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28/07/2014

Les bourgeois

patronat,nouvelles du progrès,nico cue,charges socialesEt donc, en ces temps de mémorandums, cahiers de doléances et autres revendications, le patronat – quel que soit le coin de Belgique où il exploite son monde – revient avec sa récurrente demande de réductions de ce qu’il appelle les « charges sociales ». Abaisser le coût du travail serait un truc infaillible pour améliorer la compétitivité du pays, donc renforcer nos entreprises, donc relancer l’emploi.


Allons donc...

D’abord, il ne s’agit pas de « charges sociales ». Les cotisations patronales sont des contributions salariales et donc, en tant que telles, une partie du salaire. Les réduire n’est pas neutre pour le travailleur : c’est une façon, certes indirecte, de diminuer la rémunération. Outre l’impact évident sur la pension de chacun, une telle réduction de la contribution patronale ne peut qu’avoir des conséquences sur la sécurité sociale et donc sur l’ensemble des prestations de mieux-être que la collectivité peut offrir à ses membres. Donc, aussi, aux travailleurs.

Ensuite, le discours sur la compétitivité que défendent les capitalistes n’est jamais qu’un slogan. Mais ce slogan, à force d’être martelé avec la puissance médiatique des patrons et de pseudo-experts, finit par s’incruster dans les esprits aussi solidement que la moule se fixe sur son rocher. Or, la compétitivité n’est pas une question de salaire ou de « coût salarial ». Le niveau des salaires chez BMW n’empêche pas ce fabricant automobile de vendre à tour de bras… Il faut, pour être « compétitif », des travailleurs de qualité, une recherche constante de l’innovation, une audace entrepreneuriale… Il faut aussi avoir la volonté de réinjecter une notable partie des bénéfices dans le développement de l’entreprise plutôt que dans la poche d’actionnaires qui se borneront à capitaliser leurs dividendes. Il faut une infrastructure publique forte qui permet aux sociétés de travailler dans de bonnes conditions, pour leur approvisionnement en matières premières, pour la fabrication de leurs produits et pour leur écoulement sur les marchés. Et une infrastructure forte, ça se finance… par des « contributions » qu’on demande aussi, aux entreprises.

Il faut que les paramètres économiques soient, eux aussi, compétitifs. La Suède n’est pas moins exigeante que la Belgique au plan de ces fameuses « charges » sociales. Mais le coût de l’énergie, par exemple, y est colossalement moins élevé ; de nombreuses sociétés informatiques, très énergivore, l’ont compris et ont choisi de s’y installer. On entend peu les patrons belges se plaindre de ces coûts en Belgique, ce qui est somme toute normal puisque les principaux opérateurs de ces secteurs ne sont, en fait, que quelques-uns des leurs.

Enfin, les salaires les plus bas du monde produiront sans doute des produits plus « compétitifs ». Mais il faut encore qu’il y ait des consommateurs, désireux de les acheter et, aussi, capables de le faire. Ce qui ne passe par la réduction des salaires, ni directs, ni indirects.

En fait, la prospérité des entreprises, l’emploi, la « compétitivité », c’est avant tout une affaire de  conjoncture. Celle-ci est basse, mais à qui la faute ? Qui a mis en place les mécanismes qui ont abouti au crash financier de la fin des années 2000, si ce n’est ces milieux qui essayent, aujourd’hui, de tailler dans notre (maigre…) gras pour accroître encore leurs revenus et leur (très) gras ?

Il faut y être attentif. Ces grandes phrases sur la réduction des charges peuvent, si on n’y regarde pas de trop près, apparaître comme de bon sens. Mais elles ne sont pas indolores pour le travailleur, ont un coût pour la collectivité et n’améliorent en rien l’économie.

Je citais Brel au début de cet éditorial, et on parle tous les jours des commémorations de la guerre de 1914-18. Le «Grand Jacques», dans une de ses dernières chansons, se demandait « pourquoi ont-ils tué Jaurès ». Eh bien : pour les mêmes raisons qu’ils cherchent, aujourd’hui, à nous réduire à rien.

Nico Cue, Secrétaire général

 

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