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Hommage à Fernand TUIL

palestine,ajpf,fernand tuil,isabelle tordjmanChers amis,

Ceux que je connais, ceux que je ne connais pas… merci pour les innombrables messages et soutiens que je reçois de toute part, de partout. Ils témoignent de l’amour qui irradiait de Fernand et qu’il savait faire partager. Je sais que vous les attendez avec impatience aussi je vais vous donner des détails concernant les derniers hommages que nous pourrons lui faire. Avant cela je veux vous dire quelques mots car je n’aurai pas la force de parler en public ; j’ai toujours préféré écrire. D’ailleurs, en faisant cela, c’est MON hommage à Fernand car il adore quand j’écris. Il avait 1001 idées qui fusaient tous les matins et il me disait : écris Isa, écris…

Lui, c’est un homme de l’oralité, doté d’un charisme hors du commun ! Tous ceux qui l’ont approché savent ce que je veux dire : devant une foule comme devant un seul individu, il dégage une force de conviction impressionnante… Avec lui, on avait envie d’y croire, d’y aller, de foncer ! J’adorais voir ces scènes où il parlait et où je pouvais percevoir ses interlocuteurs tomber petit à petit, sous son charme… J’adorais ça ! Je crois que son sourire, magnifique, authentique, franc, sa petite risette sur sa joue, ses mains solides, puissantes, déterminées… tout cela le rendait captivant aussi bien auprès d’un homme politique important que de tout à chacun. Il avait cette même manière d’être, cette même sincérité, cette même attitude, ce même respect pour l’Humain. Par exemple, l’une des dernières « grande conversation » qu’il a eu, ce fut au Salon de l’Education avec mon collègue journaliste Thierry et notre jeune et talentueuse nouvelle recrue Perrine qu’il ne connaissait pas. Je me souviens qu’il était déjà très fatigué… Il est reparti heureux ces échanges, satisfait, enthousiaste ! Il adorait parler, convaincre, écouter, échanger…Il les avait emballé quoi !! ça m’avait fait rire car c’était tout lui ça ! Fernand et moi, c’était une rencontre inévitable.

Nous avions à peu de chose près et à quelques années d’écart, le même parcours qui nous a menés en Palestine. Issus tous les deux de familles juives, à 18 ans, nous étions partis sac à dos faire les kibboutz puis nous sommes restés un an sur place et avons « découvert » la vérité…et la Palestine à travers une rencontre à Jérusalem, presque dans le même quartier : moi une étudiante, lui un vieux palestinien ! Ce même parcours initiatique vécu à 15 ans d’intervalle nous a marqué, tous les deux, à vie (même si nous étions conscients alors de décevoir nos parents !). Nous étions revenus la Palestine au cœur, indélébile. En fait, la Palestine, la solidarité, la quête de justice elles étaient là, ancrées en nous, dès l’enfance pour lui comme pour moi…elles se sont juste révélées à ce moment et épanouies à notre rencontre.

Comme nous l’a dit, notre frère Ahmed Muhaisen, nous ne pouvions l’éviter : notre rencontre c’était « mektoub ». A travers la Palestine que Fernand « transpirait » comme il dit, c’est la quête de liberté pour tous les peuples opprimés de ce monde qui nous animent. Pas seulement nous ! Mais tout le réseau humain des solidarités que nous avons tissé ensemble à plusieurs niveaux. Cette merveilleuse rencontre qui a bouleversé ma vie, je la dois aussi à la CCAS (d’EDF-GDF) et je ne l’oublierais jamais. A Christian Robert et à Jean Lavielle aussi fous que Fernand et moi alors pour imaginer dès 2000 proposer des voyages solidaires, dans les camps de réfugiés ( !) aux agents des Industries Electrique et Gazière pour leurs vacances ! Et le pire, c’est qu’on a fait le plein !! A cette époque là, nous étions en avance sur tout ce qui se faisait dans le monde des vacances ! Ce n’était pas gagné et ça m’a valu quelques étiquettes mais aujourd’hui j’en suis fière ; fière pour lui mais aussi fière pour la CCAS. Quelques années après, le voyage solidaire c’est même devenu une mode !

Mais à l’époque, nous étions peu de rêveurs à croire la chose possible : aller en vacances dans des camps de réfugiés pour comprendre, partager, agir. Et c’est là, pendant cette aventure hors du commun que nous avons commencé à travailler ensemble avec Fernand, pendant plusieurs années, comme des partenaires. Et puis, l’admiration s’est transformée en amour comme une évidence. Ce fut quelques années plus tard, nous étions (encore) en Palestine, au café Saint Georges sur la place du Saint Sépulcre à Bethlehem (non loin du camp de réfugiés de Dheisheh), « coincés » entre l’église de la nativité et la mosquée de la place de la mairie de Bethlehem ! Pour deux athées, c’était fort ! Et comme nous étions devant la nativité, ce fut aussi pour nous deux, une (re)naissance. Logique ! Nos rois mages à nous, c’était nos frères palestiniens et en particulier, le frère de Fernand, le mien, Ahmed qui fut le premier témoin de notre euphorie.

Je l’admirais tant, deux passionnés de la vie réunis ! Deux amoureux de la vie rassemblés ! J’étais séduite par sa culture immense. Moi qui ai fait de longues études, je ne lui arrivais pas à la cheville ! Il était notre encyclopédie ambulante à la maison ! Souvent Romane ou Léa lui demandait des explications en histoire sans même chercher sur Internet car elles savaient qu’il connaissait la réponse ! Politique bien sûr, histoire, littérature, poésie, musique… Parfois, ça m’énervait et je lui demandais mais comment fais-tu ?? Il me répondait : j’ai été élevé par une grand-mère communiste, j’ai adhéré au parti communiste à 13 ans et j’ai fait les écoles du Parti ; c’est le parti et l’école de la vie qui m’a permis de m’émanciper ! Pour moi, c’était différent : j’ai adhéré au parti grâce à Picasso, à Aragon et à tous les intellectuels (j’ai un côté un peu « nostalgico-historico-bobo » !). Avec Fernand j’avais une autre bonne raison de rester communiste !

Avec lui, j’avais de l’énergie à revendre ! Qu’est-ce qu’on a rigolé ensemble ! On avait cette même soif de découverte, de voyages, la valise toujours à portée de main ! Notre dernier projet était de partir plusieurs mois en Italie, c’est pourquoi je devais apprendre l’italien. Nous voulions louer un appartement du côté de Bologne avec une chambre en plus pour inviter les enfants et nos amis. La soif de vivre, de partager les bons moments. Ce que j’aime avec Fernand c’est que notre militantisme est joyeux, pas ringard, il est résolument tourné vers l’avenir, l’optimisme. Dès fois, j’étais découragée. Lui, jamais ! Mais vraiment jamais, je vous le jure, c’était incroyable ! Même au pire des situations, il trouvait une issue positive, une rage de vaincre, de continuer.

Au quotidien, il était un exemple pour Léa, il disait : il y a toujours ceux qui verront le verre à moitié vide…et nous pour voir le verre à moitié plein ! Finalement, c’est peu être cela qui manque aujourd’hui et c’est cela qu’il m’apprenait… Que de gens nous avons amenés en Palestine ! Nous savions qu’un voyage sur place valait tous les discours ! Que de rencontres magnifiques avons nous faites ! En Palestine oui, mais en France aussi. Fernand était un fidèle et il avait un amour débordant pour beaucoup de gens qu’il appelait « ses frères ». Dans sa bouche, dans son cœur, moi qui le connais bien, je peux vous dire que c’était sincère. Je n’ai jamais croisé quelqu’un d’aussi intègre, dans sa vie comme dans ses sentiments.

Je ne pourrai jamais citer toutes ces rencontres humaines car elles sont comme des pépites, des petites étoiles qui brillent dans son cœur et dans le mien. Je sais qu’il avait des attachements particuliers, des rencontres indélébiles, Ahmed en premier lieu, « sa référence en tout », Jamal, les membres de l’AJPF, Yannick, Micheline, Jean-Pierre (Bosino)…mais aussi Patrick (Le Hyaric)… Et que dire de ses rencontres avec les jeunes artistes : les HK et les Saltimbanks, MAP, Naïli, Sami, Fabien, Antoine…Lui qui était un être solaire, il savait s’entourer de lumières d’amour et de culture vivante.

Et puis ses plus belles lumières, ce sont ses enfants, Léa et ses petits enfants. Il les avait au corps, dans ses tripes. Ils sont une partie intégrante de lui. Il voulait qu’ils soient fiers de lui, de ses combats pour la vie, pour la justice, pour le respect humain. Il voulait qu’ils partagent le bonheur qui nous envahissait tous les deux. Parfois, ce fut difficile mais il était convaincu que l’amour pouvait triompher de tous les obstacles et de toutes les conventions. Il a raison. Je sais qu’en chacun d’eux, il y a de lui et de ce qu’il était.

C’est cela finalement Fernand : un relai de la vie créative. Pardonnez-moi d’avoir pris ce temps. J’avais besoin d’écrire car il aime tant quand j’écris, alors j’ai voulu lui rendre hommage. Nous avons souhaité avec ses enfants et proches faire les choses en plusieurs temps. Fernand aimait la liberté ! Il était à la fois un homme pudique (il parlait peu de ses sentiments) et aussi un homme public (quand il s’agissait de sauver la planète et en particulier la Palestine !). Nous avons donc souhaité respecter ces deux facettes de lui. Vous pourrez lui rendre hommage au funérarium de Montreuil, 32 avenue Jean-Moulin à deux moments au choix, son cercueil (fermé) sera mis dans un salon pour permettre à chacun d’aller (ou pas) se recueillir à sa guise : • dimanche 29 décembre entre 10h et 12h • ou mercredi 1er janvier entre 15h et 17h Il n’y aura ni cérémonie, ni discours.

Son cercueil sera ensuite emmené au crématorium du cimetière du Père Lachaise à Paris pour y être incinéré selon son choix, jeudi 2 janvier à 14h30 dans l’intimité. Fernand ne supportait pas l’idée d’être enfermé dans un cercueil pour l’éternité, il aimait trop la liberté. Etre incinéré au Père Lachaise pour un petit gars de Belleville, nous avons trouvé que c’était un beau présage ! Là encore, il n’y aura aucune cérémonie, ni discours. Chacun est ainsi libre d’aller lui rendre hommage s’il le sent, au moment et là où il le souhaite. En dehors de ces moments intimes, des hommages publics avec cérémonies vont être organisés, plusieurs sans doute.

A Montataire et au siège du Parti Communiste notamment… Il y aura également une cérémonie plus importante, plus « universelle » dans un lieu symbolique (probablement l’UNESCO) qui est en train d’être organisée. Cette cérémonie officielle se fera probablement en courant janvier. Bien entendu, dès que j’ai les détails de tout cela, je vous tiendrai informé. Il faudra alors être nombreux pour lui rendre cet hommage public qu’il mérite. Enfin, il y aura aussi plus tard une cérémonie particulière en Palestine, avec ses enfants, proches et frères palestiniens.

Une dernière chose très importante à laquelle je tiens beaucoup : SVP, nous ne souhaitons AUCUNE gerbe de fleurs, AUCUNE fleur, AUCUN symbole mortuaire. Fernand aurait détesté cela. En homme solidaire et pragmatique, il aurait préféré que l’on pense aux autres plutôt qu’à lui même. C’est pourquoi, si vous le pouvez, je préfère que des collectes soient organisées nous permettant, à moi et à tous ses enfants d’aller en Palestine et de remettre l’argent pour un projet culturel dans un centre pour enfants du camp de réfugiés de Deishesh, la deuxième maison de Fernand. Je mettrais également une urne au funérarium dans ce sens.

Merci de votre compréhension. Merci de faire passer ce message car je n’ai pas l’adresse mail de tout le monde.

Isabelle

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