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En Belgique : « L’eau coule à flots… mais n’est pas gratuite »

Salée, la facture d’eau

Commençons par cette réflexion que pourrait se faire n’importe quel adolescent : « Les factures, c’est pas notre affaire, mais celle des parents ! ». Et ce n’est pas tout à fait faux : toutes ces factures envoyées régulièrement par la poste - ou par internet - demandant de payer l’électricité, le gaz, l’assurance de la maison, la mutuelle, la voiture… sont effectivement payées par les parents. Et c’est normal : ce sont les adultes qui sont chargés de gérer le budget (soit l’argent reçu et dépensé) de la famille.

Ceci étant dit, certaines factures, donc certaines dépenses, concernent directement tous les membres de la famille. Mieux encore, dans certains domaines, chacun - quel que soit son âge - peut avoir une influence sur le montant à payer. C’est le cas de l’électricité et plus encore de l’eau. La preuve avec ces quelques exemples. Rester (beaucoup) trop longtemps sous la douche. Laisser couler l’eau pendant que l’on se brosse les dents. Mal fermer le robinet après s’être lavé les mains. Jouer avec la chasse d’eau et l’actionner inutilement… Hop, à la fin de l’année, tous ces petits gestes qui n’ont l’air de rien peuvent se payer cher, car ils augmentent la facture d’eau.

D’où vient notre eau ?

Commençons par tordre le cou à une idée toute faite : non, en Belgique, l’eau qui coule du robinet ne provient pas nécessairement des lacs et des rivières. La majorité de notre eau potable (80 %, pour être précis) vient de nos sous-sols, en d’autres mots des nappes phréatiques. L’eau (celle qui nous vient de la pluie, de la neige, des rivières qui débordent, des eaux usées…) finit toujours par s’infiltrer dans le sol, parfois très profondément. On oublie souvent que sous la couche de terre, on trouve des graviers et du sable : un terrain idéal pour permettre à l’eau de se frayer un chemin et de circuler ainsi sous nos pieds.


Étonnant : ce sont dans ces nappes phréatiques, et non dans les lacs et les rivières, que se trouvent les plus grandes réserves d’eau douce ! Encore faut-il faire remonter cette eau à la surface : à divers endroits de Wallonie, là où les nappes phréatiques sont les plus importantes, des puits ont été installés afin de capter l’eau. Précisions encore, à propos de ces nappes phréatiques, qui ne sont pas inépuisables : même en Belgique, lorsqu’il ne pleut pas pendant longtemps, les réserves d’eau diminuent. Si elle dure, cette situation peut être problématique pour l’approvisionnement en eau.

Voilà pour les eaux souterraines. Quant au reste de notre eau potable (20 %), elle provient de ce que l’on appelle les eaux de surfaces : les rivières et les fleuves. Dans ce cas-ci, le captage se fait généralement au niveau des barrages.

Casse-tëte autour de l’eau

La facture de consommation de l’eau n’est pas la même à Bruxelles et en Flandre. Pourquoi ? Parce que la gestion de l’eau est une matière (on dit plutôt une compétence) qui a été confiée aux trois Régions du pays. Rappelons au passage que notre pays est un État fédéral, composé de trois Régions (wallonne, flamande et de Bruxelles-Capitale) et de trois Communautés : leurs responsables peuvent prendre seuls des décisions à propos de certaines compétences. C’est le cas de l’eau. Résultat : les Wallons, les Flamands et les Bruxellois peuvent être traités différemment dans ce domaine. Et c’est pour cela que le prix de l’eau varie d’une région à l’autre du pays.


Autre donnée qui complique encore les choses : dans le domaine de l’eau, comme dans d’autres, la Belgique ne peut pas faire ce qu’elle veut. Tout comme les 26 autres pays de l’Union européenne, elle doit respecter les directives européennes : ces lois sont prises afin que chacun des pays membres aient les mêmes règles. Dans le cas de l’eau, c’est important, puisque ce précieux liquide voyage d’un pays à l’autre.

L’or bleu n’a pas de prix

Intéressons-nous maintenant au prix de l’eau. Un constat : depuis quelques années, ce montant n’a cessé d’augmenter, aussi bien en Wallonie qu’en Flandre et à Bruxelles. Un chiffre : entre 2005 et 2011, ce montant a augmenté de 64 %, ce qui est énorme.


L’explication ? L’épuration des eaux usées est de plus en plus perfectionnée. Cette opération coûte donc plus cher que par le passé. La faute notamment à l’Union européenne qui impose aux pays membres des règles très strictes à ce niveau-là.


Terminons ce dossier par un vaste débat concernant le prix de l’eau. Une réflexion qui ne concerne pas que la Belgique, mais l’ensemble de la planète. On l’a vu, puisque l’eau vient de la nature, elle n’a pas de prix : elle n’est donc pas une marchandise comme une autre, qui s’achète et se vend. Or, dans certains pays, notamment les plus pauvres, des entreprises privées se chargent désormais de vendre l’eau aux habitants, parfois à des prix très élevés. Un commerce qui leur permet de gagner de l’argent, ce qui est plutôt choquant puisque tous les habitants ne peuvent pas nécessairement se la payer. D’où cette question importante : puisque l’eau est indispensable à la vie, ne devrait-elle pas être gratuite pour tous ?

Anouck Thibaut paru dans Le Ligueur.

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