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30/11/2016

Lès grigne-dints - "Les grince-dents" (traduction approximative!)

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Cela faisait partie de notre culture, de notre folklore, notre propre Histoire ce n'était pas venu d' Irlande et n'était pas importé des USA:

Au temps jadis, les manufactures de jouets n'approvisionnaient pas les bazars comme celles d'aujourd'hui. L'enfant de maintenant est comblé de jouets dont la diversité est grande allant du simple objet à des engins mécaniques, électriques, scientifiques, etc. Étaient rares les enfants d'antan qui, au cours de l'année ou à la Saint-Nicolas, recevaient en cadeau des jouets. Au regard des enfants privilégiés qui avaient des jouets de valeur, les enfants du peuple ne recevaient que rarement un jouet et encore celui-ci était-il bon marché et de moindre valeur.


Les familles du temps jadis regardaient à leurs mastoques (pièce de 5 centimes) et à leurs gros sous (10 centimes) avant de faire de folles dépenses en frivolités. L'enfant de jadis se voyait lésé quand un de ses camarades avait reçu pour sa Saint-Nicolas, un beau fusil, un grand cheval de carton ou quelque autre jeu de construction tandis que lui, le pauvre, ne recevait que des brimborions ou des babioles de peu de valeur.

Néanmoins, les enfants d'antan trouvaient autour d'eux toutes sortes de choses avec lesquelles ils savaient s'amuser. Nous pensons aux « pierettes » de cerise, à la terre glaise, au bois du sureau ou de saule, etc., dont avec un peu d'imagination ils savaient faire un jeu ou un jouet. Aussi les jeunes comme les moins jeunes confectionnaient-ils des grigne-dints.

Le village était essentiellement agricole et les cultivateurs plantaient des betteraves fourragères pour le ravitaillement de leurs bestiaux pendant toute la saison du temps noir et jusqu'au moment où ils remettaient leurs bêtes au pâturage. Il poussait plusieurs espèces de betteraves à collet rouge ou jaunâtre. Cette dernière variété avait la préférence pour faire un grigne-dints car cette sorte donnait de grosses betteraves pouvant peser plus de huit kilos.

Confectionner un grigne-dints, n'était pas bien difficile.

Après avoir coupé le collet pour la base, on enlevait une partie du pivot pour obtenir une forme plus ou moins cylindrique. Avec un couteau, on évidait la betterave de sa chair en laissant une épaisseur de deux centimètres. Cela représentait une sorte de vase. À la partie supérieure, on découpait deux trous plus ou moins grands qui simulaient les yeux. Au centre, une découpe en triangle formait un nez et, sous celle-ci, une autre découpe faisait une bouche en laissant assez de matière à intervalles irréguliers pour imiter une mâchoire édentée. (Ndlr. On y plaçait une bougie) Le grigne-dints ainsi confectionné, il ne restait plus qu'à attendre que la nuit tombe.

Au loin, dans la nuit, c'était assez effrayant de voir cette tête grimaçante marcher, gigoter, danser, courir. Montée sur un bâton, les gamins facétieux venaient se promener dans les rues désertes du village, frappant aux portes des maisons, ou aux fenêtres, en secouant leur grigne-dints. Ils semaient l'effroi et la panique chez les peureux qui venaient ouvrir l'huis ou jeter un regard en tirant un coin du rideau de la fenêtre. Cette distraction peu banale amusait les grands qui riaient en voyant la tête ou la fuite des non-avertis.

De l'amusement à la plaisanterie et à la farce, il n'y a qu'un pas.

C'est ce que résolurent vers 1875-1880 deux jeunes Preslois nés en 1861, Gustave BAUDELET et Théodore MAINJOT; faire une farce à un camarade, leur aîné de trois ans, Gustave PRETER. À cette époque, les moyens de locomotion n'existaient pas, il fallait se déplacer à pied. Certains Preslois voulurent améliorer leur sort en gagnant un salaire plus élevé et s'engagèrent comme travailleurs dans les houillères de Pont-de-Loup ou du Carabinier à Châtelet. Le déplacement à pied pouvait se faire soit par la grand-route de Namur, soit par le sentier qui, de la Drève, traversait la campagne et conduisait aux susdits charbonnages.

Gustave PRETER, comme d'autres travailleurs, adopta le second itinéraire. Habitant à la Rochelle, il traversait la Place Communale et gagnait, par la rue Haute en côtoyant le mur du parc, le lieu dit la Drève, de là, il n'avait plus qu'à suivre « li pissinte di Pond'loû » pour se rendre à son travail. Sa journée finie, Gustave PRETER aimait s'attarder un peu à la cantine avant son retour et s'en revenait généralement seul au village. Les deux farceurs susdits avaient remarqué les habitudes de PRETER. S'étant un soir dissimulés derrière le mur du cimetière, ils attendirent son retour.

Les houilleurs du temps passé travaillaient de longues journées, plus le déplacement, ce qui faisait dire à certains mineurs qu'ils ne voyaient le soleil que le dimanche. Partant de chez eux avant l'aube, ils ne rentraient qu'à la nuit tombée, surtout en cette période du mois d'octobre et de l'hiver.

Or donc, notre Gustave PRETER rentrait chez lui le soir par le chemin qu'il faisait le matin, en sens inverse évidemment. Les farceurs, l'ayant aperçu de loin, s'empressèrent d'allumer leur chandelle et de se couvrir la tête d'un drap blanc. PRETER, comme à son habitude, arriva à la hauteur du cimetière sans se douter de ce qui l’attendait. Les deux farceurs agitèrent leurs grigne-dints au-dessus du mur en psalmodiant des paroles lugubres tout en s'agitant et secouant leur drap blanc au-dessus du mur. D'une voix caverneuse, ils invitaient PRETER à venir avec eux : « Véns avou nos Gustâve, ti vièrès come on-èst bén droci… » (Viens avec nous Gustave, tu verras comme on est bien ici).

Le jeune homme sur le coup stupéfait de cette apparition soudaine et voyant les grigne-dints le suivre, ne demanda pas son reste pour détaler comme un lièvre. Blême et tremblant de peur, il rentra chez lui tout essoufflé d'avoir couru. La maisonnée, constatant dans quel état il se trouvait, lui en demanda la raison. Gustave, tout tremblant, ne savait que balbutier : « Lès fantômes, lès riv'nants, lès riv'nants. Dj'ai vèyu dès mwârts à l'cimintière qui m'pouchuvin n'en d'jetant : véns avou nos Gustâve… » (Les fantômes, les revenants, les revenants. J'ai vu des morts au cimetière qui me poursuivaient en me criant : viens avec nous Gustave).

La farce aurait pu se terminer là ; il n'en fut rien car les deux farceurs récidivèrent quelques jours après. Ayant connaissance que Gustave PRETER s'en revenait de son travail par "lès rouwales", rue des Haies maintenant, ils firent chacun deux grigne-dints et s'en vinrent se cacher dans les buissons qui garnissaient un côté de ce chemin. Lorsqu'ils aperçurent PRETER qui tournait le coin de « l'anciène maujo Pouleûr », ils allumèrent leurs bouts de chandelle et plantèrent de ci, de là dans les buissons les quatre grigne-dints Derrière le bocage, des gémissements, des plaintes se firent entendre à l'approche de Gustave PRETER.

Celui-ci, de nouveau stupéfait à la vue des quatre grigne-dints, effrayé et tout tremblant de les entendre parler, fit demi tour et dévala la prairie en pente du lieu dit les Waibes jusqu'à la route de Namur (actuelle rue de Fosses). Toujours courant, il regagna son logis pour conter à ses proches qu'il avait vu des têtes de morts se promener dans les buissons des « rouwales ».

Ses parents lui reprochèrent sa couardise, mais rien n'y fit, persuadé qu'il avait bien vu des fantômes. Le lendemain et les jours qui suivirent, notre Gustave ne s'en alla et ne s'en revint de son travail qu'en compagnie d'autres travailleurs. Ceux-ci le plaisantèrent, riant de la bonne farce dont lui seul avait été victime. Ils lui firent remarquer que les fantômes n'existent que dans les contes, les légendes et que les morts ne sortent pas ainsi des cimetières pour venir la nuit se promener dans le village.

Ceux qui s'amusèrent le plus furent bien sûr les deux farceurs Gustave Baudlèt èt Tièdôre Maindjo ; ils n'en étaient pas à leur première mais non plus à leur dernière farce. Ce fut au château de Presles qu'un jour, Tièdôre Maindjo raconta cette pantomime amusante mais quelque peu macabre.

Publié en 1981 in Il était une fois… Trouvé sur internet:

Le Patrimoine Preslois ASBL

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