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03/02/2015

Les Wallons ont la mémoire courte.

nouvelles du progrès,fabiola,franco,baudouin.Le 5 décembre 2014, la Reine Fabiola décède. La presse et les médias francophones usent de superlatifs pour honorer celle qui fut "la Reine de coeur, n'hésitant pas  à voler au secours des plus faibles de la société". Pas vraiment compliqué puisqu'il s'agit de distribuer de manière charitable l'argent du contribuable. En choeur avec les hommes politiques wallons, ils  évoquent une "Reine populaire". Populaire vraiment ?


En 1960, contrairement à aujourd'hui, la Wallonie est farouchement anti royaliste. Lorsque les fiançailles avec le Roi Baudouin sont annoncées en 1960, la Wallonie est en pleine grève générale. La grève est menée par André Renard, secrétaire général de la FGTB. André Renard est  un régionaliste et prône l'indépendance de la Wallonie. En 1962, il claque la porte à la FGTB et crée le Mouvement Populaire Wallon (MPW) qui ne survivra pas au décès d'André Renard en 1962... Durant la grève, sur les routes des militants syndicaux ont inscrit : "A bas la vache espagnole". Une allusion, certes pas très fine, à la venue de Fabiola en Belgique. Aujourd'hui, l'attitude de la classe politique wallonne est pathétique. Elle s'accroche lamentablement à une Belgique et une famille royale dont la Flandre ne veut plus. Les valeurs se sont inversées...

Lors de sa disparition, Elio Di Rupo, l'ancien Premier Ministre n'hésite pas à qualifier la Reine Fabiola de meilleure ambassadrice de Belgique à l'étranger. Curieux cet avis provenant  de quelqu'un qui, quelques mois plus tôt, s'indignait de la  création du "Fons Pereos", de la reine Fabiola, un projet de fondation destiné à éluder l'impôt en Belgique et venir en aide à ses neveux et nièces ainsi qu'à l'église catholique espagnole. Finalement, le projet de fondation est abandonné et les actifs transférés à la "Fondation Astrida" créée en 1992 par le Roi Baudouin et qui poursuit les mêmes objectifs...

Fabiola fut une formidable ambassadrice notamment auprès de Franco, le Caudillo qui dirigeait l'Espagne d'une main de fer. Francisco Franco a tout lieu de pavoiser. Cette union entre Baudouin Ier et Fabiola ressemble à un cadeau du ciel : le roi d'une nation démocratique épouse une représentante de l'aristocratie espagnole. Pour le Caudillo, dont le régime est tenu plus ou moins en quarantaine, il y a là un effet d'aubaine à saisir. En effet, le couple Franco en personne se joint à la fête et orchestre volontiers la manoeuvre. L'Etat espagnol voulut se joindre aussi à l'ample et intense marée nationale de reconnaissance envers la jeune aristocrate. Ce fut justement l'épouse de Franco, Carmen Polo, qui voulut [sic] se charger de l'événement, avec sa fille, la marquise de Villaverde, rapporte Fermin Urbiola. "Les deux se présentèrent à l'hôtel particulier des Mora, devant une nuée de photographes et de reporters, pour donner le plus de solennité possible à l'acte de donation du cadeau de l'Etat, une couronne, à la fiancée et future reine des Belges." L'épouse du ministre espagnol des Affaires étrangères, Fernando Castiella, homme au passé idéologiquement chargé, est aussi de la partie.

C'est avec le raffut médiatique voulu que le bijou de grande valeur, à porter en couronne, en diadème ou en collier, est remis. Cadeau de l'Etat. Cadeau du Caudillo. Perverse confusion des genres, en dictature. Avant de partir pour Bruxelles, la fiancée reçoit encore la grand-croix d'Isabelle la Catholique, "des mains du chef de l'Etat lui-même, au Pardo [NDLR : palais du Pardo, proche de Madrid, lieu de résidence de Franco], durant une cérémonie officielle suivie d'un déjeuner en son honneur et auquel étaient présentes les plus hautes autorités de l'Etat", relate aussi son dernier biographe.

Fabiola ne se dérobe pas. S'accommode fort raisonnablement de ces marques d'attention prodiguées jusqu'au sommet du pouvoir franquiste. Elle ne rechigne pas à prendre la pose aux côtés de l'épouse du dictateur, pour le plus grand bonheur de la presse espagnole qui en fait sa Une. Elle s'affiche aussi en compagnie du maire de Madrid qui lui décerne le titre de "fille préférée" de la ville. Ce comte de Mayalde n'est pas un inconnu en Belgique : dans une autre vie, c'est lui qui s'était chargé de mettre Léon Degrelle à couvert, en lui procurant de faux papiers. C'est à cet ancien directeur de la Sécurité, que le leader rexiste, condamné à mort en Belgique, doit de couler des jours paisibles en Espagne, sous sa nouvelle identité de José Léon Ramirez Reina. Fabiola assume parfaitement son rôle d'ambassadrice de charme de l'Espagne, forcément franquiste.

L'entourage familial de Fabiola baigne dans le catholicisme le plus rigoureux. Fabiola, troisième fille et sixième des sept enfants du couple, grandit dans un climat rigoureusement royaliste et catholique réactionnaire. Dans la famille, on ne conclut d'ailleurs que de beaux mariages avec la fine fleur de l'aristocratie espagnole.

Il y a juste don Jaime qui fait tache. L'excentrique, "le mouton noir" de la famille, qui filera du mauvais coton en allant perdre son âme dans la jet-set et des affaires immobilières parfois douteuses. Fâcheuse réputation. Elle lui vaudra d'être déclaré persona non grata au mariage de sa soeur, il sera intercepté in extremis à l'aéroport de Madrid.

A la maison des Mora, on s'occupe plus de la gestion des domaines que de politique. Encore que le réseau de relations familiales ne soit pas vraiment peuplé de grands démocrates.

Le frère aîné de Fabiola, "Gonzalito", choisit d'entrer dans la mêlée. Il a 17 ans, il rallie la bannière franquiste. Il terminera la guerre civile avec le grade de sous-officier, décoré. Fin mars 1939, la victoire de Franco est consommée. La monarchie est devenue une cause perdue. Cette carte, que la famille de Fabiola a jouée jusqu'au bout, lui glisse entre les doigts. Le nouvel homme fort de l'Espagne, intronisé Caudillo, n'a nulle intention de rétablir sur son trône Alphonse XIII. Qui s'éteindra en exil, en 1941.

De retour d'exil, retour à Madrid, sous l'ère franquiste. Les Mora posent à nouveau leurs valises dans le majestueux hôtel particulier sur la calle Zurbano, que les républicains avaient reconverti en QG des femmes révolutionnaires dirigées par la Pasionaria. La famille de Fabiola se coule sans grand mal dans le moule franquiste. Le mariage de raison se conforte au fil du temps. "C'était normal ", s'en est expliquée au biographe Urbiola une amie d'enfance de Fabiola, qui se souvient des discussions entre filles à ce sujet : "Toute l'aristocratie, nous avons été du côté du roi, mais ensuite - et la famille de Fabiola aussi - nous avons soutenu Franco, bien qu'au début nous ne l'aimions pas. Mais après, oui. C'est arrivé dans toutes les maisons."

Fabiola et Baudouin ne vont pas décevoir le général Franco. D'emblée, les jeunes mariés frappent fort. Alors qu'ils sont en vacances en Espagne durant l'été 1961, la rumeur enfle à propos d'une visite rendue au couple Franco. Ce n'est pas un tuyau crevé : début août, Baudouin et Fabiola déjeunent bel et bien à bord du yacht du Caudillo, l'Azor. Pour le Roi, c'est une affaire strictement privée et une visite de politesse. L'élémentaire courtoisie n'explique pas tout. Vincent Dujardin livre le fin mot de cette histoire : "Si Baudouin rencontre Franco en 1961, ce n'est pas uniquement pour des motifs d'ordre protocolaire, ce n'est pas seulement du fait qu'il lui était difficile de faire autrement, mais c'est aussi à dessein. Il entendait sans doute apporter une pierre à ce projet de rapprochement de l'Espagne du reste de l'Europe occidentale."

L'Espagne franquiste n'est toujours pas belle à voir pourtant, à cette époque : "Lorsque le mariage royal est célébré, la violence contre les vaincus est loin d'être terminée. Un grand nombre de femmes "vaincues" végètent depuis plus de vingt ans dans les prisons du régime, en proie à l'arbitraire total. Dans les sous-sols de la Direction générale de la sécurité, à Madrid, on torture par tabassage, à l'électricité, par pendaison ou chalumeau. Pour la ville de Madrid elle-même, où vit la future reine, les témoignages de femmes détenues et maltraitées en 1960 abondent", rapporte l'historienne Anne Morelli (ULB).

Dans ce rapprochement avec Franco, Il faut y voir la griffe de Fabiola. "On a parfois dit à propos de Baudouin et Fabiola : « Le roi, c'est la reine ». Fausse affirmation, qui ne s'est même pas vérifiée dans le dossier de l'avortement. Fabiola n'a joué un rôle politique que dans un domaine, au cours des quarante-trois ans de règne de Baudouin : le rapprochement entre la Belgique et l'Espagne", affirme Vincent Dujardin.

Les souverains tiennent tout de même à tourner la page du franquisme de façon toute personnelle, lorsque le Caudillo finit par mourir en novembre 1975. Le gouvernement a alors fort à faire pour dissuader le roi d'aller s'incliner devant la dépouille mortelle de Franco. Il doit ensuite se montrer très persuasif pour atténuer le ton des condoléances engagées que Baudouin souhaite personnellement adresser à la veuve du général. Dès octobre, alors que le général Franco est à l'agonie, le Conseil des ministres avait tranché la question : la représentation de la Belgique aux funérailles du Caudillo se limiterait à l'ambassadeur en poste à Madrid. Et ce n'est qu'après la fin du régime franquiste que Baudouin, accompagné de Fabiola, effectue sa première visite de chef d'Etat dans une Espagne rendue à la monarchie. Il aura manqué à Franco la poignée de main officielle avec le roi et la reine des Belges.

Freddy Guidé

 

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