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CHRONIQUES DEPUIS MON DIVAN

nouvelles de dampremy,arcelor mittal,liège,florangre,syndicatsCes derniers temps, non seulement en Belgique mais partout en Europe, le monde du travail a été mis à rude épreuve. Les entreprises ferment en masse au seul profit des actionnaires. La sidérurgie a subi une onde sismique depuis les rives de la Meuse à Liège jusque sur celles de la Moselle à Florange. Petit aperçu...

Chroniques d'une mort programmée

 

Laskhmi Mittal avait fait beaucoup parler de lui et  de la sidérurgie et s'était montré très préoccupé par la crise de l'euro, peu de temps avant l'ouverture des Jeux Olympiques. Une première fois au cours d'une conférence de presse où "Il ne s'interdit pas de mettre un sommeil, voire de fermer, de nouveaux sites sur le Vieux continent"... Laskhmi Mittal qui n'a peur de rien est ensuite parti faire le mariole avec la flamme olympique dans les rues de Londres...

 

Il n’y a pas qu’en Belgique que Mittal est actif dans la sidérurgie. Il n’y a pas qu’en Belgique que Mittal veut fermer ses sites. Il n’y a pas qu’en Belgique que Mittal a les socialistes comme interlocuteurs politiques. En France aussi. Coup d’œil sur deux situations à la fois proches et lointaines.

 

à Florange, à moins d’une heure de route d’Arlon, les sidérurgistes sont engagés dans un combat contre la direction d’Arcelor Mittal. Le géant de l’acier veut fermer définitivement deux hauts fourneaux, ce qui mettrait directement 629 travailleurs à la rue.

Un coup de massue. Bien que les syndicats étaient loin d’être optimistes quant à l’avenir de la phase à chaud dans le bassin liégeois, l’annonce du gouvernement wallon du refus de Mittal de vendre l’outil assombrit encore un peu plus l’avenir de la sidérurgie wallonne. Le ministre de l’Emploi de la Région, Jean-Claude Marcourt (PS), a déclaré à La Meuse : « J’ai le sentiment de pouvoir regarder chaque travailleur droit dans les yeux. J’ai fait tout ce que je pouvais faire par rapport à une réalité. » Pourtant on a fait miroiter une solution pour une sidérurgie intégrée pendant une année. Ces dernières semaines, le Ministre s’est déclaré impuissant face au géant de l’acier. Le monde politique n’était pourtant pas impuissant quand il a voté pour la vente de Cockerill au privé en 1998. Pourquoi ne prend-on pas ses responsabilités aujourd’hui ?

 

Les syndicalistes français déçus


Une situation qui est sensiblement la même en France, à Florange. A moins d’une heure de route d’Arlon, les sidérurgistes locaux sont eux aussi engagés dans un combat contre la direction d’Arcelor Mittal. Le géant de l’acier veut fermer deux hauts fourneaux et l’aciérie, ce qui mettrait directement 629 travailleurs à la rue (en comptant les sous-traitants, 1 500 personnes seraient concernées, selon les syndicats). Le PS local, au pouvoir, a déjà été plus loin que son homologue belge. Le gouvernement a invité Lakshmi Mittal à l’Élysée. Et le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, a effectué une visite éclair à Florange : « La première concession de la part d’ArcelorMittal est faite et consiste à accepter une reprise, là où ailleurs, dans d’autres sites, il la refuse », a-t-il, entre autres, déclaré. En faisant allusion à la situation belge ?

   
L’État français veut racheter la filière chaude (hauts fourneaux et l’aciérie) pour un euro symbolique. C’est surtout pour temporiser : acheter pour vendre à un repreneur le plus vite possible. Cette initiative vient d’un projet de loi obligeant un industriel à céder une usine viable promise à la fermeture. Elle « sera votée avant trois mois », selon Montebourg.

 

Pas une affaire d’État en Belgique


Selon José Verdin, expert pour la FGTB, l’État français est quand même allé plus loin que l’État belge. « Ce qui est clair, c’est qu’il y a une puissance publique qui a été bien plus forte du côté de la France. Le gouvernement en a fait une affaire d’État alors qu’en Belgique il n’y a même pas eu de contact avec Lakshmi Mittal », a-t-il déclaré sur les ondes de la RTBF.

   
Mais cela reste insuffisant, même du côté français. Dans un communiqué, le syndicat CGT a réagi à la venue du ministre : « Le gouvernement a tranché, il privilégie le découpage du site de Florange. Mittal veut se désengager d’une partie des Usines à Chaud, l’État se dirige vers une possibilité de transmission des outils abandonnés à un repreneur ? (…) La CGT refuse cette stratégie de saucissonnage qui va conduire inévitablement vers des suppressions d’emplois. La solution gouvernementale s’éloigne dangereusement du rapport d’expertise ! Cette politique affaiblit tous les acteurs industriels, en amont et en aval de Florange. C’est pourquoi nous refusons cette option de démantèlement. »

   
Ce communiqué mentionne le rapport Faure commandé par le gouvernement français, qui montre qu’une sidérurgie intégrée (chaud et froid) est viable et rentable à Florange. C’était en juillet dernier. Il fait écho au rapport Syndex qui, un mois auparavant, présentait les mêmes conclusions pour le site liégeois. Dans les deux cas, ces rapports ont donc été ignorés. Et, ce lundi 1er octobre, Mittal annonçait la fermeture définitive des deux hauts fourneaux à Florange...

 

Mittal et son monopole


Il faut souligner ici l’attitude du groupe Mittal. Il est allé très loin dans l’obstruction. Comme l’écrivait la Libre Belgique le 25 septembre, suite à une réunion entre le gouvernement wallon et les représentants de Mittal Europe, « la multinationale a fait savoir qu’elle n’achèterait jamais la fonte sortie d’un haut fourneau réquisitionné par les autorités publiques et qu’elle donnerait une consigne identique à tous ses sous-traitants. Ainsi, le groupe (anglais ? indien?) atomise la viabilité économique d’un petit sidérurgiste indépendant créé en région liégeoise grâce aux deniers publics régionaux ». Une menace que les dirigeants wallons ont pris au sérieux, apparemment. Le groupe Arcelor Mittal est le premier producteur d’acier dans le monde. S’il n’est pas dans une situation monopolistique, il est loin devant tous les autres : en 2011, il a produit 97,2 millions de tonnes. Son dauphin, 44 millions…1

   

Mais, même vu l’importance du groupe Mittal, l’attitude du gouvernement wallon, Jean-Claude Marcourt en tête, n’est pas justifiée. Pourtant, si on a fait une loi pour privatiser la sidérurgie, qu’est-ce qui empêche de faire une loi pour la rendre publique ? Jusqu’à preuve du contraire, ce sont quand même les hommes politiques qui font les lois, pas Lakshmi Mittal. Et qui a voté la loi sur les intérêts notionnels qui permet à Mittal de ne pratiquement pas payer d’impôts en Belgique ?

   

Éric Corbeaux, membre du comité exécutif du Parti communiste français (PCF), critique lui aussi l’attitude de « son » gouvernement : « Les salariés de Florange et, à travers eux, la sidérurgie française, n’attendent pas un euro symbolique pour les sauver mais une volonté politique et industrielle forte pour un vrai redressement productif en maintenant l’intégralité du site de Florange et l’ensemble des emplois. »

   

Pour résumer, à Liège comme à Florange, des rapports montraient la rentabilité d’une sidérurgie intégrée. A Liège comme à Florange le PS au pouvoir n’a guère montré d’opposition (même si le PS français a déjà été plus loin que son homologue wallon). A Liège comme à Florange, les travailleurs vont se retrouver sur le carreau. Sauf si, à Liège comme à Florange, on ose parler de nationalisation…

 

Sigmund F.

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