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Le football, espace de luttes (suite)

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La méconnaissance de l’histoire du football peut parfois porter préjudice à des militants de gauche qui relaient des actions politiques liées à ce sport. C’est ainsi que lors de crimes commis par Israël sur des Palestiniens, des camarades ont partagé sur les réseaux sociaux des vidéos des démonstrations de solidarité de supporters envers la Palestine, notamment au Celtic Park (Celtic Glasgow) en Écosse, club toujours fidèle à la cause palestinienne, mais aussi des images de tribune de la Lazio de Rome.

 

Or, ce ne sont pas les mêmes motivations qui poussaient les supporters romains : le club de la Lazio est aujourd’hui réputé d’extrême-droite et leur engouement envers la Palestine dénotait surtout un antisémitisme. On se rappellera aussi du geste du joueur de la Lazio Paolo di Cano qui avait célébré un but en faisant un salut romain fasciste, assumant totalement la portée de son acte ! Nous noterons par contre que le football est un moment collectif qui permet à la Centrale générale de la FGTB Namur d’organiser un tournoi de football le 26 mai prochain avec Esperanza Palestina, en faveur des travailleurs palestiniens.[1] Les jeunes FGTB ont aussi lancé avec d’autres organisations leur tournoi de football antiraciste qui en 2017 en était à sa deuxième édition.

 

        article-2305295-01FC42030000044D-867_634x461.jpgTous ne s’en rappellent pas mais le football a également permis à des immigrés de se structurer. Les Italiens ne sont pas les derniers dans le monde entier : en effet, on peut noter au moins à Varsovie, le Polonia Warszawa, et de l’autre côté de l’Atlantique Boca Juniors de Buenos Aires fondé là aussi par des immigrés génois. Le rival historique de Boca, River Plate, a été fondé dans le même quartier populaire de la Boca. Il a ensuite déménagé à Núñez, quartier plus huppé. Les supporters de River Plate ont changé sociologiquement et sont surnommés « los millionarios »[2] par ceux de Boca Juniors. À l’identité d’immigrés, s’est donc jointe une identité de classe. Le Brésil a aussi connu une immigration italienne et allemande, surtout dans le sud. Dans l’État de Rio Grande do Sul, certains de ces immigrés fondèrent le Grêmio qui refusait des joueurs métisses et de couleur. En réaction fut créé en 1909, soit 6 ans après le Grêmio, l’Internacional dont le nom explique bien l’intention : être ouvert à tous quelle que soit l’origine. L’internacional porte le surnom de « O Clube do Povo »[3], titre que s’attribue aussi Vila Nova de Goiás, « time do povo »[4].

 

        Les immigrés espagnols qui avaient fui la dictature de Franco à Liège se structurèrent aussi dans les Garcia Lorca et d’autres clubs progressistes. À Herstal, au centre Miguel Hernandez, on pouvait trouver cette affiche d’un tournoi de football de clubs fondés par les immigrés.

 

En Grèce, de nombreux clubs sont issus de réfugiés... grecs qui fuyaient le nettoyage ethnique en Asie Mineure organisé par les Turcs. On retrouve ainsi le K de Constantinople dans plusieurs grands clubs comme l’AEK Athènes ou le PAOK Salonique. Il y eut aussi des réfugiés grecs anatoliens en Crète qui fondèrent l’Ergotelis. L’identité, l’origine à travers le football étaient et sont encore des enjeux politiques. La Dictature des Colonels défendait une pureté ethnique grecque et ne voulait pas que ce soit le club des réfugiés qui dominât footballistiquement et donc symboliquement la Crète. Le régime des colonels chercha par la loi à renforcer l’autre club de l’ïle, l’OFI Crète jugé « pur grec », en l’autorisant à recruter gratuitement les meilleurs joueurs de l’Ergotelis.[5]

 

51384328_27714067.jpgIl apparaît clairement que le football est un moyen de propagande, au service de dictatures. Peu se souviennent du parcours de la Corée du Nord à la Coupe du monde 66, si ce n’est certains camarades comme Jean-Pierre Michiels : les Nord-Coréens avaient atteint les quarts-de finale, battus finalement par le Portugal. Encore moins de gens savent que cette image de réussite était un coup dur pour la politique étasunienne en Corée du Sud. Le chef de la CIA coréenne, Kim Hyung-Wook mit alors en place en février 1967 un club de football (qui fit long feu), Yangzee, pour améliorer le niveau de football en Corée du Sud.[6]

 

Dans l’autre sens, le football a permis de s’opposer à des dictatures. Nous avons déjà parlé de Sindelar en Autriche. Vladimir Caller me rappelait que l’URSS n’était pas en reste lorsqu’elle boycotta son match de barrage de qualification pour la coupe du monde face au Chili en 1973, refusant que son équipe jouât dans le stade national de Santiago que Pinochet avait transformé en lieu d’exécution et de torture.[7] La torture et l’exécution, c’est le sort que subirent des joueurs du Dynamo Kiev (dont le club avait été démantelé par les nazis) qui avaient gagné deux matchs contre l’équipe de la Luftwaffe.[8]

 

Il y aurait encore beaucoup à raconter sur le football. On peut encore penser aux joueurs algériens de l’Olympique de Marseille qui s’étaient engagés avec le FLN pour soutenir les luttes de leur pays : ils étaient avec d’autres, membres de la sélection du Front de Libération National Algérien de football qui avait pour but de faire connaitre la cause algérienne dans le monde.

 

Beaucoup diront que ces histoires sont celles du passé, que dans beaucoup de clubs, les classes se mélangent. Souvent même, les classes populaires sont reléguées dans les bars ou devant leur télévision en raison des prix exorbitants demandés pour les abonnements. Cela est vrai, mais il ne tient qu’à nous de reconquérir les stades pour ne pas qu’ils soient abandonnés à la bourgeoisie ou à la haine de l’extrême-droite.

 

Le football reste un moyen d’émancipation, un espace de lutte contre les dictatures et un lieu où on peut réinventer la démocratie… comme le firent les joueurs du Corinthians São Paulo, sous la dictature militaire : ils prenaient toutes les décisions collectivement pour tous les aspects liés au club, impliquant les autres salariés.[9] Parmi les leaders du mouvement, on se rappellera de Sócrates, qui mena aussi la campagne « diretas já » appelant aux premières élections qui mirent fin à la dictature au Brésil[10].

 

[1] http://www.accg.be/fr/actualite/tournoi-de-football-esperanza-palestina

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Club_Atl%C3%A9tico_Boca_Juniors#Culture_populaire

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Sport_Club_Internacional

[4] https://pt.m.wikipedia.org/wiki/Vila_Nova_Futebol_Clube

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/PAE_Ergotelis_H%C3%A9raklion

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Yangzee_Football_Club

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Match_de_football_Chili_%E2%80%93_URSS_(1973)

[8] http://www.sofoot.com/il-etait-une-fois-le-9-aout-1942-a-kiev-227301.html

[9] https://fr.wikipedia.org/wiki/Démocratie_corinthiane

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Diretas_Já

Julien Hannotte

 

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