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Suisse: les héritiers du génocide sont en bonne santé. (1)

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Le chapitre le plus sombre de l'entreprise "Ems-Chemie"

Récemment, une majorité des électeurs suisses suivait les consignes de l'UDC et rejetait deux projets de loi concernant la simplification de la naturalisation d'étrangers de deuxième et troisième génération. Plutôt que d'analyser ce comportement, nous préférons revenir sur l'origine de la fortune de l'entreprise Ems-Chemie de Christophe Blocher, leader de l'UDC. L'article ci-après est paru en 2002 sur Online Reports, un magazine internet, peu avant l'élection du député Blocher au gouvernement fédéral.

Depuis 5 ans, le député UDC Christoph Blocher se bat contre toute excuse ou compensation de la Suisse pour son rôle durant le nazisme. Mais on apprend aujourd’hui, grâce aux recherches de Online Reports, que c'est précisément l'entreprise Ems-Chemie de Blocher – ex Holzverzuckerungs AG (HOVAG) – qui a largement profité après la seconde guerre mondiale du savoir-faire d'un homme, Johann Giesen, qui était directeur à Auschwitz à l'époque nazie.
 
Selon un ancien employé d'Ems-Chimie, Johann Giesen se comportait "comme un général" dans l'entreprise. Un autre employé le décrit comme un homme "très éduqué, cultivé et très comme il faut". En tous cas, tous les interlocuteurs sont unanimes: baroudeur ou capitaine d'industrie respectable, le chimiste allemand a joué, après la guerre, un rôle central à Ems-Chemie en tant que directeur de recherche.
 
Giesen, directeur à Auschwitz
 
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ohann Giesen était venu en Suisse avec Werner Oswald, fondateur d'Ems-Chimie et père spirituel de Blocher, et l'avait aidé à transformer l'usine de carburants à usage militaire d'Ems en une entreprise chimique moderne. Son expérience auprès d'IG Farben l'avait beaucoup aidé dans cette tâche. Pendant la guerre, sa fonction la plus importante était la planification et le contrôle des nouvelles chaînes de production d'Auschwitz où IG Farben construisait une nouvelle et gigantesque entreprise de chimie. Dans ce lieu d'extermination, le plus grand de ceux construits par les Nazis, l'entreprise marchait sur les cadavres durant les travaux: plus de 30.000 prisonniers du camp de concentration trouvèrent la mort sur ce chantier.

Directeur de l'usine IG Farben Leuna, en Allemagne de l'Est, Giesen visita souvent Auschwitz dans les années 1941-1944 et assista à de nombreuses réunions de chantier sur place. Il était expert de la production du méthanol qui était utilisé par l'armée allemande pour la fabrication de carburant pour les avions et comme produit de base des explosifs. Les chimistes et ingénieurs de Leuna étaient responsables de cette unité dans la nouvelle usine.
 
Höss, commandant d'Auschwitz, invité à la fête

Pendant l'été 1942, Johann Giesen s'engagea fortement pour la mise en route accélérée de la production de méthanol à Auschwitz en demandant aux autorités nazies une augmentation en matériel de construction et en main-d’œuvre. Voici un extrait du compte-rendu de la réunion de chantier du 24 août 1942: "Selon le vœu du Dr Giesen, il faut voir s'il est possible qu'Auschwitz puisse produire du méthanol dès le milieu de l'an prochain avec une unité, et deux mois plus tard avec une seconde unité. Si ceci est possible, une très fort soutien des plus hautes instances serait assuré".

Mi-octobre 1943, le premier wagon de méthanol quittait Auschwitz. C'était pour IG Farben une occasion pour organiser une fête à laquelle fut convié le commandant du camp de concentration d'Auschwitz Rudolf Höss. Au même moment, à quelques kilomètres de là, dans le camp de concentration de Auschwitz-Birkenau, la machine à exterminer des Nazis fonctionnait à plein régime. Jusqu'à l'évacuation du camp en janvier 1945, au moins 1,1 million de personnes – juives, pour la plupart –y ont été exécutées.

Lors de ses visites à Auschwitz, Johann Giesen ne pouvait pas ne pas sentir lui aussi l'odeur sucrée de la fumée des crématoires qui couvrait toute la région de Birkenau. Il le déclara même après la guerre au procès de Nuremberg, lorsqu'il fut interrogé par un tribunal militaire américain, lors du procès d'IG Farben. Mais Giesen certifia qu'il n'avait jamais rien su des activités criminelles des Nazis: "Je n'ai jamais entendu parler d'extermination ou de tels forfaits commis sur des prisonniers du camp de concentration d'Auschwitz, que ce soit directement ou par les témoignages d'autres personnes". Giesen avait toutes les raisons de jouer les ignorants: depuis 1944, il était responsable du chantier et du fonctionnement de l'ensemble de la production de carburants à Auschwitz. Il était entre autre responsable de l'embauche des prisonniers du camp de concentration pour le chantier d'IG Farben.

L'entreprise de méthanol construite par Giesen était très importante pour l'économie de guerre: pendant sa retraite après le tournant de la guerre, l'armée allemande avait un besoin urgent de carburant et de munitions. En 1944, IG Farben produisit à Auschwitz environ 29.000 tonnes de méthanol, environ 15% de la production totale allemande. Le succès de Giesen fut récompensé: en septembre 1944, il reçut la proposition de diriger toute la production de méthanol dans l'organisation nazie d'économie de guerre. Il déclara qu'il était «évidemment prêt" à assumer cette charge. Il continua sa carrière sous le Troisième Reich, même lorsque la fin d'Hitler n'était plus qu'une question de temps.

 

 

 

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