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  • Evanescence du petit commerce de détail.

    Selon une opinion largement répandue, le "petit commerce" est menacé de disparition. Il serait victime de la grande distribution, du développement périphérique des villes et de l'accroissement du commerce électronique. Etant au cœur de ces préoccupations nombreuses et complexes, cette assertion mérite toutefois d'être questionnée.

     

    Le CRISP (Centre de Recherche et d'Information Socio Politique) dans son dernier courrier hebdomadaire a étudié "les causes de la disparition des petits commerces (1945 -2015)". Il évoque les nombreux facteurs qui ont contribué à la lente agonie de ces petites boutiques. Après lecture de ce dossier, il faut bien admettre que la raison de leur déclin est multiple. A Fontaine-l’Évêque, la ville où je réside, l'artère principale partant de la Nationale 90 depuis la rue Joseph Parée jusqu’à la place du Préau en passant par la Grand-rue, foisonnait de boutiques et commerces en tous genres : boucheries, boulangeries, épiceries, merceries, pâtisseries, quincailleries, etc...

     

    L'ensemble de ces commerces était parsemé de cafés ici et là. Il existait quatre cinémas de quartier qui ont disparu peu à peu, silencieusement. Un tramway traversait la ville de part en part depuis la gare SNCB, au bas de la ville, jusqu'à la Nationale 90 en haut. Il faisait un arrêt au centre-ville qui déversait un lot de chalands qui faisaient leurs emplettes. Parmi les commerçants, il convient de distinguer deux types d'occupation du commerce. Une part d'entre eux détiennent un bail commercial tandis que les autres sont propriétaires du lieu qu'ils exploitent. La surface du commerce occupe environ 40 mètres carrés. Une partie sert d’habitation. Ce qui fait que la vie familiale est partagée entre travail et entretien du ménage.

     

    Remarquons au passage, qu'un commerçant effectue environ 60 heures de travail par semaine et que les salariés sont pratiquement inexistants. En règle générale la durée d'un commerce est de 36 ans et les tenants du lieu prennent alors leur retraite. Vient alors un premier écueil : la reprise du commerce... En effet rares sont les repreneurs qui se bousculent au portillon, que ce soient les enfants ou d'autres personnes. Dans les années 60, les commerçants doivent se doter d'une comptabilité, ils font alors appel à un comptable professionnel, ce qui représente une charge supplémentaire et entretemps, le prix de l'énergie ne cesse d'augmenter.

     

    Petit à petit, d'autres problèmes vont surgir : l'espace de livraison, l'étroitesse des trottoirs. Mais ce qui va porter un rude coup au commerce de détail, c'est le travail des femmes. Elles sont moins disponibles et se rendent de moins souvent en ville, faute de temps. En 1975, les premières grandes surfaces font leur apparition au centre-ville mais au début, elles ressemblent à des supérettes. C'est le Ministère des Affaires Économiques et Sociales qui leur accorde la licence d'installation en veillant à ne pas nuire au commerce de détail d'où, au début, leur implantation au centre-ville. La première à voir le jour à Fontaine-l’Évêque est un magasin Delhaize, qui disparaîtra par la suite. Devant l'abandon des travaux d'aiguille (couture), les premiers commerces à mettre la clef sous le paillasson sont les merceries.

     

    Peu à peu, les villes seront désertées et leurs habitants iront s'installer à la campagne périphérique et feront construire des habitations indépendantes les unes des autres. Ce sera un coup fatidique pour le commerce de détail. Les commerçants eux-mêmes augmenteront la surface de leur commerce pour faire bâtir à la campagne... Les seuls qui pouvaient tirer leur épingle du jeu sont les bouchers-charcutiers. En effet, l'époque n'est pas si lointaine où ils préparaient leurs cochonnailles dans l’arrière-boutique tandis qu’aujourd’hui, la plupart se fournissent chez les industriels et les marques présentes dans leurs étals...

     

    La chalandise va en se raréfiant et grève les rentrées financières. La généralisation d'une voiture au sein des ménages portera un coup fatal aux rues commerçantes. En effet ces petites rues comme la Grand-Rue sont peu équipées en places de stationnement.

     

    Depuis 2005, les communes sont souveraines en matière d'installation de grandes surfaces. En effet, ce sont elles qui accordent l'autorisation d'installation de celles-ci. Les communes y voient de nombreux avantages. Les grandes surfaces génèrent d'importantes rentrées financières et sont source d'emplois, d’une main-d’œuvre peu qualifiée.

     

    Le commerce électronique n'a pas réellement décollé et n'est efficace qu'en matière de services (transport, réservation d'hôtels...). Rares sont les sites internet qui survivent financement. Dans de nombreux centres commerciaux, des espaces commencent à être vides et des enseignes disparaissent.

     

    Aujourd'hui, à Fontaine-l’Évêque, le centre-ville s'est déplacé de la rue principale vers la Nationale 90 où n'existent que cinq moyennes surfaces et des commerces de détail spécialisés viennent s'y implanter. Au centre-ville, on assiste par contre à une explosion de restaurants et d'établissements de restauration rapide. Toutes ces structures disposent de possibilités de parking...

     

     

    Freddy Guidé

     

    *Les causes de la disparition des petits commerces (1945 -2015)

    Courrier hebdomadaire du CRISP, N°2301-2302

    12,40 euros

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