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L'ORDRE DES CHEVALIERS DU TRAVAIL AUX ETATS-UNIS

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Le Cercle Louis Tayenne, centre d'archives de l'asbl Le Progrès fut initié par feu notre camarade Jacques Lemaître. Un des travaux qu'il accomplit et ne fut jamais publié jusqu'à présent est cet écrit que nous publierons en plusieurs épisodes

R. Tangre

Cet Ordre appartient actuellement à la légende compte tenu des batailles qu'il a livrées, de ses filiations internationales et du mystère qui a entouré son fonctionnement.

A cette époque, les Etats-Unis connaissaient une marche rapide dans le développement économique et la concentration capitaliste en contraste avec le poids des vieilles traditions européennes importées avec le flot des immigrants.

Ils étaient de ce fait un véritable creuset pour le nouveau monde industriel et les reliquats du passé.

Et cela entraînait à la fois une grande vitalité dans l'action et une grande confusion idéologique.

Le développement du syndicalisme va aller de pair avec l'essor industriel mais ne trouvera ses bases solides qu'après la guerre civile de 1861-1865.

1866 voit notamment la naissance du Syndicat National du Travail, organisé par William H. Sylvis, dans un contexte de troubles sociaux, politiques et raciaux.

La naissance de la Chevalerie du Travail va être précédée d'une longue période de gestation.

C'est le 25 novembre 1869, qu'à Philadelphie Uriah S. Stephens (qui a une formation de pasteur baptiste) crée une société ouvrière secrète - un petit syndicat local d'ouvriers de l'habillement - devant le peu de résultats de l'action syndicale et devant la répression dont sont victimes les membres d'associations ouvrières luttant au grand jour.

Notons qu'au cours de cette même année 1869, le 6 septembre, se tient à Bâle le quatrième Congrès de l'Association Internationale des Travailleurs, ce qui laisse supposer que le monde ouvrier est alors en effervescence.

Les adhérents à l'ordre s'engagent par un serment solennel sur la Bible à garder le secret total sur les buts et les activités de l'association.

Le secret rituel des sociétés maçonniques et des groupements mystiques va, à cette occasion, être transféré dans les domaines social et syndical.

Ce secret pouvait à la fois frapper l'esprit des nouveaux venus et permettre d'échapper à la répression patronale et étatique.

Et effectivement, le secret a permis ultérieurement de protéger les travailleurs menacés par les lock-outs, les listes noires et la persécution légale.

L'ordre des Chevaliers du Travail permit ainsi, dès sa création, d'utiliser la puissance de l'effort organisé et de la solidarité face au patronat.

Après quelques mois d'existence, l'ordre ne compte que 28 membres.

Trois ans plus tard, Stephens cède la maîtrise à Macauley à l'occasion de la création de la première assemblée locale du "Noble Order of Knights of Labor'.

En 1874, on compte 52 assemblées locales à Philadelphie et 250 réparties dans tout le territoire des Etats-Unis.

L'accroissement devient considérable en 1878 et la grand maîtrise de l'ordre passe aux mains de T. W. Powderly - ouvrier mécanicien - lequel va supprimer le serment sur la Bible et révéler publiquement le nom et les buts poursuivis par l'ordre.

Cette réforme va nettement favoriser le développement ultérieur de l'ordre et sa popularité.

L'idéalisme de l'association, basé sur la solidarité, soutint les efforts accomplis pour faire adhérer les noirs - anciens esclaves - aux côtés des ouvriers blancs.

La fondation de l'ordre répondait ainsi à la nécessité de créer une organisation ouvrière ouverte à tous, tant aux professionnels privilégiés qu'aux ouvriers non qualifiés et aux parias.

A cette époque, les travailleurs qualifiés et les artisans étaient en effet repliés dans des groupements de métiers avec de fortes tendance corporatives et, à l'inverse, les ouvriers, refoulés de ce type de syndicats, voulaient s'unir aux travailleurs organisés, notamment pour pouvoir user du droit de grève.

L'idéal de coopération de l'association amenait celle-ci à vouloir grouper tous les membres producteurs de la société pour dominer tout le marché et organiser la production sur une base coopérative.

Par ailleurs, l'ordre affichait une philosophie de fraternité et de solidarité universelle voisine de celle de l'église baptiste.  Signalons enfin , sans entrer dans la description de ses structures, que l'ordre était ouvert à tout travailleur, même non salarié, qualifié ou non, noir ou blanc, et même à des professions libérales à l'exception des commerçants de boissons alcooliques, des juristes, des banquiers et des joueurs professionnels !

Engels qui reconnaissait à l'ordre une force sociale réelle, lui reprochait par contre sa confusion idéologique.

En fait, les Chevaliers du Travail américains n'ont guère été appréciés par la gauche européenne et ils ont été pratiquement ignorés par les historiens de l'Internationale.

Leurs aspirations idéalistes et chevaleresques, leur conception mystique de la solidarité ne cadraient guère avec les conditions objectives créées par le développement industriel et un capitalisme sauvage.

Ce qui avait fait dire à Georges Sorel :"Le socialisme américain paraît être jusqu'ici quelque chose de bien vague".

Les réformes subies par l'ordre en 1878 vont permettre une participation plus active de l'association et de ses travailleurs non qualifiés à la lame de fond sociale qui se développe.  Dans un contexte de crise économique avec chômage et grande misère et dans celui d'une grande agitation ouvrière pour les "huit heures", l'ordre fait un travail important de propagande et de gestion.  Cela prépare l'essor qu'il va connaître les années suivantes : 50.000 membres en 1883, 100.000 en 1885 et 729.000 en 1886.

La répression des journées tragiques de Chicago, le 4 mai 1886, fut considérable et impressionna fortement l'ensemble du mouvement ouvrier européen (Le 1er mai deviendra une journée internationale de lutte et de revendication) Les Chevaliers du Travail furent , à cette occasion, voués à l'exécration générale.  D'autre part, les travailleurs avaient surtout besoin d'une organisation syndicale qui concentrait ses efforts sur l'amélioration des salaires et la diminution de la journée de travail.

La décadence de l'ordre des Chevaliers du Travail s'amorce et va se précipiter.  De plus de 700.000 membres en 1886, l'association n'en compte plus que 260.000 en 1888, 100.000 en 1890;  1 0.000 en 1919 et elle n'est plus mentionnée dans l'American Year Book en 1932.

Ces notes ont été rédigées avec l'aide: d'un article de R. Abs "Les Chevaliers du Travail" dans la Pensée et les hommes de août 1972.et du livre de Maurice Dommanget "La Chevalerie du Travail française 1893-191 1. Contribution à l'histoire du socialisme et du mouvement ouvrier, Editions Rencontre à Lausane.

A suivre

 

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