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Histoire : le procès d’Auchwitz à Frankfort

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Le 19 juin dernier, le ciné-club des Amis du Progrès projetait le film «  Le labyrinthe du silence », un film de reconstitution historique sur le premier procès organisé en Allemagne par un tribunal allemand, celui de Frankfort. Un jeune procureur se bat contre un système : les nazis réintégrés dès le lendemain de la guerre dans la fonction publique un jeune procureur se bat pour que l’Allemagne de L’OUEST, la RFA ait le courage de condamner ses propres citoyens. Vous trouverez ci-après la première partie d’un rappel historique.

Un texte écrit par Sybille Fuchs

L’article qui suit est la version publiée en trois parties par le World Socialist Web Site il y a dix ans à l’occasion du 40ème anniversaire du procès d’Auschwitz à Francfort. Les extraits du dialogue figurant dans l’article proviennent d’une pièce de Peter Weiss « L’Instruction » écrite en 1965 et basée sur les minutes du procès. (1)

Le Juge : Qu’avez-vous pu apercevoir du camp ?

2e témoin : Rien du tout. J’étais très soulagé de quitter cet endroit.

Le Juge : Avez-vous vu les cheminées au bout du quai, avez-vous vu la fumée ou la lumière éblouissante ?

2e témoin : Oui, j’ai bien vu la fumée.

Le Juge : Et qu’en avez-vous déduit ?

2e témoin : J’ai pensé que cela devait être la boulangerie. On m’avait dit qu’on y faisait du pain jour et nuit. Après tout c’était un très grand camp.

(L’Instruction, de Peter Weiss, Francfort, 1965)

Cette année, on commémore le 50ème anniversaire du procès d’Auschwitz - la première fois qu’en République Fédérale Allemande on traduisait en justice certains des responsables de la machine d’extermination nazie. Le procès a commencé le 20 décembre 1963, dans le Römer, la mairie de Francfort, presque 20 ans après la fin de la deuxième Guerre mondiale et du procès de Nuremberg, pour se terminer le 19 août 1965.

Il est notoire que la réponse des tribunaux allemands au régime nazi et à ses crimes monstrueux constitue un des épisodes les plus infâmes de la justice ouest-allemande. Dans les années 1950 et 1960, l’opposition à de tels procès était tout à fait courante dans les cercles politiques et judiciaires allemands.

Aucun des trois commandants d’Auschwitz n’était plus en vie à l’ouverture du procès. Rudolf Höss et Arthur Liebehenschel avaient été jugés et exécutés en Pologne en 1947 suite à un accord entre les forces alliées. D’autres qui avaient une responsabilité majeure, comme le célèbre Docteur Mengele purent s’enfuir et se cacher en Amérique du Sud.

Richard Baer, le dernier commandant d’Auschwitz, refusa de témoigner lors de l’instruction du procès de Francfort. Il est mort en prison lors de cette instruction et toute action judiciaire contre lui fut abandonnée. C’est pour cette raison que le procès de Francfort s’est contenté de juger les seconds couteaux de ces commandants de camp.

Mais peut-être que c’est précisément parce que le procès n’a pas uniquement jugé des chefs principaux de la SS mais également certains de leurs subordonnés, que l’affaire et le compte rendu détaillé fait par la presse ont pu donner pour la première fois aux allemands de l’Ouest une idée complète de la routine apparemment banale de l’épouvantable machine d’extermination d’Auschwitz. C’est pour cette raison que le procès a joué un rôle important pour la prise de conscience politique de la jeunesse allemande.

Le fait que les allemands de l’Ouest se soient intéressés de près au procès d’Auschwitz était en grande partie dû aux 359 témoins venant de 19 pays et parmi lesquels 211 rescapés du camp. Le procès, qui a obligé les témoins à se souvenir d’évènements terribles avec toute la précision requise dans une affaire criminelle, a souvent imposé des exigences excessives à ces survivants. Dans leur majorité, les accusés, assistés de leurs avocats et assis sur les bancs normalement réservés aux conseillers municipaux, ne s’intéressaient pas aux débats.

Derrière eux, devant de grandes fenêtres, on avait accroché deux panneaux représentant des croquis de Auschwitz I (le principal camp de concentration) et d’Auschwitz II (le camp d’extermination de Birkenau). A côté des magistrats, siégeait la Cour d’Assise, composée de trois juges professionnels et de six magistrats qui avaient prêté serment en tant que jurés. Le Juge Hans Hofmeyer présidait les débats.

Il était prévu que le procès dure au moins 20 mois et il fut commencé à l’Hôtel de ville (le Römer), qui était à l’époque la seule salle à Francfort pouvant accueillir tous les acteurs des débats. Au printemps 1964, la cour se déplaça au Bürgerhaus Gallus, qui avait été construit spécialement pour le procès, et y demeura jusqu’au verdict. Au cours des mois qui suivirent, 20 000 personnes assistèrent au procès.

Six des accusés ont été condamnés à la prison à vie pour meurtre ou complicité de meurtre, et onze accusés ont été condamnés à un maximum de 14 ans de prison. Trois accusés ont été acquittés pour manque de preuves, et deux n’ont pas comparu parce qu’ils étaient décédés entre temps ou parce qu’ils étaient malades. Le défi qui se présentait aux juges était de prouver au-delà du doute raisonnable que chacun des accusés était en tant qu’individu, complice des crimes. Du fait de cette norme difficile à respecter, les sentences prononcées étaient relativement clémentes, ce qui est apparu comme trop modéré à beaucoup des survivants victimes du nazisme.

Sur plus de 6000 (selon certaines sources 8000) anciens SS qui ont gardé Auschwitz entre 1940 et 1945, seulement 22 ont comparu devant le tribunal de Francfort, dont un ancien kapo. Au cours des vingt mois de débat, aucun accusé n’a montré le moindre signe de remord.

Les verdicts n’ont aucune commune mesure avec les crimes que les auteurs ont perpétrés à titre individuel ou à titre collectif. Au moins 3 millions de juifs et autant de prisonniers politiques, de Sintés, de Tsiganes et d’homosexuels ont été gazés à Auschwitz ou sont morts à cause du travail forcé, de la faim et du froid, d’expérimentations médicales bestiales, de brutalités arbitraires ou d’exécutions par arme à feu. On trouvait des camps dans toute l’Allemagne. Le camp de Birkenau à lui seul pouvait recevoir 100 000 déportés.

A suivre

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