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Le Canard enchaîné a fêté ses 100 ans

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Le Canard enchaîné a été fondé deux fois : une première le 10 septembre 1915, par Maurice et Jeanne Maréchal, aidés par H.-P. Gassier, en riposte à la censure de guerre. Probablement en raison de problèmes financiers, Le Canard cesse de paraître après le cinquième numéro. Il renaît finalement le 5 juillet 1916 en riposte à la censure de la presse, à la propagande officielle et au bourrage de crâne des bellicistes de l'Union sacrée imposés par la guerre et ses difficultés. Il est, en pleine guerre mondiale, un des exemples les plus significatifs de l'exercice de la libre-pensée. Depuis le 5 juillet 1916, il ne cesse de paraître chaque mercredi.

C'est le plus ancien journal satirique de France toujours en vie. D'emblée, le Canard affrontera la censure militaire, Dans Le Canard enchaîné de l'époque,  souvent personnifiée par Anastasie, une vieille dame imaginaire tenant une paire de ciseaux qui coupe les articles comme bon lui semble. Mais les auteurs ont un coup de génie. Au lieu de noyer, la censure au milieu d'autres informations, il publie des encarts vides. Un poilu inconnu dira : "il y a plus à lire dans un grand blanc laissé par la censure dans le Canard enchaîné que dans une page entière du Matin"...

Aujourd'hui, la censure n'existe plus. Mais la parution du Canard enchaîné est toujours redoutée. Le général De Gaulle, demandait tous les mercredis à ses conseillers : "Que dit le Volatile ?" Parfois,  comme à Nice où le maire fait acheter tous les numéros afin que ses administrés ne découvrent ses frasques révélées par le Canard enchaîné...

Le Canard enchainé fera rire la France des tranchées bien qu'il traite rarement des sujets militaires. Contrairement à une légende tenace, il n'a pas été crée par des poilus.

Par la suite, le journal évoluera et accueillera des auteurs de renon.  Des plumes comme Anatole France, Jean Galtier-Boissière, Paul Vaillant-Couturier, Henri Béraud, Raymond Radiguet, Tristan Bernard, Jean Cocteau, Pierre Mac Orlan, Lucien Descaves, Roland Dorgelès, Boris Vian, Saint-Exupéry et tant d'autres...

Entre les deux guerres, le Canard enchainé, augmentera son tirage. Il cesse de paraître volontairement en 1940 et réapparait en 1944. Dans le film "l'Armée des Ombres" (1969) de Jean-Pierre Melville, le résistant Luc Jardie interprété par Paul Meurisse dit: "La France sera libérée quand le Canard enchaîné reparaîtra".

"L'Eloge funèbre" du Général De Gaulle publiée par le Volatile le 10 novembre 1970 énerva quelques idolâtres à Nice qui s'emparèrent des exemplaires dans les kiosques et les brûlèrent sur la place publique. Un autodafé...

En 1972, le palmipède publie la feuille d’impôts du 1er Ministre Jacques Chaban-Delmas qui n'est pas imposé depuis quatre ans grâce à une série de  déductions  fiscales. L'hebdomadaire  poursuivra dans la même veine en barbotant dans la mare fiscale de Giscard d'Estaing, Chirac, l'avionneur Marcel Dassault et récemment d'Emmanuel Macron.

Vers la fin du mandat présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing, en 1979, le Canard révèle l'affaire des diamants qui avaient été offerts à Giscard par le dictateur Bokassa.

En 1981, le Canard évoque le sinistre Maurice Papon. L'hebdo écrit que durant la dernière Guerre, le préfet de police de Bordeaux a fait déporter 1 600 juifs. Il fut condamné pour crime contre l'humanité en 1997...  Faut dire que par la suite, il fut préfet de Police de Paris sous de Gaulle. Le 17 octobre 1961, L'homme qui a de l'expérience, n'hésite pas à faire massacrer des dizaines de manifestants pacifiques algériens. D’autres sont jetés dans la Seine. ..

L'affaire des avions renifleurs. Une affaire qui remonte à 1976-1979 qui fut longtemps demeurée secret d'État et c'est en 1983 que la guignolade est dévoilée par l'hebdo. En 1976-1979, le Président Giscard d'Estaing et son premier ministre, Raymond Barre, la fine fleur des énarques et des polytechniciens se font rouler dans la farine par deux Pieds- Nickelés qui prétendent avoir inventé un avion capable de renifler les nappes pétrolifères sous-marines. A lecture du Canard, la Giscardie a été la risée de la France entière.

En 1984, le journal est poursuivi en justice pour diffamation par Jean-Marie Le Pen. Ce dernier avait fait la une du Canard pour ses états de service durant la guerre d'Algérie. Le journal avait écrit que le Lieutenant Le Pen pratiquait allégrement la torture. S'en suivit une longue bataille judiciaire et Le Pen perdit finalement le procès. Lui qui prône le renvoi des Algériens chez eux mais à cette époque, il employait des moyens radicaux pour les maintenir en France...

A la lecture attentive du Canard, on y découvre des informations très intéressantes sur la Belgique. En 2011, à la suite d'une visite du Président Sarkozy au Kazakhstan, afin de démarcher le Président d'une belle dictature Noursoultan Nazarbayev  pour lui vendre des avions. Ce dernier conditionne ses emplettes. Il demande au président français  d'intervenir  en faveur du  milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev qui a des démêlés avec la justice belge. Sarko bombe le torse et contacte son ami avocat et député Armand De Decker pour qu'il se démène en faveur de l'homme d'affaires. Celui-ci  verse 500.000 euros à son avocat Armand De Decker. Le député fait accélérer l'adoption d'une loi, qui favorise la transaction financière en échange d'une condamnation. La loi est votée en un temps record par le parlement belge au printemps 2011. Patokh Chodiev a ensuite échappé à une lourde condamnation en versant 23 millions d'euros à l'Etat belge, une transaction qui a mis fin aux poursuites.   Depuis lors, Armand De Decker est en ligne de mire de la justice belge et la fameuse loi a été retirée et... Sarko n'a jamais obtenu le marché tant espéré...

Plus près de nous, voici deux ans, en 2014, la société pharmaceutique française Sanofi qui a une aire de production à Diegem écoule ses médicaments auprès d'un hôpital public à Charleroi. Les patients reçoivent les médicaments de l'établissement public qui sont parfois identiques à ceux prescrits par leur médecin traitant. Qu'à cela ne tienne, ils seront facturés au patient qui seront en partie remboursés par l'INAMI à Sanofi qui, bon prince, verse l'intervention INAMI sur le compte personnel du directeur des achats, le ticket modérateur demeurant à charge du patient. Curieusement, la presse belge demeure silencieuse sur ce sujet. Or des Hôpitaux publics à Charleroi il n'y en n'a pas deux...

Les 21 et 22 novembre 2015, le couple royal belge se fait piéger par le Canard, à Quiberon en Bretagne. Ils sont en thalasso à l'hôtel Sofitel alors que la Belgique est passée au niveau 4 de menace terroriste. La presse belge s'étrangle. Quoi ? Alors que le pays est en alerte, Le roi et la reine quittent Bruxelles (au demeurant, qu'auraient-ils pu  faire?) pour s'offrir un W-E en amoureux. Pas un de ces valeureux journalistes ne relève qu'au lieu de se rendre à Quiberon aux frais de la princesse en avion militaire, ils auraient pu s'y rendre en TGV car nous sommes à quelques jours de la COP 21. Mais comme disait royalement l'autre "Et on voit que les futilités sont peu de choses par rapport à l'essentiel de la vie"... Sacré Philippe, toujours le mot pour rire...

Le Canard enchaîné est anticlérical, antimilitariste et libre-penseur. Il est exclusivement indépendant. Il vit depuis un siècle sans un franc de publicité. Toujours bien informé, il ne divulgue aucune information sans en être certain. Dernièrement, Bouygues en a fait les frais. Il porte plainte contre le Canard pour diffamation dans l'affaire pour le marché du nouveau ministère de la défense. Il réclame 9000 euros de dommages. Il perd le procès et doit verser 6000 euros à l'hebdomadaire. Le Canard n'a aucun actionnaire. Les possesseurs du journal sont les journalistes et employés. Ses seules ressources proviennent de la vente de ses numéros. Chaque année, le Volatile publie ses comptes comme la loi l'exige en France. Aucun quotidien, hormis "la Croix" ne respecte la loi. Pour préserver son indépendance. L'hebdomadaire a inscrit une réserve statutaire dont bénéficient les lecteurs puisque le prix du numéro (1,40 euro) demeure inchangé depuis 1991. En 2015 les Edition  Maréchal le Canard ont réalisé un chiffre d'affaires de 24 500 000 euros, dégagé un bénéfice de 2 258 000 euros et vendu 400 000 exemplaires...

Nous te souhaitons un excellent anniversaire   "Le Canard enchaîné". Longue vie !

Freddy Guidé

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