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22/02/2010

Nouvelles n°134

PAS DE JEUX, MAIS UN PRIX !

Si ça, ce n’est pas de la discrimination positive ! Voilà que le pauvre Barack Obama recalé aux examens de sélection des J.O 2016 à Copenhague, se voit attribuer un prix de la paix au Nobel 2009 d’Oslo. L’Europe du Nord serait-elle en pleine crise de culpabilité ? Je pense qu’il n’y aucun rapport de cause à effet entre les deux, mais, l’espace d’un instant, je me suis pris pour un journaliste et j’ai cherché des rapports de cause à effet, voire une forme de polémique, là où il n’y a que du vide.

Enfin pourquoi lui filer le Nobel ?

Retour en arrière, nous sommes tous victimes (consentantes) depuis un an d’un phénomène de positivisme et de béatitude appelé Obamania, Baraka ayant été jugé trop familier et «yescoucania» trop long. Un état de liesse collective qui a saisi le monde à l’arrivée d’un messie métis à la présidence des Etats-Unis, en remplacement d’un mongolien blanc. Avant Obama, l’homme noir n’était pas encore entré dans l’Histoire, il patientait dans les coulisses avec la femme jaune et l’enfant bleu. Outre toutes les qualités d’un messie, cet homme possède une particularité qui le rend encore plus touchant : quand on lui met une coquille d’œuf sur la tête, il ressemble à Caliméro. Seul bémol ; il se retrouve à la tête d’un pays ruiné et surendetté, avec des guerres à solder, une prison immonde à fermer, des citoyens rongés par le rêve, bref… c’est encore un Noir qui se tape le boulot de merde.

Pour l’instant, on ne peut dire qu’il en sort de façon… pragmatique, comme sur les bonus des traders, par exemple. Mais on l’aime encore, et vu qu’il déteste notre président (NDLR Sarko),  on l’aime encore plus.
Pourtant quand on lit le bulletin de justification des décerneurs de médailles norvégiennes : «Le comité a attaché beaucoup d’importance à la vision et aux efforts d’Obama en vue d’un monde sans armes nucléaires», «rarement  une personne a, comme l’a fait Obama, capturé l’attention, de la planète et donné à sa population l’espoir d’un avenir meilleur», «ses efforts à renforcer  la diplomatie et la coopération  entre les peuples». C’est beau ! Mais ça mérite le prix Nobel des intentions de paix et de vœux pieux, de la théorie pacifique… C’est un peu comme si l’on refilait le prix Nobel de la littérature à un écrivain pour la note d’intention  du bouquin  qu’il n’a pas encore écrit. Dans la liste des nobiliaires figurent des actifs,  noirs aussi, mais moins charismatiques comme le médecin  congolais Denis Mukwerge, qui soigne les femmes victimes  de violences sexuelles liées à la guerre civile ! Va falloir qu’on arrête un peu avec  ça, que l’on  passe du rêve à la réalité, l’Obamania, c’est magnifique et ressourçant, mais une icône n’est utile que dans les églises.

Et si un jour, ce que je souhaite à tout le monde, Caliméro passe de la théorie à la pratique, qu’est ce qu’on va lui donner ? S’il réussit à faire appliquer sa note d’intention, il va falloir inventer un super prix !  Il a déjà le prix Nobel de la théorie ! En attendant, merci Barack du fond du cœur, nous avons échappé Ingrid Betancourt ! Et ça, même Dieu ne l’aurait pas supporté.

Christophe Alévêque
Siné Hebdo du 14-10-09


 

BERLIN, VINGT ANS PLUS TARD

MON épouse et moi rentrions, il y a peu de Berlin ou plus exactement de Brandebourg à 50 km de la capitale où vit mon oncle Rudolf, ancien résidant de la défunte RDA. Chaque année, nous emmenons ma mère qui a vécu séparée de son frère de 1961 à novembre 1989, date de la chute du rideau de fer…

Berlin prépare activement les festivités de commémoration de la réunification allemande. Sur le plan humain, la fin de la déchirure  que constituait le rideau de fer est une incontestable victoire. Mais est-ce le cas dans tous les domaines ? La première chose que l’on constate avec bonheur c’est la rénovation des centres urbains et la mise en évidence du patrimoine historique. La RDA, il est vrai, avait laissé ces chantiers à l’abandon.

Berlin est devenu une attraction touristique de premier plan et représente une importante manne financière. A la porte de Brandebourg, l‘avenue Unter den Linden a totalement changé d’aspect et étale le luxe avec ostentation. La fameuse Alexanderplatz qui était autrefois une superbe esplanade d’où l’on embrassait du regard l’Université Umbolt, l’Hôtel de ville rouge, le Berliner Dom et l’Ile aux musées, a été totalement défigurée pour céder la place à des commerces, hôtels et restaurants aseptisés.

Quand on s’éloigne du centre touristique on découvre
ce qui fut autrefois les quartiers populaires de Berlin Est : Kreusberg, Treptower, Lichtenberg, Muggelheim…, on touche du doigt les laissés pour compte de l’ultra libéralisme. Nous avons parcouru toute la partie immergée de Berlin à vélo et croisé tous ceux qui ne seront pas de la fête le 09 novembre 2009. Le manque de moyens s’apparente pour certains à de la survie.

Quand on prend la peine de parler avec les gens comme nous l’avons fait, une certaine amertume fait surface.

Mon oncle Rudolf : «Jadis, je gérais une ferme coopérative d’élevage de cochons. La DDR m’a mis à la retraite quelques mois avant la chute du Rideau de fer. La DDR me versait 850 DM de pension et je payais 35 DM de loyer. Quand le régime a basculé la ferme a été rachetée par un Allemand de l’Ouest (un Osiss) et mon loyer a grimpé à 550 DM. Ma femme s’est suicidée et ensuite, la ville m’a confiné dans une ancienne caserne transformée en habitations sociales au nord de Brandebourg. On nous a relégués loin des yeux de cette nouvelle bourgeoisie de Osiss (gens de l’Ouest). La première chose qu’ont faite les Osiss a été d’acheter les terrains pour ériger des grandes surfaces et des Mac Donald. Mais nous  n’y accédons pas, faute de  moyens»

Mon cousin Dieter : «J’étais employé en qualité d’électricien dans une coopérative de l’Etat. Je gagnais correctement ma vie. Quelques mois après  la chute du mur,   un Osiss a racheté la coopérative pour en faire des appartements et a viré tout le monde sans aucun état d’âme par rapport à nos situations familiales.  Moi, je n’avais pas trop de problèmes puisque célibataire mais mes collègues qui avaient en charge une famille  ont trinqué. Certains ne s’en sont jamais remis… Le  nouveau propriétaire de la coopérative a perçu une prime de reconversion ! Tandis que nous, rien ! Puis, j’ai vécu de petits boulots exécutés çà et là. Je me suis endetté et j’ai fait de la prison car ne pas rembourser ses dettes aujourd’hui équivaut à un crime politique ! Heureusement, mes parents m’ont aidé dans la mesure de leurs moyens et je n’ai plus aucune dette. Aujourd’hui, je suis au chomâge. J’ai travaillé une semaine l’an dernier. C’est tout ce que nouvel état peut nous offrir! »

Erika, infirmière à la retraite : «Je travaillais dans la Polyclinique de Brandeburg, c’est comme ça qu’elle se nommait en DDR. Pour des raisons politiques, on a changé le nom en Stadt Clinik (Clinique de la ville). Rien n’a été modifié, on y effectue les mêmes types de soin qu’auparavant… La clinique fonctionne toujours avec les médecins formés par la DDR. Seulement,  voilà : les médecins sont pratiquement en âge de prendre la retraite et la relève n’est pas assurée. Lorsque le régime s’est effondré, les jeunes gens ont préféré se lancer dans le business plutôt que de poursuivre des études de médecine »

J’aurais pu multiplier les témoignages de ce type mais ces trois exemples montrent comment sous un leurre d’apparente liberté, l’ultra libéralisme a laminé tout ce qui était populaire et collectif. La disparition du restaurant populaire de Brandebourg «Zu Roland» dans lequel j’ai maintes fois déjeuné à l’époque communiste et la file d’attente au Mac Donald à midi,  symbolisent à eux seul le triomphe de l’individualisme forcené.

Le lendemain de notre arrivée, les Allemands votaient pour les législatives. Dans le land de Brandebourg, Die Linke, le nouveau parti de gauche d’Oscar Lafontaine, a obtenu un score équivalent à celui de la CDU d’Angela Merkel. Faut-il s’en étonner ?

Freddy Guidé


 

SALUT AU CAMARADE GORBATCHEV

PLus le temps passe, plus je suis atterré par la puissance des fables, des mythes, des légendes entretenues par sur tous les sujets par la plupart… Ainsi, avec l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, moment radical dans l’histoire de l’Europe, certes mais aussi de la planète, dont on a vu, depuis le 9 octobre 1989, combien libérée de la menace communiste, elle fonctionne  sous régime libéral à plein temps. La vulgate s’installe et semble s’imposer qui présente cet événement comme un effet… de l’Eglise catholique en général et de Jean-Paul II en particulier, pape polonais qui, par sa collusion avec le syndicaliste bigot ultra conservateur sur le terrain des mœurs, Lech Walesa, aurait rendu possible cet écroulement des  dictatures de l’Est…

Je rêve ! Comment ce mensonge intellectuel peut-il devenir parole d’évangile pour des laïcs, des historiens, des journalistes (Libération en tête), des essayistes ? A qui profite ce crime ? Aux anticommunistes. Car si le mur s’est effondré, c’est grâce à Gorbatchev, et à lui seul. Cet homme issu du sérail KGBiste a eu le mérite de prendre l’histoire à bras-le-corps et, avec glanost et perestroïka, de proposer un modèle de communisme humain, de socialisme post-goulag, de gauche véritable sans barbelés, sans camps, avec la liberté de la presse, de l’expression et de la critique.

Que fit l’Ouest dans cette proposition révolutionnaire ? Un paillasson. Car la droite européenne, Mitterrand en tête (décidons-nous à intégrer la gauche libérale dans le camp de la droite), a craché au visage de  Gorbatchev qui demandait à l’Europe une aide qu’elle lui a refusé. Pire: elle a soutenu celui qui voulait sa peau, un alcoolique notoire, mais franchement libéral, thuriféraire du marché faisant la loi, Boris Eltsine. Le slogan était plutôt un poivrot libéral plutôt qu’un communiste libertaire. Résultat : les anciens membres du Parti auxquels on a vendu les biens de l’Etat pour une bouchée de pain ont fait fortune et constituent aujourd’hui la mafia que l’on sait.

Mitterrand, d’extrême droite avant la guerre, décoré de la francisque sous Pétain, résistant après Stalingrad, autrement dit quand la partie est jouée, de gauche quand il parle, de droite quand il gouverne, avalise le coup d’Etat des bolcheviques d’août 1991 : il signe la mort politique de Gorbatchev tenu en otage par les armées dans sa résidence de Crimée. Le président de la République prétendument socialiste s’invite au journal de 20 heures et théâtralise la lecture d’une lettre que lui auraient adressée les putschistes : il prend parti pour eux contre le président…

C’en est désormais fini de l’expérience d’un communisme à visage humain. Mitterrand a pris parti pour le communisme du temps où il était pétainiste, un bolchevisme du barbelé, et ce, afin de préserver son jouet : l’Europe libérale à l’Ouest, l’Europe soviétique à l’Est contre une grande Europe avec un e gauche radicale inédite et menaçante. Il a tué Gorbatchev et accéléré, ici comme ailleurs, le processus de libéralisation  de l’Europe, donc du monde. On connaît la suite. Gorbatchev est le seul homme politique pour lequel j’ai de l’estime. Mitterrand, ici comme ailleurs,  se révèle une fois de plus une malédiction pour toute gauche digne de ce nom.

Michel Onfray


 

Sarkozeries

Alain Juppé et Michel Rocard ensemble pour remettre au président de la République les conclusions de la commission qu’ils présidaient sur l’utilisation du « grand emprunt » sensé aider à sortir de la crise: deux anciens premiers ministres, l’un de droite, l’autre socialiste, comme  si l’emprunt en question n’avait rien de politique. C’est dans l’intérêt commun, cela fait consensus. Quel montant, pour quoi faire? Ce sera 35 millions, empruntés sur les marchés financiers. Conséquence : les Français devront tôt ou tard rembourser le coût de l’emprunt par l’impôt Le contenu même pose problème bien qu’il reste assez flou. Recherche et université oui, mais avec des pôles d’excellence et des universités Cela pendant que les suppressions de postes continuent.

Une relance de la croissance en rompant avec la logique la crise ? Où s’agit-il de remettre de l’huile dans la machine à profits, en endettant le pays ?

Malgré l’opposition des élus, Nicolas Sarkozy veut imposer une réforme des institutions territoriales. Il a réussi le tour de force de fédérer des hommes et des femmes aux engagements politiques divers et parfois opposés. L’Élysée spéculait quelques efforts de communication pour faire tomber la fièvre. Raté. La suppression de la taxe professionnelle (TP) ? Le manque à gagner pour les communes serait compensé « au centime près », affirmait le chef de l’État lui-même contre tout calcul sérieux. La réduction du nombre des élus - en 2014, on n'élira plus 6 000 conseillers régionaux et départementaux, mais 3 000 conseillers territoriaux qui siégeront à la fois dans les départements et les régions  - présentée sous l’angle de la nécessité de s’attaquer au « millefeuille administratif » ? Le pouvoir pensait pouvoir surfer sur un désamour supposé entre le peuple et les élus, sur la crise de la politique. Visiblement sans succès.

Le chef de l’État a commis une double erreur d’appréciation. D‘abord, 63 % des Français, estiment que les collectivités locales sont plus performantes que l’État dans la mise en place de services publics efficaces. Ensuite, la suppression de la TP apparaît comme un nouveau cadeau au patronat, survenant un an après le renflouement des banques et l’instauration du bouclier fiscal.

Pour les maires de France à Sarkozy réunis en congrès, les deux réformes « ne sont pas acceptables ». « La taxe professionnelle risque de se traduire à terme par un transfert de la charge fiscale locale des entreprises vers les ménages ».

Maurice Magis


 

 Jérôme Valluy « On construit politiquement l’étranger comme un problème de société »

Pour le sociologue Jérôme Valluy, le gouvernement espère ainsi justifier une politique migratoire extrêmement restrictive.

Jérôme Valluy est professeur de sociologie politique de l’action publique à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris-I). Dans son dernier ouvrage paru, Rejet des exilés. Le grand retournement du droit de l’asile (1), il défend la thèse d’une xénophobie de gouvernement qui a transformé l’image publique des étrangers, les stigmatisant comme une menace. Un phénomène qui sert aujourd’hui à justifier les politiques de fermeture des frontières.

À l’occasion de la Journée mondiale du réfugié, le ministre de l’Immigration, Éric Besson, a qualifié la France d’« accueillante et solidaire ». Que vous inspirent ces qualificatifs ?

Jérôme Valluy. La France n’est ni accueillante ni solidaire. Avec 85 % de refus, elle fait même partie des pays européens qui rejettent massivement les demandes d’asile. Il est vrai que, depuis 2007, on observe une baisse du taux de rejet des demandes d’asile, sans qu’on puisse d’ailleurs vraiment expliquer pourquoi. Conjoncturellement, le propos d’Éric Besson n’est donc pas complètement faux. Mais il faut regarder les tendances lourdes. Or la tendance lourde, avec la création du ministère de l’Identité nationale, c’est la mise sous tutelle du droit d’asile, avec une institutionnalisation d’une xénophobie dans l’appareil d’État. On stigmatise la présence étrangère sur le territoire en construisant politiquement l’étranger comme un problème de société. C’est une tendance historique qu’on retrouve d’ailleurs dans d’autres pays en Europe.

De quand date ce que vous appelez « le grand retournement du droit d’asile » ?

Jérôme Valluy. Du début des années soixante. La décolonisation a un impact important sur les sociétés métropolitaines. Les recherches récentes d’historiens montrent une première conséquence très matérielle : les fonctionnaires en place dans les pays colonisés se recyclent dans l’appareil d’État des métropoles. On observe une surreprésentation de ces rapatriés des colonies dans deux secteurs : les affaires sociales et le secteur militaro-policier. Ils sont supposés, avec leur expérience coloniale, avoir acquis une connaissance de l’indigène. Cet indigène d’hier est l’immigré d’aujourd’hui. La guerre d’Algérie sert de laboratoire. 1,5 million d’Algériens vivent alors en métropole. À partir de 1954, on met en place un ensemble de dispositifs policiers et sociaux pour encadrer cette population perçue comme menaçante, puisque proche du FLN. Les mentalités ne changent pas du jour au lendemain : après les accords d’Évian en 1962, ces ennemis de l’intérieur ne voient pas leur image modifiée. Ils continuent à être traités comme des populations dangereuses. À la fin des années soixante, le phénomène a pris de l’ampleur et on voit bien dans les archives administratives que l’immigré comme problème est une évidence technocratique. En 1969, 90 % des directeurs de foyers Sonacotra sont des anciens militaires engagés dans les guerres coloniales. Ils sont supposés savoir mâter l’indigène en cas de révolte dans les foyers. On voit bien que l’action sociale est aussi une modalité pour masquer l’encadrement de populations jugées dangereuses. Tout cela est encore très technocratique, cela ne passe pas dans l’espace public.

À partir de quand cette conception de l’étranger devient-elle publique ?

Jérôme Valluy. La crise pétrolière ouvre une fenêtre d’opportunités pour la politisation de cette évidence technocratique. En 1974, le gouvernement annonce la fermeture des frontières. Jusqu’en 1979, on assiste à un emballement de la législation anti-migratoire. Six lois sont votées en cinq ans, qui ont toutes pour finalité la répression migratoire : interdiction des regroupements familiaux, contrôles au faciès, restrictions au travail… Et ce avant même la montée du Front national. Dans les années soixante-dix, le FN n’est en effet qu’un groupuscule folklorique d’extrême droite qui ne pèse rien électoralement. Il n’apparaît dans le champ politique qu’en 1983 avec près de dix ans de retard. En réalité, c’est cette politique anti-migratoire qui prépare le terreau électoral d’une remontée des partis d’extrême droite.

Quel rôle la construction européenne joue-t-elle dans cette évolution ?

Jérôme Valluy. Les Européens ne connaissent que la face souriante de l’espace Schengen : la liberté de circulation qui leur permet de pouvoir passer d’un pays à l’autre en montrant simplement sa pièce d’identité. Ce qu’ils ne voient pas, c’est la face sombre : la fermeture des frontières européennes. On l’observe objectivement en Grèce. Accusée d’être la passoire de l’Europe, elle a d’abord été exclue de l’espace Schengen. Pour pouvoir intégrer le club, la Grèce a mis en place des procédures d’asile, atteignant, en 2003, 99,9 % de rejets des demandes d’asile ! Pourtant, ce pays n’a pas de parti xénophobe, puisque la mémoire encore vive de la dictature réfrène l’émergence de l’extrême droite. Donc, cette politique ne vient pas du bas, de la population, mais bien du haut, sous la pression de l’Union européenne.

L’UE, elle, met ensuite en place une politique d’externationalisation des frontières qui privilégie le sécuritaire à l’accueil des réfugiés…

Jérôme Valluy. Le programme de La Haye, intitulé Justice, liberté, sécurité (JLS), est mis en oeuvre depuis juin 2004. Il compte en fait 10 % de justice et de liberté et 90 % de sécurité ! Le développement des politiques sécuritaires amalgame le terrorisme et l’immigration. On assiste à la création de l’agence Frontex, l’armée douanière de l’UE. Les États membres lui allouent de véritables moyens militaires pour le contrôle des frontières, particulièrement celles du Sud. Il s’agit d’une avancée de nature impérialiste : ses avions et ses hélicoptères survolent les côtes sénégalaises, ses bateaux militaires entrent dans les zones territoriales libyennes, ses avions drones survolent le Sahara avec des détecteurs de chaleur pour repérer des mouvements… Autrement dit, on mène une véritable guerre, avec un appareil militaire. On instrumentalise le droit d’asile en amenant les pays limitrophes à développer leurs propres procédures. Par exemple, le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) ouvre une délégation à Rabat, alors qu’il n’en avait jamais ouvert puisque les demandes d’asile n’affluaient pas au Maroc pour des raisons assez facilement compréhensibles… Cela permet de créer artificiellement une demande d’asile sur le territoire marocain, les migrants subsahariens pensant que le récépissé donné par le HCR va leur offrir une protection auprès de la police marocaine. Mais le HCR rejette 75 % des demandes d’asile à Rabat. Or, une fois que la demande est rejetée dans un pays, elle ne peut pas être reformulée dans un autre… L’anticipation géographique du rejet de la demande d’asile, avant l’arrivée dans les pays européens, permet de baisser artificiellement le taux de demande d’asile recevable dans les pays de l’Union européenne.

Le HCR est donc complice de cet artifice ?

Jérôme Valluy. Il est surtout instrumentalisé. C’est l’un des paradoxes du HCR. Cette institution très puissante, avec plus de 6 000 salariés dans 118 pays, a une légitimité de type gouvernemental. Et pourtant, le HCR est extrêmement faible sur la scène gouvernementale internationale. Pourquoi ? Parce que 98 % de son budget annuel est alimenté par des dotations volontaires des États les plus riches du monde. Les fonds de l’ONU représentent moins de 3 % du budget total. Ce mode de financement le met dans une dépendance totale des pays les plus riches de la planète.

La politique européenne du droit d’asile a-t-elle beaucoup changé après les attentats du 11 septembre 2001 ?

Jérôme Valluy. Non, pas du tout. Comme avec le choc pétrolier de 1974, on a construit un mythe de 2001 en relation avec les attentats du World Trade Center, disant que la menace terroriste expliquait la répression anti-migratoire, les contrôles aux faciès, les blocages des frontières… C’est faux et on peut le démontrer. Dès le milieu des années 80, la France rejette 90 % des demandes d’asile des populations africaines. On peut parler d’effets cumulatifs : la décolonisation, la crise économique, les partis d’extrême droite dans les années quatre-vingt, l’intégration européenne puis, en 2001, le phénomène terroriste… Tout cela nous amène à la situation actuelle, avec la création d’un ministère de l’Identité nationale, les rafles et la fermeture des frontières. On ne peut pas réduire cette histoire à un seul de ses éléments.

Que penser de l’image du réfugié dans l’opinion publique ?

Jérôme Valluy. Chaque citoyen n’a que peu de temps pour s’intéresser à la société. L’opinion publique n’est donc pas construite sur une perception objective, elle est tributaire des leaders d’opinion : politiques, intellectuels, journalistes, technocrates, etc. Le cas marocain est intéressant pour démontrer cela. Il existe au Maroc un fond de racisme antinoir, comme il existe un fond de xénophobie dans toutes les sociétés humaines. Ceux qui en témoignent le mieux sont les Marocains descendants des esclaves noirs. Que nous disent-ils ? Que depuis quelques années on observe une résurgence de ce racisme antinoir avec des comportements nouveaux d’hostilité, d’abord policiers et administratifs, puis dans la rue. Comment expliquer cette réémergence ? À partir de 2003, avec la médiatisation des questions migratoires, les reportages à la télé et les colloques se multiplient sur la présence des migrants. Les Marocains voyant de plus en plus de Noirs à la télévision en voient de plus en plus dans la rue. Cette xénophobie, plus faible au Maroc qu’en Europe, a été construite par les dirigeants marocains, sous la pression européenne. C’est en accéléré ce qui s’est joué dans les années soixante en Europe. Je pense qu’il faudra moins d’une décennie pour qu’un parti réactionnaire exploite ce créneau électoral porteur au Maroc comme cela s’est passé en Europe. Aucune population ne résiste à l’influence des politiques publiques et au matraquage politique et médiatique. C’est ce qui s’est passé dans les années trente : des populations entières ont été incitées à croire que les juifs constituaient un problème pour la société. Cette construction de problèmes publics passe par les élites sociales, au sens le plus large : députés, universitaires, journalistes, ministres, sénateurs, responsables d’entreprises, etc. Ce n’est pas du tout un phénomène populaire, sa diffusion dans la population est seulement une conséquence.

Le gouvernement parle de la crainte d’un « appel d’air » pour justifier sa politique de fermeture des frontières : accorder davantage l’asile pourrait augmenter la demande. Qu’en pensez-vous ?

Jérôme Valluy. C’est en grande partie faux. Il peut exister une possibilité de réorientation des choix migratoires en fonction des opportunités. Mais seule une infime portion des réfugiés parcourt de longues distances. 80 % des réfugiés restent dans le premier pays de sortie, c’est-à-dire qu’ils franchissent une seule frontière pour se protéger. Une infime partie fait le choix de voyages transcontinentaux. En outre, les réfugiés n’ont aucune connaissance des politiques réelles mises en place dans les pays d’arrivée. Quand on les interroge, on s’aperçoit très vite qu’ils ne savent rien des jurisprudences des pays européens alors qu’ils sont déjà très avancés sur le chemin migratoire. La plupart des citoyens de ces pays ne savent rien non plus des variations jurisprudentielles ou administratives, donc vous imaginez bien que les gens à l’autre bout du monde les connaissent encore moins ! La théorie de l’appel d’air est réfutée par les recherches mais elle perdure comme une croyance.

La crise économique va-t-elle avoir un effet sur la politique migratoire ?

Jérôme Valluy. Bien sûr. Cet effondrement économique nous ramène à la situation post-1929, avec le sentiment non pas d’être en 1933, mais plutôt en 1930. Si on est au début de cette histoire-là, alors le pire reste à venir. Cette crise économique pourrait produire le même effet que dans les années 1970 après la crise de 1974 : alimenter la justification de la chasse aux migrants sur le mode : « Ils nous prennent notre travail » et impulser tous les emballements imaginables de xénophobie. On a quand même le premier ministère de l’Identité nationale de l’histoire de la République, il n’y a aucun antécédent, hormis les administrations de la question juive, mais qui se situent dans une configuration historique incomparable. La création de ce ministère n’est pas simplement une ligne sur l’organigramme du gouvernement, c’est le produit de plusieurs décennies d’évolution politique et administrative. La conjoncture est extrêmement alarmante. Tous les éléments actuels vont dans le même sens : celui d’une dramatisation historique des enjeux nationalistes et identitaires. Où cela nous mène-t-il ? Historiquement à des conflits armés. Je n’ai pas de boule de cristal, mais si les tendances actuelles se prolongent à l’identique, on va vers un drame de civilisation. Les derniers résultats électoraux en Europe montrent déjà le retour des nationalismes protofascistes.

N’y a-t-il rien de positif ?

Jérôme Valluy. Le tableau est sombre, mais il existe des petites lumières, comme le développement, depuis 2005, du Réseau Éducation sans frontières (RESF). C’est une poussée intéressante pour l’évolution du rapport de forces politiques, même si RESF reste limité à la solidarité de proximité et peine à produire des effets politiques plus larges. Les capacités militantes, je l’ai vécu moi-même, sont saturées par les tâches les plus urgentes. Ça ne laisse que trop peu de temps pour la production intellectuelle et idéologique, la stratégie politico-médiatique, la formation de coalitions, le lobbying, etc. Un autre point positif est l’entrée en scène de la CGT depuis 2007. Mais celle-ci s’est positionnée maladroitement. En acceptant de porter des demandes de régularisation auprès de la préfecture, la CGT se retrouve piégée dans une cogestion de l’immigration choisie. Du coup, le syndicat est aujourd’hui dans une situation comparable à celle des associations gestionnaires de CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile) : l’installation des sans-papiers dans et devant la Bourse du travail ressemble aux files d’attente à Lyon devant l’association Forum réfugiés. Que faire d’autre ? La question n’est pas facile. L’expérience des associations comme France terre d’asile ou Forum réfugiés, d’abord militantes puis devenues, en dix ans, cogestionnaires de la politique publique, montre une voie qu’il ne faut pas suivre. Mais je crois aussi qu’il faut aider la CGT dans sa démarche tout à fait nouvelle dans son histoire de soutien aux sans-papiers. C’est l’une des raisons pour laquelle j’y ai adhéré il y a quelques mois. J’ai peur maintenant que la CGT ne se retire de ces luttes. Or l’état des rapports de forces est calamiteux. Et on a besoin de tout le monde. Il y a aussi des avancées positives dans le monde universitaire : ceux qui analysent les réalités sociales sombres de notre société sont mieux compris par les autres universitaires, certainement sous la pression de générations montantes de doctorants qui s’intéressent à ces sujets et sous la brutalité des réformes universitaires qui réveillent les esprits.

(1) Éditions Du Croquant, 2009. 389 pages, 22 euro.
Entretien réalisé par Marie Barbier


 

L'archevêque Tutu: "Les Arabes ont payé pour les crimes de l'Allemagne".

C'est le Lauréat prix Nobel de la paix, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu qui a répondu aux propos du Premier ministre israélien à Berlin, usant une énième fois de l'holocauste pour justifier " le droit d'Israël à se défendre": "la leçon qu'Israël doit tirer des leçons de l'Holocauste est qu'il ne pourra jamais obtenir la sécurité à travers les clôtures, les murs et les fusils ", a-t-il déclaré au quotidien israélien Haaretz jeudi.

Reprenant à l'appui l'expérience que l'Afrique du sud avait vécue durant l'apartheid, il a précisé: "en Afrique du Sud, ils ont essayé d'obtenir la sécurité du canon d'un fusil. Ils n'ont jamais obtenu gain de cause. Ils n'ont obtenu la sécurité que lorsque les droits humains de tous ont été  reconnus et respectés ".
En compagnie de compères de l'organisation des Sages, fondée par l'ex-président sud-africain Nelson Mandela, l'archevêque Tutu venait de clore une visite au mur de séparation que l'entité sioniste est en train d'ériger en Cisjordanie occupée.


Estimant que "l'Occident est rongé par la culpabilité et de regret envers Israël à cause de l'Holocauste, comme il se doit", il a considéré qu'en revanche "la pénitence est payée par les Arabes, et par les Palestiniens en particulier": "Une fois, j'ai rencontré l'ambassadeur allemand et je lui ai dit que l'Allemagne est coupable de deux torts. L'un était ce qu'ils ont fait aux Juifs. Et maintenant les souffrances des Palestiniens " a-t-il ajouté.

L'archevêque Tutu a également critiqué les organisations juives aux États-Unis, leur reprochant "d'intimider quiconque qui critique l'occupation en se précipitant pour les accuser d'antisémitisme". Il a rappelé comment ces organisations de pressions dans les universités américaines avaient annulé ses apparitions sur leur campus.

«C'est dommage, parce que mes propres positions sont en fait issues de la Torah. Vous savez que Dieu vous a créé à l'image de Dieu. Et nous avons un Dieu qui prend toujours parti en faveur des opprimés» a-t-il regretté.

Tutu a également commenté l'appel lancé par le professeur à l'Université de Ben-Gourion,  Neve Gordon pour appliquer des sanctions sélectives contre Israël. «Je dis toujours aux gens que les sanctions étaient importantes dans le cas sud-africain pour plusieurs raisons. Nous avons eu un boycott sportif, et puisque nous sommes un pays fou de sport, il a frappé
les gens ordinaires. Ce fut l'un des instruments les plus puissants psychologiquement. Deuxièmement, il fallait effectivement frapper les poches du gouvernement sud-africain. Je veux dire, quand nous avons eu l'embargo sur les armes et le boycott économique."

Selon lui, ces sanctions ont "donné l'espoir à notre peuple que le monde s'en souciait".

Évoquant les similitudes entre les deux expériences sud-africaine et palestinienne, l'archevêque anglican a tenu à rappeler que les sud africains étaient eux aussi à la merci des militaires pour traverser les barrages (…).
 
"Mais d'un autre côté, nous n'avions pas de châtiment collectif. Nous n'avons pas eu la démolition de maisons en raison de la suspicion que l'un des membres d'une famille, d’un ménage pouvait  être un terroriste " a-t-il toutefois signalé, démarquant les deux expériences. (…)

http://www.almanar.com.lb


 

En ce temps-là…: "Le 6 novembre 1887 : mort d’Eugène Pottier, l’auteur de l’ « Internationale »."

Le 6 novembre 1887, mourait Eugène Pottier, que l’on peut considérer comme le chansonnier socialiste le plus important du siècle dernier. Mais si l’on connaît le destin prodigieux de l’ « Internationale », que sait-on de l’œuvre et de la vie de son auteur ?

Ancien élève des Frères, tour à tour apprenti emballeur chez son père, chansonnier de «  goguette », commis papetier, pauvre pion crasseux et déguenillé dans une petite école du faubourg Montmartre, il était devenu finalement dessinateur sur étoffe.

Très tôt, il avait taquiné la muse et, influencé par Béranger, après une période épicurienne, il s’était orienté vers la chanson ouvrière, gagné d’abord par les théories du communisme égalitaire de Gracchus Babeuf, par les idées d’association de Fourier, ensuite.

Mais, ne pouvant vivre du produit de la vente de ses œuvres publiées sur des feuilles volantes, dans des fascicules ou des journaux, il n’allait jamais abandonner le métier qu’il pratiquait entre temps.

Rallié aux côtés des insurgés en 1848, il devait se montrer un adversaire irréductible de l’Empire et Nadaud, qui l’avait entendu chanter dans un cabaret, à cette époque, allait pendant trente-cinq ans et sans succès « fatiguer du nom de Pottier les échos littéraires et chansonniers ».

En 1864, il se trouvait à la tête d’un atelier qui lui assurait une bonne aisance.

Mais quel original que ce patron socialiste, disciple passionné de Fourier que ses confrères ne pouvaient supporter ! En effet, n’avait-il pas fondé la Chambre syndicale des ateliers de dessin, en 1867, qu’il avait affiliée à l’Association internationale des travailleurs – la première Internationale ?

Signataire de l’appel au peuple allemand en faveur de la paix, le 12 février 1870, il était, pendant le siège de Paris, adjudant élu, puis membre du Comité central de la garde nationale et s’affirmait alors partisan de la guerre à outrance.

Le 18 mars 1871, à la proclamation de la Commune, Eugène Pottier se retrouvait comme délégué à l’Internationale et à la Fédération parisienne des sociétés ouvrières.

Aux élections complémentaires du 16 avril, rendues nécessaires pour remplacer certains élus du 26 mars, il décrochait 3.352 voix sur 3.600 votants et était désigné comme membre de la commission des Services publics de qui relevaient les postes, les télégraphes, la voirie.

Mais laissant à d’autres la charge d’une telle administration, il se consacrait essentiellement aux fonctions de maire du II ème arrondissement.

Bien qu’atteint d’une maladie nerveuse et partiellement paralysé, cet homme animé par un idéal généreux allait se dépenser sans compter, prendre ses responsabilités lorsqu’il s’agit de nommer le comité de Salut public, et courir les risques suprêmes quand sonna l’agonie de la Commune.

Après la semaine sanglante du 22 au 28 mai 1871, il se réfugia en Angleterre puis aux Etats-Unis jusqu’à l’amnistie de 1880.

A son retour en France, il collabora au « Socialiste » de Jules Guesde et Paul Lafargue dont il soutient les efforts pour la formation du Parti ouvrier français.

Poète révolutionnaire, Eugène Pottier a chanté la Commune et la lutte du prolétariat.

Jules Vallès a comparé la production de cette époque, par sa force, à celle des « Châtiments » du Victor Hugo. Pourtant, la renommée ne devait l’atteindre qu’à la veille de sa mort, grâce à un recueil, « Quel est le fou », publié avec l’aide financière du chansonnier Gustave Nadaud.

L’ « Internationale », écrite en juin 1871, est l’un des textes les plus riches au point de vue idéologique. « Elle offre cet avantage, a noté A. Zévaès, qu’elle condense en six couplets les conceptions essentielles du prolétariat socialiste ».

C’est un tourneur belge, Pierre Degeyter qui, un an après la mort d’Eugène Pottier, devait composer une musique parfaitement adaptée aux nécessités du chant de combat.

Ainsi, en moins de trente ans, l’ « Internationale »  allait devenir l’hymne du mouvement socialiste international.

Pierre-Jean SCHAEFFER
« L’action mutuelliste »


 

Vote historique des syndicats britanniques en faveur du boycott d’Israël

Dans une décision historique, les syndicats britanniques ont voté à une écrasante majorité la décision de mettre en œuvre un mouvement de masse pour boycotter, désinvestir et sanctionner Israël jusqu’à l’obtention d’un accord négocié fondé sur la justice pour les Palestiniens.

Communiqué du 17 septembre 2009

"La motion a été votée lors du TUC (Trade Union Congress) au Congrès Annuel 2009 de Liverpool ce jeudi, par des syndicats représentants 6,5 millions de travailleurs anglais.

Hugh Lanning, président de la Campagne de Solidarité avec la Palestine , a déclaré : « Cette motion est le point culminant des motions passées dans les congrès syndicaux cette année, à la suite des violences lors de la guerre sauvage d’Isarël contre Gaza, et reflète la montée massive du soutien en faveur des droits des Palestiniens. Nous avons travaillé avec les TUC pour développer une campagne massive de boycott des produits israéliens, en particulier les produits agricoles qui sont produits dans les colonies israéliennes illégales, dans la Cisjordanie palestinienne ».

De plus, la motion engage le Conseil Général des TUC à faire pression sur le gouvernement britannique pour qu’il mette un terme aux ventes d’armes à Israël, et qu’il soutienne les mouvements pour la suspension des accords économiques entre l’Europe et Israël. Les syndicats ont aussi encouragé le désinvestissement des entreprises qui profitent des 42 ans d’occupation israélienne à Gaza et en Cisjordanie.

La motion a été présentée par l’Union des Compagnies de Pompiers. Les syndicats les plus importants de grande-Bretagne, dont Unite, le syndicat du secteur public, et UNISON, qui représente les travailleurs des services de santé, ont voté en faveur de la motion.

La motion a également condamné les déclarations de l'Histadrut, le syndicat israélien, qui soutient la guerre d’Israël contre Gaza qui a tué 1450 Palestiniens en trois semaines, et a appelé les TUC à revoir leurs relations avec l’Histadrut.

Les syndicats britanniques rejoignent ainsi ceux d’Afrique du Sud et d’Irlande dans leur vote pour qu’une campagne massive de boycott soit utilisée comme outil capable de ramener Israël dans la droite ligne du droit international, et l’obliger à respecter les résolutions de l’ONU qui encouragent justice et égalité pour le peuple palestinien."

(Traduit Par Carole SANDREL pour CAPJPO-EuroPalestine) - Palestine Solidarity Campaign


 

Pourquoi cette expression : "la peau des couilles" ?


Voilà l'histoire réelle d'une expression connue de tous, mais très souvent mal orthographiée .Par un beau jour d'automne 1820, le duc de Mirnouf, passionné par la chasse mais frustré par le maigre gibier qu'il ramenait de ses pérégrinations forestières, imagina qu'il devait être possible de fabriquer un outil apte à lui faciliter la tâche et rendre plus plaisante sa traque des animaux.

Il convoqua tous les artisans de la contrée pour mettre au concours la concrétisation de cette idée et leur laissa deux mois pour fabriquer le plus inventif et le plus efficace des appareils. A peine une semaine plus tard, un marchand du nom de Marcel Écouille, se présenta au château clamant à qui voulait l'entendre qu'il possédait ce dont le duc rêvait.

Il obtint sans peine une audience auprès du noble seigneur et s'empressa de lui faire la démonstration de sa merveille.

Devant une assemblée dubitative mais curieuse, il sortit de sa poche un minuscule sifflet (un appeau) et le porta à la bouche pour produire un son strident qui aussitôt imposa le silence parmi les personnes présentes.

A peine quelques secondes plus tard, des dizaines d'oiseaux de toutes sortes s'étaient approchés et virevoltaient autour de lui, comme attirés et charmés par cette étrange mélodie. Le duc imagina sans peine le profit qu'il pouvait tirer d'un tel accessoire lors des ses futures chasses. Il s'éclaircit la gorge et ne prononça qu'une seule phrase : « Combien cela va-t-il me coûter? »

Marcel Écouille, sûr de lui, répondit qu'il accepterait de se séparer de son objet en échange de la moitié de la fortune de son interlocuteur. Cette requête fit sourire l'assemblée mais le duc garda tout son sérieux et accepta la transaction.

La nouvelle fit grand bruit et se répandit vite bien au delà des limites du duché. Un marchand avait vendu un sifflet pour une somme astronomique au Duc qui en paya le coût sans broncher.

Ainsi, cette anecdote a subsisté dans la langue française pour qualifier les objets hors de prix : « Ca coûte l'appeau d'Écouille ». ET NON PAS LA PEAU DES COUILLES. »

Un peu de culture, ne peut pas faire de mal.

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20/10/2009

Nouvelles n° 133

Entretien avec Jean Ziegler : « Cet ordre du monde n'est pas seulement meurtrier, il est absurde »

Ziegler_3_textePourfendeur des déséquilibres du monde, dans la Haine de l’Occident, il plaide pour un nouveau contrat social planétaire fondé sur la solidarité et le dialogue entre le Sud et l’Occident.

Ex-rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler est aujourd’hui membre du comité consultatif du conseil des droits de l’homme de l’ONU. Son dernier livre, la Haine de l’Occident (Albin
Michel), est un réquisitoire sans appel contre « le capitalisme globalisé et de l’ordre cannibale qu’il impose à la planète ».

Le débat s’aiguise quant à la nature de la crise. D’aucuns considèrent que, plus qu’une crise du système financier auquel il faudrait apporter des corrections, nous sommes face à une crise pluridimensionnelle, certains la qualifiant même de civilisationnelle. Partagez-vous ce point de vue ?

Jean Ziegler. Oui. C’est le démasquage du capitalisme de la jungle. Il y a, d’une part, la souffrance des travailleurs américains : 25 millions de familles expulsées de leur logement depuis mars auxquels s’ajoutent 10 000 locataires expulsés chaque jour depuis septembre.

Des milliers de fonds de pensions sont partis en fumée. En France, le chômage augmente rapidement. Les budgets sociaux vont se réduire. Il faut prendre la mesure de ces désastres inadmissibles qui vont suivre. Dans le même temps, nous assistons à un fait extraordinaire : les masques du néolibéralisme sont tombés. Les théories de légitimation du capitalisme actuel sont en miettes, à savoir l’autorégulation du marché, la libéralisation de tous les mouvements de capitaux, de services et de marchandises, la privatisation de tous les secteurs publics, la prétention selon laquelle les lois économiques sont des lois de la nature, la diffamation de l’État national et de sa force normative. Cet ultralibéralisme, qui réduit à l’impuissance les travailleurs, est aux abois. Sont apparus les vrais acteurs de la « main invisible » contre laquelle, nous disait-on, nous ne pouvions rien : les prédateurs, les spéculateurs, les oligarchies du marché financier dont le seul moteur est l’avidité, le cynisme, un goût obsessionnel du pouvoir. Ce démasquage ouvre la voie à une prise de conscience sur la véritable nature du capitalisme globalisé et de l’ordre cannibale qu’il impose à la planète.

À vos yeux, a-t-on pris la mesure de l’impact de cette crise sur les pays du Sud ?

Jean Ziegler. « Lorsque les riches maigrissent, les pauvres meurent », dit un proverbe. La faim dans le monde augmente d’une façon vertigineuse. Toutes les cinq secondes un enfant de moins de dix ans meurt de faim dans le monde et 100 000 personnes meurent chaque jour de la faim ou de ses suites immédiates. 923 millions d’êtres humains, plus d’un homme sur six, sont en permanence gravement sous-alimentés. Ce massacre quotidien de la faim s’intensifie. Dans le même temps, le président Nicolas Sarkozy a réduit massivement les aides publiques au développement. En Afrique, les projets sont suspendus. L’ONU a identifié huit tragédies à éliminer prioritairement. Ce sont les objectifs du millénaire à réaliser d’ici à 2015: éradiquer l’extrême pauvreté et la faim; assurer à tous les enfants en âge scolaire un enseignement de base; promouvoir l’égalité entre les sexes et l’autonomie des femmes; réduire la mortalité infantile, améliorer la santé des mères; combattre le sida, la malaria et d’autres épidémies; garantir la protection de l’environnement; établir un pacte mondial pour le développement. Ces objectifs ont été chiffrés à 82 milliards de dollars annuels sur cinq ans. Depuis 2000, l’Occident dit qu’il n’a pas d’argent. Or, le 12 octobre dernier, à l’Élysée, en trois heures et demie, les 27 pays de l’Union européenne ont libéré 1 700 milliards d’euros pour le crédit interbancaire et pour augmenter le plancher du capital propre des banques de 3 % à 5 %. Pour éliminer les huit tragédies qui frappent les pays du tiers-monde, il suffirait de 1 % de ces 1 700 milliards. Cet ordre du monde n’est pas seulement meurtrier, il est absurde.

Le sommet du G20 à Washington prétend élaborer des réponses à cette crise mondiale. On le sait, les pays du Sud y seront les grands absents. Cette exclusion ne risque-t-elle pas d’accroître « la haine raisonnée » du Sud contre l’Occident que vous évoquez dans votre dernier ouvrage ?

Jean Ziegler. Sans aucun doute. « Ils ont enlevé le casque mais, en dessous, leur tête est restée coloniale », dit Régis Debray. L’Occident mène une politique suicidaire. Depuis cinq cents ans, les Blancs, qui ne représentent aujourd’hui que 13 % de la population de la planète, ont dominé le monde à travers des systèmes d’oppression successifs : le génocide des Indiens avec la conquête de l’Amérique, le commerce triangulaire des puissances esclavagistes pour le pillage des ressources premières, la déportation de 400 millions d’Africains, puis l’occupation coloniale et ses massacres et, finalement, l’ordre du monde du capitalisme globalisé. Edgar Morin écrit : « La domination de l’Occident est la pire de l’histoire humaine dans sa durée et son extension planétaire. » La haine de l’Occident a essentiellement deux sources. D’abord cette mystérieuse et formidable renaissance mémorielle à laquelle personne ne s’attendait.

L’esclavage a été aboli il y a cent vingt ans, le dernier pays à l’avoir fait étant le Brésil en 1888. Le colonialisme également, il y a environ cinquante ans. Et c’est pourtant seulement maintenant que cette mémoire blessée, cette mémoire des horreurs subies, devient conscience. Elle devient revendication de réparation et revendication de repentance. Souvenons-nous de cette scène extraordinaire de décembre de 2007 où Nicolas Sarkozy arrive pour signer un certain nombre de contrats en Algérie. Le président Bouteflika lui dit en préalable : « D’abord vous vous excusez pour Sétif », ce massacre du 8 mai 1945 où des milliers d’Algériens, femmes et enfants, ont été exécutés par l’armée française alors qu’ils manifestaient pacifiquement. Nicolas Sarkozy lui répond qu’il n’est pas venu pour la « nostalgie ». Bouteflika lui rétorque : « La mémoire avant les affaires.» Et les accords ne seront pas signés. Il y a irruption d’une force radicalement nouvelle dans l’histoire : la revendication mémorielle.

En Bolivie, en 2006, l’élection démocratique d’un Indien à la présidence pour la première fois depuis cinq siècles est le pur fruit de cette renaissance mémorielle. La deuxième source est le rejet total du capitalisme globalisé dont sont victimes les peuples du Sud. Renaissance mémorielle et refus absolu du dernier système d’oppression sont à l’origine de cette haine raisonnée.

Vous affirmez dans votre livre que « les peuples de l’hémisphère Sud ont décidé de demander des comptes ». À qui vont-ils les adresser ?

Jean Ziegler. À l’Occident bien sûr. Mais l’Occident reste sourd et aveugle aux revendications mémorielles du Sud. Voyez le scandaleux discours de Sarkozy à Dakar en juillet 2007 ou l’échec de la Conférence mondiale sur le racisme à Durban en 2001.

En responsabilisant ainsi l’Occident, cela ne revient-il pas à dédouaner les gouvernements des pays du Sud, qui sont eux aussi acteurs du capitalisme, de leur propre responsabilité ?

ziegler livreJean Ziegler. Oui, l’exemple de l’effroyable régime nigérian, dont je parle longuement dans mon livre, en atteste. Le Nigeria est le huitième producteur de pétrole au monde, le premier en Afrique. C’est le pays le plus peuplé du continent avec 147 millions d’habitants. L’espérance de vie n’y est que de quarante-sept ans. Plus de 70 % de la population vit dans une situation d’extrême pauvreté. La sous-alimentation est permanente. Il y a absence d’écoles, de services sanitaires. Tout cela en raison de la corruption endémique des dictateurs militaires qui se sont succédés au pouvoir depuis 1966. Le lien de confiance entre les citoyens et l’État est brisé par la corruption et le pillage. Mais les responsabilités sont partagées. Les sociétés pétrolières qui exploitent les immenses richesses du pays, Shell, ELF, Exxon, Texaco, Repsol…, sont les complices actifs des généraux. Les sociétés pétrolières favorisent la corruption parce qu’elle les sert. Lorsqu’on négocie le partage des richesses et des biens, il est infiniment plus favorable d’avoir des corrompus en face de soi qu’un gouvernement démocratiquement élu qui défend l’intérêt public. Je condamne la corruption. Les généraux d’Abuja sont des truands mais, dans le même temps, il convient de voir l’origine du fléau et la manière dont les complices maintiennent en place les corrompus.

Vous affirmez que la barbarie capitaliste montre son vrai visage. Sur quoi cela peut-il déboucher ?

Jean Ziegler. La conscience collective va entrer dans un processus d’apprentissage et d’analyse. La riposte sociale va s’organiser. Nous vivons actuellement une situation très favorable au mouvement. La France est certes socialement injuste, mais c’est une démocratie vivante. L’information circule. La liberté de la presse est garantie. Donc, la raison analytique peut se mettre en marche. Les délocalisations, par exemple, trouvent leur origine dans le dumping social. Face à cela, la réaction des salariés a souvent été la résignation : «On ne peut rien faire, c’est le marché qui décide. » Il y avait une aliénation très profonde des classes travailleuses face à la « main invisible » du marché. Beaucoup de travailleuses et de travailleurs avaient fini par croire inéluctables le chômage, la dérégulation et la flexibilité du travail. Pendant ce temps, ces dix dernières années, la protection sociale des salariés a fondu comme neige au soleil. Or ces mensonges se sont effondrés. La main invisible est finalement devenue visible : c’est celle des prédateurs. Comment va s’organiser cette riposte sociale ? Nous ne le savons pas encore, mais c’est la question centrale.

Au rang des mesures d’urgence à prendre face à la crise, est-il possible de créer une réglementation des paradis fiscaux ?

Jean Ziegler. Il faut les éliminer totalement. C’est l’une des mesures les plus urgentes à prendre. Il faut également abolir le secret bancaire et rétablir la prééminence du secteur public lorsqu’il s’agit de services publics, renverser les privatisations, imposer une normativité stricte aux capitaux, interdire les délocalisations et réguler la Bourse pour éviter la spéculation. Il est certain que les oligarchies financières qui fonctionnent exclusivement à la maximalisation du profit doivent être soumises à la normativité de l’État. Le libre-échange est un mal quand l’État perd sa force normative. L’intérêt du pays, ce sont la justice sociale, la sécurité de l’existence, une fiscalité progressive garantissant une redistribution du revenu national, la priorité absolue à la sécurité de l’emploi, à la distribution équitable des ressources et à la démocratie sociale.

Croyez-vous qu’un front commun des peuples du Sud et de l’Occident soit possible ?

Jean Ziegler. Je suis certain que ce processus va déboucher sur un nouveau contrat social planétaire. Le contraire du marché autorégulé est la loi. Jean-Jacques Rousseau écrit dans le Contrat social : « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et c’est la loi qui libère. » Je suis absolument certain que les peuples occidentaux vont comprendre que l’inhumanité infligée aux autres détruit l’humanité qui est en eux. Nous sommes doués d’impératifs moraux, de conscience d’identité. Cet ordre cannibale du monde, ce règne des prédateurs, reconnaissable au massacre quotidien de la faim, n’est plus acceptable pour les citoyennes et citoyens de l’Occident. La preuve est faite, avec la mobilisation de fonds colossaux pour les banques, qu’il existe une disponibilité énorme de richesses pour faire front à la surexploitation et à la misère abyssale de tant de peuples du Sud. Un nouveau contrat de solidarité et de dialogue entre le Sud et l’Occident va s’élaborer par des peuples libérés de leur aliénation.

Les risques que cette crise n’approfondisse les inégalités déjà existantes ou ne favorise la réaction sont réels. N’est-ce pas là faire preuve de trop d’enthousiasme ?

Jean Ziegler. Je connais l’argument. Le krach boursier de 1928 et la crise économique mondiale ont donné naissance au fascisme dans plusieurs pays européens. Mais le fascisme est né de l’humiliation d’une défaite, celle de l’Allemagne au sortir de la Première Guerre mondiale, d’un désir de revanche. Les vainqueurs occidentaux ont laissé faire, préférant le fascisme au bolchevisme et à la révolution, dont les élites bourgeoises avaient une peur panique. Le monde était encore largement colonial. Nous ne sommes pas du tout dans cette configuration. Ce qui menace aujourd’hui, si l’Occident ne se réveille pas, c’est la haine pathologique de groupuscules issus du Sud et le racisme violent se développant en Occident. Mais ces dangers peuvent être conjurés. Dans le Talmud de Babylone, il y a cette phrase mystérieuse : « L’avenir a un long passé. » Il faut que l’Occident accueille la résurgence mémorielle du Sud, reconnaisse les crimes commis, pratique la réparation. Et puis, surtout qu’il consente à démanteler l’ordre cannibale du monde, à passer du capitalisme à la civilisation. Barack Obama arrive au pouvoir dans un empire agressif, surarmé, revendiquant l’hégémonie militaire, économique et politique de la planète. Pourra-t-il démanteler les structures impériales et inaugurer une politique internationale basée sur la réciprocité, la complémentarité entre les peuples, en bref, une politique soumise aux normes du droit international ? J’en doute. La mobilisation des forces sociales en Europe et dans le Sud, la résistance à la restauration du capitalisme de la jungle seront indispensables pour qu’une civilisation humaine naisse sur notre planète. Mais la formidable résurgence mémorielle des Afro-Américains, qui a rendu la victoire électorale d’Obama possible, constitue déjà à elle seule un espoir.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe dans l’Humanité


 

 

Lettre au président d'Israël

Monsieur le Président de l'Etat d'Israël,

yad-vashem-hall-of-namesJe vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale. Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens. Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.
 
Jean-Moïse Braitberg, écrivain.


 

UNE PANDEMIE DE PROFIT

pandémieQuels sont les intérêts économiques derrière cette grippe porcine dont on nous rabat les oreilles ?

*1 million de personnes* par an meurent dans le monde de la MALARIA, qui pourrait être prévenue avec un simple moustiquaire. Les journaux n’en parlent pas!

*2 millions d’enfants* par an meurent dans le monde de la DIARRHÉE, alors que l’on pourrait l'éviter avec un banal sérum pour 0€25 la dose. Les journaux n’en parlent pas!

*10 millions de personnes *par an meurent de la
ROUGEOLE, PNEUMONIES et INFIRMITÉS, que l’on pourrait les guérir avec de simples vaccins. Les journaux n’en parlent pas! 

 Mais il y a de cela 10 ans, quand *la fameuse grippe aviaire* est  apparue... Les journaux mondiaux nous ont inondés d’informations à ce sujet... :

*Une épidémie, la plus dangereuse de toutes... Une PANDEMIE ! On ne nous parlait que de la terrifiante maladie des volatiles, et pourtant, la grippe aviaire a causé la mort de quelques 250 personnes en 10 ans... 25 morts par an.

*La grippe commune*, tue un demi million de personnes par an, dans le monde, un demi million contre 25 !

Un moment... Un moment s’il vous plaît ! Alors, pourquoi un tel remue ménage, un scandale autour de la grippe aviaire? Parce que derrière les poulets il y avait un "Coq", un coq à grande crête, l’entreprise pharmaceutique internationale ROCHE avec son fameux TAMIFLU vendu à des millions de doses aux pays asiatiques.

Bien que l’efficacité du Tamiflu soit douteuse, le gouvernement britannique en a acheté pour 14 millions de doses pour protéger sa population.

Grâce à la grippe aviaire, ROCHE et RELENZA, les deux des plus grosses entreprises pharmaceutiques qui vendent les antiviraux, ont obtenu des millions de dollars de bénéfices.

Alors, en avant avec les oiseaux et maintenant avec les porcs. Eh oui! Maintenant commence la psychose avec la grippe porcine. Et tous les médias du monde ne parlent que de çà, et je me demande si derrière les cochons il y avait un "Coq"... Ou plutôt un "Gros Porc"?

L’entreprise nord-américaine Gilead Sciences détient le brevet du Tamiflu. Le principal actionnaire de cette entreprise n’est autre que le sinistre, Donald Rumsfeld , secrétaire d’état à la défense de Georges Bush, *l’artisan de la guerre contre l’Iraq...

Les actionnaires des entreprises pharmaceutiques ROCHE et RELENZA doivent se frotter les mains, ils doivent être heureux avec les millions de nouvelles ventes du Tamiflu.

La véritable pandémie est celle de l’argent, les énormes bénéfices de ces mercenaires de la santé. Sans nier les précautions nécessaires qui sont en train d’être prises par tous les Pays du globe, mais si la grippe porcine est une pandémie aussi terrible que l’annoncent les médias.

Si l’*OMS* se préoccupe tant de cette maladie, pourquoi ne la déclare-t-on pas cette pandémie comme un problème mondial de santé publique.

Pourquoi ne pas autoriser la fabrication de médicaments génériques pour la combattre ? Se passer momentanément des brevets des entreprises ROCHE et RELENZA et distribuer les médicaments génériques gratuitement à tous les pays, et plus particulièrement aux pays les plus pauvres.

Ne serait-ce pas la meilleure solution, ou alors c'est une farce et aucune menace réelle ne pèse sur le genre humain !

Avez- vous remarqué que malgré le très grand risque lié à la prolifération de cette maladie, aucune précaution n'est prise à l'égard des destinations à risques?

Aucun média ne se fait le relais de la prévention ni ne met sérieusement les gens en garde comme le voudrait le bon sens.

Demande-t-on aux gens d'éviter de se rendre aux Etats-Unis? *Non*!

Que fait-on concrètement pour enrayer le risque de s'engager dans une pandémie? *Rien*!

Pourquoi? On est inscrits dans un contexte de crise financière ayant entraîné une crise économique, une des plus grave que l'on ait connue.

Pour détourner l'attention du peuple et sa méfiance, relancer l'économie "florissante" et ultralibérale avec les mêmes personnes qu'avant, il faut une situation de crise visant les personnes dans leur intégrité physique.

On sait tous qu'en temps de crise, les gens se jettent sur les magasins pour faire des stocks de tout et de rien, la preuve, certains font déjà des listes de survie pour pandémie. On a vu ça avec les différentes guerres au 20ème siècle, les gens vont naturellement acheter plus et font des réserves.

Une guerre mondiale ne pouvant être déclarée (logique) rien de tel qu'une bonne pandémie!

Sur internet


 

De l’indignation sélective de la Communauté internationale

kyi-270La condamnation d’Aung san Suu Kyi par la junte birmane soulève les protestations justifiées de la Communauté internationale. L’auteur de l’éditorial du «Soir» de ce mercredi 12 août fustige la junte militaire birmane et demande à l’Europe de durcir ses sanctions à l’encontre de la Birmanie afin de lui faire comprendre que l’on ne lésine pas sur ce chapitre. Je ne puis être que d’accord avec cette position.

Sous l’édito, figure la rubrique « l’acteur »  qui met en lumière le cas de Salah Hamouri, ce Palestinien maintenu en détention administrative en Israël depuis 2005. Actuellement, 11.000 Palestiniens  croupissent dans les prisons israéliennes. Selon un rapport de l’ONU Des femmes et des enfants mineurs seraient également emprisonnés.  La Communauté internationale est curieusement muette sur ce sujet.

Mieux, suite aux des dernières élections législatives israéliennes trois ministres d’extrême droite font désormais partie du gouvernement israélien. Or en 2000, suite aux récentes élections, l’Autriche intégrait également des ministres d’extrême droite au gouvernement. La réaction ne s’est pas fait attendre : le commissaire européen Louis Michel criait haro sur le baudet et en appelait au boycott à l’égard de l’Autriche.

Rien de tel à l’égard d’Israël ! Au contraire, l’Etat d’Israël est désormais un partenaire privilégié de l’Union européenne !  Ça doit être ça, les fameuses « nuances de l’Europe», citées dans l’édito qui précède….

Freddy Guidé


 

Gaza: les témoignages accablants des soldats israéliens

Palestine-Soldat-Israelien-1-2Le quotidien Haaretz a publié des extraits des compte-rendu faits par les militaires de l'Etat hébreu après le conflit dans le territoire palestinien. Ils font notamment état de tirs injustifiés ayant provoqué la mort de civils.

Les nombreux témoignages palestiniens sur les exactions israéliennes lors de la récente opération militaire à Gaza, sont, pour la première fois, relayés par ceux de militaires israéliens. Les récits de ces soldats, ayant participé à l’Opération Plomb durci contre le Hamas en janvier dernier, font notamment état de tirs injustifiés ayant provoqué la mort de civils palestiniens, en raison du laxisme des règles d’engagement.

Ces témoignages, issus de discussions organisées en février par l’académie militaire dans laquelle avaient été formés les soldats, ont été publiés dans la lettre d’information de l’académie. Le quotidien israélien Haaretz en a publié des extraits et les publiera vendredi dans leur intégralité dans son supplément du week-end.

«Mon officier a envoyé des hommes sur le toit pour la tuer» Parmi les témoignages, figure le cas d’une mère de famille, tuée avec ses deux enfants, parce qu’elle s’était trompée de chemin en suivant les ordres des soldats. «Le tireur d’élite a vu une femme et des enfants s’approcher de lui et entrer dans la zone dans laquelle on lui avait dit que personne ne devait pénétrer. Il a tiré et les a tués», relate un chef de brigade. «D’après les discussions que j’ai eues avec mes hommes, […] le sentiment général prévalait que la vie des Palestiniens était beaucoup moins importante que la vie de nos soldats», ajoute-t-il.

Un autre témoignage fait état d’une vieille femme Palestinienne tuée alors qu’elle traversait une rue non loin d’un immeuble tenu par des soldats israéliens. «Je ne sais pas si elle était ou non suspecte, je ne connais pas son histoire. Ce que je sais, c’est que mon officier a envoyé des hommes sur le toit pour la tuer», relate un soldat.

Le directeur de l’académie militaire, Dany Zamir, a expliqué qu’en organisant les discussions sur la conduite de l’offensive israélienne, il ne s’attendait pas à de tels témoignages. «Nous pensions que les soldats allaient nous parler de leurs expériences personnelles pendant la guerre et des leçons qu’ils en avaient tirées, nous ne nous attendions absolument pas à ce que nous avons entendu. Cela a été un choc», a-t-il dit. Après avoir entendu les témoignages, Zamir en a immédiatement rendu compte au chef d’Etat-Major Gabi Ashkenazi qui a ordonné le lancement d’une enquête.

L'article a provoqué un début de polémique en Israël «Les soldats ne mentent pas pour la bonne raison qu’ils n’ont aucune raison de le faire», commente Amos Harel, le journaliste d’Haaretz à l’origine de la publication des témoignages. «Il y a une continuité des témoignages provenant de différents secteurs qui fait émerger une image troublante et déprimante. L’armée rendrait service à tout le monde, et à elle-même en premier lieu, si elle prenait au sérieux les accusations de ces soldats et menait une enquête en profondeur […] Il est possible qu’il y ait quelques exagérations ou erreurs dans ces témoignages mais ils constituent la preuve, de première main, de ce que la plupart des Israéliens préfèrent ne pas voir. Ils décrivent la manière dont l’armée a mené sa guerre contre des terroristes armés, avec une population de 1,5 million de civils coincés au milieu», estime le spécialiste militaire du quotidien de gauche.

Son article a provoqué de nombreuses réactions et un début de polémique en Israël. Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a défendu l’éthique et les actions de l’armée lors de l’offensive contre le Hamas, qui a fait 1.300 morts et 5.000 blessés palestiniens, selon un bilan des services médicaux palestiniens. «L’armée israélienne est la plus morale du monde, et je sais de quoi je parle car je sais ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak», a-t-il dit à la radio publique israélienne. «Bien sûr, il peut y avoir des exceptions et tout ce qui a pu être dit va être vérifié», a assuré Ehud Barak.

De leurs côtés les représentants arabes israéliens à la Knesset, le parlement israélien, Ahmed Tibi et Mohammad Barrakeh ont déclaré que les témoignages des soldats étaient la «preuve qu’Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza».

Le correspondant de Libération


 

 

La colère des pauvres

indeDans une petite usine de Noida en Inde, zone industrielle à la périphérie de New Delhi, l’affrontement a pris une tournure dramatique. Deux cents ouvriers ont lynché à mort leur ancien patron à coups de barres métalliques.

Leur grief ? Le boss, après les avoir licenciés, refusait de les réintégrer en leur signant un contrat à durée indéterminée.

En Inde, la plupart des entreprises refusent de régulariser leurs employés pour éviter les augmentations de salaires et par crainte de ne pouvoir les congédier plus tard, si le contexte économique se durcit. La loi du travail rend les licenciements quasiment impossibles. Les employés indiens, notamment les moins formés, sont donc condamnés à travailler au jour le jour, sans protection sociale.

D’après un rapport publié par la commission parlementaire sur le travail, 92 % des 457 millions d’employés ne sont pas protégés. « Le temps est venu de lancer un système de sécurité sociale qui bénéficierait à tous les employés qui travaillent au noir  », réclamait récemment un rapport de la Commission nationale des entreprises du secteur informel. Une loi pour mieux protéger ces travailleurs, est débattue actuellement au Parlement. Elle prévoit la création d’un fonds national destiné à les couvrir en cas de maladie, d’accident de travail et de maternité.

Seize ans après le décollage de son économie, l’Inde pourrait bientôt offrir, pour la première fois, à tous ses travailleurs, un système de sécurité sociale.

Extrait de Marianne



 

Est-ce qu'on va leur enseigner que la nuit du 4 août 1789, c'était l'abolition des privilèges ?

petit louisLorsque l'on sait que Petit Louis (le dernier rejeton Sarkozy) est scolarisé depuis septembre à Dubaï... Pendant que le gouvernement ratiboise les effectifs des profs, Sarkozy veut imposer une réforme géniale. Il a décidé d'offrir aux expatriés la gratuité des écoles et lycées français de l'étranger. Un cadeau sympa, non ? Sauf qu'il va surtout profiter aux plus aisés, et que l'addition, pour l'Etat, s'annonce carabinée. Ces écoles, très cotées étaient jusqu'à présent payantes. Certains lycées sont des établissements publics, d'autres, privés sous contrat. En tout 160 000 élèves y sont scolarisés, dont 80 000 français. Sous la tutelle du Quai d'Orsay, chaque établissement fixe assez librement ses tarifs et ça atteint des sommets: 5 500 euros l'année à Tokyo, 6 500 à Londres, 15 000 à New York et 17 000 euros -le record- à San Francisco.

Au diable l'avarice! Pour les expatriés modestes, un système de bourses plutôt généreux est déjà en place. A New York, par exemple, il faut gagner moins de 65 000 euros par an -pas vraiment le smic- pour décrocher 4 500 euros d'aide. Environ un quart des élèves français bénéficient d'une bourse. Mais pour Sarko, ce n'était pas assez. Depuis l'an dernier et à la demande express de l'Elysée, l'Etat prend en charge l'intégralité des frais de scolarité des élèves français de terminale... quels que soient les revenus des parents. Plus besoin de bourse ! A la rentrée de septembre, ce sera le tour des premières, puis des secondes l'an prochain, et ainsi de suite. "

J'aurais pu commencer la gratuité par la maternelle, a expliqué Sarko, le 20 juin dernier, devant la communauté française d'Athènes. Mais j'ai voulu commencer par l'année la plus chère pour que vous puissiez constater la générosité des pouvoirs publics français." Encore merci !

Mais générosité pour qui ? A Londres, l'une des familles concernées par ce généreux cadeau déclare plus de 2 millions d'euros de revenus annuels. Et deux autres gagnent plus d'un million. Jusqu'alors, une partie du financement était assurée par des grandes entreprises françaises désireuses d'attirer leurs cadres vers l'étranger. Ces boîtes, comme Darty ou Auchan, rentrent déjà leur chéquier : pourquoi payer les frais de leurs expat' si l'Etat régale ? Un coût qui fait boum Au Quai d'Orsay, l'Agence française de l'enseignement à l'étranger a simulé le coût de cette plaisanterie mais s'est bien gardé d'en publier le résultat. Lequel est tout de même tombé dans les palmes du "Canard". D'ici dix ans, appliquée du lycée jusqu'au CP (sans parler de la maternelle), la gratuité coûterait à l'Etat la bagatelle de 713 millions d'euros par an !

Intenable ! La vraie priorité, c'est l'ouverture de nouveaux établissements, pas la gratuité. Mais pourquoi Nicolas Sarkozy s'est-il lancé là-dedans ? Peut-être parce qu'il se sent personnellement concerné par la question : après avoir été annoncé à New York puis à Londres, petit Louis est finalement inscrit au lycée français de Doha... Et il va falloir payer ! Auditionné par le Sénat à la fin juin, Bernard Kouchner n'a pas nié ces menus "inconvénients". Son cabinet songe d'ailleurs à couper la poire en deux : une gratuité partielle... mais toujours sans conditions de revenus. Sauf que, pour le moment, Sarko n'en veut pas. "Je tiens beaucoup à la gratuité", s'entête-t-il à chaque déclaration à l'étranger. Sans prendre le temps de préciser comment sera financée cette très généreuse gratuité !

Article en ligne sur http://syndicats.over-blog.com/

 

 

Introduction au dossier de RésistanceS sur la Fraternité lefebvriste

A l'extrême droite de Dieu

lefebvre5hv6Par la volonté du pape Benoît XVI, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X vient d'être réintégrée au sein de l'Eglise catholique. Fondée en 1970 par Monseigneur Lefebvre (1905-1991), cette «fraternité» représente le courant intégriste catholique le plus réactionnaire. De «droite national-catholique», il est proche des idéologies fascistes et a de nombreux contacts avec l'extrême droite contemporaine. Dossier inédit de RésistanceS.be dans la galaxie intégriste catholique.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) est le résultat d'une réaction oppositionnelle virulente au Concile de Vatican II (1962 à 1965). Ce concile exceptionnel avait adapté les principes et les pratiques religieuses à l'époque moderne. En réaction, une mouvance traditionaliste va immédiatement s'organiser et refuser les nouvelles orientations du Vatican. Dès 1970, la FSSPX voit le jour. Et se développera, à partir de la Suisse, où elle a installé son fief central.

En 1988, Monseigneur Lefebvre, son dirigeant-fondateur, est excommunié par le pape Jean-Paul II, avec quatre de ses «lieutenants», après l'ordination de prêtres de façon non conforme avec les règles religieuses en vigueur. Depuis, devenus dissidents, les lefebvristes agissaient en-dehors de l'église catholique officielle.

Proches sur le plan idéologique des formes autoritaristes étatiques, les Lefebvristes se sont alliés à l'extrême droite et à l'ultradroite conservatrices. En France et en Belgique, plusieurs disciples et dirigeants de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ont rejoint les rangs du Front national. Des élus frontistes belges, un député fédéral de 1995 à 1999 par exemple, proviendront de ladite «Fraternité».

Franco, Salazar, Pétain...

Son corpus politico-religieux partage des principes et des valeurs avec la droite extrême. Rejetant catégoriquement l’oecuménisme, le Lefebvrisme considère le catholicisme comme la seule véritable religion. Les autres – le judaïsme, l'islam, le protestantisme... - sont rangés dans la catégorie des «fausses religions». Leurs adeptes doivent donc être convertis. Un par un. Comme à l'époque de l'Inquisition. La torture en moins pour les récalcitrants ?

C'est à voir...

Revendiquant la création d'Etats théocratiques, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X prend pour modèles historiques les dictatures de type national-catholique qui règnèrent en Espagne sous Franco, au Portugal sous Salazar et en France sous Pétain.

Aujourd'hui, dans un but unificateur et après des négociations secrètes de plusieurs années, le Vatican, sur la volonté du pape Benoît XVI, réintègre ce courant incarnant l'extrême droite catholique pure et dure. Selon plusieurs observateurs, la FSSPX pourrait désormais devenir une «prélature personnelle» du pape, comme l'est déjà l'Opus Dei, un autre mouvement catholique réactionnaire, intégriste, conservateur et rétrograde. Ainsi, Benoît XVI aura des alliés de taille pour mener les nouvelles croisades de l'Eglise catholique.

Un dossier inédit de RésistanceS.be

Ce retour dans le giron vaticaniste de la FSSPX donne l'occasion à RésistanceS.be de vous proposer un dossier, réalisé par Manuel Abramowicz, sur ce mouvement politico-religieux intégriste national-catholique, de 1970 à nos jours. Ce dossier vous permettra :

• de savoir ce qu'est réellement le «lefebvrisme»
• de mieux comprendre les «tentacules» et le corpus politico-religieux de la FSSPX
• de rappeler ses liens hérités de la collaboration pronazie durant la Deuxième Guerre mondiale
• de démontrer ses connexions idéologiques avec l’extrême droite politique, en France et en Belgique
• de présenter le hit-parade de ses plus «belles» citations politiques et religieuses.

RésistanceS.be vous souhaite une très bonne lecture de ce nouveau dossier.

La rédaction

Pour en savoir plus sur © RésistanceS – web-journal de l'Observatoire belge de l'extrême droite, rendez-vous sur  www.resistances.beinfo@resistances.be


 

Les consommateurs ne sont pas des vaches à lait

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Suite aux nombreuses manifestations des producteurs de lait qui ont secoué notre pays, un accord a été conclu entre les représentants de la distribution (FEDIS) et certains représentants des producteurs de lait (Boerendond et ABS) début juillet 2009.

Les membres de la Fedis se sont engagés à verser 14 centimes dans un fonds de solidarité pour chaque litre de lait de consommation qu’ils achètent. Les montants ainsi récoltés doivent être distribués parmi les éleveurs belges de vaches laitières en fonction de la quantité de lait qu’ils produisent.

En pratique, les déclarations des intéressés reprises largement dans la presse conduisent à  ce que le secteur de la distribution rembourse aux éleveurs de vaches laitières 2 centimes par litre de lait fourni à partir du 1er juillet 2009, et ce pendant 6 mois.

Or, le CRIOC constate que tous les prix du lait (de consommation) ont augmenté! Aussi bien les laits produits en Belgique qu’en Allemagne (sic.)

Il ressort clairement des relevés de prix effectués par le CRIOC auprès de différents points de vente situés sur l’ensemble du territoire qu’aucune grande enseigne n’a joué le jeu de la solidarité et qu’au contraire, toutes ont répercuté intégralement l’augmentation sur le consommateur.

Le CRIOC a ainsi constaté que pour 1 litre de lait demi-écrémé qui coûtait 0,43 € en juin, il en coûte dorénavant 0,57 € soit une augmentation de….14 centimes !! (soit une augmentation de 16 à 36 % du prix du lait vendu en grande surface) et que quasi tous les produits sont vendus au même prix (par catégorie). Pour une analyse plus complète, vous pouvez vous référer à notre étude.

Etonnant aussi de constater qu'à ce rythme, ce serait le lait bu par les consommateurs (belges) qui financerait indirectement la transformation des produits à base de lait (crèmes glacées, yaourts, fromages, ...) et les exportations de poudre de lait à l'étranger.

Pour le CRIOC, il est inacceptable que la distribution protège ses marges au détriment des consommateurs tout en rendant les agriculteurs responsables de cette augmentation.

Le CRIOC s’interroge sur le sens et la légalité d’un tel accord qui, de toute évidence, ne paraît pas rencontrer les difficultés du monde agricole.

Les constats qui ont été faits par le CRIOC permettent d’affirmer que les prix de vente du litre de lait aux consommateurs sont aujourd’hui uniformes sur le marché belge.

De tels constats permettent de supposer qu’il y va manifestement d’une entente contraire au droit de la concurrence et contraire à l’article 81 du Traité CE.

Afin de pouvoir veiller à ce que les intérêts des consommateurs soient notamment pris en compte dans ce débat, le CRIOC saisi la Commission européenne d’une plainte.

Il appartiendra à celle-ci de se prononcer sur la légalité
de telles pratiques.

Internet: www.crioc.be


 

 

La Poste, ou le « service public » comme fer de lance de la précarisation de l’emploi

poste belgeSuite à la libéralisation totale du marché postal décidée au niveau européen, La Poste a décidé d’« actualiser » son plan stratégique. D’après une dépêche Belga de ce jour, la mesure phare consistera dans le remplacement de 6000 facteurs par 12 000 emplois précaires.

La direction de La Poste a présenté aux syndicats, une actualisation de son plan stratégique pour les années 2008-2009. Point principal de cette nouvelle mouture : l’apparition de « livreurs de courrier » qui seront chargés de distribuer un certain type de courrier pendant les heures creuses de la journée.

« La Poste entend remplacer 6 000 facteurs équivalents temps plein par 12 000 de ces livreurs qui ne travailleront que quelques heures par jour ou par semaine », a expliqué André Blaise (CSC). Selon le représentant du syndicat chrétien, la direction entend ainsi « encourager » le travail à temps partiel parmi son personnel de plus de 50 ans. « Il faut savoir que l’âge moyen des travailleurs de La Poste atteint 45 ans et que les objectifs qu’ils doivent remplir sont déjà “limites” en termes de flexibilité et de productivité. Si l’entreprise continue à les presser, la corde va craquer », a-t-il averti.
.../...

« Un facteur commence actuellement sa carrière avec un salaire de 1.000 euros net. Gagner encore moins, ce sera vraiment un salaire de misère », a ainsi réagi la CGSP. Les représentants des travailleurs craignent également qu’un nombre insuffisant de travailleurs optent pour ce système. « Que fera-t-on alors ? On ne peut tout de même pas forcer les gens à travailler à temps partiel ! », a encore indiqué le syndicat socialiste.

Dans un communiqué, Johnny Thijs, CEO de La Poste, commente ces nouvelles mesures de précarisation de son personnel avec le flegme qui sied à quelqu’un qui gagne 900 000 euros par an.

« L’ouverture au changement dont nous avons fait preuve ces quatre dernières années doit se poursuivre. Il s’agit d’adaptations progressives, que nous entendons évidemment appliquer en concertation avec les syndicats, sans recourir à des licenciements secs. Ce scénario part toutefois du principe que La Poste pourra affronter ses concurrents sur le marché libéralisé à armes égales. Il serait inconcevable que la concurrence puisse se tourner uniquement vers les secteurs rentables du marché et utiliser à cette fin de la main-d’œuvre bon marché, et que dans le même temps La Poste soit obligée de desservir chaque jour la totalité des boîtes aux lettres sur l’ensemble de notre territoire. Nous attendons des pouvoirs publics qu’ils mettent en place les garanties nécessaires sur le plan des services et des conditions de travail afin d’éviter toute discrimination concurrentielle


 

 

Transports en commun et pollution de l’air : Les étranges calculs du MR

par Didier BRISSA, Didier COEURNELLE, Luc CREMER, Céline DELFORGE, Pierre EYBEN, Michèle GILKINET, Maurice MAGIS, Julien MINET, Pierre OZER, Christine PAGNOULLE et François SCHREUER

sncbDans une « carte blanche » publiée récemment et largement diffusée, M. Jeholet, député du Mouvement Réformateur, lance une attaque en règle contre les transports en commun et singulièrement contre le train au nom, c’est original, ... de la défense de l’environnement. Que le MR soit prompt à vilipender les services publics n’est pas nouveau mais qu’il argumente sur une prétendue base écologique l’est totalement. Est-ce pour autant plus crédible ? Il est fortement permis d’en douter. Voici trois éléments essentiels qui battent en brèche l’argumentaire de M. Jeholet.

Premièrement, qu’effectivement tous les trains ne soient pas remplis – mais n’est-ce pas également le cas de certaines voitures ? – n’enlève rien au fait qu’un calcul rigoureux comparera la quantité de CO2 émise par personne et par kilomètre. Les chiffres sont limpides : ces émissions sont, en moyenne, de 31 grammes pour le train contre environ 140 pour la voiture. C’est presque cinq fois moins ! Ce n’est pas parce que l’on a vu une chèvre à trois pattes que toutes les chèvres ont trois pattes. On objectera que ces chiffres sont des moyennes. Peut-on, comme le fait M. Jeholet, chercher à les disséquer pour distinguer les trains qui polluent trop et ceux qui ne le font pas. C’est la tendance dans le débat économique mais c’est absurde : un système de transports en commun est à considérer comme un ensemble, dont les segments les moins rentables (écologiquement ou financièrement), les petites lignes, les sillons horaires moins fréquentés, jouent un rôle de rabattement vers les lignes plus fréquentées.

Deuxièmement, alors même qu’un plan SMOG vient d’être activé en raison de la pollution routière, M. Jeholet passe totalement sous silence le fait que, contrairement au train, la voiture n’est pas seulement responsable d’émissions C02 mais également d’émissions de nombreux autres polluants (oxydes d’azote, monoxyde de carbone, plomb, particules fines…). Les pollutions liées aux particules fines interpellent notamment de plus en plus. Non filtrées par les défenses naturelles de notre système respiratoire, celles-ci pénètrent profondément dans nos poumons créant des troubles respiratoires et cardio-vasculaires. Elles sont également considérées comme cancérigènes .

Troisièmement, M. Jeholet prend totalement à rebrousse-poil le problème des flux de voyageurs. L’idéal – issu des Golden Sixties – d’une maison quatre façades avec jardin privatif et garage a fait beaucoup de tort. Moins que jamais aujourd’hui nous ne pouvons accepter un affaiblissement du, déjà insuffisant, service public de transport en commun en zone dense au profit d’un transport en commun « à la carte » dans les zones d’habitat dispersé. Le défi central pour un urbanisme écologique est la densification de l’habitat. Villes agréables avec habitats collectifs et espaces verts, villages resserrés et bien desservis, zonings reliés aux chemins de fer et au transport fluvial, le travail à réaliser est énorme mais vital. Soutenir la dispersion de l’habitat et se contenter de proposer des transports en communs « à la carte » serait la pire des solutions.

Avec ses propositions, M. Jeholet s’aligne sur la position des lobbys automobiles comme la FEBIAC dont la conception des transports en commun se limite à un « moyen de combattre les files dans les territoires à forte congestion ». Il faut au contraire développer pour la majorité des déplacements un transport public collectif confortable, plus rapide et moins cher. Bien sûr, toute tentative d’optimisation des transports publics est toujours nécessaire, tant du point de vue de la rentabilité économique qu’en ce qui concerne l’atténuation des pollutions diverses.

S’agissant du train, il faut savoir que l’on a aujourd’hui fermé nombre de gares et que le réseau ferroviaire est moins étendu en Belgique qu’il y a un siècle. La priorité est donc au redéploiement de ce mode de transport, à la remise en service de petites lignes, à la réouverture de nombreuses gares, au développement de RER (à Liège notamment, une agglomération fortement desservie par des lignes malheureusement totalement sous-exploitées).

Pour longtemps encore, les transports en commun, et particulièrement le train, seront LA solution écologique aux problèmes de mobilité. Ceux-ci ont par ailleurs l’avantage non négligeable d’être plus sûrs et moins chers. Il convient donc de les défendre avec vigueur.


 

Cent mille chômeurs en plus mais  combien d’emplois en plus ?

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Le commentaire (voir : LLB du 1.04.09) que vous faites à propos du dernier rapport du Conseil Supérieur de Emploi porte à croire que du fait de la crise économique actuelle, il y aura en Belgique cent mille chômeurs en plus en 2009.

Dans la mesure où pour les seuls mois de janvier et février il y en a déjà soixante-cinq mille en plus, la prévision de ce Conseil me semble minimaliste à moins que les plans de relance n’aient un effet vigoureux sur le volume de l’emploi. En effet, elle peut résulter de dynamiques bien différentes du marché de l’emploi.

Avec des populations en âge de travailler et active en constante augmentation, un accroissement de cent mille chômeurs pourrait résulter :

- d’une création de cent mille emplois et de la destruction de deux cents mille autres emplois
- d’une création nulle d’emplois et de la destruction de cent mille emplois existant déjà.

Le Conseil supérieur de l’emploi ayant consacré son rapport annuel 2008 à la question de la « Destruction créative et aux flux des emplois en Belgique), il est étonnant qu’il n’ait pas repris cette problématique dans son dernier rapport pour clarifier l’évolution à court terme du marché belge de l’emploi ; cette question est en effet d’importance pour les décideurs des politiques , fédérale et régionales, de l’emploi ainsi que des institutions qui  ont la charge de la mettre en œuvre.

Alors que l’ensemble des Etats-membres de l’UE mettent en place des politiques économiques qui entraîneront des effets, tant sur l’offre de biens et services produits que sur leur demande, ce Conseil, prudemment, ne se risque pas à émettre  la moindre prévision sur les effets induits de ces plans de relance sur le volume de l’emploi.

Afin de combler cette lacune, je me suis livré à un premier  exercice d’estimation du plan fédéral de relance sur le volume de l’emploi. Ce plan se subdivise en trois axes relatifs aux :

- dispositions visant à alléger le coût du travail
- mesures de soutien à la demande agrégée en faveur des ménages et des investissements (publics et privés)
- dispositions spécifiques concernant le fonctionnement du marché du travail qui chacun comprennent une dizaine de mesures spécifiques.

Comme  ces mesures ne font pas toutes l’objet d’une évaluation budgétaire, il n’est pas possible, à partir de ce seul rapport, d’établir le montant global de plan de relance pour 2009 et 2010, ni de sa répartition entre les différents segments de la demande finale.

A l’instar de la démarche effectuée dans d’autres pays, j’ai donc considéré que le plan fédéral de relance économique s’élèverait à 2,5 %  du PIB  de 2008 soit : 8,350 milliards d’euros.

Selon que ce plan sera davantage ciblé sur la consommation (privée et publique) ou sur les investissements, il influencera différemment le volume de l’emploi. A titre d’hypothèse, j’ai considéré :

- un plan de relance favorisant davantage les investissements  que la consommation (hypothèse 1)
- ou l’inverse (hypothèse 2)
- ou encore un plan favorisant autant la consommation que l’investissement (hypothèse 3)

Par ce qu’il est encore trop tôt pour considérer l’impact
de l’évolution des exportations sur la demande finale ; j’ai neutralisé cette variable dans le cadre de cet exercice.

En recourant  à la méthode du contenu en emploi d’une production et en utilisant les derniers tableaux entrées-sorties de la Belgique , il apparaît que c’est l’hypothèse 2 qui a le plus d’impact sur le volume de l’emploi en général et de l’emploi salarié en particulier (+89,3 milliers de salariés) et l’hypothèse 1 qui en a le moins (+70,4 milliers). Si l’on tient compte des seuls salariés du secteur privé marchand, ces deux chiffres s’établiraient  respectivement à 56,2 et 44,3 milliers de salariés. Pour permettre aux services publics de l’emploi d’anticiper cet accroissement de la demande d’emploi, il est possible, en première approximation, de répartir cet accroissement par région. Ainsi pour un volume induit d’emplois de 50, 0 milliers de salariés :

* 31 iraient à la Région flamande
* 14,5 à La Région wallonne
* 4,5 à la Région bruxelloise

Un article spécifique complétera cette information en précisant au niveau national, quelles sont les branches et les groupes professions concernées par cette variation du volume de l’emploi.

A ce stade, outre le fait le volume de l’emploi ainsi créé est relativement peu élevé et ne constitue pas un moyen diminuer drastiquement le taux de chômage en Belgique, il serait souhaitable que les instances responsables :

* évalue pour 2009 et 2010 les coûts budgétaires globaux des plans de relance économique et leur répartition  par élément de la demande finale afin de ne garder que l’hypothèse de travail la plus réaliste
* permette, dans le cadre d’une meilleure anticipation des évolutions des marchés de l’emploi fédéral et régionaux, l’utilisation des tableaux entrées-sorties de 2005 et leur interpolation annuelle
* établisse annuellement une  hypothèse réaliste du commerce extérieur, tenant compte à la fois du ralentissement de l’activité économique au niveau international et des plans de relances des pays qui sont les  principaux partenaires commerciaux de la Belgique, étant donné que les exportations constituent l’élément principal de la demande finale en Belgique.

 1° C’est-à-dire la demande de consommation des ménages et de l’Etat, la demande d’investissements par des entreprises privées et publiques, la variation des stocks et les  exportations, demande émanant des agents économiques étrangers.
2°Chiffre exprimant le recul de la croissance en
Belgique prévu par le FMI
3°Estimé à 334,000 milliards d’euros
4°Institut des Comptes Nationaux et Bureau fédéral du Plan, (2004), « Tableaux entrées-sorties de la Belgique », Bruxelles

L'Ombre rouge


 

 

LE SECOURS POPULAIRE WALLONIE / BRUXELLES ET LA PALESTINE.

autocollant-palestineEntre le SPWB (Secours Populaire Wallonie/Bruxelles) et la Palestine, c’est une vieille histoire. Tout commence par une visite du camp de Jabalya près de Gaza suivi par l’installation d’un staff informatique commun auprès des jeunes du camp et les jeunes de Viroinval.

En décembre 2004, un membre du Secours Populaire Wallonie/Bruxelles de Fontaine-l’Evêque accompagne une délégation de l’AJPF (Association des Jumelages Palestine/France) pour une tournée des camps des 450.000 réfugiés palestiniens du Liban. Les conditions de vie dans les camps lui font forte impression. Le désintérêt  total de la Communauté internationale le force à agir en faveur des réfugiés palestiniens du Liban. Sur place, il rencontre le CAP (Collectif Avionnais pour la Paix), une association de la  ville d’Avion dans le Pas-de-Calais qui a déjà institué une relation solide avec le camp de Bourj-El-Barajneh, un petit camp situé en bord de littoral au sud de Beyrouth.  De retour en Belgique, avec ses amis du Comité Palestine de Fontaine-l’évêque, ils mènent plusieurs actions d’information et de sensibilisation auprès de la population.

Ensemble ils parviennent à convaincre les autorités communales de les aider à jumeler avec le CAP et une première rencontre est organisée entre la Mairie d’Avion (Pas-de-Calais) et le Bourgmestre de Fontaine-l’Evêque. La ville qui mène un programme de coopération décentralisée adopte le projet de l’antenne du SPWB avec enthousiasme. Une coopération étroite s’installe entre le Collectif Avionnais pour la Paix et l’antenne fontainoise du Secours Populaire…Ils aident notamment les jeunes du camp de Bourj-El-Barajneh a installer un centre de rencontre pour jeunes, femmes et enfants.

En 2006, retour dans les camps de réfugiés au Liban pour établir un contact avec le Docteur Hamzi Masloum, responsable du Secours Populaire Libanais. La loi libanaise à court  de main d’œuvre spécialisée s’assouplit à l’égard des Palestiniens.  Ils  sont désormais autorisés à exercer des métiers particuliers, qui jusque là leur étaient interdits par la loi, tels  que plombiers, électriciens, etc.… Un accord est même conclu entre le SPWB et la mairie de Bourj-El-Barajneh pour assurer des formations auprès des réfugiés palestiniens et des habitants de la petite ville côtière. Malheureusement, le bombardement du Liban en août 2006 aura raison du projet.

Peu de temps avant ce bombardement, le Comité Palestine de Fontaine accueillera Mirvat Salaman, une réfugiée palestinienne de Bourj El-Barajneh durant une semaine. Elle décrira la difficulté d’épanouissement familial dans les misérables masures du camp. Elle sera reçue au Parlement européen et hormis quelques vagues promesses son sort ne sera guère amélioré !  De retour au Liban, les bombardements israéliens sur le Liban obligent  Mirvat à s’enfuir en Syrie avec  sa famille.

Devant le nombre considérable de victimes, le SPWB organise une soirée. Tous les bénéfices seront versés au Secours Populaire Libanais afin de venir en aide aux victimes. De nombreux artistes animeront gratuitement cette soirée. Par la suite plusieurs palettes de produits de première nécessité seront acheminés vers le Liban en collaboration avec le Secours Populaire Français et les Forces Armées Belges. Une opération similaire sera organisée lors du bombardement de Gaza mais uniquement avec l’aide du Secours Populaire Français.

L’antenne fontainoise du SPWB organise régulièrement des séances d’informations non seulement auprès du public mais aussi auprès des élèves de l’enseignement secondaire. Depuis deux ans, plus de 152 classes de Wallonie et de Bruxelles ont bénéficié d’une animation spécifique en liaison avec le spectacle «Terres promises»  interprété par le Théâtre du Public. Parallèlement, l’un des membres se rend régulièrement en Cisjordanie et fut même désigné comme témoin d’un bureau de vote lors des élections législatives à Gaza en 2006.

En 2008, le Secours Populaire Wallonie/Bruxelles  accompagné la troupe du Théâtre du Public, invité d’honneur au Théâtre Al Kasabaa  lors du festival dédié à la Nakba. Un reportage produit par le Centre culturel régional Action-Sud a par ailleurs été réalisé. Suite au bombardement de la bande de Gaza en 2008/2009, une Plate-Forme Charleroi/Palestine réunissant une quarantaine d’associations  a  été constituée et le SPWB a été désigné comme porte-parole.

Freddy Guidé

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03/09/2009

Nouvelles n° 132

L’EFFET WELCOME

affiche-welcomeComme Michel Onfray, j’ai vu le film Welcome et j’en suis sorti bouleversé. Gorge tordue d’émotion, de honte et de colère. « Transfiguré » comme il dit. Il y a bien longtemps qu’avec diverses associations, de Droits devant à la Ligue des droits de l’homme en passant par Réseau éducation sans frontières, je ferraille avec d’autres, dans les limites militantes qui nous sont fixées, contre l’inqualifiable comportement de ceux qui prétendent nous représenter, qu’ils soient de droite ou de gauche – n’est-ce pas Jospin ? N’est-ce pas Chevènement – vis-à-vis de ces accidentés de l’Histoire que l’on nomme avec un rien de condescendance les « sans papiers », les « clandestins » ou même les « clandos », selon le degré d’imbécillité dont on est porteur.

Onfay a raison d’évoquer, après Philippe Lioret, le réalisateur du film, et Vincent Lindon son acteur principal, les saloperies vichystes sous l’Occupation. Collabos, résistants. Toujours d’actualité. Certes, ces malheureux réfugiés, on ne les envoie pas à Auschwitz ou à Dachau mais chartériser une femme africaine violée, battue, spoliée par son entourage – un cas parmi des milliers d’autres – vers son Cameroun natal, c’est aussi l’expédier vers la mort. Tout autant.

Depuis tant d’années que nous, les « droidelhommistes », la « gauche morale », les « belles âmes », nous radotons ces évidences face à l’ironique indifférence de nos de nos gouvernants… Oui nous radotons et nous radoterons aussi longtemps qu’il le faudra, mais les médecins aussi radotent leur combat contre un cancer inguérissable. Imbéciles !

Oui Onfray a raison . Et Lioret a eu raison à la sortie du film, de fustiger les traitements indignes dont sont l’objet  ces nouveaux justes. Français « de souche » qui en pères et en mères tranquilles de cette nouvelle résistance, sans déranger Jean Moulin, en êtres humains, simplement, se portent au secours de ces innocents prenant le risque de braver une loi inacceptable : cinq ans de prison , 30.000 euros d’amende. On nous répond que cette loi, on ne l’applique pas. Alors supprimez- la ! Imbéciles !

La petite drôlerie méchante dont je ne suis pas l’auteur :  « Passé 40 ans , on porte son âme sur son visage » semble avoir été inventée pour Eric Besson, ancien socialiste, nouveau ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale.

Oui Onfray a raison : le film de Lioret était nécessaire. Merci.

Guy Bedos
Siné Hebdo N° 33


 

"Ce qui m'habite et qui m'obsède"...
Par Lysiane Alézard, conseillère régionale IDF, conseillère municipale d’Issy les Mx (92)

 Lysiane faisait partie de la délégation qui s'est rendue en Palestine en mai dernier.

lysianefrancisJe reviens tout juste d’une délégation en Palestine et en Israël, à l’initiative de l’association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) et de l’association des villes françaises jumelées avec des camps de réfugiés (AJPF). Nous étions 108, pour la plupart des élus de toutes la France, du conseiller municipal au sénateur. De très nombreux jeunes élus, des maires, une grande diversité d’origines. Mais aussi des responsables d’associations, de syndicats, des journalistes et le grand cinéaste Robert Guédiguian.

C’était la première fois que je me rendais sur place. Cela fait longtemps que des amis palestiniens et des amis français qui s’y rendent souvent me disaient : « Rends-toi sur place, tu verras de tes propres yeux et du pourras témoigner ». Avec ma toute première visite là-bas, je me rends compte à quel point ce conseil était utile. Entre savoir et voir, il y a, dans cette région, presque un abîme.

Le choc est partout. Il a commencé pour nous à l’aéroport, lorsque la plupart des élus aux noms à consonance maghrébine ont été retenus plusieurs heures. A chaque contrôle de notre car, la présence de ces élus agaçait la sécurité israélienne, au point de nous tenir des propos racistes intolérables. Mais pour nous, cela n’a duré que 4 jours.

Pour les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza mais aussi d’Israël, c’est tout le temps. Le passage de ces trop fameux check points tient de l’humiliation quotidienne, puisque matin et soir, pour aller travailler, étudier, se soigner, ils doivent faire la queue, montrer leur passe, sous la menace de militaires. Ils doivent aussi faire des détours de plusieurs kilomètres, parfois plusieurs heures pour contourner le « Mur », souvent doublé de barbelés, qui unit les colonies mais coupe en deux les villages. On retrouve là les stigmates de l’Apartheid.

A Jérusalem aussi, ville œcuménique s’il en est, où, au milieu des remparts, toutes les nationalités et les religions se côtoient, l’égalité et la liberté n’existent pas. A Jérusalem Est, des centaines de maisons sont en cours ou en passe d’être détruites, simplement parce qu’elles sont occupées par des Palestiniens. Pas de procédure légale, juste un arrêté : « Demain, votre maison sera détruite ». Et les bulldozers passent, détruisent. Et les Palestiniens, debout, restent et reconstruisent, comme à Silwan. L’affront du tramway, construit par Alsthom, qui va, comme le Mur, unir les colonies sans desservir Jérusalem Est.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », depuis que je suis rentrée, c’est la dignité, le courage et la détermination des Palestiniens, même lorsqu’ils ne croient plus à la sortie du tunnel. C’est qu’ils ne nous demandent pas de pleurer sur le sort, ni de les aider financièrement. C’est leur message constant : « on vous demande de témoigner, de faire pression sur votre gouvernement pour qu’il rompe avec Israël ».

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », ce sont ces enfants des camps de réfugiés, pleins de vie qui ne demandent qu’à pouvoir encore rêver à un avenir, et qui, dans ce quotidien d’occupation, font preuve de beaucoup d’initiatives et de convivialité.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », ce sont ces militants israéliens de la paix, tels ces pacifistes rencontrés à Jérusalem, ou cet impressionnant député communiste de Tel Aviv, Dov Khenin, qui a recueilli 35% des voix aux élections municipales. Leur courage, leur détermination, leur vision sont impressionnants dans un pays désormais dirigé par l’extrême droite, « le plus à droite de l’histoire de notre pays », nous ont-ils confié.

« Ce qui m’habite et qui m’obsède », c’est l’urgence d’agir auprès de notre gouvernement et auprès de l’Union européenne qui seuls détiennent une clé de la solution, en pouvant isoler économiquement et politiquement Israël.

L’écrivain algérien Yasmina Khadra résume bien le message que tous nos interlocuteurs nous ont fait passer. Le père du narrateur de « L’attentat » lance ces paroles de révolte et d’espoir : « On peut tout te prendre ; tes biens, tes plus belles années, l’ensemble de tes joies, et l’ensemble de tes mérites, jusqu’à ta dernière chemise – il te restera toujours tes rêves pour réinventer le monde que l’on t’a confisqué."


 

Témoignages de la délégation ANECR / AJPF d’avril 2009

 Une si silencieuse guerre.
La Palestine est devenue un véritable bantoustan.

Par Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité.


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Imaginez : des militaires haineux pénètrent chez vous par la force. Ils vous expulsent. Puis détruisent votre maison. Ils s’emparent de votre terre. Imaginez, chaque jour, votre ville, votre quartier réduit de plus en plus à la portion congrue par un État étranger qui annexe. Et installe dans ce qui hier était encore la maison de vos voisins, le quartier de vos amis, ses colons. Partout dans le pays, l’inique processus de colonisation s’accroît ainsi sans limite et dans l’illégalité la plus totale. Jusqu’à vous cerner, vous emprisonner dans ce qu’il faut bien appeler un bantoustan.

Imaginez : chaque matin, pour vous rendre à votre travail, chaque soir pour en revenir. Quand vos enfants vont à l’école, et quand ils en reviennent. Dans votre propre pays, une frontière à franchir. Le cliquetis glacial d’un tourniquet. Vos vêtements, vos affaires passées aux rayons X des détecteurs de métaux ou d’explosifs. Votre pays et pourtant, un laissez-passer à présenter. Et puis les insultes et les quolibets proférés par les jeunes soldats d’une armée d’occupation.

Imaginez que l’État qui occupe, qui annexe votre terre, construise de larges routes modernes à travers votre pays, au service exclusif des colons qui peuplent les villes construites pour eux, quand vous devez vous contenter de chemins goudronnés ou en terre, où le croisement du moindre véhicule est dangereux.

Imaginez que dans votre pays, votre ville, votre jardin, au milieu de votre maison, l’État occupant construise un mur de séparation : séparation avec les habitants de cet autre État, mais aussi avec votre famille.

Imaginez : vous vous mariez avec une personne habitant Lyon, Marseille, Tulle ou Lorient. Mais comme vous résidez en Seine-Saint-Denis, on vous interdit de vivre avec votre amour et vos enfants. Non, je n’exagère pas ! Non, ce n’est pas un cauchemar. Car ceux dont je parle ici le vivent au quotidien. Nous l’avons hélas vérifié, avec effroi, à nouveau la semaine dernière, avec une délégation d’une centaine d’élus et d’acteurs sociaux, citoyens et culturels d’opinion diverses.

Où ? En Palestine. Oui. Par-delà nos opinions religieuses, politiques et philosophiques, discutons raisonnablement, sans haine, et constatons ce fait : une autre guerre, silencieuse est menée contre le peuple palestinien. Une guerre qui consiste à coloniser, à annexer des terres, à mener à Jérusalem ce qu’on ne peut qualifier que d’épuration ethnique. Jérusalem, cette si belle ville, historique, culturelle, carrefour des religions, à l’intérieur de laquelle sont détruites les maisons des Palestiniens selon une géographie minutieuse qui consiste à couper Jérusalem-Est en deux, à bien scinder la ville grâce à la construction désormais bien avancée d’un tramway. Et à installer et développer à la périphérie des colonies équivalentes à une ville moyenne de France qui enserrent Jérusalem, défigurée par ce mur hideux qui la traverse de part en part désormais.

Tout cela se fait chaque jour dans un silence aussi assourdissant qu’inquiétant, pour que le peuple palestinien n’existe plus. Tout est fait pour liquider l’idée même d’un État national palestinien. Pourtant toutes les règles internationales interdisent de toucher à Jérusalem. Le gouvernement israélien n’en tient aucun compte et personne n’y trouve rien à redire. Révoltant !

Quelle conscience humaine, quelle humanité peut continuer à accepter cela ? Ne nous y trompons pas ! Vivre ensemble, dans le même monde, faire humanité ensemble, implique de relancer le processus de paix et de faire cesser cette colonisation, cette annexion, cette militarisation de l’espace palestinien, cette politique qui ne peut porter d’autre nom que celui d’apartheid.

Le monde entier, ses dirigeants doivent bien comprendre que laisser les mains libres au gouvernement israélien ne fait que renforcer les extrémismes, et donc la guerre. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se saisir d’urgence du scandale de l’occupation et de la destruction des maisons et du mur de séparation, comme de l’enjeu de la souveraineté alimentaire et de l’accès à l’eau des Palestiniens.

On ne peut laisser seul le peuple palestinien grillagé, emmuré, colonisé, occupé, contrôlé par des miradors, à la merci des meutes de militaires et de policiers israéliens. On ne peut le laisser ainsi humilié, étouffé, réduit au silence, sans réagir ! C’est de la mobilisation internationale aux États-Unis, en Europe et ailleurs, de tous les peuples, de tous les humanistes que dépend maintenant la solution. L’Union européenne dispose d’un moyen de pression : suspendre immédiatement l’accord d’association avec l’État d’Israël tant que ses dirigeants ne reviennent pas à la table des négociations.

Quelles que soient nos opinions, nos préférences philosophiques on doit, tous ensemble, réclamer la simple application des résolutions de l’ONU. C’est la voie de la justice, de la sécurité, du droit, de la paix pour tout le monde. Le gouvernement israélien doit répondre de ses crimes à Gaza, cesser le blocus, la colonisation, ces affreux check-points et la destruction des maisons. Il doit abattre le mur, appliquer la résolution des Nations unies pour le droit au retour des réfugiés et restituer les biens volés aux familles palestiniennes. Il doit libérer les 11 000 prisonniers politiques palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti. Et le président de la République française doit agir avec fermeté pour sortir le jeune Franco-Palestinien, Salah Hamouri, des geôles israéliennes où il croupit depuis 1 500 jours. Une solution juste et durable pour le peuple palestinien et israélien, c’est le retour aux frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, comme l’exige le droit international. Il y a urgence ! Il faut que le monde se bouge ! L’impunité ça suffit ! C’est le cri que nous ont lancé les populations palestiniennes, ses élus, les partis politiques, les responsables des camps de réfugiés. Nous le relayerons jusqu’à ce que justice soit enfin faite ! Rien n’est jamais irréversible. Les peuples unis ont toujours fait gagner la démocratie, la liberté, la paix, la souveraineté des peuples contre la barbarie.


 

Lettre de Cynthia McKinney, depuis une prison israélienne
Publié le 6-07-2009

cynthia_mckinney_250_jpg80Les 21 otages du bateau "Spirit of Humanity", devaient être relâchés aujourd’hui, après avoir été kidnappés et avoir passé plusieurs jours dans les geôles israéliennes. Ci-dessous la lettre envoyée de prison par Cynthia McKinney, ancien membre du Congrès des Etats-Unis, candidate du parti écologiste à l’élection présidentielle, et éminente avocate des Droits de l’Homme et de la justice sociale. Obama, où es-tu ?

Ici Cynthia McKinney. Je m’exprime depuis une cellule carcérale à Ramle. Je fais partie des militants des Droits de l’Homme FREE GAZA 21, actuellement emprisonnés pour avoir tenté d’introduire à Gaza de l’équipement médical, du matériel de construction – et même des crayons pour les enfants (j’avais pour eux une valise pleine de crayons).

Alors que nous étions en route vers Gaza, les Israéliens ont menacé de mettre le feu à notre bateau, mais nous n’avons pas fait demi-tour. Les Israéliens nous ont interceptés et nous ont arrêtés parce que nous voulions donner des crayons aux enfants de Gaza. Nous avons été détenus et nous voulons que les gens du monde entier sachent comment nous avons été traités pour la seule raison que nous souhaitions apporter une assistance humanitaire aux habitants de Gaza.

Lors du déclenchement de l’opération israélienne « Plomb durci » (décembre 2008), je me suis embarquée impromptu sur un bateau de FREE GAZA et, représentant les USA dans une délégation multinationale, j’ai tenté d’apporter 3 tonnes de matériel médical à un territoire de Gaza déjà assiégé et ravagé.

Pendant l’opération « Plomb durci », les F16 fournis à Israël par les USA ont déversé un feu d’enfer sur un peuple piégé. Le nettoyage ethnique est devenu un génocide à grande échelle. Du phosphore blanc, également fourni par les USA, de l’uranium appauvri, une technologie robotique, des armes DIME (= explosifs à base de métaux denses inertes) et des bombes à fragmentation – autant d’armes nouvelles, causant des lésions auxquelles les médecins jordaniens et norvégiens n’avaient jamais eu affaire auparavant. Des médecins présents à Gaza durant l’offensive israélienne m’ont dit que Gaza était devenu pour Israël un véritable laboratoire d’expérimentation de l’armement, des êtres humains utilisés pour tester et améliorer le rendement mortifère de leurs armes.

C’est grâce à la chaîne arabe Al-Jezeerah, qui émet en anglais, que le monde a vu la violence ignoble d’Israël. J’ai regardé ces émissions en direct et en continu, non pas depuis les Etats-Unis mais depuis le Liban, où s’était terminée ma première tentative d’entrer à Gaza, parce que l’armée israélienne avait violemment refoulé le bateau… Il est même miraculeux que je sois encore là pour raconter ma deuxième rencontre avec l’armée israélienne, une mission humanitaire qu’elle a de nouveau fait avorter.

Les autorités israéliennes ont essayé de nous amener à confesser que nous commettions un délit criminel… Maintenant, je suis connue comme détenu d’Israël matricule 88794. Comment se peut-il que je me trouve en prison pour avoir collecté des crayons pour des enfants ?

Le sionisme a sûrement épuisé son ultime légitimité si telle est la manière dont il traite les personnes qui ont une foi si profonde dans les Droits de l’Homme qu’ils mettent en jeu leur propre vie pour les enfants d’autrui. Israël est l’expression la plus achevée du sionisme, mais si Israël craint pour sa sécurité parce que les enfants de Gaza auraient des crayons, alors non seulement Israël a perdu son dernier lambeau de légitimité, mais il doit être déclaré Etat failli.

Je suis confrontée à la déportation par l’état qui m’a amenée ici sous la menace d’un fusil après avoir arraisonné notre bateau. J’ai été amenée en Israël contre mon gré. Je suis détenue dans cette prison parce que j’avais fait le rêve que des enfants de Gaza puissent colorier et peindre, que les blessés de Gaza puissent être guéris et que les maisons de Gaza pulvérisées par les bombes puissent être rebâties.

Mais j’ai appris dans cette prison quelque chose d’intéressant. D’abord, qu’elle est incroyablement noire : peuplée principalement d’Ethiopiens qui, eux aussi, avaient fait un rêve… comme mes compagnes de cellules, dont l’une est enceinte, toutes âgées d’une vingtaine d’années. Elles avaient pensé qu’elles venaient en Terre Sainte. Elles avaient rêvé que leurs vies seraient meilleures. La fière Ethiopie de jadis, jamais colonisée, a été précipitée dans la dépendance des Etats-Unis et est devenue un lieu de torture, de reddition et d’occupation. Il faut que les Ethiopiens libèrent leur pays dès lors que les politiques des superpuissances ont pris plus d’importance que les Droits de l’Homme et le droit de chacun à se déterminer.

Mes camarades de cellule étaient venues en Terre Sainte pour s’émanciper de ces exigences. Elles n’ont commis aucun crime si ce n’est d’avoir un rêve. Elles sont venues en Israël en pensant qu’Israël tiendrait ses promesses. Leur voyage à travers le Soudan et l’Egypte a été ardu. Je peux seulement imaginer comment elles l’ont vécu et il n’était pas bon marché. Beaucoup d’entre elles incarnent les plus grands efforts faits par leur famille pour leur réussite. Elles se sont rendues au Haut Comité des Nations Unies pour les Réfugiés. Elles y ont obtenu leur document jaune d’identification. Ce sont des réfugiées d’une tragédie. A leur arrivée en Israël, on leur a dit qu’ « il n’y a pas de Nations Unies en Israël ».

Ici, la police est habilitée à les ramasser et à les précipiter dans le trou noir d’un simulacre de justice. Ces femmes fières, belles et travailleuses représentent l’espoir de familles entières. L’idée qu’elles avaient d’Israël les a leurrées, comme elle nous a tous leurrés. Par une vaste et habile campagne de marketing propagandiste, Israël se représente lui-même comme un refuge et un lieu sûr pour les Juifs et les Chrétiens du monde. J’y ai cru moi aussi, et je me suis abstenue d’y regarder de plus près.

En vérité, Israël a menti au monde entier. Israël a menti aux familles de ces jeunes femmes. Israël a menti à ces femmes elles-mêmes, désormais piégées dans le complexe carcéral de Ramle. Et que pouvons-nous faire ? L’une d’elles a pleuré aujourd’hui. Elle a passé là six mois. En tant qu’Américaine, je ne peux me contenter de pleurer avec elles. La politique des Etats-Unis doit s’amender, et tandis que nous voyons le Président Obama attribuer 12,8 milliards de dollars à l’élite financière des Etats-Unis, il devrait maintenant être clair que l’espoir du changement et le « Oui, nous le pouvons » ont été de puissantes images de dignité et d’accomplissement, aux niveaux individuel et national, auxquelles ont vraiment ajouté foi les assiégés à travers le monde.

Ce fut une habile campagne de marketing, aussi habilement présentée au monde et aux électeurs américains que l’a été le marketing d’Israël. Elle nous a tous dupés y compris, de façon plus tragique, ces jeunes femmes.

Nous devons voter de manière informée sur de meilleurs candidats qui aspirent à nous représenter. J’ai lu et relu la lettre écrite par Martin Luther King Junior depuis une prison de Birmingham. Jamais dans mes rêves les plus échevelés je n’aurais imaginé que j’aurais un jour à faire de même. Il est clair que les contribuables en Europe et aux USA ont beaucoup à expier pour ce qu’ils ont fait à d’autres à travers le monde. Quelle ironie ! Mon fils débute sans moi son programme de droit parce que je suis en prison, essayant à ma manière de faire mon possible pour les enfants des autres. Pardonne-moi, mon fils. Je suppose que je suis en train d’expérimenter la rude réalité : les gens ont besoin de rêves. J’ai pourtant de la chance. Je quitterai cet endroit. Est-ce qu’Israël est devenu l’endroit où meurent les rêves ?

Interrogez les Palestiniens. Interrogez le flux de Noirs et d’Asiatiques que je vois incarcérés à Ramle. Interrogez les femmes de ma cellule. Demandez-vous à vous-même : à quoi aspirez-vous ?

Changeons le monde tous ensemble et réclamons ce dont nous avons tous besoin en tant qu’êtres humains : la dignité. J’en appelle aux Nations Unies pour que ces femmes de Ramle, qui n’ont d’autre tort que d’avoir cru qu’Israël était le gardien de la Terre Sainte, soient réinstallées en lieu sûr. J’en appelle au Département d’Etat des Etats-Unis pour que la situation de réfugiés certifiés par le Haut Comité des Réfugiés et détenus en Israël soit consignée, à propos de ce pays, dans son rapport annuel sur les Droits de l’Homme. J’en appelle une fois de plus au Président Obama pour qu’il se rende à Gaza, qu’il y envoie son émissaire spécial George Mitchell et pour qu’il considère le Hamas comme l’élu du peuple palestinien.

Je dédie ce message à ceux qui luttent pour une Palestine libre, et aux femmes que j’ai rencontrées a Ramle.
Ici Cynthia McKinney, ce 2 juillet 2009, prisonnière matricule 88794.

Cynthia McKinney

Première femme afro-américaine à représenter l’Etat de Géorgie, Cynthia McKinney a accompli six législatures à la Chambre des Représentants, de 1993 à 2003 et de 2005 à 2007. Elle a été arrêtée et conduite de force en Israël alors qu’elle tentait le 30 juin dernier d’apporter à Gaza du matériel humanitaire et de reconstruction, ainsi que des oliviers et des jouets.

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site http://www.FreeGaza.org

Cette lettre a été initialement diffusée le 3 Juillet sur WBAIX . (Traduit de l’anglais par Anne-Marie PERRIN pour CAPJPO-EuroPalestine)


 

 

Turquie : Carrefour et Ikea doivent respecter la liberté syndicale

teksifLe syndicat Teksif dénonce depuis des mois les conditions de travail dangereuses et la violation de la liberté syndicale des ouvriers de l’usine Menderes Tekstil qui fabrique du linge de maison pour, entre autre, Carrefour et Ikea. Interpellés à de multiples reprises sur la question, en leur qualité de donneurs d’ordres, et en vertu de engagements publics qu’ils ont pris en matière de responsabilité sociale, Ikea et Carrefour tardent toutefois à prendre les mesures nécessaires pour répondre à ces demandes.
Soutenez Teksif et les travailleurs de l’usine.

Menderes Tekstil est un grand producteur de linge de maison en Turquie.

L'usine implantée à Denizli (sud-ouest) occupe plus de 3.500 travailleurs. Outre Carrefour et Ikea, Menderes Tekstil fournit également d’autres grandes enseignes américaines et européennes comme Wal-Mart, Target, Kohl’s, Otto ou encore Ibena. Au cours des dernières années, quatre ouvriers de Menderes sont morts dans des accidents de travail. Le plus récent a eu lieu le 20 novembre 2008. Un travailleur est décédé en tombant dans l'entonnoir d'une chaudière de charbon. Aucune mesure de sécurité n’a été prise pour empêcher un tel accident. Trois de ses collègues ont été désignés pour aller récupérer le corps, sans protection. Ils ont été intoxiqués par les gaz toxiques de la chaudière et ont dû être soigné dans un hôpital voisin.

Liberté syndicale bafouée

« Face à la multiplication des problèmes, nous avons commencé à organiser les travailleurs dans l’usine en mars 2008» explique Engin Sedat Kaya, représentant du syndicat national des travailleurs du textile Teksif. « Mais depuis que la direction de Menderes a eu vent de notre activité syndicale, elle a convoqué les leaders du syndicat les uns après les autres, pour leur demander de quitter le syndicat, faute de quoi, ils étaient licenciés… ».

Les actions d’intimidation continuent. La direction a, à plusieurs reprises, menacé les travailleurs qu’elle suspecte d’être syndiqués, les forçant à quitter le syndicat ou a signer leur propre démission. Dans certains cas, des ouvriers ont été affectés sans raison à des postes moins qualifiés ou ont été transférés dans d’autres implantations. La direction est même allé jusqu’à menacer les proches également employés dans l’usine, des travailleurs qui refusaient de quitter le syndicat, d’accepter leur mutation vers d’autres implantations et de démissionner.

Le 16 août 2008, les travailleurs ont entamé 190 jours de protestation devant les portes de l'usine afin d’obtenir la reconnaissance du syndicat par la direction. Celle-ci a refusé tout dialogue avec les représentants du syndicat. Ils en ont alors appelé à la responsabilité des entreprises européennes et américaines qui se fournissent auprès de Menderes, et leur ont demandé d’intervenir. Cet appel a également été relayé par la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir (FITTHC) qui en janvier dernier a, à son tour, invité ces entreprises clientes à prendre des mesures.

Huit travailleurs ont porté plainte au tribunal du travail. Licenciés injustement, ils demandent leur réintégration. Ces affaires sont en cours, mais elles peuvent plusieurs années pour aboutir.

Réactions insuffisantes de Carrefour, Ikea et des autres clients

images%5Cmenderes_fullLe 31 octobre 2008, Monsieur Ali Atlamaz, directeur général de Menderes Tekstil, déclarait « Nos vrais patrons sont les entreprises qui s'approvisionnent chez Menderes. Ainsi si elles demandent à Menderes d'agir ou de négocier avec le syndicat, nous sommes prêts à le faire ».

La Campagne Vêtements Propres internationale et la fédération internationale des travailleurs du textile, de l'habillement et du cuir (FITTHC), ont interpellé plusieurs fois les entreprises qui se fournissent chez Menderes Tekstil ces derniers mois. Malgré ces différentes sollicitations, elles n’ont jusqu’à présent pris aucune mesure susceptible de pousser Menderes à mettre fin aux abus rapportés Elles se mettent dès lors elles-mêmes en porte-à-faux de leur propre code de conduite.

Ikea a répondu en commandant un audit des conditions de travail chez son fournisseur turc, lequel n’aurait constaté aucune violation majeure des droits des travailleurs dans l’usine. La Campagne Vêtements Propres, dans différentes recherches, a mis sérieusement en doute la capacité de ce genre d’audit à mettre en lumière des violations des droits des travailleurs et notamment de la liberté syndicale dans des usines. Les violations rapportées par le syndicat Teksif dans l’usine de Menderes apparaissent en totale contradiction avec les engagements pris par Ikea dans son code de conduite IWAY.

Carrefour de son côté a signifié son intention de répondre à ces diverses sollicitations, de manière coordonnée, avec d’autres entreprises clientes de Menderes. Cependant, après plusieurs mois de concertation, aucune véritable demande n’a été adressée à Menderes, et la réaction des marques semble trop timide pour que l’on puisse croire à une réelle volonté de résoudre les problèmes.

Agissez avec la Campagne Vêtements Propres

arton5012« Nous voulons que Menderes reconnaisse la légitimité de notre syndicat, qu’il arrête de harceler nos membres, et qu’il accepte de discuter avec nous des mesures de sécurité à l’usine et de la politique de licenciement de l’entreprise », explique M. Kaya du syndicat Teksif.

Ecrivez à Carrefour et Ikea pour qu’ils poussent la direction de Menderes Tekstil à rencontrer les représentants de Teksif et accepte de :

- réintégrer les travailleurs licenciés parce que syndiqués et qui contestent leur licenciement devant les tribunaux et leur payer une compensation et leurs arriérés de salaires;

- reconnaître TEKSIF comme un syndicat légitimement implanté dans l’usine, reconnaître aux représentants syndicaux le droit de représenter les membres au sein de l’usine, et garantir à tous les travailleurs le respect effectif de leur droit de s’organiser et de négocier collectivement;

- négocier avec Teksif le plan de réorganisation et les critères de licenciements nécessaires ;

- revoir les mesures de sécurité et de santé et adopte des mécanismes disciplinaires et de plaintes légaux et appropriés

appelsurgents@lists.vetementspropres.be


 

Fraises espagnoles : scandale écologique

fraisesD'ici à la mi-juin, la France aura importé d'Espagne plus de 83 000 tonnes de fraises. Enfin, si on peut appeler «fraises» ces gros trucs rouges, encore verts près de la queue car cueillis avant d'être mûrs, et ressemblant à des tomates. Avec d'ailleurs à peu près le goût des tomates...

Si le seul problème posé par ces fruits était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d'avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre deux et trois euros le kilo sur les marchés et dans les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 km en camion. À dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 16 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d'échappement. Car la quasi totalité de ces fruits poussent dans le sud de l'Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l'une des plus fabuleuses réserves d'oiseaux migrateurs et nicheurs d'Europe.

Il aura fallu qu'une équipe d'enquêteurs du WWF France s'intéresse à la marée montante de cette fraise hors saison pour que soit révélée l'aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française (dont une partie, d'ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques). Ce qu'ont découvert les envoyés spéciaux du WWF, et que confirment les écologistes espagnols, illustre la mondialisation bon marché.

Cette agriculture couvre près de six mille hectares, dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60% de ces cultures seulement sont autorisées; les autres sont des extensions «sauvages» sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes.

Les fraisiers destinés à cette production, bien qu'il s'agisse d'une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont placés en plein été dans des frigos qui simulent l'hiver, pour avancer leur production. À l'automne, la terre sableuse est nettoyée et stérilisée, et la microfaune détruite avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d'ozone, signé en 1987 (dernier délai en 2005); le second, composé de chlore et d'ammoniaque, est aussi un poison dangereux: il bloque les alvéoles pulmonaires.

Qui s'en soucie? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main-d'œuvre marocaine, des saisonniers ou des sans papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, qui se réchauffent le soir en brûlant les résidus des serres en plastique recouvrant les fraisiers au coeur de l'hiver.

FRAISES_ESPAGNOLES_1-7-f6bf4Un écologiste de la région raconte l'explosion de maladies pulmonaires et d'affections de la peau. Les plants poussent sur un plastique noir et reçoivent une irrigation qui transporte des engrais, des pesticides et des fongicides. Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié ont été installés de façon illégale. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d'Andalousie, entraîne l'exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu'une trentaine dans la région, leur seule nourriture, les lapins, étant en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers.

La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastique sont soit emportées par le vent, soit enfouies n'importe où, soit brûlées sur place. ... Et les ouvriers agricoles sont priés de retourner chez eux ou de s'exiler ailleurs en Espagne. Remarquez: ils ont le droit de se faire soigner à leurs frais au cas où les produits nocifs qu'ils ont respiré ...

La production et l'exportation de la fraise espagnole, l'essentiel étant vendu dès avant la fin de l'hiver et jusqu'en avril, représente ce qu'il y a de moins durable comme agriculture, et bouleverse ce qui demeure dans l'esprit du public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc, où les industriels espagnols de la fraise commencent à s'installer. Avant de venir de Chine, d'où sont déjà importées des pommes encore plus traitées que les pommes françaises...

Claude-Marie Vadrot

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24/05/2009

Nouvelles n° 129-2

 

La pub au secours des banques

cover_cerveau_pub0La conjonction d’une forte pression à la baisse sur les salaires (baisse en moyenne d’environ 10% de la part des salaires dans la richesse produite ces 30 dernières années) et d’une économie productiviste dopée à la consommation des ménages, ont conduit à une explosion du crédit. Sans argent et poussés à consommer, nous devons emprunter, et toujours d’avantage pour de simples biens de consommation.

Heureuses de trouver une nouvelle source de profit dans ce business juteux, les banques ont joyeusement plongé dans le système. Oui mais, à trop tirer sur la corde, elle a fini par casser. On connait le cas symptomatique de l’immobilier américain mais le mal est bien plus profond, plus structurel. C’est bien la logique capitaliste archéo-libérale (pour ne pas dire « néo » quand il s’agit de nous ramener à une véritable logique de servage) qui d’une part écrase les salaires et d’autre part pousse à la surconsommation, le tout pour maximiser le profit, Saint Graal de ce système économique primaire.

Alors qu’en Europe et aux Etats-Unis, les Etats viennent de déverser des centaines de milliards d’euros et de dollars pour renflouer les caisses des banques, on peut constater que rien ne change dans la logique de celles-ci. Et pour cause, elles sont pour l’essentiel demeurées privées et gardent le même cap idéologique. (Force est de constater par ailleurs, que même un propriétaire public ne semble plus aujourd’hui systématiquement synonyme d’opposition à la logique de maximisation du profit.)

La même logique est toujours en place. Et pour nous rassurer et nous inciter à retourner comme des moutons nous endetter joyeusement, les banques sortent la grosse artillerie, le bras armé de la logique capitaliste, la pub. Les panneaux lénifiants se multiplient, les uns faisant appel à des « experts » économistes (on aurait aimé les entendre il y a un an), les autres vantant leurs placements de « bons pères de famille » avec une hypocrisie sans borne.

La banque ING a notamment décidé de tenter de s’appuyer au maximum sur la déroute de ses concurrents directs (DEXIA, FORTIS et dans une moindre mesure ETHIAS) afin de leur « piquer » des clients. Eponge fluo en bandoulière, ING nous invite à « effacer nos doutes », squattant notamment les gares belges, lieu privé désormais grand ouvert aux marchands du temple et résolument fermé aux militants politiques.

Pierre Eyben


La caisse qui ne s’ouvre pas

Arnaque

carrefour_logoMadame G., fidèle cliente de la marque Carrefour, se présentait ce vendredi-là au magasin des Grands Prés de Mons. Lors de son passage en caisse, elle découvre une longue file de caddies devant elle mais fort heureusement, elle aperçoit plusieurs panneaux dans l’hypermarché annonçant qu’en cas de présence de 3 caddies devant celui du consommateur, celui doit s’adresser à l’hôtesse de caisse pour faire ouvrir une nouvelle caisse. Sans hésiter, elle s’adresse à une première caissière, qui la renvoie vers une seconde et celle-ci vers une troisième pour finalement aboutir, au bout de quelques minutes, devant une personne chargée de la gestion des caisses. Demandant que Carrefour réponde à sa promesse d’ouverture d’une nouvelle caisse, Madame G. s’entend répondre qu’il faut qu’il y ait 3 caddies DEVANT CHAQUE CAISSE avant d’ouvrir une nouvelle caisse. Madame G. s’interroge: 3 caddies ou 3 clients? Devant chaque caisse ouverte ou devant chaque caisse? Pourquoi le consomma! teur doit-il remplacer le personnel de magasin dans son service au client? Sans doute s’agissait-il d’un self-service?

Décodage

Madame G. n’est pas la seule à se plaindre des promesses non tenues de la marque CARREFOUR. Un rapide comptage lui a montré qu’il y avait en moyenne 5 clients devant chaque caisse. Mais qu’à une caisse il n’y avait que deux clients (!). Sans doute l’enseigne a-t-elle annoncé un peu rapidement une opération de séduction sans disposer des moyens adéquats (personnel formé et attentif, outil de comptage, volonté de service et de réponse au client). Après les fausses pénuries (produits annoncés en promotion et non disponibles), les erreurs régulières de prix sur les folders publicitaires, les fausses promesses de gain de temps semblent apparaître chez CARREFOUR.

Conseil

Madame G. a choisi une autre enseigne où il n’est pas nécessaire de demander d’ouvrir une caisse supplémentaire. Dans celle-ci, c’est automatique car l’enseigne ne demande pas au consommateur de se plaindre. Elle anticipe ses attentes.

CRIOC

 


 

Lettre adressée au Président israélien

Monsieur le Président de l'Etat d'Israël,

Pendant que les bombes tombaient sur Gaza, c'est ici que sonnait la caisse
Vredeactie MIR-IRG, branche belge du Mouvement International de Réconciliation

shimon-peresJe vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale. Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l'Etat juif, le nom de mes proches, votre Etat retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens.

Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.

Jean-Moïse Braitberg, écrivain.
Extrait du site du Monde

 


 

terminal-bierset

Karel De Gucht, le ministre des Affaires étrangères, s’opposait  fortement à l’attaque israélienne sur Gaza et demandait un armistice. Signal plutôt positif. Néanmoins, il semble que la politique belge excelle dans ses déclarations, mais pas dans ses actes.

En 2008, l’aéroport de Bierset est devenu la plaque tournante du trafic d’armes en provenance et à destination d’Israël. Le transport de fret de la compagnie aérienne El Al est une ligne de vie pour l’armée israélienne et se charge deux à trois fois par jour du transport en provenance ou à destination des Etats-Unis, en s’arrêtant à Bierset. Aussi, l’exportation d’armes belges vers l’Israël a fortement augmenté depuis 2004. Tout comme durant la guerre de 2003 en Irak, il semble que les principes s’arrêtent là où les intérêts financiers commencent.

Il y a peu, El Al passait par Schiphol aux Pays-Bas. En 2005 et 2006, 160 millions d’amorces, 17 millions de munitions et des dizaines de milliers de fumigènes ont notamment été livrés depuis les Etats-Unis à l’armée israélienne via cet aéroport. En ce qui concerne les permis de transit, le gouvernement régional wallon n’est pas aussi transparent que le gouvernement des Pays-Bas et les fournit assez rapidement. Pendant que les bombes tombent sur Gaza, de nouvelles munitions sont livrées à l’armée israélienne, via Bierset.

CAL, une autre compagnie israélienne, fait le même itinéraire avec deux vols par jour. Elle transporte des produits agricoles israéliens, provenant entre autres des implantations israéliennes situées dans les territoires occupés. Il est rare que le chemin du retour ne se fasse sans chargement d’armes. De 20 à parfois 50 % des vols sur Bierset atterrissent pour le compte de ces sociétés. Il semble vraisemblable qu’il ne faut pas déranger les clients les plus importants avec des législations sur les exportations d’armes.

Il est frappant de voir que les exportations d’armes belges vers Israël ont fortement augmenté depuis 2004. La guerre contre le Liban n’a pas non plus été un obstacle à la poursuite de ces exportations. Le plus scandaleux dans cette politique d’exportation laxiste est que la Région bruxelloise n’a jamais refusé un seul permis. En 2005 et en 2007, Sabca a décroché un contrat de modernisation pour la force aérienne israélienne. Valeur : 9.928.601 euros. Les conséquences sont ressenties à Gaza et sont visibles quotidiennement à la télévision.

En 2007, la Région wallonne a également accordé des permis d’exportation d’armes pour l’Israël : 210.000 euros de matériel pyrotechnique pour les munitions (probablement PB Clermont) et 270.000 euros pour des pièces de voitures blindées. Il est également vraisemblable qu’une livraison de pièces d’avions en provenance de Sonaca ait été autorisée.

Précisons que cette société travaille avec IAI-MALAT (Israël Aircraft Industries) sur des modèles d’avions sans pilote. Ces UAV sont visibles et opérationnels au-dessus de GAZA. Il y avait en définitive encore quelques permis pour des pièces de renforcement d’appareillage en région bruxelloise et wallonne, avec vraisemblablement comme fournisseur BATS d’Angleur.

En 2007, la Région flamande a accordé sept permis pour une petite somme de 500.000 euros, essentiellement à OIP (propriété de l’Elbit israélien), pour des appareils de vision nocturne avec des systèmes de guidage. Ces permis ont néanmoins été destinés à d’autres destinations (l’exportation d’équipement de précision de tireur vers la Colombie est tout aussi inquiétante que ces mêmes exportations vers le Népal en 2002). Celle-ci n’était donc pas destinée à l’armée israélienne, mais renforce bien l’industrie de défense israélienne et de cette façon lui est une aide indirecte.

La loi sur les armes affirme qu’un permis d’exportation ou un permis de transit est refusé lorsqu’il existe suffisamment d’indications à l’égard d’un pays destinataire donné :

– que l’exportation ou le transit y contribuera à une violation flagrante des droits de l’homme, qu’il existe un risque manifeste que le bien dont l’exportation est envisagée serve à la répression interne ;
– que l’exportation provoque ou prolonge des conflits armés, aggrave des tensions ou des conflits ou en cas de guerre civile dans le pays de destination finale.
– que l’exportation comporte un risque manifeste que le pays destinataire utilise le matériel en cause de manière agressive contre un autre pays ou pour faire valoir par la force une revendication territoriale.

Qu’est ce qui doit encore être fait pour qu’un permis de matériel de guerre destiné à l’Israël soit refusé ?

Messieurs les politiciens, merci pour les déclarations vrombissantes, mais la loi devrait primer !

www.vredesactie.be ; www.wri-irg.org

NDLR : le GRIP vient de publier une note d’analyse : « Les transferts d’armes de l’Union européenne et de la Belgique vers Israël. Quelle conformité avec le Code de conduite en matière d’exportation d’armements ? », Caroline Pailhe (www.grip.org).


 

Libres propos: "Révoltes des jeunes Grecs et des jeunes Français : mêmes causes, même combat, et pourtant…"
Nadine Rosa-Rosso

 jeunes grecs

Trois ans après les banlieues françaises, c'est au tour des villes grecques de flamber. Il n'est pas difficile de trouver des similitudes entre les deux phénomènes. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, est la mort d'un jeune ici, de deux là, dans le cadre d'une intervention policière. Et l'absence de perspectives économiques, sociales et politiques de la jeunesse est devenue plus qu'une évidence dans notre monde frappé par une crise profonde du capitalisme.

Ce ne sont pourtant pas les similitudes qui interpellent aujourd'hui mais bien la différence de traitement, en particulier par les partis de gauche, de la révolte des jeunes.

Que dirait-on aujourd'hui d'un président de parti communiste qui déclarerait, à propos des jeunes Grecs : "Que les choses soient claires: incendier des voitures, des écoles, des bâtiments, des entreprises, c'est de l'autodestruction. Il n'y a rien de bien à dire de ces actions. Elles touchent d'autres travailleurs des mêmes quartiers et cités. Elles touchent le peu de biens sociaux qui subsistent encore dans ces quartiers. Et elles touchent surtout la solidarité entre tous les travailleurs qui sont frappés par le raz-de-marée néolibéral"[1]. C'était pourtant la teneur générale de la plupart des propos "de gauche" à l'égard des jeunes Français. Aujourd'hui rares sont les condamnations des révoltes de la jeunesse grecque. Le ton général est à l'analyse des causes et à la compréhension. Les organisations syndicales grecques n'ont pas renoncé à leur action de grève et de manifestation au beau milieu des journées d'émeute. Il ne viendrait à l'esprit de personne de reprocher aux jeunes de briser la "solidarité entre les travailleurs". Au contraire, dans plusieurs pays européens, de grandes coalitions de gauche se forment pour appeler à soutenir la révolte des jeunes Grecs.

La crise financière a bien sûr fait voler en éclat la sacro-sainte confiance dans ce système d'exploitation qu'on nous présente depuis vingt ans comme le seul possible. Elle a ouvert les yeux et préparé les esprits à l'hypothèse récemment impensable que la seule solution soit  au contraire d'y mettre fin.

Mais au-delà de cette évolution récente des mentalités, la différence de traitement à l'égard de ces deux jeunesses ne doit-elle pas aussi être attribuée à un mal persistant au sein de la gauche ? A savoir son incapacité à considérer les jeunes des banlieues françaises autrement que comme des "jeunes de l'immigration", dont il faut par définition redouter le communautarisme, le manque d'esprit civique et l'absence de solidarité de classe ?

Dans son article « La crise financière, et après ? », l'économiste François Morin écrivait il y a peu qu'un scénario de rupture brutale pouvait être envisagé. Il émettait l'hypothèse d'une « explosion sociale violente dans plusieurs pays, tenant à la baisse du pouvoir d'achat et au chômage de masse », et qui pourrait avoir « des effets de contagion à une large échelle ». Les jeunes Français des banlieues, victimes plus tôt, en raison de la discrimination raciste, de la baisse du pouvoir d'achat et du chômage de masse, ont-ils eu le tort de se révolter trop tôt ? Ou est-ce plutôt l'incapacité de la gauche à percevoir, comme elle le faisait jadis, dans la situation faite à ces jeunes, l'annonce du sort réservé à l'ensemble des travailleurs ?

Au lieu de reprocher à ces jeunes de briser la solidarité des travailleurs, ne faudrait-il pas inverser la façon de poser le problème ? Et le poser ainsi : combien de temps encore les responsables des partis et organisations de gauche, y compris syndicales, attendront-ils pour organiser la solidarité du mouvement ouvrier encore structuré avec cette jeunesse populaire que la précarité, la dérégulation des modes de production, la relégation dans les quartiers ont isolée ? Bref, pour la considérer, sans préjugés, comme partie intégrante du monde du travail ?

On ne pourra pas faire l'économie de ce débat car dans toutes les grandes métropoles du monde capitaliste, la part des travailleurs issus de l'immigration ne cesse d'augmenter. Une mobilisation sociale de grande envergure, capable de renverser réellement la vapeur et d'imposer une alternative politique réelle, ne sera possible que si la gauche résout cette question essentielle.

La révolte des jeunes Grecs et le soutien qu'elle recueille laissent espérer que les mentalités sont profondément en train de changer sur le vieux continent et que le temps des idées et des pratiques nouvelles est enfin arrivé.

[1] Peter Mertens, 16.11.2005 Solidaire (France : pourquoi les banlieues flambent)

22:05 Écrit par nouvelles dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/04/2009

Nouvelles n° 129-1

Qu’est-ce que le Hamas ?
Par Alain Gresh

Hamas

Hamas suscite, sur ce blog et ailleurs, bien des frayeurs et des fantasmes, fondés souvent sur une méconnaissance du mouvement, de son histoire et de ses évolutions. Avant d’en venir à cette réflexion sur le Hamas, signalons que Le Monde diplomatique de février, en vente dans les kiosques, consacre un dossier de six pages aux événements de Gaza et à leurs conséquences sur la région.

Notons aussi, certains contributeurs de ce blog l’ont déjà fait, la tribune écrite par le prince saoudien Turki Al-Fayçal dans le quotidien britannique Financial Times et dont l’écho est important (« Saudi patience is running out », 22 janvier). Accusant le président Bush d’avoir laissé la région dans un état de désordre, il met en garde sur le fait que les initiatives de paix risquent de ne plus être à l’ordre du jour et que l’Arabie saoudite tournera alors le dos à l’Occident. Il révèle que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a écrit au souverain saoudien Abdallah une lettre reconnaissant le rôle dirigeant de l’Arabie dans le monde musulman et l’appelant à prendre une position plus ferme face aux massacres de Gaza.

Le prince précise que le royaume, « jusqu’à présent, a rejeté ces appels, mais que chaque jour qui passe rend cette réserve plus difficile à expliquer, quand Israël tue délibérément des Palestiniens, s’approprie leurs terres, détruit leurs maisons, déracine leurs fermes et impose un blocus inhumain. (...) Au final, le royaume ne sera plus capable d’empêcher ses citoyens de participer à la protestation mondiale contre Israël. »

Revenons maintenant au Hamas et rappelons quelques éléments de son histoire. Le Mouvement de la résistance islamique (dont l’acronyme en arabe donne « Hamas », qui signifie « zèle ») a été créé par la Société des Frères musulmans en décembre 1987, au lendemain du déclenchement de la première Intifada. Le Hamas se développe d’abord à Gaza, qui restera le principal de ses fiefs, avant d’étendre ses activités à la Cisjordanie.

Pourquoi les Frères musulmans ont-ils pris cette décision de créer une organisation de combat ? Après la défaite arabe de juin 1967, il a fallu plusieurs années aux Frères musulmans pour se réorganiser. Ils vont profiter de la vague islamiste qui monte dans toute la région. Dans les territoires occupés, la Société bâtit un réseau dense d’institutions sociales autour des mosquées : jardins d’enfants, bibliothèques, cliniques, clubs sportifs, etc. Entre 1967 et 1987, le nombre de mosquées passe de 400 à 750 en Cisjordanie, de 200 à 600 à Gaza. Créé en 1973, le Centre islamique de Gaza, dirigé par le cheikh Ahmed Yassine, devient le cœur battant de la Société. L’organisation reçoit un appui important de l’étranger, notamment de l’Arabie saoudite, qui lui donne des moyens considérables.

Néanmoins, malgré leurs moyens et leurs atouts, les Frères musulmans souffrent, dans les années 1970 et 1980, de leur quiétisme face à l’occupation. Si leur but final reste la libération de la Palestine, ils accordent la priorité à la réforme de la société — d’où leur relative inertie dans le combat nationaliste. Les services de renseignement israéliens le comprennent si bien qu’ils font preuve d’une réelle mansuétude à l’égard des Frères, considérés comme un utile contrepoids à l’OLP. En 1980, une scission frappe le mouvement : le djihad islamique reproche aux Frères musulmans leur trop grande passivité et se lance rapidement dans l’action violente.

La décision de créer le mouvement Hamas et de participer à l’Intifada témoigne d’une réelle évolution de la Société des Frères musulmans, au sein de laquelle des militants plus jeunes ont pris des responsabilités. Le Hamas se montrera très actif durant la « révolte des pierres », n’hésitant pas à rester à l’écart de la direction unifiée qui se réclame de l’OLP. Très bien structuré, proche des plus démunis, disposant d’une aura religieuse, le mouvement s’affirme comme un concurrent sérieux au Fatah et à l’OLP. Il crée une branche militaire, les brigades Ezzedine Al Kassam. Un épisode jouera un rôle important dans l’histoire du mouvement : en décembre 1991, le premier ministre israélien Itzhak Rabin expulse 415 militants vers le Liban. Ils finiront par rentrer, mais cette répression ne fait qu’accroître la popularité de l’organisation – et crée ses premiers contacts avec le Hezbollah.

 
Le Hamas adopte sa Charte, le 18 août 1988. Il reconnaît sa filiation avec l’organisation des Frères musulmans. Il « considère que la terre de Palestine est une terre islamique waqf [1] pour toutes les générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection ». Enfin, malgré les rivalités — et parfois les affrontements —, le Hamas déclare à propos de l’OLP : « Notre patrie est une, notre malheur est un, notre destin est un et notre ennemi est commun. » C’est pour l’essentiel sur le terrain politique, et non religieux, que le Hamas s’oppose à l’OLP : il reprend les thèses qui étaient dominantes dans l’OLP avant les années 1975, celles de la libération de toute la Palestine. Enfin, le texte de la Charte a des connotations antisémites, avec une référence au Protocole des sages de Sion (un faux créé par la police tsariste au début du XXe siècle), ainsi qu’une dénonciation des « complots » des loges maçonniques, des clubs Rotary et Lyons…

Ces notations antisémites sont condamnables et condamnées largement. Il faut dire que ces délires, notamment sur Le Protocole des sages de Sion, se retrouvent fréquemment dans certains livres et articles publiés dans le monde arabe. Interrogés là-dessus, les dirigeants du Hamas affirment qu’il ne faut tenir compte que de leur plate-forme défendue durant la campagne de 2006 (lire plus bas) – argument qui n’est pas recevable en ce qui concerne les références au Protocole des sages de Sion.

Une caractéristique du Hamas est soulignée par Jean-François Legrain :
« Un second contresens consiste à faire de Hamas un mouvement nationaliste au discours religieux quand il s’agit fondamentalement d’un mouvement de resocialisation religieuse, certes doté d’un agenda politique. (...) Hamas, même s’il avait quasi instantanément phagocyté l’Association des Frères musulmans, dont il n’était à l’origine que le “bras”, avait pour raison d’être essentielle dans l’esprit de cheikh Yassine que sa mission de da’wa (prédication active de l’islam) à laquelle étaient strictement subordonnés le politique et le militaire. A plusieurs reprises, son appréhension des rapports de force avec Israël et l’Autorité palestinienne a ainsi conduit Hamas, aux antipodes de l’attitude de tout mouvement de libération nationale, à prendre ses distances tant avec le militaire (les différentes trêves de 1995, 1996 et des dernières années) qu’avec le politique (par exemple et de façon surprenante, au lendemain même de la tournée triomphale du cheikh Yassine dans le monde musulman à sa sortie de prison en 1998). Hamas s’est alors replié sur le tissu associatif assujetti à ses exigences de mobilisation morale, seules quelques cellules manifestant leur désapprobation par des initiatives militaires locales. »

Dans la logique de son programme politique, le Hamas condamne les accords d’Oslo signés le 13 septembre 1993. Mais l’installation de l’Autorité palestinienne à Gaza en 1994 pose de nouveaux défis à l’organisation, prise entre sa rhétorique de libération totale de la Palestine, sa volonté de ne pas provoquer une guerre civile inter-palestinienne et sa détermination à préserver son réseau associatif. Le Hamas engage un dialogue avec Yasser Arafat. Ce dernier joue à merveille de la carotte et du bâton, multipliant les arrestations et les intimidations tout en dialoguant avec l’organisation et en autorisant certains de ses organes de presse. Fin 1995, il paraît même sur le point d’obtenir la participation du mouvement aux élections du parlement palestinien de janvier 1996, mais cela n’aboutira pas.

L’assassinat d’Itzhak Rabin en novembre 1995, l’escalade entre les forces israéliennes et le Hamas – marquée par une vague d’attentats-suicides début 1996 –, l’extension permanente de la colonisation, la victoire de Benjamin Netanyahou aux élections législatives israéliennes vont changer la donne. Malgré la victoire d’Ehoud Barak aux élections de 1999, les négociations de paix échoueront (largement par la faute du gouvernement israélien — lire « Le “véritable visage” de M. Ehoud Barak, Le Monde diplomatique, juillet 2002) et la seconde Intifada éclate en septembre 2000.

La mort d’Arafat, l’élection de Mahmoud Abbas à la tête de l’Autorité, la convocation de nouvelles élections législatives palestiniennes en janvier 2006 marquent une nouvelle étape dans les territoires occupés. Le scrutin va confirmer l’évolution du mouvement Hamas vers un plus grand pragmatisme. Alors qu’il avait refusé les accords d’Oslo et toutes les institutions qui lui étaient liées, le Hamas accepte de participer aux élections de janvier 2006. Plusieurs de ses dirigeants, dont le cheikh Ahmed Yassine, assassiné par l’armée israélienne en 2004, ont affirmé qu’ils acceptaient la création d’un Etat palestinien sur les territoires occupés de 1967. Le programme politique défendu durant la campagne électorale n’a rien à voir avec le contenu de la Charte de 1988 (lire Paul Delmotte, « Le Hamas et la reconnaissance d’Israël », Le Monde diplomatique, janvier 2007).

Il est important de rappeler les deux raisons qui ont amené les Palestiniens à voter pour le Hamas : la corruption de l’Autorité palestinienne (et donc du Fatah) et, surtout, le fait que la voie choisie par le Fatah à Oslo, celle de la négociation et de l’abandon de la lutte armée, avait échoué. Le Hamas n’est pas contre des négociations, mais pense que celles-ci doivent s’accompagner d’une pression militaire (c’était d’ailleurs la position défendue par une partie des dirigeants du Fatah au début de la seconde Intifada, notamment par Marwan Barghouti).

Le Hamas a multiplié les déclarations en ce sens depuis plusieurs mois. L’ancien président américain Jimmy Carter a rencontré les dirigeants du Hamas à Gaza, ainsi que Khaled Mechaal, le chef du bureau politique du Hamas à Damas. Carter écrit : Après de longues discussions avec les dirigeants de Gaza, ces dirigeants du Hamas (à Damas) ont affirmé qu’ils « accepteraient tout accord de paix qui serait négocié entre les Israéliens et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui dirige aussi l’OLP, à la condition que cet accord soit accepté par les Palestiniens par référendum ou par un gouvernement élu d’unité nationale ». « An Unnecessary War » (Washington Post, 8 janvier). Lors d’un entretien que j’ai réalisé à Damas en décembre, Khaled Mechaal a déclaré : « Le Hamas et les forces palestiniennes ont offert une occasion en or d’apporter une solution raisonnable au conflit israélo-arabe. Malheureusement, personne ne s’en est saisi, ni l’administration américaine, ni l’Europe, ni le Quartet. Notre bonne volonté s’est heurtée au refus israélien que personne n’a la capacité ou la volonté de surmonter. Dans le document d’entente nationale de 2006 signé avec toutes les forces palestiniennes (à l’exception du djihad islamique), nous affirmons notre acceptation d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem comme capitale, sans colonies et avec le sujet (mawdou’) du droit au retour. C’est le programme commun aux forces palestiniennes. Certaines veulent plus, d’autres moins. Ce programme date de trois ans. Les Arabes veulent quelque chose de similaire. Le problème est en Israël. Les Etats-Unis jouent un rôle de spectateur dans les négociations et ils appuient les réticences israéliennes. Le problème n’est donc pas le Hamas, ni les pays arabes : il est israélien. »

Pourquoi le Hamas prône-t-il la violence ? Son principal argument est que le chemin de la seule négociation adopté par l’OLP en 1993 n’a donné aucun résultat. On peut aussi remarquer que l’Autorité sous la direction de Mahmoud Abbas, qui négocie depuis 2005 un accord de paix, n’a pas réussi à obtenir que le gouvernement israélien accepte la création d’un Etat palestinien sur tous les territoires occupés en 1967, avec Jérusalem-Est comme capitale.

Enfin, une dernière remarque concernant la violence contre les civils. Toute mort de civil est une mort de trop. Mais si l’on condamne les tirs de roquettes du Hamas, ne faut-il pas d’abord condamner les crimes commis par un Etat organisé, membre des Nations unies ? Le terrorisme d’Etat n’est-il pas plus condamnable que tout terrorisme ? Je rappelle encore une fois ce qu’écrivait Nelson Mandela, évoquant ses négociations avec le gouvernement blanc sud-africain et ses demandes d’arrêter la violence : « Je répondais que l’Etat était responsable de la violence et que c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé, qui détermine la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense. »

Peut-on faire confiance au Hamas, alors que sa Charte n’a pas été abrogée ? Rappelons que la même question a été posée durant des années à l’OLP et à Yasser Arafat et que les accords d’Oslo ont été signés avant que cette charte n’ait été officiellement abrogée par le Conseil national palestinien. Pendant deux décennies, Israël et les Etats-Unis ont refusé tout contact avec l’organisation sous ce prétexte et sous le prétexte qu’elle était une organisation terroriste ; la France et nombre de pays européens avaient, à l’époque, refusé cet ostracisme.

L’Union européenne et les Etats-Unis posent trois conditions au dialogue avec le Hamas : qu’il reconnaisse l’Etat d’Israël ; qu’il renonce à la violence ; qu’il reconnaisse les accords d’Oslo. Deux points méritent d’être soulignés : pourquoi le dialogue avec le gouvernement israélien n’est-il pas soumis aux mêmes conditions ? Pourquoi Israël ne reconnaît-il pas un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ? Pourquoi ne renonce-t-il pas à la violence ? Pourquoi construit-il des colonies dans les territoires occupés en violation des accords d’Oslo (et du droit international) ?

D’autre part, si l’on pense qu’il faut faire évoluer le Hamas, comment le faire sans dialoguer avec lui ? N’est-ce pas le dialogue européen avec l’OLP qui a permis d’avancer ?

Pour aller plus loin
 
Je voudrais renvoyer aux remarquables reportages faits dans Le Monde diplomatique depuis plus d’une quinzaine d’années sur cette organisation par Wendy Kristianasen, que l’on peut retrouver sur le cédérom du Monde diplomatique ; ainsi qu’aux analyses de Jean-François Legrain, notamment le texte distribué lors de son audition à la commission des affaires étrangères du Sénat, le 14 janvier, « Gaza : des guerres dans quelles perspectives ? ». On peut également lire un intéressant entretien avec Ali Jarbawi (PDF) sur le site de la revue Confluences Méditerranée.
Enfin, le livre de Khaled Hroub, Le Hamas (Démopolis) est le seul ouvrage sérieux en français sur l’organisation.
Notes
[1] Bien de mainmorte, c’est-à-dire inaliénable.


Cusmapa 2008     
                                                               
Le Comité Amérique Centrale de Charleroi  soutient depuis 2000, par des récoltes de fonds, une ONG au Nicaragua. Il s’agit d’Unicam (Université des paysans.) qui vise à l’autosuffisance et à la diversité alimentaire de petits agriculteurs délaissés du nord du pays : la région montagneuse de Somoto/Cusmapa.

Les résultats  obtenus sont très encourageants et nous incitent, la Casa Nicaragua de Liège et nous, le CAcC, à poursuivre les efforts de soutien.

Cette région dite « tropi-sec »  souffre soit du manque, soit de l’excès d’eau. Dans les communautés où Unicam est présente les bassins de retenue d’eau se construisent, l’irrigation progresse. Mais pour lutter contre les pluies diluviennes on n’a encore rien trouvé si ce n’est, tenter par des moyens rudimentaires mais relativement efficaces, (diguettes) de ralentir les eaux qui dévalent les pentes en emportant la terre arable dont la couche est déjà très mince.

Il y a urgence ! Nous avons reçu un appel d’aide d’urgence de notre ONG partenaire au Nicaragua. Une fois de plus, le nord du Nicaragua a été affecté par des dégâts consécutifs au passage de l’ouragan IKE dans les Caraïbes.

Des trombes d’eau se sont abattues sur la région de Somoto-Cusmapa provoquant des inondations et,  plus grave encore, une colline entière, habitée et cultivée  s’est effondrée. Plus de 150 personnes n’ont plus ni ressources ni logement, elles sont hébergées dans les infrastructures communautaires (banques de semences, « maison communales » financées pour la plupart par notre comité).

Notre partenaire local Unicam, doit déplorer en plus la perte de son unique camionnette. En effet, mardi le 7 octobre 2008, en se portant au secours des sinistrés, un pont détruit a entraîné la chute du véhicule dans le ravin. Heureusement, Mario  le chauffeur s’en sort bien.

Nous lançons en cette fin année une récolte de fonds et nous espérons arriver à  10000 €. Le but étant de répondre à l’urgence pour partie et d’autre part de pouvoir poursuivre notre aide structurelle aux projets d’autosuffisance  alimentaire.
Merci

Le Comité Amérique Centrale de Charleroi

Notez que pour un minimum de 30 € via le Cpte de « Peuples Solidaires », vous recevrez une attestation donnant droit à une déduction fiscale.


 

Trois ouragans dévastateurs à Cuba : un bilan matériel et humain

cuba_ouragan

L’automne 2008 aura été terrible pour Cuba, avec son cortège de cyclones, de raz de marée et de tempêtes tropicales. Cette saison des ouragans est traditionnelle dans cette région des Caraïbes (ainsi que sur l’Est du Pacifique), et elle a induit un certain fatalisme. Mais est-ce la dégradation du climat ? 2008 a été pire que les années précédentes. Les ouragans les plus violents ont été GUSTAV (en fin août) et IKE (en début septembre) ainsi que PALOMA (en novembre). Mais il faut aussi compter avec FAY (mi-août), HANNAH (début septembre)…

Une fois les évaluations terminées, le passage destructeur de Gustav et de Ike va coûter cher :

- GUSTAV a entraîné des pertes estimées à 1,92 milliards de CUC (2,72 milliards de dollars) ;
- IKE a occasionné des pertes évaluées à 6,74 milliards de CUC (7,28 milliards de dollars).

Les nouvelles destructions causées par l’ouragan Paloma, ajoutées à celles des deux précédents cyclones qui ont frappé le pays en un peu plus de deux mois, devraient faire monter cette somme à environ 10 milliards de dollars.

Il y a plus de 50 municipalités très touchées, (35 par les ouragans Gustav et Ike et 12 par les précédents, auxquelles il faut ajouter celles victimes de Paloma). Le pays est dévasté. Les dégâts matériels ont été considérables. Près de 125.000 logements avaient été partiellement ou totalement détruits par l’ouragan Gustav. Le passage du cyclone Ike en a endommagé 323.800. On parle de 70.000 habitations totalement à reconstruire. Et il faut encore dénombrer celles touchées par l’ouragan Paloma.

L’agriculture a subi un coup terrible. La plupart des récoltes ont été ravagées et plusieurs centaines de milliers de volailles d’élevage ont perdu la vie, ce qui
risque de poser une sérieuse crise alimentaire au sein de la population. Plus de 700.000 tonnes d’aliments ont été détruites. La production et la distribution d’aliments sont devenues les priorités absolues du gouvernement cubain. Les supermarchés de l’île présentent un grave problème d’approvisionnement.

Il faut aussi prendre en compte les dégâts survenus aux installations électriques, aux barrages et réservoirs, aux plantations forestières, aux équipements scolaires et d’hôpitaux. Toutes les réserves nationales, créées en prévision d’une agression militaire étasunienne, ont été mises à la disposition de la population : aliments, carburant, matériel de construction, médicaments, etc.

C’est évidemment une source de découragement pour la population. Alors que le développement économique, totalement perturbé par la fin des échanges avec l’URSS, était bien relancé sur d’autres bases, on a vu revenir les coupures d’électricité, les destructions ou paralysies d’entreprises, les perturbations dans les approvisionnements. Certaines provinces sont restées sans électricité pendant plusieurs jours. Les dégâts vont demander de consacrer des sommes importantes à la reconstruction. Et sans doute à entreprendre des modifications importantes et urgentes : le changement climatique doit faire craindre une montée des eaux et des perturbations plus fortes et plus fréquentes. Les localités côtières devront peut-être se reconstruire plus en amont. Il ne sera dès lors pas possible d’intervenir rapidement sur des localités moins endommagées, qui devront patienter. Et les changements structurels évoqués par Raoul Castro seront vraisemblablement retardés.

Après son frère Fidel (s’exprimant dans une chronique parue le matin de l’arrivée du troisième cyclone), Raoul Castro a aussi appelé la population à ne pas céder au découragement et à garder confiance dans ses propres ressources. Après avoir constaté l’optimisme de la population de Santa Cruz del Sur, il a déclaré : « Cet état d’esprit, notre peuple en a toujours fait preuve pendant les 50 ans de Révolution, face aux agressions armées, aux actes terroristes et au blocus génocidaire (…).Les révolutionnaires ne se rendent pas, ni contre les ennemis, ni face aux ouragans. Ayez confiance dans la Révolution, comme nous vous faisons confiance ».

Malgré ces besoins humanitaires évidents, l’Administration Bush n’a pas voulu lever le criminel blocus que les États-Unis exercent depuis 46 années. Condoleezza Rice a déclaré à la presse : « Je ne crois pas que, dans les circonstances présentes, le moment soit venu de lever l’embargo ». Le but est bien toujours d’enfoncer Cuba en profitant des difficultés passagères, comme au moment de l’écroulement de l’URSS (l’embargo avait été renforcé à ce moment). Le Gouvernement cubain a fait en septembre 2008 des demandes précises pour acheter sur le marché des États-Unis les matériaux nécessaires à la rénovation des logements, et de disposer de crédit bancaire dans ce but. Seule l’exportation du bois de charpente a été légèrement assouplie. Devant le maintien de l’embargo, les Cubains ont aussi refusé avec mépris une petite aide états-unienne, qui était conditionnée… à l’envoi d’inspecteurs ! La souveraineté nationale doit d’abord être respectée. L’arrivée d’Obama pourrait apporter des changements.

L’aide est néanmoins parvenue de nombreux autres pays, dont des pays en développement ainsi que la Belgique et l’Espagne. Une aide est annoncée par l’Europe, qui a rouvert sa coopération avec l’île après cinq années d’interruption. Et de nombreux secteurs de la société civile sont aussi intervenus. On a pu ainsi pu voir des citoyens des Etats-Unis sur des chantiers de remise en état de logement ; ainsi la section de Charleroi des Amis de Cuba a transmis une somme de 1.600 euros, récoltée au cours d’activités de solidarité en octobre. Il est évident qu’il y a encore beaucoup à faire, et de manière urgente.

Mais on doit aussi parler d’un bilan humain : il y a eu neuf morts au total pour ces trois évènements dévastateurs. C’est très peu. Étonnamment. Et cela en dit long sur l’efficacité des mesures prises par la « Défense civile » organisée par l’État cubain, qui va de la surveillance météorologique à l’organisation de solidarité dans chaque quartier. Tout le monde (en particulier les agences de l’ONU) reconnaît que les mesures prises en général à Cuba contre les cyclones et les tempêtes sont particulièrement efficaces.

Comparaison n’est pas raison, dit-on. Et un coup de vent est difficilement comparable à un autre. Mais enfin, les chiffres parlent d’eux mêmes. Pour trois pays qui sont quasiment voisins.

Dans un pays pauvre comme Haïti, aucune mesure de prévention ne paraît être sérieusement prise. Les morts sont innombrables et se répètent d’année en année. Haïti a perdu cette année 300 personnes avec Ike, 77 avec Gustav, 38 avec Hannah, 40 avec Fay. Dans la ville de Gonaïves, l’eau est montée par endroits de 3 mètres. « Traumatisés par le souvenir de la tempête tropicale Jeanne, qui avaient fait 3.000 morts aux Gonaïves il y a quatre ans, les habitants craignent une réédition de cet événement meurtrier » disent les agences. N’a-t-on pas pris de mesures depuis lors ? On n’en reçoit sans doute pas les moyens. À Haïti, 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. On y a connu cet été des émeutes de la faim. En fait, des secours et des aides n’arrivent qu’après les évènements, quand il est trop tard, quand on n’a plus que ses yeux pour pleurer. S’ils arrivent : on connaît les effets d’annonce des bonnes paroles occidentales et les effets de manche de plusieurs organisations « humanitaires ». On parle aussi de détournements manifestes de l’aide reçue.

Et aux Etats-Unis ? Ce pays riche, qui a connu la douloureuse expérience de l’ouragan Katryna en Louisiane en 2006, qui ne manque pas de moyens, qui ne souffre pas d’un blocage économique de type « embargo », fait-il mieux ? Première surprise : plusieurs villes décident de ne pas organiser d’évacuations : elles comportent trop de risques (accidents mortels durant l’évacuation, pillages, problèmes d’intendance pour aider les évacués…). Deuxième surprise : l’intervention de l’armée à de nombreux endroits. Voici quelques communiqués exemplaires : « Un couvre-feu a été décrété ce dimanche pour au moins une semaine dans toute la ville de Houston, au Texas, quatrième ville américaine, privée presque totalement d'électricité après le passage samedi de l'ouragan Ike. « Cette mesure est nécessaire pour des raisons de sécurité, le nombre important de débris dans les rues et le fait que de nombreux quartiers sont dans le noir », a précisé le maire de Houston, Bill White. Un couvre-feu était déjà en place depuis vendredi dans des zones qui avaient été évacuées avant le passage de l'ouragan. Le maire a aussi indiqué que le système de distribution de l'eau de la municipalité recommençait progressivement à fonctionner. Des tests n'ont pas indiqué de contamination des eaux, a-t-il dit, tout en demandant aux habitants de continuer à consommer de l'eau minérale ou de faire bouillir celle du robinet. Il a aussi dit que l'électricité avait été rétablie pour des services d'urgence comme les hôpitaux et les stations de pompage des eaux. Le maire a en outre lancé un appel pressant aux compagnies d'électricité pour qu'elles fassent tout ce qui est possible pour rétablir le courant ». Et un autre : « Au Texas, 7.500 gardes nationaux ont été mis en état d'alerte et les autorités ont demandé aux habitants des zones côtières de stocker des vivres et du matériel. L'Agence fédérale de gestion des situations d'urgence n'a pas encore fixé de planning pour l'évacuation de ces zones ».

En fait, on n’entend pas beaucoup parler d’une « Protection civile » ! Plutôt des conseils… et des gardes nationaux. Est-ce beaucoup mieux qu’à Haïti ? Il est vrai qu’ici, les citoyens sont censés avoir les moyens.

Troisième surprise : après l’annonce de l’arrivée de l’ouragan à Houston et les craintes pour les plates-formes pétrolières off-shore et son impact sur le prix du pétrole, on n’entend plus grand chose de la part des médias. Comme si la principale leçon tirée de 2006, c’est qu’il fallait moins médiatiser l’événement. Voici le bilan de IKE aux États-Unis. On apprend d’abord qu’il a traversé 11 états, jusqu’aux grands lacs canadiens et en Pennsylvanie ! Au total, au moins 52 personnes sont mortes, du 12 au 15 septembre. Le Texas a été le plus touché avec 18 morts, dont 10 dans le comté de Harris qui couvre la ville de Houston, la 4e plus peuplée aux États-Unis, et sept dans les environs de Galveston, ville côtière de 60.000 habitants qui a subi les plus gros dégâts. Mais on en compte aussi 7 en Indiana, 5 en Louisiane, etc. Beaucoup de décès sont dus à des chutes d'arbres, comme dans le Tennessee (sud) où deux golfeurs ont été écrasés, ou dans le Kentucky (sud) où un garçon de 10 ans est mort heurté par une branche. De nombreux décès sont intervenus après le passage de l'ouragan, par intoxication au monoxyde de carbone provoquée par des générateurs mal réglés, ou par électrocution. Le bilan des morts au Texas pourrait s'alourdir, les autorités n'ayant pas fourni de chiffre global. Et le maire de Galveston précise : « Nous avons eu seize morts, mais on n’en compte que neuf car les autres sont morts de mort naturelle ». Pas beaucoup de précision non plus sur les dégâts matériels. Par contre, on aura eu toutes les informations nécessaires pour s’apitoyer sur les difficultés des banques américaines le week-end suivant ! Et sur les milliards absolument nécessaires pour éviter un cyclone financier mondial. On a pu lire de Fidel Castro quelques remarques acerbes à ce sujet.

 La différence qui ressort de cette comparaison, c’est l’efficacité de la Protection civile à Cuba, qui peut compter sur la bonne volonté, la discipline et la conscience des citoyens et qui peut organiser des mesures cohérentes et efficaces. C’est la priorité donnée à l’être humain, à la vie. On a parfois reproché que le contrôle social (des fameux « Comités de défense de la Révolution ») est à Cuba trop envahissant, intrusif ; on doit reconnaître que cette « Défense intégrée » dont parle Raul Castro, est dans ce cas performante et pertinente, surtout dans un pays manquant de moyens économiques. La liberté promue par le libéralisme apporte des avantages pour certains, mais coûte très cher aux plus pauvres, en cas d’ouragan… ou de crise.

Luigi Raone : Responsable des Amis de Cuba de Charleroi

Le cyclone GUSTAV

cyclone_gustav_cuba432Le 28 août, on annonce l’arrivée du cyclone GUSTAV sur la côté est de Cuba (côté Guantanamo et Santiago), après son passage dévastateur sur Saint Domingue et Haïti : c’est un cyclone très puissant. Des préparatifs sont immédiatement organisés : 40.000 personnes sont évacuées, des milliers de têtes de bétail sont mises à l’abri, le café est récolté en avance, etc. C’est presque une habitude à Cuba : déjà 12000 personnes avaient été évacuées le 15 août dans deux provinces pour la tempête FAY (vents de 100 km/h) et à Varadero, 24 000 touristes, dont 18 000 étrangers, avaient été avertis de rester en lieu sûr.

Mais en fin de journée, le même 28 août, on annonce que le cyclone s’est déplacé et une pré-alerte est donnée aux provinces occidentales ! Du fait de ce déplacement sur l’océan, il prend encore davantage de force et atteint le niveau 4 (sur 5). Et le 29 août en soirée et le lendemain, il touchera surtout l’île de la Jeunesse (au Sud) et la province de Pinar del Rio (à l’ouest), mais aussi La Havane. Au total, près de 500.000 personnes ont été évacuées. Il y a 19 blessés, mais pas un seul décès ! C’est un énorme succès pour la « Protection civile » (Defensia civil) de Cuba. Le vent a soufflé sur l’Ouest jusqu’à 340 km/h (un record pour Cuba ; l’antenne s’est renversée et a arrêté ses mesures). Les gens ont vécu une nuit d’enfer : sous son petit abri traditionnel de feuilles de palmier, une habitante a regardé sa maison et celle de deux voisins s’écrouler.

Les dégâts sont immenses. Le système électrique est totalement à reconstruire dans cette province et sur l’île de la Jeunesse. Les communications radio-TV sont aussi endommagées. À Los Palacios, par exemple, dans l’axe de passage du cyclone, sur les 13 000 logements recensés, 10 000 ont été endommagés, dont environ 6 000 entièrement détruits. Hôpitaux et écoles sont aussi touchés, même si le matériel (appareils médicaux, ordinateurs...) avait été mis à l’abri et des groupes électrogènes installés préventivement. À l’île de la Jeunesse, il a fallu réorganiser le port, dégager les halls dévastés et apporter une puissante grue par bateau pour accélérer le déchargement de l’aide. Dès ce moment, Fidel Castro compare cet événement à une « frappe nucléaire » dans une première réflexion.

Le cyclone IKE

ouragan-Ike-noaaOn est encore à l’heure des premiers secours, des bilans et de l’organisation de l’aide après le passage de l’ouragan Gustav, que déjà l’ouragan IKE est annoncé. Passons sur la tempête HANNAH qui, frappant surtout Haïti puis les Bahamas le 3 septembre, a eu aussi des
impacts sur Cuba (où d’autres mesures de prévention avaient été prises face à un raz de marée le même jour….).

On considère d’abord que l’ouragan IKE va suivre le chemin d’HANNAH, passer d’Haïti au nord et frapper les Bahamas et la Floride (côtes atlantiques), plutôt que d’entrer dans le Golfe de Louisiane. Mais sa trajectoire est incertaine et, du Sud des Bahamas, il tourne vers Cuba où il pénètre près d’Holguín le dimanche 7 septembre au soir. Il va traverser tout le pays d’est en ouest durant deux jours. Le cyclone est un peu affaibli (niveau 3) mais il comporte des pluies diluviennes.

Les mesures de la Protection Civile sont tout à fait impressionnantes malgré le cours laps de temps disponible. C’est finalement plus de deux millions et demi de personnes qui ont été évacuées en un temps record (près d’un Cubain sur quatre !). La plupart sont évacués auprès de la famille ou les amis, mais un demi-million de personnes ont été placées dans des centres spéciaux. 180.000 étudiants ont été renvoyés dans leurs familles, 2800 touristes ont été mis à l’abri.

Outre des évacuations, on a organisé la mise en place des groupes électrogènes et la distribution des combustibles domestiques aux familles, pour prévenir les coupures d’électricité qui se produiront pendant et après le passage du cyclone Ike, et on a préparé la gestion des barrages pour l’afflux prévisible d’eau. Soulignons aussi l’évacuation courante à Cuba des têtes de bétail, ou la recommandation par les autorités aux agriculteurs de les mettre à l’abri.

IKE a donc soufflé sur Cuba durant quarante-huit heures. C’est la longueur de la trajectoire qui explique l’importance des dégâts (plus étendus qu’avec Gustav). Des vents de tempête tropicale ont balayé les provinces occidentales, et des vents d’ouragan ont soufflé dans la région de La Havane, les deux régions déjà touchées par Gustav. Quelques villes comme Los Palacios, déjà durement touchée par l'ouragan précédent, ont repayé un lourd tribut à Ike. Et il y a eu des précipitations intenses dans le massif de l’Escambray. La distribution électrique a été perturbée dans tout le pays, que ce soit par les dégâts ou par les mesures de protection préventives.

Finalement sept personnes ont trouvé la mort durant le passage de Ike, qui avait à Cuba une force de niveau 3 des cyclones, tandis que GUSTAV était jugé au niveau 4 (sur 5 niveaux). Deux personnes sont mortes électrocutées en voulant démonter une antenne prise dans une ligne électrique (avant l’ouragan, semble-t-il), une autre écrasée sous un arbre et une autre sous un toit écroulé.

La télévision cubaine a signalé d'importants dégâts dans la capitale et les provinces de l'est de l'île et a montré des images d'arbres arrachés, de maisons détruites, de lignes électriques au sol, de rivières en crue et de villes et villages inondés par des pluies diluviennes

Ike a fait trembler les immeubles du vieux quartier de La Havane. Plusieurs bâtiments se sont effondrés dans la capitale, où vivent deux millions d'habitants et dont les rues sont jonchées de troncs, de branches d'arbres et de débris. Mais l'ouragan n'y a fait aucune victime. Le Malecon, la célèbre avenue de bord de mer de la capitale cubaine, avait été barricadé la veille par la police, pour se protéger des vieux bâtiments décrépis qui, face à l'océan, pourraient s'effondrer s'ils sont un peu plus abîmés par des vagues trop violentes. Toute navigation avait été interdite dans la baie de La Havane

L’ouragan PALOMA

ouragan-paloma-grand"Ouragan extrêmement dangereux" de catégorie 4 lors de son passage sur les Iles Caïmans, territoire britannique au sud de Cuba, Paloma a atteint Cuba le soir du samedi 7 novembre. Peu après, heureusement, les vents sont passés de plus de 230 km/h à 160 (soit la catégorie 2), selon l'Institut de météorologie de Cuba, et l’ouragan n’a parcouru qu’une courte trajectoire vers le nord, en une nuit, avant de s’orienter vers les Bahamas. Caractérisé par des pluies torrentielles, Paloma a provoqué des inondations importantes dans la zone côtière méridionale, arraché des poteaux, déraciné des arbres et couché une tour de communication, selon la télévision cubaine. L'œil du cyclone avait pénétré sur le territoire cubain près de Santa Cruz del Sur (province de Camaguey), une localité qui avait jadis été engloutie sous les eaux à la suite du passage d'un ouragan en 1932, provoquant la mort de 3.000 habitants.

Cette fois, le nombre d’habitations détruites ou endommagées dans le village de Santa Cruz del Sur s’élève à 9 889, dont 1 353 ont été complètement démolies. Selon les témoignages et les constatations, la mer a pénétré jusqu’à 1 500m à l’intérieur des terres et son niveau a dépassé les 4 m de hauteur.

Le déplacement de la population en lieu sûr a évité des pertes humaines. Plus de 500.000 personnes ont été évacuées de zones inondables ou d'habitations fragiles vers des refuges ou chez des proches. Au total, 1.200.000 personnes ont été déplacées en prévision de cet ouragan. Toute circulation de voitures et de piétons sans autorisation spéciale a été interdite dans les provinces de Camaguey, Las Tunas, Holguín, Granma,

Santiago de Cuba et Guantanamo ainsi que sur la côte méridionale de Ciego de Avila. Quelque 3.000 touristes étrangers qui se trouvent dans les îlots de la côte nord de Ciego de Avila ont été mis à l'abri.


 

La crise est l’occasion d’en finir avec la retraite par capitalisation
Pierre Eyben Docteur en sciences appliquées, porte-parole du Parti communiste Wallonie-Bruxelles

pensionsS’agissant de la dimension financière de la crise actuelle, les médias ont principalement mis en lumière ces dernières semaines la débâcle des petits actionnaires. Outre qu’il conviendrait de questionner ce concept de « petit » actionnaire – certains brassant plusieurs millions d’euros –, ces derniers ne représentent qu’une infime partie de celles et ceux qui sont touchés, et notamment toutes les personnes qui ont été embrigadées, de gré ou de force, dans le système des pensions par capitalisation.

Alors que les marchés s’effondrent littéralement, le moment est propice pour regarder en face cette solution ultralibérale qui bat en brèche la notion même de solidarité, et a fortiori de solidarité intergénérationnelle.

Depuis le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on constate un allongement de la durée de vie partout en Europe. Pendant de nombreuses années, on a augmenté en conséquence la part du PIB allouée aux retraites par répartition sans que cela pose de problème. En France, par exemple, les retraites sont passées de 5,4 % à 12,6 % du PIB en 40 ans. Il faut dire que ces sept points supplémentaires ont permis de faire reculer massivement la pauvreté chez les retraités et d’abaisser l’âge de la retraite de cinq années.

Et aujourd’hui ? Les démographes nous annoncent un gain de 5,5 années d’espérance de vie d’ici 60 ans, chiffre qui au regard de certaines études récentes pourrait encore décroître en raison de l’impact croissant des grandes pollutions (sols, air, eau…) sur notre santé (1). Bref, rien de spectaculaire contrairement à l’idée véhiculée avec force. En Belgique, le coût budgétaire du vieillissement est estimé à 6.3 % d’ici 2050, soit bien moins que de l’augmentation conjecturée de la productivité sur la même période.

Le grand changement n’est donc pas démographique, il est idéologique. Depuis une vingtaine d’années, la fièvre ultralibérale s’est répandue, contaminant jusqu’aux élus sociaux-démocrates. Dans le cadre d’un corsetage budgétaire touchant diverses fonctions sociales de l’État, on a progressivement cessé de dégager les moyens suffisants pour assurer des pensions décentes. En Belgique, on a bien mis en place en 2001 un fonds de vieillissement. Cependant, alimenté avec les excédents budgétaires et non de manière structurelle, il a tout de l’emplâtre sur une jambe de bois.

Force est de constater, de la part des politiques de droite comme (malheureusement) de gauche, l’absence d’une volonté politique suffisante afin d’aller chercher ailleurs, et notamment dans les revenus du capital qui ont explosé ces dernières années, les moyens nécessaires à un refinancement substantiel des retraites par répartition. En conséquence, la population a été invitée – notamment via des incitants fiscaux – à fabriquer sa pension elle-même et à mettre son argent en Bourse par le biais des deuxième et troisième piliers.

Le problème c’est que cette retraite par capitalisation (ou « fonds de pension », selon le terme anglo-saxon qui, fait symptomatique, a fini par s’imposer) repose sur un mythe, selon lequel la Bourse pourrait augmenter plus vite que l’économie réelle et ce de manière durable. Cependant, il n’y a pas de solution miracle en dehors de l’économie réelle permettant d’éviter le prélèvement dans les richesses produites pour financer les pensions. L’unique solution est bien d’affecter une part croissante de la production annuelle aux retraités, à mesure que la population vieillit. C’est possible. Il s’agit d’un choix de société.

Outre que leur concept repose sur un mythe, les systèmes de retraite par capitalisation sont en fait très coûteux. Il faut (grassement) rémunérer les courtiers et autres intermédiaires qui s’occupent sur les marchés financiers d’acheter et de vendre les titres. Ces coûts ont été estimés à 20 % du montant de la retraite alors que dans un système par répartition, géré via l’administration publique, les coûts de gestion sont minimes, de l’ordre de 2 % (2). Voilà donc un système public et centralisé dix 10 fois plus efficace qu’un système privé !

Mais la plus odieuse des conséquences du système par capitalisation est qu’elle nous transforme de facto en adversaire des travailleurs et du progrès social. Lorsque, faute d’alternative, nous plaçons notre argent en Bourse pour améliorer notre retraite, nous nous retrouvons du côté des fonds de pension qui mettent une pression terrible sur les entreprises pour qu’elles leur versent toujours plus de dividendes, notamment en licenciant et en n’augmentant pas les salaires. Lutter contre les retraites par capitalisation, c’est donc se battre également pour la solidarité entre les travailleurs, une condition de base du progrès social.

Reste à acter que la retraite par répartition est une condition nécessaire mais
pas suffisante pour plus d’équité sociale. En effet, les inégalités chez les retraités sont aujourd’hui du même ordre que chez les actifs. Une véritable justice sociale passe dès lors par un rééquilibrage des salaires, ce qui pourrait se faire notamment via l’instauration d’un revenu maximum autorisé afin de stopper l’explosion des écarts salariaux, couplé à l’imposition d’un ratio minimum entre salaire et pension.

La crise actuelle est un moment propice afin de repenser en profondeur la logique initiée en matière de retraites. A l’heure où beaucoup parlent de contrer la prédominance de la finance sur l’économie réelle, en revenir à un système de retraite exclusivement basé sur la répartition serait un acte concret permettant de faire reculer sérieusement la logique ultralibérale.

(1) Rapport de l’International Institute for Applied Systems Analysis de 2005.
(2) Gilles Raveaud Vous vous souvenez de la retraite par capitalisation ? , disponible en ligne sur :
http://alternatives-economiques.fr/blogs/raveaud/


 

Poste publique : L’heure est à la résistance « prior »

sauvonslaposte5-2Contrairement à certaines idées fortement ancrées dans la population à l’heure de l’entrée d’Internet dans les foyers et de l’explosion du courriel, le secteur postal n’est pas en régression et demeure un des géants économiques de l’Union Européenne. C’est d’abord un géant en termes d’emplois avec pas moins de 5,2 millions de travailleurs. C’est également un géant en termes de chiffre d’affaires puisqu’il pèse 88 milliards d’euros, soit 1% du PIB total des pays de l’UE. Or, ce mastodonte est encore pour une part non négligeable géré hors marché par des opérateurs publics ou semi-publics. Il aiguise dès lors l’appétit d’opérateurs privés à la recherche de nouveaux marchés dont certains se sont spécialisés dans la restructuration, la mise en bourse et la revente d’opérateurs publics.

Conforme en cela aux orientations ultralibérales contenues dans les derniers Traités Européens (et particulièrement dans le Traité de Lisbonne), le Parlement Européen a approuvé en deuxième lecture début 2008 la « libéralisation définitive » (sic) des services postaux en 2011 [2]. Avec l’assentiment des gouvernements nationaux, ce secteur est donc appelé à quitter la sphère publique si la logique actuelle n’est pas stoppée. Si l’on constate que l’immense majorité du groupe socialiste européen (à l’exception des socialistes belges et français) a voté en faveur de cette libéralisation, on doit constater que le rapport de forces politiques est très défavorable. A contrario, l’opinion publique au contact de la réalité des services privatisés semble témoigner d’un attachement croissant aux services publics. En France, un sondage récent vient notamment de montrer que 61% des Français étaient opposés à la privatisation de leur Poste [3].

Nouvelle offensive en faveur la privatisation de la Poste en France

En 1987, le ministre Gérard Longuet avait présenté un projet de privatisation de La Poste. Plusieurs syndicats, étaient alors montés aux barricades et quelques mois plus tard le ministre renonçait à son projet, affirmant « Je me suis planté ». Fin juillet, lors de la présentation du contrat de service public 2008-2012, la ministre des Finances Christine Lagarde revenait à la charge, évoquant ses interrogations quant au passage au statut de SA et à une « ouverture partielle du capital » et ceci « pour faire face à la libéralisation totale du courrier en 2011 ». La machine était relancée et le 28 août, le président de la Poste, Jean-Paul Bailly, annonçait que l’établissement public français pourrait devenir une SA dès janvier 2010 et que l’ouverture de son capital interviendrait en janvier 2011.

Conscient que cette privatisation n’est pas populaire, encore moins à l’heure où chaque jour apporte son lot de révélations sur les crises financières nées de l’absence de régulation publique et où même le gouvernement Bush procède à des nationalisations massives, patron de la poste et gouvernement Fillon se sont empressés de dire que l’Etat conserverait une majorité dans le capital de la Poste. On doit cependant se rappeler que c’est exactement ce qui avait été dit lors de la privatisation de France Télécom. Or, l’Etat français ne possède plus aujourd‘hui que 27% de cette entreprise. Une autre affirmation qui est mise en avant est le fait que cette privatisation partielle permettrait de faire baisser les tarifs. Outre qu’il conviendrait de se demander à quel prix (précarisation de l’emploi et recours à de la sous-traitance, réductions drastique de personnel, baisse de la qualité du service rendu,…), force est de constater que certains exemples de privatisation conduisent au contraire à une hausse importante des prix. Les Français, mais également les vacanciers belges, connaissent notamment le cas des péages dont le prix a augmenté substantiellement depuis la privatisation des autoroutes.

La résistance s’organise. Le PS, pourtant adepte des privatisations lorsqu’il était au pouvoir, s’est déclaré opposé à celle-ci. Une pétition « Touche pas à ma poste » initiée par la CGT a recueilli plus de 150.000 signatures. Par ailleurs, cinq syndicats de la Poste ont organisé une journée d’action nationale le 23 septembre qui a connu un grand succès. En tête de leurs préoccupations, on retrouvait également les menaces qui pèsent sur l’emploi des 280.000 postiers français.

La logique ultralibérale en vigueur aujourd’hui tente d’impulser l’idée selon laquelle il faudrait être privé pour être efficace. Cependant, la Poste publique française ne se porte pas mal. Elle a versé 2 € milliards à l’état fin 2006 pour financer le coût des retraites de ses salariés et un dividende de 181 € millions sur des bénéfices de 943 € millions en 2007. Elle a prouvé également son dynamisme avec la création de pas moins de 102 filiales et l’explosion de sa croissance externe via l’achat d’entreprises dans le monde entier. Et puis elle investit pour ses usagers. Rien qu’en 2007, elle a déboursé 3,4 € milliards pour son réseau d’acheminement et de distribution ainsi que pour 834 bureaux de poste.
 
Et en Belgique …

Le combat qui se mène actuellement en France est celui qui aurait du être mené conjointement par les syndicats, les politiques de gauche et les usagers de la Poste belge lorsque la décision de privatisation partielle fut prise. C’est en effet en 2005 que le gouvernement violet décida de vendre la moitié de la Poste belge à un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier dont dépendent plus de 300.000 employés et dont l’activité principale consiste à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois (-30%), un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10%) et un timbre 20% plus cher que chez nous.

Dans le cadre de cette revente et du choix étonnant de CVC (deux autres candidats à l’achat s’étaient manifestés), il faut constater un conflit d’intérêt très clair de la part de Johnny Thijs, administrateur délégué de La Poste depuis début 2002. Celui dont les émoluments plantureux furent épinglés à plusieurs reprises, fut en effet jusqu’en 2004 un membre de l’« Advisory Board » de CVC, place à laquelle on retrouve aujourd’hui un certain Didier Bellens, le patron de Belgacom.

Depuis l’entrée dans le capital de la poste de CVC, la mue est brutale. Pour les utilisateurs, le sommet visible de l’iceberg est la fermeture massive de bureaux de postes. En 2007, la Poste a fermé 277 bureaux. Pour 2008, ce sera 200 bureaux supplémentaires alors même qu’une enquête d’Eurostat pointe le manque de bureaux en Belgique. A terme, c’est la moitié des bureaux de poste du pays, environ 650 qui seront fermés si rien ne change. A la place des bureaux de poste fermés, la Poste propose des « points-poste » dans des magasins, gares et administrations communales. Ils sont gérés par du personnel non-postier, souvent sous statut d’indépendant, et une série de services postaux essentiels comme les opérations bancaires n’y seront plus assurés.
Une autre évolution est tout aussi brutale : les pertes d’emplois. En 2007, ce sont pas moins de 1450 équivalents temps-plein qui ont été perdus. Par ailleurs, la qualité de l’emploi se détériore. Des distributeurs précaires sont embauchés avec des contrats de "réactivation" d’une durée de 6 mois renouvelables 3 fois maximum. La Poste a également recours de plus en plus au travail intérimaire. Parallèlement, les plans visant à un durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail se succèdent (Géoroute 2 et 3).

A l’heure de la lutte contre le réchauffement climatique, alors que la Poste publique française réfléchit à l’utilisation dès 2013 de dirigeables de nouvelle génération extrêmement peu polluants (6 fois moins de CO2 que l’avion le moins émetteur) pour relier le continent à la Corse, la Poste belge privatisée vient d’opter pour le tout à la route en fermant ses centres de tri situés le long des voies de chemin de fer pour les remplacer par des centres en bordure d’autoroutes. Tout comme pour les investissements en faveur des usagers, le contraste est saisissant.

Mais tout le monde n’est pas perdant. La Poste belge a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10 % par rapport à 2006. Dans le même temps, l’Etat continue de lui verser une dotation de 290 millions d’euros par an pour le service universel.

Pour en sortir

Afin de se dégager de la logique actuelle dans laquelle la course aux parts de marché les plus rentables impose de différencier le traitement des usagers, devenus clients, en privilégiant les gros opérateurs au détriment des particuliers, il convient de désamorcer certains hoax [4].

Le premier hoax qu’il convient de dénoncer est l’idée selon laquelle l’UE imposerait aux Etats libéralisations et privatisations, d’abord parce que ces deux notions si elles sont parfois liées ne peuvent être confondues, ensuite parce que la politique européenne est largement le fait du puissant Conseil des Ministres lequel est l’émanation directe de nos gouvernements nationaux.
Le second hoax se prénomme Tina (acronyme pour There is no alternative), un prénom de femme qu’utilisent avec zèle certaines classes dirigeantes (essentiellement issues de la gent masculine soit dit en passant) afin d’entretenir le fatalisme des populations et de permettre la poursuite du démantèlement systématique des opérateurs économiques publics. Il est bon de rappeler que ce que nos gouvernements nationaux ont fait, en l’occurrence la libéralisation du secteur postal, ils peuvent le défaire s’ils en font une priorité politique. L’actualité bancaire en est l’éclatante illustration. Actant l’utilité d’une force publique régulatrice, ils pourraient ainsi opter pour un service public européen en impulsant une coopération de tous les opérateurs publics européens du secteur postal.

S’ils n’ont pas le courage de ce changement de cap, nos gouvernants peuvent pour le moins encadrer la libéralisation pour qu’elle ne soit pas synonyme de privatisation. Les opérateurs publics disposent à ce jour d’une implantation de terrain importante et si la libéralisation constitue un handicap, elle ne doit pas être un facteur rédhibitoire pour les opérateurs publics. De ce point de vue, un levier utile afin de réguler la libéralisation, de protéger les opérateurs publics et de maintenir une certaine qualité du service à la population chez les opérateurs semi-publics, est l’imposition d’exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal – en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les postiers. L’Allemagne a adopté cette mesure avec un certain succès. Les Etats pourraient également conditionner de manière plus stricte l’obtention des subsides du service universel, notamment suivant des critères environnementaux et sociaux.

Pour empêcher le démantèlement total du secteur postal au niveau européen, il est tard mais pas « trop » tard. Cependant, il convient de faire de ce combat en faveur d’un des derniers grands acteurs du service public une véritable « prior »ité.

Pierre Eyben

Notes
[1] Des analyses pas toujours à mon goût (surtout pour ce qui est d’une Di Rupophilie un peu anachronique amha) ... mais ceci est un autre débat. Au niveau médiatique, c’est juste qu’il y a plus de "0% d’accord avec moi" que de "100% d’accord avec moi" qui s’expriment d’habitude. Il faudrait un peu équilibrer la donne :)
[2] L’UE se montre en l’occurrence plus libérale que les Etats-Unis. En effet, si le marché des colis est lui-aussi libéralisé aux EU, l’opérateur historique US Postal y a gardé l’exclusivité de la distribution du courrier.
[3] Source : sondage CSA-Humanité
[4] En informatique, un hoax est un canular transmis sous la forme de courriel et relayés manuellement par des personnes de bonne foi à qui on demande de renvoyer le message. Par extension, il s’agit de contre-vérités qui sont transmises massivement via les médias pour finir par s’imposer dans la conscience populaire comme des faits irréfutables.

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07/04/2009

Nouvelles n° 128-2

Libres propos

Coup de gueule d'un ingénieur responsable EDF concernant le 20 h sur TF1

eoliennesUn illuminé nous a donné une série de leçons sur les économies d'énergie. Nous prenant pour des débiles mentaux profonds ou des séniles précoces, il nous a expliqué qu'en coupant toutes les veilleuses de nos appareils électriques, nous pouvions  économiser 15% de notre consommation. Faux, nous économiserions alors 2 à 3%  

Le même nous a expliqué qu'en remplaçant nos lampes traditionnelles par des lampes à économie d'énergie, nous pouvions économiser 30 à 35% d'énergie. Faux c'est 4 à 5 % que l'on peut économiser

Il est évident que si la maison est équipée comme celle de l'arrière-grand-père, c'est à dire juste des lampes et pas de frigo, micro onde, lave-linge, lave-vaisselle, sèche-linge et j'en passe, car par rapport à la consommation de tous ces équipements celle des lampes est 'peanuts'.

Pour couronner le tout, une brillante journaliste de TF1 (quelle chaîne instructive) a pris le relais et fait le total des économies pouvant être réalisées selon ces critères éclairés : 15 % sur les veilleuses + 35% sur les lampes = 50% d'économie d'énergie ! Elle n'est pas allé jusqu'à le dire, mais nous qui sommes particulièrement débiles, avons deviné que demain, si nous suivions scrupuleusement ces instructions, on pouvait arrêter la moitié des centrales électriques !... Nous avons failli mourir idiots, mais pourquoi ne nous a-t-on pas expliqué tout ça avant !

Pour continuer dans la débilité profonde, la TF1 girls nous a ensuite précisé que pour les 50% restants, on pouvait les alimenter avec des panneaux solaires qui produisent de l'électricité 'verte', en illustrant son propos d'une photo d'une belle maison avec un petit panneau solaire derrière.  Là, j'ai failli chercher une arme, car on n'avait encore jamais vu un niveau de désinformation pareil, une absurdité aussi monumentale. En effet, pour produire ces 50 % restants, si on se base sur une consommation moyenne de 6 Kw (un abonnement classique sans chauffage électrique), il faudrait que chaque maison possède 140
mètres de panneaux solaires pour un coût de 89 628 *

Calculez le retour sur investissement. Dans le chapitre 'c'est bon pour la planète', il convient d'ajouter que les panneaux solaires, on ne sait qu'en faire quand ils arrivent en fin de vie, car ils contiennent plein de silicium et autres métaux lourds très polluants.

Ne croyez surtout pas que je sois contre les économies d'énergies, Je suis à 100% pour, quand elles sont réalistes, mais de grâce pas d'intoxication de ce type en pleine heure d'écoute, ça frise l'indécence ou la malveillance.

Pour continuer dans l'intox, connaissez-vous Bâville sur mer en Seine-Maritime ? C'est un petit village du littoral près de Dieppe, où 6 éoliennes sont récemment sorties de terre. (3 sont en cours d'installation à St Pierre le Viger, petit village célèbre par ses habitants) Six engins de dernière génération qui occupent 4 km de notre littoral normand et dont les pales culminent à 85 m de hauteur. Chaque éolienne à une puissance maxi de 2 mégawatts... quand le vent souffle fort. Ce n'est pas grand-chose comparé au 2600 mégawatt qui sortent en permanence de la centrale nucléaire voisine, mais c'est toujours ça, surtout quand il fait très froid.

Dommage quand même que cette énergie renouvelable soit si chère et non maîtrisable (4 fois plus chère que celle de l'atome), mais ce n’est pas grave, EDF a obligation de la racheter (et cher). Mais revenons à nos 6 éoliennes ; depuis quelques jours il n'y a qu'une seule éolienne qui tourne, les 5 autres seraient-elles privées de vent ? Que nenni, du vent il n'y en a pas depuis plusieurs jours, ce qui est généralement le cas quand il fait très froid, ou très chaud. C'est la nature, l'homme ne lui dicte pas encore sa loi.

Mais alors, s'il n'y a pas de vent comment expliquer qu'une et une seule des éoliennes tourne ? La réponse est très simple : on veut nous faire croire à fond aux énergies renouvelables, alors on n'hésite pas à tricher pour en cacher le mauvais côté. Ben oui, ça ferait pas bien pour les habitants de la région qui n'ont pas encore accepté ça dans leur paysage, que de voir toutes les éoliennes à l'arrêt alors qu' il fait - 4 degrés  Alors, tout simplement, on en fait tourner une ...en moteur (oui c'est possible, en lui donnant du courant!). Ça consomme un peu d'électricité, mais ça fait croire que ça produit de l'énergie.

Il est temps d'arrêter de nous rabâcher tous les soirs à la météo 'c'est bon pour la planète', parce que là, on sait plus trop où est le bien et le mal, et on va finir par penser que ceux qui donnent des conseils sont, en plus d'être malhonnêtes ou incompétents, les plus dangereux.

L'électricité 'dite propre' sans fumées, sans CO2, sans atomes, disponible quand on en a besoin, à un prix qui ne détruise pas nos emplois et ne perturbe pas notre confort, ça n'existe pas, mises à part les centrales hydro. Dans 20, 30 ou 50 ans peut être.... Dans mon entourage, je ne connais personne qui lave du linge propre ou qui met en route son lave-vaisselle vide... Alors il est grand temps que les médias et leurs gilets à rayures serviles qui nous desservent, arrêtent de nous prendre pour des demeurés, avec des reportages orientés, tronqués et des leçons de civisme qui ne tiennent pas la route.

Ah oui, j'allais l'oublier : j'ai même entendu  'l'innocente Evelyne Délias', nous dire, après sa page météo, 'qu'il ne faut pas mettre trop de chauffage dans la voiture car ça consomme du carburant et 'ce n’est pas bon pour la planète'. Evelyne, si tu avais pris des cours de mécanique, tu saurais que le chauffage de la voiture récupère la chaleur de l'eau du circuit de refroidissement du moteur et cette eau chaude, il faut absolument la refroidir en la faisant passer soit dans le radiateur principal (celui qui se trouve derrière la calandre), soit dans le radiateur du chauffage de l'habitacle, sinon c'est la mort du moteur ! 

Si cette eau n'est pas assez refroidie, c'est même le ventilateur du circuit de refroidissement qui doit s'en charger en consommant de l'électricité pour tourner! Et ça ...’ce n’est pas bon pour la planète' par contre!

On pourrait aussi évoquer les biocarburants, présentés comme carburants verts alors que s'engager dans cette voie, est un désastre écologique et humain à brève échéance : flairant l'aubaine, de grands groupes agro-alimentaires, défrichent en ce moment des forêts entières et remplacent des cultures destinées à l'alimentation humaine par ces plantations destinées à la production de carburant 'vert' (50% de la production de maïs des USA auront été détournés cette année pour cette production, d'où la famine au Mexique, premier acheteur de ce maïs). 

Vous doutiez-vous de cet effet pervers du biocarburant?
Mais c'est un autre débat et j'ai des palpitations déjà rien que d'y penser...


 


Lourds nuages sur la gauche gestionnaire : le trou noir de la social-démocratie

sociale démocratieLe séisme qui ébranle le capitalisme financier devrait lui permettre de donner de la voix. Or, la social-démocratie européenne apparaît inaudible, hors jeu, prise au piège de sa conversion progressive aux dogmes du marché. Ses renoncements idéologiques sont vécus par une bonne partie de sa base naturelle comme un reniement. La voilà incapable de proposer un modèle alternatif. Et c’est une droite décomplexée qui est à l’offensive. Danger !
MAURICE MAGIS

A la fin octobre, de retour d’une rencontre avec le président Bush, Nicolas Sarkozy se disait aux anges. Avec sa modestie proverbiale, il annonçait à son entourage avoir « réussi le coup du siècle ». Pas moins. De quoi parlait-il ? Ayant provoqué, selon lui, le sommet des pays industrialisés et des grandes économies émergentes du 15 novembre, il espérait éclipser médiatiquement le congrès du Parti socialiste qui se tenait le même jour à Reims.

Pari peu réussi. Mais la morgue de Sarko témoigne surtout de la croisade incessante qu’il mène contre un PS en déshérence. « Il veut par tous les moyens en freiner la reconstruction, au nom d’un principe simple : tant qu’il n’existe pas d’opposition structurée capable de l’arrêter, la voie est libre », écrivait Le Monde. Devant l’évanescence du projet social-démocrate français, Sarko a même pu revêtir les atours du parfait réformiste, évoquant « la fin du capital financier » et proclamant le retour de l’Etat dans la sphère économique. Cela n’engage pas à grand-chose et le président français, il est vrai, a déjà abondamment additionné les preuves de son opportunisme.

Il n’empêche que l’exemple français est emblématique de la profondeur du trou noir dans lequel s’est plongée avec délectation la social-démocratie française, et plus largement européenne.

La fin d’un cycle

Paradoxalement, dans le même temps, un vent nouveau se mettait à souffler outre-Atlantique. Où, quelles que soient les conclusions qu’on en tire, la victoire de Barack Obama signe avant tout la fin d’un cycle qui a vu triompher le pire des conservatismes, dit « néo » en raison même de ses outrances. Logique de guerre, atteintes aux libertés, soutien sans scrupules aux spéculateurs ont fini par lasser une majorité d’Américains en quête de justice et de protection sociale dans un pays plongé dans une crise profonde.

On verra comment la nouvelle administration conjuguera son libéralisme traditionnel et les attentes populaires. Mais l’on se dit que le changement promis au cœur de la première puissance capitaliste comme l’ampleur de la crise financière, économique et sociale qui condamne l’ultralibéralisme jusqu’ici triomphant devraient offrir des pelletées d’arguments à la gauche socialisante. La pousser à des clarifications fortes, à d’audacieuses mises à jour, à une réhabilitation de la puissance publique comme garante des intérêts collectifs. Or, que dit, envers et contre tout, tel leader socialiste, certes représentant convaincu de l’aile droite du PS français ? Qu’il veut « aider à concilier la gauche avec la pensée libérale ». Comme si cela n’était pas déjà fait aux quatre coins de l’Europe, et depuis belle lurette.

Aux Etats-Unis, l’ex-directeur de la Réserve fédérale américaine, Alan Greespan, pris d’un soudain accès de lucidité, annonçait voici plus d’un an «une montée du ressentiment, aux Etats-Unis, comme ailleurs, contre le capitalisme et le marché. » De ce côté-ci du Grand bleu, la gauche gestionnaire et bien pensante semble vouloir ignorer à quel point les citoyens restent attachés à un modèle social pourtant déjà bien détricoté par nos « élites » politiques, toutes couleurs confondues : des services publics forts, une sécurité sociale efficace, des emplois stables sanctionnés par un salaire permettant de vivre décemment, un enseignement accessible à tous, un Etat qui protège des abus du marché…

Au secours des banquiers

En n’en tirant pas, ou si peu, les leçons qui s’imposent, si ce n’est trop souvent de façon rhétorique, la gauche social-démocrate se coupe tout naturellement de ses interlocuteurs naturels et jette nombre de ses électeurs déconfits dans les bras d’une droite populiste sans complexe. Elle organise opiniâtrement son déclin en fragilisant, ou en laissant défaire, les éléments matériels et symboliques qui ont construit sa relation historique avec les couches populaires – et ses succès électoraux passés.

Risquons un autre parallèle avec les Etats-Unis. Le plan Bush-Paulson préparant l’injection de 700 milliards de dollars dans le secteur financier – d’ailleurs soutenu par Obama – a été largement condamné par une opinion publique en proie à de lourdes difficultés sociales. Quand les banquiers appellent à l’aide, au diable les grands principes, vive l’intervention publique ! Mais ce sont les contribuables qui sont invités à sauver la mise à ces aventuriers de la finance.

En Europe aussi, les euros ont coulé par milliards pour voler au secours d’institutions financières défaillantes parce que coulées par leurs errances spéculatives. Et ici aussi, on a vu s’effondrer en quelques semaines les dogmes qui étaient au fondement même de l’ordre libéral. L’intervention financière massive des Etats – si sévèrement contrôlée hier encore par la Commission européenne - est allée tout naturellement de pair avec la mise au rencard  -certes pour un temps - des contraintes du pacte de stabilité européen et des critères de Maastricht, ces lois d’airain qui doivent contenir les déficits publics et cadenasser les dépenses sociales et les revenus du travail.

Morale de l’histoire : ce qui vaut quand il s’agit d’imposer aux peuples les conséquences de la « concurrence libre et non faussées » s’évanouit quand il s’avère urgent de sauver les banques. Et celles-ci, les unes après les autres passent à la caisse. Avec quelles exigences en retour, en termes d’investissement dans le secteur productif, de développement durable, de soutien à l’emploi et aux revenus, de rupture avec les paradis fiscaux ? Nada.

Tardive indignation

En Belgique, comme ailleurs, le PS – qui n’a eu de cesse de mener une politique d’une grande orthodoxie au regard de la pensée économique dominante, au point d’avoir conduit à grand feu le train des privatisations - ne s’est guère ému de l’absence de conditions significatives imposées aux seigneurs de la banque arrosés de fonds publics. Des garanties en termes d’emplois ? Vous n’y pensez pas. Alors revitaliser l’idée d’un pôle financier public pour engager des politiques permettant d’aller à contre-crise… Délirant sans doute. Au contraire, nos principales banques sont passées définitivement sous pavillon étranger. Alors qui peut accorder une grande crédibilité à M. Di Rupo et à ses amis quand ils partent désormais en guerre contre l’argent-fou ? Ou à ses collègues européens, évidemment scandalisés par la tournure des événements ? Ou à M. Lamy, directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, qui soudain, face à « une crise d’une ampleur totalement inconnue, dont la durée est imprévisible », trouve des vertus à « la coordination des politiques publiques » et prône « une régulation internationale de la finance avec des règles contraignantes, et un système de surveillance et de sanctions (1). » Après des décennies de « laisser faire, laisser aller ». Hélas, M. Lamy est socialiste. Comme M. Strauss-Kahn, à la tête du Fonds monétaire international, lui aussi désormais fort ému des conséquences, pourtant si prévisibles, de la financiarisation sans balises de l’économie.

« Dans (ces) conversions-express, rien ne change. Toujours aucun adversaire dans leurs diatribes. On se borne à critiquer ‘un système’. Le mot est devenu à la mode. Tout comme ‘capitalisme financier’. Ces vocables, généraux, présentent l’avantage de ne brusquer ni des individus, ni une classe. Comme si personne ne s’était goinfré durant deux décennies (2). » Dans la gauche « officielle » comme à droite, on cherche en vain l’un ou l’autre leader prêt à reconnaître que c’est le système actuel qui est en cause et que se contenter de le replâtrer – de le refinancer – pour le « refonder », moyennant quelques mesurettes pour qu’au moins, la morale soit sauve, nous garantit pour demain d’autres funestes aventures.

Sarko  socialiste ?

Il ne s’agit pas ici de se complaire dans la critique facile, encore moins de se résigner à cette situation. Il existe des militants et des dirigeants de grande valeur au sein de la social-démocratie, assurément fort peu heureux de la situation actuelle. Eux aussi doivent bien constater que, au-delà des jeux de rôle auxquels on assiste aujourd’hui, c’est la droite la plus dure qui prend la main dès lors que leur famille politique s’est largement convertie au « social-libéralisme ».  Au point de se permettre d’ironiser lourdement, comme Sarkozy quand il se demande, devant le Parlement européen : « suis-je devenu socialiste » ? Quand son Premier ministre, François Fillon, répète, gonflé d’autosatisfaction que la droite « a gagné la bataille idéologique ». En vantant ces « vertus qui avaient été négligées : la réussite, le respect ou la responsabilité. »

Des néologismes, ainsi, fleurissent. Comme le « sarkoberlusconisme ». Une synthèse lourde de sens, « un américanisme latinisé, plastique, capable de s’adapter à des réalités nationales différentes » explique le politologue Pierre Musso, un « nouveau modèle politique néolibéral euro-méditerranéen, de type bonapartiste (qui) combine l’autorité de l’Etat, la révérence à la catholicité et la référence à l’entreprise (3). »

Ce n’est là qu’un des visages que présente une droite sans complexe qui se sent le vent en poupe, au moment même où le contexte de crise économique et le demande croissante de redistribution devraient être objectivement favorables aux gauches. Mais, jusqu’ici, la droite en profite encore. Notamment, comme l’analyse l’historien Marc Lazar, parce qu’elle présente « un ensemble de valeurs contradictoires mais présentées de manière cohérente : individualisme et compassion sociale, libéralisme et protectionnisme, modernité et tradition, sécurité et lutte contre l’immigration (4) »

Surtout les sociaux-démocrates, en s’adaptant sans trop dé résistance aux « contraintes » de la globalisation et en abandonnant toute velléité d’inverser le rapport de force entre capital et travail, en participant – parfois de manière spectaculaire comme en Allemagne – à l’aggravation des inégalités sociales et en s’accrochant à un processus européen délétère dans sa forme actuelle, entretient dangereusement la confusion actuelle.

Durant les années 1990, les socialistes étaient au pouvoir dans onze pays européens sur quinze. Jacques Delors, qui passe difficilement pour un agité gauchiste, partisan convaincu alors des politiques de rigueur, avait toutefois prévenu ses amis : si vous n’y prenez garde, le retour de bâton sera cruel.

Aujourd’hui, sur les 27 pays de l’Union européenne, seuls sept restent sociaux-démocrates.  Les formations issues de la social-démocratie ont perdu treize des quinze derniers scrutins. Quand elles sont encore au pouvoir, leur politique est fortement impopulaire. Dans l'opposition, ces partis, pourtant confrontés à de nouvelles droites dures, sont inaudibles, jugés peu crédibles par le public.

Rien n’indique une inversion de cette tendance lourde par le seul jeu de l’alternance. En pleine crise existentielle, les héritiers de Jaurès et de Kautsky sauront-ils rompre avec les sirènes d’une « modernité » qui les coupent des classes populaires ? Au pouvoir, cette gauche «moderne » a contribué à l'avènement du capitalisme financier en déréglementant les marchés, en privatisant le système bancaire et les entreprises stratégique. Elle a intégré ainsi le prêt-à-penser néolibéral, la « pensée unique », sans trop l’admettre. Comme Tony Blair, elle a volontiers professé qu’ »Il n'y a pas de politiques économiques de gauche ou de droite, il n'y a que des politiques qui marchent et d'autres qui ne marchent pas." » Une manière d’asséner que le capitalisme est un horizon indépassable et qu’il ne peut connaître d’alternative. Il y a là une redoutable abdication idéologique alors que monte partout le besoins – voire l’exigence – de changements radicaux.

Or… En 2002, le Conseil européen de Barcelone à majorité social-démocrate décidait de libéraliser le marché de l'énergie et l'ensemble des services publics, de repousser l'âge de la retraite de cinq ans et apportait son soutien aux fonds de pension.

En 2005, la stratégie de Lisbonne mise à jour proposait d'institutionnaliser la rigueur budgétaire, d'accentuer la flexibilisation du marché du travail, de prolonger la modération salariale. En couvrant ces politiques, la gauche social-démocrate a aidé la droite dans sa volonté d’accélérer le détricotage des instruments de contrôle public et la répartition des richesses. Elle a aussi fourni sa part d’hélium aux bulles financières qui débouchent sur la crise actuelle.

Saura-t-elle sortir de ce dilemme : continuer, à contre-courant des aspirations grandissantes de sa base militante et électorale, ou rompre avec le social-libéralisme ? La question ne semble malheureusement guère à l’ordre du jour, même si, ici et là, des voix s’élèvent pour réclamer une nouvelle social-démocratie, peu ou prou dégagée des impasses social-libérales. Le fait est que, d’une manière ou d’une autre, le choix ne pourra être indéfiniment différé quand les désastres provoqués par le fonctionnement « libre et non faussé » du système capitaliste apparaissent de plus en plus comme la rançon à payer pour prix de la « victoire libérale », entraînant un dégoût populaire croissant de ce système, et sans doute du capitalisme lui-même. La contestation du fondamentalisme libéral («une doctrine politique au service d’intérêts privés », comme le rappelait cet été l’Américain J.E. Stiglitz, prix obel d’économie), apparaît du même coup toujours plus légitime.

1. « Pascal Lamy : il faut une régulation contraignante ». Le Monde, le 8 novembre 2008.
2.  « A contresens sur l’autoroute des idées ». Le Monde diplomatique, novembre 2008.
3. « Le ‘sarkoberlusconisme’, avatar latin d’une droite européenne conquérante ». Le Monde, le 3 juin 2008.
4.  « La gauche est en crise partout en Europe ». Le Monde, le 24 septembre 2008.


 

Et l’ « autre gauche » ?

Front_de_GaucheLes 28 et 29 novembre, le Parti de la gauche européenne (PGE) rassemblait ses instances à Berlin (1) pour mettre la dernière main à sa plateforme pour les élections au Parlement européen de 2009 qui servira de document commun aux 19 partis membres. Il y fut bien sûr, également question, des expériences menées par la gauche alternative dans les différents pays de l’Union, et notamment des recompositions politiques en court.

L’une d’entre elles attire particulièrement l’attention. Troisième force politique allemande dans les intentions de vote, un an et demi à peine après sa création, Die Linke (La Gauche) s’installe, élection après élection, dans les parlements des länder, y compris à l’Ouest, traduisant ainsi les attentes d’un salariat matraqué depuis des années par des politiques antisociales et le besoin d’une nouvelle force de transformation sociale. On sait que ce jeune parti regroupe d’anciens communistes, des socialistes choqués par la politique franchement libérale du SPD, des verts, des syndicalistes et des altermondialistes.

Déjà, ses succès ont commencé à faire « bouger les lignes » au sein du spectre politique traditionnel allemand, imposant, par exemple, un débat sur le salaire minimum garanti.

En raison de la crise, « des positions qui étaient jusque là celle de Die Linke et méprisées par les autres partis, sont désormais au cœur du débat  politique » analyse Oscar Niedermeyer de l’Université libre de Berlin.

L’éclosion de Die Linke est suivie de près par toute la gauche alternative européenne. Elle n’est pas pour rien dans la décision prise, en France, par le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon et  son camarade le député Marc Dolez de quitter le parti socialiste. Mélenchon y a fait expressément allusion dans une récente interview à L’Humanité. Même si l’expérience allemande n’est pas transposable en France en tant que telle, « C’est l’état d’esprit qui est transposable. »

Les deux élus entendent créer un nouveau parti significativement baptisé « Parti de gauche » qui se définira dans un projet de rupture avec le capitalisme. « Nous voulons incarner une autre orientation, celle du socialisme historique. Je veux la porter publiquement, en alliance avec d’autres et, particulièrement, avec les communistes...Je considère que le PS n’évoluera pas, sauf s’il y est contraint par un rapport de force électoral (2). »

Le PCF a vu dans ce choix « un fait politique de grande portée » ; une « convergence d’analyse et de démarche dans la perspective du scrutin européen de juin 2009. »
 
De son côté, bien décidé à surfer en solo sur la vague porteuse de son hypermédiatisation,  Olivier Besancenot a vite opposé une fin de non-recevoir à une telle perspective, estimant qu'en quittant le Parti Socialiste, Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez voulaient construire « une sorte de nouveau Parti socialiste ».

En Belgique également, les choses bougent. Récemment Le Soir a publié une carte blanche appelant à « jeter le bébé avec l’eau du bain libéral. » Le libéralisme « tue massivement », « est passéiste » et mauvais gestionnaire, « le dogme du libre-échange absolu est la camisole des peuples », condamnent sans appel les signataires du texte, dont François Martou, naguère haut responsable du Mouvement ouvrier chrétien, Francis Wégimont, secrétaire général de la CGSP, Corine Gobin, politologue à l’ULB ou Claude Demelenne (Journal du mardi). Ceux-ci « pour en finir avec le libéralisme » et pousser « la gauche gestionnaire  (…) à rompre avec son libéralisme light et généralement honteux, pas moins nocif que celui de la droite », prônent une alliance entre « partis, syndicats, mouvements associatifs, mutualités, militants encartés ou non » et les « gauches européennes les plus offensives »,  comme « le Parti de la gauche européenne et le parti vert européen. »

Une réflexion sur une stratégie d’ouverture et de reconquête qui était au cœur du récent congrès du Parti communiste à Bruxelles.

1. Ce parti européen, créé en 2004, rassemble aujourd’hui 19 partis membres, communistes, socialistes, rouges-verts, et 8 partis observateurs. On y trouve, notamment La Gauche (Die Linke) allemande, les Partis communiste français et belge, des formations grecque, espagnoles, portugaise, italiennes, etc. Le PGE se donne  l’objectif  de contribuer aux luttes contre les politiques néolibérales et pour des alternatives politiques
2. « Mélenchon : l’autre gauche peut être majoritaire ». L’Humanité, le 12 novembre 2008.

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21/03/2009

Nouvelles n°, 128-1

Interview

Robert Tangre : « Nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés »


JOV 2008« Tout ce qui est humain est nôtre », voilà le joli slogan du Secours Populaire qui depuis 2002 organise chaque année en Belgique une journée pour les oubliés des vacances. On aurait tendance à l’oublier mais dans notre riche pays, de nombreuses familles vivent sous le seuil de pauvreté.  Une des conséquences de cette pauvreté est qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances.

Drapeau Rouge : Pourquoi cette initiative ?

Robert Tangre : La crise aidant, de moins en moins de familles ont encore la possibilité de partir en vacances. On considère qu’un enfant sur trois ne part pas en vacances. Le jour de la rentrée des classes, dans la cour de récréation, les enfants partagent leurs souvenirs de vacances. Les plus chanceux disent : « Je suis allé en Italie, en Espagne, à la mer …. » , et le petit qui n’a rien à raconter se sent isolé, à part, exclu … C’est la raison pour laquelle nous estimons essentiel d’offrir une journée de détente aux enfants issus de milieux défavorisés peut leur permettre de partager ce qu’ils ont vécu : « Je suis allé à Bruxelles, et j’ai vu l’Atomium ou je suis allée à la mer, et j’ai fait des châteaux de sable ou encore, je suis allé à Viroinval, et nous avons pris le petit train … ».

DR : Où trouve-t-on l’origine de cette initiative d’une Journée des Oubliés des Vacances ?

RT : L’initiative a été prise après la seconde guerre mondiale par le Secours Populaire Français (SPF). Elle s’est développée au fil du temps à travers toute la France. La Fédération du Nord offre chaque année à plus de 5.000 personnes une journée de détente à la mer. Et d’autres grands événements ont été organisés par nos amis français. C’est ainsi qu’en 2000 et 2005, 60.000 enfants et 10.000 accompagnateurs se sont réunis dans tous les coins de Paris pour se rassembler l’après-midi au Stade de France pour assister à un spectacle grandiose.
A cette occasion, le SPF avait invité 5.000 enfants étrangers, dont 300 Belges.

DR : Et ce fut le début du développement de cette initiative en Belgique ?

RT : Oui.  Après cette première expérience en 2000 à Paris, c’est en 2002 que le Secours Populaire Wallonie-Bruxelles a organisé sa première Journée des Oubliés des Vacances (JOV).

Depuis lors, les enfants sont déjà allés au Parc Paradisio, aux Grottes de Han-sur-Lesse, à Viroinval, au Canal du Centre, à Bruxelles et enfin en 2008 à Ostende. Parmi les 500 enfants réunis, un grand nombre voyait la mer pour la première fois …

L’encadrement  se compose d’une centaine d’adultes, y compris l’équipe d’intendance. Partant de Charleroi, cette initiative s’est développée dans toute l’agglomération de cette région, et s’étend progressivement à la région du Centre, au Hainaut occidental, au Namurois et à la région bruxelloise. Nous espérons que les petits Liégeois se joindront à nous pour la JOV 2009.

DR : Dans une société riche comme la nôtre, comment se fait-il que de nombreux enfants n’aient pas de vacances ?

RT : Les enfants issus de milieux défavorisés et démunis n’ont pas la chance de pouvoir partir, et, actuellement, sous l’influence de la crise économique, les gens partent moins loin, moins longtemps, ou pas du tout.

DR : Comment cette journée est-elle financée ?

RT : La JOV est soutenue financièrement principalement par les subventions des Pouvoirs publics, tant par le Fédéral que le Communautaire et le Régional. De plus, comme la JOV a acquis une notoriété certaine grâce aux médias, nous avons pu obtenir la considération de très nombreux responsables politiques. Soulignons qu’en 2008, c’est Jean-Marc Delizée, Secrétaire d’Etat à la Pauvreté, qui nous a fait le plaisir de sa présence auprès des enfants sur la plage d’Ostende. L’aide publique est importante, mais elle est renforcée par de nombreux dons financiers de particuliers.

DR : Si vous ne deviez retenir qu’un seul souvenir de cette aventure ?

RT : Au cours d’une interview par la RTBF lors de la JOV à Han-sur-Lesse, une fillette d’origine étrangère déclarait : « Un jour, c’est peu, mais si je n’avais pas pu participer, je n’aurais pas vu toute cette beauté dans les grottes ! ». La joie des enfants, leur sourire radieux ce jour-là sont un merci à tous ceux et toutes celles qui s’investissent dans cette action de solidarité.

Quelques informations utiles

La «  J.O.V. » permet à des enfants issus de milieux défavorisés, de familles démunies, victimes de l’exclusion, de la pauvreté, d’accéder aux  vacances et à la culture.

Le SPWB organise chaque année, au mois d’août, la Journée des Oubliés des Vacances. Elle est conçue comme un moment inoubliable, offert à tous les enfants dont les familles sont en difficulté.

En Belgique, depuis 7 ans, le SPWB organise le Journée des Oubliés des Vacances avec des associations d’aide aux personnes vivant en précarité, des CPAS, plaines de jeux, services de jeunesse ou centres de réfugiés.

Il est important aussi de souligner que le SPWB est une association pluraliste ouverte à tous ceux qui veulent rendre aux exclus de notre société toute leur dignité.

Pour contacter l’asbl SPWB :
Courrier : 11, rue Jules DESTREE    -  6020 DAMPREMY
Tél.: 071/303912 – Fax: 071 /305830
Courriel :
secours.populaire@skynet.be
Internet : www.spwb.be

Pour les aider financièrement : 001-3511080-47  (Pour rappel, tout don égal ou supérieur à 30 € donne droit à une attestation fiscale.)

Extrait du Drapeau Rouge.



Politique

Oskar Lafontaine : « il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! »

Mesdames, Messieurs, chers camarades !

LafontaineC'est avec plaisir que je suis venu à Paris pour vous adresser la parole, alors que vous vous apprêtez à reconstruire en France un nouveau parti de gauche qui méritera vraiment ce nom. En Allemagne, nous venons de faire ce pas avec succès. Et c'est fort de cette expérience que je suis venu ici pour vous encourager à prendre le même chemin. Je sais bien que la constellation des partis politiques allemands n'est pas comparable à la situation française. Mais aujourd'hui, les sociétés françaises et allemandes ne diffèrent pas fondamentalement l'une de l'autre. Les problèmes économiques, politiques et sociaux qui se posent pour nos deux pays sont largement identiques. Je ne vois donc pas de raison majeure, pourquoi un nouveau parti de gauche n'aurait pas les mêmes chances de succès en France qu'en Allemagne.

Maintenant, que le parti Die LINKE existe depuis un an et demi, les sondages sérieux lui donnent 12 à 13 % au niveau national. Je dois vous avouer que je suis surpris moi-même de ce succès. Car ces chiffres ne mesurent pas la véritable ampleur de notre influence politique. A lui seul, le fait que nous soyons là, le fait qu'il existe en Allemagne un parti avec un profil politique et des revendications sociales nettement de gauche, à lui seul ce fait a changé l'orientation de la politique allemande. Et il n'y a pas que moi qui le dise. Presque tous les journaux allemands,

qu'ils soient de droite ou de gauche, qu'ils s'en réjouissent ou le déplorent, sont du même avis. La plupart d'entre eux sont d'accord pour écrire que c'est nous, le parti « DIE LINKE », qui sommes le projet politique le plus couronné de succès des dernières décades, que c'est nous qui au fond définissons de plus en plus l'agenda politique en Allemagne, que c'est nous qui poussons les autres partis à réagir. S'ils réagissent, s'ils reprennent à leur compte certaines de nos revendications sociales, c'est par crainte des électeurs. Et si le néolibéralisme, si virulent depuis 1990, est en train de s'effacer en Allemagne, c'est dû en bonne partie à notre présence parlementaire.

Chers camarades, il est évident que la construction d'un nouveau parti de gauche n'aurait pas pu réussir si les conditions extérieures, c'est à dire la situation sociale et politique de l'Allemagne, n'avaient pas été favorables au projet. C'est donc là le premier critère de succès. Alors que tous les partis politiques ouest-allemands si disputaient le « centre et préconisaient une politique économique néolibérale, la majorité de la population allemande déplorait le manque d'équilibre social résultant de cette politique. Le vide sur la gauche du spectre politique ne demandait qu'à être rempli. Car rien n'est plus efficace qu'une idée qui trouve son époque.

Le deuxième critère de succès est sans doute l'union des forces et des organisations politiques qui se définissent par une position critique à l'égard du capitalisme.

Le troisième critère - qui est peut-être le plus facile à réaliser, puisqu'il ne dépend que de nous seuls, mais ce n'est pas le moins important - c'est de donner au nouveau parti un profil clair, nettement discernable par rapport à l'uniformité des autres. Je ne manquerais pas de préciser ce troisième point par la suite, mais je voudrais l'aborder par un aperçu historique. Il est utile parfois de reculer d'un pas pour avoir une meilleure vue d'ensemble.

Au début de ma carrière politique, il y a une quarantaine d'années, les positions des partis de gauche en Europe étaient encore relativement claires, leurs missions bien définies. Il n'y avait pas encore cette uniformité centriste que les grands partis affichent de nos jours. Même en Allemagne, ou le parti social-démocrate, à Bad-Godesberg, avait décidé de s'arranger avec le capitalisme, gauche et droite restaient discernables pour les électeurs. Le SPD s'était détaché du marxisme, certes, mais avait conservé tout de même l'idée de réformer le capitalisme, de chercher la fameuse « troisième voie » entre communisme et capitalisme. Malheureusement, cet idéal réformateur a été enterré sous les débris du mur de Berlin.

En France, les positions des partis de gauche étaient plus nettes encore - non pas seulement du côté communiste, mais aussi du côté socialiste. Par son soutien à la guerre coloniale en Algérie, la SFIO avait perdu à la fin des années 60 toute légitimité comme parti de gauche. En 1971, au congrès d'Epinay, un nouveau parti socialiste se forme sous la direction de François Mitterrand. Le programme de ce nouveau parti socialiste français diffère considérablement de celui que les sociaux-démocrates allemands s'étaient donnés une bonne décade auparavant : il est anticapitaliste, il est critique à l'égard de l'OTAN et il est favorable aux alliances avec le parti communiste - tout ce que le programme du SPD n'est pas. C'était donc Epinay contre Godesberg au sein de l'Internationale Socialiste. Je suis allemand, mais je ne vous cache pas, que mes sympathies étaient du côté d'Epinay.

Je partage donc, chers camarades, vos déceptions. Car malgré ce programme théoriquement anticapitaliste, la politique pratique du gouvernement Mitterrand ne fut guère plus anticapitaliste que celle du gouvernement social-démocrate en Allemagne. Que ce soit en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, .en France ou ailleurs, l'écart entre la théorie et la pratique politique est symptomatique pour l'histoire du socialisme ouest-européen. Presque toujours et presque partout, les dirigeants des partis socialistes ont lâché comme un lest leurs principes - souvent contre la volonté de la masse des militants - pour un portefeuille de gouvernement.

Et c'est bien là le grand dilemme des partis socialistes : c'est de formuler, pour ainsi dire, les principes d'opposition à Epinay et les principes de gouvernement à Godesberg. L'histoire des partis socialistes ouest-européens au pouvoir est une longue énumération de compromis pourris. Chers camarades, il faut sortir du dilemme et rompre avec cette tradition fatale de compromis pourris ! Pour un parti de gauche, les principes de gouvernement doivent toujours être les mêmes que les principes d'opposition. Si non, il disparaitra plus vite qu'il n'est venu.

Regardez vers l'Italie, regardez vers l'Espagne. La leçon, que la gauche peut tirer des dernières élections dans ces deux pays ne peut pas être plus claire : la lzquierda Unida marginalisée, la Rifondazione Comunista éliminée. Ces deux partis ont dû payer si cher leur participation au gouvernement parce qu'elle reposait sur des compromis pourris. C'est une absurdité, en effet, de quitter un parti à cause de sa ligne politique, de construire un nouveau parti, de former ensuite une coalition gouvernementale avec le parti qu'on vient de quitter sur la base de la politique même, pour laquelle on l'a quitté. Les électeurs n'apprécient guère ce genre de blagues - et ils n'ont pas tort.

Chers amis, si la gauche perd sa crédibilité, elle perd sa raison d'être. C'est pour cela que mon parti - die LINKE - a pris des mesures pour entraver cette tendance fatale des dirigeants au compromis politique dont j'ai parlé. Les décisions sur les grands principes de notre programme doivent être prises par l'ensemble des militants du parti et non seulement par une assemblée de délégués.

En outre, nous n'acceptons pas les dons qui dépassent une certaine somme, une somme relativement basse. Et croyez-moi, ce n'est pas l'attitude du renard qui voit que les raisins sont hors de sa portée qui est à l'origine de cette restriction. C'est tout simplement que nous ne voulons pas être corrompus. La corruption politique est un fléau de notre époque. Et ce qu'on appelle don n'est souvent qu'une façon légale de corrompre. La victoire électorale de Barack Obama est une bonne nouvelle, tant la politique du président Bush et de son parti était insupportable. Mais vu les sommes énormes que le capital américain a investi dans la campagne électorale du nouveau président, je reste très sceptique quant à son futur élan de réformateur. Le capital ne donne jamais sans prendre.

Venons en donc au profil programmatique qu'un parti de gauche doit avoir à mon avis. J'ai dit tout à l'heure que mes sympathies, il y a presque quarante ans, avaient été du côté d'Epinay et non de Godesberg. Eh bien, elles le sont toujours. Elles le sont peut-être plus que jamais. L'esprit anticapitaliste qui a animé la gauche française dans les années 70 s'impose toujours. Certes, une opinion publique manipulée au service du capital nous suggère à travers tous les médias que la mondialisation aurait complètement changé les choses, que l'anticapitalisme serait dépassé par l'histoire. Mais si on analyse le processus économique et social qui se déroule sous nos yeux sans parti pris, on se rend compte que la mondialisation n'a pas dissipé, mais aggravé les problèmes sociaux et les turbulences économiques causés par le capitalisme. Si vous comparez les écrits de Karl Marx au sujet de la concentration du capital, de l'impérialisme ou de l'internationalisation du capital financier avec les sottises néolibérales propagées de nos jours, vous constaterez que cet auteur du 19e siècle est bien plus actuel et clairvoyant que les idéologues du néolibéralisme à la mode.

Chers amis, plus que jamais l'anticapitalisme est de mise, car l'impérialisme, au début du 21ième siècle, est toujours réel. Et l'OTAN est instrumentalisée à son service. Jadis conçue comme alliance de défense, l'OTAN est devenue de nos jours une alliance d'intervention sous la direction des Etats-Unis. Mais la gauche ne peut pas préconiser une politique étrangère ayant pour but la conquête militaire des ressources et des marchés. Nous n'acceptons pas l'impérialisme belligérant de l’OTAN, qui intervient partout dans le monde en enfreignant le droit international. Nous sommes pour un système de sécurité collectif où les partenaires se soutiennent réciproquement lorsqu'ils sont attaqués, mais s'abstiennent de toute violence qui ne soit pas conforme au droit international.

En Allemagne, la question d'une intervention militaire - que ce fut au Kosovo ou que ce soit en Afghanistan - est une ligne de démarcation nette entre mon parti - die LINKE - et tous les autres partis, y compris le parti social-démocrate. Nous sommes intransigeants à ce sujet et notre participation à un gouvernement favorable aux interventions militaires de l'OTAN est inconcevable. La question de guerre ou de paix a d'ailleurs été de tout temps une raison de schisme au sein du socialisme allemand. Déjà en 1916 - sous l'impulsion de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht – la guerre a divisé la social-démocratie allemande en deux partis. Et il n'y a pas qu'en Allemagne que la gauche a vu clair. Je vous rappelle les paroles de Jean Jaurès, que « le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage ». Camarades, si nous voulons un monde où règne la paix, il nous faut civiliser le capitalisme.

Contre l'idéologie de privatisation prêchée par les porte-paroles du néolibéralisme, nous sauvegardons l'idée d'une économie publique sous contrôle démocratique. Nous préconisons une économie mixte où les entreprises privées, de loin la majorité, côtoient les entreprises nationalisées. Surtout les entreprises qui relèvent des besoins fondamentaux pour l'existence de la société - le secteur de l'énergie par exemple ou même le secteur bancaire dans la mesure où il est indispensable pour le fonctionnement de toute l'économie - doivent être nationalisées.

Nous remettons à l'ordre du jour la question de l'autogestion ouvrière et de la participation des employés au capital de leur entreprise qui semble de nos jours oubliée.

Nous luttons contre une politique de démontage social qui donne priorité aux intérêts des investisseurs et qui se moque de l'injustice sociale croissante, de la pauvreté de beaucoup d'enfants, des bas salaires, du licenciement dans les services publics, de la destruction de l'écosystème. Nous luttons contre une politique qui sacrifie au rendement du capital financier ce qu'il reste d'une opinion publique délibérative. Nous n'acceptons pas la privatisation des systèmes de prévoyance sociale, ni la privatisation des services de transport public. Nous n'acceptons pas non plus la privatisation du secteur de l'énergie et encore moins la privatisation du secteur public de l'éducation ou de la culture. Notre politique fiscale veut redonner à l'état les moyens de remplir ses fonctions classiques.

Aujourd'hui, les forces motrices du capitalisme ne sont plus les entrepreneurs, mais les investisseurs financiers. C'est le capital financier qui gouverne le monde et qui instaure globalement une économie de casino de jeux. La crise des marchés financiers était donc prévisible, attendue par les experts. Pourtant les gouvernements n'ont rien fait pour empêcher cette crise. Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, les élites politiques ont jugé utile la spéculation effrénée. Et le continent européen s'est incliné devant ce jugement. Même pendant les phases, où la majorité des gouvernements européens était formée par des partis affiliés à l'Internationale Socialiste, aucune mesure n'a été prise. La perte de la dimension critique à l'égard du capitalisme a fait échouer lamentablement la politique opportuniste des partis socialistes et sociaux-démocrates sur toute la ligne. S'il fallait une preuve de cet échec, la crise actuelle des marchés financiers nous la livre.

Et s'il fallait une preuve, que nous, la gauche critique, ne sommes pas régressifs, que nous ne puisons pas dans le passé les remèdes contre les maux d'aujourd'hui, comme nous le reprochent constamment les libéraux et les conservateurs, s'il fallait une preuve, eh bien cette crise nous la livre aussi. Depuis le début des années 90 et la mondialisation qui s'en suit, la gauche, y compris moi-même, ne cesse de réclamer la règlementation des marchés financiers internationaux. Mais l'opinion publique néolibérale s'est moquée de nos opinions soi-disant régressives. Que la logique de la mondialisation n'était pas compatible avec une réglementation, nous a-t-on dit ; qu'il ne fallait surtout pas entraver le libre-échange et le libre flux transnational des capitaux, nous a-t-on prêché ; que toute réglementation était une solution surannée, régressive. Et maintenant, que font les néolibéraux en Amérique du Nord et en Angleterre, que font les conservateurs en Allemagne et en France ? Eh bien - ils prétendent règlementer. Ceux qui nous ont accusés de régression politique quand nous demandions la nationalisation de certains secteurs bancaires afin d'éviter la crise, que font-ils maintenant ? Eh bien - ils font semblant de nationaliser les banques au nom de l'avenir.

Maintenant, on socialise les pertes et on fait payer les groupes les plus vulnérables de la société pour la défaillance du système. Maintenant, on organise de pompeux sommets internationaux pour règlementer les marchés financiers. Mais nous n'en sommes pas dupes : les éléphants vont accoucher d'une souris. Vont-ils fermer le casino ? N'y pensez pas ! Vont-ils seulement changer radicalement les règles de jeu à l'intérieur du casino ? Mais non ! Ce qu'ils vont faire, c'est d'élaborer avec grand fracas verbal un nouveau code de comportement pour les croupiers. Rien ne va vraiment changer.

Si vous voulez des changements, camarades, il faut reconstruire la gauche - en Allemagne, en France, partout en Europe. L'expérience allemande nous montre qu'une gauche européenne réorganisée et forte peut faire bouger les choses en forçant les autres partis à réagir. Construisons ensemble cette nouvelle gauche, une gauche qui se refuse aux compromis pourris ! Pour souligner une dernière fois l'importance de cette maxime, je termine avec une image empruntée au poète russe Maïakovski : chantons ensemble notre chanson, mais évitons de lui marcher sur la gorge.

Oskar Lafontaine est un ancien dirigeant du SPD (parti socialiste allemand). Il est entré en dissidence puis a créé avec les anciens communistes du PDS, le parti « Die Linke » (La Gauche), parti qui compte actuellement plus de 50 députés au Bundestag et qui est crédité dans les récents sondages de 13 voix des voix. Ce parti vient d’entrer dans plusieurs parlements régionaux en Allemagne tant à l’est qu’à l’ouest.

Le discours que nous venons de vous communiquer est celui que Lafontaine a prononcé récemment en France lors de la création du nouveau parti « La Gauche » suite à la démission du sénateur socialiste français du PS. La Gauche présentera une liste commune avec le PCF pour les prochaines élections européennes. Le contenu de cette lettre mérité d’être réfléchi par tous les progressistes wallons et par la gauche fractionnée et plus particulièrement par les militants du PCWB
Nous ne pourrons éviter des débats sur cette importante réflexion.



Dexia finance des colonies juives

 (BAUDOUIN LOOS)

 

 

dexia-irsraëlLa banque franco-belge Dexia finance, via sa filiale israélienne, le développement des colonies israéliennes en territoires palestiniens occupés, et cela depuis des années. Ce constat, qui aurait en effet pu être fait depuis longtemps, est mis en lumière par plusieurs groupes de solidarité avec la Palestine, qui lancent la semaine prochaine une action de protestation.
Depuis près de dix ans, Dexia s'intéresse au marché israélien. En plusieurs étapes, la banque franco-belge a acheté une firme bancaire israélienne, Otzar Hashilton Hamekomi (« Trésor du pouvoir local »), spécialisée comme ce nom l'indique dans le financement des communes et des collectivités locales, à l'instar du bon vieux Crédit communal belge, ancêtre de Dexia.

Depuis 2001, cette banque israélienne est contrôlée par Dexia qui détient 65,31 % du capital. La filiale Dexia Public Finance Israël est répertoriée sur le site de Dexia comme troisième en importance sur le marché israélien du financement des collectivités locales (avec un personnel de quarante personnes). La banque a pignon sur rue et est bien connue des Israéliens.
Avec d'autres mouvements, Intal, qui travaille sur divers dossiers de solidarité dans des pays du tiers-monde – Amérique du Sud, Congo, Philippines, Cuba – dont les territoires palestiniens, a décidé de lancer une campagne pour dénoncer l'implication de Dexia dans le financement des colonies juives en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

« Nous voulons rappeler que la colonisation est contraire au droit international, nous dit Mario Franssen, d'Intal. La Quatrième Convention de Genève interdit l'installation de populations du pays occupant dans le territoire occupé. Avec d'autres groupes, nous sommes engagés par ailleurs dans une campagne de boycott des produits israéliens, pour dénoncer l'occupation, et certains nous reprochent, de manière absurde, d'agir ainsi pour rayer Israël de la carte ou par antisémitisme ! Mais ici nous ciblons une situation bien particulière : le financement, par une banque franco-belge, du développement des colonies israéliennes dans les territoires occupés, toutes illégales. »

« Ce financement n'est guère contestable », dit encore Mario Franssen, dont le mouvement s'est procuré la retranscription d'une séance en commission des Finances de la Knesset (parlement israélien) qui date du 19 juin 2007. Les propos tenus par David Kapah, le directeur de Dexia Israël, ne laissent pas la place à l'ambiguïté : « Pour nous, la localisation géographique n'est pas pertinente. Si on parle de quelque chose au-delà de la Ligne verte (dans les territoires occupés, NDLR), nous, nous avons octroyé une aide financière ces deux dernières années et demie à Alfei Menasheh,
Elkana, Beit-El, Ariel, Beit Aryeh, (le Conseil régional de la Vallée du Jourdain), Givat Zeev, (le conseil régional de Har Hevron), Kedumim, Beit Aryeh (…). Cela veut donc dire que, oui, c'est nous qui les soutenons financièrement et c'est encore vers nous que l'on vient pour recevoir du crédit. »
Et à la question d'une députée, Esterina Tartman, rapporteur de la Commission des Finances, elle-même résidente d'une colonie (Givon Ha-Hadasha) et désirant « savoir si la dimension de la localisation géographique de la Judée et de la Samarie (la Cisjordanie occupée) complique le processus de décision au sein de la Banque Dexia Israël », la réponse de David Kapah, laconique, se révèle claire : « Négatif. Absolument pas… »

Dexia, à Bruxelles, a été interpellée depuis 2001 par les mouvements belges de solidarité, sans grand succès, les réponses restant incomplètes ou imprécises, et la responsabilité globale de l'achat de la banque israélienne étant renvoyée à Dexia France.


 

 

Panique sur la planète finance

Et si on sortait du « tout marché » ?

nasdaqAprès les financiers américains, les banques européennes appellent à leur tour les États à la rescousse. Elles présentent la facture des pertes dues à la spéculation. Décidément, les habits étroits des traités européens craquent de toutes parts. Le dogme de la « la concurrence libre et non faussée », au nom duquel les services publics sont démantelés depuis des années, se fissure. La fin de « l’argent fou » ? Pas si vite…
MAURICE MAGIS


Les responsables européens doivent se réunir à la mi-octobre. Nul doute que la crise financière sera au cœur de leur agenda. Nicolas Sarkozy souhaite une réunion du G8 avant la fin de l'année. Et y décider quoi ? Pour l’heure, face à l’inquiétude des épargnants, on en restait aux constats  lénifiants : « des risques pèsent sur des segments entiers des places financières européennes mais nous sommes préparés à réagir, nous avons réagi et je crois qu'aucun gouvernement européen ne laisserait tomber une grande banque européenne puisqu'une telle faillite déclencherait une vague qui déferlerait » ; mais « il n'y a pas de menaces, les Européens peuvent avoir confiance en leur système » a osé le président de l’Eurogroupe (les pays de la zone euro), Jean-Claude Juncker. Et l’Europe a renvoyé la balle aux Américains en les invitants « à prendre leurs responsabilités. » Ah, cette bonne vieille méthode Coué.

Le 4 octobre à Paris, le président français a appelé les membres européens du G8, les présidents de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission européenne et M. Juncker à servir la messe. D’où il est ressorti surtout des vœux pieux et quelques prières au Dieu Finance. Le tout sanctifié par quelques vagues appels : à un sommet international «le plus tôt possible» pour revoir les règles du capitalisme financier ; à des sanctions, non autrement définies pour sanctionner les banquiers qui faillent ; à la flexibilité dans l’application des règles du marché unique. Mais le Pacte de stabilité devra être respecté « dans son intégralité » a aussitôt prévenu le président de l’Eurogroupe. Et la patate chaude a été confiée aux Etats, qui, attention, devront veiller à respecter les règles de la concurrence.

Ainsi, il est surtout apparu une fois de plus que l’Union européenne n’a pas de politique économique coordonnée, ni de capacité de riposte commune à la mesure de la crise financière qui ébranle le monde. Surtout, les dirigeants européens, qui ont rivalisé de sévérité, ces dernières semaines, pour fustiger les « dérives du capitalisme financier » ne rompent pas avec l’activisme de l’Union européenne en faveur de la dérégulation, de la déréglementation et d’une politique économique et monétaire tout entière tournée vers le soutien aux marchés financiers.

Certes, la Banque centrale européenne a procédé en catastrophe à des injections massives de liquidités pour soulager les banques en mal de refinancement depuis le déclenchement de la crise financière en août 2007. Elle l’a fait en août et septembre 2007, puis en décembre quand de nouvelles tensions sont apparues, et encore depuis la mi-septembre, quand le secteur bancaire américain a commencé à s’écrouler. Avec quel effet ?
A rebours de ceux qui assurent sur tous les tons que le système bancaire européen est à l’abri des secousses américaines, les experts de l’OCDE, cet autre pilier de l’idéologie capitaliste, estiment, eux, que « L’Europe pourrait avoir besoin d’un plan systémique, à l’instar de la démarche engagée par les autorités américaines, », « une approche ’par petits morceaux’, qui n’a pas marché aux Etats-Unis, peut ne pas marcher en Europe non plus. » « Nous sommes face à la pire crise financière depuis la Grande dépression (de 1929) et ses conséquences sont déjà en train de se diffuser bien au-delà de la sphère financière, dans le monde entier. »

Diable. Dès lors, quant à la confiance demandée… Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a affirmé qu’ « une réflexion était en cours, et pas seulement au niveau européen. » Mais pas une voix discordante ne s’est élevée pour avancer des alternatives à ce système financier au sein duquel ont pu, comme dans un cocon, se développer les germes de la crise. Et pourtant, « Les épargnants, un peu partout, sont dans l'expectative, quand ce n'est pas l'angoisse tandis que les politiques cherchent la pierre philosophale du moment, à savoir maîtriser la situation et forger les règles d'un autre avenir», a pu écrire Le Monde qui, le jour du raout sarkozien notait : « A côté de la crise actuelle, les krachs de 1987 et de 1989, la crise asiatique de 1998, l'explosion de la bulle Internet en 2000, les attentats du 11-Septembre apparaissent comme des secousses bien légères. »

Colère aux Etats-Unis

Ce qui vient de se passer aux Etats-Unis en dit long sur l’état d’exaspération des opinions publiques. Le plan dit Paulson du nom du secrétaire d’Etat au Trésor,  destiné à injecter 700 milliards de dollars ou plus pour voler au secours de la haute finance, et cela aux frais des contribuables (on parle d’une charge de plus de 2000 dollars en moyenne par foyer fiscal), s’est heurté, certes, à l’aile droite du Parti républicain qui a fustigé, comme ce sénateur, l’irruption du « socialisme financier ». Mais il a aussi provoqué une véritable levée de boucliers dans la population, qui constate que rien de comparable n’avait été fait quand des centaines de milliers d’Américains s’étaient trouvés plongés dans la tourmente immobilière. La colère des citoyens est d’autant plus justifiée que, selon le Washington Post, des proches collaborateurs du président ont eu le culot de suggérer un système similaire pour aider leurs propres entreprises. Selon les sondages, ils sont 61 % à estimer que le plan fait trop peu pour soulager les « Américains ordinaire », meurtris par l'augmentation des prix de l'énergie, le renchérissement du crédit, la stagnation des salaires et la perspective  de pertes d’emplois massives.
Loin de toutes considérations idéologiques, des pétitions ont été organisées par des citoyens excédés d’avoir à mettre la main à la poche alors que les tricheurs s’en sortiraient au mieux. En outre, de fortes incertitudes demeurent sur la capacité dudit plan à assainir la situation outre-Atlantique, marquée depuis des mois par des déconfitures en cascade et des injections à répétition – mais vaines - de fonds publics. L’économiste américain Joseph Stiglitz, prix Nobel 2001, a estimé « monstrueuse » l’exposition des contribuables américains : ce « n’est qu’une solution à court terme ».

Comme aucun investisseur privé ne veut des placements à risque, « on les colle au contribuable » a-t-il déclaré dans la presse. Joseph Stiglitz voit dans la crise actuelle « la fin d’un modèle économique désastreux » et « la fin de l’idéologie selon laquelle les marchés libres et dérégulés fonctionnent toujours ».

La force du déni

Le fait est que la débâcle bancaire a traversé l’Atlantique, frappant de plein fouet plusieurs établissements européens, balayant les propos irresponsables des dirigeants sur la solidité de l’économie continentale, au cœur d’une crise systémique qui, du fait des interactions au sein du capitalisme mondialisé, se propage par ondes de choc. La soudaine conversion d’apôtres de l’ultralibéralisme, comme MM. Sarkozy, Reynders et consort, qui voient dans la situation présente le fruit de dérives intolérables du capitalisme financier, n’en apparaît que plus choquante.  

« Moraliser », « réguler » le capitalisme, juger et condamner les « responsables » ?

Face aux injections massives des banques centrales et aux tentatives de replâtrages aussi fébriles qu’improvisées des gouvernements, l’économiste et chercheur français Frédéric Lordon a remarquablement synthétisé les choses : « La thèse de la «’folie’ vaut à peu près celle de l’immoralité, c’est-à-dire rien. On peine à croire d’ailleurs que la cécité intellectuelle ou l’entêtement idéologique puisse aller jusqu’à une telle nullité de pensée, au moment où les destructions financières se produisent sous nos yeux. Le plus étonnant dans cette affaire ne tient presque plus aux événements – pourtant spectaculaires – mais à l’acharnement de la croyance libérale et à la force du déni. ». Et d’enfoncer le clou : « Entre ‘trader fou’ et hypothèse de ‘l’accès de folie’, tout est fait pour donner à l’événement actuel un statut d’aberration exceptionnel. Mais la ‘folie’ est le régime permanent et nécessaire de la finance libéralisée. »  Ce qui se passe dans notre pays est à bien des égards exemplaire.

Fortis et Dexia  aux soins intensifs…

fortisAu début de l’été 2007, les dirigeants de Fortis arboraient le sourire satisfait des vainqueurs. Ils avaient lancé un raid hostile contre la néerlandaise ABN-Amro. Une des ces opérations dont les seigneurs de la jungle financière ont le secret. La banque-assurance belgo-néerlandaise, construite naguère sur la dépouille de la CGER, banque publique ainsi privatisée, voulait entrer dans la cour des très grands. Il ne se trouva pas grand monde dans le monde politique et financier pour s’inquiéter des risques liés à une des ces opérations qui font la fierté du capitalisme prédateur.

Et voilà que Fortis se retrouvait soudain au bord du gouffre, prenant de court nos élites. Les mêmes, M. Reynders en tête, qui nous disait tel jour, que la crise n’était pas si grave et qu’il importait avant tout de communiquer, avouaient moins d’une semaine plus tard que rien n’allait plus. Tristes comédiens ! Soudain, l’Etat belge, comme ses voisins, a ouvert ses  tiroirs. L’ardoise pour la seule Belgique, le couteau sur la gorge : 4,7 milliards d’euros…avant que le gouvernement néerlandais ne décide de racheter  100% des activités néerlandaises du banc assureur, dont ABN Amro et Fortis Insurance Netherlands, laissant ainsi son voisin du sud gros-jean comme devant. Et déjà, il était question d’appeler à la rescousse des financiers internationaux appâtés par la bonne affaire.

Bis repetita.

dexia_lang6,4 milliards  pour Dexia, bâtie par absorption du Crédit communal, autrefois banque (publique) des communes, désormais soumise aux lois du marché et dont les dirigeants nous assuraient là aussi rien ne la menaçait. Coût pour le gouvernement fédéral et des Régions exsangues : trois milliards, alors que des rumeurs couraient sur de nouveaux problèmes de liquidités pour le groupe franco-belge.

En attendant,  la Belgique en était de 7,7 milliards d’euros, soit plus de 700 euros par citoyen belge. De ces euros dont on nous dit qu’ils n’existent pas pour mener de vraies politiques sociales mais qui coulent, année après année, dans les caisses des grandes entreprises (voyez les intérêts notionnels !) et enrichissent les couches les plus aisées, nourrissant ainsi la bulle financière qui éclate aujourd’hui.

Chez nous, comme partout, au bal des hypocrites, les banquiers ont mené la danse. Sous les applaudissements de responsables politiques en adoration devant le « libre marché sans entraves », la libre circulation des capitaux et le dogme de la dérégulation,  ces pierres angulaires de l’économie globalisée  et des traités européens. L’article 107 du défunt traité de Lisbonne ne décrète-t-il pas que « sont incompatibles avec le marché intérieur (…) les aides accordées par les États ou au moyen de ressources de l’État, sous quelque forme que ce soit, qui faussent ou menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises » ?

En outre, Le traité laisse intacts les pleins pouvoirs de la BCE. « Ni la Banque centrale européenne, ni une banque centrale nationale, ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l’Union, des gouvernements des États membres ou de tout autre organisme », indique l’article 130. Ni la croissance ni l’emploi ne figurent parmi ses missions. Il est prévu qu’elle offre son appui au marché financier, par des opérations visant à mettre à disposition des institutions financières les liquidités dont elles ont besoin (protocole nº 4 relatif aux statuts de la BCE). Mais ces opérations de refinancement ne sont assorties d’aucune condition sur la destination et l’utilisation de ces crédits. Apparemment, le droit européen est à géométrie variable.

La crise financière globale, partie des Etats-Unis et qui gangrène toute la planète finance, a réduit à néant bien des rêves de grandeur. « Fortis sauvé par les Etats du Benelux » avait cru pouvoir titrer Le Soir. Au même moment, c’est dans toute l’Europe que les pouvoirs publics volent au secours des apprentis-sorciers. En Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Et en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Allemagne… « On ne peut pas dire par avance qu'on va renflouer les banques, car cela transférerait les risques sur l'Etat. Même si in fine, c'est ce qui se passera dans chaque pays », a crûment avoué un proche de la chancelière Angela Merkel.

Ainsi, les chantres de l’ultralibéralisme, ceux-là même qui privatisent à tours de bras – voyez la Poste – se livrent à des nationalisations partielles pour tenter de limiter les dégâts.

…et la facture aux citoyens

Et maintenant ? Mettons un certain nombre de choses au point. Qui paiera ? L’investissement de 4,7 milliards d’euros de la Belgique dans Fortis Banque se fera par le biais d’un emprunt avec garantie d’Etat, a précisé le ministre des Finances Didier Reynders, « Il n’y aura aucun effet sur le budget et sur le contribuable, même s’il y a toujours un risque ». Car si la machine s’emballe, il y a bien risque pour les petits porteurs. Et risque pour les contribuables, risques pour les bénéficiaires d’épargnes-pensions, risque pour les fonctionnaires ;  risque pour les salariés quand viendra le moment des ventes d’actifs et des restructurations, ces salariés qui iront rejoindre les cohortes de victimes de l’argent fou. Et risque pour l’Etat qui va s’endetter…Un  risque colossal donc quand il s’agira de passer à la caisse.

Les nationalisations partielles sont des  solutions provisoires a déjà décrété le ministre belge des Finances, Didier Reynders, appuyé par le courageux Yves Leterme. « Notre ambition n’est évidemment pas de rester présents dans le capital » des Banque a-t-il dit sur l’antenne de la RTBF. En clair, il s’agit de rester sur les rails de l’orthodoxie ultralibérale. Comme toujours, après avoir privatisé les gains, on socialise les pertes. Et puis on revendra les parts publiques au plus offrant dès
que le sacrosaint marché revigoré le permettra.

Tartufferie

Ainsi, voilà que nos gouvernants, tous partis de pouvoir confondus, versent des larmes de crocodile sur les « dérives » du capitalisme, voient dans la crise actuelle, pourtant bien prévisible, des « dysfonctionnements ». Osent même fustiger le « capitalisme fou » et quelques mauvais génies de la finance. Quelle tartufferie ! Au moment où colère et dégoût montent dans la population, c’est à la nature même du capitalisme qu’il conviendrait de s’en prendre, à ce système qui ne connaît qu’une loi, le profit,  une liberté, celle d’exploiter  le plus grand nombre au profit de quelques privilégiés, une pratique, la spéculation à outrance.

Les peuples ont déjà donné et il ne suffira pas de s’en prendre vertueusement aux scandaleux parachutes dorés, première mesure certes justifiée, ni même d’enquêter pour savoir qui a fauté où et quand, puis  de repartir comme si de rien n’était. Il s’agirait de mettre la finance au service de la population, de lui donner un usage social. Il s’impose de redécouvrir de nouveaux modes de régulations, dit-on partout dans la panique ? Soit. On pourrait alors, par exemple, différencier les prêts selon qu’ils sont destinés à des opérations financières ou à être investis dans le développement utile, afin de réarticuler réglementation et développement de l’économie réelle. Remettre au premier plan, à contre courant du discours dominant, la question de la revalorisation des revenus du travail et des allocations sociales aux dépens de ceux du capital. Relancer un pôle financier public fort. Rendre transparents les marchés financiers et en finir avec les paradis fiscaux. Et mettre les entreprises qui spéculent en bourse à contribution afin de financer les opérations de nationalisation actuelles.

Iconoclaste ? Oui, aux yeux de ceux qui continuent à parler de dérapages au sein d’un système qui resterait fondamentalement efficace. Non, si l’on constate que ces deux dernières décennies ont déjà été marquées par trois crises monétaires et financière successives. Celles-ci sont bien la conséquence de choix politiques opérés par les gouvernements. Un débat de fond doit donc être ouvert sur les finalités même de l’économie : que produire, à quelle fin, comment utiliser l’argent et les richesses créées ? L’heure est venue de demander des comptes.

Pour comprendre

Subprimes. Prêt accordé aux foyers américains pour acquérir un logement. Le taux d’intérêt était bas les deux premières années, puis aux prix du marché. La conjonction de la hausse des taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine de 1 à 5% entre 2003 et 2006 et de la baisse des prix de l’immobilier a mis des millions de foyers dans le rouge. En 2007, deux millions de maisons été saisies.

Titrisation. Mécanisme qui permet de transformer un prêt en actif négociable sur le marché. Un crédit subprime étant très risqué pour l’organisme qui l’accorde, les crédits sont regroupés et revendus à un tiers (une banque, un fonds d’investissement, etc.).  Quand les prix de l’immobilier ont chuté, ces produits ont constitué autant de créances douteuses. D’où les faillites en série.

Hedge funds. Fonds d’investissement spéculatif. Ils acquièrent et vendent toutes sortes de produits : créances, actions, marchandises et même œuvres d’art. En février 2007, à l’initiative du président Bush un groupe de travail sur ces hedge funds, a décidé de laisser ces fonds s’autoréguler. Parmi les causes de la crise actuelle, on retrouve la faillite de deux fonds d’investissement spéculatifs de la banque Bear Stearns l’an dernier, qui a affolé les marchés.

Agences de notation. Sociétés chargées d’évaluer la validité des placements financiers. Elles donnent ainsi des notes. Les obligations d’État, réputées sûres, reçoivent généralement les meilleures notes (un triple A : AAA). Mais les agences avaient accordé aussi de façon très surprenante les meilleures notes aux produits titrisés issus des subprimes…

Credit crunch. De peur de ne pouvoir se faire rembourser, les banques rationnent leur offre de crédit, ce qui passe par une hausse des taux aux entreprises. Une absence d’investissement signifie ralentissement de la croissance, augmentation du chômage et stagnation des salaires.

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