robert1943 robert1943 robert1943

23/07/2014

A l'origine du conflit, l'extrême droite israélienne

israël,palestine,lieberman,fascistes israéliensUne opinion de Manuel Abramowicz, membre de l’Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB) et rédacteur en chef du journal en ligne RésistanceS. be

Dans l’ombre de la droite nationaliste sioniste, des groupes radicaux s’activent de plus en plus. Ils s’attaquent aux militants juifs qui manifestent contre les actuels bombardements de Gaza. Depuis le début de l’offensive militaire de l’armée israélienne contre le territoire palestinien de Gaza, les manifestations pour s’y opposer se sont multipliées partout dans le monde. La mobilisation pour le peuple palestinien est, une fois de plus, généralisée. Aucune autre population opprimée ne reçoit un tel soutien. La répression ultra- violente que subissent les Kurdes, les Sahraouis, les Ouïgours, les chiites d’Irak, les Indiens d’Amérique latine et bien d’autres peuples de la planète ne sensibilise aucunement les opinions publiques et les autorités politiques des pays occidentaux.


En Israël, à chaque raid meurtrier contre les Palestiniens, le mouvement anti-guerre, essentiellement composé de militants de la gauche radicale, s’est systématiquement mobilisé. La société civile et politique de ce pays reste extrêmement divisée entre "faucons" et "colombes". Les premiers représentent les partisans de la guerre totale contre les Palestiniens; les seconds revendiquent des accords de paix en vue de la création d’un véritable Etat palestinien, libre et indépendant.

La fracture entre les deux camps est de plus en plus marquée et s’exprime souvent par des violences. Cela a été le cas samedi dernier, à Tel Aviv, lors d’une manifestation de militants juifs israéliens contre les bombardements meurtriers frappant la bande de Gaza. En Israël ainsi qu’au sein d’organisations ultra sionistes diasporiques (comme par exemple la Ligue de défense juive en France), la radicalisation de l’extrême droite s’observe de manière inquiétante.

Le phénomène s’est encore cruellement manifesté par le supplice du jeune Palestinien Mohammed Abou Kheider (16 ans). Par vengeance suite aux révélations (tardives) faites sur l’assassinat de trois adolescents juifs qui avaient été enlevés par des Palestiniens, il a été enlevé et brûlé vif par six extrémistes israéliens. Un crime monstrueux qui a choqué tant l’opinion palestinienne qu’israélienne.

Jeunes colons, les meurtriers de Mohammed Abou Kheider, selon plusieurs médias, sont proches de la "Familia", "un groupe de supporteurs du Betar Jérusalem, l’équipe de football, connus pour leurs débordements racistes anti-Arabes. Tous évolueraient également dans une mouvance religieuse d’extrême droite", a précisé le 7 juillet dernier le quotidien français "Le Figaro".

L’extrême droite dans l’Etat hébreu n’est pas qu’un phénomène de groupes composés d’hooligans de foot et de voyous de quartiers populaires, dont la taille est microscopique et qui expriment une haine maladive contre les Arabes d’Israël, les Palestiniens des territoires occupés, de Cisjordanie et de Gaza, les migrants africains et les militants juifs de gauche.

En effet, au sein même du pouvoir politique, la droite nationaliste radicale est bien ancrée. Depuis 2001, des dirigeants de celle-ci bénéficient de postes de ministres importants dans le gouvernement national. L’un de ses représentants les plus illustratifs, Avigdor Lieberman, est non seulement le leader du parti Israël Beitenou ("Israël notre maison"), mais aussi le ministre des Affaires étrangères et vice-Premier ministre du gouvernement conduit par Benyamin Netanyahou du Likoud, le parti historique de la droite sioniste.

Fondée en 1999, lors de sa première participation aux élections, la même année, Israël Beitenou avait rassemblé plus de 2,6 % de l’électorat. Deux ans plus tard, le président de cette formation laïque d’extrême droite entrera au gouvernement. En 2009, plus de 12 % des électeurs israéliens voteront pour Israël Beitenou. Lors du scrutin de 2012, le parti de Lieberman s’est présenté en cartel avec le Likoud. Les deux formations capteront ensemble plus de 23 % des électeurs israéliens.

Depuis, la tendance d’ultra droite présente également dans le Likoud a gangrené un poids en interne encore plus important. Comme le rappelle son programme, le parti de Benyamin Netanyahou affirme vouloir mettre fin au "phénomène d’infiltration des Africains en Israël (par) la construction de la barrière de sécurité avec l’Egypte".

Depuis plusieurs années, des milliers de migrants venant d’Afrique noire se rendent clandestinement dans l’Etat hébreu. Ils travaillent pour le compte de filières d’exploitation de main-d’œuvre sous-payée, essentiellement pour des chantiers de construction d’immeubles, un secteur fleurissant en Israël et dans les territoires occupés. Ces travailleurs clandestins sont alors exploités par des patrons véreux et souvent la cible de groupes racistes. Ces derniers sont formés par des habitants issus des classes populaires israéliennes juives touchées par la crise économique qui frappe le système économique libéral actuel.

Dans son programme électoral, le Likoud veut aussi le "renforcement [de] la construction en Judée-Samarie et [la] préservation des intérêts vitaux d’Israël face aux pressions internationales". La Judée-Samarie est le terme biblique utilisé par les nationalistes juifs - favorables à la colonisation - pour désigner l’ensemble de la Cisjordanie, le territoire palestinien reconnu par les institutions internationales. Comme l’extrême droite, le parti libéral revendique clairement son annexion, via sa colonisation, suivant en cela à la lettre le projet historique du "Grand Israël". Un projet voulu ouvertement par la droite nationaliste, dont les racines se trouvent dans le "sionisme révisionniste" porté, dès le début des années 1920, par son leader, le fasciste juif Vladimir Jabotinsky (1880-1940). Ce dernier avait été traité de "Vladimir Hitler" par David Ben Gourion en personne, le futur fondateur de l’Etat d’Israël et chef de son premier gouvernement.

Force est d’observer qu’en Israël, l’extrême droite n’est pas un phénomène marginal. Elle participe activement au pouvoir. Elle est même dans le pouvoir en détenant des postes clés du gouvernement national depuis près de quinze ans. Cette droite agressive est favorable à la colonisation des territoires palestiniens, à l’expulsion de ses habitants historiques et à la guerre totale contre Gaza. Elle exerce une influence considérable sur la stratégie belliqueuse du gouvernement de Benyamin Netanyahou. Elle est à l’origine du conflit permanent israélo-palestinien.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.