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Un art engagé : dans le prolongement de l’article sur le marin Poncelet

L’inscription « FM + MDM » figurant à l’arrière de la toile dédiée à l’affaire Poncelet la lie aux collectifs Forces murales et Métier du mur. Pourtant, la facture de celle-ci, ainsi que des informations succinctes trouvées dans la presse de l’époque pousseraient à attribuer cette œuvre au seul groupe Métier du mur. 


Depuis 1950, les trois membres du collectif Forces murales fondé en 1947, – Louis Deltour (1927-1998), Edmond Dubrunfaut (1920-2007) et Roger Somville (1923-2014) – avaient mis leur art au service de la lutte pour la paix. Ils avaient rallié le mouvement des partisans de la paix, ouvert à toutes les tendances, mais où la jeunesse communiste prenait une part active. Cette interpénétration des deux mouvements était aussi visible en sens inverse. La similitude des thèmes défendus par les partisans de la paix et par le Parti communiste drainait souvent les premiers vers le second. Ainsi, comme pour de nombreux jeunes de l’époque, les artistes de Forces murales se rapprochèrent du Parti. La défense de la paix, l’opposition à la guerre en Corée et au Plan Marshall (à cette américanisation de l’Europe), l’idée d’une solidarité entre les peuples, celle de pouvoir un jour s’affranchir des mécanismes qui jusque-là dirigeaient le monde séduisaient… la jeunesse en particulier. Le Parti communiste l’avait bien compris et en tirait avantage. 

De son côté, le groupe Métier du mur était composé de quatre artistes ralliés à la vision de l’art défendue par Forces murales et entraînés dans son sillage. Il s’agissait de Jean Goldman (1922), Paul Van Thienen (1927-2013), Yves Cognioul et d’André Jacquemotte (1925-1993), fils d’un des fondateurs du PCB (Joseph Jacquemotte). Comme Forces murales, ils côtoyaient le Parti communiste. Au début des années 1950, ces deux collectifs d’artistes aux affinités idéologiques et artistiques marquées travaillaient en collaboration ou exposaient des œuvres en parallèle lors des mêmes événements. 

Avant de concevoir la toile sur le marin Poncelet, ces jeunes artistes progressistes – c’est ainsi qu’on qualifiait alors les artistes de ces deux groupes – avaient déjà derrière eux quelques œuvres monumentales consacrées à la défense de la paix : Forces murales avait notamment réalisé le Congrès de Varsovie ou En avant vers Sheffield et Non à la guerre, tandis que Métier du mur avait travaillé à un projet de fresque intitulé Manifestation pour la paix. La suite de leur production artistique allait confirmer l’attachement à cet engagement. Au cours de cette année 1951, Forces murales réalisait avec les artistes du groupe Métier du mur, une série de toiles monumentales consacrées au socialisme et à sa lutte pour la paix exposées dans le cadre du XXXe anniversaire du PCB au Heysel. Parmi les thèmes abordés, figurait notamment l’action des dockers d’Anvers contre le débarquement d’armes américaines. Ils participaient également tous deux au concours organisé par le comité belge du Festival mondial de la jeunesse et des étudiants pour la paix et l’amitié de Berlin en soumettant notamment des œuvres contre la guerre. 

Tous fréquentaient de près ou de loin la Jeunesse populaire de Belgique. En 1951, Louis Deltour avait rejoint officiellement cette organisation à laquelle était aussi lié Eddy Poncelet. Il fut particulièrement actif dans la lutte que la JPB contre l’allongement du service militaire à 24, puis à 21 mois. En 1952, Deltour et ses compagnons de Forces murales mirent encore leur art à profit pour marquer leur solidarité avec les miliciens de Casteau, condamnés, en première instance, à dix ans de prison pour avoir déserté et incité des miliciens d’autres casernes à protester contre la prolongation du service. 

L’art de Forces murales et de Métier du mur était conçu comme un outil de mobilisation, proche de l’agitprop. Il n’appelait pas à la simple jouissance esthétique, mais à un questionnement critique. Pourtant, leurs créations n’étaient pas seulement une réponse politique. Elles étaient aussi une prise de parole artistique, quoi qu’en dise le monde de l’art souvent réfractaire à accepter l’art engagé. Ces jeunes peintres s’exprimaient à la fois dans l’espace public (dialoguaient avec les militants) et dans la sphère artistique (dialoguant avec les artistes engagés de leur temps). Ils peignaient d’ailleurs l’arrestation du marin Poncelet, comme avant eux, Picasso, Lurçat, Fernand Léger ou Fougeron avaient fait le portrait du jeune marin français Henri Martin. Le vocabulaire pictural de ceux-ci les inspirant d’ailleurs à de nombreuses reprises dans leur travail de création. 

L’impact de cette toile se réduisit-il à cette lutte circonstancielle de la Jeunesse populaire de Belgique et du Parti communiste autour de l’affaire Poncelet ? En partie, peut-être. La peinture sur toile ne possède pas l’audience qu’obtiennent la musique ou l’affiche qui peuvent être reproduites à l’identique et perçues en même temps par de nombreuses personnes dans différents lieux. Pourtant cette œuvre n’est pas sans portée. Elle incarne un des actes posés dans le cadre d’une longue mobilisation contre la prolongation du service militaire et fait partie d’une histoire, voire de l’histoire. L’exemple d’une autre œuvre du même type dont la police ordonna le retrait de la façade du café où elle avait été exposée montre que la démarche ne laissait pas indifférente, qu’au contraire, elle était perçue comme une expression contestataire qu’il fallait museler. Cette dernière, dont nous ignorons le ou les auteurs, avait été accrochée sur la façade d’un café nommé Ons Lokaal

La lutte contre la prolongation du service militaire ne fut ni vaine ni liée à un seul parti. En raison des nombreuses manifestations d’étudiants, de soldats casernés et d’ouvriers, mais également de la modification du contexte international, le gouvernement revint aux 21 mois en 1953, puis aux 18 en 1954, et à 15 mois, l’année suivante. Pendant ce temps, le Parti communiste continuait à réclamer un retour aux 12 mois auxquels on revint quelques années plus tard. En 1992, la décision fut prise de suspendre le service militaire pour une durée illimitée. Le mur de Berlin était tombé quelques années plus tôt, l’Union soviétique venait de s’effondrer… Le contexte permettait de l’envisager. La mesure entra en vigueur en 1995, laissant la Belgique se concentrer sur son armée de métier. 

Extrait du site de l'IHOES

Commentaires

  • 1992, mon fils (né en 1973) avait 19 ans, c' est ce qui lui a permis de ne pas faire de service mililitaire, et d' aller perdre sont temps pendant ans. En 1960-1961, j' ai encore subi cette crasse pendant 12 mois: 3 mois à Heverlée, 9 mois à Westhoven, près de Cologne, au service de la patrie (sic), de l' Otan, des Ricaisnet des revanchards Ouest-allemands qui détenaient les hauts-postes de commandement, ... 1961, ce fut l' année de l' Indépendance du Congo, de la construction du mur de Berlin,... J' était à quelques mois de la quille, ... Il fallait voir avec quelle plaisir les officiers, les gradés, les gamelles et autres "Volontaires Otan" engagés pour 3 ans, répandaient le bruit de doubler la durée du service militaire obligatoire, c' est-à-dire 24 mois, ... Si cela c' était produit, me taper 12 mois de plus, j' aurais certainement fait plusieurs années de tôle, car je leur aurais envoyé ma mitraillette (vide) dans la gueule, sur le parade-ground, devant plus d' un milliers de ploucs comme mois, ... Et Effectivement, ils ont suspendu 31 ans après le service militaire obligatoire, mais ils ont développé leur armée de gamelles volontaires, plus spécialisées, qu' ils appellent de nos jours un métier utile plein d' avenir, ...

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