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MR ou PS, même déglingue

L’actualité a mis en exergue les comportements malsains de certains édiles socialistes. Les autres partis sont-ils plus propres ? Exemples en Brabant wallon où le MR reproduit certains comportements scandaleux.

Les récents scandales ont permis de mettre au jour des dysfonctionnements gravissimes dans le chef de membres du PS et de dénoncer les habitudes occultes d’un parti qui, au moins pour une frange des siens, se comportait d’une manière qui rappelle les mœurs mafieuses… Il ne faudrait pas croire cependant que c’est une maladie propre au PS. Quand un parti est au pouvoir sans véritable opposition et pour une trop longue période, il finit presque automatiquement par connaître ce genre de dérive.

 

Il y a pourtant des gens bien dans tous les partis. J’étais, il y a quelques jours, à une manifestation devant l’ambassade de Turquie, organisée entre autres par Simone Süskind, dont l’engagement et le dévouement incitent au respect (André du Bus, CDH, et Fabian Maingain, Défi, l’avait aidée à organiser l’action). Dans toutes les communes, il y a des militant.e.s dévoué.e.s qui tentent d’apporter leur pierre à la construction d’une « polis », d’une vie en commun paisible et respectueuse. Ils et elles doivent pourtant se soumettre à « la discipline du parti », qui n’est jamais qu’une vassalité au bénéfice de ceux qui se servent de la politique pour leurs intérêts personnels. Ces intérêts peuvent être financiers, mais ils ne le sont pas toujours : la gloriole, la minable satisfaction d’être un satrape de province, le vizir qui rêve d’être un jour calife à la place du calife.

Deux exemples puisés dans la vie du Brabant wallon viennent illustrer combien le MR, qui s’y trouve en situation aussi hégémonique que le PS en Hainaut, reproduit ces comportements scandaleux.


Le contournement de Wavre

Wavre, ancienne petite ville commerçante, est devenue la capitale du Brabant wallon et veut nous faire croire à son importance, même si, de facto, elle est en train d’être totalement éclipsée par Ottignies-Louvain-la-Neuve. Cela fait quarante ans qu’elle est dirigée par des libéraux. Robert Hulet, Charles Aubecq, Charles Michel et ses avatars ont régné ou règnent encore sur la ville, ce qui n’a rien d’étonnant pour une ville dédiée au commerce. Cela n’a au demeurant rien de scandaleux, évidemment.

Mais par rapport à la démocratie, le contournement nord de Wavre est un dossier intéressant. Depuis longtemps, on promet aux Wavriens cette boucle censée les sauver de l’asphyxie automobile. Depuis longtemps, l’opposition au Conseil communal dit qu’il est malhonnête de prétendre que le trafic aux heures de pointe est celui des gens qui se rendent au zoning nord de Wavre. Les chiffres d’une étude récente semblent donner raison à cette opposition. Le pouvoir en place, cependant, assène sur tous les tons que ce contournement est indispensable pour l’emploi, pour la mobilité, pour l’accessibilité du zoning, pour Wavre et son bien-être.

 

Le zoning nord de Wavre a apporté de l’argent à la commune, sans nul doute. Mais pas spécialement de l’emploi. De l’argent et des nuisances ; cela suffit-il pour définir le « bien-être » ?

C’est l’Intercommunale du Brabant wallon qui a financé ce zoning, propriété de tous les Brabançons. Elle a exproprié de bonnes terres agricoles, les a équipées puis les a cédées sans réelle marge (3 %) à la ville de Wavre, laquelle, elle a pu les revendre aux entreprises avec une très belle plus-value. Wavre les payait à un certain moment quelque 23.000 euros l’hectare et les revendait, selon les chiffres que j’ai pu obtenir, jusqu’à 880.000 euros. Et le zoning compte 300 ha…

Ces chiffres sont peut-être exagérés ; seuls les actes de vente pourraient nous renseigner précisément. Mais une chose est sûre : Wavre détient le seul parc économique communal de la province, et ce n’est pas la ville qui l’a financé. Et même si ces marges sont moindres, est-il normal que la ville en ait bénéficié, et pas l’Intercommunale, donc l’ensemble des Brabançons qui ont financé les travaux ? Si ces marges sont réelles, c’est autant en plus dans le budget de la ville sans compter les additionnels au précompte immobilier. Wavre se targue d’être la deuxième ville la moins taxée de Wallonie, mais c’est grâce à ses voisins…

Revenons à notre rocade qui coûtera 27 millions aux Wallons sans que personne ne puisse dire qu’elle créera un emploi de plus. Sans que personne, en outre, ne puisse affirmer que les problèmes de transit des Wavriens seront résolus. Mais elle aura un impact sur 350 hectares d’espace vert dont certains sont d’une grande qualité biologique. Des terres agricoles disparaîtront. La commune voisine, Grez-Doiceau en sera la première victime.

Il existe pourtant une alternative qui pourrait remplacer ce contournement. Elle ne coûterait que 7 millions et n’aurait quasiment aucun impact environnemental. Mais certains mauvais esprits disent qu’elle ne permettrait pas l’extension du zoning et donc de futurs gains.

Mieux : il paraîtrait même que l’on envisage de réaliser les deux, le contournement et son alternative pour un total 34 millions.

Que ne ferait-on pas pour ce zoning qui a apporté, apporte et apportera tant au budget communal ? Des électeurs peu taxés sont toujours enclins à vous réélire. Ils se moquent que leurs impôts soient financés par d’autres.

Notons que tout n’est pas joué : une enquête publique est en cours jusqu’au 20 décembre. Les citoyens peuvent encore se mobiliser…

Lasne, la « commune la plus riche »

La commune de Lasne est elle aussi un fief du MR depuis la nuit des temps – et qu’elle soit le lieu de résidence de Laurette Onkelinx et Marc Uyttendaele n’y change rien. Plus encore, elle semble la propriété de quelques familles « ancestrales », toutes liées par des mariages et des intérêts communs, qui veillent depuis des générations que personne d’autre ne vienne interférer dans la gestion de leur « domaine ».

Pour elles, les « nouveaux arrivants », qualifiés avec mépris de « néoruraux », ont juste le droit de payer leurs impôts. Et peu importe que vous viviez là depuis quarante ans ; l’étiquette de « nouveau » ne peut s’enlever.

Il y a quelques années, une fille Demanet – issue d’une famille d’agriculteurs propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de terrain sur la commune mais dont l’activité principale est la gestion immobilière – avait introduit une demande de dérogation pour pouvoir construire une énorme ferme de type brabançonne sur un terrain non constructible et d’intérêt paysager. Le ministre de l’Agriculture de l’époque avait approuvé un projet qui devait être un élevage de taurillons. Les riverains s’étaient mobilisés et avaient tenté de s’opposer à ce qui leur semblait n’être qu’un projet immobilier déguisé, à moyen terme ; rien n’y avait fait. Le pouvoir communal avait discrètement mais efficacement soutenu le projet. La ferme a été construite, aucun taurillon n’y a jamais mis les sabots, et il faut désormais s’attendre à ce que les énormes bâtiments soient un jour transformés en appartements et habitations. Restera à obtenir que les terrains entre la ferme et le chemin soient reconvertis en terre à bâtir…

À l’inverse, aujourd’hui, une autre affaire secoue la commune, mais de manière très différente : il s’agit en effet d’un projet urbanistique d’aménagement d’une zone clé, au carrefour du Messager de Bruxelles, anciennement occupée par un bâtiment du XIXe et des hangars, transformés en magasin de produits phytosanitaires et d’engrais.

Ce projet, baptisé « Le Lodge », est le premier à Lasne avec comme ambition de construire des logements jeunes ainsi que d’autres, spécialement adaptés aux seniors et aux personnes à mobilité réduite, combinés à des maisons unifamiliales. S’y adjoindraient quelques petits magasins de proximité, dans le but de créer un ensemble favorisant l’intergénérationnel, la mobilité et le vivre ensemble.

Or, ce projet vertueux dont Lasne a le plus grand besoin (pour l’heure, et de manière totalement aberrante à tous points de vue, à commencer par l’écologie, on multiplie les maisons unifamiliales quatre façades) est rejeté par la commune sous prétexte d’un règlement d’urbanisme dont les autorités se sont fort peu souciées lorsqu’il s’agissait de favoriser le projet Demanet. Au regard de cet épisode, mais aussi d’autres projets qui, eux, ont été acceptés, la seule réponse qui semble crédible est : les dérogations sont accordées en fonction de relations directes entre promoteurs et membres du conseil communal.

L’intérêt particulier au détriment de l’intérêt collectif

Vous me direz qu’il existe dans toute commune wallonne la CCATM (Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de mobilité), un organe supposément indépendant et démocratique. Composé d’habitants de la commune de tous horizons, il est consulté et rend des avis importants dans les dossiers qui concernent ses compétences. Dans le CCATM de Lasne, la secrétaire qui rédige les PV est… la responsable du service d’urbanisme de la commune, directement sous l’autorité de l’échevine et de la bourgmestre. Pour le dossier du Lodge, le président et les deux vice-présidents de la commission s’étaient vivement insurgés contre la mainmise des représentants du conseil communal sur les débats ; toute opposition y avait été noyautée, à tel point que le président et les vice-présidents ont démissionné en bloc pour protester contre cette mainmise du Conseil sur le CCATM, procédé qui non seulement contredit le principe même de ces Commissions citoyennes, mais est en outre une injure à la démocratie.

Il n’y a pas / plus d’opposition à Lasne ; le parti concurrent au MR, l’Alternative Libérale, (ALL) est tout aussi libéral (et il se prétend même l’être davantage) et, en fait d’alternative, ne présente pas grand-chose. Ceux qui, au sein du MR, s’opposent aux diktats sont menacés d’exclusion. Le journal de la commune, La vie à Lasne, est publié et contrôlé par la commune et l’opposition n’y pourra jamais publier le moindre articulet qui s’opposerait à la politique de l’équipe en place.

Pour conclure, avant la nausée

À Wavre comme à Lasne, l’intérêt des citoyens et citoyennes est la dernière préoccupation des responsables politiques. Le clientélisme qui prévaut dans le Hainaut laisse ici la place à une indifférence achetée à coup de faibles taxes communales. Si Wavre peine face à la concurrence de Louvain-la-Neuve, en passe de devenir le centre névralgique de la province (et au-delà), Lasne se singularise par un manque de vision et un déficit lourd en termes d’infrastructures pour les habitants : pas de piscine publique, pistes cyclables dangereuses (quand elles existent), carences démocratiques et développement urbanistique bâti sur le seul intérêt de certaines familles (comme dans les années 1970, où le bourgmestre était… entrepreneur). Les élections approchent… peut-on espérer un changement ? Sans doute pas plus ici qu’en Hainaut. Et pendant longtemps, on continuera à considérer les « nouveaux résidents » comme des habitants de second ordre alors que, selon la loi, chacune et chacun est citoyen.ne de plein droit dès le premier jour de son installation dans une commune.

 VINCENT ENGEL (Extrait du Soir plus)

Commentaires

  • ce n'est guère mieux en France

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