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24/12/2012

Les « indignés » du troisième âge squattent à Berlin

nouvelles,pankow,die linke,rdaRien ne laisse penser que la maison Kunterbunt, au cœur du quartier chic et verdoyant de Pankow, à l’est de Berlin, est squattée. L’ordre règne dans la petite bâtisse au crépis brun hérité de l’ancienne République Démocratique d’Allemagne (RDA). Des bouquets de fleurs ornent les tables, aux murs sont accrochées des aquarelles de paysages. Pourtant Doris, Magret, Ingrid, Brigitte et son mari Peter entament leur septième semaine de siège. La particularité de ces squatteurs ? Ils ont entre 63 et 76 ans.


Quand les autorités du district leur ont annoncé que la maison qu’ils utilisent comme club de retraités serait fermée le 30 juin, puis vendue, ils ont décidé de l’occuper. Le 29 juin, ils installent leurs lits de camp. « Très tôt le lendemain matin, alors que nous dormions encore, le gardien est venu changer les serrures. Mais nous étions déjà là. Personne ne nous avait pris au sérieux. A présent, nous restons », raconte Peter Klotsche, 71 ans, le visage traversé d’un large sourire.

Anciens ressortissants d’Allemagne de l’Est, ils se mobilisent pour la première fois. « Nous avons amené notre contribution à ce pays, dit Doris Syrbe, 72 ans, leader de la révolte. Notre pension n’est pas élevée. Aujourd’hui, ce qu’on souhaite, c’est qu’on ne nous enlève pas ce qu’on a et qu’on nous laisse en paix. »

Depuis, les retraités de la villa Kunterbunt – autrefois la demeure du chef de la Stasi Erich Mielke – sont devenus les protagonistes d’un feuilleton médiatique qui dépasse même les frontières nationales. « Nous ne nous attendions pas à une telle attention. Nous avons été assaillis, raconte Doris Syrbe. Tous les jours, nous recevons la visite de journalistes d’Allemagne et du monde entier: des Suédois, des Iraniens, des Britanniques. La télévision berlinoise suit nos moindres mouvements. Au début, c’était épuisant. » Mais maintenant, les seniors sont rôdés. Un dossier de presse, un porte-parole et un livre d’or à l’entrée de la maison consignent tous les épisodes de leur bataille pour la tranquillité.

Les retraités de Pankow reçoivent des manifestations de sympathie des quatre coins du pays. Comme quand cet électricien berlinois, apprenant à la radio que les squatteurs devaient prendre leur douche à l’eau froide, est venu spontanément réparer le chauffe-eau de leur salle de bains.

« Nous voulions que les autorités nous écoutent. Aujourd’hui, le monde entier nous entend, se réjouit Brigitte Klotsche, qui profite des derniers rayons de soleil sur la terrasse d’un jardin impeccablement entretenu. J’espère que notre lutte servira de modèle pour d’autres personnes en difficulté. » Ingrid Pilz, fluette dame de 76 ans, hausse ses sourcils soigneusement dessinés au crayon: « En Espagne, les retraités manifestent aussi. Mais c’est un peu plus agressif. Nous, nous sommes des pacifistes radicaux. »

Ouverte il y a quinze ans, la villa au 10 de la Stille Strasse (rue tranquille) accueille 300 retraités de 63 à 97 ans. Ils viennent peindre, jouer aux échecs, faire de la gymnastique ou apprendre l’espagnol; mais aussi tuer la solitude et oublier les aléas de l’âge. Or la mairie endettée de Pankow, à qui appartient la maison, ne veut plus payer les 52.000 euros annuels nécessaires à l’entretien des lieux, ni les travaux d’assainissement, évalués à 2,5 millions d’euros. Les autorités ont promis aux habitués de la villa Kunterbunt qu’ils seraient répartis dans d’autres centres culturels de la région.

C’était sans compter la solidarité qui s’est tissée au fil des ans entre les retraités. «On ne proteste pas parce qu’on s’ennuie ou qu’on trouve cela drôle, mais parce qu’on veut sauver notre communauté. Nous ne voulons pas être séparés », affirme Doris Syrbe. Suite à une proposition du parti de la gauche radicale « Die Linke », le conseil local planche sur une solution moins radicale qui permettrait aux seniors de rester dans la maison. En attendant le verdict, les squatteurs du club de retraités comptent bien rester.

« La police n’oserait pas sortir de force des personnes de notre âge », glisse Doris Syrbe, un sourire au coin de ses lèvres parcheminées. Depuis l’aube, les retraités se relaient pour le ménage, la cuisine et les courses. Tous les jours, enfants, petits-enfants, amis et voisins passent la porte les bras chargés de provisions.

A Pankow, les demeures ternes des dirigeants de l’ancienne RDA ont laissé place à des villas modernes avec jardin, prisées des Berlinois aisés. Seule la villa Kunterbunt et ses occupants résistent encore aux assauts des spéculateurs, pour le moment.

Le Soir

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