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Portugal : adieu l’austérité, bonjour la gauche…

Il n'y a pas d'alternative, c'est ce que prétendent les partisans de l’austérité qui dominent aujourd'hui les institutions européennes et la plupart des gouvernements de l’Union Européenne (UE) et en particulier le nôtre. Le cas du Portugal démontre exactement le contraire.

Le Portugal a le vent en poupe. Son ministre des finances, Mario Centeno, vient d'être élu président de l'Euro groupe, l'instance très influente regroupant les ministres des finances de la zone euro. Mais surtout, le Portugal est le premier pays européen à tourner le dos aux politiques d'austérité.

 

Petit rappel : en 2011, le Portugal a rejoint le groupe des pays faisant appel à l 'assistance financière de l'UE. La "troïka », cette structure composée de technocrates de la BCE et du FMI prit les rênes du pays et lui imposa un plan d'ajustement dévastateur pour la population. Des coupes sombres furent introduites dans les salaires, les pensions, les services et entreprises publics... pour payer les prêts octroyés par l'UE pour sauver les banques européennes qui avaient prêté au gouvernement portugais.

 

En 2014, le Portugal est parvenu à sortir de son programme d'assistance et à se libérer des technocrates de la "troïka". En 2015, les élections ont abouti à la constitution d'un gouvernement de gauche. Ce gouvernement est formé d'un seul parti, le parti socialiste ; mais celui-ci, ne disposant pas d'une majorité parlementaire, décide pour la première fois de s'allier avec "la gauche de la gauche" (parti communiste, les écologistes et le "bloc de gauche"). Ces partis ne siègent pas au gouvernement mais soutiennent le PS au parlement, ils ont effectivement poussé ce parti à s'opposer à la politique antisociale des années précédentes.

 

Les résultats ne se sont pas fait attendre. Dans la fonction publique, les salaires des fonctionnaires furent rétablis et le temps de travail ramené à 40 heures hebdomadaires à 35 heures. Le salaire minimum et certaines pensions ont été augmentés. Alors que la troïka avait détruit le système de la négociation collective, celui-ci a été remis en place et nombre de travailleurs sont aujourd'hui couverts par des conventions collectives. Les privatisations ont été stoppées notamment dans les compagnies de transport public de certaines grandes villes (Lisbonne, Porto) et au sein de la compagnie aérienne nationale.

 

Selon es idéologues de l'austérité qui dominent aujourd'hui l'Europe, de telles décisions auraient dû plonger le pays dans une nouvelle crise économique. Mais c'est l'inverse qui se produit. La presse financière s'étonne elle-même du redressement économique "spectaculaire" du Portugal, et note que la croissance, les exportations et les investissements repartent. En quelques années, le taux de chômage est tombé de près de 20% à moins de 10%. Et le déficit public qui dépassait il y a peu la fameuse norme des 3% se situe aujourd'hui à 1,8% du PIB, le meilleur résultat budgétaire dans l'histoire de la démocratie portugaise. Ces bons résultats socio-économique renforcent la majorité de gauche. Aux élections locales du 1er octobre, un vrai test électoral pour le gouvernement, le parti socialiste est sorti largement vainqueur. Le cartel des communistes et les écologistes a perdu quelques plumes...

 

Bien entendu comme le reconnaît une des dirigeantes du bloc de gauche, "il reste tout à faire". Le travail accompli a été essentiellement de rétablir les revenus et de s'opposer aux privatisations.  Mais le Portugal reste touché par un niveau élevé des inégalités, de la pauvreté, du chômage et la fuite des cerveaux vers d'autres pays – l'une des conséquences dramatiques de la crise actuelle – reste très importante. Certains partis de la majorité portugaise estiment qu'un véritable programme social nécessite de changer les traités européens, ou, si ce n'est pas possible d’entrer en conflit avec l'Europe. Quoi qu'il en soit, l'expérience portugaise livre trois leçons importantes. Un, il existe une alternative à l’austérité, deux, cette alternative produit de bons résultats tant sur le plan social qu'économique, trois, rompre avec le dogme de l'austérité nécessite une majorité ayant de fortes convictions sociales.

 

Freddy Guidé

 

Lire : "Portugal, une fin d’austérité en trompe l’œil"

Entretien avec Christina Semblano

                               

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