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21/02/2014

Face à face sanglant (ndlr)

nouvelles du progrès,ukraine,révolte,oligarque,oppositionLes images des combats en Ukraine ont été largement diffusées au travers d'internet. Elles ont fait la une des JT. Comment ne pas être troublé, effaré, scandalisé devant des images aussi dramatiques.
Le pouvoir du président en place, on le connaît, cet oligarque richissime méprise son peuple qui a besoin d'aide. Ce pouvoir peut et doit être dénoncé, toutefois l'information diffusée par nos médias et véhiculée par nos politiciens occidentaux a, une fois de plus, joué à la désinformation.
L'image tue l'information et celle-ci ne peut être univoque car nous considérons que la TV est aussi un outil d'éducation.
A part le fait d'avoir dit très timidement " il y a des groupes d'extrême droite", rien n'a été pour informer nos populations sur les troupes de choc de la rébellion à l'avant-plan des combats sanglants.
A titre d'information, nous reproduisons ci-après une partie d'un article paru dans le Nouvel Observateur.


"Pour freiner le mouvement vers l'Europe, Moscou et les russophiles utilisent l'arme de la peur. Mais leur principal jeu reste de discréditer l'opposition, désignée comme un ramassis de fascistes. Même si l'accusation est fortement exagérée pour les besoins de la propagande, elle n'est pas sans fondements. Un des trois partis de l'opposition pro-européenne est désigné du doigt : "Svoboda" (Liberté). Cette formation est considérée comme" de "droite" voire "d'extrême droite" ou bien comme "nationaliste" voire "ultranationaliste".

Un lourd passif

Aux dernières élections législatives d'octobre 2002, Svoboda, qui peinait jusqu'alors à attendre les 1%, a fait une percée remarquée, réunissant 10,5% des voix (2 millions de votes). Elle devenait la quatrième formation politique du pays avec 37 sièges sur les 450 que compte la Verkhovna Rada (Parlement). Svoboda a fait des scores de 30 à 40% dans l'Ouest ukrainophone et agricole tandis qu'elle a peiné à dépasser les 1% de l'Est russophone et industriel. Cette formation, farouchement anticommuniste, controversée et jusqu'alors microscopique, est alors devenue la troisième composante de l'opposition, derrière le bloc de l'oligarque Ioulia Timochenko (103 sièges) et le parti libéral Oudar du boxeur Vitali Klitchko (40).

Le pouvoir accuse les gros bras fascistoïdes de Svoboda de s'être livrés à des violences, notamment contre la police, lors des manifestations de Kiev. L'opposition rétorque qu'il s'agit de provocateurs payés par le pouvoir. Quoiqu'il en soit, Svoboda a un lourd passif. Jusqu'en 2004, Svoboda s'appelait "Parti national-socialiste d'Ukraine". Il se réclame historiquement de l'Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN), dont la branche armée (UPA) collabora activement avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale et massacra les juifs de Galicie (ouest de l'Ukraine).

Certes, une partie de ces indépendantistes ont ensuite combattu les nazis et en devinrent les victimes. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui encore le leader de Svoboda, Oleg Tiagnibok, un urologue charismatique, tout en rejetant toute accusation d’antisémitisme, s'est fait exclure en 2004 de son groupe parlementaire pour avoir affirmé à la télévision que le pays était dirigé par une "mafia judéo-moscovite". Il avait alors aussi fait l’éloge d’un ancien dirigeant d’un mouvement de résistance clandestin de la Seconde Guerre mondiale qui avait eu le mérite de combattre "les Russes, les Allemands, les Juifs et tous les autres ennemis qui voulaient nous confisquer notre Etat ukrainien".

Se muer en formation "post-fasciste"

Svoboda n’a supprimé le symbole en forme de croix gammée qui lui tenait lieu de logo qu’en 2003. De nombreux membres de Svoboda sont des anciens du groupe paramilitaire "Patriotes ukrainiens", ouvertement pronazi, qui appelait à purger le pays de ses Juifs et de ses autres minorités. Les deux organisations se sont aujourd'hui séparées, "officiellement". Des responsables de Svoboda se sont aussi illustrés par des remarques homophobes, racistes et antisémites.

Pourtant, sous la pression des Européens, des Américains, de ses alliés "démocrates" ukrainiens mais aussi par réalisme politique, Svoboda, aux origines extrémistes, tente de se muer une formation présentable, "post-fasciste". Son idéologie de départ, ultranationaliste, entre en contradiction avec son positionnement pro-européen. En fait, Svoboda ne doit principalement son succès ni à sa rhétorique crypto-raciste et russophobe, ni même à son nouveau positionnement "éclairé" pro-européen mais à sa réputation "d'honnêteté" dans un pays ravagé par une corruption systémique.

Le vote Svoboda est avant tout dû à un vote protestataire, antisystème. Ses électeurs voient en Svoboda un "parti de conviction", de "patriotes" opposé aux "bandits" corrompus du Parti des régions de Viktor Ianoukovitch et des puissants oligarques. Svoboda se distingue aussi de la coalition "La Patrie" de Ioulia Timochenko, "la princesse du gaz" qui a fait fortune par des moyens douteux en vendant du gaz russe et se trouve aujourd'hui en prison pour abus de pouvoir."

Jean-Baptiste Naudet - Le Nouvel Observateur

NDLR: Faut-il aussi rappeler que le Parti communiste d'Ukraine avait lancé quelque temps auparavant une pétition qui recueillit 4 millions de voix indispensables pour exiger un référendum. Le parti du président a refusé cette proposition qui aurait clarifié la situation et aurait peut-être empêché ce bain de sang inadmissible.

Pour en savoir plus, lisez l'interview de Jean-Marie Chauvier, journaliste, spécialiste du monde oriental: http://www.michelcollon.info/Ukraine-les-neofascistes-ent...

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