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Julien Lauprêtre, titi parisien des barricades et miraculé de la place du Combat

 

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La Libération par ceux qui l'ont vécue

Pierre Duquesne

Francine Bajande

 

Le président du Secours populaire français a lancé un groupe de résistance dès l’âge de seize ans. Un exemple emblématique de l’audace de ces jeunes qui ont su défier l’occupant et joué un rôle majeur, avec la Jeunesse communiste clandestine, dans la libération de Paris.

Il est si jeune, et c’est déjà un homme. Julien Lauprêtre affiche dix-huit ans à peine lorsqu’il pose à côté de la barricade édifiée en bas de chez lui, fin août 1944, rue Érard, dans le 12e arrondissement de Paris. Sur cette photographie, le visage juvénile contraste avec la posture bien campée de celui qui en a beaucoup vu. Il a déjà passé cinq mois en prison pour propagande anti-hitlérienne, appris le métier d’ouvrier spécialisé dans le taillage de miroirs, parti pour l’exil, devenu l’un des responsables parisiens de la Jeunesse communiste clandestine. Il n’a encore que dix sept ans quand il rencontre, dans les geôles de la préfecture de police, Manouchian et des hommes de l’Affiche rouge. Une rencontre qui marquera pour toujours la vie de celui qui deviendra le président du Secours populaire français (SPF). Mais, avant même d’être ballotté par les soubresauts de la grande histoire, le jeune Julien a été l’un de ces jeunes titis parisiens anonymes qui, dans leur quartier, dans leur rue, ont fait montre d’une incroyable audace face à l’occupant. Et il incarne l’irréductible esprit de liberté des militants de la Jeunesse communiste clandestine, qui ont joué un rôle majeur dans la libération de Paris.

Comme son père, Julien est rapidement fiché, traqué et recherché

Dès 1942, échauffé par les tracts que lui donne son père, syndicaliste cheminot passé dans la clandestinité dès 1941, Julien Lauprêtre monte un groupe avec deux copains d’école du 12e arrondissement. « Nous n’étions pas très organisés mais nous avons commis quelques faits d’armes… Le plus important, ce fut d’enlever la barrière qui empêchait le passage des Parisiens devant la caserne de Reuilly, occupée par les Allemands. Nous sommes allés la briser dans les escaliers du métro Faidherbe-Chaligny. » Les trois compères ne s’arrêtent pas en si bon chemin. « Nous changions l’orientation de tous les panneaux de signalisation en allemand et passions consigne aux enfants du quartier d’envoyer en sens inverse les soldats qui demandent leur chemin. » Julien entre ensuite en contact avec la Jeunesse communiste clandestine. Leurs actions prennent alors une tout autre dimension. Les « Mort aux boches » écrits à la craie deviennent des énormes graffitis à la peinture Minium. « Nous balançions les tracts en vélo au marché d’Aligre ou ailleurs et nous organisions des prises de parole dans les cinémas, par groupes de trois. Si le premier se dégonflait, le deuxième prenait le relais, et pareil pour le troisième… » Opération réussie : les salles ont dû rallumer la lumière pendant les actualités allemandes.

Parallèlement, Julien Lauprêtre devient apprenti dans une miroiterie pour aider sa mère. Comme son père, Julien est rapidement fiché, traqué et recherché. Jusqu’au jour où son « contact 01 », responsable de plusieurs groupes de jeunes, se fait pincer. Affreusement torturé, le camarade parle et les brigades spéciales envoient Julien à la préfecture de police. Il y partagera, huit jours durant, la même cellule que des FTP-MOI du groupe Manouchian. À quelques jours de son exécution, le chef de l’Affiche rouge lui dira alors : « Toi, tu vas t’en sortir. Alors promets-moi d’être utile aux autres, de continuer le combat tant que règne l’injustice sur cette terre. » « Je m’en souviens comme si c’était hier », confie l’octogénaire qui préfère évoquer ses batailles futures avec le SPF que l’anniversaire de ses dix-huit ans, célébrés derrière les hauts murs de la prison de la Santé.

Après cinq mois d’enfermement, il parvient à sortir avec une promesse d’embauche. Mais le service du travail obligatoire le rattrape. Julien se réfugie chez des parents, à Oullins, en banlieue lyonnaise. Il n’y restera que quelques semaines. Dès qu’il apprend le débarquement allié en Normandie, il prend le train « pour libérer Paris ». Il retrouve enfin son père, qui organise l’insurrection décisive des cheminots. Lui se charge de lancer la première barricade dans le 12e arrondissement, au pied de l’immeuble familial. Il se démultiplie. Un peu trop même. Quelques jours après la libération de la capitale, il distribue un tract avec le titre « Vengeons Pimpaud », qu’il croit fusillé. Marcel Pimpaud, devenu entre-temps le lieutenant-colonel Dax, était un ex-secrétaire de la JC du 12e arrondissement parti avec les Brigades internationales. « Tandis que je continuais ma distribution, un gaillard me met la main sur l’épaule, et me dit : “Pimpaud, c’est moi ! Maintenant tu poses tes tracts et je vais t’apprendre à faire des cocktails Molotov.”. »

Finalement, il ne sera pas de la lutte armée. Ce qui ne l’empêche pas de passer à deux doigts de la mort, sur la – bien nommée – place du Combat (ancien nom de la place du Colonel-Fabien). « Nous avons été chargés d’aller chercher des armes avec un camion à gazogène, rue de Flandre. Nous sommes tombés sur des nazis. Mon responsable s’est enfui et s’est fait tirer dessus. Je suis descendu avec le chauffeur, les mains à l’air, des Luger pointés sur ma nuque. Les Allemands m’ont fait traverser la place. Des corps jonchaient le sol, le long de la rue. Je pensais que j’allais mourir. Quand soudain, un traction avant FFI arriva et déclencha une fusillade. J’ai filé à l’anglaise. » Un véritable miracle.

Avant même la fin des combats, Julien Lauprêtre sera chargé, par le Conseil national de la Résistance, de réquisitionner des locaux pour installer des organisations démocratiques. Boulevard Diderot, il débarque avec son revolver au QG des collabos du RNP pour en faire le siège du Parti communiste. Rue Érard, il installe le local de la Jeunesse communiste. « Les jeunes y ont afflué de manière impressionnante. On pouvait revivre. C’était une nouvelle vie. » Une nouvelle vie de combat.

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Extrait de l'Humanité.

 

Commentaires

  • Julien Lauprêtre et dans le très bon documentaire ''Une jeunesse parisienne en résistance'' Réalisé par Mourad Laffitte et Laurence Karsznia. Un film qui aborde l'espoir et la détermination de toute une jeunesse parisienne avide de faire vivre les valeurs humaines au-delà de toute barbarie ; le parcours « héroïque » de ces jeunes, souvent étrangers, entrés en résistance dans les FTP-MOI et dont beaucoup connurent le sort tragique des arrestations, de la torture, des exécutions ou de la déportation.
    Souvent issus du monde ouvrier, par-delà la xénophobie ou l'antisémitisme et les risques qu'ils encouraient, portés par la volonté d'un monde meilleur, ils ont dit non à la barbarie nazi et la collaboration du gouvernement de Vichy et se sont engagés parfois jusqu'à en mourir.
    Basé sur de nombreux témoignages et archives dont certaines inédites, ce documentaire s'inscrit dans une volonté de compréhension, de transmission. Source http://www.humanite.fr/henri-krasucki-une-jeunesse-parisienne-en-resistance-574829

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