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Rio 2016 : les jeux de l’exclusion

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Les jeux olympiques sont terminés. Devant la récolte de médailles des sportifs nationaux, les médias évoquent le miracle belge. Peu avares de superlatifs, ils évoquent tour à tour "le monde sportif qui attendait cela depuis 70 ans" ou "les Belges qui débordent de bonheur"... Etait-ce réellement  un miracle pour les Brésiliens ? Pas sûr...

Peu de temps avant les J.O., en 2015, le Comité  Populaire, une plate-forme d' associations de défense des droits de l'homme, tirait la sonnette d'alarme: une série de violations des droits de l’homme liées directement ou indirectement aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro étaient dévoilées, dans un dossier présenté par le Comité Populaire de la Coupe du Monde et des Jeux Olympiques.

La quatrième édition du dossier ‘Méga-événements et violations des droits de l’homme à Rio de Janeiro", lancée au moment même où se rassemblait à Lausanne la Commission exécutive du CIO pour traiter de la mise en application de l’Agenda 2020, montre en soulignant les violations du droit au logement, au travail et des droits de l’enfant, entre autres, que ces Jeux sont bien loin de la promesse de “Jeux de l’Inclusion” faite par le Président du Comité International Olympique (CIO) Thomas Bach.

Le CIO devrait s’assurer que les Jeux Olympiques d’été 2016 n’entraînent ou n’exacerbent pas de violations des droits de l’homme et de l’enfant à Rio. Il est temps que le CIO honore les valeurs entérinées dans la Charte Olympique.” ont déclaré en choeur l'ensemble des associations qui forment le Comité Populaire.

Entre autres sujets, le dossier révélait l’existence de violations du droit au logement. Il présente la situation d’un grand nombre de communautés défavorisées, qui se sont vues violemment délogées afin de faire place à des infrastructures destinées aux jeux. Le Comité Populaire estime qu’au moins 4120 familles ont été expulsées de leur foyer. La plupart des évictions ont eu lieu dans des zones où le prix de l’immobilier est très élevé. Les logements alternatifs proposés se trouvent, eux, le plus souvent, en périphérie de Rio, parfois jusqu’à 60 kilomètres de distance de la communauté d’origine et offrent des infrastructures aux qualités discutables.

Au nom de la sécurité publique, Rio de Janeiro a fortement renforcé ses mesures de sécurité, notamment par les soi-disant "pacifications", c’est-à-dire l’invasion et l’occupation militaire des favelas, des véhicules blindés sillonnaient les rues. Ces interventions ont causé un grand nombre de morts et ont été à l’origine de violences policières et de violations d’autres droits de l’homme. La population afro-brésilienne en a particulièrement souffert, que ce soit pendant la tenue de ces opérations ou au sein des favelas "pacifiées".

En ce qui concerne les conditions de travail, le dossier met en lumière les mesures de répression, découlant de l’exclusivité marketing imposée par certaines entreprises, et appliquées par l’administration de la ville à l’encontre des vendeurs de rues. Un cas de violation grave des droits de l’homme, ayant eu lieu au sein d’une des entreprises du bâtiment chargées de construire le village olympique, a été rapporté par la police : 11 travailleurs originaires de différents états du Brésil se sont vus forcés de travailler dans des conditions assimilables à de l’esclavage.

Dans le domaine du transport public, le Comité Populaire a démontré que les investissements conséquents réalisés dans le réseau des transports sont très inégalement répartis et ne profitent qu’à une part réduite de la population. De plus, l’accent est mis sur une amélioration des transports dans les zones riches de la ville et la coupure de certaines liaisons avec les zones les plus pauvres.

Dans le contexte des récents Méga-événements sportifs au Brésil, deux violations majeures des droits de l’enfant ont été recensées: violences policières et militaires (particulièrement pendant les “opérations de pacification”) et évictions. Pendant la Coupe du Monde de la FIFA, la ligne d’assistance téléphonique "Disque Denúncia" a enregistré 1658 appels de plus concernant des violations des droits de l’enfant qu’au cours du même mois de l’année précédente. À l’époque, le nombre total d’appels avait été de 9753. Par exemple, afin de “nettoyer” des sites touristiques.

Des enfants et des jeunes vivant dans la rue ont été expulsés. Certains sont disparus sans que leurs compagnons ne sachent où ils sont allés. D’autres ont été transférés dans des unités d’éducation (DEGASE) créées pour les jeunes délinquants. Ceux qui sont revenus de ces unités d’éducation ont rapporté avoir été victimes de violence et d’humiliation. À cause de ces évictions, un grand nombre d’enfants ne peuvent plus aller à l’école. Ils risquent d’être exploités, de devenir victimes du travail des enfants et des violences sexuelles. Ils perdent leur accès à l’éducation, à la santé et à d’autres services sociaux vitaux.

En 2000, envoyé par le Ministère de la culture, j'assistais à la bourse aux spectacles "Coups de coeur francophones" à Montréal. J'étais hébergé dans le seul hôtel encore en activité de la cité olympique. Les J.O avaient eu lieu en 1976 et la ville de Montréal remboursait encore le prêt colossal contracté lors de ces jeux.

Et à Rio que deviendront ces infrastructures ? Force est de constater que les J.O sont surtout une affaire juteuse pour les promoteurs immobiliers au détriment des petites gens...

Freddy Guidé

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