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Intervention de Robert Tangre lors du récent hommage rendu au président Allende.

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Du noyau dirigeant de ce comité Chili, je commencerai par rappeler la mémoire de mes compagnons d’aventure, Ernest Glinne et Marcel Beynaerts, tout comme celle de son épouse Jacqueline Rifaut récemment décédée tandis que Nelly séjourne maintenant dans une maison de repos.

Relisant certains documents relatifs à cette période historique douloureuse, je vais aborder un sujet que l’actualité m’inspire et partager avec vous la difficulté qui existe de vouloir changer la société lorsqu’on s’attaque au pouvoir, celui de l’argent plus particulièrement et de ceux qui défendent leurs intérêts financiers.

A Charleroi, l’actualité économique du moment en est un exemple parlant. Je pense à la multinationale Caterpillar qui dans sa stratégie internationale met à mal six mille familles de notre région. Que peut faire le pouvoir politique de notre région, de notre pays s’il ne s’attaque pas fondamentalement au pouvoir économique d’une multinationale d’outre Atlantique.

C’est ce qu’avait voulu réaliser Salvador Allende au sein de l’Unité populaire qui fut porté au pouvoir en tant que chef d’Etat de ce pays particulier qu’est le Chili, arrière-cour des multinationales étatsuniennes. L’homme, ce révolutionnaire idéologique, avait pensé pouvoir faire évoluer sa société de façon légale en obtenant le pouvoir par les urnes, par le vote le peuple.

Au Chili même, l’Unité populaire, en acceptant le terrain de la bourgeoisie, s’est placée dans une situation difficile. Il fut élu à la majorité relative dépassant de peu la démocratie chrétienne et d’autres partis politiques qui reçurent immédiatement l’appui direct ou indirect du capitalisme international et de l’impérialisme nord américain.

Dans un premier temps, l’économie chilienne prend une envolée certaine. Petit rappel enthousiaste à l’époque, l’Union populaire offrit un bol de lait aux petits Chiliens des classes les moins favorisées de cette société. On pourrait en rire mais pour le pays, ce fait semble-t-il mineur était une acquis important, symbolique sans aucun doute.

En 1972, la courbe s‘inverse suite aux mesures de nationalisation de grandes multinationales américaines. Dès lors, plusieurs pays comme les USA mais aussi la France provoquent l’embargo sur la principale richesse du pays : le cuivre chilien, Des complots militaires sont organisés par des trusts internationaux comme ITT (International telegrah and telephon) financés par la CIA dont un des plus éminents membres était le fameux Henry Kissinger, ce dernier encouragé en sous main par les présidents US Nixon puis Ford. Ils voulurent attenter à la vie du président Allende et soutinrent financièrement les partis de la droite extrême.

Un exemple frappant, un beau jour, les services de sécurité ont a retrouvé plus d'un million de dollars dans le véhicule d'un des dirigeants de Patria y Libertad au moment de la grève des camionneurs.

Que représente donc une telle grève dans un pays aux particularités géographiques peu communes : 4300 km de longueur, une moyenne de 180 km de largeur, la plus grande étant de 400 km et la plus étroite de 80 km.

Soutenu par patronat agressif, les camionneurs ont bloqué la route panaméricaine sud pendant des heures. Ce soutien massif financé comme je l’ai déjà dit grâce à l’argent de la CIA donné aux entrepreneurs du transport permit de payer les salaires et de nourrir ces travailleurs.

Cette action provoqua un début de paralysie de l’économie et une pénurie de marchandises courantes mais surtout comestibles.

La situation de blocage des infrastructures routières provoqua des désaccords politiques au sein même de l’Unité populaire. Certains partenaires politiques et plus particulièrement l’attitude fourbe du ministre le l’intérieur mirent en cause la gestion la président et de ses alliés les plus conséquents le PS et le PC. Le gouvernement dut régler le problème de loyauté au sein de l'équipe gouvernementale car des tâches prochaines devaient être débattues comme la réforme du code du travail et le changement de la constitution. Ces propositions visant à accorder un pouvoir démocratique accru au peuple vont provoquer une levée de boucliers encore plus importante des secteurs les plus rétrogrades de la société chilienne.

 Allende aurait pu s’inspirer d’exemples appliqués ailleurs et instaurer par exemple par la force la dictature du prolétariat et faire taire l’opposition virulente de la droite extrême manipulant et retournant des populations à leur profit, répondant aux souhaits du grand capital transnational qui les payait.

Arme redouble donc que cette grève qui retourna l’opinion publique contre leurs gouvernants, qui mena le Chili d’Allende dans une ambiance de chaos, élément qui facilita considérablement le coup d’État qui aboutit à la dictature de Pinochet.

J’aimerais m’étendre sur la force d’un tel mouvement par extrapolation en faisant référence à certains événements politiques qui se sont déroulés récemment dans notre pays.

Depuis la formation du nouveau gouvernement belge, les grèves n’ont pas cessé de s’étendre à de nombreux secteurs d’activités notre société. Pour démontrer la puissance de leur combat, les centrales syndicales wallonnes plus particulièrement ont procédé à des coups d’éclats comme le blocage d’autoroutes. Mon propos n’est pas de soutenir ou condamner mais je tiens à dénoncer le rôle des médias qui n’ont pas hésité à accuser les syndicats d’avoir causé la mort d’un patient, d’avoir empêché l’arrivée d’un médecin qui aurait pu sauver la vie de cette personne. En somme, une belle manipulation de l’opinion publique.

Peu de temps plus tard, ce sont les camionneurs qui ont procédé au même genre de blocage de nos autoroutes pour lutter contre les volontés gouvernementales d’instaurer la taxe au kilomètre.

Leur mouvement de protestation prit une autre dimension car les camionneurs appartiennent à une catégorie qui a toujours été reliée par radio ou d’autres applications. Lorsque le mot d’ordre est lancé, l’organisation est facile grâce aux moyens de communication interne. Ce mouvement prit rapidement des ailes, son expansion exponentielle en fut le résultat.

Le relatif succès de ces actions est dû en particulier au soutien du patronat des centres de logistiques qui sont devenus le mode de transport le plus développé.

J’en terminerai là sur cette intervention tentant de démontrer le rôle des puissants lobbies industriels relayés par des médias dont le rôle ne consiste plus à expliquer, à éduquer nos populations en donnant la parole sur un pied d’égalité à toutes les  parties en cause dans notre société.

Chez nous, partout en Europe, les forces occultes sont sorties de leur tanière et n’hésitent pas à parader. Quand elles n’ont pas encore atteint ce stade, elles restent tapies jetant le discrédit sur les progressistes et sur l’ensemble des partis politiques.

Tous les partis démocratiques de notre commune doivent s’unir pour les contrer.

Je vous remercie de votre écoute et à l’année prochaine.

 

 

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