robert1943 robert1943 robert1943

27/07/2013

Dexia : Serpents marins et couleuvres à avaler

nouvelles du progrès,cexia,françois d'agostino,xavier dupretTel un serpent marin légendaire, le « cas Dexia » ne cesse de ressurgir épisodiquement dans les gros titres, alimentant débats et querelles d’experts, avant de sombrer à nouveau  dans les profondeurs des pages intérieures de la presse spécialisée, sans plus alarmer outre-mesure les citoyens et (mais là, ce n’est qu’une impression) les dirigeants du pays. Jusqu’au rebondissement suivant…


Notre but ici n’est pas de fournir une analyse détaillée de la situation dans laquelle l’Etat belge s’est fourré en renflouant de manière totalement inconsidérée ce véritable gouffre sans fond. Nous renvoyons le lecteur à la suite de ce dossier pour cela, ainsi qu’à plusieurs travaux de Xavier Dupret, économiste et chercheur au Gresea, qui a abondamment évoqué le sujet. Mais un survol de quelques arguments avancés pour justifier l’attitude du gouvernement et leur passage au crible de la critique, étayée par les analyses évoquées plus haut, ne semble pas être un luxe pour démonter la doxa libérale susurrée ou bombardée à longueur de temps.

Un des arguments avancés par le gouvernement belge (et d’autres au sein de l’Union) pour justifier les interventions multiples en faveur de Dexia depuis 2008, jusqu’à la nationalisation de fait de Dexia Banque Belgique en décembre 2011 a été celui de l’ « investissement » rationnel. Ajoutez à cela, la menace d’une plongée dans une situation analogue à la crise des années trente et la nécessité d’empêcher un « gel du crédit », et vous obtenez toutes les bonnes raisons pour l’honnête contribuable de mordre à l’hameçon. Mais à y regarder les faits de plus près, on observe rapidement les failles du discours.

En ce qui concerne la question du gel du crédit, Xavier Dupret démontre sans trop de soucis que l’argument ne résiste pas à une analyse rapide. Pour toute la zone euro, cures d’austérité, réductions de la dette publiques et sauvetages de banques inclus, on observait en décembre 2011 une chute de 37 milliards d’euros des prêts à l’industrie. Du jamais vu. Difficile dès lors d’agiter le spectre d’un éventuel gel du crédit que l’on pourrait éviter, alors qu’il s’est déjà très concrètement manifesté. Et à la manière d’un Godzilla plutôt que d’un discret esprit frappeur.

Niveau « investissement en bon père de famille », on repassera. Le gouvernement a signé un chèque en blanc, comme ça, sans rien restructurer, sans garanties. J’imagine le dialogue avec le libéral de base. Un geste sympathique, me dira-t-il. «  Que dis-je sympa ? Salvateur ! D’intérêt public ! Et puis quoi ? Que voudriez-vous ? Qu’on demande des comptes ? Mais qu’est-ce que vous êtes ? Une sorte de communiste ? Ce serait  du jamais vu ». En fait, ça s’est déjà fait. Divers pays scandinaves, pas spécialement connus pour être des bastions du bolchévisme, en ont fait l’expérience dans les années 90, et ont procédé à une restructuration du paysage bancaire local, suite à une crise régionale de grande ampleur. Dépréciations des actifs, reprise des actions sans contrepartie pour les actionnaires, etc. Oh, ce n’est peut être pas le Grand Soir, mais si le gouvernement belge avait opté pour de telles mesures en 2011, le rachat lui aurait coûté 500 millions d’euros. Pas 4 milliards. En ces temps d’austérité généralisée, de TSCG, two-pack, six-pack et j’en passe, et alors que les différentes conquêtes du mouvement ouvrier ,comme les allocations de chômage , font les frais de mesures drastiques, l’économie aurait fait peser un peu moins de poids sur les épaules déjà plus très vaillantes des travailleurs et allocataires sociaux, mais sur le Capital. C’est entendu. On peut toujours rêver…

Deux exemples brefs, mais qui ont le mérite d’illustrer la collusion profonde de l’appareil d’Etat avec le secteur bancaire. N’oublions pas les enseignements de Lénine sur la véritable nature de l’Etat bourgeois, quand même ! Et n’ayons pas la naïveté de croire que, dans les conditions actuelles, les protestations indignées auront quel que effet que ce soit sur nos dirigeants, que soit au niveau régional, fédéral ou européen. Cela vaut pour l’aide apporté aux banques, mais aussi pour d’autres secteurs. Enfin, osons remettre en question le dogme européiste béat, qui, même à « gauche de la gauche », voudrait que toute initiative de gauche visant à sortir du carcan de l’euro, voire de l’Union, soit un horrible pas vers le nationalisme le plus étroit, alors qu’il n’est question que de souveraineté populaire…

François D’Agostino
 
Dupret X., Dexia. Vogue la galère…, janvier 2013, disponible sur le site de l’Association Culturelle Joseph Jacquemotte (www.acjj.be). Dupret X., Et si nous laissions les banques faire faillite ? 22 Août 2012, sur le site du Gresea, ou encore, du même auteur, La Belgique endettée. Mécanismes et conséquences de la dette publique, éditions Couleur Livres, 2012. Tout notre article se basant sur ces analyses, et pour ne pas alourdir inutilement le texte, nous renvoyons directement le lecteur à ces ouvrages et analyses.


 

Les commentaires sont fermés.