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26/06/2016

Histoire : le procès d’Auchwitz à Francfort ( 2 ème partie)

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Le chemin vers le procès

Si le procès a pu avoir lieu, c’est à cause de deux événements plus ou moins accidentels et n’ayant entre eux aucun rapport direct. Comme l’a expliqué Werner Renz de l’Institut Fritz Bauer dans un mémoire paru récemment, il aurait suffi que les circonstances soient légèrement différentes pour que « le procès d’Auschwitz n’aie jamais lieu il y a quarante ans ».


Adolf Roegner, un ancien déporté d’Auschwitz et un Kapo, fut également incarcéré à Bruchsal pour « faux serment et faux témoignage alors qu’il ne déposait pas sous serment ». Dans une lettre au procureur général de Stuttgart en date du 1er mars 1958, il a fait référence à Wilhelm Boger, un ancien membre de la Gestapo du camp d’Auschwitz. Dans cette lettre, il accusait Boger de crimes à Auschwitz et il indiquait l’endroit où vivait et travaillait Boger.

Les autorités ont hésité à agir, mais deux mois plus tard, suite à des protestations émanant du secrétaire général du Comité International d’Auschwitz, Hermann Langbein, qui avait également été contacté par Roegner, une enquête fut mise en route. Dans sa lettre, Roegner donna également d’autres noms de SS d’Auschwitz. Finalement, un mandat d’arrêt fut délivré à l’encontre de Wilhelm Boger, mais il a fallu attendre le 8 octobre 1958 (sept mois après) pour qu’il soit arrêté sur son lieu de travail. Ceux que Roegner avait accusés - Stark, Broad et Dylewski - furent placés en garde à vue préventive en avril 1959.

nouvelles du progrès,auswchitz,frankfort,kohl,bauerPar ailleurs, le journaliste Thomas Gnielka du Frankfurter Rundschau envoya mi-janvier des documents au procureur général du Land de Hesse, Fritz Bauer. Gnielka avait reçu ces documents d’un habitant de Francfort, Emil Wulkan, un survivant du camp. Wulkan avait à l’origine trouvé ces documents dans un tribunal SS qui avait été brûlé en mai 1945 à Wroclaw. Il montra ces documents à Gnielka en décembre 1958, alors qu’il déposait une demande de réparation. Le journaliste les identifia comme étant des registres d’exécutions à Auschwitz.

Les documents, qui émanaient des commandants du camp de concentration d’Auschwitz, des SS et des tribunaux de police de Wroclaw, dressaient la liste des déportés tués au cours de supposées tentatives d’évasion. Y figuraient aussi les noms de trente sept SS qui avaient participé aux exécutions comme Stefan Baretzki. Dans le but de donner à ces meurtres une apparence de légalité, les victimes étaient déclarées coupables selon une législation en cours et leurs meurtriers SS étaient dûment acquittés.

Le procureur général Fritz Bauer a utilisé ces documents pour établir la compétence du tribunal de Francfort-sur-le-Main pour juger le complexe d’Auschwitz - ce qui fut finalement obtenu en avril 1959. C’est seulement à ce moment qu’il fut possible de déclencher des enquêtes préliminaires afin d’arrêter les criminels d’Auschwitz.

Bauer était un social-démocrate allemand qui avait été contraint à l’exil à cause de ses vues politiques et de ses origines juives; il a été un des rares jurés de la République Fédérale ayant cherché à poursuivre sérieusement ceux qui étaient responsables de crimes nazis. Comme il avait auparavant été confronté dans ses efforts à un barrage de résistance, il avait saisi l’occasion pour mettre le procès en marche.

Bauer voulait transformer les débats en une enquête sur « La solution finale de la question juive » mise en œuvre par les nazis à Auschwitz. C’est pour cette raison qu’il fit appel à des experts de l’Institut d’histoire contemporaine de Munich. Pour lui, ce qui importait, ce n’était pas de condamner les auteurs de crime individuels, mais de trouver une explication historique à ce qui était arrivé. Le procès a définitivement établi que la théorie de l’extrême droite qui avançait que personne n’avait été gazé à Auschwitz n’était qu’une falsification historique des plus ignobles.

Un jeune membre CDU du parlement de Mayence du nom d’Helmut Kohl, qui plus tard a reconnu qu’il « avait eu beaucoup de chance d’être né trop tard » s’est opposé à Bauer, avançant que la chute du Troisième Reich était beaucoup trop récente et, pour cette raison, il n’était pas possible de prononcer un jugement historique sur le « national socialisme ». Kohl qui a été pendant longtemps le chancelier de la République fédérale d’Allemagne et prédécesseur immédiat de Gerhard Schröder, exprimait là un point de vue très courant dans les milieux politiques de l’Allemagne de l’Ouest.

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