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La lutte pour la reconnaissance des séquelles de l’Agent Orange : un combat sans fin

De 1961 à 1971, l’aviation américaine a déversé, principalement sur la partie méridionale du Vietnam, plus de 80 millions de litres de produits chimiques dont 60% était de l’Agent orange, un défoliant composé de deux molécules d’herbicides particulièrement toxiques. Entre 3 et 4 millions de personnes ont été touchées par ses épandages, qui ont provoqué plus de 300.000 décès sur plusieurs générations. 

Les effets toxiques de ces épandages sont maintenant unanimement reconnus et documentés. Toutefois, les victimes vietnamiennes peinent à obtenir réparation. Pourtant en 1984, des vétérans de guerre américains, victimes collatérales de ces déversements, obtenaient, suite à l’action en justice qu’ils ont intentée contre les entreprises américaines productrices de ces pesticides (Monsanto, Dow Chemical, notamment), le versement, par ces entreprises, d’un montant de 180 millions de dollars dans un fonds de compensation à la condition de stopper toute poursuite.

Pour les victimes vietnamiennes, le combat se poursuit. Voici quelques informations et évènements récents relatifs à l’agent orange que nous souhaitons souligner.

Fin octobre 2016, un collectif d'organisations citoyennes organisait à La Haye un "Tribunal Monsanto", présidé par l’éminente juriste belge Françoise Tulkens pour faire juger, par cinq professionnels du droit internationalement reconnus, les agissements de la multinationale. L'avis de cette cour citoyenne, un véritable exercice juridique nécessitant un examen consciencieux des très nombreuses pièces déposées par les plaignants et témoins, est tombé le 18 avril 2017.

Monsanto est reconnu coupable de porter atteinte au droit à un environnement sûr, au droit à l’alimentation et au droit à un meilleur état de santé. Par contre, cette cour ne peut définitivement confirmer que Monsanto est complice de crime de guerre, selon le statut de la Cour pénale internationale, pour avoir fourni de l’agent orange utilisé pendant la guerre du Vietnam.

Toutefois, la cour serait pleinement affirmative sur ce point si le crime d’«écocide» était reconnu internationalement (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), car elle relève qu’il est avéré que Monsanto connaissait la destination de ses produits et les conséquences de leur déversement. La lutte pour la reconnaissance des séquelles de l’Agent Orange : un combat sans fin. En février 2017, le bureau du Comité de Pilotage du Règlement des conséquences de l’agent orange/dioxine au Vietnam et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont publié des résultats de leur analyse de la pollution par la dioxine de l’aéroport de Bien Hoa et proposé un plan d’utilisation de son sol. L’aéroport de Bien Hoa, situé à moins de 40 km au Nord de Ho Chi Minh-ville est l’un des trois points chauds de la dioxine du Vietnam. Il s’agit d’une ancienne base américaine où ces herbicides étaient stockés. La concentration en dioxine dans 16 des 28 lacs situés aux environs de cet aéroport est telle qu’il est conseillé aux habitants d’arrêter toutes les activités commerciales et toute pêche dans la zone.

Le 1er mai dernier, le Collectif Vietnam Dioxine en France a participé au défilé de la fête du travail à Paris, afin d’alerter l'opinion publique française sur la situation des victimes de l'agent orange au Vietnam ainsi que sur le procès intenté par Mme Tran To Nga, une Française d’origine vietnamienne, à l’encontre des firmes américaines ayant fabriqué ce pesticide. Au niveau de l’ABV1973, nous poursuivons le soutien aux victimes de l’Agent Orange. Il y a quelques années, nous avions stimulé le dépôt, par le Député Patrick Moriau, d’une résolution au parlement belge, endossée depuis le décès de Patrick par d’autres députés socialistes. Le parcours parlementaire de cette résolution n’a pas abouti jusqu’ici. Au-delà des procédures juridiques en cours comme celle de Mme Tran To Nga, nous sommes convaincus de l’importance de déclencher également un soutien politique à cette cause. Aussi, nous allons continuer à sensibiliser les parlementaires actuels, en particulier ceux du groupe bilatéral Indochine au sein de l’Union Interparlementaire, afin de faire voter cette résolution. Ce serait une première en Europe.

Revue Amitiés : Belgique-Vietnam

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