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Des murs, des clôtures et des hommes.

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Il y aura bientôt 27 ans, le 09 novembre 1989, le mur de Berlin s'effondrait sous les efforts conjoints du pape Jean-Paul II et du Président des Etats-Unis, Ronald Reagan. Quelques mois plus tôt, le régime de Budapest, en voie de libéralisation, avait décidé début mai de démanteler progressivement le Rideau de fer le long de sa frontière avec l'Autriche. Le 19 août 1989, une manifestation organisée à la frontière austro-hongroise, près de Sopron, avait abouti à la fuite d'environ 600 Est-Allemands.

La fête à la frontière austro-hongroise a constitué le début de la fin de la Guerre froide. De cette brèche dans le Rideau de fer est sortie l’époque la plus libérale en matière de circulation en Europe depuis le début de la Première Guerre mondiale. Elle a engendré Schengen, une zone couvrant 26 pays où il est possible de voyager sans passeport, une terre où les postes-frontières intérieurs se sont transformés en stations-essence et magasins de confiserie." 

Comme le souligne le Telegraph, le chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, au pouvoir au moment de la Réunification, a un jour déclaré que "c’est en Hongrie qu’a été retirée la première pierre du Mur de Berlin". Reuters affirme par ailleurs que des pancartes ont été cette semaine apposées à Vienne, remerciant les Autrichiens de ne pas avoir fermé leur frontière en 1956 quand des Hongrois ont voulu fuir après l'écrasement de la révolution par l'Armée rouge.
 
Trente-trois ans plus tard, en juin 1989, un jeune étudiant chevelu avait prononcé, lors de la cérémonie de "réenterrement" de l'ancien chef de gouvernement Imre Nagy, fusillé par le pouvoir pro-soviétique en 1958, un discours historique appelant à la tenue d'élections libres et au départ des troupes soviétiques, rappelle le Washington Post. Il s’appelait Viktor Orban. En Europe de l'Ouest, les démocrates-chrétiens applaudissent des deux mains au discours de cet étudiant. La protection et l’extension du monde chrétien sont entre bonnes mains...
 
Aujourd'hui, Viktor Orban est au pouvoir en Hongrie et en 2015, il décide d'ériger une clôture de barbelés entre la Hongrie et la Serbie puis la Croatie et la Roumanie afin d'empêcher les migrants d'entrer sur le territoire et protéger... la civilisation de l'occident chrétien ! Ce rideau de fer nouvelle version a coûté la bagatelle de 106 millions de dollars et nécessite en permanence une armée de 900 militaires. Elle mesure 4 mètres de haut. Mais Viktor Orban n'est pas l'unique trublion d'Europe car tout autour s'érigent des murs et des clôtures visant à empêcher les migrants fuyant l'oppression et la guerre de fouler son sol. Autour de Melilla, enclave espagnole dans le Riff marocain se dresse une double barrière de barbelés de six mètres de haut. La garda civile tire sur toute personne tentant de la franchir. L'édification de cette barrière a coûté 33 millions d'euros. Cependant les migrants qui réussissent à passer sont une véritable aubaine économique pour les patrons maraîchers du sud de l'Espagne...

L'Europe est érigée en véritable forteresse grillagée et emmurée pour empêcher que les hordes de pauvres nous envahissent. A Calais, Londres a financé l’édification d’un mur végétalisé en béton haut de 4 mètres et long de 1 kilomètre pour sécuriser la RN16, la nationale qui mène au port et longe la "jungle", le bidonville où vivent 6 900 réfugiés selon la préfecture (plus de 9 000 selon des associations) désireux, dans leur grande majorité, de se rendre au Royaume-Uni. Le mur, d’un coût de 2,7 millions d’euros, doit également être équipé de caméras de surveillance. A cela, il convient d'ajouter le  coût des 2 000 robocops qui se relayent en permanence autour de la "jungle". Ils tirent 800 grenades lacrymogènes en 24 heures. A 40 euros le tir, faites le compte... Et cela n'empêche pas les migrants de traverser le Chanel puisque selon la police britannique, 200 d'entre eux le franchissent chaque semaine à bord d'un chalutier. La traversée coûte 1 000 euros...

La Belgique n'est pas en reste. Souvenez-vous : en février 2016, le gouvernement socialiste français avait manifesté son intention de démonter le camp de fortune des migrants à Calais. Vent de panique en Belgique, le gouvernement réinstalle les frontières et envoie des escadrons de flics pour dissuader les migrants de zoner sur la côte belge. Pardon, de Vlaamse kust... On avait tellement peur que l'on a dressé à la hâte une clôture de barbelés pour tenir les hordes de barbares à distance.... A Knokke, la station balnéaire la plus huppée de la côte, le comte Léopold Lippens, le frère de l'autre, bourgmestre CD&V qui tient sa commune avec une poigne de fer préconise dans Sudpresse : "Qu’on fasse un camp comme à Guantanamo. Sans les torturer. Et qu’on les renvoie dans leur pays après 5 jours de détention"... Radical.... Et dans la foulée, il encense Jan Jambon, ministre de l'intérieur (NV-A), le  meilleur  ministre de l'intérieur que l'on n'ait jamais eu...

Le mur de Berlin tombé, c'est le retour de la liberté. Et les murs qui naissent un peu partout en Europe, c'est quoi ?

Freddy Guidé

(NDLR : au moment où Freddy écrivait cet article, il n’était pas encore question de démanteler la « jungle » de Calais.)

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