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02/07/2016

Football et politique: une victoire des Diables ne changera pas l'avenir de la Belgique

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Ecrit juste avant la coupe d’Europe dont la Belgique vient d’être exclue, ce livre pose pas mal de questions qui sont et resteront liées à l'avenir de la Belgique.

Professeur à l’ULB, Jean-Michel De Waele vient de coécrire un livre dont le titre résume parfaitement le contenu: "Soutenir l’équipe nationale de football, enjeux politiques et identitaires". Le foot national influence-t-il la politique? Certainement, mais à la marge et, surtout, de manière éphémère. L'impact sur les citoyens ne résiste pas au temps.


Pour Jean-Michel De Waele, la politique étant dans tout, des hommes politiques tenteront de récupérer l’événement. En Belgique comme à l’étranger. Un match opposant la Russie à l’Ukraine sera un événement politique par nature. Et les exemples sont légion, comme les matchs entre l’Iran et les USA en 1998 ou le match fratricide qui opposa Allemands de l’Est et de l’Ouest en 1974. La future confrontation Ukraine/Russie reste, dans ce contexte, un point d’interrogation: "Là, ce sera autre chose, on verra si les hommes politiques viennent assister à la compétition. Cela peut tourner à la boucherie générale si la guerre doit se poursuivre sur le terrain. On verra ce que les politiques auront donné comme consignes. Pour les Polonais, les matchs  Allemagne/Pologne  ou  Pologne/Russie se réfèrent à toute l’histoire du pays. Il se joue autre chose, cela dépassera le résultat. En Amérique centrale, en 1970, un match a même été le point de départ d’une courte guerre. C’est un exemple tragique où le foot déplace des passions extraordinaires."

Le football serait ainsi révélateur des identités nationales. Dans un monde globalisé, les moments où la nation se réunit sont rares. Le service militaire, les commémorations,  les communions…  ont disparu du paysage. "Il n’y a plus de grands moments globaux. Une coupe d’Europe est précisément ce moment où des personnes nous représentent et dans lesquels certains citoyens identifient la nation. Et cela pose des questions lorsque certains n’aiment pas l’image que l’équipe nationale donne de la nation." Cela a été le cas en Allemagne, et ce l’est encore aujourd’hui en France ou  Karim Benzema, non-sélectionné, accuse l'entraîneur de racisme. Cela pose aussi des questions en Suisse, où de nombreux joueurs sont issus de l’immigration: "Le rapport à l’identité nationale est très fort."

Tout passe, tout lasse…même au foot

L’engouement pour une compétition peut-il, pour autant, influencer l’identité nationale? A la marge et de façon fugace, commente Jean-Michel De Waele: "C’est éphémère, mais cela dit quelque chose sur le pays. Le fait que les Allemands ont pu prendre dans leur équipe nationale des enfants de l’immigration a changé l’image de l’Allemagne. Mais, même si les Diables Rouges remportent la coupe d’Europe, cela ne changera pas l’avenir de la Belgique."

La Flandre et le foot : Je t’aime un peu, beaucoup…

Chassez le communautaire, il revient avec un ballon rond. Selon l’auteur de l’ouvrage, le rapport des Flamands, qui chanteront la Brabançonne, avec la symbolique du pays est important. Pendant les bonnes prestations des Diables en 2014, la N-VA engrangé de bons résultats en Flandre. "Tous les électeurs de la N-VA ne sont pas des indépendantistes purs et durs."

On assisterait d’ailleurs à une évolution de la manière dont la Flandre supporte l’équipe nationale. "Aujourd’hui cela change. Le rapport aux symboles nationaux peut évoluer. L'image de la Belgique, vue comme un symbole d’oppression par les anciennes générations, peut évoluer chez les jeunes qui vont chanter et faire la fête."  

Intégration ‘Black-Blanc-Beurre’ et Le Pen au second tour

Dans un pays qui connaît la crise et où l’autoflagellation est devenue un sport national, l’ambition, la réussite et la fête peuvent, aussi, changer les choses. Et cela, ce serait très neuf. Un beau parcours des Diables peut nous faire sortir de ce qu’Eric Domb, patron de Pairi Daiza appelle 'une dépression collective'. Mais, ce courant, à nouveau, n’agira que brièvement. "Cela peut ‘aider’, mais ça ne suffira pas. Tout cela est très éphémère. Rappelons-nous de la coupe du monde de 1998 qui a célébré, en France, la réussite de l’intégration ‘Black-Blanc-Beurre’. Quelque temps après, Jean-Marie Le Pen était au second tour des présidentielles.

La gagne, le marketing et une pincée de patriotisme

S’il faut chercher les causes d’une telle ferveur populaire à l’égard de la coupe d’Europe c’est, explique Jean-Michel De Waele, dans le succès –pour l’instant- des Diables, dans le battage marketing et, seulement un peu, dans le sentiment patriotique qui n’est qu’une pièce d'un vaste puzzle. "Et heureusement. Que seraient nos sociétés démocratiques si les résultats de foot faisaient les résultats de nos élections?"

Une bouffée carnavalesque dans ce monde de brutes

La conclusion positive est que, assure Jean-Michel De Waele, personne ne contrôle un stade de foot. "Cela reste un espace de liberté, comme un carnaval. Ce que l’on attend en Belgique c’est de pouvoir faire la fête. C'est l’ambiance carnavalesque. Aucun régime au monde n’a jamais contrôlé les stades. C’est toujours un risque pour les dictateurs. Si, dans un  stade, 50 000 personnes sifflent l’hymne national ou l’entrée du président, personne ne peut rien y faire.

 

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