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CHRONIQUES DEPUIS MON DIVAN

laanan.jpgLe métier d'artiste, c'est de faire passer au singulier des émotions pluriels. Nous sommes les hauts-parleurs des anonymes.
Guy Bedos

La culture, parlons-en...

Il y a un secteur d'activités pourvoyeur d'emploi auquel nous ne nous intéressons guère. Je veux évoquer ici le secteur culturel dont on vient de parler récemment avec le "tweet" de Fadila Lanaan, Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie Bruxelles qui s'exprimait à propos des manifestations des jeunes créateurs à qui elle venait de supprimer la Commission d'aide au projets théâtraux (CAPT). Dans ce "tweet", elle écrit avec mépris : "En période de crise, c'est normal: combat de pauvres"

Pour exprimer leur mécontentement face aux diminutions des aides, une action des artistes et travailleurs du secteur culturel a été organisée ce mardi 20 novembre devant le cabinet de la ministre de la Culture. Par ailleurs, le président de la CAPT rencontrait la ministre le 22 novembre.

De son côté, le SETCa soutient les actions des travailleurs. "Le budget alloué à la culture est déjà très faible (1% du budget global de la Fédération Wallonie-Bruxelles). Pour les travailleurs du spectacle, le réduire encore est grave. C'est la mort annoncée de nombreux emplois déjà trop souvent précarisés", a expliqué Christian Masai, secrétaire fédéral du SETCa.

Comment en sommes-nous arrivés là ?  Depuis plus de trente ans, dans l'indifférence totale, le secteur culturel est victime de coupes budgétaires... Aujourd'hui, une partie des outils culturels sont aux mains du monde du business, le cinéma, la télévision, les grands médias... La publicité a fait son entrée sans fracas à la télévision publique. C'est elle qui définit la grille des programmes car il faut de l'audience pour vendre sa poudre à lessiver. Il est loin le temps de la télévision d'éducation permanente... Le nombre de salles de cinéma d'art et essais rétrécit comme une peau de chagrin. On les compte sur les doigts de la main...

Certains centres culturels ont vu leurs moyens tellement réduits, qu'ils en sont arrivés à réduire le nombre spectacles sur la saison afin de maintenir l'emploi coûte que coûte. Combien de temps tiendront-ils encore ?   A quand la macdonaldisation de la culture ? Le monde des affaires attend son heure, bientôt il n'aura qu'à  proposer ses services comme il l'a  fait à la télévision. Dans certaines communes, le travail de sape a déjà été entamé. Récemment, un ami, directeur d'un Centre culturel hennuyer me confiait qu'il cherchait du travail ailleurs et il ajoutait : "Dans ma commune, les libéraux ont emporté les élections. Ils sont majoritaires au C.A du  Centre culturel. Il ne faut plus leur parler "d'éducation permanente et autres billevesées disent-ils. Il veulent du chiffre !"

La gauche a tort de se désintéresser du secteur culturel et du sort des jeunes artistes, la réduction drastique de la CAPT  les plongera dans une situation de précarité inacceptable. Pourtant, ces jeunes créateurs font la fierté du secteur culturel au sein  du Ministère de la Culture de la Fédération Wallonie Bruxelles. Pour s'en convaincre, il suffit d'assister aux rencontres  annuelles du Théâtre de la jeunesse et de l'enfance à Huy. Des délégations du monde entier y viennent chaque année "faire leur marché" car ce secteur a acquis une renommée internationale grâce à la qualité des projets proposés.

Les jeunes artistes sont sur la corde raide depuis de nombreuses années quand ils sont en répétition sur un projet de création, ils travaillent quasi clandestinement. Que vont-ils faire demain ? Aller de sa poche pour créer un projet ? Offrir ses services aux plus offrants ? A terme, nous allons vers une culture qui ne sera plus un moyen d'élever les gens vers la connaissance mais elle sera livrée comme une marchandise.

Dans ses "carnets de prison" , Antonio Gramsci, consacre un important chapitre à la culture. Il explique notamment comment la bourgeoisie s'est emparée des leviers culturels pour formater les esprits et accréditer le fait que l'état d'exploitation dans lequel la plupart évolue, est dans l'ordre naturel des choses.

Dans l’ensemble des villes françaises conquises par le Front National, la priorité des élus a consisté à dominer l'appareil culturel. Dans des villes comme Marignan, Toulon, Orange, Vitrolles, les artistes doivent faire profil bas pour proposer une œuvre au sein de ces villes. Le comité de censure veille...


Freddy Guidé

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