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Israël élève un mur à la frontière du Liban.

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A environ deux heures de Beyrouth, Naqoura est le dernier village avant Israël. Malgré son calme apparent et ses allures de station balnéaire, la zone est hautement sensible et quasiment impossible d’accès pour les civils. Depuis 1978, la frontière est sous la surveillance de la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).

C’est là, à l’abri des regards qu’Israël a commencé à construire un mur en février dernier. Pour l’Etat hébreu, il s’agit d’un mur de protection contre le Hezbollah, le parti chiite libanais qu’il a affronté à plusieurs reprises, notamment à l’été 2006. Même si les provocations verbales entre les deux ennemis sont fréquentes, le déclic a été la menace du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah de lancer une offensive contre la Galilée en cas de nouvel affrontement.

 

Blocs de béton en bord de plage

 

Côté libanais, le mur est vu comme une agression. Tout en privilégiant la médiation à la violence, le président de la République Michel Aoun a exprimé son opposition dès le début des travaux. « Nous poursuivons nos contacts afin de couper court aux convoitises israéliennes sur le territoire et les eaux libanaises, et nous ferons face à toute agression », a-t-il déclaré en marge d’une réunion du Conseil de défense.

 

Le chef du Hezbollah ne s’est pas fait attendre pour renchérir. « Je dis à Israël : prenez les avertissements très au sérieux. Le Liban sera uni derrière l’État et l’armée pour empêcher toute action de l’ennemi », a-t-il dit dans le quotidien libanais al-Akhbar.

 

A Naqoura, la structure démarre en bord de plage. Des blocs en béton de 7 mètres sont alignés sur un peu moins de 2 kilomètres. Les travaux, qui semblaient s’être arrêtés un temps, ont repris.

 

« Hier encore, ils étaient là mais aujourd’hui vous ne les voyez pas car c’est Shabat », explique un militaire libanais qui souhaite rester anonyme. « Ils essaient de nous parler en arabe. Parfois ce sont des blagues, ils nous demandent en rigolant de saluer un chanteur libanais connu, parfois ce sont des insultes mais de notre côté, c’est interdit de leur répondre », dit-il.

 

Deux pays en guerre

 

Le Liban n’a jamais reconnu l’Etat d’Israël, les deux pays sont officiellement en guerre. La frontière est hermétiquement fermée, les citoyens des deux côtés ne sont pas autorisés à avoir de contacts, un simple tampon israélien sur votre passeport est synonyme d’expulsion du Liban.

 

Durant la guerre civile libanaise (1975 -1990), ces tensions se sont transformées en conflit ouvert. L’armée israélienne entre au Liban en première fois en 1978, puis occupe tout le sud de 1982 à 2000. C’est à cette période que se crée le Hezbollah, mouvement autoproclamé de résistance contre l’occupation.

 

Riad Issa se souvient bien de cette période. En marchant le long du mur qu’il voit pour la première fois, il se remémore la destruction, les combats, les familles qui abandonnaient leurs maisons et leurs terres. Durant la guerre, il a passé trois ans à Khiam, une prison israélienne au Sud-Liban qui s’est taillé une réputation pour les tortures qui y ont eu lieu.

« Ce mur ne protégera pas Israël. Cette terre est arabe, elle appartient aux Palestiniens, elle a ses familles, ses habitants… Tout ce que fait Israël, c’est s’enfermer de toutes parts : par l’Est, par l’Ouest, par le Nord. Bientôt, leur seule porte de sortie, ce sera la mer », dit-il en regardant de l’autre côté du mur.

 

La ligne bleue

 

liba,israël,mur hezbollahLongue de 120 kilomètres, la frontière entre le Liban et Israël se résume à quelques balises bleues posées au sol par les Nations Unies pour délimiter la frontière entre les deux pays après le retrait israélien en 2000. Théoriquement, elle pourrait se franchir à pied, des troupeaux de chèvres ou de moutons s’aventurent d’ailleurs régulièrement « chez l’ennemi ». En étant debout d’un côté, on voit clairement les maisons et les villages de l’autre.

 

« Pour le moment, l’armée de défense israélienne construit son mur au sud de la ligne bleue, ce n’est donc pas une zone sensible mais tout ce qui se passe sur la ligne bleue est une source potentielle de tensions », explique Andrea Tenenti, porte-parole de la FINUL.

Pour calmer le jeu, la FINUL, qui regroupe des contingents de 41 pays, organise régulièrement des réunions tripartites entre l’ONU, l’armée libanaise et l’armée israélienne. Depuis 2006, plus d’une centaine de réunions ont eu lieu et personne n’a jamais quitté la table des négociations même si Israéliens et Libanais n’ont pas le droit de se parler directement.

 

« La FINUL travaille avec toutes les parties presque chaque jour pour trouver une solution à ce problème et ce que nous remarquons c’est qu’il n’y a pas de volonté pour un nouveau conflit. La situation est calme, les deux côtés sont fermement engagés à maintenir la stabilité malgré une rhétorique qui monte en puissance », ajoute Tenenti. A ce stade, le mur israélien est bien en territoire israélien mais si les travaux se poursuivent tout au long de la ligne bleue, la situation pourrait s’envenimer car le Liban conteste 13 points sur la frontière.

 

Du gaz dans l’air

 

liba,israël,mur hezbollahLa construction du mur israélien coïncide avec la décision des autorités libanaises de se lancer dans l’exploration de pétrole et de gaz. Les premiers contrats signés avec le français Total, l’italien ENI et le russe Novatek concernent le Bloc 9, un gisement potentiel de gaz offshore, à la frontière avec Israël. Une frontière maritime qui, elle aussi, pose problème.

 

En prolongement du mur de béton, on aperçoit des balises jaunes en enfilade dans la mer. Elles ont été posées en 2005 et délimitent ce qu’Israël considère comme sa frontière maritime avec le Liban.

 

« L’ennemi israélien tente d’attaquer nos droits souverains », expliquait Cesar Abi Khalil, ministre libanais de l’Eau et de l’Energie, en marge de la cérémonie de signature des contrats. « Ils ont faussement annoncé qu’ils avaient droit au Bloc 9. Nous soulignons que le Bloc 9 fait entièrement partie des eaux territoriales libanaises. »

 

Malgré les tensions, les compagnies pétrolières semblent confiantes. « Il n’y a aucune raison de na pas aller de l’avant » a déclaré Stéphane Michel, directeur de l’exploration et de la production chez Total pour le Moyen-Orient et le nord de l’Afrique,en marge du même événement. Malgré tout, Total a annoncé qu’elle forerait à 25 kilomètres au nord de la frontière pour éviter tout conflit.

 

Le Soir

 

Les photos illustrant cet article ont été prises en 1999 lors d'une rencontre entre le Secours Populaire Wallonie-Bruxelles et le Secours Populaire Libanais. Elles illustrent un village libanais situé à la frontière libano-israélienne. Ce village est régulièrement attaqué par les forces israéliennes. Nombre de civiles libanais ont été régulièrement tués lors des bombardements.

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