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Libres propos: "Il y a 50 ans commençait la grève des travailleuses de la FN à Herstal"

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C'était le 16 février 1966. Les ouvrières de la Fabrique Nationale partent en grève. Elles veulent un salaire juste et réclament une augmentation de 5 francs l'heure. Mais rapidement leur slogan deviendra : A TRAVAIL EGAL, SALAIRE EGAL. Après 12 semaines de lutte, elles obtiendront la moitié. Mais elles auront enfin obtenu une reconnaissance. Et auront marqué l'histoire syndicale.

On les appelait les "femmes-machines". "Elles étaient deux cents qui travaillaient dans des halls immenses sous de hautes verrières. La chaleur était insupportable. Elle pouvait monter jusqu'à 50°, 60° parfois. Elles travaillaient, les bras dans une huile hautement toxique avec des projections dangereuses. Pour se protéger, elles devaient endosser de lourds tabliers qui rendaient la chaleur plus pénible encore. Pour avoir un peu de fraîcheur, elles mettaient de l'eau dans leurs sabots. Des courroies pendaient du plafond et provoquaient régulièrement de accidents". Ce récit ne date pas du 19ème siècle. Ce que raconte là Jean-Marc Namotte, ce sont des souvenirs de gamin dans les années 60. Fils d'un régleur de la FN, cet actuel responsable syndical à Liège rejoignait parfois son papa dans l'entreprise et il garde un souvenir précis des activités de l'activité des ouvrières dans une chaleur suffocante et une épouvantable odeur d'huile. Quelque  chose de l'enfer...

Pour ce travail de forçat, les ouvrières perçoivent un salaire de misère. Elles ne sont que des femmes-machines. Les hommes eux sont qualifiés de spécialistes, et leur salaire plus important. Même les gamins-machines entrés à l'usine à 14 ans touchent rapidement un salaire plus élevé que ceux de leurs collègues féminins adultes. Quand ils ont 16 ans, ils peuvent en effet accéder à la prestigieuse école de la FN et acquérir  une formation professionnelle pointue. Les ouvrières de la FN n'y ont pas accès. "Nous n'étions pas considérées ni dans notre travail ni à l'extérieur. Nous n'étions que des femmes-machines" se souvient Jenny Magnée, représentante emblématique du conflit à la CSC.

De plus, elles dépendaient du bon vouloir des régleurs. "C'était le régleur qui imprimait le rythme de la machine, explique Jean-Marc Namotte, s'il avait la travailleuse dans son collimateur, il la réglait mal et elle perdait du temps donc de l'argent".

"Dans l'huile sentant mauvais, jusqu'au cou, à longueur de journée, les nerfs à fleur de peau parce que, comme on travaille à la pièce, on est obsédé par le rendement: autant de pièces fabriquées, autant de francs gagnés. Tenez, moi je m'occupe de cinq machines. Au bout d'un moment tout se met à tourner devant mes yeux. Je suis obligée de sortir pour prendre l'air. C'est à devenir folle" raconte à l'époque une ouvrière en grève.

greve_femmes_FN_02.pngLa colère gronde, légitime... En 1962, un accord avait été conclu dans le secteur des fabrications métalliques (FN, ACEC...). Il stipulait que pour la fin de 1965, les salaires des femmes devraient atteindre 85% de ceux des hommes. Mais fin 1965, elles ne voient rien venir et les patrons veulent renégocier. Le 9 février, la petite Germaine arrête le travail et entraîne ses collègues dans l'action. Les  syndicats leur demandent d'attendre un peu. Les patrons ne cèdent en rien. Alors, le 16 février, elles stoppent spontanément le travail et quittent les ateliers. Le lendemain, elles tiennent leur première assemblée à la Ruche à Herstal. Les syndicats reconnaissent la grève. Un comité de grève est constitué : il compte vingt-cinq femmes et les représentants syndicaux. Il organisera neuf assemblées  -réservées aux femmes et deux manifestations. La grève durera douze longues  semaines et mobilisera 3.000 ouvrières. L'argent manquant, la vie devient difficile. La FN emploie des familles entières. La grève des femmes entraîne l'arrêt progressif des autres ateliers en manque de pièces. Beaucoup de maris, de frères font pression sur les femmes, mais elles tiennent bon. Le comité de grève, formidablement efficace et solidaire prépare des colis distribués aux grévistes : une boîte de sardines, une boite de tomates pelées, une tablette de chocolat, un paquet de pâtes, un paquet de chicorée. C'est mieux que de l'argent que certains hommes iraient boire... Le comité gère aussi les multiples difficultés  des  grévistes.

Très vite, la solidarité s'organise. Tant qu'ils travaillent certains ouvriers de la FN versent une heure de leur salaire au comité de grève. Les dons affluent des quatre coins de la Belgique, de France, d'Italie, d'Espagne, d'Algérie... Une première manifestation a lieu à Herstal  le 7 avril. Une autre suit le 24 avril. Le cortège part de Herstal et va jusqu'à la Place Saint-Paul à liège, via la place Saint-Lambert.

Des politiques apportent leur soutien, c'est le cas notamment de Suzanne Grégoire, militante du Parti Communiste de Belgique (PCB), conseillère communale de Herstal qui soutiendra le comité de grève dés la première heure. Elle fut d'ailleurs à ses débuts, ouvrière à la FN et commence son parcours de militante communiste. Elle participera aussi activement à la grève des ouvrières de la FN Herstal en 1966 pour revendiquer un salaire égal pour tous. Le 8 octobre 1966 elle est élue trésorière du comité "A travail égal, salaire égal". Actuellement, la commune de Herstal a décidé qu'une rue porterait son nom.

Cette commune est également le fief du Président du petit parti politique qui se prétend de gauche et qui cultive le culte de la personnalité à outrance. Il inscrira sûrement cette grève  au profit de son parti. Il ne suffit pas de remplacer le mot "Communiste" par les mots "du Travail" pour se prétendre l'héritier des luttes du Parti Communiste de Belgique...

Freddy Guidé

Deux expositions à voir :

FEMMES EN COLÈRE

Du16 février au 26 mars de 10 à 17H

Tous les jours sauf le dimanche

Aux anciens ateliers du Pré-Madame rue du Tige, 13 à 4040 Herstal

Entrée gratuite

Rens : www.femmesencollere.be

1966-2016 : QUAND LES FEMMES LUTTENT POUR LEURS DROITS

du 8 mars au 26 avril.

L'expo est accessible pendant les heure d'ouverture des services

Dans le Hall d'entrée de la CSC Liège-Huy-Waremme. Bd Saucy, 10 à 4020 Liège.

Entrée gratuite

 

 

 

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