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Robert Guillaume – 14 novembre 2012.

nouvelles,robert guillaume,la hestre,manage,conseil communal,conseil provincialRobert Guillaume était proche des gens, conseiller communal à La Hestre puis Manage, ancien conseiller provincial, il avait été délégué syndical FGTB lorsqu'il travaillait au sein de l'ancienne usine du Pélerin à Courcelles.

Je l'ai connu de près lorsqu'en 78-79, je travaillais à La Louvière comme détaché de l'enseignement auprès de l'association de jeunes "L'Union des Pionniers de Belgique".

Le portrait qu'en a tracé mon ami Jean-Pierre Michiels m'a beaucoup ému et j'ai tenu à vous le fare partager

Robert Tangre

Robert Guillaume – 14 novembre 2012.

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis, Chers Camarades,

« Il ne faut pas toujours tourner la page, il faut parfois la déchirer ! » Cet aphorisme d’Achille Chavée, Robert, tu l’as en quelque sorte pris au mot.

Il y a une quinzaine de jours à peine, tu assistais au dernier conseil communal de la mandature qui était aussi le dernier conseil de ta carrière longue d’un demi-siècle. Cela c’était tourner la page… Mais tu n’as pas voulu devenir un « ancien » conseiller communal. Tu as décidé de la déchirer et tu t’en vas… toujours conseiller communal.

Il y a quinze jours tu y es encore allé à ce conseil, défendre quelques points qui te tenaient à cœur comme l’aménagement d’une plaine de jeux pour les gosses du quartier, ici, en face de chez toi. Et ce n’était pas facile pour toi d’y aller à  ce conseil. A nonante ans, ta marche difficile, tes genoux qui te faisaient souffrir. Mais tu y allais. Ton ouïe déficiente, cet embarras d’écouter, d’entendre qui te faisait monter sur tes gonds. Mais tu y allais. Depuis cinquante ans. avec la même détermination. Parce que tes concitoyens te faisaient confiance. Parce que tu avais un sens aigu de ton devoir d’élu. Parce que le conseil, c’était pour toi un lieu incontournable pour défendre les petites gens, la solidarité avec les travailleurs, mais aussi l’embellissement de ta commune, un cadre de vie digne pour chacun…

Ce combat-là tu l’avais aussi mené durant plus de quinze ans au Conseil provincial du Hainaut.

Rien à l’origine ne te prédestinait pourtant à un tel parcours. Orphelin de mère morte en couches, abandonné par ton père, élevé par des grands-parents frustres mais qui ont su quand même te montrer le chemin de la Maison du Peuple. C’est là que tu as puisé la force de surmonter les embûches qui auraient pu t’entraîner vers un tout autre destin. Et puis, ta rencontre avec Nadia (prisonnière russe, NDLR), alors que vous étiez tous deux prisonniers en Allemagne, et que tu ramèneras au pays à la Libération pour fonder un foyer. Cette rencontre tracera définitivement  le chemin de ta vie: celui de l’engagement.

Tu étais un « homme libre », les « pieds ancrés dans le réel » comme me l’ont écrit deux camarades, émus par ton décès.

Libre, tu l’étais indéniablement. Parlant haut pour défendre jusqu’au bout tes idées. Y compris au sein du Parti Communiste auquel tu étais profondément attaché… depuis septante ans. Un engagement absolu. Très tôt lorsque tu étais militant syndical. Et puis lorsque tu es devenu permanent du parti, dans les combats du mouvement ouvrier en 1960-61 ou en soutien à l’Anglo-Germain en 1967. Tu étais de tous ces combats, proche des travailleurs que tu interpellais, haranguais avec la fraternelle rudesse qui te caractérisait et qui ne laissait personne indifférent. Car il ne fait aucun doute que tu étais comme un poisson dans l’eau au cœur de cette classe ouvrière, au cœur de ta classe que tu as défendue avec fierté et détermination jusqu’au bout de tes forces.

Et puis il y avait les jeunes avec qui tu avais aussi le don de communiquer. Sans paternalisme. mais avec une sollicitude émouvante. Car toi, l’homme bourru qui parlait si fort, tu ne pouvais cacher la larme qui perlait au coin de l’œil lorsque tu t’adressais à un jeune couple ou à de jeunes enfants ou encore quand tu parlais de tes petits-enfants.

Je voudrais encore évoquer ce que tu as apporté à la Fondation Joseph Jacquemotte : un exemple, l’exemple d’un militant ouvrier qui s’est instruit tout seul et – tu le répétais souvent – que le parti a contribué à t'éduquer. Tu as compris très vite que l’action politique ne pouvait être pleine et entière que si elle s’enrichissait d’une dimension éducative et culturelle. Agir culturellement pour contribuer à éduquer, à émanciper les travailleurs et les petites gens. Et tu as pour cela créé avec Chavée et quelques autres, dès 1963,  l’ASBL Le Monde nouveau, devenu le Club Achille Chavée et bien sûr la locale de La Hestre. La plus ancienne de notre association et l’une de celles qui a écrit ses plus belles pages d’éducation populaire. Pour cet engagement, pour cette lucidité, nous devons également te dire merci.

Serge, Tania, et vous ses petits-enfants, vous pouvez être fiers de cet homme qui nous quitte aujourd’hui. Il n’a sans doute pas toujours été commode à vivre, mais soyez assurés qu’il vous aimait profondément. Soyez fiers de ce qu’il a été.

Et te voilà parti, Robert, mon camarade. Tes coups de fil furibards vont terriblement me manquer. Tu vas laisser un vide énorme. Et ce n’est pas un cliché de le dire. Car avec toi disparaît un militant communiste dans toutes ses dimensions : politique bien sûr, sociale sans aucun doute, citoyenne au quotidien, humaine à chaque instant.

Tu t’en vas un jour de grève. Comme pour nous dire à toutes et à tous avec la force de conviction qui était la tienne que cette page-là, elle ne se tourne pas, elle ne se déchire pas. La lutte continue.

Au revoir Robert, mon camarade. Au revoir et, du fond du cœur, Merci !

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