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Visé rend hommage à Marcel Levaux, dernier bourgmestre de Cheratte. Un square porte désormais son nom

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La plaque commémorative dévoilée ce 30 avril au "Square Marcel Levaux", situé au pied de la belle-feur rue du Petoumont, en face de l'arboretum de Cheratte Hauteurs.

 
Marcel Levaux est né dans une famille modeste le 19 juillet 1926. Comme il le disait sous forme de plaisanterie, il n'était pas artificiel, lui, puisque sa carte d'identité mentionnait "enfant naturel"

Né dans une famille catholique mais très modeste, son enfance sera dénuée de confort. Sa grand-mère se chargea tout d'abord de son éducation, à Wandre, puis sa maman et une tante prirent le relais à Hoignée, un quartier de Cheratte-Hauteur.

 

A l'issue de ses études primaires, Marcel suit les cours de l'école technique de Herstal durant 3 ans. Malgré ses aptitudes intellectuelles, son envie d'apprendre et sa soif de culture, il doit abandonner sa scolarité pour aller travailler au chantier naval sur l'île Monsin.


Marcel à 14 ans lorsque la guerre éclate. L'année suivante, en 1941, il rejoint la cellule communiste clandestine du son lieu de travail et il entre dans la résistance. Il y mènera des missions d'espionnage au profit des britanniques, diffusera la presse clandestine, mais participa également à des actes de sabotage.

 

Episodes marquants de son adolescence

 

- En 1943, alors qu'il est occupé à faire le guet lors d'une réunion de la résistance à Herstal avec Serge Krawczyk, son ami de toujours, la police allemande fait une descente. Dénoncé par des "collabos", Serge est arrêté, emmené à la Citadelle et y est fusillé par l'occupant. Son corps repose toujours dans "L'Enclos des Fusillés" 

- Marcel, accompagné de Nicolas Dossin et de deux autres résistants attaquent le bureau de poste de Visé. Le but n'était pas tellement l'argent, mais il leur fallait se procurer des timbres de ravitaillement afin de pouvoir nourrir ceux qui avaient pris le maquis. Les Allemands arrivent très vite sur place. Nicolas Dossin, qui travaille au studio photo de Nic Nélissen, s'y réfugie avec Marcel.  Les Allemands fouillent toutes les maisons. Afin de leur sauver la vie, monsieur Nelissen assied alors Marcel sur le siège destiné aux clients tandis que Nicolas prend place derrière la grosse chambre photo. Les Allemands n'y verront que du feu ! Les deux autres participants à ce "Hold-up" furent abattus par les "Boches"

- Le 30 avril 1944, en soirée, en compagnie de Jacques Dortu, responsable local du Front de l'Indépendance et de deux autres Cherattois, Gérard Spit et Noël Gillon (dit "Maïtou"), ils hissent un drapeau belge et un drapeau soviétique au-dessus de la belle-fleur du Petoumont. Drapeau soviétique, en l'honneur des prisonniers russes "esclaves" de l'occupant dans le charbonnage du Hasard et drapeau belge, flotteront ainsi toute la journée du 1er mai, visibles dans toute la vallée. 

 

- A la Libération, avec d’anciens résistants, il décide d’aller "réquisitionner" des vaches en Allemagne pour dédommager les paysans Cherattois. Arrêté par les Américains sur la route d’Aix la Chapelle, il est à deux doigts d’être exécuté comme pillard.

 

 - En février 1945, il se porte volontaire pour poursuivre la lutte contre le nazisme en Allemagne et sa conduite lui vaut une série de décorations.

 

Sa vocation politique

 

A l'issue du conflit, Marcel Levaux, alors âgé de 19 ans, reprend le travail au chantier naval. Là, il se lancera dans le syndicalisme et partira travailler à la FN. En 1949, la Fabrique Nationale d'Armes de Guerre le licencie à cause de son engagement dans la cause communiste. 

 

Deux ans plus tard, devenu permanent au Parti Communiste, il épouse Maria Krawczyk, la soeur de son ami fusillé. En 1954, naîtra Jocelyne, leur fille.


Durant les armées 60, Marcel fut particulièrement actif en soutenant la lutte pour l'indépendance de l'Algérie.

 

Il rencontre ensuite Patrice Lumumba avec qui il entretiendra une amitié et une correspondance suivie en vue de l’indépendance du Congo. Patrice Lumumba fut plus tard assassiné avec la complicité des services occidentaux.

 

Après avoir participé activement au soutien des ouvriers lors de la grève de 1960, il remplit diverses fonctions au sein du PCB, il sera même durant une période directeur du journal "Le Drapeau Rouge" puis député de 1968 à 1981.

 

A la Chambre, il dépose régulièrement des amendements, des résolutions, des propositions de loi qui font écho aux revendications de la classe ouvrière : pension à 60 ans, semaine des 36 heures, droit de vote et éligibilité des immigrés aux élections communales. Marcel propose également la suppression de la loi salique...

 

En 1970, après bien des palabres, il devient le bourgmestre de SA commune, Cheratte. Il le restera jusqu'à la fusion, en 1976.

 

Sa proximité avec les habitants, son insatiable goût pour le travail, sa diplomatie, le rendront extrêmement populaire à Cheratte, dont il restera à jamais le dernier Bourgmestre.

A partir de cette date, il sera Conseiller communal au sein d’une liste de gauche défendant les intérêts wallons en compagnie de Jean Leclercq, le médecin vétérinaire, et où, dans l’opposition, il adoptera toujours une attitude constructive appréciée par la plupart des membres du Collège et du Conseil communal.

 

En 1994, Marcel incite Francis Theunissen, son "fils spirituel en politique", à lui succéder au sein du Conseil et, grâce à ses précieux conseils et sa sagesse, le mandat de Francis se prolonge encore aujourd’hui. 

 

Ses qualités les plus marquantes

- Celle d’un homme qui tenait tout d’abord compte des qualités de ses interlocuteurs plutôt que de ne voir et de ne considérer que leurs défauts, et cela y compris chez ses adversaires politiques.

- Celle d’un homme qui savait analyser et reconnaître les erreurs du passé afin d’aborder l’avenir d’une autre manière.

- Celle d’un autodidacte à l’esprit ouvert, féru de culture, et qui savait mettre les hommes de son entourage en valeur tels que Jean Donnay, Marcelle Martin, Jeanne Houbard, Mittéï, François Walthéry, les frères Van Linthout, Abel Braham, Pierre Verjans …

Le Député Bourgmestre de Visé, Marcel Neven, avait employé les mots de « communiste humaniste » lors du décès de Marcel Levaux. Cela exprimait bien la façon dont il était perçu, y compris dans le milieu libéral.

Texte et photos P. Neufcour


Rappelons le passé politique du camarade Marcel Levaux


dyn008_original_200_279_pjpeg_924_b3892ff7f03d5a4a3a34624c30b0cadc.2.jpgVolontaire de guerre 1940-1945, membre du Front de l’Indépendance, traceur en charpente de profession, Marcel Levaux est un militant communiste de longue date. Sa première affiliation au PCB remonte à 1942. Tout au long des années cinquante et soixante, c’est en tant que syndicaliste qu’il participe aux nombreux mouvements sociaux qui agitent le pays wallon. Ses relations avec le PSB et la FGTB sont parfois tendues. Pour preuve, en octobre 1970, il est élu conseiller communal à Cheratte et convient d’une majorité improbable pour bouter les socialistes dans l’opposition.


Marcel Levaux devient alors le bourgmestre de la localité en avril 1971, à la tête d’une coalition composée du PCB, de libéraux et de catholiques... Au lendemain de la fusion des communes, le dernier bourgmestre communiste de la province de Liège devient conseiller communal de la nouvelle entité de Visé (1977-1988). En octobre 1988, il se présente, sans succès, sur une liste intitulée APAR, abréviation phonétiquement symbolique, signifiant Association pour l’assainissement et la rénovation de la Wallonie.


Depuis mars 1968, Marcel Levaux est aussi parlementaire. Élu à la Chambre dans l’arrondissement de Liège, il préside le groupe parlementaire communiste. Il est régulièrement réélu en 1971, 1974, 1977 et 1978. Durant toutes ces années de bouleversements institutionnels de la Belgique, il use de son statut de mandataire de l’opposition pour voter à la carte les dispositions qui lui conviennent. Il vote par exemple la loi de décentralisation économique, dite Loi Terwagne (15 juillet 1970) qui dote notamment la Wallonie d’un Conseil économique régional, d’une Société de Développement régional et crée la section wallonne du Bureau du Plan. En décembre 1970, il adopte certaines nouvelles dispositions de la Constitution. Il n’est guère intéressé par la régionalisation provisoire (1974-1977).


C’est dans l’opposition qu’il participe aux débats parlementaires précédant l’adoption des lois spéciale et ordinaire d’août 1980. Le 4 août, à la Chambre, il vote contre la réforme de l’État mettant en application l’article 107 quater de la Constitution. Il n’en boycotte pas pour autant les premières réunions du Conseil régional wallon qui se réunit provisoirement à Wépion à partir du 15 octobre. Il participe d’ailleurs à ses travaux en 1980 et 1981. Ce sont les derniers mois de sa carrière parlementaire. En novembre 1981, il n’est pas réélu.


En 1972, Marcel Levaux avait déposé à la Chambre une proposition de loi visant à accorder le droit de vote à tous les résidents étrangers aux élections communales. Pendant dix ans, il proposera régulièrement son texte à la réflexion de ses collègues parlementaires. En vain. Il faudra trente ans pour que cette proposition soit finalement adoptée sous forme de loi.



Dans les années nonante, prônant un rapprochement de toutes les gauches, Marcel Levaux estimait montrer l’exemple en se plaçant comme candidat sur les listes communales du parti socialiste, à Visé, mais sans plus aucune prétention d’être élu, juste pour le symbole.



Cfr Encyclopédie du Mouvement wallon, Parlementaires et ministres de la Wallonie (1974-2009), t. IV, Namur, Institut Destrée, 2010, p. 382


député (1968-1981)
conseiller communal de Cheratte (1971-1976)
bourgmestre (1971-1976)
conseiller communal de Visé (1977-1988)
membre du Conseil régional wallon (1980-1981)

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