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Salut Cavanna !

freddy guidé,nouvelles du progrès,cavannaCertains ne l'aimaient pas on les comprend ! Mais nous, sans Cavanna, nous aurions moins rigolé. Nous serions moins vigilants. Moins encolérés. Cavanna était l'homme des coups de gueule, des coups de sang  et des grandes poilades. On avait beau avoir dévoré Alphonse Allais  et Pierre Dac, quand dans les années 60-70, on tombait sur sa prose, dans "Hara-Kiri" puis "Charlie Hebdo", on se tapait le cul par terre.

Cavanna prenait le lecteur à partie comme un grand frère qui aurait tout lu et beaucoup vécu, beaucoup gambergé, il le tutoyait d'emblée, tu vas voir on va se marrer, lui désignait du doigt les gros cons, les ordures, les beaufs et ne les lâchaient pas. Il mettait à nu leur connerie, la décortiquait, la disséquait, la vache elle bouge encore, et ameutait le populo, s'en payait une bonne tranche à ses dépens. Il parlait une langue vivante et drue, qui faisait jaillir à nos yeux de truculentes images (il n'avait pas été longtemps dessinateur pour rien) : du grand style anar.

Ses bêtes noires ? L'armée , les chasseurs, la corrida, les gourous, les curés et le marchands d'illusions, les horoscopes... Et surtout la pub. Cavanna l'avait en horreur puisqu' "elle fait l'exacte contraire de ce que fait (elle devrait faire ?) l'école : apprendre à raisonner". En ces trente Glorieuses où commence à triompher la très Sainte Consommation Obligatoire, l'équipe de "Hara-Kiri" ne cessait de tirer sur la pub à coups de fausses pubs, lorsqu'elle révélait son intrinsèque  vulgarité et sa promesse de bonheur toujours trahie. Cavanna répétait haut et fort : "La publicité nous prend pour des cons. La publicité nous rend cons."

Les journaux que ce fils de terrassier italien avait lancé avec Choron (en plus de "Hara-Kiri" et de "Charlie Hebdo" mensuel la "Gueule ouverte", "BD") étaient parmi les rares dont le "Canard enchainé" à fermer leurs portes à la pub. Il les avaient créés sans un sou vaillant, ni réseau, ni études marketing, mais en rassemblant une équipe, une vraie (Fred, Gébé, Cabu, Reiser, Wolinski, Willem, Fournier : que des pointures !). De l'audace, et du talent, du génie même, et l'envie d'en découdre avec la bêtise et la méchanceté, et la passion de bosser sans relâche, de vivre chaque numéro comme une aventure et un pari d'ivrogne...

On n'était pas obligé de lire tout Cavanna (après les "Ritals" où il raconte son enfance dans le milieu ouvrier italien de Paris, il a encore beaucoup, beaucoup écrit) ni de le suivre dans toutes ses lubies, sa croisade contre la mort, par exemple, qu'il voulait supprimer en lançant une armée de biologistes à l'assaut des causes du vieillissement (exactement ce dont rêvent les allumés de transhumanistes d'aujourd'hui!)

Ou celle qu'il menait contre le point virgule, objet de détestation (il faut choisir disait-il : le point ou la virgule). Mais Cavanna ne faisait pas dans la demi-mesure, et on l'aimait pour ça, un point c'est tout.

Je salue ici la mémoire de celui qui a éveillé bien des consciences. Un grand bonhomme assurément...

Freddy Guidé

 

 

 

         

 

 

 

 

 

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