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27/06/2016

Histoire : le procès d’Auchwitcz à Francfort( 3 ème partie)

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Les accusés : Des hommes de main agissant sous les ordres.

Le Juge : Accusé Boger, en tant qu’enquêteur judiciaire, ne saviez vous pas qu’un homme à qui on fait subir un tel interrogatoire dira tout ce que vous voulez lui faire dire ?

Accusé n° 2 : Je ne vois pas du tout les choses comme ça et je me réfère à notre bureau de surveillance. Si un prisonnier offrait une certaine résistance, il ne pouvait se confesser que par la force.


Témoin n° 8 : Ils m’ont emmené dans la Baraque n°11, et m’on fait monter au grenier. J’ai été attaché par les mains à un poteau. Ceci s’appelait la pendaison au poteau. Vous étiez pendu suffisamment haut pour que vos doigts de pieds continuent à toucher le sol. Boger me faisait balancer tout en me donnant des coups de pieds dans l’estomac…

Accusé n° 2 : Le but de cet interrogatoire intensif était atteint quand le sang coulait le long de leurs pantalons… Qui plus est, je pense que même maintenant les punitions corporelles si elles étaient administrées par les tribunaux pour enfants permettraient de ralentir la montée de la délinquance juvénile (L’Instruction de Peter Weiss, Francfort, 1965)

Pendant que la défense essayait de dénigrer le Procès d’Auschwitz en le présentant comme un « procès spectacle » mis en place par une conspiration d’anciens déportés communistes, les accusés, qui représentaient un échantillon du personnel du camp restèrent silencieux pendant toute la durée du procès. Soit ils niaient tout en bloc, soit ils se présentaient comme des individus qui n’avaient fait qu’obéir aux ordres et n’étaient que des exécutants. Cependant la cour a refusé d’accepter la thèse qui prétendait que les accusés n’avaient fait que suivre les ordres et elle a établi que n’importe qui s’étant opposé à ces crimes n’aurait pas eu à en subir de graves conséquences. Les témoignages ont étayé cette théorie de façon indéniable.

Le juge d’instruction Hans Düx, qui a participé à la préparation du procès, a présenté l’accusé Oswald Kaduk, dont il a été établi qu’il avait personnellement tué beaucoup de gens et qu’il avait procédé à la sélection des victimes de son propre chef.

nouvelles du progrès,auswchitz,camps concentration,brirkenau« Son comportement était en tous point un comportement de militaire. A chaque question posée, il se levait d’un coup et se mettait au garde à vous (claquant des talons, ses doigts posés sur la couture de son pantalon), en répondant sèchement. Quand je lui ai expliqué qu’il ne devait pas se mettre systématiquement au garde à vous, il s’est brusquement levé une nouvelle fois pour répondre « Oui Monsieur l’Obersturmführer ». Après s’être adressé à moi de cette façon, il a fait une courte pause pour ensuite m’expliquer que c’était pour lui une vieille habitude de s’exprimer ainsi. Il m’a expliqué qu’à chaque fois qu’il s’adressait à ses supérieurs, il se comportait souvent de cette manière - c’était très courant à l’intérieur de la SS - comme il l’avait déjà fait des milliers de fois. J’avais l’impression qu’il ne s’adressait pas de cette manière volontairement à moi, mais que pendant l’interrogatoire, ce comportement habituel se révélait de façon involontaire. »

Les réponses de Kaduk aux accusations contre lui en disaient beaucoup plus que celles de ses complices, qui parlaient des évènements de façon très évasive et vague. Il a essayé de se présenter comme un SS subalterne et il a prétendu que les soi-disant « sélections de la mort » avait été menées par des médecins SS et des officiers supérieurs SS.

D’après Kaduk, sa tâche consistait simplement à empêcher ceux qui devaient passer à la chambre à gaz de se joindre à ceux qui étaient sélectionnés pour le travail. Selon la règle du camp, les enfants qui arrivaient au camp étaient gazés sur le champ, à moins qu’ils ne soient choisis par les médecins SS pour leurs expériences médicales. Les mères qui étaient aptes au travail mais qui refusaient de se séparer de leurs enfants condamnés à mort accompagnaient ces derniers dans la chambre à gaz.

Selon l’expression même de Kaduk, les convois de déportés juifs arrivaient « comme des petits pains frais ». Accompagné d’autres SS, il utilisait des poids lourds pour emmener les juifs condamnés de la rampe d’arrivée au camp jusqu’aux chambres à gaz. Comme Kaduk, qui disait « ne pas faire de cadeaux », l’a dit à la cour: « Je n’ai jamais voulu tuer qui que ce soit ; il m’arrivait parfois de battre quelqu’un qui essayait d’échapper au travail. »

Parlant de Jozef Cyrankiewicz, qui avait été déporté à Auschwitz et qui plus tard, dans les années 60, devint premier ministre polonais, Kaduk déclara « Si, à l’époque, j’en avais eu l’occasion, je l’aurais tué ». Cette révélation contredisait nettement la déclaration de Kaduk qu’il n’avait jamais voulu tuer personne. Cette tentative de minimiser son rôle fut réfutée par de nombreux témoins et le tribunal le condamna à la prison à vie pour l’assassinat de 1012 personnes.

Parmi les inculpés figurait également Robert Mulka. Adjudant au commandement du camp d’Auschwitz, c’est lui qui donnait les ordres pour la « liquidation » des déportés. Le pharmacien Victor Capesius, un ancien employé d’IG Farben et chef du groupe des pharmaciens SS, participait à la sélection des victimes sur les rampes.

nouvelles du progrès,auswchitz,camps concentration,brirkenauL’inculpé Wilhelm Boger était officier à la division politique de la SS d’Auschwitz et il a participé à des tortures comme à ce qui portait le nom de « vidange de baraques et exécutions ». Il avait inventé ce qui s’appelait la « balançoire de Boger », un moyen de torture où les déportés étaient pendus et leurs testicules écrasés à force de coups.

Un observateur du procès a écrit : « Le public était paralysé et il regardait avec épouvante la femme qui témoignait. Après avoir décrit à la cour en maîtrisant sa voix la façon dont les déportés étaient torturés sur les tristement célèbres « bascules de Boger », elle n’a plus trouvé ses mots. D’une voix hésitante, elle expliqua comment un jour cinquante enfants âgés de quatre à dix ans arrivèrent au camp dans un camion. ``Je me souviens d’une petite fille de quatre ans…´´ Puis, sa voix s’est cassée, on vit ses épaules se secouer et le témoin s’effondra dans des larmes de désespoir. Un sentiment d’horreur paralysante commença à se répandre dans la salle… »

Un grand nombre des crimes brutaux de Boger furent révélés pendant le procès dont l’exécution de Lili Tofler, qui avait passé une lettre à une autre déportée. Avant son exécution, Boger l’obligea à se tenir debout dans les toilettes pendant une heure quatre jours de suite, tenant son pistolet contre sa tempe.

On trouvait également parmi les inculpés le Docteur Bruno Berger, anthropologue et officier supérieur SS. Pendant le IIème Guerre Mondiale, il a collaboré avec le Professeur Hirt, de l’Université de Strasbourg. Hirt s’est suicidé à la fin de la guerre. Les deux hommes voulaient monter une collection de crânes de « commissaires judéo bolcheviques ». De nombreux prisonniers de guerre soviétiques étaient détenus à Auschwitz, c’est pour cette raison que Berger et Hirt y sélectionnaient leurs victimes, les tuaient et ils conservaient leurs têtes à l’Université de Strasbourg.

Pendant les auditions préliminaires, le scientifique qui s’était spécialisé dans les « crânes judéo - bolcheviques » chercha à répondre au moyen d’explications évasives, malgré les preuves évidentes contre lui. Lors du principal procès, il fut condamné à plusieurs années de prison.

Hans Stark était accusé de participation aux sélections, aux gazages et aux exécutions, tout comme ses collègues Pery Broad et Klaus Dylewski. Max Lustig, le chef de la Gestapo de la ville d’Auschwitz, était également juge à la cour martiale du camp d’extermination d’Auschwitz. Des médecins comme Josef Kehr, Hans Nierwicki et Emil Hantl ont également participé aux sélections et aux meurtres par injection de phénol dans le cœur de leurs victimes. Des kapos comme Emil Bednarek et Alois Staller avaient assassiné des co-détenus.

Les trains de la mort ont commencé à amener des Juifs au camp d’extermination au printemps 1942. Au cours de cette seule année, sont arrivés à Auschwitz 166 convois transportant 180 000 déportés. En 1943, 174 convois transportant 220 000 déportés et en 1944 la Reichsbahn transporta 300 000 victimes dans 300 convois. Elle utilisait des wagons à bestiaux.

Le chercheur sur Auschwitz Werner Renz a décrit ainsi les méthodes criminelles du camp de concentration :

« Le ‘traitement’ des déportés était mis en œuvre au moyen d’un appareil bien rodé dans l’art de l’extermination. L’arrivée d’un convoi était annoncée au commandement du camp au moyen d’un télégramme ou de messages radio. Le commandant du camp donnait ensuite ses instructions à la division politique, à la section médicale de la garnison SS, à la section véhicules, à la section des gardes et au service du travail. Chaque division en charge du ‘traitement’ d’un convoi avait un tableau de service concernant son déploiement sur la rampe. On attribuait aux officiers et aux soldats SS en service sur la rampe une tâche précise à effectuer : ils supervisaient les sélections sur la rampe, recevaient les documents de déportation des officiers en charge de la déportation, et ils séparaient les déportés en plusieurs groupes - les hommes, les femmes, et ceux qui étaient incapables de travailler (comme les personnes âgées, les malades et les enfants). Ils obligeaient ensuite les arrivants apeurés et désorientés à se mettre en rang par cinq et ils commençaient la sélection.

« Ensuite ils confirmaient la prise en charge du train de la mort, en fournissant tous les détails sur le nombre de déportés. Les soi – disant « commandos de nettoyage » intervenaient en montant sur la rampe pour dérober leurs maigres possessions aux Juifs arrivant. Après, ceux qui étaient condamnés étaient emmenés à la chambre à gaz soit dans des camions soit à pied en colonnes. Une fois arrivées à la chambre à gaz, les victimes innocentes et sans défense étaient trompées au moyen de discours fallacieux et on leur ordonnait de se déshabiller pour une « douche ». On les faisait rentrer dans la chambre à gaz dont on fermait les portes à clef. Un camion sanitaire apportait le gaz mortel, le zyklon B, à l'usine de mort. Ils lâchaient le gaz dans la pièce et ils observaient l'agonie de leurs victimes par un judas. Après ceci, ils s'assuraient de la mort de leurs victimes, organisaient leur crémation dans un four crématoire et ils supervisaient l'extraction des dents en or. On tondait les cheveux des mortes et on organisait ensuite le dépouillage des objets de valeurs sur les cadavres. Les chiffres étaient ensuite transmis par télégramme à la Reichssicherheithauptamt (Autorité de Sécurité Impériale) qui était en charge de l'enregistrement du meurtre en masse. Cet organisme enregistrait le nombre de déportés, le nombre de personnes qui arrivaient au camp et également le nombre de personnes gazées.

Ensuite, les femmes et les hommes « en mesure de travailler » pouvaient entrer dans le camp et les choses étaient organisées pour qu'ils soient rasés, habillés, et ils étaient enregistrés et recensés. On les obligeait à exécuter des travaux éreintants et meurtriers par lesquels les prisonniers étaient anéantis. Les déportés malades et affaiblis étaient assassinés au moyen d'injection de phénol dans le cœur ; les esclaves qui étaient devenus « inutiles et inutilisables » étaient sélectionnés pour être gazés. Des milliers d’entre eux furent exécutés au mur des fusillés.

« En à peu près 900 jours, plus de 600 trains de la mort avec plus d'un million de juifs et 20 000 Sintés et Roms arrivèrent à Auschwitz. Les SS participaient à l'extermination de masse jour après jour – jour et nuit »

Si le tribunal n'eût pas été en mesure d'établir que les accusés étaient à titre individuel responsables de meurtres et de tortures, ceux qui étaient poursuivis auraient aussi pu être accusés de complicité pour ces crimes.

La défense a utilisé tous les moyens possibles pour faire douter les témoins de leur propre témoignage. De nombreux témoins qui avaient été gravement traumatisés n'avaient pu rester sains d'esprit qu'en supprimant ces horreurs de leur mémoire. Néanmoins, lors du procès, ils ont dû s’y confronter une fois de plus.

Le procès examina le cas de l'assassinat de 119 adolescents à Auschwitz en février 1943. Les garçons, originaires de la région de Zamosc en Pologne et qui avaient entre 13 et 17 ans furent assassinés au moyen d'une injection de phénol après qu'on les ait autorisés à jouer au football dans la cour de l'hôpital d'Auschwitz. L'officier et médecin SS, Emil Hantl fut un des exécutants de ce crime horrible. Il ne fut condamné qu'à trois ans et demi d'emprisonnement et en vertu de la loi allemande il put quitter le tribunal en homme libre.

Dans une autre affaire, un prisonnier fut enfermé avec 38 autres dans une « cellule de la faim » de 2,5 m sur 3. Le seul accès à l’air libre était par l’intermédiaire d’un petit trou dans le plafond. Le matin suivant, 20 détenus étaient morts par ce qu’ils avaient suffoqués ou qu’ils s’étaient faits piétiner.

Les détails épouvantables des chambres à gaz furent révélés pour la première fois au grand public.

A l’ouverture des portes, soient 20 minutes après le lâchage du Zyklon B, les déportés qui étaient en charge du nettoyage des chambres à gaz trouvaient jusqu’à 2000 cadavres nus agglutinés les uns sur les autres. Des bébés, des enfants, des vieillards, piétinés à mort, étaient couchés sur le sol, à l’endroit où le gaz avait commencé à se répandre. Au dessus d’eux, on pouvait voir une couche de cadavres de femmes et enfin les cadavres des hommes les plus forts se trouvaient au sommet de cette masse terrifiante. Pour faire des économies, les nazis commencèrent à utiliser des doses plus faibles de Zyklon B. Ceci impliquait que l’agonie durait jusqu’à cinq minutes et que les victimes les plus faibles finissaient en dessous dans leur lutte contre la mort. Les juges ont appris que 16 bidons, contenant chacun 500 grammes de gaz étaient utilisés pour tuer 2000 personnes par chambre à gaz. Chaque bidon coûtait 5 Reich Marks. On estime que 865 000 Juifs ont été assassinés dans les chambres à gaz d’Auschwitz.

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