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01/07/2016

Histoire : le procès d’Auchwitz à Francfort (4 ème partie)

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Le camouflage judiciaire des crimes nazis

Accusé n° 1 :

Chacun d’entre nous veut préciser que nous n’avons fait que notre devoir, même quand ce devoir était dur et même quand cela nous coûtait de le faire.

Maintenant que notre pays est, après une guerre dévastatrice, parvenu jusqu’à une place de premier plan dans le monde, nous devrions nous concentrer sur d’autres choses.


Ces accusations devraient être prescrites depuis longtemps. (Les accusés approuvent bruyamment) (L’Instruction de Peter Weiss, Francfort 1965)

Après le procès de Nuremberg organisé par les puissances alliées, au cours duquel seulement un petit nombre de chefs nazis ont pu être jugés et condamnés pour leurs crimes, les premiers jours de la République Fédérale Allemande furent dominés par un silence généralement respecté sur les camps d’extermination.

La Guerre Froide dominait la politique et la presse et en 1949, peu de temps après la fondation de la RFA, les alliés abandonnèrent toutes les poursuites contre les criminels nazis et ils passèrent le relais des poursuites au système judiciaire allemand. Avec l’approbation des alliés, des hommes d’affaires importants comme Alfred Krupp qui ont profitè directement des déportations, furent libérés après une courte période d’emprisonnement et ils purent retrouver leurs postes importants dans leurs entreprises.

nouvelles du progrès,auswchitz,adenauer,globke,rfa,dénazificationLe 29 mai 1949, une loi interdisant l’extradition de nationaux allemands fut votée. C’est pour cette raison que les dossiers des nazis qui avaient commis leurs crimes dans des pays étrangers ne purent jamais être transmis à ces pays. Seulement dans de rares cas, des poursuites contre les criminels de guerre nazis purent être déclenchées par le système judiciaire allemand.

L’amnistie était garantie pour tous ceux qui avaient commis des délits sous le régime nazi et qui avaient pour cette raison été condamnés à une peine d’emprisonnement inférieure à un an.

En 1954, cette mesure fut étendue à tous ceux qui avaient été condamnés à moins de trois ans de prison. Cela voulait tout simplement dire que quiconque n’étant pas impliqué dans des crimes importants devait être libéré. En outre, des délits tels que « cacher le rang d’une personne pour des raisons politiques » étaient sûrs d’être amnistiés. Ces mesures ont permis à de nombreux criminels de se cacher plus facilement.

Pendant ce temps, les Alliés Occidentaux éprouvèrent un cas de « fièvre de clémence ». En tant que procureur à Nuremberg, Robert Kempner a pu observer que presque tous les criminels nazis qu’il avait faits condamnés ont été amnistiés. …En 1953, presque tous furent libérés et le dernier put sortir de prison en 1958.

Le gouvernement du Chancelier Konrad Adenauer - le premier gouvernement de la RFA après la guerre - comprenait des nazis de haut rang comme Theodor Oberländer (2) et Hans Globke. Ceci a autorisé Oswald Kaduk, qu’on avait accusé des crimes particulièrement atroces, à déclarer : « Je ne comprends pas pourquoi on m’a arrêté et on m’a emmené alors que les vrais coupables, ne serait-ce que le Secrétaire Général Globke, ont été laissés en liberté ..»

Hans Globke, qui venait juste de prendre son poste de Secrétaire Général au Bureau du Chancelier allemand, a corédigé en 1936 un commentaire sur les lois raciales de Nuremberg. Ce commentaire a servi d’ouvrage de base pour les juges, pour les gardiens des camps de concentration et pour les officiers de la Wehrmacht en expliquant comment s’occuper des Juifs, des Sintés et des Tsiganes, tous considérés comme appartenant à des races inférieures. Ni Globke, ni aucun juge qui avaient condamnés les Juifs et les autres « untermensch » (sous hommes) à mort ou a des peines draconiennes n’ont jamais du affronter un procès.

nouvelles du progrès,auswchitz,adenauer,globke,rfa,dénazificationLes juges qui avaient servi de plein gré sous la dictature nazie avaient repris leur charge ou bénéficiaient d’une pension tout en profitant tranquillement de leur vie. Qui plus est, lors du réarmement de l’Allemagne, des anciens officiers de la Wehrmacht de Hitler reprirent leur fonction pour construire une nouvelle armée nationale, sans que l’on prenne la peine d’examiner leur histoire.

Des poursuites criminelles systématiques contre les anciens nazis ne se sont jamais produites en RFA, pas plus que les victimes n’ont reçu aucun dédommagement digne de ce nom. Jusqu’à maintenant, ceux qui ont profité d’Auschwitz comme par exemple les héritiers du magnat de l’acier Friedrich Flick, ont toujours refusé de dédommager les travailleurs forcés employés dans leurs usines. Il en va de même pour les anciens chefs de l’ancien géant de l’industrie chimique, IG Farben à qui personne n’a jamais demandé de compte. Parmi ceux-ci, on trouvait Heinrich Büttefisch qui a été décoré par le gouvernement fédéral de la Croix Fédérale du Mérite, bien qu’il ait été condamné au Procès de Nuremberg.

Bütefisch, en sa qualité de directeur d'IG Farben a été un des responsables de l'exploitation des prisonniers d'Auschwitz. De plus, il a appartenu au très fermé Cercle des Amis d'Heinrich Himmler (Freundekreis des Reichführers SS und Gestapo) et il avait été admis au graded' Obersturmführer SS. Quand ces faits ont été révélés, le Président allemand Heinrich Lübke ordonna la restitution de la médaille de Bütefisch.

Il a fallu attendre 1958 pour qu'une organisation – la Ludwigsburger Zentralstelle- soit fondée dans le but spécifique de poursuivre ces crimes. Pour autant, ces mesures n'avaient rien à voir avec la poursuite systématique des Nazis.

En tout, moins de 500 personnes ont été condamnées pour avoir pris part au meurtre de Juifs. Pas plus de 100 accusés sur les 4500 qui sont passés en justice entre 1945 et 1949 l'ont été pour des délits en rapport avec un meurtre (Die Zeit 05/01/2003). Les poursuites n'ont jamais abouti pour aucun des juges nazis, responsable de la perversion scandaleuse au sein des tristement célèbres « Tribunaux Populaires ». En fait, il a fallu attendre 1990 pour que la Cour Suprême Fédérale reconnaisse que le fait de n'avoir pas poursuivi ces juges a été « une erreur législative » et qu'ils auraient du être punis pour leurs crimes.

Une des toutes premières lois votées par la nouvelle République Fédérale Allemande fut celle concernant la prétendue dispense de peine. Cette loi amnistiait tous ceux qui s'étaient rendus coupables de crimes et avaient été condamnés à des peines allant de six mois à un an, avec une possibilité de liberté surveillée. En 1950, le Bundestag (le Parlement Allemand) a préconisé la fin du processus de dénazification. Pendant les années 50, alors que les politiciens et la presse étaient dominés par le « miracle économique » de l'Allemagne d'après guerre, la Guerre Froide , et la lutte contre un « ennemi venu de l'est », toutes les lois, qui ont été votées avec l'assentiment des puissances alliées ont permis aux criminels nazis d'échapper à tout châtiment.

A la suite du programme timide de « dénazification », pour ainsi dire toutes les couches moyennes et supérieures de l'appareil national socialiste d'anéantissement furent dûment réintégrées dans le système judiciaire et de l'administration gouvernementale.

En 1960, après l'abrogation par le Bundestag de tous les décrets édités par les puissances alliées au cours des années 50, le parlement allemand abandonna les poursuites pour les crimes et les meurtres nazis, sauf si la preuve d'assassinat était établie. Comme Fritz Bauer, l'a fait remarquer à l'époque « on pouvait comprendre que les cabinets des procureurs et les tribunaux puissent croire que « pour les pouvoirs législatifs et exécutifs, il était temps de tirer un trait sur le passé. »

nouvelles du progrès,auswchitz,adenauer,globke,rfa,dénazificationLa mauvaise volonté générale pour poursuivre les crimes nazis eut un impact sur le procès d’Auschwitz. Le juge d’instruction, Hans Düx rappelle l’incident qui suit : « Une lettre hâtive fut expédiée par le canal régulier à l’Ambassade Soviétique à Bonn, mais elle fut bloquée pendant quatre jours au Ministère de la Justice à Wiesbaden car la lettre utilisait l’abréviation DDR (République Démocratique Allemande - l’ancienne Allemagne de l’Est). Pour le Ministère, il aurait fallu utiliser l’abréviation SBZ (Zone d’Occupation Soviétique)

En fait, le procès d’Auschwitz a lancé le débat scandaleux, qui s’est éternisé pendant des années concernant la suppression d’une période de prescription pour les coupables de crimes. Finalement, une résolution du Bundestag datant du 16 juillet 1979, a supprimé la limite de temps concernant les responsables de meurtres et de génocide. Cependant il est absurde de constater que le premier paragraphe du code pénal de 1954 ne pouvait rétrospectivement concerner les crimes nazis qui avaient été commis auparavant. La levée de la prescription ne pouvait donc que s’appliquer aux futurs actes de génocide.

Même si les retombées judiciaires du procès d’Auschwitz ont été loin de satisfaire les espérances des nombreuses victimes comme de ceux qui ont réclamé ce procès, il a changé le climat intellectuel en RFA. La vérité brute sur les camps d’extermination, révélée lors des débats, a interpellé beaucoup de gens, principalement des jeunes, pour savoir comment ce crime monstrueux a pu arriver. Quelles ont été les causes réelles du national-socialisme ? Pourquoi le national socialisme a-t-il pu parvenir au pouvoir ?

Conclusion de la rédaction de Nouvelles : « Seule la République Démocratique Allemande (DDR) a fait œuvre de réelle dénazification. L’asbl Progrès et Culture de Courcelles mettra ce film à son programme le 8 ou le 9 mai 2017.

NE JAMAIS OUBLIER TEL EST LE DEVOIR DE TOUS LES PROGRESSISTES.

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