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19/03/2014

La politique nazie d'extermination en URSS

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Le titre de l'ouvrage d'un jeune historien berlinois, Christian Gerlach, affiche immédiatement l'angle sous lequel il veut étudier la politique de guerre nazie. Les premiers mois de la guerre contre l'URSS ont constitué, dit-il, le point de départ d'un assassinat de masse de proportions encore jamais vues:


"Si le régime nazi avait connu en mai 1941 une fin brutale, il aurait surtout laissé le souvenir affreux de l'assassinat de 70.000 malades et handicapés du fait de la prétendue "euthanasie", de celui de dizaines de milliers de Polonais juifs et non juifs et de plusieurs milliers de détenus des camps de concentration dans le Reich. A la fin de l'année 1941, le chiffre des victimes de la politique allemande de violence avait augmenté de plus de trois millions d'individus(sans compter les tués de l'Armée Rouge) - ce chiffre comprenant environ 900.000 Juifs, dont les neuf-dixièmes tués dans les territoires soviétiques occupés, et près de deux millions de prisonniers de guerre soviétiques. C'est seulement dans le courant de 1942 que la population juive d'Europe devint le groupe le plus nombreux des victimes de la politique allemande d'extermination".

Plus de 3 millions de PG soviétiques assassinés

Un des facteurs fondamentaux de cette politique est constitué par l'effondrement des illusions nazies que la guerre à l'est serait brève. A l'automne 1941, d'énormes problèmes militaires, de ravitaillement alimentaire et de transports ont conduit les nazis à prendre des mesures drastiques, en particulier en ce qui concerne les ressources alimentaires. Pour nourrir les Allemands dans le Reich, il fallait réquisitionner et importer la production des pays vaincus et occupés. Pour la Wehrmacht occupante, il fallait trouver sur place l'essentiel de ce qui lui était nécessaire, évitant ainsi de bloquer des moyens de transport. Affamer les populations civiles devait naturellement en être le premier résultat, pris en compte par les responsables nazis sans grandes réticences pour les uns, et comme un résultat positif pour beaucoup. Pourtant, dans une large mesure, et tout au moins dans les régions agricoles les plus fertiles, le marché noir vint contrecarrer en partie ces plans homicides.

Par contre, la catégorie qui eut le plus à souffrir de la pénurie organisée fut celle des prisonniers de guerre soviétiques. Pas question pour eux, évidemment, de courir par exemple la campagne ukrainienne à la recherche de produits alimentaires. En France, qui a connu 1,5million de prisonniers de guerre en Allemagne, on ignore souvent le sort des PG soviétiques, pourtant sans aucune comparaison: ce sont plus de 3 millions d'hommes (et de femmes) qui ont été assassinés, au mépris des conventions internationales censées les protéger.

Les nazis, comptant sur une victoire éclair, avaient apparemment dès le départ l'intention d'éliminer une bonne part des prisonniers qu'ils feraient. On connaît l'ordre d'élimination immédiate et sans jugement des "commissaires" soviétiques et des responsables communistes. Mais au-delà, des instructions précisaient qu'il ne fallait pas dresser de listes nominatives des prisonniers dans les camps de transit, mais enregistrer seulement ceux qui parviendraient jusqu'aux Stalag. Par ailleurs, c'est un nombre immense de prisonniers de l'Armée Rouge qui tomba aux mains de la Wehrmacht dès les premières semaines de la guerre. Les nourrir et leur fournir un abri contre les intempéries étaient le dernier des soucis des autorités allemandes. Les services de Göring avaient une position simple : pour alimenter les prisonniers, la Wehrmacht "n'était liée par aucune obligation internationale et (…) seul le travail qu'ils fournissaient en était la condition". Ainsi, le 21octobre 1941, les rations pour les PG ne travaillant pas furent abaissées de 27% à 1490 calories, avec la précision que "tout produit alimentaire donné à tort ou en trop à un prisonnier de guerre l'est au détriment de nos familles, à la maison, ou à celui du soldat allemand". Dans la partie de la Pologne dite "Gouvernement général", la réduction des rations pour les prisonniers soviétiques, dès fin septembre1941, entraîna la mort de près de 300.000 hommes jusqu'au mois de mars suivant.

Un autre facteur de surmortalité fut le froid. Rien n'étant prévu, les camps dans lesquels les soldats soviétiques furent enfermés ne comportaient aucune installation, aucune baraque pour les abriter. Dans nombre de ces "camps", ce sont les prisonniers eux-mêmes qui creusèrent des tranchées, des sortes de cavernes, pour s'abriter un peu du froid et du vent. Certains durent passer une partie de l'hiver, voire l'hiver entier dans ces conditions inhumaines. Trouver des matériaux de construction locaux pour des baraques, même primitives, aurait été facile. Mais la disparition massive des prisonniers était simplement bienvenue. En effet, le IIIème Reich n'avait pas encore atteint

Le stade où un des facteurs dominants de l'économie de guerre était le besoin de main-d'oeuvre. Dans les territoires occupés, la question ne se posait pas encore. En Allemagne même, le manque de bras commença à se faire sentir dès l'été 1941. C'est pourtant seulement en octobre-novembre que cédèrent les réticences ("mauvaise influence politique sur les travailleurs allemands"). Les besoins en travailleurs avaient été chiffrés en juillet1941à 500.000 personnes, en octobre à 800.000, le manque de main-d' œuvre à moyenne échéance étant estimé entre 1,5 et 2,5 millions. Or en 1941, ce sont au total 3.350.000 Soviétiques qui furent faits prisonniers entre juin et octobre. Beaucoup étaient affaiblis par des marches forcées, la maladie et la sous-alimentation. Les remettre sur pied aurait nécessité soins et vivres en quantité. De plus, début novembre 1941, Göring décida l'"importation" de civils soviétiques comme main-d'oeuvre. Le sort de centaines de milliers de prisonniers de guerre était scellé. A la famine, on ajouta l'assassinat de malades ("pour limiter les épidémies"), les mauvais traitements systématiques par les gardiens, etc. Selon C.Gerlach, des centaines de milliers de PG soviétiques, "un nombre qu'il n'est plus possible aujourd'hui de reconstituer même approximativement", ont été abattus par leurs gardiens, en majorité des membres de la Wehrmacht, indépendamment des SS et des policiers. Deux chiffres encore à titre d'illustration: entre le début de la guerre contre l'URSS et le printemps 1942, 47% des PG soviétiques se trouvant sur le territoire du Reich et 85% de ceux qui étaient internés dans le "Gouvernement général" sont morts.

L'accélération de l'extermination des Juifs

A ces données sur l'immense massacre des prisonniers de guerre soviétiques, qu'il n'est possible ici que de résumer brièvement, Christian Gerlach ajoute une réflexion d'importance fondamentale. Selon lui "le passage à des programmes considérables d'assassinats de masse a pris son essor dans les territoires soviétiques occupés. Avec les camps de prisonniers de guerre soviétiques, cette pratique s'est étendue à l'automne 1941 au-delà de ces régions, particulièrement dans le Reich et le Gouvernement général. Les informations sur le fait que dans les territoires soviétiques occupés les Juifs étaient assassinés en grand nombre se répandirent par l'intermédiaire de permissionnaires, de blessés et par d'autres voies encore. Certes d'autres avaient déjà, de façon plus ou moins indépendante, envisagé des moyens pour supprimer rapidement une partie de la population juive, par exemple dans [une région de la Pologne occupée] le Warthegau. Pourtant, apprendre l'ampleur jamais vue des assassinats à l'Est agit en quelque sorte comme un catalyseur pour des plans nouveaux, de plus grande portée, contre les Juifs, et leur concrétisation et leur mise en œuvre dans d'autres régions de l'Europe occupée par les Allemands. A la fin de 1941, l'idée de tels crimes était déjà admise par bien des administrations".

Le livre de Christian Gerlach n'est pas consacré uniquement au sort des prisonniers de guerre soviétiques. Il traite également, dans deux autres parties distinctes, de la Conférence de Wannsee et du sort des Juifs d'Allemagne, ainsi que de la décision fondamentale d'Hitler de faire assassiner tous les Juifs d'Europe. Pour lui, cette décision date exactement du mois de décembre1941, bien qu'il n'y ait (où qu'on n' en ait encore trouvé) aucune trace écrite, à part une note dans le carnet d'Himmler. Cette affirmation de Gerlach est controversée, et une partie de la dernière section de l'ouvrage porte trace des oppositions d'autres historiens à sa thèse. En fait, dans l'état actuel des choses, ce qui importe réellement est l'ampleur du génocide, et entre autres, ce que démontre Gerlach, l'accélération en 1942 de l'extermination des Juifs. En effet, plus de la moitié des Juifs assassinés le furent entre mars 1942 et mars1943. Les camps d'extermination (Auschwitz, Belzec, Sobibor, Treblinka, entre autres) furent mis en service dans la première moitié de 1942.

On ne parvient toujours pas, il est vrai, à comprendre comment des avertissements comme ceux de l'industriel allemand Eduard Schulte, transmis en Suisse, apparus dans la presse américaine fin 1942, ont pu rester lettre morte. Il donnait des détails sur un plan du Secrétaire d' État nazi à l'alimentation et l'agriculture, Backe, expliquant que, pour celui-ci, "pour des raisons économiques, la situation alimentaire difficile pouvait être améliorée par l'extermination d'environ 4 millions de personnes qu'il serait sans cela nécessaire de nourrir…"(texte d'une note provenant de la légation américaine à Bernedu 22 octobre 1942, actuellement aux Archives Nationales US.)

La situation alimentaire de l'Allemagne devenait certes difficile. Pourtant, Backe restait optimiste, affirmant en mai 1942 devant Hitler et le responsable du "Gouvernement général", Frank, que bien d'autres peuples crèveraient de faim avant que ce soit le tour de l'Allemagne. De fait, en affament les populations, en exterminant des millions d'hommes et de femmes, les nazis parvinrent à maintenirle niveau alimentaire dans le Reich jusqu'en 1944-45 à un niveau acceptable, s'assurant ainsi contre un possible mécontentementde la population et conservant par là même son soutien. Il n'est pas question, bien entendu, de présenter les préoccupations de ravitaillement comme la cause des massacres de prisonniers soviétiques, comme des populations juives d'Europe. C'est pourtant, semble-t-il, un facteur qui a pesé dans la balance !

 Jean-Luc Bellanger

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