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CATERPILLAR

nouvelles,caterpillar,charleroi,chômageSept heures du matin, dans une salle d’un grand Sept heures du matin, dans une salle d’un grand hôpital de la région de Charleroi, une infirmière prélève du sang pour une analyse. Une longue journée de boulot commence et elle est de garde tout le week-end. Elle lève la tête, vérifie la prescription, réfléchit tout haut: “On ne va pas se plaindre, quand on pense aux gens de Caterpillar.”

 

L’annonce de la suppression de 1400 des 3700 emplois fixes de l’usine géante de Gosselies – elle en compte 4.500 avec les temporaires-, sidère le Pays Noir. Née dans les années 60, couvrant quasi cent hectares, l’usine est la fierté de la région. Ceux qui y travaillent ou y ont travaillé, quand ils voyagent, montrent les engins de chantier jaunes aux enfants en leur disant “Je les fabrique”. A côté de l’aéroport et de l’aéropole où se concentrent les entreprises de haute technologie, le rond-point de Caterpillar est couronné d’une étrange statue, un bulldozer vintage sorti de l’usine qui a donné un deuxième souffle au pays de Charleroi, alors que les charbonnages et la sidérurgie arrivaient en fin de parcours.
 
Charleroi a peur. Le taux de chômage de la première ville wallonne, 200.000 âmes, est de 26% et le CPAS encaisse une hausse de 30% des revenus d’insertion. Le resto du coeur doit faire face à une clientèle qui augmente comme le troupeau des travailleurs pauvres. Mais la peur ne devrait pas se cantonner à Charleroi. Au-delà des spécificités du plan de restructuration, du contexte belge, la vraie question est celle de la capacité de survie, en Europe occidentale, des grandes usines. Puissants moteurs, elles génèrent des milliers d’autres emplois dans le sillage de leur activité.
 
En 2008, le patron de Caterpillar Gosselies de l’époque, un ancien officier de marine,  observait que maintenir une telle usine, dans la jungle du commerce mondialisé, avec son absence de règles, tenait de la performance. Pour ce grand patron, la productivité et l’expertise des travailleurs carolos – dont bon nombre de Français – ne résisteraient pas longtemps à la concurrence des  conditions salariales de la Chine et autres pays où les gens apprennent vite.
 
Il n’avait pas de solution mais préconisait une politique européenne défensive pour préserver les gros moteurs industriels qui forment les fondations d’une économie tirée en avant par les PME innovantes et exportatrices. Les forces vives, comme on dit, vont monter aux barricades, à Charleroi. De toutes leurs forces.Comme à Genk, comme à Liège. Mais auraient-elles beaucoup plus de pouvoir que les travailleurs qui, sans avoir démérité, perdent leur emploi?
 
D’où la peur, une sorte de suaire qui englue la ville, une menace voilée qui donne le cafard. Tant que Caterpillar résistait, cela voulait dire qu’il y avait de l’espoir, que des pans de l’industrie avaient un avenir. Avec le plan terrible qui secoue le malabar Caterpillar, tout le monde sait qu’une digue a sauté. Et personne ne peut dire qu’il ne sera pas emporté par les flots, aujourd’hui, demain, un peu plus tard. Chacun se demande si l’Europe, qui sacrifie toutes ses valeurs à la concurrence la plus débridée, n’est pas pilotée par des gens qui se foutent des passagers comme de leur première culotte.
 
Au moment où un milliardaire romantique lance le chantier de Titanic 2, on se dit qu’à bord de l’insubmersible paquebot tout le monde, des premières classes aux soutiers, tout le monde finit à l’eau.


Freddy Guidé

Commentaires

  • Voilà un texte comme je les aime: sobriété, désignation des responsables, précision, humanité...

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