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01/05/2015

1er MAI 1886 Chicago : Pendus pour l’exemple! Réhabilités.

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1er mai: journée internationale de luttes pour les revendications ouvrières


(…)Les syndicats des Etats-Unis exigeaient, depuis 1864, la journée de huit heures sans diminution de salaire. Au début de 1886, tout le monde était convaincu que, seule, une agitation forte permettrait d'atteindre cet objectif.

Les ouvriers décidèrent que le 1er mai serait le jour choisi et qu'à partir de cet instant, personne ne devrait travailler plus de huit heures dans une journée de travail. Huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures d'éducation, pour une journée de vingt-quatre heures. (…)


Dans la matinée, August Spies déclara dans un appel:

«  Le 1er mai est arrivé. Depuis des années, le peuple réclame la journée de huit heures, les années passent et la réforme ne vient pas. Nous décidons donc que la journée de huit heures sera une réalité à partir d'aujourd'hui. »

Le lundi 3 mai, les journaux rendaient compte des manifestations des jours précédents, dont celle de quelque six cents femmes. Le mardi 4 mai, des dizaines de milliers de personnes étaient présentes au meeting de Haymarket. A 16 h 30, la parole fut prise par Parsons, Spies et Fielden. Le meeting se terminait quand quarante-cinq colonnes de poli­ciers firent irruption. Une bombe explosa entre les deuxième et troisième colonnes. tuant huit d'entre eux. Aussitôt, les poli­ciers ouvrirent le feu sur la foule, assassi­nant quatre-vingts personnes.

1886_1mai-300x150.jpgOscar Neebe, Fielden, Schwab, Ling, Engel, Spies et Fischer furent arrêtés. Parsons parvint à s'échapper.w

Ling était mécanicien et, en 1873, il adhéra au Parti socialiste: Fischer était typographe, Neebe, ban­quier descendant d'une famille hollan­daise, Fielden, né en 1847 en Angleterre, émigra à Chicago en 1868 ; ouvrier du textile. il devint membre actif de l'AIT (Association internationale des tra­vailleurs) ; Parsons, né à Montgomery, aux Etats-Unis, en 1848, se maria en 1872 avec une femme de couleur, fut obligé de partir et se dirigea vers Chicago; Schwab, né en 1853 en Alle­magne, émigra en 1879 à Chicago.

Leur procès eut lieu en octobre 1886.

August Spiesdéclara:

«  Je me présente devant ce tribunal en tant que représen­tant d'une classe, face à une autre classe ennemie. Je commencerai en rappelant les paroles qu'un personnage vénitien prononça devant le Conseil des dix, il y a cinq siècles : ’’ Ma défense est votre accusation, mes prétendus crimes sont votre histoire ‘’. On m'accuse de com­plicité d'assassinat! Les preuves sont le témoignage du procureur de l'état et de témoins payés par la police. Devant ce tribunal, j'accuse le procureur de conspiration infâme. Vous m'accusez aussi de ne pas être citoyen de ce pays. Je peux vous dire que je réside dans ce pays depuis autant de temps que le pro­cureur et que je me considère aussi bon citoyen que lui, quoique jamais je n'aimerais être comparé à ce person­nage. Le procureur a dit à plusieurs reprises : il faut abattre l'anarchie. Eh bien! je peux vous dire qu'au meeting de Haymarket il n'était pas question d'anarchie, mais bien de la réduction des heures de travail et je pense que cette barbare forme d'organisation sociale que vous représentez, avec ses vols, ses assassinats légaux, doit dispa­raître et laisser place à une société libre, volontaire et universelle d'hommes et de femmes. Oh ! vous pouvez me condam­ner ! Mais sachez que vous allez condamner huit hommes, uniquement parce qu'ils ont cru à un bien-être futur, au triomphe de la liberté et de la justice. Et si la mort est la peine imposée à ceux qui proclament la vérité, je suis prêt à en payer le prix : pendez-moi. La vérité, crucifiée en Socrate, en Giordano Bruno, en Galilée. vit encore. »

Michel Schwab déclara:

 « Vous me condamnez à mort parce que j'écris dans la presse. Vous parlez d'une gigantesque conspiration. Notre propagande n'a aucun secret. Nous annonçons, par nos écrits, un obligatoire et prochain changement complet dans le système de production et de distribution. Ce chan­gement arrive et vous n'y pourrez rien. Savez-vous pourquoi nous défendons le socialisme et l'anarchie? C'est parce que chaque jour, il se commet des assas­sinats, des enfants sont sacrifiés, des femmes et des hommes meurent lente­ment en raison des rudes travaux qu'ils exécutent, douze à quatorze heures par jour et, jamais, je n'ai vu de lois qui punissent ces crimes. Il y a des gens qui dorment dans la rue, des hommes et des femmes dans la misère et la faim. N'est­-il pas horrible de voir cela dans un pays qui s'honore d'être civilisé? Si la pro­duction était organisée en fonction de la demande de la consommation, quatre heures de travail par jour suffiraient à apporter une vie confortable à tous, s'il n'y avait pas tant de gens qui vivent aux dépens des autres. Reconnaissez tout ce temps perdu que l'on pourrait consacrer à la science, à l'art ou encore à l’amé­lioration de la société! »

Adolf Fischer déclara:

« J'ai simple­ment à protester contre la peine de mort que vous m'infligez. Je suis traité et jugé comme un assassin. Or, la seule chose que l'on a pu trouver à mon encontre est que je suis anarchiste. Mais si l'amour de la liberté, l'amour de l'égalité, l'amour de la fraternité sont un crime, alors je n'ai rien d'autre à déclarer. Disposez de ma vie. »

Oscar Neebe déclara:

« Durant ces derniers jours, j'ai eu l'occasion d'apprendre ce que veut dire la loi. Vous me condamnez pour avoir participé au mouvement qui exige la réduction de la journée de travail. Voilà mon délit. Alors, pendez-moi ! »

Loïs Ling déclara :

« Vous me donnez, après m'avoir condamné à mort, la liberté de m'exprimer une dernière fois. J'accepte votre concession afin de condamner vos calomnies. Car ce n'est pas pour un crime que vous me condam­nez à mort, mais parce que je suis socia­liste et anarchiste et, puisque c'est pour cette raison que vous me condamnez, je crie, face à ce tribunal, que je suis fier d'être anarchiste et socialiste! »

Georg Engel déclara :

 « C'est la première fois que je me présente devant un tribunal américain - et pour quelles raisons? Pour les mêmes raisons qui m'ont fait abandonner mon pays : la pauvreté et la misère de la classe ouvrière, ma classe. Ici, dans le pays le plus riche du monde, beaucoup d'ouvriers n'ont pas droit au banquet de la vie et, comme parias sociaux, cherchent la nourriture dans les tas d'ordures pour s'alimenter. De quel crime m'accuse-t-on ? D'avoir voulu œuvrer à l'établissement d'un système social où il sera impossible que, pendant que les uns accumulent les richesses, les autres vivent dans la misère. »

Samuel Fielden déclara:

« Vous me jugez pour avoir propagé le socialisme en faveur de toute l'humanité. Je ne le nie pas : c'est pour cela que vous voulez ma vie. Eh bien! je vous la donne! ]'aime tous les hommes, je hais l'injustice et j'ai l'espoir que, bientôt, sur les ruines de la corruption, se lèvera la splendeur d'un monde émancipé, libre et fraternel. »

Albert Parsons, qui se constitua prison­nier le jour de l'ouverture des débats pour partager le sort de ses camarades, déclara:

« Il y a aux Etats-Unis des millions d'ouvriers. Ce sont eux qui créent la richesse et qui vivent d'un salaire ; leur force est leur unique pro­priété. Cette énergie, l'ouvrier doit la vendre à une autre personne. La seule chose à laquelle il a droit est son maigre salaire. Les palais, les bijoux, le bien-­être sont pour les autres, les nantis. qui bénéficient de son surplus de travail. C'est cela votre système capitaliste. »

Neebe fut condamné à quinze ans de prison. Schwab et Fielden furent condamnés à la prison à perpétuité.

Ling, Spies,  Engel, Fischer et Parsons furent condamnés à mort.

Le 11 novembre 1887, Spies, Engel. Fischer, Parsons furent pendus dans la cour de la prison de Chicago entourée par trois mille policiers.

Ling s’était suicidé dans sa cellule, l'avant-veille de son exécution.

Engel resta gai jusqu' au dernier moment, discutant toute la nuit avec son gardien, essayant de le convertir au socialisme.

Fischer entonna La Marseillaise, reprise en chœur par tous ses camarades: ce chant était, à l'époque, considéré comme hymne révo­lutionnaire.

A 11h50, les bourreaux vinrent cher­cher les condamnés. Quelques instants plus tard, quatre corps se balançaient au bout de leur corde.

En 1893, le nouveau gouverneur révisa le procès.

Les victimes et les prisonniers furent reconnus entièrement innocents et publiquement réhabilités.

Extrait du bloc «  LIBRE PENSEE »

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