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En préalable à la visite du terril des Piges.

nouvelles du progrès,terril,comité de défense,ryan europeEn 1984, le dernier Charbonnage de Wallonie, le Roton de Farciennes, ferme ses portes.

C'en est fini de cette industrie sur laquelle un patronat puissant a construit sa richesse, industrie autour de laquelle se sont développées la sidérurgie, les verreries, la chimie, industrie qui a bénéficié d'énormes investissements publics pour sa fermeture. Ne restent plus comme signes apparents de cette activité que quelques bâtiments en ruines: tours à molettes rouillées et des crassiers s'étendant du Borinage à Liège en passant par Charleroi.

Ces crassiers, ce sont des montagnes de cailloux sortis des entrailles de la terre mélangés à la houille. Ces millions de tonnes de matériaux symbolisent l'incapacité séculaire des hommesà séparer dans le tréfond le «stérile» du «flambant».

Ces collines noirâtres ou verdoyantes, aujourd'hui, aux formes variées surplombent les petites maisons ‑des ‑corons, maisons où vécurent ceux qui firent la richesse des patrons charbonniers et qui, aujourd'hui encore, souffrent au plus profond de leur corps. Élevées ainsi à force de sueur et de sang, elles sont détestées par certains qui voudraient les voir disparaître à tout jamais.

D'autres pourtant, plus nombreux, voudraient les conserver pour qu'elles restent, là, dressées, témoins de notre passé.

Jadis, masses nues, noirâtres, elles témoignaient de la légèreté des patrons charbonniers abandonnant à même le sol les résidus de l'exploitation. Ce qui est loin d'être le cas dans d'autres pays. Ainsi par exemple, dans certaines régions d'Allemagne, les matières stériles sont réinjectées avec sable et eau dans les galeries, limitant les mouvements du sol et réduisant d'autant les dommages causés aux habitations.

Indésirables, dans les premiers  temps, ces tas de résidus industriels totalisant quelque 850 millions de tonnes sont aujourd'hui revendiqués par de multiples utilisateurs potentiels. Les défenseurs de l'environnement souhaitent les préserver, voire sauvegarder certains d'entre eux comme réserves naturelles de haute valeur biologique qu'ils sont devenus (c'est le cas du terril de Saint‑Antoine à Boussu‑Dour, qui servait de laboratoire vivant pour de nombreux chercheurs).

En ce qui les concerne, les nouveaux exploitants charbonniers, agissant trop souvent en prédateurs de l'environnement, veulent récupérer le charbon contenu dans leurs flancs. Le problème se pose d'ailleurs dans de nombreux pays puisqu'on dénombre quelque 260 terrils dans la Ruhr, 300 dans la région française du Nord, et des centaines d'autres aux Pays‑Bas ou au Pays de Galles.

UTILISATION ET AMENAGEMENT DES SITES EXISTANTS

Les dépotoirs miniers ne sont pas du tout stériles. En effet certains, en quelques décennies, ont été reconquis par des bouleaux et des plantes pionnières comme la vipérine, le millepertuis et le mélilot. Sont ensuite venus la pelouse, les épineux comme l'aubépine, le prunellier et la forêt avec des essences nobles comme le hêtre, le chêne, le merisier,...Enfin, mousses et champignons y prolifèrent.

A titre d'exemples, nous pouvons citer les terrils du Martinet à Roux, du Saint‑Alphonse à La Louvière, ou encore du Saint‑Antoine à Boussu-Dour, où nous constations la présence d'espèces subtropicales ou de milieux salins (PORTULACA OLERACEA, le pourpier à l'état sauvage y occupait une vaste station).

Secs, les terrils sont exposés aux ardeurs du soleil et brûlent souvent intérieurement. Ils forment ainsi un biotope et des micro‑climats très particuliers avec phénomènes physicochimiques, flore et faune spécifiques et parfois rares, inhabituelles. Leurs flancs offrent asile à quantité d'insectes, de reptiles, d'oiseaux et de rongeurs,...

Des sources jaillissent souvent de certains terrils au sein desquels se sont recréés les écoulements des eaux Une de celles provenant du Saint‑Antoine est une source d'eau chaude (environ 30 degrés).

Les étangs recréés au pied des sites ou les bassins de décantation abandonnés abritent des batraciens voire des poissons. Ils sont le refuge de nombreuses espèces d'oiseaux

LE TERRIL ESPACE VERT

Un terril boisé constitue un havre de paix pour les riverains et contribue à l'amélioration de l'environnement et du cadre de vie des habitants. Il permet aussi le développement de certaines espèces végétales et la culture maraîchère. C'est ainsi qu'un industriel, François DUBOIS, a racheté un terril à Chapelle‑lez‑Herlaimont, y a fait planter de nombreuses espèces de bois nobles... Le tout forme aujourd'hui une vaste forêt à la limite du bassin industriel carolorégien. En outre, sur le plateau, des ceps de vigne permettent la production annuelle de quelques hectolitres de vin. L'imagination a donc permis l'utilisation de ces masses, aujourd'hui verdoyantes et parfaitement intégrées au paysage. Le terril peut représenter un réel poumon d'oxygène au sein d'un environnement industriel pollué. Le terril, boisé ou non, offre à la population vivant à ses pieds un rôle protecteur. Le terril de la Blanchisserie à Dampremy protège ainsi des vents, des poussières, des gaz et des bruits engendrés par la sidérurgie proche, la population d'une commune qui a déjà payé un lourd tribut à l'industrialisation.

LE TERRIL PEDAGOGIQUE

Répétons‑le, le terril de Saint‑Antoine servait de laboratoire vivant pour de nombreux chercheurs, pour les universités. L'ensemble qu'il formait avec celui, voisin et sur Dour, de La grande Machine à Feu constituait un merveilleux outil d'études, d'observations pour les cours de sciences et autres des diverses écoles de la région.

LE TERRIL EPURATEUR

Lalaing, municipalité du Nord de la France, n'avait pas de station d'épuration mais était encombrée par un grand nombre de bassins de décantation des boues minières, les fameux schlamms . Le maire eut l'idée de résoudre les deux problèmes en même temps. Il déverse les eaux usées dans ces étangs, transformés ainsi en bassins de lagunage! Algues, joncs, iris et aulnes plantés dans les plans d'eau successifs se chargent de digérer la pollution et d'en faire de la matière végétale qui, une fois séchée, sera brûlée dans les chaudières des écoles.

LE TERRIL SPORTIF

Autre exemple, toujours en France, à Noeux‑les‑Mines, le conseil municipal a fait aménager sur le terril haut d'une centaine de mètres deux pistes de ski en matière synthétique constamment humidifiée pour permettre l'initiation à ce sport et ce, même en plein mois d'août. Le projet est, en outre, complété par un golf, un plan d'eau, un mur d'escalade, un centre de vol en parapente et une école de conduite sportive. Un parcours santé aurait pu compléter avantageusement cet ensemble.

L'EXPLOITATION DES TERRILS

De Charleroi à Mous, depuis vingt ans, une série d'entreprises ont éventré les terrils pour en retirer, avec un profit colossal, diverses matières. Les plus anciens sont les plus convoités car ils contiennent un fort taux de charbon. Ils sont aussi les plus boisés! Pour justifier l'exploitation particulièrement contestée de ces terrils, les divers exploitants parlent d'assainissement en faisant allusion aux dépotoirs, aux endroits marécageux et malodorants. Et puis, l'argument massue: la récupération d'une énergie d'appoint permettant d'assurer partiellement notre indépendance énergétique.

LE TERRIL ENERGIE

Comme le terril recèle toujours du charbon (parfois jusqu'à 40% de la masse globale), il constitue un gisement secondaire à ciel ouvert facilement exploitable et assure une rentabilisation maximale des installations grâce aux performances sans cesse croissantes des techniques de triage et de lavage. Les matières récupérées sont principalement vendues aux centrales électriques. Noirs ou rouges (après combustion), les schistes composent l'essentiel des crassiers et servent d'excellents matériaux pour les remblais, assises de routes, des terrains de sports et des zones industrielles. Ils peuvent aussi épargner à la région l'exploitation de nouvelles carrières. Les cendres et les boues (les schlamms ) entassées jadis sur certains terrils ou issues du triage réalisé aujourd'hui représentent d'excellents ingrédients pour les cimenteries, les fabricants de béton ou les producteurs de «boulets».Vu la présence d'alumine, les terrils pourraient connaître une nouvelle exploitation dans les décennies futures.

UN MARCHE FABULEUX

Ces diverses récupérations, obtenues à peu de frais permettent la réalisation de bénéfices importants. En vingt ans, la SA Ryan Europe, multinationale puissante qui a bénéficié de nombreux avantages fiscaux et autres offerts par les lois d'expansion économique, affirme avoir extrait 800.000 tonnes de charbon vendu entre 1.650 et 2.200 francs la tonne. On jongle avec les millions, les milliards de francs. On comprend mieux ainsi l'acharnement des industriels afin d'obtenir les autorisations nécessaires aux exploitations. Ce marché tant convoité oppose une vingtaine d'entreprises parmi lesquelles la SA Ryan Europe occupe la place prépondérante (60% du marché). Ces firmes emploieraient quatre cents travailleurs dont cent cinquante chez Ryan Europe.

Robert TANGRE
Ancien animateur de la Coordination des Comités de Défense des Terrils.

La Coordination des Comités de Défense des Terrils

Cette dernière a vu le jour vers 1992 grâce à l’action de comités citoyens locaux qui se battaient contre une multinationale « La Ryan Europe ». Ils n’étaient pas écoutés ni aidés par les divers pouvoirs politiques qui laissaient faire la société sans lui imposer la moindre contrainte. Au point de départ, à l’initiative des comités du Martinet de Roux et du 6 Périer de Courcelles s’est créée cette coordination de défense des terrils qui a réussi à réunir 15 comités oeuvrant entre Liège et Mons.

Pour plus d’efficacité, elle s’est entourée de conseillers avisés : avocats, géographes, géologues, biologistes… L’action de ce large front commun largement répercutée par la presse interpella de nombreux  responsables politiques qui nous reçurent dans de nombreuses communes pour entendre nos arguments. C’est ainsi que nous avons aussi participé à la révision de la classification des terrils wallons demandée par la Région Wallonne (Nous avions à l’époque rencontré M. Collignon, président de la région).

Les terrils furent classés en 3 catégories :

Catégorie A : terrils intouchables
Catégorie B : terrils à exploiter car ne causant aucun désagrément à la population vu leur situation géographique
Catégorie C : demandant un examen  complémentaire.

La Ryan Europe, propriétaire d’une trentaine de terrils se voyait ainsi limitée dans ses projets. Elle se déplaça en Pologne où l’attendaient des travaux bien plus rentables. La grande majorité des terrils restèrent en l’état.

Conclusion de cette lutte victorieuse : l’union des citoyens unis et encadrés de conseils avisés peut battre une multinationale.

Que soient remerciés tous ceux qui participèrent à ce combat : Jacques, Pierre de Roux, Achille, René, Paul, Franz, Robert de Courcelles, Alphonse Guyaux de Jumet, Dominique de Dampremy, Philippe de Binche, le regretté Pierre Piérart, professeur à l’université de Mons, Gilles d’Espace environnement. Et bien d’autres, nombreux dont j’ai oublié le nom, qu’ils m’en excusent.

Robert Tangre

 

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