés qu'un an plus tôt.

    Ouganda: les prix du maïs en mars 2008 ont grimpé de 65 % par rapport à leurs niveaux de septembre.

    Éthiopie: à Addis-Abeba, les prix du maïs en mars 2008 ont doublé en 12 mois et ceux du blé ont bondi de 42 %.

    Mozambique: dans la capitale Maputo, les prix du maïs en mars étaient 43 % plus élevés qu'il y a un an.

    Philippines: les prix du riz ont augmenté de 50 % ces deux derniers mois.
    Sri Lanka: les prix du riz en mars 2008 ont été multipliés par deux en 12 mois pendant qu'au Bangladesh ils augmentaient de 66 % sur la même période.

    Tadjikistan: les prix du pain en février étaient deux fois plus élevés que ceux observés en février 2007, pendant qu'en Arménie, le prix de la farine de blé a augmenté d'un tiers sur la même période.

    Haïti: les prix des denrées alimentaires sont de 50 à 100 % plus élevés qu'ils ne l'étaient un an auparavant.


    Le salaire minimum des postiers allemands fait des vagues en Europe .

     

    deutsche postLe parlement allemand a voté l’octroi obligatoire d’un salaire minimum pour les facteurs à partir du 1er janvier 2008. Un changement qui menace les fondements même de la libéralisation du secteur .
    Caroline Lallemand

     La décision découle de la crainte de la Deutsche Post  de perdre des parts de marché au profit des concurrents qui paient leurs employés à des tarifs planchers (voir Trends-Tendances du 11 octobre). La Deutsche Post et une vingtaine d’opérateurs postaux, qui représentent 80 % des employés du secteur, ont ainsi conclu un accord avec le syndicat Verdi pour fixer un salaire horaire minimum – jusque-là inexistant en Allemagne – de 8 € à 9,80 € de l’heure, après négociations et comparaison avec d’autres secteurs, notamment celui de la logistique.

    Dans la foulée, la réaction des concurrents de Deutsche Post n’a pas tardé. Le groupe néerlandais TNT et l’allemand Hermes Logistik ont annoncé qu’ils gelaient leur projet de se lancer dans la distribution de courrier en Allemagne. Le groupe d’édition Axel Springer, propriétaire de la société de services postaux PIN, ancien monopole désormais semi-public, a quant à lui décidé la suppression de « plus de 1.000 emplois (…) dans un premier temps ». Toutefois, selon le Financial Times Deutschland, Pin Group avait l’intention de supprimer des emplois bien avant l’adoption du salaire minimum. Au total, ce serait 20.000 emplois des 60.000 emplois chez les concurrents de Deutsche Post qui seraient menacés.

    Autre conséquence : inquiète de l’accord salarial dans la poste allemande qui menace TNT, La Haye a décidé de repousser l’ouverture à la concurrence totale de la poste néerlandaise, initialement prévue pour début 2008 .
    Ces réactions en cascade font douter de la décision du gouvernement d’Angela Merkel. D’autant que ce salaire minimum paraît élevé par rapport aux standards internationaux et aux autres salaires allemands. Mais, surtout, c’est l’idée de voir le salaire minimum se généraliser à toute l’économie qui inquiète les entrepreneurs. Les sociaux-démocrates militent en ce sens et la chancelière ne semble pas opposée au projet. « Ce seront alors cinq millions d’emplois qui seront sur la sellette », a averti le président de la Fédération nationale des industries allemandes, Jürgen Thumann. La décision a aussi été fortement critiquée par Jean-Claude Trichet, directeur de la BCE qui la considère comme « inutile ».

    Une manœuvre cynique pour briser la concurrence.

    Pour les concurrents de la poste semi-publique Deutsche Post, qui versent des salaires bien moins élevés, cette mesure revient de facto à préserver le monopole de la société historique après la libéralisation totale au 1er janvier 2008 du marché postal allemand. L’accord a été négocié par la Deutsche post pour briser la concurrence dans un marché bientôt libéralisé, avance le Financial Times. Selon le quotidien britannique, c’est mauvais pour l’Allemagne et l’Europe. Cela restreint la concurrence et entrave la libéralisation du marché postal, et cela tue l’emploi.

    Trends-Tendances 

    Commentaire de la rédaction : la presse économique n’aime pas les mesures sociales qu’une régulation étatique pourrait apporter


    La grève, les otages et le chevalier blanc
    Chronique de Hugues Le Paige

    Changeons de modèle économique

    I
    l faut réorienter les modes de production et de consommation vers des pratiques écologiquement soutenables et socialement justes, et non augmenter le productivisme, la flexibilité et la compétitivité.

     

    D'accord, les prix augmentent, ce n'est agréable pour personne. Mais faut-il vraiment pour cela bouleverser toute l'économie ?", s'interrogeait récemment M. Timmermans, directeur général de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB). Pour la FEB, poser la question c'était y répondre, par la négative.

    Pourtant... L'économie menace de tomber en récession. L'explosion des prix du pétrole est en passe de faire s'effondrer tout l'édifice en précipitant dans la misère des dizaines de milliers de ménages en Belgique, des centaines de millions de par le monde. Dans ces conditions, faut-il vraiment poursuivre en serrant les dents, comme semble le dire la FEB ? On ne saurait imaginer attitude plus irresponsable.

    Selon nous, cet aveuglement volontaire face à une situation très grave témoigne d'un immobilisme dogmatique et partant, de la profonde incapacité de la FEB s'adapter à la nouvelle donne.

    Pour comprendre ce qui est en train de se passer et envisager des solutions réalistes, il importe de s'attarder un instant sur la dynamique qui sous-tend la crise actuelle.

    Nos sociétés dites "développées" sont organisées autour du principe économique de "la croissance". Celle-ci serait à la fois la condition et le moyen de créer de la richesse dont les retombées profiteraient à tous. Dans cette logique, il est nécessaire d'accroître les capacités de production de biens et de services, ce que les travailleurs sont sommés d'assumer. Il faut également s'assurer que ces produits seront consommés rapidement par un consommateur soumis pour ce faire à un matraquage publicitaire permanent.

    Après un demi-siècle de cette croissance économique accélérée, où en sommes-nous ? Si les Trente Glorieuses ont assurément permis l'amélioration du confort matériel d'une bonne partie de la population occidentale, elles ont aussi laissé une frange non négligeable d'entre nous dans une situation désastreuse et entraîné "le reste du monde" dans un état de précarité croissant. Dans le même temps, on peut constater que le chômage n'a pas disparu, que le travail devient à nouveau, depuis une trentaine d'années, de plus en plus éprouvant et vide de sens, que la répartition des richesses est de plus en plus inéquitable et que l'état de la planète se dégrade dangereusement. On ne produit et consomme pas en fonction de besoins réels, en tenant compte du caractère limité des ressources naturelles et avec un dessein de justice sociale, mais en fonction de potentialités spéculatives, dont tire profit une infime minorité sans soucis des générations futures. Bref, cette croissance socialement ravageuse nous procure chaque jour un petit peu moins de satisfaction et l'on continue pourtant à la glorifier allègrement.

    Une autre réalité commence aujourd'hui à apparaître crûment : cette croissance-là n'est pas tenable. Le dogme croissantiste repose en effet tout entier sur un oubli gros comme un monde : pour produire les biens et services que la manipulation publicitaire nous pousse à consommer, il faut de la matière et de l'énergie. Or, l'homme ne peut pas créer de matière ni d'énergie. Il ne peut que transformer les ressources terrestres pour les rendre utiles à son usage. Ce faisant, il génère des pollutions dont les niveaux sont devenus insoutenables tant ils dépassent les capacités de recyclage naturels. Ainsi, pour fabriquer et faire avancer une automobile, il faut du pétrole, qui une fois consumé est irrémédiablement transformé en CO2.

     changement-img1D'un point de vue matériel, le processus économique fonctionne donc comme une gargantuesque machine qui consume les ressources et les transforme en pollution. A la sortie de cette machine, du côté des pollutions, on observe une saturation dont le bouleversement climatique est l'une des dimensions les plus graves. A son entrée, il y a désormais une pénurie. Il se trouve en effet qu'aujourd'hui, la principale ressource d'énergie utilisée par la machinerie économique commence à manquer : le pic du pétrole est imminent, voire déjà franchi. Jusqu'ici, le pétrole était peu cher car facilement accessible et en quantité suffisante, mais le pétrole est un stock qui ne se renouvelle pas à l'échelle du temps humain. Au niveau mondial, l'offre de pétrole devient insuffisante, d'autant plus que des pays géants comme le Brésil, la Chine et l'Inde veulent à leur tour en consommer comme l'Occident le fait depuis la dernière guerre. Sait-on par exemple que l'Indonésie va se retirer de l'organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), sa production étant désormais insuffisante pour satisfaire sa demande intérieure ?

    L'ère de l'énergie peu chère est derrière nous.

    Voilà une règle que la FEB connaît bien : quand l'offre d'un produit ne répond plus à la demande et que cette dernière ne faiblit pas, les prix montent. Fluctuations spéculatives et ajustements conjoncturels mis à part, le prix du pétrole va donc continuer à augmenter pour atteindre des niveaux inconcevables jusqu'ici.

    Ne nous trompons pas de conclusion. Avec un prix du baril de plusieurs centaines de dollars, c'est tout le système économique qui flanche, car le pétrole, qui est en quelque sorte le sang de la croissance, ne vient plus l'irriguer suffisamment. Le pétrole et ses dérivés sont utilisés dans tous les secteurs de production : agriculture, transports, construction, distribution, pharmacie, textile, technologies de l'information, etc.

    Le pic du pétrole rend la poursuite de "la croissance" impossible puisque la boucle production/consommation est cassée. Déjà, "la croissance" s'essouffle et apparaissent les premiers signes de la récession payée en premier lieu par les plus démunis.

    L'objectif désormais, lequel est une urgence sociale impérieuse, doit être d'organiser la décroissance de la consommation des ressources naturelles non renouvelables de ceux qui en consomment le plus pour que les besoins vitaux de tous soient rencontrés. Il s'agit d'organiser une désescalade de la puissance industrielle (1) pour réorienter les modes de production et de consommation vers des pratiques écologiquement soutenables et socialement justes, et non augmenter le productivisme, la flexibilité et la compétitivité comme nous le propose la Fédération des entreprises de Belgique.

    Face à cette situation qu'elle ne comprend pas - ou pire, qu'elle feint d'ignorer -, La FEB continue à pousser sur l'accélérateur économique sans changer de modèle. Autant dire qu'elle nous demande de foncer droit dans le mur. Il s'agit aujourd'hui de sortir du tout-au-pétrole, de stopper les émissions de gaz à effet de serre, de relocaliser l'économie tout en renforçant la solidarité sans laquelle il ne peut y avoir de réponse pacifique et équitable à ce problème global. Persistant dans un comportement insensé, irresponsable, radicalement inadapté aux défis d'aujourd'hui, la FEB refuse de remettre en question le dogme économiste qui est une impasse. A croire que son action ne vise qu'à maintenir les privilèges d'une caste, quitte à jeter des pans entiers de la population dans la misère et à dévaster la planète.

    Le pic du pétrole est là ; il faut revoir l'économie de fond en comble et l'assujettir à l'écologie et à la justice sociale.

    1.L'expression est de J. Grinevald et Y. Rens, traducteurs du recueil de textes de N. Georgescu-Roegen : "La décroissance. Entropie - écologie - économie", éd. Sang de la Terre, 2006.

    Michèle Gilkinet, Jean-Baptiste Godinot, François Schreuer et Pierre Eyben


    Crise financière : la finance contre l’humanité
    Thomas Coutrot  

    ponzi_coverEn janvier 1920, à Boston, un petit escroc imaginatif, Charles Ponzi, trouva une manière astucieuse de gagner de l’argent sans se fatiguer. La technique était simple : il achetait en Italie des « coupons-réponses internationaux » (IRC en anglais) – des timbres émis par la poste italienne – que les familles envoyaient dans leurs courriers à leurs membres émigrés aux USA pour qu’ils puissent affranchir leur réponse. Puis il revendait à l’US Postal Service ces coupons au prix en dollar du timbre américain – bien plus élevé que le prix en lires qu’il avait payé. Il prétendait profiter ainsi tout à fait légalement d’une faille dans le dispositif des postes internationales. (Aujourd’hui, dans les salles de marché des grandes banques, exactement la même technique est largement utilisée sous le nom d’« arbitrage », bien sûr pas pour des timbres mais pour des titres ou des devises).

    Ponzi créa une société, la Securities Exchange Company, et promit un rendement de 50% en 45 jours. Les premiers investisseurs reçurent en effet la rémunération promise, et la nouvelle se répandit rapidement. En quelques mois, 17000 épargnants furent attirés par la perspective de gains rapides, et confièrent à Ponzi plusieurs dizaines de millions de dollars. En août, on s’aperçut enfin qu’il rémunérait les premiers investisseurs avec les sommes confiés par les suivants, sans avoir acheté pratiquement le moindre coupon-réponse en Italie. Il fut arrêté et son système s’effondra brutalement. Les journaux blâmèrent la naïveté et la cupidité des épargnants floués.

    La « chaîne de Ponzi » est devenu un cas d’école d’escroquerie financière, et a suscité depuis de nombreux imitateurs, comme les fameuses pyramides albanaises de 1995-96, qui avaient attiré plus de la moitié de la population du pays en promettant des rendements de 40% par mois. Après l’effondrement, la presse occidentale s’est bien sûr gaussée de la naïveté de ces Albanais qui confondaient capitalisme et casino.

    Le parallèle est pourtant évident entre la chaîne Ponzi et le système financier actuel. Certes, la finance internationale ne promet pas 40% par mois, mais seulement 15% par an. Le jeu est donc moins explosif, et peut durer plus longtemps. Mais au fond les mécanismes se ressemblent étrangement.

    Comment les Bourses ont-elles pu depuis 20 ans garantir aux investisseurs des rendements moyens aussi élevés ? Bien sûr, d’abord en mettant en coupe réglée les entreprises et les salariés, par le chantage permanent à la fuite des capitaux que permet un système financier totalement libéralisé.

    Mais un effet de type Ponzi joue aussi un rôle majeur, par l’afflux permanent de nouveaux investisseurs qui permet de faire grimper les cours et de servir les rendements promis. Fonds de pension de salariés, émirs du pétrole, fonds d’investissements et hedge funds, milliardaires d’Amérique Latine, de Russie et maintenant d’Inde et de Chine, fonds souverains des pays émergents..., tous ont afflué sur les marchés pour profiter de la fête, gonflant la bulle financière et immobilière. Avec, pour couronner le tout, l’endettement des chômeurs et salariés pauvres états-uniens, enrôlés dans la danse par un système financier avide de nouvelles recrues. D’où le développement démentiel des « subprimes », ces prêts immobiliers dont la charge de remboursement, presque nulle les premières années, devient ensuite écrasante pour des débiteurs pauvres et précaires. Mais très rentables pour les banques qui se sont empressées de refiler sur les marchés financiers ces créances douteuses empaquetées dans de jolis titres – les ABS, SIP et autres SIV...

    Curieusement, aucun produit de cette « finance créative » n’a repris de Ponzi le sigle IRC. Regrettable ingratitude envers un précurseur qui avait si bien compris l’essence du capitalisme financier. Le jeu est-il fini ? Certainement pas. Le krach financier aura des conséquences lourdes pour les populations. Mais si ses règles ne sont pas radicalement modifiées, le jeu reprendra ensuite son cours dément. Ainsi la réforme des retraites annoncée par le gouvernement Fillon vise d’abord à faire baisser les pensions de la sécurité sociale par répartition pour favoriser l’« épargne retraite » par capitalisation. Et donc à réinjecter à terme quelques dizaines de milliards d’euros supplémentaires dans la chaîne du capitalisme Ponzi. Il faut vraiment être (au choix) aveugle, cupide ou irresponsable pour vouloir détourner l’argent des retraites dans ce maelstrom financier.

    Attac France   

    C’était en début semaine, au moment de la grève à la SNCB. J’entendais un des champions du service minimum se lancer à l’assaut des syndicats archaïques, non représentatifs et, qui plus est, preneurs d’otages. Notre chevalier blanc, coutumier des foucades et des rodomontades, semblait considérer la grève comme l’ultime atteinte aux droits de l’homme dont il est un fervent défenseur. Enfin ce n’est pas tout à fait exact : soyons de bon ton, rectifions ! Notre homme proposait qu’en cas d’arrêt de travail dans le service public des chemins de fer, les trains circulent deux ou trois heures le matin et deux ou trois heures le soir ; il restera  bien 20 heures pour faire grève, disait-il.  Que voulez-vous de plus ? Vous imaginez : une grève de 20 heures à 5 heures du matin. Voilà au moins une forme de grève civilisée en accord avec la modernité et l’air du temps. Voilà de quoi faire trembler la direction et une manière irrésistible d’imposer de nouveaux rapports de force. Pourquoi ne pas faire comme au Japon : on met un brassard pour dire qu’on est en grève mais on travaille quand même pour le respect de l’usager et du patron.

    Faire grève aux chemins de fer quand les voyageurs ne circulent pas, c’est un peu comme projeter un film à l’extérieur en plein soleil. On sait que quelque chose bouge sur l’écran mais on ne voit rien. D’une efficacité redoutable. Et puis il y a  le fameux mot « otage ». Les syndicats « prennent en otage ». Les patrons, les gouvernants, les électriciens ou les pétroliers eux ne prennent jamais en otage : ils assurent la bonne gouvernance ou répondent à l’attente de leurs actionnaires comme on dit. Non le mot « otage » est réservé aux syndicats. Et le choix des mots est aussi important que les discours qu’ils composent. « Otage », un mot que certains utilisent depuis longtemps pour dévaluer toute action revendicative, un mot  encore plus connoté depuis que les terrorismes divers occupent le devant de l’actualité ; on ne dit pas encore « terrorisme syndical » mais on n’en plus si loin. Au fait, on ferait mieux de se pencher sur le « terrorisme économique » qui en spéculant  sur les denrées alimentaires prend bien, lui, l’humanité entière en otage.


  • Nouvelles n° 25 : 2 ème partie

    Témoignage

    Afghanistan : Kaboul ou mes bunkers à ciel ouvert

    dispositif_militaire_franca

    Ca m’aura pris du temps d’écrire cette deuxième partie... du temps, et de l’énergie que j’ai perdue depuis longtemps… depuis que je suis ici en fait … c'est-à-dire une éternité.

    J’ai passé une année de ma vie à voyager, à contempler les merveilles du monde, l’Afghanistan en est une, un magnifique pays, mais contrairement à tous les autres pays que j’ai pu voir, l’Afghanistan est une sangsue, elle s’attache à vous, mais vous suce de l’intérieur.

    J’ai une relation ambiguë avec l’Afghanistan. Une relation d’amour-haine. Demandez-moi si j’aime ce pays, et vous obtiendrez une réponse totalement différente selon la seconde où vous me posez la question. Est-ce que je connais l’Afghanistan serait une première question plus appropriée, parce qu’aucune personne étrangère à ce pays ne peut réellement affirmer connaître l’Afghanistan. C’est un pays underground, on n’en perçoit que la surface. Si je capte 1  % de ce qui se passe autour de moi, je peux m’affirmer chanceuse… ou naïve.

    Et cette dernière affirmation est sans doute ma plus grande frustration. L’impression que j’ai depuis les 3 mois que je suis ici, cette éternité, est qu’on m’a parachutée au milieu d’ONG, de bureaux des Nations-Unies démultipliés à l’infini (UNAMA, OCHA, UNOPS, UNDP, UNHABITAT, UNHCR, WFP, FAO, ….), d’agences humanitaires bataillant tous et toutes pour obtenir les fonds nécessaires a la reconstruction d’un pays dans lequel personne ne vit vraiment … de militaires, de compagnies privées remplies d’expatriés à la recherche de dollars et contrats juteux, de diplomates, de journalistes, de semi-légionnaires, d’espions… mais ça aurait pu être n’importe où ailleurs qu’en Afghanistan.

    Je vis dans des bunkers à ciel ouvert. Autour de moi, ce sont des barbelés, des murs barricadés, des sacs de sable, des gardes armés de kalachnikovs, des portes blindées, des sasses de sécurité, des grillages, et des armes encore. L’extérieur, où je ne suis pas autorisée à m’aventurer à pieds et que je ne vois qu’à travers les vitres des voitures que j’emprunte, est une succession de checks-points, de barrières, de fouilles, de kalachnikovs encore, avant de pouvoir rejoindre un autre bunker. Je passe ma vie entre des barricades, j’ai l’impression constante de vivre en résidence surveillée. Ma liberté et l’horizon me manquent, me manquent énormément.

    J’ai très vite été prise de lassitude, mes yeux sont fatigués… maintenant la peur aussi m’a gagnée. Elle ne se manifeste pas constamment, mais elle est là, refoulée mais vivante. Je me suis prise pour un cow-boy en arrivant ; ce ne sont pas les menaces qui m’empêcheront de vivre… mais ici, le quotidien vous enseigne que les menaces ne sont pas toujours que des menaces.

    Je suffoque, et cette sensation est accentuée sur le plan physique par la chaleur, les 50° au soleil (je dors quasiment avec mon ventilateur dans les bras… quand j’ai la chance d’avoir de l’électricité), et la poussière omniprésente qui forme un brouillard au-dessus de la ville alors que le ciel est d’un bleu impeccable.

    Sous les Talibans, les gens étaient tellement pauvres et désespérés qu’ils ont coupé les arbres longeant les artères pour se chauffer l’hiver. Aujourd’hui Kaboul est un désert triste de poussière, l’air en est rempli à 75 %, à majorité de la poussière fécale qui se pose partout, à commencer par la nourriture, ce qui rend tout le monde malade. Quand je fais ma lessive, mes vêtements qui trempent dégagent une odeur d’égouts ; on se sent sale en permanence.

    Quand je suis arrivée à Kaboul, j’ai fait la connaissance d’un groupe de Québécois, ils ont été ma bouffée d’oxygène tout le temps qu’ils ont été là… Parmi eux, Gerry, un semi-mercenaire dans son genre, en Afghanistan depuis de longs mois, contestataire (il a passé un bref séjour en prison au Congo pour avoir tenté d’organiser une manifestation contre Mobutu) et baroudeur dans l’âme ; on ne pouvait que s’entendre.

    Grace à lui, j’ai pu avoir l’illusion d’une autonomie toute relative les premiers jours. Il a été mon garde du corps pour les 300 mètres qui séparaient mon hôtel de l’épicier du coin, que je m’autorisais à parcourir à pieds et qui avaient un goût de permission au milieu de ma séquestration forcée. Mais même pendant ces instants volés, la réalité vous rappelle à l’ordre. Check list avant de s’aventurer dans la jungle urbaine : de bonnes chaussures au cas où vous devez vous échapper en courant, vêtements confortables et de grosses chaussettes pour passer un éventuel hiver au cas où vous vous faites kidnapper, une lampe de poche, un couteau et vos médicaments essentiels dans le sac, votre GSM allumé et chargé ; car si on vous kidnappe, il est le seul moyen de localisation du moment qu’on ne vous le confisque pas et qu’il reste en état de marche.

    Ca paraît surréaliste au début, puis on s’y habitue. Enfin, pour les filles, ne jamais oublier son voile, et passer au peigne fin le moindre morceau de chair apparent. Ca aussi, ça m’a paru surréaliste au début, … mais je ne m’y habitue toujours pas.

    Avec Gerry, j’ai eu l’impression de faire les 400 coups. Même si mes 400 coups en Afghanistan sont bien différents de ceux de Truffaut ; marcher dans la rue le soir, faire le tour de Kaboul à moto malgré les avertissements répétés de mon consul belge, se promener dans les parcs… mais me faire prier de déguerpir illico par 6 barbus aux airs de Talibans menaçants, partir voler dans leur mini jet au-dessus de Kandahar (qu’on atteindra jamais ce jour-là parce que Madame Bush était en visite en Afghanistan et les vols prohibés au-dessus des villes). Au bout de deux semaines, j’avais fait plus en Afghanistan que la grosse majorité des gens présents depuis de longs mois.

    Avec lui, j’ai aussi pu assister à un mariage afghan organisé dans un des nombreux « wedding halls » de Kaboul. Il y a une chose qui se construit plus rapidement et en plus grand nombre que les mosquées ici, ce sont ces « wedding halls ». Des énormes tours de verre ornées de néons multicolores, qui rivaliseront peut-être avec Las Vegas un jour, et qui s’appellent toujours « Paris quelque chose ». Paris, c’est "classe" partout, même à Kaboul. Les tours de verre, les Afghans les adorent et en sont fiers. Ca fait Manhattan, ça fait cité moderne.

    Dans le centre de Kaboul, il y a de nombreux bâtiments en verre de plusieurs étages… fictifs, parce que si on les regarde de derrière, c’est le vide, le vide entouré de vitres façon gratte-ciel new-yorkais. Des faux buildings en quelque sorte.

    Les mariages c’est comme pour tout le reste de la vie afghane : hommes et femmes séparés. Comme dans les restaurants, c’est séparé par un rideau. Dès leur adolescence, les garçons et les filles ne rentreront plus jamais en contact. Ils deviendront des étrangers l’un pour l’autre. Les parents respectifs négocieront un mariage respectueux, et les épouses et époux se rencontreront pour la première fois dans leur lit conjugal.

    Je n’ai jamais eu l’occasion d’en parler avec une Afghane, mais bien avec certains de mes collègues afghans qui ont peur des filles comme on aurait peur d’un monstre extra-terrestre. Sur le plan physique, ça génère des frustrations. J’ai entendu parler plusieurs fois de soirées pendant lesquelles des lady boys se déguisent en femmes et effectuent des strip-teases pour assouvir les envies charnelles de leurs amis hommes. Sur le plan émotionnel, j’ai entendu des histoires de garçons détruits quand la fille dont ils sont tombés amoureux est forcée de se marier avec un autre. Les suicides qui en résultent ne sont choses exceptionnelles.

    L’Afghanistan a beau se vendre comme étant une république islamique moderne, la condition de la femme est restée lamentable. Par exemple, si une fille se fait violer, c’est elle qui ira en prison. Dans les provinces, les filles qui se marient deviennent l’esclave de leur époux. Interdites de travailler, elles dépendent uniquement du bon vouloir de leur mari qui peut décider unilatéralement de divorcer et réduire son ex-femme en clocharde, mendiante et éternelle honte pour sa famille. Il n’est pas rare non plus de voir des fillettes de 10-11 ans devenir la seconde ou troisième épouse d’un vieillard libidineux. En dehors de Kaboul, 95 % des femmes que j’ai pu voir portent encore la burqa. Elles hantent les villes comme des fantômes. Qui oserait s’en approcher ? Moi-même, elles me font peur…

    En tant que femme occidentale, j’appartiens à un troisième genre. Un troisième genre qu’on tolère... ou qu’on tolère à peine.

    Je ne compte plus les regards dédaigneux que je reçois des hommes de la rue, le nombre de mains qu’on a refusé de me serrer. Je me suis fait jetée du zoo de Kaboul comme une malpropre par la police parce que mes bras n’étaient pas couverts et « choquaient » les enfants. Bien sûr c’est entièrement de ma faute, c’est évidemment à moi de m’adapter… mais c’est un écart de culture que je ne parviens pas à franchir… Accepter et me soumettre… ou partir ; je jauge le prix de mon droit d’exister à part entière tous les jours.

    Je ne m’intégrerai sans doute jamais complètement ici. Les possibilités de rentrer en contact avec la population sont, de par les mesures de sécurité draconiennes, quasi-inexistantes. On travaille pour aider des gens qu’on ne côtoie pas par peur de se faire enlever et/ou tuer. Ca reste du travail de bureau, même si on veut se faire croire qu’on fait du travail de terrain. Pas tout le monde évidemment, mais la majorité.

    De par ce fait, les expatriés et les Afghans ne se connaissent pas, ou très peu. Et quand on ne connaît pas, on imagine, et l’imagination est sans limite. Ici les expatriés sont tous perçus par l’essentiel de la population comme des espions à la solde du gouvernement américain, des ennemis. Donc on s’impose. J’ai l’impression constante de m’imposer.

    Quand j’expliquais ca à un Afghan qui a passé sa jeunesse aux Etats-Unis, il me disait que je devais essayer et essayer encore, forcer les choses, que les gens comprendront un jour. Moi, j’ai le sentiment d’une relation amoureuse à sens unique. L’un ne veut pas ou plus, l’autre force. Et je suis fatiguée d’être celle qui force.

    Ces idées fausses génèrent des rumeurs qui dans un contexte normal se limiteraient à des problèmes de réputation. Dans un pays comme l’Afghanistan, les rumeurs deviennent des problèmes de sécurité. Et personne ici ne plaisante avec la sécurité.

    A Mazar, ville du Nord où je suis basée, n’existe qu’un seul restaurant où l’on sert de la nourriture internationale et de la bière ; le seul endroit de toute la province où les expatriés ont l’occasion de sortir. Pourtant mon collègue afghan m’a averti qu’il est vu par les gens de Mazar comme un haut lieu de luxure. C’est, selon leur imagination, un bordel où les expatriés boivent, baisent, se droguent, … bref un endroit satanique. M’y faire voir trop souvent, c’est jouer avec ma vie. Tout se sait, ou plutôt tout s’imagine, et très vite. Une fille qui travaille en relation étroite avec les haut-gradés de l’armée a vu sa photo apparaître comme « wanted » sur un site internet lié aux Talibans. On l’a sortie illico du pays en attendant que cela se tasse.

    L’anonymat est un concept qui n’existe pas en Afghanistan : une amie qui travaille à Jalalabad s’était installée dans la ville depuis quelques heures à peine que la police venait l’avertir que sa tête avait été mise à prix par les Talibans. On se doit d’être sur nos gardes en permanence, même si on ne sait finalement jamais d’où et quand le danger viendra…

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    Je ne suis pas certaine que j’ai envie de voir ma photo sur un site islamique, ni même que j’ai envie de savoir combien je vaux dans les mains des Talibans. La question est plutôt de savoir comment je vis entretemps ?

    Le danger non seulement existe mais s’immisce dans votre vie la plus intime. Par exemple, le patron de l’hôtel ou je séjournais à Kaboul a appelé personnellement mon collègue afghan pour se plaindre de mon comportement inadéquat. Cet homme, je le croisais tous les jours. Nos rapports étaient ce que j’avais cru être chaleureux. Je lui demandais régulièrement des nouvelles de sa famille, je m’essayais à quelques phrases ratées en Dari qui le faisaient sourire. Pourtant je ne suis jamais qu’une pute occidentale à ses yeux. Je suis une pute parce que j’ai laissé entrer des amis masculins dans ma chambre, dans mon seul « chez moi » à Kaboul. Mais si je suis vue comme une pute, je deviens aussitôt un cafard à éliminer. Je ne serais pas la première fille assassinée pour de telles raisons en Afghanistan. Pourtant, j’ai besoin d’air. J’ai besoin d’un semblant de vie normale.

    Mes moments de bonheur ici c’est quand je voyage. Ca n’étonnera personne. Dès que j’ai pu, j’ai repris la route. J’ai ressorti mon appareil photo, j’ai retrouvé mon sourire que je croyais éteint, et je me suis senti vivre. Les rares moments où j’ai pu entrer en contact avec les Afghans étaient pour moi inoubliables. C’étaient des rires, des enfants qui se bousculaient pour être devant l’objectif, des phrases échangées dans toutes les langues qu’on puisse imaginer, des invitations à partager les repas ou simplement le thé… des moments de pure humanité, des moments qui m’ont fait aimer l’Afghanistan et oublier toutes ses difficultés.

    Je me souviens pourtant de mes collègues restés barricadés dans la voiture m’accusant de mettre leur vie en danger, et de mon chauffeur me sommant de rejoindre le véhicule sur le champ. Pourquoi ? Parce que les commentaires fusaient en pashto ou dari m’accusant d’être dépravée car non accompagnée d’un chaperon mâle… Je capte 1  % à peine de ce qui se passe autour de moi… Et les 99 autres pourcents, je préfère souvent ne pas les connaître. Mais la sécurité toujours… Dans un autre contexte, je serais restée malgré tout, cette naïveté qui me fait penser que tout dialogue, que tout rapprochement reste possible. Ici, c’est jouer avec sa vie. Sur cette même route où je me suis arrêtée prendre le thé, se sont faits tuer deux membres d’ONG une semaine plus tard… Dans la ville où l’on se rendait se sont fait fusiller dans leur chambre d’hôtel trois membres d’ONG 4 jours après que nous soyons partis. On n’en parle pas dans les journaux occidentaux parce que ces gens qui se font tuer sont pour la grande majorité des Afghans qui travaillent pour des organisations internationales.

    On est là pour aider l’Afghanistan, mais la vie d’un Afghan n’intéresse personne. Plusieurs kidnappings et meurtres d’Afghans qui travaillent pour des organisations internationales par semaine. Ils sont des cibles faciles, et en me rendant visible, c’est leur vie que je mets en danger.

    La notion de responsabilité prend une toute autre dimension ici.

    Je vous parlais dans mon blog précédent de spotters, de gens qui donnent des renseignements sur les expatriés pour qu’on les kidnappe. Un de mes collègues afghans me disait : « Tu sais, Gaele Jan, si tu te fais enlever demain, ma vie est ruinée, parce qu’en étant avec toi, soit je me fais enlever aussi, soit je ne me fais pas enlever, et on va m’accuser d’être celui qui t’a vendue. Dans les deux cas, je suis perdant ». Risquer sa vie ici, se rendre visible, c’est risquer plus que sa propre vie. Je peux décider de fuir devant le danger demain ; pas les Afghans avec qui je travaille. Pas les Afghans qui travaillent pour nous « les espions à la solde du gouvernement américain ».

    La situation sécuritaire s’empire de jour en jour, quasiment d’heure en heure. Pourtant, on est tous des grenouilles. C’est comme ça qu’on s’appelle entre Français. Jetez une grenouille dans de l’eau bouillante, elle tentera de s’échapper. Trempez une grenouille dans de l’eau froide que vous chauffez progressivement, elle ne se rendra compte de rien jusqu’au moment où elle mourra. On ne veut pas y croire, la situation empire, mais on ne veut pas savoir.

    Les morts et les détails de leur mort, j’en suis informée par des rapports de sécurité que je reçois plusieurs fois par jour. Et je ne compte plus le nombre de mails que je delete au fur et à mesure. Ca reste irréel, ca reste des chiffres. J’ai la plupart du temps deux réactions par rapport à ca. Soit je les lis de façon complètement détachée parce que « cela n’arrive qu’aux autres », soit je les delete directement sans même les ouvrir, parce que je sais que cela peut m’arriver à moi aussi, parce que je suis fatiguée de tous ces morts, parce que c’est l’Afghanistan, et parce que je n’ai plus envie qu’on me rappelle sans cesse que je suis moi aussi en Afghanistan.

    attentat

    Les Américains et leurs alliés sont en guerre dans ce pays depuis bientôt 7 ans, mais tout le monde a oublié cette guerre. Cette guerre que personne ne gagne, et que personne n’est sur le point de gagner. Les Talibans ont laissé croire aux Américains qu’ils avaient vaincu, il y a 7 ans. Entre-temps, ils ont été patients, se sont retirés au Pakistan, se sont réarmés, se sont re-entraînées, se sont multipliés, et sont plus forts que jamais. Ils font leur come-back, et on s’en sent juste témoins. Victimes aussi.

    C’est une chose que j’ai apprise aussi ici. Qui est l’ennemi ? Depuis combien de temps on n’est plus habitué à avoir un ennemi ? Un ennemi est un concept qu’on voit que dans les blockbusters américains. Le méchant, le gentil. J’ai grandi dans un monde non-dichotomique, dans un monde complexe,… qui est « L’ennemi » en Europe ? En Afghanistan, je me sens Rambo. J’ai un ennemi, ce sont les Talibans. Ca paraît surréel. Pourtant ils sont là.

    Je suis revenue à Kaboul aujourd’hui après une semaine passée dans le Nord. Quand je suis revenue au bureau, j’ai retrouvé tous mes collègues afghans avec une barbe. Au début, je les toisais : « C’est quoi cette dernière mode ? ». Au bout de plusieurs heures, ils m’ont expliqué que les Talibans avaient réinvesti Kaboul, qu’ils arrêtent les voitures sur les routes, battent les femmes sans burqa et les hommes sans barbe.

    A la base militaire de l’aéroport de Kaboul, les militaires me disent que les Talibans ont encerclé Kaboul… ils nous observent des montagnes environnantes… On sait que quelque chose va se passer… On ne sait juste pas quand… Plus aucune route qui mène à la capitale n’est considérée comme étant sans danger… Les talibans y font exploser les convois militaires, les convois de police, les camions acheminant les marchandises, les voitures d’ONG…

    Depuis que je suis ici, j’ai évité de quelques minutes deux attaques suicide, et une de mes connaissances s’est fait fusillée par les Talibans… Ca vous remet les idées en place…. « A quelle place ? » est une question mériterait un « post » à elle toute seule.


    La révolution est une maladie contre laquelle il faut vacciner les enfants
    2 8 septembre 1993 par Soljenitsyne
     
    soljenitsineQuelques jours après le coup d’État de Boris Eltsine, alors que la presse occidentale présente la résistance des députés retranchés dans le Parlement comme une révolte de « nostalgiques de la dictature de Staline », le dissident Alexandre Soljenitsyne, auteur de L’Archipel du Goulag » qui avait fait découvrir au monde l’univers carcéral soviétique, participe, en Vendée, au bicentenaire de la révolte de Chouans. Dans son discours, il fait le lien entre « la révolte du vrai peuple de France contre les idéologues sans Dieu de Paris » et le coup de force antidémocratique à Moscou, mais il en profite surtout pour s’en prendre à l’idée même de révolution : « Toute révolution déchaîne chez les hommes les instincts de la plus élémentaire barbarie, les forces opaques de l’envie, de la rapacité et de la haine, cela, les contemporains l’avaient bien perçu. Le mot "révolution" lui-même (du latin revolvo) signifie "rouler en arrière", "revenir",[...] "rallumer", dans le meilleur des cas mettre sens dessus dessous, une kyrielle de significations peu enviables. La révolution est une maladie contre laquelle il faut vacciner les enfants. Un révolutionnaire est quelqu’un de malade ».

    Bon peuple, vos gouvernants penseraient pour vous et le bien-être du peuple.  Le grand Nobel de la paix vous prendra pour un malade si vous contestez l'ordre établi. (NDLR)


    Nul doute que l’aisance des uns se construit sur le déni des autres

    Sans doute avez-vous entendu parler ces derniers jours de Josef Fritzl, ce septuagénaire de la ville d’Amstetten en Autriche, dont vous ignoriez probablement l’existence auparavant. Si c’est le cas, sans doute avez-vous été atterré de découvrir que cet individu avait commis sur sa famille, d’épouvantables méfaits que personne dans son entourage n’a semblé avoir remarqués… Aujourd’hui, tant les autorités que les médias se demandent, incrédules, comment de tels événements ont pu se produire sans éveiller la curiosité de certains voisins, quand la maison des Fritzl est située dans une rue animée de la localité. Comment penser qu’une ville moderne, dotée d’infrastructures récentes, parcourue par des services à la population tels la poste, la voirie, la police, et différentes régies, n’ait pas été plus attentive à de tels faits ? Sans doute, vous demandez-vous comment de tels sévices ont pu s’exercer sur des personnes plus faibles et démunies pendant près de 25 ans, dans l’un de ces pays si fiers de leur appartenance à l’Europe contemporaine ?
    Sans doute, notre malaise face à ce genre de drame devrait-il nous renvoyer à nous-mêmes et à notre capacité ou non d’exercer notre attention, d’observer et s’il le faut, d’alerter les autorités sur ce qui se déroule autour de nous comme tragédies quotidiennes… au lieu de n’être capables que de réactions, toujours à posteriori, toujours trop tard… Il paraît que 200 habitants munis de cierges se sont réunis sur la place centrale pour exprimer leur soutien à la famille, et montrer au monde que la ville est sans le moindre doute une cité où de telles abominations ne peuvent advenir sans que ses habitants ne se mobilisent… Mais hélas, après coup.

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    Parallèlement, nul doute que nous aurons droit pendant quelques jours encore, aux indigestes manifestations des 60 ans d’existence de l’Etat d’Israël, en mémoire au 14 mai 1948. Nul doute qu’en de multiples endroits, des minutes de silence rivaliseront avec des moments de recueillement et des discours convenus de nos représentants illustres toujours prompts à se remémorer les fautes du passé – et donc des autres – plutôt  que de prendre en compte les dérives présentes – dont ils sont directement responsables… C’est tellement plus commode ! Et nul doute que dans la foulée, ceux-là s’empresseront de fêter avec d’autant plus de faste et de bruit l’anniversaire d’un Etat qui pratique pourtant l’apartheid, que le silence se fait lourd et dès lors complice sur une Palestine désormais démembrée. D’aucuns, et non des moindres, afficheront des sourires satisfaits, flûte de champagne à la main et zakouskis plein la bouche, pour fêter l’évènement.

    Nul doute que dans le même temps, une population à genoux continuera à se traîner dans ce qui lui reste de lambeaux de territoire ; que des adultes continueront à se priver de tout pour éduquer leurs enfants ; que des vieillards n’auront toujours pas les soins minima qu’ils nécessitent ; que des hommes seront encore punis collectivement pour n’importe quel injuste motif ; que des femmes seront soumises à d’incessantes humiliations ; que des adolescents seront emprisonnés et torturés ; que des enfants seront déstructurés à vie ; que des nourrissons naîtront toujours dans des situations de plus en plus précaires ; que des terres violées en de multiples endroits seront encore et encore pillées et redistribuées à des voleurs sans vergogne. Et même, que des rapports très officiels, établis par de prestigieux organismes reconnus internationalement, continueront à dénoncer les multiples dérives de cet Etat israélien qui bafoue toute règle démocratique dès qu’il s’agit des populations arabes de la région… mais resteront sans lendemain… Sauf à se rappeler vaguement, que là aussi 60 ans se sont écoulés… mais d’une Naqba qui n’en finit pas ! Et qu’au lieu de champagne y coulent des larmes, et qu’à la place de buffets débordants les rations de produits élémentaires y sont désormais dramatiquement comptées…

    L’énorme différence dans le cas présent, c’est qu’il n’y a nul doute que tout ce beau monde sait ce qu’il en est. Tout ce beau monde sait que cet Etat ivre de son impunité perpétue ses crimes et ses mensonges dans une conspiration du silence à laquelle chacun de nos pays si « démocratiques », participe ! Un peu comme si, après avoir découvert les atrocités perpétrées par Josef Fritzl sur sa famille, chacun détournait le regard et poursuivait sa route... Personne ne semble vouloir voir ni reconnaître la tragédie qui se poursuit. Les quelques (trop) rares tentatives de dénonciation d’une telle situation sont désormais étouffées par une mauvaise conscience du passé, singulièrement entretenue par des voix plus fortes et des médias dominants mieux orchestrés. Et donc, nul doute que la fête en question battra son plein, que la musique et les danses feront un temps perdre la tête à beaucoup… ajoutant au délit, la volonté de l’oubli et l’encouragement à continuer d’ignorer ces faits tragiques et incontestables.

    Chantez, riez et buvez donc… le jour arrive où cette injustice flagrante, cette dérive mortelle, et votre accablante lâcheté vous reviendront tel un boomerang. Et probablement quand vous vous y attendrez le moins. Nul doute qu’alors, vous serez mis face à vos responsabilités d’avoir dansé sur le cimetière palestinien que vous aurez creusé et entretenu pour la naissance d’un Etat assurément raciste et moribond dans sa définition, qui paiera cher ses crimes… Et vous, votre forfaiture !

    Daniel Vanhove
    Observateur civil, auteur de La Démocratie Mensonge


    Obama ou McCain ? La guerre de position

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    Qu’il soit démocrate ou républicain, le prochain président des Etats-Unis devra gérer l’héritage catastrophique des deux mandats Bush. Après s’être profilé en candidat du changement pour obtenir l’investiture de son parti, Barack Obama, favori des sondages, a recentré un programme qui apparaît encore bien flou. Mais il n’a pas course gagnée contre John McCain qui, porteur convaincu des valeurs conservatrices, doit toutefois se démarquer de l’image catastrophique du président sortant.
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    Sondage après sondage, cela semble se confirmer : Barack Obama a de fortes chances de devenir le prochain président des Etats-Unis. Tel serait du moins le cas, affirment les enquêtes d’opinion, si l’on votait maintenant. Mais rien n’est acquis. Si le candidat démocrate apparaît plus crédible en matière de politique intérieure, son adversaire républicain tient la corde sur la question si sensible de l’Irak et de la conduite à tenir vis-à-vis des « Etats voyous ». Les électeurs indépendants, que se disputent les deux hommes, restent partagés. Surtout, il apparaît bien difficile de lire les programmes des deux compétiteurs.

    Après avoir parfois recouru au populisme durant les primaires, M. Obama a entamé une phase de recentrage dans la plupart des domaines. Sa première publicité nationale a témoigné de son « amour » de la patrie. Mais pour le reste, la plupart des électeurs continuent à « ne pas savoir très bien » qui il est et ce qu’il veut. Si bien que, face à un homme qui s’est longtemps défini bien plus par sa biographie que par des positions claires, l’hebdomadaire le New Yorker, classé à gauche, se demandait fin juin, « où est la grande idée ?» du prétendant à la Maison Blanche.

    Certes, en Europe, nombreux sont ceux qui souhaitent une Amérique nouvelle et misent sur le sénateur métis. Mais ne s’agit-il pas d’un « engouement pour une énigme » ? Peut-on oublier que « ce sont les suffrages des Américains que brigueront Obama et McCain » et qu’ils choisiront, au bout du compte, « l’homme en qui ils se reconnaissent le mieux » ? (1).

    Le fait est que la couleur de la peau, pas plus que la prestance ou la jeunesse, ne constituent un projet politique. Assurément, la candidature du sénateur de l’Illinois, né de père kényan et de mère blanche originaire du Kansas, et son élection à la tête de la première puissance mondiale feraient date dans l’histoire du monde. Il y a un demi-siècle à peine qu’une femme noire refusait de céder sa place à un blanc dans un bus d’Atlanta. Elle s’appelait Rosa Parks et, par son geste, elle déclenchait le grand mouvement pour les droits civiques. D’une certaine façon, la page de la « malédiction noire » serait peut-être tournée outre-Atlantique. Et cela ne serait pas sans conséquence pour le monde. Mais encore ? Mais peut-on occulter cette évidence : certains démocrates américains sont politiquement plus à droite que la droite européenne ? Quel démocrate sera Obama s’il est élu ? Avec quelle marge de manœuvre ?
     « Course de chevaux »

    Comme l’a noté Pierre Guerlain, professeur de civilisation américaine à Paris, « les médias dominants ont tendance des deux côtés de l’Atlantique à traiter le processus électoral comme s’il s’agissait d’une course de chevaux ». Des purs sangs cajolés par les milieux d’affaires. Le coût de cette campagne a battu tous les records. Selon le Center for Responsive Politics (CRP), qui a passé au crible les comptes des partis, à côté des dons de particuliers, la palme des apports en argent revient aux entreprises privées : sociétés d’investissement, immobilières, firmes liées au secteur de la santé ou de l’éducation, à la télévision ou au cinéma, aux banques et aux lobbyistes divers. « Quel que soit le prochain président, Wall Street aura un ami endetté à la Maison Blanche » a ironisé Sheila Krumholz, la directrice exécutive du CRP. Selon le site Politico, Barack Obama a largement puisé dans cette manne pour venir à bout d’Hilary Clinton. Ayant levé plus du double des fonds de John McCain, selon la Commission fédérale des élections (FEC), il pourra faire campagne dans plus d’Etats  que son rival dans un immense pays où les élections sont ainsi placées sous la dépendance de la finance. C’est précisément pour mener  la campagne à sa guise qu’il a renoncé au financement public. Justifiant ainsi ce portrait tiré par le Washington Post : «Un joueur ambitieux sur la carte électorale, un collecteur de fonds impitoyable et le directeur pointilleux de sa propre biographie ».

    « Nous sommes en récession »

    Cette gabegie peut paraître choquante dans un pays en pleine déroute économique. M. Obama semblait découvrir toute l’ampleur de la crise à la mi-juillet : « Il fait peu de doutes que nous sommes entrés en récession ». Sans aucun doute. Dès le mois de février, le Center for Economic and Policy Research  de Washington admettait que le doute n’était plus de mise et soulignait que « la récession va conduire à une réalité extrêmement difficile pour des millions de personnes durant les trois à quatre prochaines années. » Cela, compte tenu de la situation de départ, déjà très précaire pour des millions de citoyens dans une société toujours plus inégalitaire. Depuis lors, les faits ont largement confirmé ces sombres prévisions. Une vieille histoire. Selon le directeur du Centre d’analyse des politiques économiques de l’université New School (New York), Jeffrey Madrick, « le bilan est simple : le pouvoir d’achat du revenu familial moyen est inférieur à ce qu’il était lorsque George W. Bush a pris ses fonctions (…) Le travailleur moyen gagne moins que son père il y a trente ans » et « la naissance détermine plus que jamais le revenu à venir. » (2) Tout naturellement,  une proportion croissante de la population américain ne peut plus assumer les dépenses médicales, d’éducation et de retraite alors que les contributions patronales aux soins de santé ont atteint leur niveau le plus bas depuis quinze ans. Mais un bilan sérieux imposerait de remonter plus loin encore dans le temps. « En 1947, 20% de la population américaine recevait 43% des revenus annuels. En 2006, après des années de luttes, souvent victorieuses, contre le racisme, le sexisme et l’homophobie, 20% des Américains se partagent 50,5% de l’ensemble des revenus. Les riches sont donc devenus plus riches. » (3)

    Un système failli

    Il s’agirait donc, comme y invitait en août …1967 Martin Luther King – qui passe pour inspirer le candidat démocrate –, d’ « interroger le système économique, à réclamer une meilleure répartition des richesses, à mettre en cause l’économie capitaliste » (4) ? Ce genre d’invitation a coûté la vie au leader noir. Mais il se trouve aujourd’hui d’éminents économistes pour mettre en question les choix ultralibéraux qui ont amené les Etats-Unis – comme l’Europe - dans la situation actuelle. Pour Joseph Madrick, « Un début de remise en cause émerge. L’économie sous Reagan – et cela avait commencé avant lui – c’était a) moins d’impôts et moins d’investissement public ; b) déréguler pour permettre au privé de faire mieux que l’Etat » et « qui a déclaré ‘l’ère des dépenses gouvernementales importantes est terminée ?’ C’est Bill Clinton (…) Sur ce plan-là, les  ‘reaganomics’ ont gagné. En revanche, sur le second point, la dérégulation, on perçoit un fort mouvement d’opinion. Sur les questions d’emploi, de santé, de transport, etc., beaucoup pensent qu’elle a été poussée beaucoup trop loin. Les gens disent : il faut de règles, des protections. Là, on assiste à un changement important. »

    Pour Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie en 2001, il faut carrément changer de modèle économique : « Les États-Unis n’éviteront la récession que grâce à des politiques publiques privilégiant les programmes sociaux et la relance économique. En augmentant les impôts, ceux des riches, s’il le faut. Nous avons besoin de plus de réglementation et non du contraire pour maîtriser l’économie. » (5) Mais les deux économistes misent-ils sur Barack Obama ? Celui-ci «a pour objectif de rassembler. Il devra aussi stimuler l’économie, réformer la réglementation du système financier de façon à éviter une autre débâcle. Et réagir à la mondialisation » conseille Stiglitz. « Il faudra voir quelles dépenses peuvent être réduites pour financer de nouveaux programmes de protection sociale. Celles liées à la guerre sont un gaspillage. Les marchands d’armes en sont les seuls bénéficiaires. Cela sera-t-il suffisant ? En tout cas, le dogme selon lequel augmenter les impôts serait nécessairement mauvais est inexact » Et il espère « un rééquilibrage. Tout va dépendre du temps qu’il faudra pour se désengager de l’Irak. »

    Le poids de l’establishment

    Joseph Madrick est tout aussi perplexe : « Barack Obama a l’envergure pour ‘penser’ ces questions en profondeur et la capacité d’entreprendre un changement. Mais, dans le domaine économique, il est entouré de gens très liés à l’establishment financier. Je suis pourtant certain qu’Obama sait qu’il devra augmenter les impôts. Et, autour de McCain, pas mal de conseillers le savent également. Mais ni l’un, ni l’autre ne peut le dire comme ça. »

    Le fait est que, face à l’ampleur des défis sociaux et économiques, le champion démocrate fait preuve, pour le moins, d’une grande prudence. Constatant l’ampleur de la récession, il prône, a-t-il déclaré le 12 juillet, des « mesures prudentes ». Certes, il s’agissait là de savoir s’il convenait, et à quel coût pour les finances publiques, de voler au secours des géants américains du refinancement de crédit, pris dans la tourmente de l’immobilier. Soit de céder au principe si libéral de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes alors que la crise financière s’aggrave un peu plus chaque jour suite aux joutes spéculatives des banques et autres fonds d’investissements.

    Mais plus généralement,  M. Obama hésite à se découvrir. Au point de déclencher l’ire du professeur à l’université d’Illinois, Walter Benn Michaels : « Mme Clinton (encore en course à l’époque. Ndlr) et M. Obama sont les emblèmes d’un progressisme américain dont l’éthique politique désapprouve et combat les inégalités qui découlent du racisme et du sexisme avec d’autant plus de vigueur que, simultanément, elle ignore les inégalités qui ne sont pas le fait de la discrimination mais de ce que nous avions l’habitude d’appeler l’exploitation. » (6)

    Peut-être ne faut-il pas trop attendre de celui qui se présente en « soldat de la dignité de tout le genre humain ». C’est ainsi qu’il se présentait dans livre-programme, publié voici quelques mois sous le titre « L’audace d’espérer ». Ni la couleur de peau, ni la religion, ni la situation sociale ne doivent constituer un obstacle, y proclame l’auteur. Il faut que chacun s’engage pour que les choses changent : c’est le « yes we can » (oui, nous le pouvons) scandé dans les meetings et repris par un groupe de rock. Les discriminations sociales ne touchent pas seulement les Noirs mais désormais les Blancs frappés par les délocalisations, le chômage, la rupture du contrat social passé dans les années trente, l’absence de Sécurité sociale et de retraites… Et d’esquisser un programme « réaliste » qui veut rassembler démocrates et républicains, riches et pauvres, dans le respect du dogme du marché : « le meilleur mécanisme », aux yeux d’Obama pour assurer la répartition des richesses, pour autant qu’il soit régulé par l’État et par des impôts équitables mettant fin aux faveurs fiscales des grandes fortunes et mobilisant des fonds publics pour soigner les plaies sociales.

    Consensus bipartisan

    Il s’agit de « draguer » large. La ligne est tracée depuis belle lurette. En juillet 2004, candidat au Sénat, il en appelait, loin de toute idéologie et comme s’il s’agissait d’un office religieux, à miser sur le dépassement des clivages sociaux : « Il n’y a pas une Amérique progressiste et une Amérique conservatrice – il y a les Etats-Unis d’Amérique. Il n’y a pas une Amérique noire et une Amérique blanche, une Amérique latina et une Amérique asiatique ; il y a les Etats-Unis d’Amérique. (…) Nous vénérons un Dieu tout-puissant dans les Etats bleus [à majorité démocrate], et nous n’aimons pas que les agents fédéraux fouinent dans nos bibliothèques dans les Etats rouges [à majorité républicaine]. Nous préparons les championnats de basket dans les Etats bleus et nous avons des amis gays dans les Etats rouges. Des patriotes se sont opposés à la guerre en Irak et des patriotes l’ont soutenue. Nous sommes un seul peuple, nous avons tous prêté serment d’allégeance au drapeau, nous défendons tous les Etats-Unis d’Amérique. »

    La candidature de M. Obama serait donc, ont relevé certains commentateurs, « postpartisane et postraciale », histoire de rassembler toutes et tous dans un large consensus au nom d’un « changement » défini essentiellement en termes moraux. Ce qui lui permet de rester largement dans le flou. Face à un McCain qui s’en tient aux recettes ultralibérales classiques – allègement des dépenses publiques, baisse de la fiscalité, réduction de l’indemnisation chômage et des dépenses de santé… , il promet que l’Etat investira dans de grands chantiers et dans la subvention d’un système d’assurance médicale accessible à chacun – mais qui restera privé. Il prévoit d’annuler des cadeaux fiscaux  accordés par George Bush aux plus fortunés et une intervention de l’Etat pour soutenir les emprunteurs immobiliers insolvables. Mais comme l’a relevé Le Monde, « au-delà des slogans de campagne, où chacun accuse l’autre de ‘compromettre la croissance’, s’il y a un ‘consensus bipartisan’ en période électorale aux Etats-Unis, note Robert Samuelson, chroniqueur au Washington Post, c’est bien ‘d’éluder les grands sujets’. »

    M. Obama parle d’un « changement auquel on peut croire ». Cela ne mange pas de pain. Pour l’emporter, il a abandonné certains de ses engagements en s’éloignant de la gauche – dans l’acception américaine du mot - de l’échiquier politique. Réalisme ? Fallait-il des preuves que l’élection se gagne dans le respect des valeurs conservatrices ? Fin juin, la Cour suprême a décidé, par cinq voix contre quatre, que le viol d'un enfant ne peut justifier la peine de mort car la sanction ne serait pas « proportionnelle » au crime commis. Barack Obama, comme McCain, s'est indigné de cette décision, en rappelant qu'il est partisan de la peine de mort, "dans des circonstances très étroitement limitées, pour les crimes les plus odieux". Le 26 juin, il a salué, par contre, une autre décision de la Cour déclarant anticonstitutionnelle l’interdiction d’armes à feu dans l’arrondissement de Washington DC. Il avait déclaré le contraire en février. Il a apporté son soutien à un projet de loi sur les écoutes téléphoniques autorisées par M. Bush.

    L’Iran en point de mire

    En matière de politique internationale, le temps semble loin où le sénateur se positionnait à la gauche de sa rivale Hillary Clinton. Vis-à-vis de l’Iran, plus question de rencontrer le président Ahmadinejad comme il l’avait proposé, mais des « dirigeants compétents ». « Il n’y a pas de plus grande menace pour Israël et pour la paix et la stabilité dans la région que l’Iran », a-t-il tonné devant l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le puissant lobby pro-israélien. « Le danger iranien est grave et réel et mon but sera d’éliminer cette menace », a-t-il ajouté, avant de reprendre à son compte les menaces de George W. Bush, à savoir que toutes les options seront sur la table, qu’il fera « tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Tout ! ».

    Sur l’Irak et le Moyen-Orient, il dit n’avoir pas oublié le temps où il avait voté contre l’intervention américaine. Désormais soucieux de renforcer sa crédibilité de chef des armées, le candidat démocrate a certes réitéré son souhait de voir la majorité des troupes américaines quitter ce pays à l'horizon de l'été 2010, et sans y laisser de bases permanentes, contrairement au vœu de M. McCain.  Parce que la guerre en Irak « pèse sur notre sécurité, notre statut dans le monde, notre armée, notre économie et les ressources qu'il nous faut pour faire face aux défis du 21e siècle. » Mais, au risque de s’inscrire dans la logique de la « guerre au terrorisme » initiée par George Bush, il annonce vouloir «réaliser nos objectifs stratégiques plus larges, à commencer par l'Afghanistan et le Pakistan, où les talibans reviennent et où Al-Qaida a trouvé refuge ».

    Sur Israël, il semble vouloir faire aussi fort que Bush : « En tant que président, je ne transigerai jamais quand la sécurité d’Israël sera en jeu (…). Ceux qui menacent Israël nous menacent. » Et s’il est pour « un État juif d’Israël et un État palestinien vivant côte à côte dans la paix et la sécurité », il clame toutefois que « Jérusalem doit rester la capitale d’Israël et demeurer indivisible », rejetant ainsi une des exigences prioritaires des Palestiniens.  Mieux, il promet d’accorder à l’État hébreu 30 milliards de dollars d’aide militaire supplémentaires.

    M. Obama promet toutefois une « nouvelle ère de coopération internationale »  de « reconstruire » les alliances des Etats-Unis. « Pendant huit ans, nous avons payé le prix d'une politique étrangère qui donne des leçons sans écouter », a-t-il déploré le 15 juillet.

    Candidat traditionnel ?

    Le Washington Post a relevé avec amusement que M. Obama offre désormais « une stratégie pas très différente sur bien des points de celle du président Bush et de John McCain. » Pour Justin Vaisse, chercheur à la Brooking Institute, « A ce stade, on ne peut deviner qu’une petite partie de ce que sera la politique étrangère (du futur président). L’essentiel à ce stade est de se faire élire. Et pour cela, on ne prend aucun groupe d’intérêt, aucun lobby à rebrousse-poil. Du coup, quand on regarde de près, les positions de McCain et Obama ne sont pas si éloignées sur de nombreux sujets. » (7)

    Aux States, une brise désenchantée s’est mise à souffler dans certains journaux. « Depuis qu’il a gagné l’investiture, Obama est devenu un candidat assez traditionnel qui dit aux groupes d’intérêt ce qu’ils ont envie d’entendre » (Newsweek) ; Les républicains accusent donc Obama d’être « un politicien opportuniste, qui fera et dira n’importe quoi pour gagner » (Le Washington Post). Pour le New York Times, le sénateur démocrate recherche « le centre vital », cher à Bill Clinton .

    Membre du département de sciences politiques de l’université de Paris-VIII, originaire du Massachusetts, James Cohen, ne cache pas son inquiétude : « La régime politique des Etats-Unis est-il démocratique ? On peut encore le dire, mais la marge de manœuvre de ceux qui aspirent à changer les priorités socio-économiques et le rapport entre leur pays et le reste du monde est aujourd’hui des plus réduites (…) La compétition électorale reste très conditionnée par l’argent privé (…) Si Obama, candidat d’une rare intelligence est obligé, pur des raisons électorales, de se prosterner de la sorte, on peut dire que la démocratie en souffre. » (8)

    1. « Barack Obama : l’engouement pour une énigme » Le Soir, le 5 juin 2008.
    2. « Le recours au crédit facile a masqué les faiblesses de l’économie » Le Monde, le 10 juillet 2008.
    3. « Toutes les inégalités n’offensent pas le candidat Barack Obama ». Le Monde diplomatique, juin 2008.
    4. Idem.
    5.  Entretien avec Joseph Stiglitz. L’Humanité, le 5 juin 2008.
    6. Le Monde diplomatique, juin 2008. Article cité.
    7. « Obama ou McCain, il n’y aura pas de révolution en politique étrangère ». Chat sur le site électronique du Monde, le 4 juin 2008.
    8. « Entre McCain et Obama, un choix réel mais… » L’Humanité, le 21 juin 2008.


    Les révoltes de la faim dans les pays du Sud : l’aboutissement logique de choix économiques et politiques désastreux

     

    Attac France

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    Nous ne sommes pas dans une situation de pénurie mondiale. Quoique extrêmement faibles, les stocks sont encore suffisants pour faire la jonction entre deux récoltes. Mais l’accès à l’alimentation des populations s’est dégradé brutalement face à une augmentation considérable des prix. Elle aggrave encore la situation actuelle (20 000 morts par  jour, près de 900 millions de personnes souffrant de malnutrition dont 80% de paysans).

    La faiblesse des stocks est en cause. Elle provient en partie de phénomènes nouveaux : une demande forte en céréales et oléagineux pour l’alimentation, une demande en hausse pour la production d’agrocarburants industriels (éthanol et diester) et des accidents climatiques qui ont diminué les récoltes sur certains territoires de la planète.Mais cette nouvelle tension sur les marchés révèle surtout des problèmes structurels, issus de choix économiques désastreux, basés sur la croyance des bienfaits pour l’humanité de la libéralisation des marchés agricoles et de la marchandisation tous azimuts : avançant la nécessité du remboursement de la dette, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale contraignent depuis des dizaines d’années les pays pauvres à réorienter leurs productions agricoles vers l’exportation. Ces pays ont ainsi dû délaisser leurs cultures vivrières, augmentant leur dépendance aux marchés extérieurs ;

    - sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce et sous la pression des accords bilatéraux, les politiques agricoles de tous les pays et leurs tarifs douaniers ont été progressivement démantelés : l’agriculture paysanne des pays du Sud se retrouve sans protection, en compétition directe avec l’agriculture subventionnée et industrielle des pays du Nord ;

    - la spéculation sur les marchés des matières premières accentue l’instabilité, à la baisse ou à la hausse, de leurs prix. Elle s’inscrit dans le cadre d’un capitalisme financier exacerbé, qui détériore l’ensemble des conditions de vie, y compris dans ce qu’elles ont de plus élémentaire ;

    - de nombreux pays, en soutenant le développement des agrocarburants, répondent aux intérêts des multinationales mais mettent un peu plus en danger la sécurité alimentaire mondiale. Tandis que leur bilan carbone est contesté dans la plupart des cas, les cultures intensives d’agrocarburants concurrencent directement les productions alimentaires et favorisent la hausse des prix et la spéculation.

    Pour toutes ces raisons qui n’ont rien de conjoncturel, il est à craindre que l’extrême pauvreté et les conflits régionaux ne fassent que s’aggraver. Seules des mesures cohérentes, en rupture avec les politiques libérales actuelles, peuvent permettre d’endiguer la catastrophe qui s’annonce : une régulation mondiale des marchés agricoles avec le recours aux stocks publics dans le cadre d’une instance internationale sous
    l’autorité des Nations unies :
    *   elle doit permettre une régulation des prix mondiaux  compatible avec l’intérêt général et l’instauration  d’une fiscalité procurant les ressources publiques  pour satisfaire les besoins en développement des  pays du Sud
    • la reconnaissance du droit à la souveraineté alimentaire, c’est-à-dire le droit des populations, de leurs États ou Unions à définir leur propre politique agricole et alimentaire sans dumping vis-à-vis des pays tiers
    • l’annulation de la dette des pays pauvres et l’augmentation substantielle de l’aide publique, à commencer par celle de l’Union européenne et de ses États membres, qui est aujourd’hui en diminution
    • un moratoire pour suspendre la production d’agrocarburants et expérimenter des solutions alternatives, comme le propose Jean Ziegler, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.

    Enfin, la crise alimentaire ne peut être résolue au détriment des impératifs écologiques, notamment par la déforestation et le développement des OGM. La crise climatique et l’épuisement des sols sont autant de facteurs qui, au contraire, accentuent la crise alimentaire. Les solutions résident dans des pratiques agricoles écologiques et sociales. Elles nécessitent en particulier une réorientation de la recherche publique agronomique et des politiques agricoles et alimentaires dans leur ensemble.

  • Nouvelles n° 125

    Le pouvoir d'achat comme écran de fumée ?
    Blog de Pierre Eyben   
     
    Cette carte blanche co-écrite avec les amis du collectif Le Ressort est parue dans le journal La Libre Belgique.

    Au-delà des mesurettes où l’on change pour que rien ne change, c’est d’une révolution dont on a besoin. Les pistes ne manquent pas, malgré l’omerta médiatique et politique dont elles sont victimes.

    Depuis l’effondrement du Mur de Berlin, l’économie de marché nous est présentée comme l’horizon indépassable du bonheur des peuples, et c’est dans ce cadre aussi que l’on parle d’amélioration du pouvoir d’achat. Pour être heureux, il suffirait donc de pouvoir acheter sans entraves. Sans avaliser cette obligation compulsive d’acheter pour maintenir un modèle de société mortifère et sans soutenir cette conception productiviste de toute façon bloquée par les limites écologiques [1], force est toutefois de constater que les citoyens doivent disposer de moyens pour subvenir aux besoins de première nécessité, voire, pour améliorer leur bien-être et leur qualité de vie.

    Le problème du pouvoir d’achat [2] - même si on remarquera à regret qu’il ne semble devenir préoccupant qu’à partir du moment où il concerne la classe moyenne alors que 17 % de la population vit déjà sous le seuil de pauvreté - semble, en effet, faire l’objet d’une apparente unanimité : tout le monde le dénonce et chacun y va de sa « mesurette »: le gouvernement intérimaire n’a-t-il pas été constitué pour répondre aux problèmes des gens ? Concrètement, cela a donné une prolongation et un élargissement du chèque-mazout, une mesure qui, dans sa forme actuelle, relève plus de la charité que de la solidarité.

    Entre autres choses, les syndicats présentent l’indexation automatique des salaires comme le bouclier ad hoc tandis que les organisations patronales plaident en faveur d’accords all-in. Cette dernière solution vide l’indexation automatique des salaires de tout sens, comme le révèle "De Tijd", qui explique que 500 000 ouvriers travaillant dans les secteurs de la métallurgie et de la construction vont voir leur salaire bloqué dans le cas, de plus en plus probable, d’une inflation cumulée supérieure à 5 %.

    Devant cette bombe sociale, la fédération patronale Agoria n’a d’ailleurs pas tardé à réagir pour tenter d’expliquer combien il s’agissait d’une annonce alarmiste prématurée. Indépendamment de ce débat, quelques réflexions s’imposent sur l’indice des prix à la consommation. Si la Belgique est, avec le Luxembourg, le seul pays à l’avoir maintenu, au grand dam de l’OCDE, ce n’est pas sans lui avoir fait subir une cure d’amaigrissement : rappelons le blocage de deux sauts d’index sous le gouvernement Martens-Gol dans les années 80 et sa conversion en indice-santé à l’époque du "Plan global" où certains produits comme le tabac, l’alcool et le carburant en ont été retirés.

    Ces diverses interventions ainsi que la révision régulière du contenu du "panier de la ménagère" font que l’index ne reflète pas l’augmentation réelle des prix. Malgré cela, on annonce un nouveau saut d’index pour le mois de mars ou d’avril, soit seulement 3 mois après le précédent, signe indiscutable d’une explosion des prix. Les récents mouvements de grève dans le Nord du pays viennent confirmer cette inadéquation : la non-indexation réelle des salaires et des allocations sociales est responsable d’un appauvrissement du plus grand nombre. Un index réel serait, par conséquent, mieux à même de garantir la paix sociale et de rencontrer les besoins fondamentaux de la population.

    D’autres dépenses préoccupantes sont celles relatives au chauffage et au loyer. D’aucuns proposent de fixer la TVA prélevée sur le mazout à 6 % en tant que produit de première nécessité. La taxation indirecte étant l’impôt le plus injuste, "la" question est de savoir comment moduler cela avec la fin prochaine du pétrole et, par conséquent, avec une incitation (ou un préfinancement pour les citoyens les plus faibles) à se chauffer de la manière la plus soutenable pour la planète. Gageant que ce n’est pas seulement la nature mais aussi la quantité de consommation (pour une ressource finie) qui peut être considérée comme un luxe, faut-il moduler le taux de TVA de manière progressive en fonction de la consommation réelle (tout en veillant à instaurer un système de tiers-payeur afin d’aider les familles les plus modestes à isoler leur habitation) ? Serait-il envisageable de moduler le prix des loyers en fonction du niveau d’isolation du bâtiment loué? Cela permettrait d’inciter les propriétaires à isoler leurs bâtiments et éviterait de pénaliser doublement les locataires d’immeubles mal isolés. Et si cela ne suffisait pas, n’est-il pas envisageable d’exiger un minimum d’isolation, vérifié par une expertise neutre, dans le cadre de la location d’un bâtiment ?

    L’augmentation actuelle des prix à la consommation est surtout due à la hausse des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques. Un déséquilibre dans l’offre et la demande de ces produits sur le marché mondial est à l’origine de cette envolée des prix. Est-il dès lors bien raisonnable de laisser ces éléments essentiels de notre vie quotidienne entre les mains invisibles du marché (pour paraphraser Adam Smith) ? Un contrôle public renforcé des prix de ces produits, comme c’était le cas jadis pour le pain, nous paraît être une piste intéressante à suivre.

    Indépendamment de ces considérations, deux constats peuvent être posés concernant le débat relatif au pouvoir d’achat. Absence d’articulation globale. Les propositions sur la table sont très parcellaires et omettent toute articulation globale avec le modèle de société voulu, et ce, notamment en rapport avec le défi climatique. Ainsi, l’augmentation du pouvoir d’achat pourrait aussi être conçue comme une réduction des dépenses quotidiennes et une amélioration de la qualité de vie et pas nécessairement ou pas uniquement par l’augmentation du salaire-poche.

    Il nous semble, en effet, peu concevable, à moins d’être prestidigitateur, de promettre en même temps une augmentation du pouvoir d’achat et une réduction des prétendues "charges sociales" (en fait le salaire différé constitué de la différence entre le brut et le net et qui permet de financer un ensemble de prestations en espèces ou en nature notamment sous forme de l’accès gratuit à un ensemble de biens ou de services collectifs). En effet, parler de charges sociales surajoutées et qui alourdiraient le coût du travail revient à nier la nature de ces cotisations : une part intégrante du salaire dû par les employeurs aux salariés. Conformément à la définition du salaire indirect esquissée ci-dessus, cette approche devrait être accompagnée d’investissements dans les transports en commun permettant une mutation vers une société de faible intensité énergétique, dans les services publics et plus particulièrement en ce qui concerne l’accès à l’éducation, dans les soins de santé, la mobilité, la production d’énergie alternative.

    En outre, une réduction massive du temps de travail, sans perte de salaire (et permettant une meilleure redistribution de la richesse par la création d’emplois) contribuerait à cette amélioration de la qualité de vie qui se cache derrière le vocable passe-partout d’augmentation du pouvoir d’achat. Le partage des richesses est le grand absent du débat. Cette redistribution des richesses doit bien évidemment également être placée dans une perspective internationaliste en apportant une réponse à la question suivante : comment arracher des milliards de personnes à la détresse du sous-développement sans les plonger dans un modèle productiviste de consommation à l’occidentale, néfaste pour la planète et mortel pour l’ensemble de l’humanité ?

    Mais si l’on s’en tient au niveau belge, le mutisme médiatique et politique qui entoure le détournement des richesses est un véritable exploit permanent : la part du capital dans le PIB ne cesse de croître. (PIB qui, rappelons-le, a triplé au cours des 25 dernières années). Alors que celle des salaires, qui progressait tant que le rapport de forces était favorable aux travailleurs, n’a cessé de régresser depuis 25 ans : représentant 67 % du PIB en 1980, elle flirte aujourd’hui avec la barre symbolique des 50 %. Au-delà du chipotage et des mesurettes où l’on change pour que rien ne change, c’est d’une véritable (r)évolution dont nous avons besoin. Un retour à une réelle progressivité de l’impôt (tranches supérieures à 50 %), un impôt sur la fortune et sur le patrimoine immobilier, une taxation significative des transactions financières et des revenus mobiliers (une taxation de type Tobin-Spahn, par exemple) et sur les bénéfices des acteurs dans le domaine de l’énergie, la suppression des intérêts notionnels, la levée du secret bancaire, la lutte contre les paradis fiscaux..., les pistes ne manquent pas, nonobstant l’omerta médiatique et politique dont elles sont victimes.

    Notes
    [1] Voir Le Ressort, "Quand la quête éperdue de croissance tue la planète", "La Libre Belgique", 10 novembre 2007 et sur le site
    http://ressort.domainepublic.net.

    [2] Il serait sans doute utile de repenser le terme de "pouvoir" quand, le plus souvent, l’achat est réduit à un subtil asservissement induit et entretenu par
    la publicité.


    Lettre adressée par le Comité d’Initiative de Dampremy à Monsieur le Bourgmestre de Charleroi

    Monsieur le Bourgmestre,

    Qu’il soit permis au CID ( Comité d’Initiative de Dampremy) de se faire le porte-parole et le relais de la population damrémoise ainsi que de nombreux groupements locaux en ce qui concerne les problèmes d’environnement, de propreté et de salubrité sur notre  territoire.

    Nous constatons avec regret et colère que depuis plusieurs mois, plus  rien n’est fait par les services communaux  en matière d’entretien de nos rues, de nos espaces verts (abords des terril, parc communal) et de manière générale de tous ces endroits qui, il y a peu, étaient encore des lieux de rencontres et de convivialité.

    Permettez-nous de dresser une liste (non exhaustive) des problèmes que nous rencontrons depuis trop longtemps:

    - augmentation des dépôts clandestins
    - déchets papiers, canettes, bouteilles sur les trottoirs et dans le rues.
    - plus aucun espace vert entretenu ( il y a bien longtemps qu’on ne tond plus, ni les quelques squares ni même la place communale ( Place Albert Ier) 
    -  Pour ce qui concerne plus directement la place Albert 1er nous avons été obligés de tondre nous-mêmes lors de l’organisation de la journée Bien-Air en mai dernier)
     
    - avaloirs bouchés ( lors d’un dernier orage une partie de la rue Barré était sous eau)
    -non entretien des rigoles (terres, herbes envahissantes, etc…)

    Depuis les travaux de réfection de la maison communale annexe ,rue Wauters plus rien n’a été nettoyé dans le parc : haies, pelouses, plan d’eau etc…

    Certes nous sommes bien conscients que ces problèmes proviennent en partie de la population elle-même. Sans défendre l’indéfendable, on peut néanmoins penser, que face à l’inertie des responsables, la population se décourage et laisse aller.

    Le beau amène le beau, le propre enduit le propre, a contrario la négligence engendre la négligence.

    Le CID avec d’autres associations travaillent depuis longtemps sur le terrain afin d’améliorer la qualité de vie des damrémois ( notre journée terril-nature annuelle n’a pas d’autre but)

    Lors de votre bref passage à la journée « Bien air » en mai dernier, vous avez reconnu vous-même combien Dampremy était triste, pauvre et sale.

    Mais nous souhaiterions que les pouvoirs municipaux  n’en restent pas au simple constat, mais prennent des mesures concrètes.

    Cependant, nous nous voulons positifs et dans la perspective d’une volonté commune d’améliorer la vie de nos concitoyens, nous sommes tout disposés à rencontrer les mandataires concernés, les services d’environnement de la ville, la police, l’ICDI afin d’étudier ensemble un vaste plan d’action.

    Peut-être pourriez vous dans un premier temps répondre à l’invitation que nous vous lançons dès maintenant : « Venez nous rencontrer et nous nous ferons un plaisir de vous « promener » dans nos rues, sans doute vous rendrez-vous compte qu’il fait plus pauvre, plus triste et plus sale que vous l’imaginez » .

    Nous vous remercions de bonne attention que vous voudrez bien avoir nous en sommes certains à notre appel et vous prions de croire Monsieur le Bourgmestre en nos meilleurs sentiments

    Pour le CID , Jean-Paul Delahaye, présidentPlace Degauque, 1 – 6142 Leernes
    Le dimanche 26 octobre 2008 à 10 H 45


     

    Opération Masarat Palestine 2008

    Impossible A l’occasion de la saison artistique et culturelle MASARAT Palestine, d’autres voix, des images nouvelles, des sons inédits nous viennent de Palestine. Ils appellent un autre regard, une autre écoute. La Palestine qui sera présentée en octobre et novembre 2008 à Bruxelles, Mons, Charleroi, Liège, Namur… et partout en Communauté française est un pays méconnu, mal connu, voire inconnu! Un pays à découvrir et à parcourir de manière inattendue à travers le prisme de ses artistes. Pour la première fois en Communauté française, une ouverture s’opère vers des mondes artistiques issus d’un ailleurs pas si lointain, même tout proche, le Proche-Orient. Vaste invitation à découvrir des esthétiques multiples, expérimentales mais toujours politiques, et qui dégagent une incroyable vitalité.

    Hommage à Mahmoud Darwish

    darwish

    Lecture de texte du grand poète palestinien par Anne-Florence Delannay

    Mahmoud Darwish nous a quitté le 9 août 2008 à l’âge de 67 ans. Il était considéré comme le plus grand poète arabe contemporain. Cet artiste lègue une œuvre puissante empreinte de souffrance d’être exilé sur sa propre terre.

    Le Comité Palestine – Secours Populaire Wallonie/Bruxelles lui  rendra  hommage.  Anne-Florence Delannay, animatrice de la DGAC de la Province du Hainaut lira quelques extraits d’Etat de siège avant la

    Rencontre- débat avec
     Hocine Ouazraf

    Taayoush, vivre ensemble

    avec Leïla Shahid et Michel Warschawski

    Impossible de concevoir cette saison culturelle palestinienne sans prendre le temps d’une réflexion plus globale sur les enjeux sociétaux, humains et politiques du conflit israélo-palestinien. Et sans donner la parole à deux éminents spécialistes de la question, acteurs de terrain et passeurs de murs : Leila Shahid et Michel Warschaswki. Autour de la question du Taayoush, projet éthique et politique qui en arabe signifie « vivre ensemble », nous débattrons de la décolonisation, des identités plurielles, de la justice sociale afin de déjouer le piège véhiculé par le choc des civilisations. Nous discuterons aussi de l’impact des médias dans la construction de notre imaginaire occidental, des éventuelles répercussions et résonances du conflit dans notre société belge. Quelle image le miroir nous renvoie-il ? Sur le modèle de l’expérience française relatée dans l’ouvrage Les banlieues, le Proche-Orient et nous (Ed. de l’Atelier, 2006), la tournée Taayoush vise un large public des quartiers bruxellois aux campagnes wallonnes. Un public touché par le sujet mais rarement écouté. Une tentative de nouer à l’échelle du territoire de la Communauté française et du pays notre propre Taayoush.
     
    LEILA SHAHIDLeila Shahid est anthropologue. Elle a suivi ses études à l'Université américaine de Beyrouth, un des foyers historiques de la contestation politique palestinienne. En 1978, elle se marie avec l'écrivain marocain Mohammed Berrada et s'installe avec lui au Maroc. En 1987, elle commence à écrire dans la Revue d'études palestiniennes. Avant d’être nommée déléguée générale de Palestine en France (de 1994 à 2005), Leïla Shahid avait été pendant trois ans le chef du bureau d’information de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) à La Haye. Depuis novembre 2005, elle est Déléguée de la Palestine auprès de l'Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg.

    warschawskiFigure emblématique de la gauche israélienne, militant anticolonialiste, Michel Warschawski est né en 1949 à Strasbourg, et se bat, depuis l'âge de 18 ans, pour la paix et contre l'occupation de la Palestine. Co-fondateur de Yesh Gvoul, mouvement des réservistes dans la guerre du Liban, fondateur de l'Alternative Information Center (AIC) contre la désinformation en Israël, il a été condamné et emprisonné à plusieurs reprises. Son ouvrage Sur la frontière (Stock, 2002) lui a valu le Prix du Monde Diplomatique 2002. Michel Warschawski démontre, à travers le récit de sa vie, que la lutte contre l’injustice, l’autoritarisme et la ségrégation est primordiale à la dignité humaine.
     
    Hocine Ouazraf est sociologue, chercheur aux Facultés St Louis (Bruxelles). Il mène une recherche action quant à l’impact des conflits, notamment au Moyen-Orient Arabe, sur la cohésion sociale à Bruxelles.
     
    Avec l’aide du CGRI et les Halles de Schaerbeek

    Une organisation du comité Palestine de Fontaine-l’Evêque - du Secours Populaire Wallonie-Bruxelles et de la Maison de la Laïcité de Fontaine-l'Evêque

    En collaboration avec la Direction Générale des Affaires Culturelles du Hainaut


    Le Grand poète a été inhumé à Ramallah

    Bonjour Monsieur Darwich !
    El Watan, 14 août 2008

    A ceux qui envoyaient des roquettes sur ton peuple, tu ripostais avec des mots nimbés d’un « lyrisme épique ». Tu as été le meilleur professeur pour nous, enfants du Maghreb, qui pour certains, ne maîtrisaient pas parfaitement la langue d’El Moutanabi.

    A Alger, Beyrouth ou Stockholm, ta voix interpellait les spectateurs. De sorte que lorsque le spectacle s’arrête, on emporte la musique dans sa tête. Maintenant que tu n’as plus à avoir « honte des larmes de ta mère », tu es mort comme tu as toujours vécu : à cœur ouvert. Dans tes interviews, tu te montrais parfois agacé des étiquettes de « poète de la résistance » ou de « représentant du peuple palestinien opprimé ». Tu estimais que « la Palestine n’était pas seulement un espace géographique délimité », qu’elle renvoyait « à la quête de la justice, de la liberté, de l’indépendance, mais aussi à un lieu de pluralité culturelle et de coexistence ». Tu enjoignais aux « passants entre les paroles passagères » de partir n’importe où, mais c’est toi qui es parti, trop tôt. Tu étais l’adepte du « less is more ». En peu de mots, tu nous tuais et nous faisais revivre. En un seul vers, tu faisais virevolter nos cœurs.

    Tu aimais à dérouter tes lecteurs et auditeurs en usant et abusant des métaphores les plus improbables : « Ils ont vendu mon sang comme de la soupe en sachet », « l’odeur du café est une géographie », « les oiseaux sont le prolongement du matin », « le fleuve est l’épingle à cheveux d’une dame qui se suicide »… Ta poésie n’était jamais sombre, pourtant tu ne te lamentais pas, gardant toujours l’espoir du « retour ». Ton triomphe est, en partie, lié aux artistes qui ont chanté tes vers, à l’exemple de Marcel Khalifa ou de Majda el Roumi. Ton premier succès, à l’âge de 20 ans, était presque le fruit du hasard. Alors que tu devais remplir un formulaire au ministère israélien de l’Intérieur, sous la rubrique « nationalité », tu avais simplement écrit « Arabe ». Le fonctionnaire en est resté coi : « Arabe ? » - « Oui, inscris, je suis Arabe ! », répondais-tu. Plus ce poème avait du succès et plus il t’irritait. Tu ne comprenais pas que les Arabes aient besoin de quelqu’un qui leur rappelle leur arabité. Ton histoire se confondait avec celle de ton peuple : naissance à El Jalil en 1941, départ familial au Liban en 1950, retour clandestin en Galilée entre 1960 et 1970, installation à Beyrouth en 1982, puis de longues années d’errance, cette « patrie dans une valise » entre Paris et Tunis puis Ramallah à partir de 1996 et d’autres haltes encore…

    A l’exemple de nombreux intellectuels palestiniens comme Edward Saïd, tu as rejeté les accords d’Oslo, n’hésitant pas à démissionner du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), soutenant que tu ne pouvais pas « assumer la responsabilité » d’une telle décision et protestant contre
    ce que tu appelais « une paix injuste », Mais ta plus grande victoire a été de dessiner dans l’esprit collectif l’image d’une mémoire spoliée. A travers tes écrits, « l’Etat » palestinien prenait corps. Ils rétablissaient ce que l’Histoire avait brisé. Et maintenant ? Ta blessure restera ouverte et d’autres poètes venus « d’un pays dépourvu de pays » voudraient poursuivre la quête de la justice et de la liberté. Tamim el Barghouti – ton petit frère en poésie prophétique – rassemble déjà les foules et donne du fil à retordre aux services de sécurité. Dans l’un de tes derniers recueils, tu as écrit ces vers qui sonnent aujourd’hui comme un ultime appel : « Ceux que tu aimes sont partis, alors sois, ou tu ne seras jamais... » Ta tombe a été dressée sur un promontoire qui surplombe la banlieue de Jérusalem et l’ensemble
    de la Palestine, une surélévation d’où tu ne te contenteras pas seulement de faire des reproches politiques au vieux Yasser Arafat, mais d’où tu pourras surtout, chaque matin, crier ta poésie en un immense bonjour à la Palestine historique.

    Par Amel Blidi


     

    La Belgique renforce
    sa militarisation

     

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    Avec le Traité de Lisbonne, en cours de ratification, l’Union réaffirme sa dépendance vis-à-vis de l’Otan et des Etats-Unis d’Amérique en matière de politique étrangère. En ratifiant le Traité de Lisbonne par le vote à la Chambre des représentants ce jeudi 10 avril 2008, le Parlement fédéral belge a quasiment donné le feu vert à une militarisation accrue de la Belgique sous l’égide de l’Otan (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord). Quasiment, car les assemblées régionales et communautaires doivent encore se prononcer pour que la ratification soit effective. 

    Avec le Traité de Lisbonne, en cours de ratification par les 27 Etats membres de l’Union européenne sans consultation populaire et sans réelle information auprès du public (à l’exception de l’Irlande où un référendum doit être organisé), l’Union est sur le point de franchir une étape décisive dans la militarisation tout en réaffirmant sa dépendance vis-à-vis de l’Otan et des Etats-Unis d’Amérique en matière de politique étrangère. D’une part, "les Etats membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires" (le seul domaine où les Etats sont incités à augmenter leurs dépenses publiques!) ; d’autre part, "l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense commune et l’instance de sa mise en oeuvre", ce qui constitue de fait un abandon de souveraineté de l’Union européenne au profit de l’Otan et des Etats-Unis.

    Selon l’article 27 du Traité, "l’Union européenne pourra avoir recours à une capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires dans les missions en dehors de l’Union afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale". Autant de missions que l’Otan a décidé d’accomplir depuis qu’elle s’est transformée, au début du XXIe siècle, en une hyperpuissance militaire capable d’intervenir dans toutes les régions du monde, reléguant ainsi les Nations-unies au second rang. En effet, après la fin de la guerre froide, l’Otan a dû se trouver de nouveaux objectifs pour continuer à exister. A l’origine, cette organisation internationale, créée en 1949 (réunissant les Etats-Unis, le Canada et 10 pays de l’Europe de l’Ouest) pour faire face au bloc soviétique, ne pouvait intervenir militairement que sur le territoire de ses Etats membres, en cas d’attaque sur leur sol. Mais après la chute du Mur de Berlin et la disparition de l’ennemi communiste, l’Otan est sortie de ce rôle de défense militaire pour s’octroyer une nouvelle mission plus large : "La gestion des crises." Après le 11 septembre 2001, l’Otan, dirigée par les Etats-Unis, part en une croisade aveugle contre le terrorisme. Pour la première fois, l’article 5 du Traité de l’Atlantique nord est invoqué : l’attaque subie par les Etats-Unis sur son sol constitue une attaque contre tous les Etats membres et entraîne donc une réponse militaire collective.

    C’est ainsi que la Belgique, comme d’autres pays de l’Union européenne, s’est retrouvée embarquée dans la guerre en Afghanistan. Cette guerre n’est pas près de s’arrêter, à entendre les déclarations du Premier ministre Yves Leterme qui a confirmé, lors du sommet de l’Otan à Bucarest, l’engagement "à long terme" de la Belgique en Afghanistan. En septembre prochain, le nombre de soldats belges présents sur place devrait d’ailleurs augmenter. L’implication de la Belgique dans l’Otan ne s’arrête cependant pas là puisqu’elle abrite à Evere (près de Bruxelles) le quartier général de cette organisation militaire qui est le lieu où se prennent toutes les décisions politico-militaires dont celles relatives à l’utilisation des armes nucléaires. Soulignons que pour l’Otan, l’emploi d’armes nucléaires est le premier instrument à utiliser à titre préventif contre les menaces à la paix comme la possession d’armes de destruction massives par certains Etats "voyous". Et comme l’a fait remarquer la Cour internationale de Justice (l’organe judiciaire des Nations-unies) dans son avis rendu le 8 juillet 1996, aucun Etat possédant l’arme nucléaire ne peut indiquer les circonstances précises dans lesquelles ces armes pourraient être utilisées légalement. Le territoire belge sert également aux Etats-Unis pour le stationnement d’armes nucléaires, violant ainsi le Traité de non-prolifération signé par ces deux Etats. Sur la base aérienne de Kleine Brogel, sont ainsi stationnées 20 bombes atomiques B61 pouvant être transportées jusqu’à leur cible par des F16 belges en cas de conflit.

    Face à cette situation illégale au regard du droit international, mais aussi du droit belge (le Parlement fédéral a exigé en 2005 le retrait de ces armes nucléaires du territoire belge [1]) et à l’inertie du gouvernement, un millier de manifestants (selon la police), venus de 17 pays, ont décidé d’agir en participant le 22 mars dernier à l’action non violente de désobéissance civile "NATO Game Over". En tentant de s’introduire dans le quartier général de l’Otan, les manifestants ont voulu lancer un signal fort aux politiques pour que cessent toutes ces violations du droit. Ils ont dénoncé le rôle criminel de l’Otan dans les guerres comme celles menées en Afghanistan. Suite à cette action non violente, environ 500 manifestants ont été détenus au palais de justice de Bruxelles durant six à dix heures pour "trouble à l’ordre public" alors qu’en agissant ainsi, ces personnes dénonçaient une infraction d’ordre supérieur. En effet, l’argument juridique de l’état de nécessité peut pleinement s’appliquer [2].

    Malheureusement, cette action symbolique n’aura pas suffi à mettre en garde le législateur sur la dérive militariste que constitue l’adhésion au Traité de Lisbonne. En ratifiant ce Traité, le Parlement fédéral sert un peu plus les intérêts du gouvernement des Etats-Unis dans sa guerre aveugle contre le terrorisme et donne les moyens à l’Otan de devenir une puissance d’intervention planétaire capable d’intervenir dans toutes les circonstances possibles et imaginables. C’est pourquoi nous appelons les Parlements régionaux et communautaires à voter contre le Traité de Lisbonne.
    Dire non à ce Traité sera un premier pas dans le sens d’une Europe indépendante et pacifique.

    Le Collectif de Résistance au Traité de Lisbonne (www. CR-TL. be) :

    Jean-Marie Klinkenberg (professeur à l’Université de Liège), Jean Bricmont (professeur à l’Université de Louvain), Jean-Claude Paye (sociologue), Michèle Gilkinet (présidente du GRAPPE), Jean-Maurice Dehousse (ancien ministre et ancien bourgmestre de Liège), Hans Lammerant (collaborateur Vredesactie), Thierry de Lannoy (MIR-IRG), Santiago Fischer (chargé de Projets Commission Justice et Paix Belgique francophone), Katheline Toumpsin (chargée de Projets Pax Christi Wallonie-Bruxelles), Francis Houart (Comité bruxellois pour une consultation populaire), Jean-Marie Coen (porte-parole d’Attac Wallonie-Bruxelles), Madeleine Ploumhans (Collectif de Résistance au Traité de Lisbonne), Pierre Eyben (Secrétaire politique Fédé de Liège du PC), Denis Horman (Ligue communiste révolutionnaire), Didier Brissa (UAG-Lg), Christine Pagnoulle (chargé de cours à l’Université de Liège, membre d’ATTAC-Liège), France Arets (CRACPE), Eric Nemes (Objecteur de conscience), Edouard Brion (président du Mouvement chrétien pour la Paix), Francis Leboutte (ingénieur civil, membre d’Ecolo-Esneux), Renaud Vivien (CADTM).

    Notes
    [1] Résolution S 3-985/5 du 21/04/2005
    [2] Etat de nécessité : situation dans laquelle se trouve une personne qui, pour sauvegarder un intérêt supérieur, n’a d’autre ressource que d’accomplir un acte défendu par la loi pénale (Bull. crim. 1994 n° 273 p. 1022)

     

  • Nouvelles n° 123 ( 1 ère partie)

    France : Premier bilan du très contesté ministère de l’Identité nationale

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    Déjà 18600 personnes expulsées de janvier à octobre. Ca fait 1860 personnes par mois, 62 personnes par
    jour, 5 expulsés toutes les 2 heures...

    Brice Hortefeux a défendu son très controversé ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale, annonçant plusieurs actions, une nouvelle organisation et défendant à coups de statistiques son premier bilan.

    Il a notamment annoncé être parvenu à 18.600 expulsions d'étrangers en situation irrégulière - le ministre emploie le terme "d'éloignements" - pour les dix premiers mois de 2007, un chiffre inférieur à l'objectif de 25.000 et au chiffre de 2006 (23.800).

    Le ministre justifie cette baisse par l'insuffisance de résultats dans les cinq premiers mois de 2007, avant son arrivée, et par l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union, ce qui a régularisé de facto ses ressortissants.

    Ce ministère voulu par Nicolas Sarkozy, premier du genre dans l'histoire du pays, est attaqué dans ses fondements par la gauche et par certains élus du centre, qui considèrent qu'évoquer "l'identité nationale" renvoie à une idéologie d'extrême-droite.

    "Le peuple français s'est exprimé, il a tranché, il a validé cette initiative (...) L'identité nationale doit être comprise d'abord comme une boussole, propre à donner un cap. Il n'y a aucune agressivité envers quiconque", a assuré Brice Hortefeux.

    Devant un parterre de chefs d'entreprises, de policiers et de diverses personnalités étrangères, il a aussi brandi deux documents portant sur des actions que son ministère va lancer.

    Il s'agit de la carte "compétence et talents" destinée aux étrangers dotés d'aptitudes jugées "utiles" que la France veut accueillir, et d'un "passeport" symbolique, censé permettre aux étrangers de consigner "étape par étape" leur progression dans la connaissance du français, désormais obligatoire.

    Concernant les expulsions d'étrangers illégaux, le ministre a confirmé qu'il s'agissait d'un des principaux objectifs de son ministère, mais a assuré qu'il n'avait encore fixé aucun objectif pour 2008.

    Plusieurs organes de presse affirment au contraire que des objectifs très élevés ont déjà été fixés et que Nicolas Sarkozy a exigé de son ministre des résultats sur ce terrain qu'il juge crucial.

    "Par principe, un étranger en situation irrégulière, sauf cas particulier, a vocation à retourner dans son pays d'origine", a réaffirmé le ministre.

    Pour mettre en oeuvre "l'immigration choisie" voulue par l'Elysée, Brice Hortefeux a aussi confirmé qu'il allait recenser les métiers et les zones géographiques d'immigration jugées "prioritaires" par des discussions avec les branches professionnelles.

    Il compte ouvrir aux immigrés "de travail" l'accès à 89 métiers nouveaux, ce qui portera l'ouverture à 150 métiers, soit 40 % du marché du travail, a-t-il dit.


    Reuters


    Les riverains de la sidérurgie sont inquiets.

  • Nouvelles n° 122 ( 2ème partie )

    Quand Washington modèle le Vieux Continent…

    otan-et-son-élargissement

    L’OTAN, gendarme planétaire

    Du récent sommet de Bucarest, il ressort d’abord que l’OTAN prend l’Union européenne de vitesse : élargissement, doctrine militaire… « L’Otan est à présent une alliance expéditionnaire qui déploie ses forces à travers le monde pour assurer un avenir libre et pacifique à des millions de personnes », a indiqué George W. Bush. Comme en Afghanistan ? Les États-Unis ont obtenu un feu vert pour déployer leur bouclier antimissile. Une exigence – soutenue par les capitales européennes – qui suscite un foyer de tension avec la Russie. Et relance la course aux armements.
    MAURICE MAGIS

    En janvier, quatre Américains signaient un article d’une page entière dans le Wall Street Journal. Ils appelaient à l’avènement d’un monde libéré des armes nucléaires. L’événement – outre que le quotidien de la haute finance globalisée se prêtait au jeu - c’était la personnalité de ces quatre hommes. George Shultz, secrétaire d’Etat de Bush père, William Perry, secrétaire à la Défense de Clinton, Henry Kissinger, l’âme damnée de Nixon, et l’ancien sénateur démocrate Sam Nunn ne passent pas pour des militants pacifistes. Que pensent-ils ? Que la dissuasion nucléaire, dont ils ont si longtemps prôné les vertus, est « une politique obsolète dans le monde d‘aujourd’hui ». Pourquoi ? Parce que - c’est là une évidence - pousser sur le bouton déclenchant le feu atomique reviendrait à condamner à mort des millions de personnes, tant du côté de l’agresseur que de l’agressé.  C’est ce que le théoricien  de cette « doctrine » militaire, Robert McNamara, secrétaire à la Défense de Kennedy au début de la décennie 1960,  appelait la « destruction mutuelle assurée ».  Ensuite parce que la prolifération nucléaire rend la dissuasion « de moins en moins efficace et de plus en plus problématique ».

    Le fait est là. « La prolifération est une puissante incitation à réfléchir sur les dangers potentiels provoqué par la multiplication des Etat ayant accès à la technologie nucléaire. Les possesseurs sont de plus en plus nombreux et les candidats plus nombreux encore (1). » Il serait donc judicieux d’en revenir, d’abord, à l’esprit et à la lettre des accords internationaux. Et d’abord, au traité de non-prolifération nucléaire. Ce TNP qui « contient une clause que les cinq puissances nucléaires officiellement reconnues n’ont jamais respectée : la réduction drastique de leur propre arsenal, prélude à leur destruction (2). »

    Le TNP bafoué

    Cet accord de 1968 engageait les « Etats non dotés de l’arme nucléaire » (les ENDAN) à  renoncer à celle-ci tout en ayant le droit de développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Il prévoyait également que les « Etats dotés de l’arme nucléaire « (les EDAN) prennent le chemin du désarmement. Las… « La modernisation des armes nucléaires, la place des armes dans les doctrines militaires et le rejet des 13 étapes (adoptées en 2000  et devant mener à un désarmement progressif. Ndlr) sont autant de points qui montrent le peu d’empressement des EDAN à ‘poursuivre de bonne foi’ le désarmement nucléaire et laissent un goût amer aux pays non nucléaires. Comme l’avait déclaré en octobre 2004 le Commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten, ‘ (...) Il est très difficile pour nous d’argumenter qu’il est moralement répréhensible que d’autres pays développent leur capacités nucléaires alors que nous, les pays dotés de l’arme nucléaire, ne poursuivons pas tous nos engagements envers le TNP par exemple ‘» Et depuis lors « les événements ont illustré les trois risques qui menacent la paix et la sécurité internationales : l’extension du nombre de pays dotés de l’arme atomique ; l’utilisation de la technologie nucléaire par des réseaux terroristes ; et les dangers posés par les stocks nucléaires des EDAN (3).» Au point que, « pour le Groupe des personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement convié par Kofi Annan, ‘nous ne sommes pas loin du point de non-retour de l’effritement du régime de non-prolifération et du déclenchement d’une cascade de prolifération’ (4) »

    « Réarmement général »

    En décembre à Paris, Bill Williams, président de l’Association internationale des médecins pour la prévention du risque nucléaire, expliquait que « ce ne sont pas seulement les hippies et les radicaux » qui ont à gagner à la disparition de l’arsenal nucléaire. Cet Australien, responsable de « Ican » (littéralement « Je peux », acronyme anglais de Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), a relancé en octobre 2005 l’action en faveur du TNP. L’objectif de la campagne, relayée par 54 associations ? « Établir une convention sur la destruction des armes nucléaires. » Et le médecin de décliner les étapes pour y parvenir. Tout d’abord, « interdire la production, le développement, les tests, la constitution de stocks, le transfert et enfin la menace d’utilisation » des armes nucléaires. Puis « mettre fin à l’alerte nucléaire », retirer et désarmer « les armes déployées sur le terrain », détruire les silos. Une fois cet énorme travail accompli, établir un « contrôle international sur les matériaux fissiles », type uranium. Dominique Lalanne, directeur de recherche en physique nucléaire au CNRS (France) et président d’Abolition 2000-Stop essais, a évoqué un contexte « de plus en plus instable » de « réarmement général ».

    Mais le mouvement associatif n’est pas seul à s’inquiéter. Lors de l’ouverture de la session 2007 de la Conférence sur le désarmement à Genève, le secrétaire général de l’ONU avait  appelé la communauté internationale à stopper l'expansion de l'arsenal nucléaire et à accélérer la réduction des stocks d'armes qui existent déjà, alors que les dépenses militaires dans le monde avaient atteint 1200 milliards de dollars. « Cette somme incroyable représente 2,5% du produit intérieur brut mondial. Si seulement 1% du PIB était redistribué pour le développement, nous pourrions atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) », avait-il fait remarquer. Un exercice de style ? À l'issue de sa session de 2006, et pour la huitième année consécutive, la Conférence n'était même pas parvenue à un accord sur un programme de négociations. Les choses en sont toujours là. Lançant la session 2008, Ban Ki-moon a simplement constaté que « Si le désarmement ne progresse pas, la réaction en chaîne ne peut se produire «  et a décrété « la Conférence en danger ». 

    Carquois nucléaires ?

    Effectivement. Et les risques sont réels. « On connaissait la doctrine Bush, fondée sur le principe des attaques préventives. On connaît désormais la doctrine Cheney, formulée peu de temps après le 11 Septembre par celui que l’on considère souvent comme le véritable stratège de la Maison Blanche : ‘Même lorsqu’une menace importante n’a qu’une probabilité de un pour cent, elle doit être considérée, pour ce qui est de notre réponse, comme une certitude.’ Qu’il s’agisse de la possibilité que les scientifiques pakistanais aident Al-Qaida à construire l’arme nucléaire, ou de la possession par l’Irak d’armes de destruction massive, un seuil d’alerte minimal justifie des politiques draconiennes. En effet, pour le vice-président des Etats-Unis, ce qui importe, ‘ ce n’est pas la qualité de notre analyse, mais celle de notre riposte(5)’ » Un raisonnement qui a la vie dure et dont, en Europe, un homme comme Nicolas Sarkozy n’est peut être pas si éloigné. Contestant à Londres et Berlin le rôle de meilleur ami des Etats-Unis, le président français multiple les propos susceptibles de plaire à Washington. Ainsi, il n’exclut plus, lui non plus, des « avertissements nucléaires », des « frappes limitées » contre des pays qui menaceraient « nos intérêts vitaux ». Une banalisation de l’arme atomique qui risque d’encourager la prolifération.

    Dans un rapport rendu public le 22 janvier, cinq anciens chefs d’état-major de pays membres de l’Alliance atlantique (6) ont plaidé, eux aussi, pour l’éventualité de frappes nucléaires préventives. Ce texte, destiné à l’OTAN et pompeusement intitulé « Vers une grande stratégie dans un monde incertain », pose notamment que « les armes nucléaires – y compris l’option de leur utilisation- sont indispensables puisqu’il n’y a tout simplement pas de perspective d’un monde sans armes nucléaires » et que « l’utilisation en premier d’armes nucléaires doit demeurer dans les carquois de l’escalade comme instrument destiné à empêcher l’utilisation d’armes de destruction massive, afin d’éviter des risques véritablement existentiels.»

    L’Otan, Alliance globale

    Le document, sous-titré « Pour renouveler le partenariat transatlantique », publié à quelques semaines du sommet de l’Alliance atlantique qui s’est tenu début avril à Bucarest, entend dessiner ce que devrait être demain une sécurité internationale cogérée par la triade Etats-Unis-Union européenne-OTAN. Mais une triade sous influence militaire.

    Considérant de façon très « bushiste » que notre monde n’a pas à s’interroger sur  les conséquences des stratégies occidentales, et singulièrement américaines, sur les violences, conflits et menaces actuelles, nos docteurs Folamour condamnent comme « incapables » ou « inadéquates » les institutions internationales comme l’ONU ou l’Union européenne. Pour en conclure que seule l’OTAN peut se targuer de « remarquables succès ». Et tout naturellement proposer un nouvel ordre mondial construit autour de l’Alliance atlantique et qui donnerait à celle-ci, à ses échelons militaires, une véritable autonomie décisionnelle en matière d’interventions tous azimuts. Cela, au détriment des Etats, et même de sa propre instance de décision politique, le Conseil qui réunit les ambassadeurs ou les ministres des Etats membres. Ce changement de nature de l’OTAN irait de pair avec la poursuite de son élargissement pour en faire une Alliance globale.

    En prime, le rapport souligne  « nous avons évité de faire autant de propositions pour l’UE que nous en avons fait pour l’OTAN. Et ceci pour deux raisons : premièrement, un nouveau traité, qui va remplacer la défunte "Constitution", a été négocié et se trouve actuellement sur le point d’être adopté en contrebande afin d’éviter les risques qu’il y aurait à le faire voter par les Européens. Deuxièmement, de nouvelles propositions sont sur la table comme celles du président français d’établir un groupe de sages et de créer une zone de coopération méditerranéenne. Les résultats de ces initiatives vont changer l’Europe. »  (voir ci-dessous : « Un nouveau siècle atlantique ? ») Cette formulation édifiante - y compris sur le traité et la façon de le faire adopter - montre toute la bienveillance accordée à bien des dirigeants européens concernant l’avenir de l’ OTAN et la mise en place d’un nouvel ordre sécuritaire international où l’armement atomique jouerait un rôle central.

    Alignement belge

    Certes, il s’agit là d’une «projection stratégique » qui n’engage d’abord que ses auteurs. Mais qui espère asseoir sa pertinence dans les débats qui agitent actuellement l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Le sommet de Bucarest devait constituer « une pierre angulaire dans la transformation de l’OTAN », avait déclaré le secrétaire général de l’Alliance, Jaap de Hoop Scheffer. À cet effet, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord doit avoir « de plus fortes capacités opérationnelles et de nouvelles relations politiques » afin de devenir « une pourvoyeuse bien plus efficace de sécurité dans un monde de plus en plus « globalisé » et dangereux ».

    On ne pourrait mieux définir le rôle de cette sorte de « brigade anticriminalité » planétaire que l’on veut désormais faire jouer à l’OTAN, une fonction qui serait justifiée par une prétendue nouvelle dangerosité du monde. D’ailleurs, souligne Jaap Scheffer, la participation au Sommet de vingt-quatre dirigeants chefs d’États membres et partenaires « démontre clairement et mieux que tout le changement de rôle de l’OTAN comme instrument politico-militaire flexible au service non seulement de ses membres mais aussi de celui de la plus large communauté internationale ». Il ne s’agirait donc plus d’une alliance défensive au service de ses membres, mais bien d’une nouvelle structure militaro-politique destinée à assurer la prééminence planétaire du « monde occidental ».

    À Londres, Nicolas Sarkozy n’a pas dit autre chose lorsqu’il a évoqué la « centralité de l’OTAN ».Le président français a aussitôt confirmé un renforcement de la participation française à la guerre en Afghanistan. Un geste qui va au-delà de la solidarité intra-occidentale. « En reprenant ‘toute sa place’ dans l'OTAN, comme dit M. Sarkozy, la France va-t-elle s'aligner sur Washington ou se mettre en situation de peser davantage sur les décisions de l'Organisation ? » s’est demandé benoîtement Le Monde. « C’est sans doute là la clé de ses projets bellicistes.

    Pour les Etats-Unis, l’Afghanistan est d’abord un immense champ de manœuvre grandeur nature pour mettre en ordre de bataille la ‘ boîte à outils ‘ qu’est l’Otan afin d’en faire leur bras armé à bon compte dans leur stratégie hégémonique mondiale. Ainsi, des chasseurs-bombardiers états-uniens peuvent désormais atterrir sur le porte-avions français et des Rafale ont été adaptés pour pouvoir porter et tirer des missiles air-sol américains… » a justement noté L’Humanité. « L’Afghanistan est stratégique pour le contrôle des sources d’hydrocarbures de la mer Caspienne et les pressions militaires sur quatre puissances nucléaires dont trois au moins deviendront - selon les penseurs de Washington - des concurrents directs des ‘intérêts des États-Unis’, la Russie, l’Inde, la Chine, et accessoirement le Pakistan. Plus immédiatement, la puissance de feu déployée en Afghanistan pourra éventuellement servir à une agression contre l’Iran (7). » Cela n’empêche pas la Belgique d’élargir son contingent militaire au Moyen-Orient, volant à son tour au secours des dirigeants américains, embourbés dans ce pays du Moyen-Orient où sévissent toujours les talibans. Le gouvernement Karzaï n’a jamais eu ni les moyens ni l’autorité pour réduire les intégristes, proches du Pakistan et de l’Arabie Saoudite, alliés historiques des États-Unis. On comprend que d’autres pays membres de l’OTAN, à l’instar de l’Allemagne, rechignent. Pas le nôtre qui, sans le moindre débat public, s’aligne sur la puissance américaine.

    Messianisme

    L’OTAN, pourtant,  vieillit mal, il s’agit bien « d’une crise de légitimité » selon François Géré, directeur de l’Institut français d’analyses stratégiques (IFAS) : « la mission de l’OTAN s’est diluée au cours de ces dernières années de manière telle que l’on ne sait plus très bien à quoi elle sert ». Fondée en pleine guerre froide et provoquant en réplique la création du traité de Varsovie, il eût été logique que cette alliance « défensive » disparût après la dissolution de l’URSS en 1991. Et pourtant cette même année, le sommet de Rome décidait que l’organisation survivrait, attirant dans son giron plusieurs pays du défunt traité de Varsovie et proposant des « partenariats pour la paix » à une vingtaine de pays en Europe, dans le Caucase et en Asie centrale. La Pologne, la République Tchèque et la Hongrie, furent les premiers pays de l’ancienne zone d’influence soviétique à être officiellement enrôlés en 1997.

    L’Alliance peut-elle chercher sa raison d’être en se transformant en organisation politico-militaire globale à vocation nucléaire ? Se couler dans la messianique «stratégie de sécurité nationale des États-Unis » qui se donne pour « but ultime de mettre fin à la tyrannie dans le monde », comme on peut le lire dans un document du même nom présenté naguère par George Bush ? Le prétexte des « périls globaux » est, là encore, utilisé pour légitimer la militarisation des relations internationales : « Les États-Unis se trouvent dans les premières années d’un long combat, semblable à ce que notre pays a eu à affronter dans les premières années de la guerre froide », car, affirme-t-il, « une nouvelle idéologie totalitaire menace aujourd’hui », la « perversion d’une fière religion ». Que n’invente-t-on pas pour illustrer le « destin naturel » des États-Unis de sauver le monde ?

    Le président américain  a illustré son premier mandat en pratiquant la guerre unilatérale «préventive». Il vient d’obtenir de ses amis européens que l’aire de l’Alliance atlantique soit étendue dans les Balkans occidentaux à la Croatie, l’Albanie. Et, demain, à la Macédoine, voire, en direction de la Russie, à l’Ukraine et à la Géorgie. Depuis la chute du Mur de Berlin, l’OTAN a ainsi absorbé les pays de l’ex-Pacte de Varsovie. Son extension l’a menée jusqu’aux frontières de la Russie, ulcérée par l’installation du bouclier antimissiles nucléaires américain en Pologne et en République tchèque.

     De Gucht et Leterme heureux

    Le ministre belge des Affaires étrangères – avec l’aval, apparemment, de tous ses partenaires gouvernementaux – est béat. De Gucht  voit dans l’expansionnisme de l’Otan une « couveuse » sur la voie de l’adhésion à l’Union européenne. On ne saurait plus officiellement assujettir la construction de l’Union aux visées impérialistes de la puissance américaine.

    Comme ils l’avaient déjà fait en juin 2007, les Européens – aux prises avec de lourdes questions existentielles quant à l’avenir du processus d’intégration continental - se sont encore pliés à l’argumentaire fallacieux des Etats-Unis – le danger nucléaire iranien – en entérinant l’implantation d’éléments de la défense antimissile en Pologne et en République tchèque. Les Alliés ont effectué à ce propos un virage spectaculaire : ils y voient désormais la « contribution essentielle » de cette défense « à la protection des Alliés ».

    En prime,  Yves Leterme,  a expliqué qu’ « Il faut expliquer à l'opinion publique belge et occidentale qu'une présence militaire en Afghanistan, cela apporte un plus pour la population afghane ». Méconnaissance incroyable de la situation ou déni de réalité ? Le Premier ministre ne s’intéresse pas davantage au risque que représente la stratégie américaine pour l’Europe. Or, celle-ci devrait « s’interroger sur le projet diplomatique caché derrière l’appel à un rôle renforcé de l’OTAN. Après l’Afghanistan et surtout l’Irak, quel pays non occidental percevra les capacités de projection de l’OTAN comme une force destinée à stabiliser une région en crise ? » interroge Le Monde diplomatique, «Où se trouve l’intérêt de l’Europe ? D’abord dans la construction d’une sécurité internationale multilatérale qui tienne compte des intérêts légitimes de chacun et non du droit des ‘puissances occidentales’ à gérer la sécurité de la planète… Il (devrait s’ensuivre) une modification sensible de son rapport à l’OTAN (8).» Un chemin que l’organisation atlantiste n’envisage de prendre qu’à reculons.

    1. « Vers un monde sans armes nucléaires ? » Le Monde du 22 janvier 2008.
    2. Ibidem
    3. « La crise du régime de non-prolifération ». Par Céline Francis, chargée de recherche au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP-Bruxelles). Juillet 2005.
    4. Ibidem
    5. Commentaire du Monde diplomatique sur le livre « The one percent doctrine » de l’Américain Ron Suskind. Janvier 2007.
    6. Il s’agit de John Shalikashvili, ex-chef d’état-major américain sous Bill Clinton et ex-commandant en chef de l’OTAN en Europe, du maréchal britannique Peter Inge, du général allemand Klaus Naumann, ancien président du comité militaire de l’OTAN, du général néerlandais Henk Van der Breemen et de l’amiral français Jacques Lanxade, ex-chef d’état-major de François Mitterand.
    7. « L’Elysée prêt à s’enfoncer dans le bourbier afghan » L’Humanité. Le 1er avril 2008.
    8. « Les Etats-Unis sont-ils une menace pour l’Europe ». Le Monde diplomatique. Avril 2008.


    Intégration atlantiste et traité de Lisbonne

    otan-gendarme-planétaire

    Emanciper l’Union européenne de la tutelle de l’OTAN. Ce n’est pas ce que disent les traités européens existants, que le traité de Lisbonne vient compléter. Le traité sur l’Union européenne (1992) indique que « la politique de l’Union (…) n’affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains États membres, elle respecte les obligations découlant du traité de l’Atlantique nord pour certains États membres qui considèrent que leur défense commune est réalisée dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) ». Le traité de Lisbonne vient élargir l’éventail des missions de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) de l’UE, pour les rendre encore davantage compatibles avec les missions de l’OTAN. Ainsi selon l’article 27 du traité de Lisbonne, « l’Union peut avoir recours (à une capacité opérationnelle s’appuyant sur des moyens civils et militaires) dans les missions en dehors de l’Union afin d’assurer le maintien de la paix, la prévention des conflits et le renforcement de la sécurité internationale ».

    Un nouveau siècle atlantique ?
     
    Un manifeste signé par cinq hauts gradés américain et européens explique que l’Alliance doit montrer « au monde que l’OTAN est une force du Bien », histoire de détenir « la maîtrise de l’information dans les relations publiques » et de faire en sorte de « gagner les cœurs et les esprits aussi bien de ses propres nations que des gens du théâtre d’opérations »…

    En janvier 2002, le président Bush, dans un discours sur « l’axe du mal » utilisait le terrorisme pour justifier les actions unilatérales des Etats-Unis à venir. Le secrétaire à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld évoquait  la nécessité de se préparer à se battre sur plusieurs fronts majeurs à la fois. Et donc d’une augmentation des capacités et des dépenses militaires US. Devant ces choix, les contraintes du droit international étaient à ranger au rayon des souvenirs. Un éminent faucon de Washington déclarait : « Les Etats-Unis ont un droit fondamental à se défendre comme ils l’entendent. Si un traité nous empêche d’exercer ce droit, il faut passer outre. »

    L’administration américaine a dû se rendre à l’évidence : les choses, sur le terrain – en Irak ou en Afghanistan, par exemple – ne sont pas aussi simples que cela. Il faut donc bien compter sur des alliés parfois peu convaincus des arguments du parrain d’outre-Atlantique. C’est sans doute l’objectif du manifeste intitulé « Vers une grande stratégie pour un monde incertain ». Un document rendu public le 10 janvier dernier, à Washington et rédigé sous l’égide de l’Institut international d’études stratégiques de Londres (IISS) et de la fondation néerlandaise Noaber, proche de l’intégrisme chrétien. Il entend nourrir la réflexion en vue de la transformation de l’OTAN en bras politique et militaire de l’hégémonisme états-unien sur la planète.

    Le texte a été lancé par cinq anciens chefs d’état-major européens et états-unien, qui affirment sans rire  que leur « point d’ancrage est la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations unies ». Or, il affirme que « l’utilisation en premier d’armes nucléaires doit demeurer dans les carquois de l’escalade comme instrument destiné à empêcher l’utilisation d’armes de destruction massive. » Un appel à violer la charte des Nations unies au profit de la guerre nucléaire préventive. L’appel, considérant les «menaces » qui pèsent sur les « démocraties occidentales », pose que ces dernières ont, seules, la capacité d’instaurer un monde fondé sur les « valeurs de démocratie et de liberté ». Partant de là, les États-Unis doivent pouvoir compter sur le « couple transatlantique », dans l’optique de la constitution d’un « directoire » à trois pôles qui partagent « des buts, des valeurs et des intérêts communs » : les Etats-Unis, une OTAN « rénovée » et l’Union européenne élargie. Cela, pour mettre en place une « alliance de démocraties allant de la Finlande à l’Alaska ».

    Du terrorisme au sida

    Première menace : la démographie  car, d’ici à 2050, la population mondiale « dépassera les 9 milliards » et celle de l’Europe, qui compte aujourd’hui pour 11 % de la totalité, ne sera plus que de 7 %… Le rapport cite ensuite le « changement climatique », la « sécurité énergétique », la « montée de l’irrationnel » et « l’affaiblissement de l’État-nation ». Et enfin, en un drôle d’amalgame, « la face obscure de la mondialisation ». Soit « le terrorisme international, le crime organisé et la prolifération d’armes de destruction massive, mais aussi les menaces asymétriques d’acteurs par procuration ou l’abus des pressions financières et énergétiques. Les migrations continuent à lancer des défis au monde, ainsi que des maladies dramatiques comme le sida ».

    Cette situation appellerait de se préparer à intervenir « dans nombre de scènes (et) de domaines traditionnellement séparés ». Elle exigerait « une volonté de frapper dur avec la force militaire quand ce sera nécessaire ». L’« asymétrie (des forces) sera utilisée par toutes les parties en conflit, ce qui signifie que, nous aussi, nous devons être bien mieux préparés à l’inattendu et faire en sorte que la partie opposée ne sache jamais comment, où et quand nous agirons. (…) L’escalade nucléaire est le pas ultime d’une réponse asymétrique et, dans le même temps, c’est le moyen le plus puissant d’induire l’incertitude dans l’esprit d’un opposant ».

    C’est bien là un décalque de la doctrine militaire en vogue à Washington. Une doctrine largement défendue par l’ancien premier ministre britannique Tony Blair, et adoptée également par Sarkozy. Déjà, en janvier 2006, Jacques Chirac avait affirmé être prêt à lancer - notamment en cas de contestation de nos « sources d’approvisionnement » ou de « menace terroriste » de la part d’un État - une attaque nucléaire préventive, même contre un pays non nucléaire. 
     
     
    Accroître les dépenses militaires

    « Les opérations en cours en Irak et en Afghanistan ont montré que les structures actuelles des forces de la plupart des États occidentaux ne sont pas pleinement capables de répondre aux défis militaires présents. Tandis que les membres de l’OTAN investissent dans de nouvelles capacités, nombre de ces dernières ne sont prévues que pour l’ère géographique de défense de l’OTAN. (…) Les membres de l’OTAN n’ont pas la volonté d’investir dans des capacités exigées aujourd’hui et leurs budgets de la défense ne reflètent pas les priorités. »

    Le moment est venu, affirment les ex-chefs d’état-major, de réformer l’OTAN - « unique organisation à la fois politique et militaire » - pour développer et exploiter à plein ses capacités d’intervention partout dans le monde. Il s’agirait de donner une autorité supranationale à l’OTAN. Ainsi, « l’OTAN devrait abandonner le principe du consensus à tous les niveaux, à l’exception de celui du conseil ». Ensuite, « uniquement les États qui contribuent à une mission - c’est-à-dire par des forces armées dans une opération militaire - devraient avoir le droit de décider du processus de l’opération ».

    Tant qu’à faire, les cinq demandent à l’Union européenne de mettre fin à son « obstruction à la coopération UE-OTAN » et de tout faire pour devenir « le véritable et indispensable partenaire des États-Unis » afin d’agir dans « l’intérêt commun transatlantique ».

    Un fardeau pour l’Europe

    À Munich, le 9 janvier dernier, paraphrasant Nicolas Sarkozy, le ministre français de la Défense, Hervé Morin,  affirmait: « l’Europe doit faire plus pour partager le fardeau de sa défense (…) Et on voit bien que l’Union européenne, ce n’est pas moins d’Alliance mais plus de forces - de ce réservoir de forces qui sont au service de l’Alliance et de l’Union européenne ». La Belgique, comme la France et la plupart des capitales de l’Union, insiste sur le rôle de l’OTAN « en tant que forum essentiel de consultation entre l'Europe et l'Amérique du Nord sur les questions de sécurité ». Pour le ministre des Affaires étrangères, Karel De Gucht, « un pilier européen renforcé de sécurité et de défense sera bénéfique, à la fois, pour l’Union européenne et l’OTAN ». Il  plaide pour l’extension des missions de l’OTAN, « en principe (sic) sous mandat de l’ONU » et des synergies plus poussées entre les deux institutions. Le 2 février à Rome, il a fait siennes les analyses des cinq militaires retraités (1).

    Ces « mises à jour » reflètent pourtant insidieusement les directives tracées par le « Projet pour un nouveau siècle américain » (PNAC), élaboré en 1997 par les idéologues néoconservateurs arrivés ensuite au pouvoir avec W. Bush. Une doctrine devant conduire à l’hégémonie planétaire des États-Unis dont l’appel des généraux est en quelque sorte une mise à jour : face aux échecs des guerres états-uniennes, il y a urgence de faire de l’OTAN un supplétif pour tenter de contrer l’émergence en cours d’un monde multipolaire.

    1)Allocution du Ministre De Gucht au NATO Defence College à Rome: NATO and international security in the 21st century, le 2 février 2008.


    Tibet : se battre pour la démocratie, pas pour le Dalaï Lama 
    Blog de Pierre Eyben

    dalaï-lama

    Depuis quelques jours, je suis bombardé de messages me demandant d’aider "le Dalaï Lama à protéger son peuple". Outre le fait que je pense "qu’il n’est pas de sauveur suprême : ni Dieu, ni César, ni tribun" et que ce lien entre un peuple et une autorité religieuse m’insupporte, outre le fait que l’on assiste à nouveau à une de ces "crises de solidarité" ciblées et médiatiquement modulées dont nous avons le secret, j’avoue que les événements actuels me laissent un peu perplexe.

    Je suis un opposant farouche à la dictature capitaliste chinoise [1] mais en ce qui concerne le cas du Tibet, je voudrais citer deux éléments interpellants que les médias ne relèvent quasi jamais : Le Dalaï Lama a été jusqu’à son exil forcé le dirigeant d’une société théocratique [2] dans laquelle plus de 90% de la population vivait dans une situation de servage féodal. Avant 1959 (on ne parle pas du Moyen-âge ici), les terres et les habitants du Tibet étaient la propriété des institutions des gouvernements, monastères et nobles tibétains locaux, c’est-à-dire les trois principales catégories de propriétaires qui soutenaient le servage féodal. Au delà de la sympathie occidentale pour le bouddhisme, il convient donc d’un minimum questionner la réalité politique des "autorités" tibétaines liées au Dalaï Lama. Encore aujourd’hui, le gouvernement tibétain en exil a des prises de position que je trouve complètement inacceptables comme la condamnation des mariages mixtes entre les Tibétains et « les autres ». Comment qualifie-t-on une telle position chez nous ?

    J’ai trouvé dans les journaux The Guardian et The Economist des articles nuancés sur les violences actuelles. J’y ai trouvé des informations qui m’interpellent. Je vous invite à lire http://www.guardian.co.uk/world/fee... ou encore http://www.economist.com/daily/news.... On y apprend par exemple que les violences en cours ont été initiées par des jeunes Tibétains (entre autre des moines) et qu’elles présentent un caractère xénophobe prononcé. Il y a de la violence (allant jusqu’à des lynchages publics conduisant à la mort) contre des civils chinois. C’est inacceptable mais peut-être explicable pour un peuple réprimé. Mais il y a aussi des témoignages faisant état du lynchage de personnes de la petite communauté musulmane Hui qui se trouve au Tibet.

    Si je souhaite condamner l’attitude chinoise (négation d’une forme de culture et d’identité propre, politique de sinisation,...), ce n’est ni pour proposer le rétablissement d’une société théocratique ni pour être le soutien objectif d’épuration ethnique.

    Je ne suis pas non plus pour défendre un impérialisme aux dépends d’un autre. A cet égard, les relations obscures entre le Dalaï Lama, la CIA et les faucons américains m’interpellent également. Recevant la Médaille d’or du Congrès américain en octobre dernier, celui-ci déclarait que les Etats-Unis étaient les « champions de la démocratie et de la liberté ». A Guantanamo, au Chili ou à Abou Ghraïb, on appréciera. Utiliser des peuples pour servir froidement leurs intérêts économiques, nos amis de l’administration américaine connaissent cela.

    Pourquoi ces aspects ne sont-ils pas évoqués par les défenseurs de la cause tibétaine ? Pourquoi se sentent-ils obliger d’associer le Dalaï Lama à leur combat ?

    Notes
    [1] Désolé de ne pas donner dans la nuance mais j’assume les termes employés
    [2] Dont, soit dit en passant, aucun état n’avait jugé utile de reconnaître l’indépendance


    Commission Attali : Le nouveau cheval de Troie néolibéral de Sarkozy

    Attali

     Pour celles et ceux qui veulent regarder les faits avec un minimum de lucidité, la pseudo « politique d’ouverture » de Nicolas Ray Ban Sarkozy est limpide comme de l’eau de roche bénite. Histoire de définitivement dynamiter la social-démocratie qui, à force de renoncer, a perdu toute substance idéologique, le bushophile président français a résolument décidé de s’appuyer sur les plus fastueux aristocrates de la social-démocratie française. Ceux-ci, trop heureux de ne pas retomber dans l’anonymat qu’ils n’auraient jamais dû quitter, se réjouissent de lui embrasser les pieds.

    Les expériences allemande et anglaise ont démontré de façon éclatante que la meilleure façon de faire avancer la mondialisation capitaliste est de voir les mesures les plus néolibérales promulguées par des membres de cette nouvelle droite qui siège à l’Internationale socialiste. Cette explosion des repères politiques déboussole passablement les syndicats et désamorce la lutte sociale. Le Grand Vizir de l’Elysée (même s’il est plus karcher que machine à laver) l’a bien compris.

     En Belgique, la participation des socialistes aux gouvernements fédéraux (qu’ils soient orange-bleu, violet ou arc-en-ciel) répond à la même logique. Revenu de désintégration sociale, pacte anti-génération, privatisation de la Poste,… Les couleuvres furent (et seront) nombreuses pour les travailleurs.

    Mais revenons à notre dernier mouton, prêt à se faire tondre pour un peu de lumière et un passage sur TF1. Jacques Attali, car c’est lui le dernier vendu néo-sarkophile en date (mais à quoi ne s’était-il déjà vendu ?), vient de faire rapport au Grand Tout. Alors que depuis plus de trente ans, croissance du PIB (unité de mesure strictement économique et non liée au bien-être) et croissance du développement humain sont complètement découplés, le thème de la mission qui lui avait été confiée par l’Illuminé Président, libérer la croissance, avait déjà tout pour éveiller les craintes. Le résultat est à la hauteur de notre désespérance.

    Bien évidemment, Jacques Attali s’est empressé de qualifier le rapport remis à son Président Directeur Général de "non partisan". En ces jours où la pensée unique s’engouffre dans la moindre parcelle qui ne soit encore contaminée, cette expression désigne, il faut le savoir, toute contribution d’inspiration clairement néolibérale.

    A la lecture de ce rapport (Voir http://www.liberationdelacroissance.fr), Nicolas Bruni ne sera pas déçu. Les maux comme les recettes sont d’une délicieuse orthodoxie.

    En trois points tout, ou presque, est dit :

    Le premier mal, celui par lequel tout progrès semble irrémédiablement bloqué, c’est l’armée de glandeurs que constitue assurément le peuple Français. On peut ainsi lire dans le rapport Attali : « La France est en effet avec la Belgique le pays où le nombre d’heures travaillées par habitant est le plus faible de l’OCDE. » Il fut un temps où la diminution du temps de travail était un signe de progrès, le signe que l’évolution technique et technologique permettait d’augmenter la productivité et donc de réduire la part du labeur humain. Ce temps est révolu. Aujourd’hui que certains ont décidé de nous ramener au XIXème siècle, la diminution du temps de travail est devenue une anomalie qu’il convient de corriger au nom de la croissance. Le rapport Attali propose de « permettre à chacun de travailler tôt et aussi longtemps qu’il le souhaite ». Un vrai libéral n’impose pas, il permet. Ainsi, il permettra aussi à votre patron de vous rappeler qu’il y a 30 types dehors qui se permettraient bien de prendre votre boulot si vous vous permettez de ne pas « travailler plus pour gagner moins »

    Le deuxième mal, personne ne sera étonné, ce sont les dépenses publiques, lesquelles sont forcément inacceptablement hautes en comparaison de pays merveilleux où, c’est sans doute un détail pour la gauche moderne, l’on tire à la loterie le droit à un minimum de soins. Attali et ses comparses proposent de diminuer d’un point par an la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut (PIB).

    Le dernier volet qui fera plaisir aux patrons gauchistes de l’OMC et du FMI que sont les socialistes français Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn, c’est évidemment la concurrence. On peut lire parmi les rapports mis en ligne sur le site de la commission : « Pour faire face à la concurrence et tirer parti des opportunités qu’offre leur nouvel environnement, il faut donc que les entreprises, comme les autres institutions de notre pays, notamment les administrations, mettent en place de nouveaux modes d’organisation tenant compte de ces facteurs. La France doit accompagner ses entreprises, et dans ce but, développer une réelle stratégie d’augmentation de son potentiel productif, qui seule permettra de financer les choix de société compatibles avec son histoire et sa philosophie de justice sociale. ». On trouve encore cette phrase a priori plus qu’énigmatique : « Il faut sans doute mettre un terme définitif à des politiques publiques qui nuisent à l’emploi et à une meilleure participation au marché du travail. ». Mais on comprend vite où la commission Attali veut en venir : « Il ne peut plus y avoir « deux France » : l’une protégée, l’autre exposée aux vents de la concurrence mondiale. Le poids de l’une entraînerait le déclin de l’autre. Il faut retenir une approche globale de la compétitivité. En particulier, la sphère politique doit prendre conscience que la compétitivité est une victoire de l’ensemble des forces d’un pays, pas seulement des entreprises : la compétitivité des services non marchands est, elle aussi, essentielle. ». En termes clairs, cela veut dire impulser une logique capitaliste dans la sphère publique pour la faire imploser. Et les commissaires attaliens vont encore plus loin puisqu’ils proposent « d’ouvrir les professions réglementées à la concurrence ».

    On peut par ailleurs ajouter à ce triptyque magique des propositions pas moins « gauche décomplexée » en matière d’immigration (« faciliter l’immigration pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs »), ou d’enseignement (« remédier à la très faible participation de l’enseignement supérieur à la recherche privée », « permettre aux parents de choisir le lieu de scolarisation de leurs enfants » c-à-d. mettre fin au principe à vocation égalitaire de la carte scolaire,…) ou de « protection » des travailleurs (« Une protection de l’emploi trop stricte contribue à exclure du marché du travail les jeunes et les moins qualifiés »,) Histoire d’un peu faire passer la pilule bleue (qui n’a rien de bandante si vous me permettez cette expression un peu phallocrate), le gang Attali ajoute une pellicule sociale à la Blair (formation des plus faiblement qualifiés, accroissement de l’offre en logement social ou encore développement de l’accès à la propriété des plus modestes). Soucieux de faire plaisir aux amoureux de l’écologie de salon, elle ajoute aussi une petite touche turquoise parfois carrément cocasse comme cette idée « d’imposer l’achat par les administrations publiques de véhicules hybrides ».

    Une conférence ministérielle dirigée par le président de la Inc. France Company débattra de ce document, en extrayant nous pouvons en être convaincus, la substantifique moelle.

    Courage amis Français ! Sonnons l’Attali ! Si 2007 fut l’année des Sarkophiles, 2008 sera celle des Sarkophages…

    Pierre Eyben


    Défense antimissiles : « Avec les compliments des Européens »
    Maurice Magis

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    La rencontre entre George Bush et Vladimir Poutine à la suite du sommet de l’OTAN à Bucarest n’y a rien fait. Le conflit sur le bouclier antimissile reste entier. Le président américain n’attendait d’ailleurs pas grand-chose de ce « sommet ». A la veille de son arrivée dans la capitale roumaine, il reconnaissait d’ailleurs qu’il se contenterait de répéter  à M. Poutine que ce bouclier ne vise pas la Russie mais seulement à contrer la menace balistique de pays "voyous" du Moyen-Orient. Histoire de confirmer que le déploiement prévu sur le sol européen n’est pas négociable. Dans ces conditions, dire que la « confiance » ne règne pas tient du doux euphémisme. Les Etats-Unis veulent installer des intercepteurs en Pologne et un radar d’alerte en Tchéquie, au prétexte, disent-ils, que Téhéran, cherchant à se doter de l’arme nucléaire, menacerait l’Occident. Or, des bases américaines encerclent l’Iran, en Irak, dans le Golfe, en Afghanistan, dans d’anciennes républiques soviétiques et en Turquie, fidèle alliée au sein de l’OTAN.  Et la Maison Blanche milite ardemment pour l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Pour tester Washington, les dirigeants russes avaient d’ailleurs proposé en 2007 – et en vain – de mettre à disposition la base russe de Gabala, située en Azerbaïdjan, à quelques encablures de l’Iran.

    Les populations tchèques et polonaises elles-mêmes, directement concernées, ne sont pas convaincues par le discours de Washington, elles qui s’opposent majoritairement au projet américain ? Peu importe. 
     
    « Théologie politique »

    C’est en décembre 2002 que le programme dénommé National Missile Defense a été lancé. Ou plutôt remis au goût du jour. Car « l’obsession antimissile » des dirigeants américains (1)  est une vieille histoire tournée dès le départ contre Moscou. En 1957, déjà, il était prévu de mettre en place des intercepteurs à charge nucléaire destinés à contrer des missiles ennemis. Kennedy a embrayé dans les années 1960. Le traité antimissile balistique (ABM) de 1972 mettra un frein aux efforts américains – et à ceux des Soviétiques dans le même domaine. On sait que Ronald Reagan relancera la compétition en 1983 avec son Initiative de défense stratégique (L’IDS, requalifiée « guerre des étoiles »).

    A peine arrivé au pouvoir en 2001, George Bush  a donné un nouveau coup d’accélérateur à la défense antimissile. Il a dénoncé unilatéralement le traité ABM un an plus tard. Pour le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, il s’agissait là d’une « question de morale ». Cela fait dire à des parlementaires français que le projet américain reposait moins sur une « analyse stratégique » que sur une « théologie politique ». Un constat éclairant mais qui ne rassurera personne.

    En janvier 2007, les Etats-Unis ont officiellement demandé de pouvoir installer 10 missiles  intercepteurs en Pologne et un radar de détection en Tchéquie afin de compléter un dispositif global qui sera déployé notamment en Alaska, en Californie, au Groenland et en Grande-Bretagne.

    Un bouclier techniquement incertain et financièrement très coûteux pour contrer les « Etats voyous » comme l’Iran ? Des pays dont les dirigeants seraient à ce point abrutis qu’ils envisageraient de lancer une attaque contre les Etats-Unis ou ses alliés occidentaux, quitte à se voir rayer de la carte ? C’est l’idée que les faucons de Washington tentent de faire partager par les capitales européennes au nom du « choc des civilisations » et de la lutte contre « le terrorisme international ».

    Faits accomplis

    En février, un ancien satellite espion américain était pulvérisé par un missile antimissile tiré d’un navire de l’US Navy. Officiellement, il s’agissait de détruire un engin qui risquait de retomber sur terre. La Russie – et la Chine – n’ont pas manqué d’y voir un test destiné à démontrer spectaculairement la capacité des Etats-Unis à mener une « guerre des étoiles ». Quelques jours plus tôt, Vladimir Poutine avait prononcé un discours bilan regrettant une nouvelle course aux armements lancée par Washington. Le président russe pointait les deux éléments d’une stratégie délibérément tournée vers son pays : « L’OTAN se rapproche de nos frontières. Nous avons retiré nos bases à Cuba et au Vietnam. En retour, nous avons de nouvelles bases américaines en Roumanie et en Bulgarie. Et une nouvelle région de défense antimissile ».

    Les Russes ont, effectivement, quelques raisons de manifester leur « préoccupation » devant des faits accomplis qui confirment la volonté étatsunienne de conserver la primauté stratégique sur tout rival potentiel. « Les négociations portant sur les équipements prévus pour la République tchèque et la Pologne, se déroulent en parallèle à d’intenses tractations en vue d’un nouvel élargissement de l’OTAN (…) Des commentateurs russes crient à l’encerclement. (…) D’autre part, sur la scène politique des pays concernés par le volet européen du BMDS (acronyme anglais pour « bouclier antimissile américain. Ndlr), la rationalité évoquée n’est évidemment pas celle d’une menace iranienne. Le parti au pouvoir à Prague déclare ouvertement que des installations américaines sur son territoire sont nécessaires en guise de protection contre la Russie », notait une récente étude du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (2)

    La messe est dite

    Grosso modo, Moscou – et Pékin - récusent une aggravation de la disparité stratégique entre la Russie et les Etats-Unis. La Russie réfute aussi une vision des relations internationales hyper militarisée au détriment du multilatéralisme. Elle dénonce enfin une politique qui, au nom du danger, à son sens systématiquement survalorisé, que représentent les Etats voyous, serait tournée contre elle. « Pour le Kremlin, si le danger n’est ni immédiat, ni crédible, alors l’offensive antimissile américaine sur le Vieux Continent se réduit à une volonté de ‘containment’ (endiguement) aux frontières d’une Russie renaissante » note un expert qui rappelle aussi « les nouveaux liens de dépendance » qui, par le biais d’accord militaires bilatéraux, lient les pays baltes d’Europe centrale et orientale à Washington. « Pour le Kremlin, la messe est dite. Le choix polonais est un choix d’influence, une manœuvre diplomatique d’encerclement de la Russie (3). » Et un ton martial semble de mise. Le passage en force par plusieurs pays occidentaux dans le règlement du conflit kosovar, allant de pair avec l’élargissement de l’OTAN dans les Balkans, a provoqué une réaction digne de la guerre froide. Le représentant de la Russie à l’ONU a évoqué explicitement l’hypothèse d’un recours à la force militaire  « pour qu’on nous respecte », « si l’UE adopte (sur la question) une position unie ou l’OTAN dépasse son mandat  (et) défient l’ONU». Moscou  a annoncé son intention de pointer des missiles vers l’Europe de l’Est si le système américain s’y installe : « Nous serons obligés de rediriger nos missiles contre les installations qui, nous le croyons bien, menacent notre sécurité nationale. » En décembre 2007, la Russie a suspendu sa participation au traité sur les forces conventionnelles en Europe. Quant à la Chine, elle a déjà démontré sa capacité, elle-aussi, à jouer dans la course à la militarisation de l’espace en détruisant voici quelques mois un des ses satellites en vol. Avec la Russie, elle entreprend de répondre à l’élargissement de l’OTAN en renforçant l’Organisation de coopération de Shanghai (4) qui, outre des manœuvres militaires communes, vise la fermeture des bases américaines dans la région.

    On sait les Russes grands amateurs d’échec. Mais c’est précisément ce qui les amène à penser stratégiquement à moyen et long terme. Notamment en accélérant la mise à jour de ses système d’armements afin « d’infiltrer tout système antimissile ». Ils disposent aussi, avec leurs hydrocarbures, d’une « arme fatale », tant sur le plan géostratégique (en pesant sur le parcours des pipelines et des gazoducs) qu’économique, en négociant des prix à la carte. Ils savent, enfin, jouer de la carotte et du bâton. En février, à Genève, la Russie et la Chine ont déposé ensemble un projet de traité sur « le non-déploiement des armes dans l’espace et le non-emploi de la force contre les objets cosmiques » Une initiative qui souligne l’accroissement de la coopération stratégique russo-chinoise. La Maison Blanche a aussitôt rejeté cette proposition.

    Au total, une nouvelle course aux armements dans l’espace et sur terre est ainsi lancée. L’Union européenne n’ignore rien des dangers de cette dangereuse dérive. Son silence, la complicité de ses membres au sein de l’OTAN, n’en sont que plus inconséquents.

    1. Lire à ce propos : « L’obsession antimissile des Etats-Unis ». Le Monde diplomatique, juillet 2007. Accessible sur le site Internet du journal.
    2. « Star Wars  en Europe. La défense de tous les dangers », Par Aris Roubos, journaliste et chercheur associé au GRIP (Bruxelles).
    3. « Subtile partie d’échecs entre Moscou et Washington ». Le Monde diplomatique. Avril 2008.
    4. En sont membres, la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. L’Inde, la Mongolie, l’Iran et le Pakistan y ont un statut d’observateurs.

  • Nouvelles 122 ( 1 ère partie)

    Dorénavant, nous mettrons un texte en ligne au maximum tous les deux jours.


    Lettre ouverte aux parlements fédéraux, régionaux et communautaires

    Objet
    : Projet de loi portant assentiment au Traité de Lisbonne modifiant le Traité sur l’Union européenne et le Traité instituant la Communauté européenne, et à l’Acte final, faits à Lisbonne le 13 décembre 2007

    lisbonne

    Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

    Vous allez devoir vous prononcer sur le nouveau projet de Traité de l’Union Européenne. Ce Traité aura valeur de Constitution Européenne. Il s’agit par conséquent d’un nouveau pas d’envergure dans la construction européenne. Ce Traité jouera un rôle décisif non seulement dans le fonctionnement de notre pays mais également dans la vie quotidienne des citoyens et des familles. Il sera déterminant pour les conditions de vie et de travail de chacun. Une nouvelle fois des compétences vont être transférées du niveau national au niveau européen.

    Par la présente lettre ouverte nous voulons attirer l’attention sur le fait que l’on ne peut traiter l’évènement à la légère. Une Constitution n’est pas un document de plus que l’on peut facilement jeter à la poubelle. Par ailleurs, dans notre démocratie, le citoyen pouvait s’attendre à ce que le gouvernement ait assuré une large diffusion de ce texte fondamental et que les autorités politiques aient organisé des débats politiques à grande échelle. Or, non seulement il n’a jamais été question d’une consultation populaire mais, de plus, le débat politique est en dessous de tout. Le débat parlementaire lui même risque d’être au niveau zéro à en croire la discussion hâtive et sans esprit critique qui a eu lieu au Sénat, la chambre de réflexion de notre pouvoir législatif.

    En tant que partisans d’une Europe démocratique, sociale et solidaire, nous avons des réticences gravissimes par rapport au texte qui vous est soumis. Ce projet est une occasion ratée si tant est que l’objectif viserait à organiser une Europe soutenue massivement par ses citoyens.

    Nous tenons à vous présenter quelques considérations qui, dans le contexte d’une lettre ouverte, devront nécessairement être générales.

    Nous restons sur notre faim par rapport au fonctionnement démocratique des institutions européennes. Cinquante ans après la constitution de la CEE et dans le cadre de l’actuelle Union Européenne, le rôle démocratique du Parlement européen reste en-dessous de tout. Le pouvoir réel continue à être assumé par la Commission et le Conseil, qui ne reçoivent que des résolutions et positions insuffisamment contraignantes d’un Parlement qui n’assume essentiellement qu’une tâche de contrôle très relatif et non pas une tâche de décideur politique.

    De même, nous n’acceptons pas le principe qui est à la base de la politique sociale menée par l’Union Européenne actuelle et qui est confirmé par le projet de Traité sur lequel vous devrez vous prononcer. La protection sociale est entièrement soumise à la conformité au Traité et aux lois économiques du profit.

    La responsabilité sociale des entreprises est reléguée à l’arrière–plan et la flexibilité des travailleurs est hissée au premier plan des préoccupations.

    Au nom du marché libre et des règles de la concurrence, le travail est entièrement soumis aux intérêts du capital. La question de la démocratie économique est à peine effleurée.

    Enfin, encore une réflexion concernant la position de soumission internationale caractéristique de l’Europe actuelle. Le projet de Traité ne défend pas une Europe autonome et  adulte qui, sur la scène internationale, serait à même de mener sa propre politique. Le projet confirme la dépendance à l’Otan dont on sait qu’elle n’a pas vocation à développer des relations mondiales de coopération solidaires et respectueuses de l’indépendance de toutes les nations. L’Union Européenne doit développer des relations internationales basées sur le respect mutuel des nations et des cultures, une collaboration solidaire et la réalisation de progrès sociaux décisifs avec la volonté de la protection de l’environnement. Les organisations internationales telles que les Nations Unies et l’Organisation Internationale du travail ont cette vocation. L’Union Européenne doit s’inscrire dans cette perspective plutôt que dans une voie impérialiste.

    Vous comprendrez, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, qu’un pareil projet constitutionnel européen, qui, de plus, ne réserve qu’un rôle subordonné aux Droits de l’Homme, ne peut recevoir notre consentement, alors que notre soutien à une Europe démocratique, sociale et progressiste, protection de l’environnement incluse, est hors de doute.

    Nous attendons de votre part un débat parlementaire sérieux et fondé, qui ne craigne pas l’esprit critique et qui mette en évidence la nécessité d’une autre Europe, d’une Europe qui veillerait au large soutien de sa population.

    Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les Parlementaires, l’expression de nos sentiments très distinguées.

    Georges DEBUNNE, Ancien Président FGTB/ ABVV et CES, Pierre GALAND,  Président Forum Nord-Sud, Ernest GLINNE, Ancien Ministre et député européen honoraire, François HOUTARD, Prêtre, sociologue et co-fondateur du Forum Social Mondial, Lode Van OUTRIVE, Député européen honoraire, Jef SLEECKX, Député fédéral honoraire, Maxime STROOBANT, Professeur émérite du droit du travail VUB et Mateo ALALUF, Sociologue ULB, Anne DUFRESNE, Chercheuse GRAID ULB, Henri EISENDRATH, Prof VUB, Corinne GOBIN Maître de recherche FNRS, Sophie HEINE Chercheuse ULB, Paul LOOTENS, Secrétaire fédéral Centrale Générale FGTB, Jaak PERQUY, filosoof, Michel VANHOORNE, prof en Ugent, Hendrik VERMEERSCH, 15 december Beweging/ Mouvement, Jacques VILROKX, Prof VUB

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    Dumping légalisé contre droits du travail


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    A la mi-janvier, la droite et les libéraux ont refusé que les parlementaires européens débattent, à l’initiative du groupe de la Gauche unie européenne, des décisions de la Cour de justice européenne qui favorisent le dumping social. En décembre, au nom du principe de la « liberté d’établissement »,  la Cour a jugé légal qu’une entreprise lettonne ne respecte pas les conventions collectives du bâtiment suédois et qu’un navire d’une compagnie finlandaise soit ré-immatriculé en Estonie.

    Ainsi, le fait qu’une entreprise emploie un maçon letton sur un chantier suédois pour 425 euros par mois alors que les accords collectifs locaux prévoient pour ce type de travail un minimum de 1450 euros mensuels est conforme aux traités européens. Le tribunal européen a donné raison à la firme lettone qui avait porté plainte contre le syndicat suédois des travailleurs de la construction (Byggnads) pour avoir bloqué le chantier afin d’empêcher ces pratiques. L’affaire avait pris très vite dans toute l’Europe une dimension emblématique et suscité un vaste mouvement de sympathie dans tout l’univers syndical européen.

    La Cour de justice européenne a estimé que la grève et le blocage ont rendu « moins attrayant, voire plus difficile, l’exécution de travaux de construction sur le territoire suédois et constituent une restriction à la libre prestation des services ». Et précisé qu’obliger le groupe letton à se soumettre aux règles sociales suédoises constitue « une discrimination ».

    Quelques jours plus tôt, la Cour européenne avait rendu un verdict identique en donnant raison à une société de ferries finlandaise, Viking Line, qui avait immatriculé en Estonie le bateau faisant la liaison Helsinki-Tallinn. Ce simple changement de pavillon lui permettait d’employer des personnels estoniens deux à trois fois moins bien payés que leurs collègues finlandais. Là aussi les syndicats avaient eu recours à des grèves pour empêcher la manœuvre. Et là aussi, suite à la plainte des patrons de la société de ferries, la Cour européenne a tranché en faveur du dumping social, en arguant que les actions syndicales constituaient des « restrictions à la liberté d’établissement ».

    Ces deux arrêts montrent le risque de voir lever un à un les garde-fous érigés par les législations nationales, sous couvert de primauté du droit et de la chose jugée au plan communautaire.


    Le grand retour de la « question salariale »

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    Alors que les profits explosent, les ménages sont à la peine. Vie chère, pouvoir d’achat en déroute… Stop ou encore ?  L’évidente inégalité dans la répartition des richesses justifie la vigueur des revendications salariales aux quatre coins de l’Europe.
    MAURICE MAGIS

    Personne ne se hasarde à prédire les effets ultimes du séisme qui bouleverse une planète finance apparemment bien opaque et fort lointaine. Mais ses conséquences, comme toujours, risquent d’être ravageuses pour les salariés. La pression politico-affairiste sur les revenus du travail se fera forte si la récession annoncée se confirme. Pourtant, dans toute l’Europe, la question du pouvoir d’achat, pris au piège entre les hausses des prix et l’écrasement des rémunérations, vient largement en tête des préoccupations populaires. D’un côté, on peut prédire que les entreprises et les gouvernements vont prôner une nouvelle cure d’austérité sur les salaires et la consommation. De l’autre, les organisations de travailleurs mettent en avant des revendications qui ne sont pas seulement défensives mais constituent une condition sine qua non pour une relance de l’économie, des recettes publiques et des moyens de la sécurité sociale.

    Aujourd’hui, l’inflation galope. Le premier ministre slovène, Janez Jansa, a dû admettre que « l’inflation élevée est un problème pour la Slovénie ». Bien que son pays assure la présidence de l’Union européenne, il a pointé la monnaie unique : « L’introduction de l’euro a contribué à cette accélération de l’inflation à hauteur de 0,6 %. » Ljubljana a adopté la monnaie unique en janvier 2007 avec une inflation de 2,5 %, et affiche maintenant un taux record de 5,7 %. Pire, la hausse des prix alimentaires est de 11 %, créant un vif mécontentement. En novembre dernier, le candidat soutenu par le gouvernement pour la présidence de la République a été battu sur cette question du pouvoir d’achat.

    Mais la Slovénie vit ce que vit toute l’Europe. Les compteurs sont au rouge : + 2 % en France, + 9,6 % en Estonie, qui n’est pas près de remplir les critères d’adhésion à l’euro. De son côté, l’organisme officiel Eurostat a même annoncé pour la zone euro en décembre une inflation de 3,1 % sur un an, un chiffre inégalé depuis six ans et demi. Partout comme en Belgique, les facteurs explicatifs sont les mêmes : hausse des tarifs de l’énergie, augmentation du prix des denrées alimentaires, loyers en hausse, et surtout un partage des richesses de plus en plus défavorable aux salariés.

    « Changement de régime »

    Les faits sont là. Selon la Commission européenne, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué entre 1982 et 2006 de 8,6 points dans l’Union européenne au profit du capital. Entre 1998 et 2006, la productivité des salariés a augmenté de 1,7% en rythme annuel mais le pouvoir d’achat de 1,25% seulement.  « Durant les années 1960 et 1970, les salaires représentaient près des trois quarts du produit intérieur brut (PIB) en Europe. Depuis les années 1980, cette part n’a pratiquement pas cessé de reculer, pour atteindre 66,2 % en 2006 (3). La perte équivaut en moyenne à sept points de PIB par rapport à 1983. Cette baisse illustre un véritable changement de régime », analyse l’économiste français Michel Husson,  « Jusqu’à la crise du milieu des années 1970, le pouvoir d’achat du salaire était indexé sur la productivité du travail, la part salariale étant à peu près constante et les inégalités tendant à se réduire. Sous la pression du chômage, ce lien a été durablement rompu, en même temps que se sont développées les diverses formes de précarité associées aux bas salaires. (1) »
     
    Cette situation a motivé cette résolution du comité exécutif de la Centrale européenne des syndicats : « les salaires sont mis sous pression par le modèle économique européen ». Selon le texte, « la mobilité illimitée des capitaux (…) est utilisée pour mettre sur pied une coordination de facto des exigences des entreprises. » De plus, « la modération compétitive des salaires déclenche un cercle vicieux de faible demande domestique entraînant à son tour une croissance globale faible, mettant ainsi en place la phase suivante de l’obtention de concessions de la part des travailleurs ». Une stratégie bien rodée au service des actionnaires, mais qui rencontre ses limites cette année. La presse économique s’inquiète déjà des « demandes agressives d’augmentations » en 2008. Et, bien entendu, le grand patronat met en garde. « Des hausses de salaires supérieures à 3% en moyenne en zone euro pourraient être source d’inquiétudes » a ainsi prévenu Marc Stocker, de l’organisation patronale Business Europe.

    De ce point de vue, celle-ci n’est pas près de sortir de ses transes. En Italie, où les manifestations se multiplient, les fédérations du secteur de la métallurgie (où les salaires se situent entre 1000 et 1200 euros) ont obtenu 127 euros d’augmentation sur trente mois. Certes, au prix de mesures favorisant la flexibilité. Mais le mouvement est lancé. C’est que le prix du pain a augmenté de 12,3% et les pâtes de 8,4% l’an dernier. Avant de chuter, le gouvernement Prodi, tout en admettant que « les salaires italiens sont trop bas », pensait jouer des baisses d’impôt pour relancer la consommation. Une recette libérale, qui a court dans toute l’Europe.  Et « une idée bizarre, a relevé le secrétaire de la Bourse du travail de Brescia, « ce que le patron ne te donne pas, tu peux l’avoir de l’Etat. Ce qui n’a rien à voir avec le problème de fond : les salaires doivent augmenter. » Et les mobilisations se poursuivent dans la péninsule.

    En Irlande, le bras de fer sur les salaires a provoqué l’ire de la presse patronale. En décembre, le congrès des syndicats irlandais notait que « les revenus de nombreux travailleurs n’ont pas augmenté en 2007 ». Or, on annonce une augmentation des prix de 4% cette année. En Grande-Bretagne, les six millions de fonctionnaires réclament une revalorisation salariale de 6% quand le gouvernement ne propose que 2%.

    Face à cette explosion revendicative, les politiques éprouvent quelques difficultés à faire la sourde oreille. En Espagne, José-Luiz Zapatero a d’ores et déjà annoncé une nette augmentation du SMIC s’il est réélu, ce qui porterait le salaire minimum à 800 euros en 2012, contre 600 aujourd’hui. Mais ailleurs, le choix dominant semble être, comme en Belgique, celui de la baisse des impôts et des « charges » sociales.  En Espagne toujours, l’opposition de droite prévoit, en cas de victoire aux législatives du 9 mars, une diminution de la fiscalité des ménages.

    Cela suffit pour que la Banque centrale européenne (BCE) appelle encore et toujours à la modération salariale. En janvier, Le conseil des gouverneurs s’est inquiété d’« effets de second tour » d’« une spirale inflation-salaires ». Un point de vue contesté par la Confédération européenne des syndicats (CES) qui, par la voix de son secrétaire général adjoint, Reiner Hoffmann, a estimé que « la BCE attaque les conventions collectives ».

    En Belgique aussi

    En Belgique, où les syndicats ont manifesté en décembre pour le pouvoir d’achat, le Premier ministre, peu soucieux d’attiser l’angoisse sociale en pleine crise politique, a parlé de la liaison des salaires au coût de la vie comme de « la meilleure réponse aux questions et inquiétudes que suscite le pouvoir d’achat. » Des mots inattendus dans la bouche d’un libéral pur jus. Mais qui ne doivent pas faire oublier que le système belge ne met plus les ménages à l’abri de l’inflation. Au président de la BCE qui estimait que « tout schéma d’indexation des salaires sur les prix devrait être éliminé », le gouverneur de la Banque nationale a rappelé que « En Belgique, les salaires sont depuis les années 90 liés à l’indice santé qui exclut le tabac, le pétrole et la plupart des produits pétroliers. » Et qu’il « faut y ajouter la loi sur la compétitivité, à savoir que les hausses salariales ne peuvent plus dépasser la moyenne de l’Allemagne, de la France et des Pays-Bas. » M. Quaden aurait dû rappeler également les quatre « sauts d’index » imposés au monde du travail dans les années 80 et le « lissage » de l’index qui entretient un décalage constant entre augmentation du coût de la vie et progression des revenus du travail.

    Plusieurs études récentes ont ainsi montré un appauvrissement des ménages populaires depuis une dizaine d’années. Dans une étude fouillée, le Crioc (Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs) a  mis en évidence une chute du pouvoir d’achat des salariés de 2,08% (3,2% pour les familles défavorisées). De son côté, Test Achat a calculé que, en raison de la hausse des prix de nombreux produits de première nécessité, un ménage moyen doit s’attendre à devoir payer 417 euros de plus cette année…

    La BCE menace

    Alors que les salaires (index compris) n’ont progressé que de 19% entre 1996 et 2005 dans notre pays, les revenus financiers ont grimpé, eux, de 25%. Un phénomène général dans les pays riches. Comme l’a démontré une étude du Mouvement Ouvrier Chrétien, « Tous les pays de l’OCDE ont été touchés par un effondrement de la parti de la richesse nationale qui va aux travailleurs au cours des trente dernières années. L’autre partie, correspondant aux bénéfices (…) a mécaniquement gagné en importance (2). »

    Un processus d’autant plus insupportable quand la spéculation fait grimper les prix du pétrole, des céréales ou du logement. Mais, en gardien de la foi libérale, la BCE n’en a cure. Son président Jean-Claude Trichet n’a que les salaires dans  sa ligne de mire. Pour lui, si les salaires augmentent, les prix suivront et « la BCE ne tolérera pas de spirale inflation salaires ». Mais pas question de s’en prendre aux jeux financiers qui tarissent les sources d’investissement pour la production de biens réels. Il a donc prévenu qu’en cas de hausse des salaires dans la zone euro, il augmenterait les taux d’intérêts. Un chantage qui, s’il fonctionne, risque surtout de peser encore sur la croissance. Mais une menace qui, visiblement, porte de moins en moins.

    L’exemple de la France est parlant. M. Sarkozy s’est fait élire en promettant emplois et pouvoir d’achat, les inégalités augmentent, la revendication salariale gagne tous les secteurs…et le président est en chute libre dans les sondages. « Comment ne pas s’interroger devant un gouvernement qui, après avoir distribué 15 milliards d’euros essentiellement au profit des plus aisés vient affirmer trois plus tard que ‘les caisses sont vides’ ?» remarquait récemment dans Le Monde le sénateur socialiste Didier Migaud, en concluant que, « Pour le pouvoir d’achat, le compte n’y est pas ». Dame ! En France, les revenus du travail ne totalisaient plus que 53 % du revenu disponible des ménages en 2003, contre 67 % en 1978, alors même que la proportion de salariés a augmenté entre-temps de 83,6 % de la population active occupée à 91,4 %.

    L’exemple allemand

    Une évidence partagée aux quatre coins de l’Europe. En Suède, les enseignants viennent d’arracher une augmentation de plus de 10% de leurs appointements. En Allemagne, les syndicats ont lancé un avertissement au patronat. Déjà, plusieurs secteurs ont été touchés par des grèves. Avec un message clair : le temps de l’austérité est révolu. Il s’agit d’en finir avec la rigueur imposée  depuis plus de dix ans outre-Rhin. Selon les calculs du ministère des Finances, le salaire net moyen des Allemands se situe en dessous du niveau de 1991. Pourtant, la croissance est bien là et les entreprises avouent des bénéfices record. Pour IG Metall, « les employés ont droit à leur part des bénéfices quand ceux-ci explosent. »

    Les organisations de travailleurs exigent une fois de plus l’instauration d’un salaire minimum dans un pays où ce garde-fou contre le dumping salarial n’existe pas (3). Des salaires horaires oscillant entre 4 et 7 euros sont le lot de centaines de milliers de personnes. La descente aux enfers s’est accélérée avec la réforme du marché du travail, dite Harz IV, imposée par un gouvernement à majorité social-démocrate et contraignant les chômeurs à accepter n’importe quel job à n’importe quelle condition. L’Allemagne est ainsi devenue l’un des pays européens où l’amputation du pouvoir d’achat a été la plus forte. La récente victoire des personnels roulants de la compagnie publique de chemin de fer – ils ont obtenu une hausse salariale de 11% après dix mois de conflit – a donc fait l’effet d’une véritable « rupture », mais à l’opposé des logiques de rationnement social en vigueur dans toute l’Europe. Le patron de la Deutsche Bahn, Hartmut Mehdom, y a d’ailleurs vu « une défaite pour la DB et pour l’économie allemande tout entière », ajoutant : « Nous ne pouvions que limiter la casse pour éviter d’autres grèves », un effet boule de neige, bien au-delà du périmètre de l’entreprise et même du pays.

    Un pari apparemment intenable. La grève des cheminots a profité de l’appui de l’opinion publique. Et la revendication du salaire minimum légal est, là encore, devenue un enjeu politique central. La question du pouvoir d’achat a nettement pesé sur les scrutins de fin janvier en Hesse et en Basse-Saxe avec le recul du parti chrétien-démocrate d’Angela Merkel et la confirmation de l’installation de Die Linke (La Gauche) dans le paysage politique. Un parti qui avait engagé seule au départ la campagne sur le salaire minimum avant d’être rejoint par le SPD (le Parti social-démocrate).

    Dès lors que l’on compte seize millions de bas salaires dans les pays de l’Union européenne, il ne se trouve plus guère de responsables politiques pour ignorer cette question lancinante. Et l’on sera d’accord avec Michel  Husson pour estimer que « En réalité, la manière la plus simple de défendre la ‘valeur travail’», très en cour ces derniers temps, serait... d’augmenter les salaires, et plus particulièrement les plus bas d’entre eux. »

    1. « Travailler plus pour gagner moins », Le Monde diplomatique, avril 2007.
    2. « Salaires et profits. Quelle part pour qui ? ». Dans la revue Démocratie du 16 décembre 2007.
    3. La question d’un salaire minimum revient à l’ordre du jour dans tous les pays où il n’existe pas. Après le Royaume-Uni, qui l’a institué en 1999, et l’Irlande en 2000, le débat est ouvert en Allemagne, en Autriche et en Suisse


    Les " FOUS DE DIEU " façon Bush

    RELIGION-TODAY

     

    Chrétiens évangélistes et barbus, même combat ? Une même ennemie : la liberté

    Thomas Cantaloube extrait de Marianne

    Comme son allié Tony Blair, Georges Bush se serait bien passé du scandale des caricatures de Mahomet, qui l'accule à d'humiliantes contradictions.

    Un porte-parole de Département de l'Etat a d'abord jugé les dessins "inacceptables", avant que le président, quelques jours plus tard, ne rappelle que les Etats-Unis rejettent, par principe, toute atteinte à la liberté de la presse.

    Côté médias, pas un seul journal n'a publié les estampes impies, ne serait-ce que pour illustrer la polémique. Les Américains sont gênés aux entournures, et pas seulement parce que 150.000 GI's sont exposés, au Moyen-Orient, aux coups des islamistes. Non, l'embarras américain provient plutôt du fait que, dans un pays qui a sanctifié la liberté d'expression au point de tolérer régulièrement des défilés néo-nazis, il existe aussi une frange de la population qui partage les vues des barbus, sitôt qu'il s'agit de religion : ces chrétiens évangélistes, chauffés à blanc, bien sûr, artisans de la reconquête du Sud par la Parti républicain façon Bush.

    Un récent fait divers donne la mesure de leur capacité de nuisance : en novembre dernier, dans une petite ville de Fulton (Missouri), des lycéens montent la célèbre comédie musicale Grease : une aimable bluette entre une blonde et un blouson noir, incarné jadis à l'écran par John Travolta, sur fonds de rock  fifties. A priori, il n'y a pas là de quoi exciter l'ire du plus bilieux des télévangélistes.

    Prudent, le professeur qui supervise la pièce, prend le soin d'en expurger les jurons, et coupe une scène où les protagonistes se cachent pour fumer de la marijuana. Las ! Quelques jours après la représentation, le directeur du lycée reçoit une pleine brassée de lettres indignées. Après examen des missives, le proviseur découvre qu'elles émanent toutes des paroissiens d'un Eglise évangélique locale, la Callaway Christian Church, qui se sont donné le mot. La plupart n'ont pas assisté à la pièce.

    Que fait alors le directeur ? Il confesse son " erreur ", se confond en excuses, et admet que Grease était un choix « inapproprié ». Pour faire bonne mesure, il annule aussi le projet des potaches, qui voulaient monter le classique d'Arthur Miller, Les Sorcières de Salem. Cette parabole, écrite en pleine hystérie maccarthyste, raconte l'histoire d'une communauté puritaine, en Nouvelle Angleterre, qui entreprend de brûler ses sorcières. Sujet qui autorise quelques comparaisons avec la situation présente. Là encore, le proviseur fait marche arrière, les évangélistes n'ayant pas la réputation de lâcher leur prise. " Nous croyons que la Bible est la Parole de Dieu. Nous pensons qu'elle contient toutes les réponses à notre vie quotidienne, nous croyons que nous serons sauvés en obéissant à la Parole de Dieu ", proclament les brochures de la Calaway Christian Church, une Eglise pas plus fanatique que les innombrables congrégations essaimées dans la " Bible Belt "

    Vengeance divine bien méritée …

    Avec 70 millions d'adeptes, ces dévots de l'Ancien Testament excellent à pratiquer l'entrisme dans les instances dirigeantes des Etats. Ils ont mis ainsi le Parti républicain au défi d'abolir les lois sur l'interruption de grossesse. Ils veulent bouter Darwin et la doctrine évolutionniste hors des manuels scolaires. Ils ont érigé des barrières contre la recherche génétique sur les embryons. En guerre déclarée contre la sécularisation du monde, ils exigent la lecture de la Bible dans les écoles publiques, et refusent que leurs enfants assistent aux cours de biologie. Sans parler de leur chantage, suivi d'effets, pour que des monuments célébrant les dix commandements soient érigés devant les palais de justice, et que les Eglises soient chargées de la gestion des budgets sociaux.

    Ces " apôtres " réclament aussi, par la bouche de Pat Robertson et de Jerry Falwell, les deux ténors du mouvement, l'exécution du président vénézuélien Hugo Chavez, coupable de contrarier une Amérique amie de Dieu.

    Le même Robertson avait d'ailleurs décrété, au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, qu'ils constituaient une vengeance divine bien méritée après l'adoption, pendant un demi-siècle, de lois encourageant
    la débauche.

    Faut-il préciser que la majorité des suffrages bushistes, lors des deux dernières présidentielles, portait leur empreinte ?

    A pareil compte, comment s'étonner que le locataire de la Maison Blanche renâcle à soutenir, ailleurs, des turlupins qui piétinent ce (mauvais) goût du sacré ?


    Pour le retour à une poste entièrement publique en 2009

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    Le 31 janvier dernier, le Parlement européen a approuvé en deuxième lecture la « libéralisation » (sic) définitive des services postaux en 2011. Voici un nouveau secteur économique qui, sous la pression de l’Union européenne et avec l’assentiment des gouvernements nationaux, va irrémédiablement quitter la sphère publique. C’est un secteur majeur puisqu’il emploie 5,2 millions de personnes dans l’Union et représente 88 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 1 % du PIB total des pays de l’Union. Le fait que les expériences anglaises ou hollandaises soient un désastre du point de vue social n’a pas pesé. Le fait que la distribution du courrier dans toutes les boîtes constitue, selon la théorie économique, un monopole naturel a également été ignoré ; de même que le rôle social important du service public postal – banque de proximité, paiement des petites pensions… – désormais appelé à disparaître.

    Si cette libéralisation fait peser d’énormes risques sur l’emploi et la qualité du service rendu à la population, il est utile de rappeler qu’en Belgique, ladite catastrophe est déjà en cours depuis la privatisation (partielle) de la Poste, décidée en 2005.

    La précarisation de l’emploi (diminution du nombre d’emplois statutaires et recours de plus en plus au travail intérimaire et à temps partiel), les fermetures massives de bureaux (200 seront encore fermés en 2008 alors qu’une enquête Eurostat pointe déjà le manque de bureaux en Belgique), le recours à des franchisés, les plans Géoroute successifs (durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail et de supprimer plusieurs milliers d’emplois), tous les reculs sociaux que les travailleurs et les utilisateurs de la poste connaissent aujourd’hui ne sont qu’indirectement liés à une libéralisation qui n’interviendra que dans trois ans. Ils sont par contre directement imputables à la privatisation de 2005 décidée par le gouvernement libéral-socialiste.

    Il faut s’interroger sur le choix de l’actionnaire privé fait par le gouvernement en 2005. Il s’agit d’un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier qui possède actuellement une quarantaine d’entreprises – allant des appâts pour la pêche, aux réfrigérateurs en passant par
    les services IT et la cordonnerie – dont dépendent plus de 300.000 employés. Le business de CVC consiste tout simplement à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois et un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10 % actuellement). S’agissait-il vraiment d’un choix judicieux ?

    Dans le cadre actuel, à savoir la gestion selon une logique de profit (1), il est exact qu’avec la libéralisation et l’arrivée possible de concurrents, la situation risque de s’aggraver – ainsi que c’est déjà le cas pour le courrier de plus de 350 grammes. Pertes d’emplois et baisse supplémentaire de la qualité des services sont à craindre. Le riche patron de la poste (un million d’euros de salaire annuel) et ancien conseiller de CVC Capital Partners (jusqu’en 2004),

    Johnny Thijs, n’a d’ailleurs pas tardé à lancer une bouée médiatique. Il s’est plaint du service universel que doit assurer la Poste et qui constituera un « handicap » pour son groupe face à la concurrence. L’Etat verse pourtant une dotation de 290 millions d’euros par an à la Poste pour couvrir ses missions de service public. Mais le fait de rendre un service à la population (par exemple, la livraison du courrier tous les jours et dans toutes les boîtes) n’en est pas moins un « handicap » pour le patron de la Poste, qui raisonne uniquement en termes de rentabilité. Voilà la situation grotesque à laquelle nous sommes arrivés. Il est temps de réagir.
    La Poste bénéficie encore à ce jour d’une infrastructure incomparable. On peut penser que son implantation locale constituera – même dans un marché libéralisé – un avantage important dans les années à venir. Le contrat de gestion avec le consortium arrivant à échéance en 2009, pourquoi dès lors ne pas reprendre nos billes et en revenir à un service postal 100 % public en Belgique ? Combinée à des exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers après la libéralisation comme vient de le faire l’Allemagne – cette mesure permettra de limiter la casse, en attendant qu’une contre-offensive puisse être mise en place. Si les conditions d’un nouveau contrat de gestion lui sont moins favorables, le consortium sera tenté de revendre ses parts. La valeur de La Poste ayant été largement sous-évaluée lors de l’entrée du secteur privé dans son capital (par le biais d’une augmentation de capital de 300 millions d’euros pour 50 % des actions moins une), le rachat de ses parts au consortium ne devrait pas coûter trop cher – environ 10 fois moins que la nouvelle réforme fiscale prônée par Didier Reynders et 25 fois moins que les réductions annuelles de cotisations patronales.

    C’est là une revendication gouvernementale forte que la gauche devrait avoir. C’est ce que nous demandons avec l’initiative
    www.sauvonslaposte.be.

    (1) La Poste a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à 2006.

    (*) André Beauvois (Ancien secrétaire général CGSP Liège), Jean Bricmont (Professeur à l’UCL), Jean Marie Coen (Porte parole d’Attac Wallonie-Bruxelles), Nico Cué (Président de la MWB-FGTB), Céline Delforge (Députée régionale Ecolo), Pascal Durand (Professeur à l’ULg), Pierre Eyben (Secrétaire politique de la Fédération de Liège du PC, coordinateur francophone de l’initiative « sauvonslaposte.be »), André Flahaut (Ancien ministre de la Défense, député fédéral PS), Jean-Claude Galler (Secrétaire fédéral CGSP secteur Gazelco), Marc Goblet (Président FGTB Liège-Huy-Waremme), Corinne Gobin (Politologue et directrice du Graid à l’ULB), Thierry Jacques (Président national du MOC), Jacques Lespagnard (Secrétaire régional CGSP secteur poste), Jean Pierre Michiels (Président de l’ACJJ et conseiller communal communiste à La Louvière), André Mordant (Ancien Président de la FGTB), Jean-Marc Namotte (Président de la CSC Liège-Huy-Waremme), Jean-François Pontégnie (Porte parole de l’initiative UAG), François Schreuer (Ancien président de la FEF, journaliste), Jean-Marie Schreuer (Secrétaire fédéral du MOC de Liège-Huy-Waremme), Michel Vrancken (Président national CGSP secteur enseignement)