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27/08/2014

Les Chevaliers du Travail (4 ème partie)

les chevaliers du travail,nouvelles du progrès,l'union verrière,albert dewarte,falleur,scmidtL'UNION VERRIERE DE CHARLEROI ADHERE A L'ORDRE DES CHEVALIERS DU TRAVAIL

Les ouvriers verriers belges de la région de Charleroi furent les premiers & adhérer aux formes d'organisation de la Chevalerie du Travail-t

Deux facteurs ont probablement favorisé cette adhésion

- le caractère international du marché du verre à vitres avec des fluctuations internationales de la main d'œuvre et l'action de la concurrence étrangère,

- le séjour de verriers belges aux Etats-Unis, revenant par la suite au pays, vraisemblablement déjà affiliés aux Knights of Labor.


Déjà en 1879, Jules Bufquin des Essarts, journaliste du Journal de Charleroi, avait donné une conférence à Charleroi sur l'organisation des Chevaliers du Travail américains et celle-ci avait fait l'objet d'une brochure populaire largement diffusée. Jules des Essarts défend un programme progressiste comportant le suffrage universel, un enseignement laïque et gratuit, une réforme des caisses patronales de prévoyance, la suppression du livret ouvrier ...

Ajoutons à cela qu'Albert Delwarte - et son café-restaurant au Chenois à Lodelinsart - va jouer un rôle important dans la création d'une nouvelle Union verrière et dans son adhésion par la suite à la Chevalerie du Travail.

Albert Delwarte, né le 18 septembre 1847 à Fayt-lez-Manage, est un ancien secrétaire de la fédération du bassin de Charleroi de la 1ère Internationale ouvrière.

C'est aussi un libre penseur qui fonde en juillet 1879 une organisation rationaliste à Charleroi "Emancipation". Ses préoccupations paraissent à l'époque plus philosophiques que politiques. Pendant trois ans il va consacrer une grande partie de son activité à faire des conférences.

L'année 1882 connaît une effervescence politique chez les libres penseurs mais aussi chez les ouvriers verriers. Ceux-ci sont, depuis 1878, inquiets de voir s'installer des "fours à bassin*" entraînant une nouvelle organisation du travail et des pressions sur les salaires.

Albert Delwarte se comporte en chef. Il organise avec O.Falleur et X. Schmidt une centaine de réunions de verriers et met en route une pétition pour réclamer un Conseil de Prud'hommes.

C'est à cette époque, que les ouvriers verriers de Charleroi envoient à titre de solidarité une somme de 1.000 F. à l'Union verrière américaine en grève.

Les ouvriers verriers, qui se réunissent fréquemment dans le café d'Albert Delwarte au Chenois de Lodelinsart, décident de créer une société de résistance et y fondent le 1er avril 1882 l'Union verrière.

De son côté, la fédération rationaliste s'intéresse davantage au social et se déclare proche du socialisme.

Delwart obtient sans discussion la présidence de l'Union, Falleur devient secrétaire assisté de L. Jaquet, Gilbert et La Chapelle seront les trésoriers.

A ce moment, l'Union verrière groupe essentiellement des souffleurs et cueilleurs de verre c'est-à-dire une main d'œuvre spécialisée, l'élite ouvrière. Elle défend donc le maintien des hauts salaires et des prérogatives ouvrières hiérarchiques. Pour être admis dans l'Union, il fallait avoir terminé son apprentissage.

Dès la fondation du syndicat, Delwarte plaide pour une alliance avec les Chevaliers du Travail américains. De part et d'autre de l'Atlantique, les sentiments corporatistes des verriers s'identifient pleinement.

L'Union verrière augmente rapidement le nombre de ses affiliés et fixe son siège en 1883 au Café Central à Charleroi (café où se tiennent également les réunions de la fédération rationaliste). Jules des Essarts suit passionnément les réunions de l'Union verrière dont l'avocat s'appelle Jules Destrée.

C'est le 10 juillet 1883 qu'est décidée la fin officielle du régime des livrets ouvriers mais cette mesure ne va guère être respectée dans la pratique patronale.

En mars 1884, une chute de l'exportation du verre belge, vu la concurrence internationale, amène les patrons verriers à réduire fortement la masse salariale et à éteindre 37 fours sur 167. En plus des baisses de salaire, 1.200 verriers sont de ce fait mis au chômage.

L'Union verrière propose au patronat d'adopter un système dit "travail à deux pour un" c'est-à-dire que chaque ouvrier contractuel ait une doublure.  Cela est refusé.

C'est donc le conflit.

L'Union verrière décide la grève et obtient rapidement des gages concrets de solidarité internationale : soutien financier des verriers d'Aniche (Douai) et de ceux de Pittsburg.

Deux délégués américains, Isaac Cline et Andrew Burtt, viennent à Charleroi - ils donnent 10-000 F. à l'Union, annoncent 600 à 700 places vacantes aux Etats-Unis, s'engageant à payer le voyage aux immigrants.

La grève se termine quand les souffleurs retrouvent un travail à plein temps.

L'Union verrière acquiert plus de prestige et se renforce passant de 1.500 à 2.700 membres.

A la suite de cette grève et après une solide initiation par le frère Donney des Knights of Labor, l'Union verrière va adhérer en mai 1884 à l'ordre des Chevaliers du Travail sous le nom "d'Assemblée des verriers à vitres belges" ou "Eurêka" avec le no 3628, adoptant ainsi un style de société secrète rappelant celui des compagnonnages. (nous en reparlerons à propos des ouvriers mineurs).

Le président Albert Delwarte en devient le "grand maître" belge. Lorsque Isaac Cline et Andrew Burtt étaient venus à Charleroi, ils avaient le dessein de créer une internationale des ouvriers verriers.

Un congrès préparatoire se tint à Charleroi avec des délégués belges anglais, américains, français et italiens - l'ordre connaissait en effet à cette époque des organisations dans de nombreux pays, en Angleterre et en Irlande, en Australie et en Nouvelle -Zélande, en Italie et en Allemagne, en Catalogne et en France ...

Une Fédération Universelle des verriers à vitres fut ainsi créée.  Albert Delwarte en fut nommé le secrétaire.

Le 5 avril 1885, se tient à Bruxelles au café du Cygne situé sur la Grand Place, un congrès des organisations ouvrières et socialistes qui décide de la fondation du Parti Ouvrier Belge. Parmi les délégués figurent les représentants de l'Union verrière A. Delwarte et 0. Falleur.

A cette occasion Delwarte devient propagandiste du P.O.B., tout en restant l'organisateur général pour l'Europe de l'ordre des Chevaliers du Travail.

Socialistes, Delwarte et Falleur vont s'efforcer d'atténuer le caractère corporatiste et élitiste du syndicat des verriers en y incorporant des ouvriers moins qualifiés et en opposition avec certains souffleurs.

*Le four à bassin est une grande cuve, chauffée au gaz, de 20 à 28 m. de longueur sur 4 à 6 m. de largeur, contenant 250.000 à 400.000 de verre fondu, alimenté continuellement en matières premières. La construction d'un four de ce type exige un investissement énorme, ce qui va modifier la structure et le nombre des verreries en concentrant l'industrie du verre De 1882 à 1887, le nombre des firmes diminue de moitié mais le nombre d'emplois double.

 

 

 

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