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Libres propos: " Pourquoi je me considère comme un citoyen du monde …. La difficulté d’être Belge ou les limites de la dialectique."

Qu'est-ce qu'être belge ? Etre né sur un territoire donné et dont les contours ont été dessiné par les puissants de ce monde... Prenons le cas des Cantons rédimés (Cantons de l'Est). Avant 1795, ces cantons font partie des Pays-Bas et sont essentiellement wallons. En 1795, (1792 exactement) les empereurs d'Europe se liguent et prennent les armes contre la jeune République française. Celle-ci repousse leurs armées au-delà du Rhin. La République française au passage, annexe des territoires et les Cantons de l'Est qui deviennent un département français : "le département de l'Ourthe".

Les habitants sont donc administrés par l'État français, un état laïque où l'enseignement est obligatoire. Il n'y a pas de religion d'Etat (encore aujourd’hui). L'administration est régie par la langue française.

En 1815, après la défaite de Napoléon arrive le traité de Vienne. Les grandes puissances se partagent les territoires conquis par la France. Les Cantons de l'Est tombent dans l'escarcelle de la Prusse. Un personnage qui laissera son empreinte entre en scène : le chancelier Otto Von Bismarck. Il déteste le monde latin et en particulier la langue française. Aussi, il imposera la langue germanique dans les territoires fraîchement annexés par la Prusse. Dans les communes, les conseils communaux se tiendront obligatoirement en allemand. Dans les écoles, l'enseignement sera désormais donné en allemand. Les instituteurs incapables de s'y conformer sont remplacés par des instituteurs allemands.

En 1918, la Prusse est défaite et c'est l'Armistice. Les Alliés signent le Traité de Versailles qui restitue les territoires confisqués aux puissances avoisinantes : L'Alsace et la Lorraine à la France et les cantons de l'Est à la Belgique. Les habitants de ces derniers ne deviennent pas des Belges pour autant. Ils deviendront belges après une période de « stage » de dix ans. En attendant, ces résidents involontaires de l'annexion à la Prusse, seront "belges" mais à part. Ils ne jouissent pas des mêmes droits que leurs compatriotes. Leur statut de Belge à part entière ne durera pas très longtemps. En mai 1940, nouveau coup de théâtre. Les troupes nazies envahissent la Belgique. A peine quelques mois plus tard, Hitler annexe les Cantons de l'Est qui appartiennent désormais au IIIe Reich.

 

Les hommes en âge de combattre sont enrôlés de gré ou de force. Certains partent à la guerre et parfois ne reviennent plus... A la fin des hostilités, les habitants des Cantons de l'Est redeviennent belges, certains d'entre eux seront condamnés pour collaboration (!). L'étiquette de Boches leur collera longtemps à la peau. C'est ce qu'on appelle le droit du sol. Sont belges les gens qui naissent en "Belgique". Ah bon !


A cette vision des choses certains opposent le droit du sang. « Quésaco ? »

Est belge, la personne de souche belge dont l'ascendance est belge. Difficile dans un pays qui a été occupé par toute la soldatesque d'Europe. Depuis les Romains jusqu'aux Hollandais en passant par les Bourguignons, les Espagnols, les Français, les Autrichiens, les Allemands... sans oublier les Vikings, les Normands...

Prenons mon exemple : Je suis issu d'un couple mixte. Ma mère est d'origine allemande, devenue "belge" par alliance. Aujourd'hui, ce n'est plus possible car ces couples sont soupçonnés d'effectuer un "mariage blanc" – mon père étant "belge" d'origine flamande. En réalité en grattant un peu dans la généalogie ; on s’aperçoit que la famille est issue du Nord de la France. Des saisonniers français qui se sont installés près de Bruges. On le voit, pas simple d'être "belge"...

D'autres prétendent que nous sommes belges parce que unis par une religion chrétienne commune. Et que fait-on des libres penseurs, des athées, des agnostiques ? Notons qu'en Allemagne, cette question ne se pose pas. On est catholique ou protestant. Rien d'autre quand mon cousin avait obtenu la naturalisation allemande, pour s'inscrire à la commune, il dut obligatoirement opter pour l'une ou l'autre religion (c'est inscrit sur les papiers d'identité). Il eut beau dire qu'il n'était ni l'un ni l'autre mais libre penseur, rien n'y fit !  Le fonctionnaire ne voulait rien entendre : cette option ne figurait pas au règlement ...

 

Et les juifs, pas belges ? Parce que les rites de leur religion sont calqués sur ceux des musulmans. Ils mangent casher chez les uns et hallal chez les autres. Les femmes sont reléguées au niveau inférieur par rapport aux hommes. Les non-croyants sont des êtres relégués en seconde zone : des goys et des infidèles...

 

Mais admettons qu'un individu et son épouse réunissent les conditions citées plus haut et sont belges. Ils sont bateliers et la dame enceinte met au monde un enfant en France, Hollande ou en Allemagne. Qu'advient-il de sa nationalité ? Et mon amie Martine, née au Congo mais d'un père belge enseignant et d'une mère au foyer belge ?

Comment a-t-on construit la "Belgique" ? Par une révolution nationale et contrairement à ce que disent les livres d'une belle histoire, un joli conte de fée (auquel nous sommes priés de croire), ce ne fut pas une révolution populaire (comme chez nos voisins) et ensuite "Le Roi, la loi, la liberté, Tralala...", non ce fut une révolution bourgeoise où primaient quelques intérêts particuliers, ceux d'une poignée d'industriels anglais installés en Wallonie. Nous sommes vers les années 1827-1828, le capitalisme anglais est en pleine expansion et les industriels regardent avec avidité un territoire situé aux Pays-Bas.

Ce territoire est la future Belgique dont le sous-sol regorge de charbon, de minerai. Il est traversé de rivières de fleuves et doté d'un port de mer.

Les Pays-Bas sont orangistes (protestants) où règne l'empereur Guillaume Ier d'Orange et les milieux catholiques lui sont particulièrement hostiles (principalement en Wallonie). Ces milieux réclament des droits comme celui de la liberté de l'enseignement, la liberté de la presse et la liberté d'élire leurs représentants. Des agents anglais infiltrent et font de l'agitation dans ces milieux afin de les pousser à acquérir leur indépendance. L'occasion sera fournie en juillet 1830 lors d'une représentation d'un opéra "La Muette de Portici" au Théâtre de la Monnaie. A la sortie, une poignée d'agités se répandent dans les rues de Bruxelles au cri de "liberté". Ils iront dans les milieux populaires semer l'agitation et le trouble.  Guillaume Ier envoie la troupe forte de 6000 hommes qui fait feu. Ainsi naît la Belgique que l'on connaît aujourd’hui.

Un gouvernement se forme avec une majorité catholique qui nomme un roi à la tête du tout nouveau pays. Ce roi, on ne l'a pas cherché bien loin. Les Anglais ont soufflé son nom à l'oreille du récent gouvernement belge qui ne devront pas envoyer la troupe pour mettre le pays au diapason du capitalisme anglais car ce roi n'est autre que l'oncle de Reine Victoria du Royaume-Uni. Il s'agit de Léopold 1er de Saxe-Cobourg Gotha ; l'ancêtre de l'actuel Philippe...


Les industriels anglais pourront s'en donner à cœur-joie dans une Belgique réactionnaire et ultralibérale qui fera autant de ravages (si pas plus) qu'une intervention militaire. Cependant, le gouvernement n'hésitera pas à envoyer la troupe quand il s'agira de défendre les biens de cette nouvelle bourgeoisie comme à Roux en 1886 où la cavalerie n'hésite pas à massacrer femmes et enfants venus réclamer du pain. Ce souvenir est toujours très vivace à Charleroi où des militants déposent chaque année une gerbe au pied du monument dédié à ces malheureux.

A cette époque, John Cockerill à Liège et Thomas Bonehill à Thuin et Charleroi font fructifier leur industrie et leurs usines tournent à plein régime tandis que les travailleurs vivent dans une misère indescriptible. Depuis ce temps-là, on ne cesse de chanter les louanges de la Belgique et de la famille royale que les écoliers du royaume viennent acclamer lors d'une visite dans leur région !

La Royaume de Belgique est loin de l'image d'Epinal de l'histoire selon Henri Pirenne que de nombreux écoliers ont été priés d'apprendre...

Dur d'être "Belge"... Gare aux non "Belges" ! S'ils veulent le devenir, ils devront passer par le Secrétariat d'Etat à l'Asile et la Migration et s'ils reçoivent le feu vert frapper à la porte de l'Office des Etrangers puis entamer le parcours du combattant pour vivre parmi nous.... Toutefois s’est « foobaleux » même noir comme de l'ébène et s'il manie la baballe avec habilité et convoité par un club de foot de notre Royaume d'opérette, il sera "Belge" avant d'entrer sur le territoire...

Freddy Guidé

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