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Réflexions d'un adhérent du Premier mai 1930

Premier mai 1987, Georges Glineur fait partie de la "caravane" de voitures des militants communistes qui sillonne la région de Charleroi. Premier mai 1930, Georges Glineur adhère au parti communiste... La famille Glineur fait partie du paysage communiste carolorégien. Demandez aux gens de Souvret, Courcelles, Roux, ...

Georges, le plus "jeune" des frères Glineur a un passé de politique qui lui permet de jeter un regard analytique sur les "Premier mai" des années trente, celui de la libération et tous ceux qui ont suivi. Georges Glineur, qui fut fêté au Parlement avec Edmond Leburton, "le grand chef blanc de Waremme", comme étant le parlementaire le plus "titré" en années de siège. Modeste, lucide et intarissable, même s'il prétend qu'il n'aura pas grand chose à vous raconter...

 

Fades, tristounets, les Premier mai de ces dernières années ? Kermesse électorale plus que mobilisation politique et syndicale ? Pour Georges Glineur, l'échec militant des Premier mai des années quatre-vingts comme de ceux qui se sont succédés depuis la fin de la guerre, s'expliquent par deux phénomènes.

 

Le Premier mai usait les souliers

 

Le Premier mai devenu fête légale, a perdu de son impact psychologique pas rapport à l'époque où participer à un Premier mai signifiait en fait faire grève et se trouver dans l'illégalité par rapport à un patronat. D'années en années, les Premier mai ont également perdu ce qui faisait l'originalité de cette grande fête du mouvement ouvrier : lier la fê te à des revendications de société. D'être finalement un programme alternatif déambulant dans les rues des cités ouvrières.

 

Georges Glineur le rappelle avec émotion : participer à un Premier mai cela signifiait quitter les faubourgs de Charleroi à pied pour se rendre à la ville basse... Des dizaines de kilomètres aller et retour. Une époque de dynamisme militant dans les années trente pour la jeunesse communiste et les jeunes gardes socialistes. Des Premier mai rassemblant vingt mille personnes alors que ces dernières années, quelques milliers de personnes en majorité issues des appareils politiques et syndicaux se retrouvent le jour du 1 Mai presque par simple tradition. Image de meetings, de discours contradictoires. Aller au Palais du Peuple avait une signification sociale. Certes, les Premier mai d'avant guerre ne tenaient pas pour autant de l'image d'Epinal. Et l'affrontement entre socialistes et communistes faisait aussi partie des réalités. Georges Glineur d'évoquer malicieusement une grande figure socialiste carolorégienne, Arthur Gailly, faisant au Premier mai de la libération son autocritique vis-à-vis de son anticommunisme antérieur..." Ce fut le seul meeting du Premier mai où s'exprimeront au même balcon un socialiste et un communiste."

 

Quand les chômeurs étaient suspects

 

Des Premier mai où intervenaient durement les forces de l'ordre. Et c'est dans le moment d'une dislocation musclée que Georges, aux côtés de travailleurs italiens bousculés par la police, décide malgré sa mère qui le trouvait bien jeune...d'adhérer aux jeunesses communistes.

 

Chômage des années trente, chômage des années quatre-vingts, George Glineur ne peut s'empêcher de faire un parallèle entre l'époque d'un chômage intense, presque pas indemnisé où les comités de chômeurs participaient à toutes les mobilisations et la situation actuelle... "A l'époque, dont je parle, l'on avait même interdit les rassemblements de plus de cinq personnes, et nous avons pris la direction de l'office de l'emploi de Charleroi en file distante, un par un." Il fallait lutter pour vivre...

 

Georges Glineur estime que rien n'a fondamentalement changé si ce n'est qu'il devient plus difficile de communiquer avec les gens. Ce qui est pourtant la première chose à faire. Et si la gauche veut rester crédible, il faut mobiliser les jeunes sur des revendications clés, concrètes, porteuses d'avenir. Georges Glineur estime qu'il est urgent de reprendre un nouveau souffle sur le thème du partage de temps de travail. L'important ? Dialoguer, diffuser ses idées, convaincre de l'importance politique des choses. Georges Glineur et sa famille sont des adeptes de la vente militante de la presse communiste. Vendre un journal, c'est découvrir les problèmes des gens. Nous avons besoin d'alternative, besoin d'idéalisme utopique, besoin de changement de société, réaffirme Georges Glineur.

 

Sa conclusion ? "Ne pas raisonner comme des vieux". Georges Glineur "roule" vers les cités ouvrières, "là où on discute avec les gens".

 

Jean-Pierre Keimeul

Extrait du Drapeau Rouge

 

Georges fut député pendant 25 ans et conseiller communal à Courcelles durant 50 ans et échevin des travaux de 1964 à 1970

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