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"Viva for Life ne sortira pas 40 000 enfants de la pauvreté"

…. Cette opération caritative de la RTBF entend aider les enfants dans la difficulté : 420 000 enfants qui grandissent sous le seuil de pauvreté, ce qui équivaut à un enfant sur quatre en Belgique. 40% des enfants à Bruxelles sont touchés. Pour Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau de lutte contre la pauvreté en Wallonie, cela ne peut être qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Avec les mesures prévues par le gouvernement, on ne va faire qu'engendrer plus de pauvreté pour les générations qui viennent : ce sont des actions structurelles dont on a besoin, affirme-t-elle.

"L'opération (de la RTBF, ndlr) a le mérite de révéler la réalité de l’appauvrissement. Mais les conséquences sur les enfants sont dues aux conditions de vie des parents... J'espère que c'est surtout ce message-là qui passe", explique Christine Mahy.

Pour la secrétaire générale du Réseau de lutte contre la pauvreté, qui chapeaute une série d'associations actives en Wallonie, "cette opération révèle surtout un système qui dysfonctionne, un système qui oblige à recourir à des opérations de ce type-là qui ont un caractère charitable et caritatif, alors qu'on pourrait attendre d'un pays bien organisé comme le nôtre, avec autant de richesses, une sécurité sociale organisée, un monde associatif soutenu de façon structurelle par les décideurs, de façon à ce qu'il n'ait pas besoin d'avoir recours à des appels à projets comme celui-ci".

Christine Mahy ne mâche pas ses mots : une opération alimentée par la générosité du public ou de certaines associations, passe encore. Mais que certains responsables politiques y contribuent est pour elle étonnant, "alors que, structurellement, des économies sont en train d'être faites sur un associatif qui a déjà largement contribué".

"Il va y avoir plus de pauvreté avec les mesures gouvernementales"

Et d'ajouter que ce genre d'opération n'a que peu d'impact, surtout aujourd’hui : "On va surtout dans le sens inverse, on ne fait que mentir au public. Viva for Life ne va pas sortir 40 000 enfants de la pauvreté, cela ne mettra pas les familles dans de meilleures conditions de vie demain. Viva for Life va peut-être permettre à certaines associations de tenir, tout juste, ou peut-être de faire légèrement un peu plus".

Alors que parallèlement "il va y avoir beaucoup plus que 40 000 enfants dans la pauvreté... Les mesures générales qui sont prises au niveau du gouvernement fédéral, en matière de dégressivité des allocations de chômage, en matière d'expulsion du chômage, et cela concerne autant des gens qui travaillent que des gens qui ne travaillent pas, vont aggraver la situation demain. Les mesures qui sont liées au saut d'index, les mesures qui seront liées à une éventuelle augmentation de la TVA, des mesures qui sont liées à une réduction des subsides facultatifs, structurels pour certains, qui touchent à l'aide à l'emploi, par exemple, vont rendre demain la vie plus difficile".

"Normal d'aller chercher dans les poches du citoyen qui contribue déjà ?"

"Il y a des associations qui mettront la clé sous le paillasson, et il y en a déjà !", s'exclame Christine Mahy.

Mais la responsable du Réseau pauvreté s'interroge également sur l'implication du citoyen dans une telle opération : "On peut se demander si c'est normal qu'on aille rechercher dans la poche du citoyen, qui contribue déjà largement à travers les cotisations sociales, à travers les taxes diverses de l’État - qui sont nécessaires car elles sont mises dans un pot collectif de la solidarité ? Comment se fait-il qu'on affecte ce pot collectif, qu'on affecte la solidarité sociale ?"

Et de donner l'exemple d'une mère d'enfants autistes qui va voir les aides prévues par l’État supprimées : "On est en train d'affecter des domaines structurels pour glisser vers une société un peu à l'américaine, c'est à dire des appels à projets, de la conditionnalité accrue pour las associations et de la charité. Et, à côté de cela, on vide les poches de l’État, alors qu'il y a de la richesse".

Christine Mahy précise que son propos n'est pas de critiquer les donateurs, mais, pour elle, "ce n'est simplement pas suffisant, et c'est une conséquence de choses plus profondes".

 

WF (RTBF)

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