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Un coup d'oeil dans le rétroviseur.

nouvelles du progrès,parti communiste belge,joseph jacquemotte,léopold ii van zeeland,1935Déclaration de Joseph Jacquemotte à la presse après son entrevue du 29 mai 1936 avec le roi

LE DRAPEAU ROUGE », 3 juin 1936.

Les élections du 24 mai 1936 se produisent dans un climat de préparation à de grandes luttes ouvrières. Le nombre des députés communistes passe de 3 à 9. Socialistes et libéraux perdent des voix et des sièges. Le Parti Catholique subit une défaite sévère. Rexistes et Nationalistes flamands réalisent une avancée importante. Le parti de Degrelle emporte 21 sièges à la Chambre. Les consultations pour la formation du gouvernement commencent. Les chefs des partis sont convoqués au Palais. Au cours de son entrevue avec Léopold III, Joseph Jacquemotte expose les revendications populaires et les propositions du Parti Communiste.

C’est en plein accord avec la Direction du Parti Communiste et sur décision motivée de son Bureau Politique que j'ai accepté en tant que secrétaire général du Parti Communiste, de me rendre au palais royal.

En répondant à l’invitation du roi de conférer avec lui sur la situation actuelle, nous ne changeons pas un iota à notre position vis-à-vis du régime monarchique, dont nous sommes et resterons, comme communistes, d’irréductibles adversaires de principe.

Je suis allé au roi pour lui parler ouvertement et fermement de la situation extrêmement critique faite à la classe ouvrière, aux classes moyennes, à la paysannerie, par la politique des classes dirigeantes et des gouvernements qui se sont succédés.

LA VOLONTE DU PEUPLE TRAVAILLEUR

Devant les dangers qui menacent notre peuple, nous ne voulons négliger aucune possibilité d'exprimer la volonté des masses laborieuses et d’exercer, dans toutes les circonstances, notre influence sur la politique générale du pays, dans l’intérêt des travailleurs.


Ma visite n'a rien de commun avec la participation communiste à une quelconque combinaison ministérielle. J’ai eu le souci de défendre, devant le roi, les intérêts du peuple travailleur.

L’attitude du Parti Communiste dans le pays et au Parlement est entièrement déterminée par la position à prendre à l’égard de trois questions essentielles qui dominent toute la situation présente.

Il FAUT vaincre la misère qui frappe toujours plus lourdement les masses travailleuses.
Il FAUT étouffer et briser les tendances fascistes qui se développent et les attaques réactionnaires contre les libertés démocratiques et les droits du Parlement.
Il FAUT repousser les attentats de l’Allemagne hitlérienne contre la sécurité de nos populations laborieuses et l’indépendance de la Belgique.

POUR DEFENDRE LE PAYS

Les communistes ne sont nullement indifférents au sort de leur nation et de leur pays. Au contraire. Les communistes luttent pour que notre peuple jouisse d’une vie aisée et heureuse. J’ai exposé au roi ce que je considère être la volonté de notre peuple travailleur dans le domaine de la politique extérieure.

Elle doit être basée sur les trois postulats: sécurité collective; indivisibilité de la paix, pactes d'assistance mutuelle avec tous les pays qui, par leurs actes, veulent défendre la paix du monde; j’entends par la la participation de la Belgique, à côté de la France et de la Tchécoslovaquie, aux pactes d'assistance mutuelle avec l’Union Soviétique.

POUR VAINCRE LA MISERE DE TOUS LES TRAVAILLEURS

J’ai rappelé au roi la réception au palais d’une délégation de chômeurs en février 1935. Des promesses ont été faites alors d’améliorer leur sort. Il en est sorti une vague Commission Nationale du Travail qui n’a absolument rien apporté. Depuis, la situation des chômeurs manuels et intellectuels, tout comme celle des pensionnés, des invalides, des ouvriers, employés, classes moyennes et paysans, est devenue encore plus pénible.

Le discours prononcé par M. Van Zeeland, le 2 mai, est un programme réactionnaire d'attaques contre l’ensemble des lois sociales; il implique de nouvelles interventions financières de l’Etat en faveur des grandes entreprises capitalistes et une révision de la Constitution facilitant considérablement la mainmise des puissances financières sur tous les rouages de l’Etat et de l’économie du pays.

Les communistes, exprimant la volonté des larges couches populaires, veulent des changements profonds, sérieux non point dans un sens réactionnaire, mais en faveur du peuple.

LE PROGRAMME COMMUNISTE POUR LE SALUT DU PEUPLE

J’ai présenté au roi les revendications de la classe ouvrière et des classes moyennes, dont les lignes essentielles sont:


1° Mettre fin au système qui consiste à résoudre les difficultés économiques et financières par la spoliation des masses, l’exploitation renforcée et la misère aggravée.
2° Assainir la vie politique en mettant fin aux collusions politico-financières, en prenant les mesures les plus strictes et les plus rigoureuses contre les pillards du Trésor de l’Etat et de l’épargne publique; en confisquant les 850 millions de bénéfices illicites réalisés par quelques centaines de puissants capitalistes grâce à la dévaluation; en déterminant clairement les responsabilités des hommes politiques mêlés aux opérations de crédits en faveur des grandes entreprises.
3° La suppression immédiate des arrêtés-lois frappant les travailleurs et l’adaptation des salaires et traitements au coût réel de la vie.
4° Désarmement et dissolution des formations fascistes; élargissement des droits et libertés démocratiques, notamment droit de vote des femmes et des soldats. Retrait de toutes les circulaires ministérielles et ordres de service supprimant le droit d’association et la liberté d'opinion des fonctionnaires et agents des pouvoirs publics et des chemins de fer.
Le roi a invité officiellement un mandataire du Parti Communiste à conférer avec lui sur la situation économique et politique du pays. Or, des décisions gouvernementales menacent de révocation les fonctionnaires et agents des pouvoirs publics qui seraient affiliés au Parti Communiste. Une telle situation doit prendre fin.
5° Une politique extérieure incorporant la Belgique dans le front mondial des pays qui veulent défendre la paix et juguler la guerre.

POUR LE PAIN, LA PAIX ET LA LIBERTE

Le corps électoral a condamné le 24 mai la politique du gouvernement Van Zeeland. Ce serait une véritable provocation au peuple de notre pays de recommencer une telle expérience. Mais les communistes n’auront pas une attitude hostile à l’égard de n’importe quel gouvernement. Un gouvernement décidé à unir toutes les forces démocratiques du pays pour une politique en faveur du peuple travailleur ne nous trouvera pas hostiles.
Nous serons disposés à le défendre contre les attaques réactionnaires et fascistes.
Il faut enfin sortir des sentiers battus, en finir avec les promesses jamais tenues, en finir avec la politique des gouvernements catholiques-libéraux et du gouvernement Van Zeeland. La classe ouvrière, les classes moyennes, la paysannerie veulent une politique vraiment populaire qui leur assure le pain, la paix, la liberté.

Une telle politique doit s’appuyer, avec confiance, sur les larges masses laborieuses. Le Parti Communiste, voulant une telle politique, en veut aussi les moyens, c’est-à-dire le Front Unique de la classe ouvrière, le rassemblement populaire unissant tous les travailleurs des villes et des campagnes - classe ouvrière, classes moyennes, paysannerie - qu’ils soient socialistes, catholiques, libéraux progressistes, communistes, pour réaliser la politique de salut du peuple que les événements actuels imposent de mener.

Commentaires

  • On se croirait en 2014 et non pas il y a 78 ans...

  • Quelle similitude !!!

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