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17/07/2014

La Russie en Guerre par Alexander Werth

alexander werth,nazisme,léningrad,urssLes Editions Tallandier (Collection Texto) ont eu l'excellente idée de publier en deux tomes "La Russie en guerre" d'Alexander Werth. Il s'agit d'une réédition puisque la première édition est publiée en 1964 et traduite en une douzaine de langues. Après bien  des hésitations, l'URSS accorde son feu vert pour une édition en russe dès 1965. C'est un succès foudroyant. En quelques jours les 25 000 exemplaires sont épuisés.


Alexander Werth est né en 1901 dans une  famille aisée de la grande bourgeoisie industrialisée d'origine allemande installée à Saint-Pétersbourg depuis plusieurs générations. Son père, Adolf Werth, grand industriel et haut fonctionnaire du Ministère des Communications est suffisamment lucide pour sentir le vent tourner et quitte la Russie peu avant l'arrivée au pouvoir des bolcheviks pour s'installer à Glasgow. Alexander Werth y poursuivra des études de journalisme et diplôme en poche, il devient correspondant en France pour le journal anglais the Guardian. Il couvrira l'attitude politique française face à la montée de l'hitlérisme et prévoit une crise grave de la démocratie. Toujours en poste à Paris lorsque la guerre éclate, il assiste à la défaite de la France en mai-juin 1940 et regagne Londres in extrémis.

 

Journaliste reconnu, parlant parfaitement le russe, il devient l'homme de la situation dés l'invasion allemande de l'URSS le 22 juin 1941. Alexander Werth est un homme de gauche et n'en fait pas mystère. En juillet 1941, il est envoyé à Moscou pour la BBC et le Sunday Times. Il séjournera en Russie jusqu'en 1948. Les deux volumes de "La Russie en guerre" relatent l'indescriptible souffrance du peuple russe face à la férocité des nazis. Ceux-ci en effet commettront des exactions et des cruelles représailles  envers les civils. Mais le livre témoigne également de l'opiniâtreté et de la résistance de la population face à l'envahisseur.

 

Lors  du siège de Léningrad, Hitler ordonne à ses troupes de ne pas envahir la ville et de laisser la population mourir de faim. Le siège, le plus long de l'histoire contemporaine durera 872 jours ! Cependant les Allemands ne viendront pas  bout de la ténacité des Lénigradois...

 

A la fin du siège, il sera un des premiers occidentaux à pénétrer dans la ville dévastée. Il y recueillera des témoignages bouleversants. Les  écrits d' Alexander Werth ne sont pas des récits de guerre où l'on décrit les stratégies militaires en vue d'emporter telle ou telle bataille. Non ce sont des témoignages poignants de petites gens et de leurs souffrances. L'obstination et la volonté d'un peuple à se débarrasser de l'hydre fasciste à tout prix. En parlant de ses ouvrages, il déclare modestement: "J'y ai rapporté en détail ce que j'ai vu et entendu en m'abstenant volontairement d'en tirer des conclusions générales. Il me semble que les faits rapportés parlent d'eux-mêmes." Et quels faits !

 

Dans ses récits, il relate aussi la grande admiration d'une population à l'égard de son chef Joseph Staline. Certes  Alexander Werth ne fait pas un portrait dithyrambique de Staline, il lui reconnaît aussi des failles et des monstruosités mais il ne diabolise pas le personnage comme on a trop tendance à le faire aujourd'hui...

 

L'oeuvre d'Alexander Werth est aussi l'occasion de remettre les pendules à l'heure. On estime aujourd'hui qu'il y  eut  20 à 25 millions de victimes civiles soviétiques, considérées comme des "untermenschen" (sous-humains) au même titre que les juifs. 88 % des pertes alliées ont été assumées par l'URSS. Les alliés ont laissé Staline seul face à Hitler et c'est seulement en 1944 qu'ils débarquent car l'avancée des troupes soviétiques est fulgurante. Mais si on évoque à tout bout de champ l'extermination d'une certaine communauté, on omet trop souvent de citer la grande douleur et le prix payé par les civils soviétiques...

 

Cela me rappelle la rencontre avec des jeunes Françaises à Berlin devant le mémorial soviétique près de la porte de Brandebourg. Elles s'étonnaient que les Américains aient laissé les Russes parvenir jusque Berlin. Je leur ai signalé qu'il ne fallait pas confondre histoire ainsi que propagande et qu'en réalité  les Russes  avaient vaincu Hitler et non pas nos amis "américains..."

 

Alexander Werth suivra les troupes soviétiques jusque l'Elbe où il feront la jonction avec les troupes américaines. Il sera le premier occidental à pénétrer dans un camp d'extermination nazi à Majdanek (Lublin) en Pologne. Il rédigera son papier pour la BBC, diffusé le dimanche soir, où il décrit les chambres à gaz, les fours d'incinération et toute l'industrie de la mort dans les moindres détails. La BBC refusera son papier jugé peu crédible ! Elle  accusera Alexander Werth de s'être fait piéger par la propagande soviétique !

 

A plusieurs reprises, le journaliste accuse l'occident d'avoir monté  de toute pièce l'image d'une Union soviétique agressive et menaçante pour la paix. Selon lui, la population soviétique avait trop souffert durant cette terrible  guerre et qu'elle aspirait plutôt à la paix qu'à revivre un tel cataclysme...

 

La Russie en guerre est une oeuvre passionnante, un témoignage majeur sur le calvaire d'une population et un éclairage singulier de l'histoire contemporaine... A lire absolument i

 

La Russie en guerre par Alexander Werth

aux Editions Tallandier (Collection Texto) en 2 volumes (2 x 12 E)

 

 

 

Freddy Guidé

Commentaires

Je vous applaudis pour votre critique. c'est un vrai état d'écriture. Continuez .

Écrit par : auto école paris 11 | 20/07/2014

Je vous vante pour votre éditorial. c'est un vrai exercice d'écriture. Continuez

Écrit par : serrurier paris 9 | 22/07/2014

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